Titre : Objects of Desire

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Auteure : Azrael Geffen

Traductrice : falyla

Correcteurs : falyla/Florent

Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape

Rating : M/NC-17

Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)

Etat de la traduction : terminée

Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.

Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.

Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.

Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.

Note de la traductrice : Un énorme merci pour tous vos commentaires, j'apprécie le temps que vous prenez pour me laisser un message. Pour celles et ceux qui me félicitent de ma rapidité à traduire les chapitres, je me permets de les renvoyer à la longue note explicative qui figure juste avant le prologue, à savoir que cette fic est déjà finie et traduite depuis très longtemps. Donc pas de délai de ce côté-là, juste le temps libre nécessaire à une relecture attentive avant de poster la suite.

Bonne lecture.

Chapitre 19 (4ème partie)

La porte des appartements de Severus était ouverte quand Hermione arriva. Elle se stoppa net dans le couloir, serrant son sac, le journal intime et les fioles d'huile contre sa poitrine. Qui était là ? Était–elle sur le point de surprendre un couple d'étudiants malintentionnés qui avait décidé d'oublier leur sens commun et tenter le destin ? Manifestement, Minerva le pensa aussi car elle passa la porte au pas de charge afin de confronter ceux qui étaient à l'intérieur.

À la place des étudiants, elles trouvèrent Arthur et Dumbledore qui affichaient un air sinistre ils étaient campés devant l'âtre, ils se dégrisaient en buvant de nombreuses tasses de thé.

– Qu'est–ce que vous faites là, vous deux ? exigea de savoir Minerva. Vous m'avez fait une peur bleue !

Elle se tourna et fit entrer Hermione dans la pièce. Hermione hésita. Elle n'avait pas parlé à Dumbledore depuis longtemps et elle savait qu'il était mécontent de sa situation actuelle. Elle se demanda s'il se sentirait mieux d'apprendre qu'ils allaient se marier. Elle ne savait pas non plus ce que pensait Arthur Weasley. Elle doutait qu'il la regarde d'un œil amical. Il réagirait sans doute de la même façon que Remus Lupin. Elle sentit sa main voltiger avec hésitation vers son ventre d'une manière qui était rapidement devenue une habitude. À l'intérieur, presque imperceptiblement, elle sentit une sorte de palpitation, comme les minuscules ailes d'un papillon.

– Professeur Dumbledore, Mr Weasley…

Elle eut envie de rentrer sous terre au son de sa voix, le ton était effarouché comme une gamine de seize ans surprise à s'envoyer en l'air dans les rosiers, pas celui d'une femme adulte comme elle voulait en donner l'impression. Elle serra son petit sac plus fort et caressa son ventre du plat de la main.

– Je suppose qu'ils sont partis, fit Minerva en forçant Hermione à avancer dans la pièce.

Elle avait espéré contraindre Hermione à se coucher mais maintenant elle aurait l'air d'obliger Albus et Arthur à partir.

– Est–ce que Severus a fait beaucoup d'histoires pour prendre Harry ?

– Non, Minerva.

Dumbledore lui sourit gentiment.

– Je crois qu'il était plutôt impatient de bouger et il n'était pas d'humeur à argumenter. Mais je pense qu'il va perdre Harry en cours de route. Harry a refusé qu'on l'aide pour son genou et Severus ne voudra pas l'attendre.

Minerva sourit tristement. Elle pouvait très bien imaginer Severus décidant de perdre Harry dans Londres mais également s'assurer qu'il resterait perdu. Le musée était situé dans une partie peu recommandable de Londres. Si Severus agissait à sa façon, il s'arrangerait pour vendre Harry en tant que jeune prostitué et empocherait l'argent.

Non, pensa Minerva en souriant. C'était pousser le fantasme un peu loin. Elle pouffa intérieurement et s'interrompit, elle pouvait difficilement commencer à rire maintenant pour une pensée absurde, pas quand la situation était si grave.

Cependant, Albus avait suivi le cheminement de ses pensées et gloussa.

– Hermione, venez prendre un peu de thé, lui ordonna Minerva et invoqua une chaise.

Hermione se déplaça vers la cheminée et sourit aussi joyeusement que possible. Arthur ne la regarda pas et elle sentit son estomac sombrer. Il savait à propos de Severus, elle en était sûre, mais elle ignorait ce qu'il savait ou pas sur le bébé. Une fois encore, elle posa une main protectrice sur son ventre et elle parla silencieusement à l'enfant qui se trouvait à l'intérieur. Est–ce que les gens seraient toujours comme ça ? À éviter son regard ou à lui jeter des œillades incrédules ou désapprobatrices ?

Elle durcit son menton déterminé et accepta le thé brûlant de Minerva.

– Est–ce que Ste–Mangouste a été couronné de succès ? demanda Dumbledore. Tout va bien ?

– Oui… Oui, Professeur.

Elle fixa Arthur Weasley qui ne la regardait toujours pas mais qui avait tendu l'oreille.

– Le bébé va bien.

– Vous en êtes à combien ?

– Un peu plus de trois mois.

– Je vois.

