Titre : Objects of Desire
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Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Un énorme merci pour tous vos commentaires, j'apprécie le temps que vous prenez pour me laisser un message. Pour celles et ceux qui me félicitent de ma rapidité à traduire les chapitres, je me permets de les renvoyer à la longue note explicative qui figure juste avant le prologue, à savoir que cette fic est déjà finie et traduite depuis très longtemps. Donc pas de délai de ce côté-là, juste le temps libre nécessaire à une relecture attentive avant de poster la suite.
Bonne lecture.
Chapitre 19 (3ème partie)
Minerva passa le trou du portrait et entra dans ce qu'elle pensait être la chambre d'amis. Elle était chichement meublée, plus fonctionnelle que confortable. On lui avait dit que Harry, Ron et Hermione avaient emménagé dans la maison l'été précédent et elle pensait qu'ils avaient décoré leur propre chambre et cette pièce était bien trop impersonnelle. Albus lui avait raconté que Harry et Ron avaient partagé cette chambre autrefois. Il voulait que Harry y soit, spécialement à cette période, parce que le trou du portrait était situé là. Mais évidemment Harry avait décidé de prendre ses quartiers dans un autre endroit de la maison. C'était la seule explication ou alors il vivait comme un Spartiate.
Bien que la pièce fût vide, elle invoqua un sortilège de lumière en murmurant.
Le couloir était aussi sombre et triste qu'auparavant, et même en allumant les bougeoirs fixés au mur, elle ne pouvait que se demander comment les Black avaient pu vivre dans un tel endroit. Et elle se demanda également comment Harry envisageait de vivre ici.
Lors de ses visites dans la maison, Minerva n'était allée que dans le hall principal et la cuisine. Elle ne connaissait pas du tout les étages supérieurs et ignorait totalement où Hermione pouvait bien dormir, et encore moins où elle logerait un invité.
Manifestement, pas dans la chambre par laquelle elle était arrivée. Les Black étaient une famille traditionnelle de Sang–Purs et d'après ce qu'elle savait sur le sujet, ils gardaient toutes les chambres à coucher de la famille ensemble. Si Harry, Ron et Hermione avaient suivi cet exemple, Minerva pensait raisonnablement être capable de trouver Hermione.
Minerva n'espérait qu'une chose, ne pas faire une peur bleue à la jeune fille lorsqu'elle la réveillerait au milieu de la nuit.
Elle continua le long du couloir et ne découvrit que des chambres vides puis finalement, elle atteignit les escaliers et décida de monter à l'étage supérieur. Elle le fit avec un peu de réticence. Elle avait entendu des histoires à propos de cette maison qui détestait tous ceux qui n'adhéraient pas à la philosophie de la famille Black. Pourtant, l'Ordre y avait résidé confortablement alors elle grimpa les escaliers en tentant d'ignorer la raideur de ses jambes et de ses hanches.
Une fois le niveau suivant atteint, elle repéra immédiatement la chambre de Hermione. Elle était légèrement entrouverte mais ce fut la plaque ridicule accrochée au battant qui fut la plus révélatrice. Winnie l'Ourson – quel nom épouvantable – était coincé dans un trou, la bouche recouverte de miel et au–dessus de lui, en lettres colorées, le prénom de Hermione dansait gaiement dans le ciel.
Minerva détestait Winnie l'Ourson. Elle ne pouvait pas supporter la douceur écœurante de ces horribles personnages. Et l'étrange fascination que les Moldues et les sorcières ressentaient pour eux la stupéfiait. Elle secoua la tête en le voyant et ne put s'empêcher de reculer d'un pas. Hermione Granger avait presque vingt ans, bon sang !
Mais ce n'était pas vraiment le moment de se moquer des plaques de porte. Minerva frappa contre le panneau de bois et appela Hermione dans un murmure pressant.
De l'intérieur, Minerva entendit un froissement de vêtements de nuit et le grognement étouffé de quelqu'un qui essaie de se réveiller.
– Hermione ?
Minerva s'éclaircit la gorge et appela un peu plus fort.
– Hermione, c'est Minerva…
– Minerva ?
Ce n'était pas Hermione. Les yeux de Minerva s'écarquillèrent et elle remua sur place.
– Minerva ?
La voix était plus insistante maintenant.
– Severus… En fait, c'est toi qu'il me faut.
Il y eut un nouveau froissement et Severus apparut brusquement, enveloppé dans un drap rose pastel.
– Qu'est–ce qui ne va pas ?
– C'est Draco, répondit Minerva avec sérieux. Harry revient juste de Pré–au–Lard, il dit qu'il a vu quelqu'un enlever Draco en pleine rue.
– Enlevé ? répéta Severus un peu perdu. Qu'est–ce que tu veux dire par enlevé ?
– Harry dit qu'il a vu un homme, un vieil homme…
– Et Potter n'a rien fait pour l'arrêter ?
– Calme–toi ! Tu es aussi mauvais que Harry !
– Severus ? Qu'est–ce qui se passe ?
Severus se retourna vers la pièce assombrie.
– Ce n'est rien, retourne te coucher, aboya–t–il.
Et bien sûr Hermione sauta immédiatement du lit et apparut à côté de la porte.
– Harry n'avait pas la moindre chance de les arrêter, continua Minerva pour les deux. Il a dit qu'il est sorti juste à temps pour les voir disparaître. S'il était sorti un instant plus tard, il n'aurait probablement pas su que Draco avait disparu et ne s'en serait aperçu qu'au matin.
Elle s'interrompit quand le visage de Severus habituellement cireux devint blanc comme de la craie. Il semblait trembler de rage et il luttait pour la garder sous contrôle. Sa lèvre s'ourla et dévoila ses dents irrégulières. Pour la première fois, Minerva pouvait honnêtement dire qu'il avait l'air redoutable. Elle déglutit avec difficulté.
– Severus, Albus veut que tu rentres au château parce que nous devons découvrir qui…
– Je sais qui l'a enlevé.
Severus se détourna et hurla : « Lumos ! », rendant brusquement la pièce insupportablement lumineuse. Minerva pénétra dans la chambre à temps pour voir Severus passer un sous–pull vert délavé sur sa maigre silhouette. Sans savoir pourquoi, elle voulut lui demander quel âge avait ce sous–pull mais ce ne fut pas nécessaire quand il se retourna, elle put lire : Serpentard : 1975 Coupe des Champions de Quidditch. Mais, tout comme ce n'était pas le moment de se moquer des plaques de portes, ce n'était pas non plus le moment de le tourmenter à propos du choix de ses vêtements. Elle réprima ses commentaires tandis qu'il enfilait un pantalon noir en velours côtelé et un pull de laine. Quand elle trouva ses mots, ils étaient rudimentaires et allaient droit au but :
– Comment tu sais qui l'a kidnappé ?
– Peu importe comment je le sais, rétorqua–t–il sèchement en enfonçant sa baguette dans sa manche. Je le sais alors je vais y aller et le ramener. Ça fait combien de temps ?
– Je ne sais pas. J'ignore le temps qu'a mis Harry pour rentrer au château. Une demi–heure, une heure peut–être ?
Severus jura sans ménagements. Son instinct lui disait d'aller directement au musée mais si Archibald Semeuse détenait Draco depuis une heure… Dieu seul savait ce que cet homme lui avait fait. Si Draco avait paniqué, Severus allait avoir besoin d'une dose toute prête de Navitas pour l'aider à surmonter ça. Mais retourner à Poudlard allait lui coûter un temps précieux. Pouvait–il risquer de ne pas prendre le Navitas ? Pouvait–il espérer que le corps de Draco tiendrait le coup contre les sévices que Semeuse n'allait pas manquer de lui faire subir ? S'il avait dû compter uniquement sur le pouvoir de volonté de Draco, il savait que Draco le surmonterait – mais son corps était une coquille fragile et Draco avait beaucoup traversé l'année précédente. Trop peut–être.