Dumbledore prit une gorgée de thé puis l'observa par–dessus ses montures. Elle remua timidement mais les yeux de Dumbledore étincelèrent quand il remarqua la bague à son doigt.

– Les félicitations semblent de mise.

Hermione fit tourner la bague, rougit mais ne put s'empêcher de sourire.

– Elle est belle, hein ? commenta Minerva qui semblait oublier qu'elle détestait les diamants.

– En effet, les diamants sont de jolies choses. Mais je suis surpris qu'il ne vous ait pas donné une Pierre de Dragon, il paraissait les apprécier.

– C'est moi qui ai choisi la bague.

– Ah, je comprends mieux. Severus n'a jamais été capable de voir la beauté d'une chose aussi simple qu'un diamant. Je suis content de voir qu'il a trouvé une femme qui le peut. Qu'en dites–vous, Arthur ?

Mais Arthur était incapable de parler, tout comme il était incapable de regarder Hermione en face. Il ne pouvait que constater que cette fille avait perdu l'esprit. Snape ? Il était enseignant ! Il avait manifestement abusé de sa position de la pire manière qui soit. C'était dégoûtant, contraire à l'éthique et bon nombre de choses entre les deux.

Pourtant, il n'arrivait pas à imaginer quiconque profitant de Hermione Granger. Il avait appris pendant la guerre que cette fille était plus que capable de prendre soin d'elle.

Tout le monde semblait étouffer de chaleur dans ce silence inconfortable, Hermione finit par le briser.

– Est–ce qu'ils vont ramener Mr Malfoy avec eux ?

– Lucius ? s'enquit Dumbledore, surpris. Je ne sais pas, je pense que ça dépendra des circonstances. Je ne crois pas qu'ils iront le retirer de l'exposition.

– Harry ne ferait pas une chose pareille, précisa promptement Hermione, et il ne laissera pas non plus Severus le faire.

Dumbledore fixa ses yeux marron.

– Mais s'il est en danger, je crois qu'ils le ramèneront ici. Pourquoi le demandez–vous ?

Il savait déjà, Hermione le sentait comme s'il l'avait arraché de son cerveau.

– Mr Malfoy a fait quelque chose avant de recevoir le Baiser. Il a découvert que son lignage remontait à nos origines célestes et il a invoqué un ange afin de protéger son âme, mais ça n'a pas fonctionné comme il l'espérait et il est coincé. Son esprit est actif, je crois mais son corps est comme tous ceux qui ont reçu le Baiser.

– Il est conscient ? bredouilla Arthur avant que Dumbledore ne puisse répondre. Il est conscient de ce qui se passe ?

– Oui, apparemment. Severus et Draco le croient de toute façon. Ils l'ont découvert dans son journal intime et ils ont envoyé un espion au musée. Mr Malfoy a envoyé un message à Severus lui demandant de garder Draco éloigné parce que le conservateur voulait Draco. Mais Severus a continué à travailler seul. Il a presque compris le rituel et la potion…

Arthur parut perdu.

– Quoi ? Qu'est–ce que tu veux dire par il a compris le rituel et la potion ? Qu'est–ce qu'il envisage de faire exactement ?

– Ils essaient de comprendre comment le libérer de ses liens…

– Le libérer ? Qu'est–ce que tu entends par le libérer ? questionna Arthur, médusé.

– Severus allait vous en parler…

– J'ai dit à Draco Malfoy que je confierai son père à ses soins s'il témoignait pour moi !

Arthur s'adossa à sa chaise sous le choc.

– Il a fait en sorte que ce soit une décision. Il a dit que tout ce qu'il voulait était que son père lui revienne et j'ai accepté !

Je vous l'avais bien dit semblait dire le regard que lui adressa Minerva.

– Il s'est joué de moi ! s'écria Arthur.

– Eh bien, à quoi vous attendiez–vous ? demanda doucement Hermione. C'est Draco Malfoy après tout. Que pensiez–vous qu'il allait faire ? Draco n'allait pas juste vous donnez ce vous vouliez. Il obtient toujours quelque chose d'égale valeur en retour.

– Et il va le relâcher ! Il va libérer cet animal dans notre monde !

Dumbledore leva une main apaisante.

– Arthur, arrêtez. Severus ne lui permettra jamais de faire ça.

– Mais il m'a menti. Je croyais qu'il avait changé, je croyais que Harry l'avait changé !

Hermione secoua la tête.

– Mr Weasley, Harry ne le changera jamais, Harry ne voudrait pas le changer. Mais le professeur Dumbledore a raison. Severus ne le laissera pas faire ça. Il a une idée, il allait vous en parler. Il y a une ancienne potion, Severus dit qu'elle n'a pas de nom mais elle peut supprimer les pouvoirs magiques d'un sorcier.

Les trois autres tombèrent dans un silence mortel, l'air abasourdi. Après un moment, Arthur se mit soudain à rire, presque hystérique à cette seule idée.

– Lucius préférera mourir que subir ça, fit Dumbledore, la voix un peu tendue. Je n'arrive pas à croire que Severus a pensé à cette solution.

– Il a dit que c'était le seul moyen pour empêcher Mr Malfoy de s'échapper de sa prison et qu'il ne serait plus un danger désormais.

Elle dévisagea anxieusement Minerva qui avait pris un teint crayeux.

– Severus pense que Mr Malfoy va l'envisager, par amour pour Draco.

– Je peux vous assurer, reprit finalement Arthur remis de sa crise de rire, qu'il faudra plus que la perte de ses pouvoirs pour me convaincre de libérer Lucius Malfoy.

oOo

Harry n'arrivait pas croire que le professeur Snape était capable de courir aussi vite. Devant lui, ce dernier ne ressemblait qu'à une tache noire dans les rues humides de Londres et, bien que Harry pût entendre chaque battement de pied, il ne pouvait pas continuer à ce rythme, pas avec un genou dans cet état. Il regretta de ne pas avoir permis à Madame Pomfresh de l'examiner avant de partir mais ça aurait pris trop de temps et il ne voulait pas qu'on le laisse derrière. Cependant, maintenant, il commençait à se demander s'il n'était pas en train de gêner Snape.

Snape tourna à un coin de rue et Harry le perdit de vue. Si Snape entrait au musée en premier, Harry décida de ne pas supplier pour le rattraper. Le mieux était que quelqu'un trouve Draco rapidement.

À l'insu de Harry, Snape et lui avait quelque chose en commun. Tous deux haïssaient Londres. Certes, Harry avait envisagé de vivre dans la cité mais c'était plus par manque d'options. Au contraire de Ron, qui trouvait la ville excitante après avoir vécu des années dans la relative solitude de la campagne, Harry pensait que la ville était sale et bruyante. Et cette impression n'en était que plus intense ce soir. La pluie n'avait servi qu'à noircir cette poussière qui vous rentrait dans le nez et se déposait sur votre peau lorsque le temps était humide. Le résultat était dégoûtant. Ils avaient couru à travers la partie populaire de King's Cross en louvoyant entre les Moldus qui se rendaient au théâtre – ces derniers se tournaient pour leur lancer un inévitable « ! » s'ils étaient heurtés ou effleurés accidentellement par les deux sorciers qui passaient.

Harry bifurqua au coin que Snape avait emprunté un moment plus tôt. Il ne s'était jamais rendu au musée, il ne savait pas à quoi s'attendre mais il était là, surgissant devant lui, apparemment invisible aux yeux des Moldus qui se dirigeaient vers les divers clubs et bordels de cette zone peuplée.

Snape se tenait devant la porte. Arrêté parce que deux Aurors stationnaient de part et d'autre de l'entrée et refusaient de le laisser passer.

– Écoutez, je n'ai pas le temps pour ça. Le conservateur a enlevé un jeune homme. Je suis professeur à Poudlard et j'ai été envoyé là par Dumbledore pour le ramener…

– Je sais que vous êtes le professeur Snape mais vous ne croyez pas que si le conservateur avait kidnappé quelqu'un, on l'aurait remarqué ?

– À l'évidence, vous n'avez rien remarqué du tout, répliqua Snape, irrité.

Harry courut jusqu'à la porte, il haletait à cause de l'effort en se cramponnant le genou. Il ne fit pas de pause, il se contenta de tirer sa baguette et de hurler Stupéfix ! deux fois et les Aurors s'écroulèrent sur le sol. Puis il fracassa la porte sans un regard en arrière.

Snape ne put s'empêcher de paraître impressionné, il ressentit également un petit frisson de plaisir au fait que Potter allait devoir répondre de cet acte le jour suivant. Puis il suivit le héros boiteux dans le musée.

– Où est la salle Sais ? demanda désespérément Harry en regardant le sombre hall d'entrée.

Snape regarda dans toutes les directions puis vit du coin de l'œil le panneau qui indiquait où se tenait l'exposition des Mangemorts et il se précipita vers elle. Harry suivit douloureusement son sillage.

– Si vous ne pouvez pas marcher, vous devriez rester derrière, haleta Snape.

– Oh, bien sûr. Si je n'étais pas arrivé, vous en seriez encore à argumenter devant la porte avec ces Aurors.

– J'aurais bien fini par les stupéfixer…

Snape entra en trombe dans la salle Sais et ses pieds crissèrent pour s'arrêter. Derrière lui, Harry fit de même.

La salle était entièrement détruite. Les vitrines qui contenaient les articles de magie noire semblaient avoir explosé de leur plein gré, douchant la salle de bris de glace, dispersant les objets partout sur le sol. Snape traversa la pièce jusqu'à l'antichambre qui contenaient les Mangemorts et inspira rudement.

Toutes les cages de verre avaient éclaté, les tessons avaient découpé les occupants, leur infligeant des blessures qui seraient sans nul doute fatales à chacun. Lucius n'était pas là.

– Que s'est–il passé ? demanda Harry dans un souffle. Le conservateur… les a tués ?

Snape en doutait. D'après ce que Non lui avait révélé, il n'y avait aucun risque que le conservateur Semeuse veuille détruire si vicieusement quoi que ce soit de son musée. Il repensa à Noël et la manière dont la cage de verre avait explosé à temps pour sauver Draco.