Il allait avoir besoin du Navitas.
– Il faut que je retourne à l'école, dit–il rapidement. Je vais organiser un attelage qui ramènera Hermione demain…
– Albus est en train d'en envoyer un en cet instant. Il dit que tu dois passer par le trou du portrait. Il a dit que Hermione ne pouvait pas, ça ferait du mal au bébé.
– Tu peux t'assurer qu'elle rentre ?
– Severus, je suis parfaitement capable de rentrer toute s…
Il embrassa promptement Hermione.
– Va avec Minerva.
Il pivota, tapota le bras de Minerva d'un geste absent et, sans un mot, se précipita vers la porte.
oOo
– C'était…
Pansy s'interrompit et dévisagea Ron.
– C'était… bien, fit–elle.
– Je crois que je l'ai rendue furax, ajouta Ron mais il semblait soulagé.
– Ouais, je le crois aussi.
Elle s'assit sur le lit à côté de lui et cala quelques mèches de ses cheveux derrière son oreille.
– Tu es heureux ?
– Eh bien… non… je ne suis pas heureux de l'avoir énervée… mais ça devait être dit.
Il durcit sa mâchoire.
– Elle avait besoin de faire sortir tout ça de son organisme, tout comme moi.
Pansy acquiesça et haussa un sourcil en lui concédant ce point.
– Alors, on part demain ?
– Ça y ressemble, non ?
– Et on va à Londres ?
– Ouais.
Il lui adressa un sourire hâtif.
– Ne t'inquiète pas, ce n'est pas comme à Ste–Mangouste. La maison est super, c'est vraiment grand et…
… vraiment sombre et déprimant, en fait.
– C'est la maison de Harry. Il en a hérité de son parrain et c'est en plein Londres et on peut aller partout…
– Ron, l'interrompit Pansy avec hésitation. On n'a pas d'argent. Je veux dire, je n'ai rien et… heu… je pense que tu ne possèdes rien non plus. Je suis plutôt nulle en charmes domestiques et je ne sais pas non plus cuisiner à la mode moldue. Comment on va faire pour vivre ?
Ron la fixa longuement, c'était évident qu'il n'avait pas réfléchi plus loin. Il haussa les épaules et sentit un faible sourire s'étaler sur son visage.
– Je pourrais chercher un boulot, dit–il, et je ne suis pas mauvais en charmes. Je suis sûr que si j'avais un livre, je pourrais apprendre tous les charmes domestiques en un éclair.
Pansy haussa également les épaules et sourit à son tour.
– Je pourrais probablement les apprendre aussi et, en vérité, je suis plutôt douée en charmes. De plus, je pourrais aussi trouver un job.
– Mais tu n'en auras pas besoin, j'aurai un travail et je prendrai soin de toi. Tu n'as pas à t'inquiéter.
Pansy fronça les sourcils.
– Je ne suis pas inquiète… pourquoi je le serais ? Je peux travailler, Ron. Je n'ai pas besoin qu'on s'occupe de moi.
Mais, alors qu'elle disait ça, elle sut qu'elle mentait. Elle était traumatisée, tant physiquement que mentalement. Et, alors qu'elle apprenait doucement à aimer Ron, les étrangers continuaient de la terrifier.
– Écoute, Harry a une petite cagnotte dans la maison, et on parle là d'un millier de Gallions…
– Un millier de Gallions ?
Pansy faillit rire rien qu'à cette idée.
– Mais c'est plus que ce que la plupart des gens ont dans leur coffre à Gringotts !
– Je sais mais Harry est obnubilé par la crainte d'être pris de court. Il est terrorisé à l'idée de mourir de faim… C'est parce que sa tante et son oncle l'ont sous alimenté.
– Je sais, en fait, je n'ai jamais discuté avec lui.
– Il peut se montrer assez extrême, fit Ron.
– Pourquoi il n'est pas amoureux de Draco ?
– Oh, mais il l'est. Je ne sais pas pourquoi mais il l'est. Le problème avec Harry, c'est qu'il est une personne vraiment morale qui place sa moralité dans sa tête. Et s'il lui arrive de l'ajuster pour s'accommoder des choses qu'il a faites, il en est bien incapable pour quelqu'un d'autre. Il n'arrive pas à oublier ce qu'a fait Draco mais il en est toujours amoureux.
– Est–ce que ça t'ennuie ?
Ron soupira lourdement.
– Avant, oui. Vraiment. Je n'ai pas cessé de répéter à Harry qu'il aurait dû m'en parler, parce qu'il me l'a caché pendant des mois et que s'il me l'avait dit, je l'aurais accepté. Mais je réalise maintenant pourquoi il ne m'a rien dit et je sais maintenant qu'il n'y avait aucune chance que je m'y résigne s'il m'en avait parlé.
– Mais maintenant ?
– Eh bien, je suppose que traverser l'enfer doit vous ouvrir les yeux.
– Et moi qui pensais que vous étiez de vrais connards, rit Pansy. Mon dieu, comme je vous détestais.
– C'était un sentiment partagé, répliqua Ron avec un grand sourire.
– Je sais, tu avais l'habitude de m'appeler Pansy–face–de–Pékinois.
– J'étais un enfoiré.
– Je croyais que tu t'envoyais Hermione Granger et je ne comprenais pas pourquoi.
– Je croyais que tu t'envoyais Malfoy.
– Oh, mon dieu, j'aurais bien voulu, fit Pansy en roulant rêveusement des yeux. J'ai fantasmé sur lui, tu peux pas savoir.
– Et vous l'avez fait ?
– Non, pas du tout. Il n'était pas intéressé et il disait qu'il ne couchait pas avec ses amis. Il ne croyait pas trop aux relations en ce temps–là.
– Alors, il couchait à droite et à gauche ? gloussa Ron.
– Je suppose que oui. Mais il savait se montrer discret. Il ne s'est jamais vanté.
– Et toi ? Des conquêtes dont je devrais avoir entendu parler ?
Pansy se figea et Ron comprit son erreur. Elle se recula de lui, se glissa jusqu'à la tête du lit et tira les couvertures sur elle.
– Je suis désolé, Pansy, je suis vraiment désolé.
– Peut–être qu'on devrait dormir un peu, proposa–t–elle à mi–voix, le visage enfoncé dans l'oreiller.
– Je suis désolé… Je n'ai pas pensé que…
– C'est bon, ce n'est pas ta faute.
– J'aurais mieux fait de me taire. Je ferais mieux de réfléchir avant de l'ouvrir…
– Non, tu ne pouvais pas savoir. Dormons un peu. On a une grosse journée demain.
Il se glissa derrière elle et l'entoura de ses bras une nouvelle fois.
– Je vais prendre soin de toi, lui murmura–t–il. Même si tu ne veux pas, je le ferai.
– Je veux que tu le fasses, répondit–elle doucement. Promets–moi juste que tu ne me quitteras jamais.
oOo
Snape s'engouffra tellement brusquement par le trou du portrait qu'il faillit déchirer la toile. Phineas Nigellus émit un cri perçant de protestation : il n'appréciait pas toute l'agitation de cette nuit. Phineas avait espéré qu'une fois guerre terminée, son portrait ne serait plus utilisé pour les allées et venues d'Albus Dumbledore et son équipe hétéroclite.
Snape ne lui offrit pas d'autres salutations qu'un grognement tandis qu'il traversait le bureau du directeur à grandes enjambées jusqu'à la porte.
Dumbledore le suivit, imperturbable devant un tel comportement. Arthur Weasley chancelait encore sous le choc de la révélation que Hermione Granger – une jeune fille qu'il considérait presque comme sa propre fille – avait conçu un enfant avec le Maître de Potions. Il avait entendu des rumeurs de relation – principalement parce que Remus Lupin leur avait dit, à Molly et à lui, qu'il les avait vus à la fête du Nouvel An – mais, en vérité, Arthur l'avait chassé de son esprit, misant sur le fait que Remus avait bu avec excès cette nuit–là et qu'il avait halluciné.
Harry, d'un autre côté, s'était considérablement calmé. Il se leva de sa chaise et suivit Dumbledore en ignorant la douleur cuisante qui émanait de son genou.
– Avez–vous besoin d'être mis au courant, Severus ? s'enquit aimablement Dumbledore.
– Je sais ce qui s'est passé.
– Vous savez qui a enlevé Draco ?
– Le conservateur du musée.
Harry dut se forcer à courir pour se maintenir à leur hauteur pendant qu'ils prenaient le couloir qui menait aux donjons. Dumbledore semblait garder facilement le rythme et Harry ne put s'empêcher de maudire sa misérable condition. Cependant, il ne se permit pas de boiter, il savait que la plus infime faiblesse serait une excuse parfaite pour Snape de le laisser derrière – et il n'envisageait pas du tout d'être laissé sur place.
– Mais pourquoi donc le conservateur d'un musée veut Draco ? exigea de savoir Harry. Il doit être complètement cinglé de l'enlever en pleine rue comme ça !
Snape ne pensa pas que la question méritait une réponse, l'évidence parlait d'elle–même. Il commença sa descente dans les donjons avec la même foulée déterminée qu'il avait employée dans le hall quelques minutes auparavant et il n'hésita pas à écarter de son chemin une Miss Teigne à l'affût en lui balançant un bon coup de pied au passage.
– Comment il a pu savoir que Draco serait là ? poursuivit Harry, en faisant tressauter son genou douloureux à chaque marche. Draco n'était pas censé être présent… peut–être qu'il attendait quelqu'un d'autre et a enlevé Draco par erreur !
– Et attendre qui ça ? demanda Snape sans briser son rythme. Qui serait assez spécial pour qu'un homme se cache dans Pré–au–Lard pour l'attendre ?
Harry rosit.
– Je…
– Oh, vous croyiez qu'il vous attendait, vous ? siffla onctueusement Snape. Ne vous flattez pas, Potter ! Cet homme place la beauté au–dessus de tout et, en dehors d'une paire d'yeux plus ou moins décente, il n'y a rien chez vous qui pourrait l'attirer.
Harry sentit un déraisonnable pincement au cœur en entendant le commentaire direct de Snape sur ses attributs physiques.
– Comment… comment vous savez qui c'est ? s'enquit Harry en haletant un peu à cause de l'effort qu'il fournissait pour rester à leur niveau. Comment vous savez qu'il voulait Draco ?
– Un elfe de maison me l'a dit, grogna Snape avant de grommeler furieusement le mot de passe de ses appartements.
La porte s'ouvrit dans un bang ! Pourtant il continua à la même allure. Il se dirigea droit sur son cabinet et l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait une multitude de médicaments en bouteilles et en bocaux, tous soigneusement étiquetés et datés. Harry resta interloqué tandis qu'il réalisait brusquement qu'il y avait là, sous la garde de Snape, presque un exemplaire de chaque potion médicale qui traitait n'importe quelle maladie bénigne qu'un étudiant pouvait contracter. Il avait toujours présumé que c'était Madame Pomfresh qui les concoctait toutes mais maintenant il se rendait compte que non.
– Qu'est–ce que vous cherchez ? demanda stupidement Harry.
– Qu'est–ce que vous croyez ? répliqua Snape sans prendre la peine de lever les yeux vers Harry.
Il sortit un énorme bocal cubique rempli d'une potion vert lumineux du placard. Harry rougit : il avait été si préoccupé à quémander de l'aide qu'il n'avait pas envisagé les conséquences à plus grande échelle. Il avait déjà vu Draco au début d'une attaque. Mais que se passerait–il maintenant si Draco paniquait, que lui arriverait–il ? Se pouvait–il qu'il soit déjà trop tard ?
– Vous pensez qu'il en aura besoin ? demanda Harry à mi–voix.
– Ça fait combien de temps ?
– Un bon moment, un peu plus d'une heure.
– Alors oui, je dirais qu'il en aura besoin, répliqua Snape, caustique.
– Pourquoi… pourquoi le conservateur a pris Draco ? Qu'est–ce qu'il va lui faire ?
– Probablement la même chose qu'il fait à Lucius depuis une année.
Harry pâlit.
– Severus, l'avertit Dumbledore. Non.
– C'est bon, fit Harry. Je sais ce qui s'est passé.
Snape cherchait autre chose dans le placard mais il ne put s'empêcher de railler Harry.
– Vous saviez, alors, non ? Si vous le saviez, pourquoi n'avez–vous pas pensé à prendre un peu mieux soin de Draco ? Vous étiez heureux de vous envoyer en l'air avec lui, n'est–ce pas, mais ça n'incluait pas de le protéger également ?
– J'étais… Je voulais… Je suis arrivé trop tard…
– Mais vous servez à quoi, alors ?
Snape trouva ce qu'il cherchait. Harry vit apparaître une large seringue. Ce n'était pas une petite en plastique qui remplissait les hôpitaux moldus et certaines ruelles sombres, non, c'était un lourd tube de verre entouré d'un filigrane argenté. Snape y fixa une aiguille mortellement longue et aspira une mesure de Navitas. Puis il plaça le tout dans une boîte en argent décoré.
– Pourquoi on a besoin de l'aiguille ? demanda Harry.
– En cas d'urgence.
Snape tapota deux fois sur la boîte et elle devint minuscule. Il l'empocha rapidement et souhaita avoir le temps de changer ses robes.
– Vous ferez ce qui est nécessaire ? s'enquit Dumbledore. Contrer les effets de l'Acide Madragora en urgence est un art perdu et vous savez ce qui se passera si l'aiguille n'est pas plantée où elle doit l'être.
– Et j'ai le choix ? rétorqua Snape, venimeux. S'il est trop mal en point, je devrai m'en servir donc il ne va pas aller le faire à Ste–Mangouste et même dans ce cas…
– Il y a si peu de guérisseurs qui savent comment l'administrer.
Dumbledore soupira et hocha la tête, sa peau avait pris une teinte grisâtre.
– Je connais les principes de l'application, expliqua soigneusement Snape, mais il se peut que je n'aie pas le choix.
Dumbledore dévisagea les traits pâles de Harry et décida qu'il valait mieux parler de l'opération à mener.
– Est–ce que vous savez où il pourrait avoir emmené Draco ? demanda–t–il.
– Je suppose qu'ils sont au musée, répondit Snape qui préférait ce sujet au précédent. Ce qui est un problème en soi.
– Le musée est ancien, confirma Dumbledore. Le bâtiment lui–même est un labyrinthe, à moins que vous ne sachiez où aller…
– Il peut aussi bien avoir enlevé Draco aux confins de l'univers.
Snape alluma un feu, plongea sa main dans un petit pot posé sur le manteau de la cheminée et en retira une pleine poignée de poudre argentée étincelante. Il jeta la poudre dans le feu et cria à travers les flammes :
– Non !
Une mini tornade se mit à tournoyer dans le foyer et en quelques secondes, le petit elfe de maison que Harry se rappelait avoir vu au Manoir Malfoy sortit de l'âtre.
Le petit elfe s'épousseta et lança un regard furieux et menaçant au Maître de Potions.
– Oui, Maître Severus ?
Snape fronça les sourcils.
– Le conservateur a enlevé Draco, où l'emmènerait–il ?
Les yeux de Non s'écarquillèrent.