– C'est Lucius, dit–il avec certitude.

– Mais pourquoi ? s'enquit Harry. Pourquoi il aurait tué ses amis comme ça ?

Snape examina les corps des Mangemorts étendus sur le sol. Des gens qu'il connaissait mais qu'il n'aurait jamais considérés comme des amis. Et il savait que Lucius non plus. Mais comme beaucoup dans le monde magique, Lucius avait dû penser qu'ils méritaient mieux que ces cages.

– Il a mis fin à leur misère.

Harry déglutit et ouvrit la carte que Non avait dessinée.

– Montrez–moi, ordonna Snape.

Harry aurait pu argumenter mais, debout dans cette pièce, il décida que ça n'en valait pas la peine. Il voulait sortir de là dès que possible. Il tendit la carte à Snape.

Les escaliers étaient au–delà de la porte, au fond de la salle sombre mais Snape ne prit pas la peine de le dire à Harry. Il présuma que ce dernier se contenterait de le suivre et il avait raison. Ils commencèrent à monter les escaliers, Snape tenait la carte, il était certain qu'ils allaient bientôt se trouver devant trois portes. Non avait marqué plusieurs paliers limitant les embrasures des portails mais ils découvrirent bientôt que le musée n'était pas ce qu'il semblait être. Ils montèrent palier après palier et, à aucun moment, ils ne trouvèrent les trois portes côte à côte. À certains moments, ils prirent la peine de s'arrêter pour essayer une porte, souvent ils la trouvaient ouvertes sur une pièce mais une fois fermée et ouverte une nouvelle fois, elle s'ouvrait sur une autre pièce.

– Il y a une méthode à tout ça, expliqua Snape, dans un effort pour comprendre lui–même.

Certaines combinaisons de portes et certaines combinaisons d'ouvertures et de fermetures vous amenaient là où vous vouliez aller. Ce qui était bien, s'ils trouvaient leurs trois portes alignées.

Après sept volées d'escaliers, Snape finit pas s'arrêter sur un palier et s'appuya contre le mur pour reprendre son souffle. L'excuse qu'il donnerait si Potter le lui demandait était qu'il était bien aimable de l'attendre. La vérité était qu'il était épuisé et commençait à se demander s'il n'était pas devenu trop vieux pour ça. Il sortit la carte et la regarda fixement, espérant que le gribouillage de l'elfe de maison lui révélerait soudainement une sorte de réponse. Mais non. Puis Harry arriva à son tour, haletant de fatigue.

– C'est encore loin ? s'enquit Harry en se frottant le genou, ne souhaitant qu'une chose, s'écrouler quelque part.

Snape retourna la carte pour voir si elle avait plus de sens et maudit silencieusement l'illogique créature qui l'avait dessinée. Il regarda le petit palier et la prochaine volée de marches. Ces escaliers semblaient ne jamais finir et Snape se sentit comme une minuscule et insignifiante créature lancée à la dérive d'une montée sans fin. Forcé de grimper un escalier jusqu'à ce qu'il meurt – comme une sorte de punition pour ses péchés peut–être.

Mais Potter était avec lui bien que Snape ne douta pas un seul instant que Potter avait lui aussi des péchés à confesser, il arrivait difficilement à croire qu'ils avaient été si mauvais qu'on les envoyait expier dans cet enfer–là.

– Quelle que soit la distance que nous parcourons, on n'arrive jamais nulle part, pourquoi ? demanda Harry, pas entièrement rassuré par le silence que Snape avait opposé à sa dernière question.

– Le musée est construit pour que l'extérieur paraisse petit alors que l'intérieur est infini.

– Comme le Tardis ?

– Le quoi ?

– Le Tardis… Le Dr Who ? Ne me dites pas que vous ne connaissez pas le Dr Who, il est de votre époque, après tout ! [1]

Snape le fixa d'un œil vide.

– C'est une série télé… Le professeur Dumbledore l'adore. Il a acheté toutes les vidéos l'été dernier et nous a obligé à toutes les visionner.

Snape, qui n'avait jamais regardé la télévision de sa vie, le dévisagea avec dégoût. Harry resta silencieux un moment puis reprit :

– Donc l'intérieur est infini mais ça n'explique pas pourquoi on ne trouve pas ces portes. Il doit y avoir un raccourci, ne me dites pas que le vieux que j'ai vu se farcit ces escaliers tous les jours.

– Il y en a, sans doute. Malheureusement, on ne les connaît pas. Maintenant, si vous pouviez la fermer pendant cinq minutes, bordel, je pourrais comprendre où on est.

– Comprendre où on est ? s'écria Harry. Mais vous avez la carte ! Vous voulez dire que vous n'en avez pas la moindre idée ?

Snape ne répondit pas, cette carte le laissait perplexe puis, brusquement, il regarda une partie du mur très près du sol.

– J'ai passé beaucoup de temps à déchiffrer la carte du Maraudeur, fit Harry, plein de tact, alors peut–être que je devrais y jeter un œil.

Snape examina la carte une nouvelle fois puis le même endroit sur le mur.

– Ohé, Snape, je vous parle.

– La ferme, Potter.

– Vous ne voulez pas que je regarde la carte ?

– Pas particulièrement. Je sais où on est.

Les sourcils de Harry se levèrent avec scepticisme.

– Okay, alors on est où ?

– Dans le Musée des Arts magiques et des Antiquités, répliqua Snape d'une voix soyeuse. Et on doit descendre de quatre volées.

– Mais il n'y a pas de portes en bas, contra Harry.

– Mais si.

– Non, on l'a vu tous les deux, il n'y avait que deux portes, pas trois.

Snape s'éloigna de lui, courut vers l'escalier qu'ils venaient d'emprunter et, après un moment, Harry soupira et le suivit. Lorsqu'ils atteignirent le palier correct, Harry ne put s'empêcher d'afficher un air suffisant. Il n'y avait pas de portes ici.

– Je ne vois aucune porte, constata–t–il sur son meilleur ton de je vous l'avais bien dit.

– Moi, si, rétorqua Snape mais il ne semblait pas particulièrement heureux de ce fait.

– Où ?

Snape pointa son index sans un mot et Harry suivit la direction du doigt vers un endroit près du sol. Ses yeux s'écarquillèrent.

– Ça ? demanda Harry, complètement paumé. Ça ne peut pas être des portes. Je croyais que c'était des conduits !

Une fois de plus, Snape lui jeta une œillade noire et méprisante, cachant avec succès le fait que lui aussi avait cru que c'étaient des conduits. Tout était parfaitement logiques maintenant. C'était comme ça que les elfes de maison se déplaçaient d'un endroit à l'autre quand ils ne transplanaient pas. Il pointa sa baguette sur la porte du milieu et lui ordonna de s'agrandir.

Rien ne se produisit. Harry le regarda fixement, cligna des yeux plusieurs fois mais décida prudemment de ne pas faire de commentaires. Snape s'accroupit en face de la porte et l'ouvrit. En se mettant à genoux, il put distinguer un long couloir de l'autre côté et, au bout, deux portes de taille ordinaire qui devaient être les grandes portes qui menaient aux appartements du conservateur.

– Eh bien ? s'enquit Harry avec impatience.

– Je crois que c'est ça, répondit Snape.

Il se rassit et estima la taille de la porte à l'œil. Puis il passa son épais pull de laine par–dessus sa tête. Harry eut l'air paniqué.

– Attendez… Comment… comment on va passer à travers ?

– En rampant, répliqua–t–il comme si la réponse était évidente.

Il se débarrassa de son pull à côté du minuscule seuil de porte. Harry fixa le Maître de Potions, bouche bée. Sachant parfaitement qu'il pouvait difficilement faire des commentaires sur le t–shirt noir délavé, il fut interloqué par la minceur de cet homme. Mais bien sûr, en cet instant, être maigre allait jouer en faveur de Snape quand il allait s'agir de passer la porte. Il observa Snape se coucher sur le côté et commencer à se tortiller, les bras en avant. Harry se gratta le ventre sans y penser tandis qu'il regardait le torse osseux, la taille, les hanches et les jambes disparaître à travers la petite ouverture. Snape était incroyablement mince mais Harry, pourtant svelte, était un jeune homme de dix–huit ans en pleine santé qui avait laissé ses jours de malnutrition à Privet Drive, loin derrière lui. Il n'était pas grand mais il avait de larges épaules, des muscles et un léger petit ventre que Draco aimait chatouiller quand ils étaient intimes, mais tout ça n'allait certes pas l'aider dans ces circonstances. Il doutait sérieusement de pouvoir passer à travers cette porte.

De l'autre côté, il entendit Snape se remettre sur pied.

– Si vous voulez venir, Potter, je vous suggère de le faire maintenant, sinon je vous laisse derrière.

Harry déglutit. Il n'avait aucun pull à enlever et il doutait qu'ôter son t–shirt fasse la moindre différence. Il lutta douloureusement sur le sol et essaya d'imiter, du mieux qu'il put, le glissement que Snape avait adopté pour passer la porte.

C'était un peu juste.

– Mais putain, comment vous êtes passé ?

– Chut !

Snape regarda autour de lui, comme le reste du musée, le couloir était sinistrement silencieux. Aucun son ne parvenait du lointain seuil de porte et Snape sentait que quelque chose clochait horriblement ici. L'état de ce corridor était chaotique, toutefois pas autant que la salle Sais, qui n'était pas loin de ressembler à une zone sinistrée. Les peintures étaient tombées du mur, celles qui étaient restées accrochées étaient trempées comme si la pluie les avait arrosées. Le tapis était mouillé sous ses bottes et le couloir était froid.

Il revint à Harry qui luttait toujours pour passer le seuil de porte, il semblait coincé au milieu. Pendant un bref instant, Snape se rappela de façon absurde la plaque de porte de la chambre à coucher de Hermione, c'était un Winnie l'Ourson immobilisé en sortant de son trou après avoir mangé trop de miel. Il regretta de ne pas avoir pris une potion de rétrécissement avec lui, pas qu'il en aurait bu lui–même, elle avait l'épouvantable habitude de ratatiner les parties génitales – mais il n'aurait eu aucun problème à en donner à Potter.