– Maître Severus aurait dû permettre à Non de rester au musée, s'écria–t–il. Non aurait pu avertir le Maître !
– Tu t'es fait attraper, espèce de petit morpion, et tu as une sacrée chance d'être encore vivant. Maintenant, où l'a–t–il emmené ?
Non parut trembler un instant mais il afficha ensuite un air têtu. Harry devina au petit costume qu'il portait que l'elfe avait été libéré mais, au contraire de Dobby, le petit elfe n'avait aucun respect pour ses compagnons humains. Il jeta une œillade meurtrière à Snape.
– Et la petite chatte ?
– Manifestement, le charme a échoué ou tu n'es pas aussi habile avec une baguette que tu le pensais.
La voix de Snape avait atteint un dangereux niveau de sifflement.
– Maintenant, où est Draco ?
– Le conservateur Semeuse a dû l'amener au musée, fit Non en regardant tour à tour Harry et Dumbledore. Il voudra l'avoir dans sa chambre à coucher
– Et où est sa chambre à coucher ?
– À l'étage du haut. L'entrée est secrète. Non connaît le chemin alors Non y amènera Maître Severus.
– Non. Non ne vient pas. Non va me dessiner une carte. Je ne te prends pas avec moi.
Non sembla mécontent mais ne discuta pas.
– Comme le Maître voudra, acquiesça–t–il à voix basse.
– Bien.
Snape lui tendit un morceau de parchemin et une plume d'un geste brusque.
– Maintenant, dessine.
Non fixa la plume et le parchemin comme s'il ne savait pas qu'en faire puis il mit la plume de côté, humecta le bout de son doigt et se mit à dessiner.
Ce fut étonnamment efficace. Le trait était solide et noir et il fit du bon boulot malgré la silhouette de Snape qui le planait au–dessus de lui comme un vautour.
– Vous devez traverser la Salle Sais, expliqua Non. C'est là que sont gardés les Mangemorts. En principe, le conservateur Semeuse garde Maître Lucius avec lui mais s'il détient Maître Draco alors il ne voudra probablement pas Maître Lucius – Maître Lucius serait en colère. Le conservateur Semeuse prend un autre chemin mais les elfes de maison passent par ces portes…
Il dessina les portes.
– Vous traversez la Salle Sais et montez les escaliers, il y a différents paliers. Quand vous verrez ces trois portes côte à côte, vous prenez celle du milieu et elle vous amènera au sommet du musée. Vous suivez le couloir et au bout, il y a deux grandes portes blanches, elles mènent aux appartements du conservateur Semeuse. Maître Draco sera là, Non en est certain.
Lorsqu'il eut fini la carte, Harry la lui arracha des mains. Snape, à son tour, arracha la carte des mains de Harry.
– Mais qu'est–ce que vous faites au juste, Potter ?
– Je viens avec vous, bien sûr !
Snape lui offrit un sourire crispé.
– Restez ici et attendez, Potter. Je ne vous prends pas avec moi.
– Non, rétorqua Harry, tout aussi crispé. Je viens avec vous.
– Je ne vais pas me disputer avec vous, Potter.
– Bien, approuva Harry d'une voix raisonnable, comme ça, ça sera agréablement silencieux quand nous irons au musée.
Snape ricana mais devait admettre que Potter pourrait lui être utile, spécialement s'il y avait un combat et rester là dans ses appartements à discuter de ça n'aiderait pas Draco. Il hocha la tête d'un geste vif, vérifia qu'il avait tout ce dont il avait besoin et grogna à Harry de le suivre.
– Ceci vous aidera, indiqua Dumbledore en sortant une chaînette de sa poche. Le pendentif est un Portoloin, alors lorsque vous aurez trouvé Draco, il vous ramènera dans mon bureau.
Harry prit la chaînette et la passa autour de son cou puis Snape et lui se dirigèrent vers la porte sans un mot.
oOo
Quelque part au loin, le hurlement des sirènes retentit. Des camions de pompiers. Draco les perçut pendant un bon moment. Plusieurs minutes, cinq au moins. Il était certain que c'étaient des camions de pompiers. Il en avait déjà entendu auparavant quand il s'était rendu dans le village proche de sa maison et une fois encore, lorsqu'il s'était rendu à Londres durant une manifestation, quatre ans plus tôt. Son père lui avait alors expliqué que les énormes camions rouges allaient éteindre les feux que des Moldus imbéciles allumaient et n'arrivaient plus à contenir. Draco les avait observés un peu étonné puis s'était reculé du caniveau pour éviter de se faire renverser. Il se rappelait parfaitement le son des sirènes.
Elles se rapprochaient, devenaient rapidement plus stridentes, se rapprochaient encore, le son augmentait crescendo, comme si les sirènes étaient juste derrière la porte – puis elles passèrent, s'amenuisant avec la distance.
Mais alors que le bruit décroissait un peu, de nouvelles hurlèrent à nouveau, droit sur leurs talons.
Ce doit être sérieux, pensa vaguement Draco, le château doit être en feu.
Il savait qu'il devait bouger mais il était si confortablement somnolent. Ou est–ce qu'il se cachait dans le sommeil ? Le lit était moelleux sous son dos et, même si le château était en feu, il se dit qu'il y avait pleins de professeurs pour s'en occuper. Et il y avait les camions de pompiers. D'énormes camions de pompiers moldus.
Mon dos me brûle.
Il se demanda qui avait appelé les pompiers. Pourquoi avait–on besoin d'eux ? Est–ce que Poudlard n'était pas caché aux yeux des Moldus ? Comment l'avaient–ils trouvé ?
Il y a quelque chose qui cloche ici.
Cette pensée surprit Draco comme un fouet claquant devant son visage. Il inspira avec difficulté et brusquement ne se sentit plus du tout à l'aise. Ses poumons lui faisaient mal. Son dos le brûlait et son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Du plus profond de son ventre, il sentit une vague de panique, puissante et inexplicable mais électrisante. Ses doigts se crispèrent de leur propre chef et agrippèrent les vêtements de nuit si fort que ses ongles se cassèrent jusqu'au sang.
Quelque ne va pas… Quelque chose ne va pas du tout…
L'air autour de lui semblait lourd et oppressant, comme un poids étouffant plutôt que la miséricordieuse source de vie qu'elle était censé être. Il était chaud et dense, comme si ce n'était pas vraiment de l'air mais une présence âcre et toxique.
Il tenta désespérément de respirer mais échoua. Il ne réussit pas à insuffler de l'air dans ses poumons. C'était comme si cet invisible poids était posé carrément sur son torse et le faisait suffoquer. Et le tuait.
Je ne peux pas respirer !
Il essaya de crier, certain que si quelqu'un l'entendait, il lui viendrait en aide. Mais la panique le rendait muet. Il était soudainement saisi d'une frayeur accablante et paralysante.
Mais qu'est–ce que je crains ? se demanda–t–il. De quoi ai–je peur ?
Le feu. Ce devait être le feu. C'était pourquoi l'air était si chaud et épais. C'était pourquoi il n'arrivait pas à respirer et son corps lui semblait en feu. Il devait être pris au piège dans le feu.
Mais il n'y a pas de feu. Ce ne sont que des sirènes.
Il lutta contre une terreur déraisonnable qui lui pétrifiait les muscles et les articulations. Il tenta de bouger mais découvrit qu'il ne pouvait pas. Il essaya d'ouvrir les yeux et se rendit compte qu'ils étaient anormalement lourds. Puis enfin il se souvint. Il n'était pas à l'école. Les sirènes au–dehors ne provenaient pas de camions qui se frayaient un chemin sinueux à travers une montagne de boue et la terreur qu'il ressentait n'était pas déraisonnable. Pas du tout.