– Vous voulez bien m'aider… s'il vous plait, demanda Harry, frustré par son manque de progrès.

Snape envisagea de le laisser là pour que les Aurors le localisent dès ils se réveilleraient mais il ne savait pas ce qui allait se passer dans cette chambre… et Hermione le tuerait s'il laissait son meilleur ami bloqué à mi–chemin dans un mur. Il se pencha, attrapa les poignets de Harry et tira fort.

Harry hurla de douleur quand il passa, arraché à l'encadrement de la porte, emportant une portion de mur avec lui.

Vous voulez bien vous taire !

Harry lui jeta un regard meurtrier et se demanda pourquoi Hermione s'était entichée de ce vieux salopard maigrichon. Snape baissa les yeux vers Harry et afficha un rictus moqueur. Son pantalon était descendu en dessous de ses hanches et il y avait une vilaine entaille sur l'os – sans doute la cause du hurlement.

– Le vieux ne doit pas utiliser ces portes, commenta Harry, la voix hachée tandis qu'il luttait pour se redresser.

– Manifestement, Potter. Mais nous, nous ne savons pas comment il vient jusqu'ici nous, nous n'avons qu'une carte dessinée par un elfe de maison.

Harry tapota ses doigts sur sa hanche qui pulsait puis il les examina, ils étaient tachés de sang. Il baissa les yeux pour inspecter les dommages et se sentit un peu nauséeux. Il se demanda si les sorciers pouvaient contracter le tétanos.

– Vous êtes prêt ? s'enquit Snape.

Harry regarda les portes au bout du couloir, elles étaient ouvertes comme si quelqu'un les avait arrachées de leurs gonds. Il sortit sa baguette et ils s'approchèrent.

oOo

Hermione mordilla sa lèvre et remua vicieusement le feu tout comme Minerva un peu plus tôt à Grimmauld Place. Elle faillit déloger une bûche et retint son souffle quand elle glissa un peu. Severus ne la remercierait pas si elle réduisait toutes ses possessions en cendres. Severus ne la remercierait pas de toute façon, pas après les paroles qu'elle avait laissé échapper devant Arthur Weasley.

Mais pourquoi ne savait–elle pas la fermer ? Pourquoi n'était–elle pas simplement revenue pour concentrer son attention sur Draco comme tout le monde et la fermer ? Spécialement en face d'Arthur Weasley. Pourquoi avait–il fallu qu'elle parle de Lucius Malfoy ?

Devant Arthur Weasley le futur nouveau Premier Ministre, bon sang ! C'était aussi sensé que de suggérer qu'ils appellent leur enfant Sirius James si c'était un garçon ! Elle aurait dû laisser Severus entamer les négociations. Il avait raison, elle était si empressée de prouver son intelligence qu'elle ne réfléchissait pas avant de parler. Elle était si occupée à apprendre tout ce que contenait les livres qu'elle avait négligé d'apprendre une capacité de base nécessaire dans la vie : savoir la fermer au bon moment.

Dumbledore était retourné dans son bureau avec Arthur pour poursuivre la discussion et, comme l'avait soufflé Minerva à Hermione, tenter de dire des choses sensées. Minerva avait remarqué que Hermione avait fini par s'énerver et s'était empressée de faire sortir les deux hommes de là puis avait enjoint Hermione de se reposer. Cependant, Hermione n'allait pas se reposer. Elle ne pouvait pas, pas quand elle était si fâchée contre elle–même. La discussion était passée de Lucius Malfoy aux choix de vie de Hermione, alors elle ne voulait en aucun cas s'approcher du bureau du directeur. Severus viendrait le lui dire quand ils reviendraient et elle pourrait alors confronter l'horreur.

Elle avait verrouillé la porte après leur départ et se dirigea vers la garde–robe. Elle découvrit que Severus avait laissé toutes les affaires qu'il avait amenées pour elle au même endroit. Elle y trouva le pyjama de soie qu'il lui avait donné lorsqu'elle était restée au Marais et s'enveloppa dans une longue robe de chambre verte. Puis elle s'installa devant le feu et recommença à se réprimander encore et encore.

Au moins, elle n'avait été assez folle pour mentionner qu'elle avait le journal intime avec elle – et Minerva n'avait heureusement rien dit à ce propos.

Parce que Minerva sait la fermer, elle !

Elle ouvrit le journal encore une fois et étudia le rituel. Il couvrait de nombreuses pages et n'avait pas d'ordre particulier. Elle alla jusqu'à arracher les pages du livre pour les placer sur la table de chevet. Ainsi elle pouvait créer un ordre sans les perdre dans le livre. Elle avait placé les flacons d'huile sur le dessus d'un ancien guéridon. Elle ne savait pas du tout où elle allait trouver les plumes et le sang.

Il devait y avoir un truc. Elle fixa le journal.

– Quelle est la particularité du rituel ? Quelle en est la clé ?