Et maintenant qu'il se rappelait, il pouvait la sentir. La douleur. Son corps entier paraissait éclater de douleur. Il savait pourquoi son dos le brûlait. Il savait pourquoi son cœur battait sauvagement et il savait pourquoi le sang se précipitait à travers ses veines, cinglant chacune de ses fibres qu'il nourrissait. Il savait pourquoi chacune de ses terminaisons nerveuses étaient en feu.
Il savait pourquoi il ne pouvait pas respirer.
Ses yeux s'ouvrirent brusquement.
– Ah ! Tu es réveillé, petit.
Draco voulut crier. Son instinct lui hurlait de sortir de ce lit et de s'enfuir. Il voulait tout tenter même se jeter du balcon et atterrir dans la rue en dessous. Il le voulait mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas bouger. Ses muscles et ses membres ne répondaient pas, comme si toute l'importante partie de son cerveau qui les contrôlait avait été court–circuitée et rendue impuissante.
Il se força à lever les yeux vers son tortionnaire pour bien observer ses traits. Le conservateur était un vieil homme, pas aussi vieux que Dumbledore mais assez vieux.
Draco essaya désespérément de bouger. Il fallait qu'il se lève, qu'il sorte de là – ou mourir en essayant.
– C'est une potion, expliqua doucement Semeuse, un sourire dans la voix. Ne t'impatiente pas, petit dragon. Si tu te détends, tu t'habitueras à la sensation.
Draco ne voulait pas s'habituer à la sensation. L'idée même de rester comme ça le terrifiait. Ses membres, par l'action même de la paralysie, étaient devenus hypersensibles et douloureux.
Il ferma les yeux une nouvelle fois, agissant à l'encontre totale de tout ce que son père lui avait appris. Il arrivait presque à entendre Lucius maintenant : « Ne te détourne jamais de ton ennemi, garde–le toujours en vue ». Mais Draco doutait que son père ait gardé les yeux ouverts chaque fois que cette caricature d'homme lui montait dessus. Il n'y avait aucune chance qu'il ait pu le faire. Mais Draco avait besoin de fermer les yeux parce que s'il fixait le conservateur, il ne serait jamais capable de se concentrer sur sa respiration et il devait continuer à respirer.
Mais l'air était si lourd. Comment pouvait–on respirer quand l'air était si lourd ?
– Draco ? Réveille–toi, mon petit dragon. C'est toujours beaucoup plus plaisant de voir tes yeux.
Oh, mon dieu. Non, non, non, non, non, non, non.
Draco rouvrit les yeux, ses paupières relevées révélèrent la terreur qu'il ressentait.
– Ah, mon beau garçon. Regarde–toi. Tu es tellement adorable.
Semeuse le caressa sur tout le corps, permettant à ses longs doigts de se promener sur le ventre de Draco et sur le creux de sa hanche.
– Tu dois oublier que j'ai perdu mon sang–froid un peu plus tôt, mon chéri. Ces cicatrices m'ont causé un choc. Ton père s'est comporté comme un ange très vilain, parce qu'il ne m'a pas dit que tu étais si désespérément imparfait. Mais vraiment, les plus merveilleux objets historiques sont d'autant plus beaux s'ils sont endommagés par le temps.
Il sourit en concentrant ses doigts sur la peau laiteuse.
– Peut–être que cette fois, on pourrait dire la même chose de toi, petit.
Draco prit une profonde et douloureuse inspiration. Draco avait juste besoin de survivre le temps que Harry vienne ici… ou peut–être Oncle Severus. Oncle Severus, ce serait mieux. Oncle Severus ne le blesserait pas autant que cette douleur dans ses poumons.
Il prit une autre inspiration et ouvrit la bouche, forçant sa gorge à travailler et sa langue à se mouvoir.
– N… Navitas…
– Navitas ?
Semeuse fronça un peu les sourcils puis sourit d'allégresse en comprenant que sa proie avait décidé de parler.
– Qu'est–ce que c'est, petit ?
Draco sentit à nouveau les larmes brouiller sa vue et il s'efforça de les réprimer. Il devait respirer et pleurer n'allait pas l'aider.
– Navitas…
– Je ne comprends pas, mon petit cœur, qu'est–ce que tu veux dire ?
Draco cligna des yeux et obligea sa gorge sèche à travailler une nouvelle fois.
– Médicament, articula–t–il d'une voix rauque, Navitas…
Semeuse sourit et caressa la hanche de Draco encore une fois.
– Tu as besoin d'un médicament, mon chéri ? Eh bien, mon petit dragon, nous allons voir comment tu te portes maintenant et j'irai chercher ce médicament plus tard.
Une larme s'échappa et glissa sur sa joue puis dans l'enchevêtrement de ses cheveux. Il savait que ce plus tard serait très probablement un trop tard.
Semeuse lécha la trace salée et releva les hanches de Draco, recula ses genoux et les écarta largement pour l'assaut.
Draco ferma les yeux très fort. Il ne voulait pas voir le visage du conservateur pendant qu'il le violait. Il avait déjà enduré plus que ça une fois et il ne voulait pas que la dernière chose qu'il verrait soit le visage de cet homme.
– Ouvre tes yeux, Draco.
Draco ne répondit pas et fut récompensé par une claque sur la joue.
– Ouvre–les, Draco. Je veux voir tes yeux.
Draco les ouvrit. Il le haïssait et finalement n'espérait plus qu'une chose : mourir que l'Acide de Madragora laissé dans son corps termine le travail. Semeuse le regardait comme s'il était un précieux trésor mais ça signifiait assez peu pour Draco. Soudainement ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche s'entrouvrit de saisissement. De gros nuages orageux s'étaient rassemblés au plafond, dans le dos du conservateur. Un ciel gris annonciateur de tempête, silencieux, hors de son champ de vison.
Draco ne put rien dire… Il n'en eut pas le temps.
Dans un déluge meurtrier, la foudre éclata comme une volée d'explosions de la salle des Mangemorts. Sept puis huit éclairs explosèrent les fenêtres et les portes, une après l'autre, sans la moindre pause entre elles. Pour la première fois, Semeuse sembla effrayé, il se recula de Draco et rampa pour descendre du lit tandis que retentissait chacune des détonations, le craquement assourdissant de la nouvelle salve noyant le tumulte de la précédente.
Draco regarda le conservateur se redresser au centre de la pièce en fixant frénétiquement le plafond alors que la tempête s'intensifiait. Aucun des cris de panique que Draco émettait ne fut entendu dans le fracas du tonnerre, le grondement était si fort qu'il faisait vibrer ses os.
Puis une nouvelle volée d'éclairs retentit et une rafale cinglante de lumière blanche et pourpre produisit une série de flashs comme les images saccadées d'un stroboscope, des images qui resteraient gravées dans le cerveau de Draco. Le conservateur dansait comme un dément au centre de la pièce. Il sautait dans les airs en riant comme un maniaque, hurlant dans la tempête.
– Tes feux d'artifice ne marchent pas, mon ange ! Cet immense déploiement électrique ne sert à rien ! Ce ne sont rien d'autres que d'ingénieuses illusions, mon magnifique ange habile !
Le dernier souffle de Draco se bloqua dans sa gorge. Son cœur se mit à battre dangereusement vite dans sa poitrine, tressautant brusquement, tandis qu'une douleur fulgurante le traversait et menaçait de le déchirer.
Et pendant l'espace d'un instant, il crut vraiment que c'était le cas.
Oh, mon dieu, ça y est…
La dernière chose qu'il vit fut une silhouette sombre et tourbillonnante qui faisait une entrée sauvage en passant le seuil de porte avec fracas, arrachant l'encadrement et les plâtres du mur. La forme noire ralentit et parut se déployer. Pendant une infime seconde, Draco se sentit sourire.
Oh, waouh, mais il a vraiment des ailes !
Puis tout devint noir.
oOo
Hermione avait rempli son fourre–tout et avait habilement plié les affaires de Severus dans son vieux sac cabossé. C'était étrange de retourner à Poudlard. Pour la première fois de sa vie, elle ne s'en réjouissait pas. Ceci avait bien trop ressemblé à la vie qu'elle était censée vivre et retourner à l'école lui apparaissait comme un pas en arrière. Pourtant, elle devait terminer sa scolarité et il ne restait qu'un mois avant le début des examens.
Elle attendait l'attelage dans le salon quand Minerva remua le feu avec colère en marmonnant à mi–voix au sujet de quelqu'un de stressé, qui méritait un bon coup de pied au cul. Ils n'attendraient pas longtemps avant que l'attelage arrive et elle le savait. Les Sombrals étaient rapides et ils seraient de retour à Poudlard en une heure.
De retour à Poudlard à attendre.
– Vous vous sentez bien ? demanda Minerva, la tirant de ses pensées.
– Oui, ça va, répondit Hermione avant de fermer les yeux pour les reposer un instant. Je suis juste fatiguée. Je suis toujours fatiguée en ce moment.
– C'est la grossesse, affirma Minerva en s'asseyant sur le canapé à côté de Hermione. Vous devriez vraiment essayer de vous reposer tant que vous le pouvez.
– Je veux y retourner cette nuit, affirma Hermione en bâillant.
– Il ne vous félicitera pas si vous vous épuisez.
Minerva prit la main de Hermione qui reposait sur ses genoux et inspecta la bague qui brillait à son doigt.
– Elle est très belle, est–ce que Severus l'a achetée pour vous ?
Hermione sourit sans ouvrir les yeux.
– Oui mais il ne voulait pas que vous la voyiez.
Minerva ouvrit de grands yeux.
– Mais bon sang pourquoi ne veux–il pas que la voie ?
– Il dit que vous la trouveriez médiocre.
– Oh, ne vous inquiétez pas pour moi. C'est vrai que je n'aime pas tellement les diamants mais Albus les adore, il dit qu'ils sont fantaisistes.
Hermione rit doucement puis pensa qu'il était absurde qu'elle rie alors qu'un de ses amis était en grand danger.
– C'est une bague de fiançailles ?
Le rougissement parla pour elle mais Hermione acquiesça quand même puis elle ouvrit les yeux et dévisagea Minerva avec sérieux. Cette femme avait été quelqu'un d'influent pour elle, elle la respectait en tant que personne et en tant que responsable de Maison. Ces derniers mois, une sorte d'amitié s'était nouée entre elles et Hermione sentait qu'elle pouvait lui parler de choses importantes.
– Vous pensez que je suis folle ? D'avoir un bébé, je veux dire ?
– Je ne crois pas qu'apporter une nouvelle vie en ce monde soit une folie et quand j'avais votre âge, se marier et procréer est une chose qu'on attendait naturellement de nous, alors je ne peux dire que vous êtes trop jeune.
– Mais en ce qui concerne mon avenir, ma carrière ?
– Il n'y a aucune raison que vous n'ayez pas une famille et une carrière, Hermione. Beaucoup de sorcières le font tous les jours.
L'expérience de Hermione en matière de sorcières avec une famille se limitait à Molly Weasley et, bien que Hermione respectât infiniment cette femme, elle ne voulait pas terminer comme ça.
– J'ai eu des enfants et je les ai eus par choix, poursuivit Minerva, décidant que lui donner un exemple était probablement la meilleure chose à faire.
– Vous avez eu des enfants ?
– Eh bien, oui, deux fils mais ils sont morts.
– Oh, s'exclama Hermione en rougissant, l'air horrifié. Je suis désolée.
– Ne le soyez pas, Hermione, ils sont morts bien avant votre naissance.
– Comment…
Hermione se demanda si elle devait lui poser la question. Et si c'était une terrible réponse qu'elle ne voulait pas entendre, comme le fait qu'ils soient morts à leur naissance ?
– Voldemort les a tués, oh, il y a longtemps maintenant.
– Vous semblez si… calme lorsque vous en parlez.
– J'ai mis longtemps à l'accepter, expliqua Minerva, mais maintenant je ne veux plus parler d'eux.
Elles se turent et les pensées de Hermione retournèrent une fois de plus vers Draco. Elle se sentait malade mais, d'une manière ou d'une autre, elle savait parfaitement qu'aucune potion ne la ferait se sentir mieux.
– Vous croyez que Draco va bien ?
– Je ne sais pas, soupira Minerva. J'espère que oui.
– Mais ce conservateur, celui du musée, il ne lui ferait pas de mal… n'est–ce pas ?
– Je ne sais pas, répéta Minerva. Souhaitons que non.
– Et si… Et s'il fait la même chose à Draco… Et s'il traite Draco de la même manière qu'il a traité son père ?
– Mais qu'est–ce qu'il a fait à son père ?
Hermione fut prise d'une quinte de toux subite parce que manifestement Minerva avait été tenue à l'écart de ce sujet particulier. Un bruit à l'extérieur les avertit de la présence de l'attelage dans la rue. Elle se leva du canapé et empoigna ses bagages. Lucius Malfoy et la conversation qu'elle avait eue avec Severus un peu plus tôt lui revinrent en tête. Malgré toute l'intelligence de Severus, Hermione s'était arrangée pour rattraper le coup et utiliser le journal intime bien plus rapidement que lui. Elle s'était dit que c'était une chose illogique et, comme de nombreux sorciers, Lucius Malfoy était illogique. Après avoir passé près de huit ans à tenter de comprendre Harry et Ron, Hermione était accoutumée aux choses illogiques – alors que Severus, lui, avait l'habitude de les écarter.
Sans oublier que Hermione savait où se trouvait l'huile d'ange et c'était un ingrédient vital dans la potion que Severus était en train de concocter.
Elle était capable de trouver le reste du rituel. La clé finale devait s'y trouver. Trouver un ange véritable ne pouvait pas être la réponse, il devait y avoir un substitut, une ruse, quelque part. Elle la trouverait. Pour ce faire, elle s'assiérait et parcourrait délibérément le journal – elle savait ce qu'elle devait chercher maintenant.
– Allons, ma chère, il faut y aller.
Hermione sourit et suivit Minerva.
– Alors, qu'est–ce que le conservateur a fait à Lucius Malfoy ? s'enquit Minerva.
– Je vous le dirai en chemin.
oOo
Le tonnerre gronda furieusement tout autour de la pièce qui trembla sous les assauts de cette tempête intérieure. De l'extérieur, leur parvint le bruit de la pluie, martelant de concert, fouettant les vitres inlassablement alors que les orages se confondaient douloureusement.
Semeuse fit de son mieux pour ignorer cette étourdissante démonstration de pouvoir. Il ne savait pas comment l'ange avait découvert la présence de son fils mais il savait que cette tornade ne pouvait pas durer. Lucius pouvait concocter des feux d'artifice tant qu'il voulait mais il n'y avait concrètement rien qu'il puisse faire pour empêcher Semeuse d'obtenir ce qu'il voulait. L'ange avait un accès de colère mais très bientôt, il serait fatigué et la tempête s'apaiserait d'elle–même. Semeuse ne doutait pas que Lucius s'habituerait au fait que Draco était là et, avec le temps, il en viendrait à prendre plaisir à sa compagnie.
Draco tomba une nouvelle fois dans l'inconscience et Semeuse se demanda s'il ne lui avait pas donné trop de potion paralysante. Il n'était pas vraiment sûr des effets secondaires de la potion peut–être que cet étrange besoin de dormir était l'un d'entre eux. Ou alors ses facultés n'étaient pas solides, une infériorité qui venait de sa mère, tout comme la difformité de son dos. Mais il ne semblait vraiment pas capable de garder les yeux ouverts et il émettait un son épouvantable à chaque inspiration qu'il prenait. Semeuse toucha sa main qui reposait sur son torse et sentit son cœur battre la chamade contre ses côtes. Sa peau était terriblement brûlante, comme s'il était en train de se consumer de fièvre.