Les pages du journal se soulevèrent et se classèrent frénétiquement dans le livre jusqu'à atteindre leur but. Elle se précipita sur la page et trouva une photo de Draco. Elle la regarda de plus près, ce n'était pas celle qui avait été crachée sur Harry et c'était une page qui était restée invisible pour elle jusqu'à maintenant. Il y avait probablement des milliers de pages cachées, ce journal dégoulinait de magie noire.

En réprimant un mouvement de recul, elle prit la photo, la retourna et découvrit une note au verso.

« Je suis le chercheur. Je suis celui qui apporte la lumière. Mère de la sagesse, cachée derrière le voile, vois mon combat et prends connaissance de ce que j'ai accompli. J'ai sollicité de grandes dames, comme Sophia, Minerva, Artemis, Isis, Hecate, Bendidia. Guide–moi maintenant alors que je découvre les racines de mes origines à travers les vestiges de l'histoire.

Avec ma dame comme lanterne, je suis le chercheur ermite. Joins la main de l'ange à la mienne. Le sang de l'ange. Le sang des miens. Le sang du seigneur. Serapis, Draconis, Osiris, Sirius, Apis. Celui qui apporte le sang. Celui qui apporte la vie. Celui qui apporte la délivrance. » [2]

Elle fronça les sourcils. C'était ça, la clé ? Il avait dû être vraiment désespéré pour faire ça. Le rituel pour créer le lien était bien plus facile que le rituel pour le défaire. Comment avait–il pu prendre un tel risque ?

Parce qu'il était vraiment désespéré. Il était terrifié et tout ce qui pouvait lui apporter l'espoir en valait la peine.

Ils ne pouvaient pas requérir à un autre ange. Il avait déjà fait venir le Metatron qui lui avait donné le nom du premier de sa lignée. Azazel le Déchu avait été invoqué et emprisonné en lui. Il avait déjà l'ange et il n'y avait aucun autre ange à appeler pour lui tenir la main afin de le délivrer – non ?

« Joins la main de l'ange à la mienne »

Oui, mais quel ange ?

Elle ferma les yeux. Et si le conservateur avait fait du mal à Draco ? Et s'il le violait ? Et s'il le tuait ? Qu'est–ce que Harry ferait si ça arrivait ? Il s'accusait déjà de tellement de morts, comment pourrait–il supporter celle–ci ?

Elle ouvrit les yeux. Ce n'était pas bon de commencer à penser à d'autres choses. Elle se concentra sur la photo.

« Le sang de l'ange… Le sang des miens. Serapis, Draconis, Osiris, Sirius, Apis. Celui qui apporte le sang. Celui qui apporte la vie. Celui qui apporte la délivrance.

Okay. Alors Lucius Malfoy avait invoqué Azazel et avait emprisonné le premier de sa lignée en lui. Mais il était censé y avoir un autre ange, également issu de sa lignée, dont le sang le délivrerait.

« Le sang des miens. Serapis, Draconis, Osiris, Sirius, Apis. »

« Le sang des miens… Draconis… »

– C'est Draco, l'ange, conclut Hermione en s'adressant à la cheminée. C'est ça, la clé. On a cherché partout ces foutus anges et il était là depuis le début.

oOo

Harry ralentit instinctivement quand il s'approcha des portes en ruines des appartements du conservateur. Il savait que ce n'était pas ce qu'il devait faire. Il savait qu'il devait foncer droit devant, exactement comme l'ancien Harry l'aurait fait, mais, alors qu'il fixait les portes, il découvrit qu'il en était incapable. Draco était là. Il le savait, il pouvait sentir sa présence, comme par un sixième sens. Draco était à l'intérieur et ce n'était pas bon.

C'était tellement silencieux.

S'il y avait eu des hurlements, des cris ou des pleurs. N'importe quoi – mais il n'y avait rien du tout.

Devant lui, Snape avait aussi ralenti. Il hésita vers les portes mais ne les franchit pas. Harry s'arrêta près de lui et ils observèrent la porte d'entrée.

– Ils sont morts, fit Snape.

Harry se demanda s'il se rendait compte qu'il l'avait dit à voix haute. Il secoua la tête. Ils ne pouvaient pas se permettre de penser de cette façon et l'expression de Snape lui révélait que même s'il avait verbalisé ses craintes, ce n'était pas une certitude.

Il faisait froid. Un air glacial semblait émaner de la chambre, comme si toutes les fenêtres étaient restées ouvertes et que la nuit avait rampé à l'intérieur. Ils pouvaient tous deux se rappeler un froid silencieux comme celui–ci, et, bien que Harry ne put savoir d'où et comment il s'en souvenait, Snape le savait très bien. C'était un froid identique qu'il avait ressenti, des années auparavant, lorsqu'il était entré dans une chambre d'enfant en ruines à Godric's Hollow. Mais cette chambre n'était pas aussi silencieuse, dans cette chambre–là, il y avait encore le son des pleurs d'un bébé – un présage de l'horreur intérieure.

Snape dévisagea Harry Potter et sentit son estomac se nouer. Quelque chose était mort dans cette pièce. Baguettes levées, ils entrèrent dans la chambre.