Le garçon était–il malade ? Semeuse recula d'un pas. Il ne supportait pas la maladie, il ne pourrait pas supporter de s'occuper d'un invalide. Semeuse ne craignait pas pour la santé de son ange bien–aimé. Lucius était éternel ou du moins, il tiendrait aussi longtemps que lui–même. Le garçon, d'un autre côté, semblait de faible constitution. Il avait hurlé quand il lui avait fait l'amour, hurlé et sangloté bruyamment, inconsolable. Semeuse découvrit qu'il se languissait des sanglots silencieux et de la peau parfaite de son ange.
S'il pouvait ramener le garçon d'où il venait, se dit Semeuse, il le ferait. Ainsi, il pourrait partir en quelques heures, emmenant son ange avec lui. Quant à cet enfant, le mieux serait peut–être de lui jeter un Avada Kedavra pour le sortir de sa misère.
Mais, à dire vrai, il n'avait pas l'air bien du tout, peut–être que le sortilège ne serait pas nécessaire, après tout.
– Je ne sais pas pourquoi tu l'aimes autant, Lucius, hurla Semeuse à la tempête. Il est faible et il n'est pas digne de toi !
– Je t'avais dit de ne pas le toucher !
Semeuse se figea. La voix, si merveilleusement familière maintenant, ne provenait pas de sa tête. Elle ne parlait pas à la plus intime partie de son cerveau comme la voix de Lucius l'avait fait si souvent. Cette voix, la voix de Lucius, criait avec force, fulminante par–dessus le tonnerre. La voix avait pris naissance dans l'air.
La voix venait de derrière lui.
Semeuse déglutit.
– Tu es malin, mon ange, dit–il sans se tourner.
Il ne voulait pas encore voir Lucius.
– Tu as appris à monter les escaliers. Tu dois être épuisé.
– Tu découvriras que je suis plein de surprises.
La tempête se calma d'un coup et le silence qui en résulta fut inquiétant. Semeuse pouvait entendre le son de la pluie au–dehors, le bruit était doux maintenant au lieu des lourdes trombes d'eau qui menaçaient de ravager le toit. Il parvenait à entendre les divers craquements et gémissements du musée, chose qu'il n'avait jamais remarquée auparavant mais maintenant, dans cet étrange silence, ils paraissaient distincts. Il pouvait entendre le souffle de Lucius derrière lui. La respiration était régulière, pas lourde d'épuisement comme elle aurait dû l'être. Lucius était manifestement calme, ses inspirations et expirations étaient égales et Lucius n'était même pas en sueur.
Mais comment a–t–il pu monter les escaliers ?
Semeuse regarda le jeune homme étendu dans le lit. Il ressemblait à une poupée cassée. Avec une petite note de dégoût, Semeuse remarqua le sang qui trempait la literie. Lucius saignait, mais pas comme son fils.
En parlant de Lucius…
Semeuse pivota pour confronter son ange. Pour le calmer. Pour le dominer. Pour lui pardonner l'orage et exiger sa compréhension.
Semeuse en resta bouche bée.
– Mon ange ?
Et c'en était un.
Du plus profond de son imagination, Semeuse s'était représenté Lucius paré d'or, entouré de lumière et, s'il avait dû concrétiser l'image d'ange qu'il s'en faisait, alors ses glorieuses ailes auraient été aussi blanches et pures que la neige fraîchement tombée.
Mais finalement, après l'avoir si longuement rêvé, Archibald Semeuse pouvait enfin voir quelle sorte d'ange était Lucius Malfoy.
Cette merveilleuse créature devait être un ange déchu. Certes magnifique, mais aussi sombre et terrible que le plus profond des cratères de l'enfer. Semeuse comprenait enfin pourquoi son ange avait été aussi craint. Semeuse, dans un effort instinctif de reculer, trébucha. Il partit en arrière, faillit tomber sur le lit et pourtant se ressaisit. Son esprit tournoyait, voulait voir et comprendre ce qui se tenait devant lui.
Les ailes – seigneur, il avait des ailes – s'agitèrent et maintinrent Lucius près du plafond, elles miroitaient, aussi noires que celles d'un corbeau. Ses yeux n'étaient plus gris, maintenant ils ressemblaient à deux énormes puits noirs et ses lèvres s'étaient retroussées en un grognement sauvage et vorace.
– Je t'avais dit de le laisser tranquille. Je t'avais dit : pas mon fils !
La bouche de Semeuse s'ouvrit et se referma dans un claquement sec. Il avait vécu longtemps et avait vu beaucoup de choses. Enfant, il avait appris à ne pas sous–estimer les limites du monde magique – mais ça, c'était… un ange. Un ange réel et concret.
– Que se passe–t–il, Archibald ? Tu as perdu ta langue ?
– Mon… mon… mon ange… Lucius…
– Je connais mon nom, Archibald.
– Mais comment ? Comment est–ce possible ?
Lucius sourit. Il souriait vraiment et Semeuse s'en émerveilla.
– Je dois dire, Conservateur, que je ne pensais pas que tu serais à court de mots. Tu as généralement beaucoup à dire. J'ai attendu ça très longtemps, je crois vraiment que je vais en profiter.
Semeuse se reprit et s'efforça d'afficher un sourire confiant. Il écarta ses mains.
– Tu ne peux me faire aucun mal, mon ange. Ne sois pas stupide, mon cher, tu n'as pas de baguette !
Lucius émit un gloussement bas et profond.
– Oh, Archibald, tu es impayable. Qui a dit que j'allais employer la magie ?
Les yeux de Semeuse s'écarquillèrent et, un instant trop tard, il se tourna pour plonger sur sa baguette qu'il avait imprudemment laissée sur la coiffeuse. Mais Lucius, son ange ténébreux, aidé de ses ailes noires, était rapide. Il fondit sur lui et tira violemment la tête du conservateur en arrière en s'agrippant à ses cheveux argentés. Semeuse haleta sous le choc quand une seconde main, étonnamment forte, le prit en coupe sous le menton.
– Maintenant, ça pourrait être un peu douloureux, siffla Lucius avant d'effectuer une violente torsion.
Le craquement résonna dans toute la pièce. Semeuse sentit son souffle se bloquer – puis il s'écroula.
oOo
Hermione n'avait pas particulièrement bien supporté le trajet en carrosse. Elle se sentait catégoriquement verte alors qu'elle faisait un pas à l'extérieur. Elle dut s'asseoir sur un banc de pierre, près des écuries. La nuit était froide et humide comme jamais, elle avait espéré ne plus voir de pluie pendant un moment. Elle était gelée jusqu'aux os mais maintenant, le froid lui faisait du bien sur la nuque.
– Vous avez besoin de repos, lui conseilla Minerva. Je vais vous monter au lit.
– Non, je vais bien. Il faut juste que mon estomac se remette.
– Je vous amènerai dans les appartements de Severus si vous voulez mais je pense toujours que vous avez besoin de repos. Vous n'avez pas l'air bien.
Minerva fit une moue désapprobatrice et croisa les bras.
– Vous devriez laisser cette potion ou ce rituel – ou que sais–je encore – dont vous avez parlé avec Severus, parce que vous ne pouvez pas courir partout en essayant de tout faire – particulièrement ça.
Minerva s'était montrée sceptique quant à l'aide qu'ils pouvaient offrir à Lucius Malfoy. Elle avait fait remarquer que Severus avait une étrange faiblesse pour cet homme et que peut–être il n'était pas très clair avec lui–même. Hermione avait insisté sur le fait qu'il allait faire un marché avec le Ministère. Minerva n'aimait l'idée que Hermione s'implique pareillement.
– Je dois juste monter dans la chambre de Harry pour aller chercher le journal puis me rendre dans la réserve de Severus pour y prendre quelques trucs et ensuite je serai heureuse de m'asseoir dans sa chambre toute la nuit. Je ne dérangerai personne.
– Pourquoi faites–vous ça ? s'enquit Minerva. Vous ne devez rien à Lucius Malfoy.
– Je sais… Je…
Alors pourquoi le faisait–elle ? Elle ne devait vraiment rien à Lucius Malfoy – cet homme était tout à fait machiavélique, elle ne lui connaissait aucune bonté. En fait, il avait souvent exprimé l'opinion que les gens comme elle ne devaient même pas exister. Le monde ne se porterait que mieux sans lui.
Mais elle savait qu'elle voulait le faire. Non pas parce qu'elle voulait ce savoir, pas même parce qu'elle voulait aider Severus. Ses motifs étaient simples et absurdes mais assez forts pour pousser à continuer. Elle devait s'ôter de l'esprit ce qui arrivait à Draco et travailler avait toujours été ce qui concentrait toute son attention. Travailler à quelque chose de complexe, une énigme, essayer de trouver une réponse.
Elle se leva et s'épousseta puis empoigna son sac et se mit à grimper les escaliers qui menaient au hall principal du château et, de là, elle se rendrait à la tour sud–ouest pour y prendre le journal. Minerva secoua la tête, soupira et la suivit.
oOo
Ça aurait tué un homme plus frêle. Ça aurait tué un Moldu. Mais il en fallait beaucoup pour tuer un sorcier, tout le monde le savait. Lucius aussi. Il sourit en regardant le conservateur étendu sur le sol, sa tête formait un angle bizarre. Il pouvait lire dans les pensées de Semeuse aussi facilement que s'il était dans sa tête, c'était cette habileté qu'il avait perfectionnée au cours de ces derniers mois d'enfer et il ne put s'empêcher de sourire un peu plus largement quand l'homme se mit à penser que peut–être Lucius ne le tuerait pas. Le blesser sans aucun doute ou tordre ses muscles mais, au final, ils seraient ensemble. Mais tandis que la paralysie atteignait tout le corps du conservateur, son cerveau commença à émettre des étincelles, envoyant signal après signal à son corps qui brusquement n'avait plus le pouvoir de répondre.
Lucius gloussa et glissa à travers la pièce pour s'emparer de la baguette du conservateur restée sur la coiffeuse. Il l'agita devant Semeuse.
Mais tu avais dit que tu n'allais pas employer la magie.
Lucius haussa les épaules, indifférent.
– J'ai menti.
Le conservateur émit un son étranglé.
– Tu ne peux pas imaginer à quel point j'ai espéré cet instant, déclara vicieusement Lucius. J'étais assis là tous les jours et j'espérais te voir mourir.
Mais je t'aimais.
Lucius leva sa baguette et siffla :
– Endoloris !
Le corps du conservateur se mit à tressauter, à se contracter et à se débattre sur le sol, sa tête ballottant inutilement sur sa nuque brisée et Lucius commença à rire.
– Ça fait mal ? demanda Lucius avec un intérêt poussé. C'est bon ? Tu aimes ça ?
Semeuse sursauta par saccade quand Lucius lui lança une autre vague de Doloris.
– Oh, Archibald, je ne peux que prendre plaisir à ta misère…
Un doux gémissement l'interrompit, Lucius se retourna et sentit son hilarité s'atténuer.
– Je pense que notre temps ensemble est terminé, Conservateur.
Semeuse émit un gargouillis de protestation quand le sortilège de mort vola sur lui mais, l'instant suivant, il était mort. Lucius plana un moment et fixa le corps de son tortionnaire puis une douleur le transperça et il tomba sans bruit sur le lit.
L'ange qui l'avait maintenu en vie pendant de si nombreux mois était épuisé, il se recroquevillait en lui, désespéré de se libérer de ce corps qui l'avait piégé. Les ailes qui avaient surgi dans son dos avaient déchiré ses muscles, ses os et sa chair en rubans sanguinolents qui flottaient le long de son corps. Mais tout ça importait peu maintenant. Il sentit l'afflux de pouvoir quitter son corps et il se sentait brusquement très lourd.
– Draco, le pressa–t–il. Draco, réveille–toi pour papa.
Mais Draco ne se réveilla pas. Il était étalé sur le lit déchiqueté, froid, inconscient et horriblement nu. Lucius tendit sa main presque inconsciemment et une épaisse couverture vola de l'armoire à linge jusqu'à lui afin de les couvrir, son fils et lui. À la maison, Draco avait développé un embarras presque pudique si ses parents le voyaient nu et, alors que diverses rumeurs suggéraient qu'il n'avait aucun problème à se montrer nu devant les autres, Lucius ne put s'empêcher de l'envelopper rapidement, pour le préserver au moins de ça.
– Draco, je t'en prie, tu dois essayer de te réveiller.
Draco marmonna quelque chose à travers ses lèvres enflées. À l'évidence, Semeuse l'avait battu et Lucius comprit que c'était dû à l'immense lésion cicatricielle étalée dans son dos que lui avait infligé Alastor Maugrey.
– Ouvre les yeux, Draco !
Une autre douleur le traversa et Lucius eut un mouvement de recul. Les ailes commençaient à tomber.
– Tu as des ailes…
Lucius sourit et s'étouffa dans un rire et un sanglot mêlés.
– Je sais, je sais, mon cœur, mais elles vont partir maintenant. Ouvre tes yeux, regarde.
– Harry… marmonna Draco.
Lucius regarda autour de lui, impuissant. Potter allait venir. S'il savait que Draco avait disparu et s'il pouvait le trouver, Potter viendrait.
Ou Severus peut–être. Severus saurait qui l'avait emmené. Severus saurait où aller.
– Quelqu'un va venir, mon cœur. Un Auror… ou Snape…
– Harry…
– Ou Harry.
– Non…
Draco sembla s'enfoncer un peu dans la couverture.
– Il ne va pas venir…
– Non, non, mon cœur. Reste éveillé, ouvre les yeux.
Mais Draco en était incapable et Lucius le savait. Il plaça une main à plat sur la poitrine de Draco et perçut son battement de cœur erratique. Sa respiration devenait courte et laborieuse. Lucius pouvait sentir qu'il commençait à s'effondrer. Il ne savait pas qui il devait blâmer, Maugrey qui avait tant affaibli Draco, Semeuse qui l'avait battu et violé ou lui–même qui s'était comporté de manière tellement perverse que Draco avait été torturé à cause de lui. Son fils mourait. La seule chose qu'il avait fait de bien dans sa vie était en train de mourir et il ne pouvait rien faire pour l'en empêcher.
Il fallait que quelqu'un vienne. Severus ou un des Aurors en bas devait avoir entendu les fenêtres se briser et allait venir voir ce qui se passait. Quelqu'un allait venir les aider. Ils emmèneraient Draco à l'hôpital et il irait mieux.
– Draco, tu dois m'écouter. Tu dois te détendre, je sais que ça fait mal mais tu dois te détendre et respirer. C'est très important, tu dois respirer pour papa.
Il rampa sous la couverture et enlaça son fils. Une fois encore, la douleur le transperça. Il ferma les yeux et s'assura que lui pouvait respirer. Il ne pouvait pas mourir, pas encore.
– Continue à respirer, Draco. Inspire, expire. On va faire ça ensemble.
Il embrassa brusquement son fils sur le front, le serra contre lui et pria silencieusement pour que quelqu'un arrive bientôt.
À suivre...
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