Un ouragan avait tout balayé. Rien, en dehors du lit, n'avait été laissé intact. Les meubles étaient retournés, les miroirs avaient volé en éclats, les boîtes, les caisses et les malles de voyage étaient dispersées et renversées, leur contenu était négligemment répandu, parmi les débris de la pièce elle–même. Le sol était entièrement jonché de longues plumes noires, comme si un tueur de corbeaux y avait commis un massacre. Comme le couloir, la chambre était mouillée. L'eau avait tout détrempé, leurs pieds faisaient un bizarre clapotis spongieux quand ils marchaient et chacun de leur pas semblait se terminer par un étrange bruit de succion provenant du tapis.

Mais le lit était sec. Le lit n'avait pas été touché. Il y avait quelqu'un dans ce lit, blotti sous les couvertures.

Un corps tordu était étendu sur le sol. Snape le reconnut instantanément mais Archibald Semeuse ne ressemblait plus du tout à l'homme tiré à quatre épingles qui l'avait salué des mois plus tôt. Il était nu, ses cheveux argentés étaient mouillés et pourtant ils étaient toujours en place. Il fixait le plafond sans le voir, sa bouche était ouverte en un cri d'horreur ou en rire de désaxé. Dans un cas comme dans l'autre, il était tout à fait mort et, à en juger par la manière dont il leur faisait face, le corps tordu à 180°, sa mort n'avait pas été paisible.

Harry émit un étrange bruit de haut–le–corps.

Oh, génial ! Ce putain de garçon–qui–a–survécu va gerber.

Mais Harry se retint. Il savait qu'il avait vu pire mais ses yeux continuaient à se focaliser sur le cou de l'homme et à quel point sa peau tordue ressemblait à une serviette essorée. Il se détourna et se força enfin regarder le lit.

Oh, mon dieu, je vous en prie, ne le laissez pas mourir.

Snape n'eut aucune hésitation. Il passa derrière Harry, se pencha vers le lit, attrapa les couvertures et tira.

Il fut brusquement repoussé tandis que les couvertures étaient projetées au loin, quelque chose en sortit en hurlant comme une Banshee.

Ça lui prit moins d'une seconde pour qu'il le reconnaisse mais il savait aussi que Potter était là, sa baguette prête. Il se retourna en s'agrippant désespérément derrière lui, essayant de s'empêcher de tomber tout en se débrouillant pour parer l'attaque qui viendrait de l'avant. Une main ferme trouva le centre de son dos et il réalisa que Harry Potter venait juste de l'empêcher de chuter sur les fesses et, presque trop tard, il vit la baguette de Potter voler devant son visage pour se diriger vers son attaquant.

– NON ! rugit Snape, sans savoir si Potter avait vu de qui il s'agissait ou s'il réagissait uniquement à l'instinct et cherchait à lancer un sortilège sur son assaillant.

Snape savait que c'était Lucius. Et Lucius suivait le plus primal et basique de ses instincts – celui de protéger son petit. Tout parut se figer. Du coin de l'œil, il vit Potter pointer sa baguette à côté de sa figure et, devant lui, émacié et frêle, un Lucius tremblant grogna et orienta sa propre baguette à quelques centimètres seulement de l'œil de Snape.

– Lucius… appela Snape en forçant sa voix à se raffermir. Lucius, c'est moi… tout va bien…

Lucius était secoué de tremblements, il se tenait debout d'une manière ou d'une autre, son corps qui semblait immatériel sous l'informe robe blanche et droite qu'il portait. Il fixa les yeux gris hantés de son vieil ami, ces derniers s'écarquillèrent en cet instant, ils avaient l'air trop grand pour son visage.

– Tout va bien, Lucius… On est là pour t'aider.

Lucius ne cessa pas de trembler mais lentement, sa baguette s'abaissa et il lâcha un rire qui ressemblait à une toux puis un sanglot. Ensuite seulement il tomba en avant, ses bras s'enroulèrent autour du cou de Snape tandis qu'il s'écroulait dans la première étreinte réconfortante de toute sa vie.

Le dos de sa robe droite était en lambeaux mais il ne paraissait pas s'en soucier, il voulait juste qu'on l'enlace, même si ce n'était que pour un instant. Snape se raidit un peu quand il réalisa que le dos de Lucius était déchiqueté et il se demanda ce qui s'était passé. Lucius ne fournit aucune réponse à cette question cependant, son seul souci était son fils.

– Draco, murmura–t–il.

Maintenant qu'il était sauvé, ses forces décroissaient et il semblait sur le point d'être frappé d'hébétude.

– J'ai le sérum ici, l'informa aussitôt Snape. Il ira bien.

Mais même si, comme il l'avait dit, il espérait contre tout espoir avoir raison, Draco pouvait bien être déjà mort. S'il ne l'était pas, Snape ne savait même pas s'il pouvait le faire. Il n'avait absolument pas bougé et le hurlement de Lucius aurait suffi à le réveiller s'il était en train de dormir.

– Vite, chuchota Lucius, je t'en prie…

Snape tendit le cou, à la recherche de Harry qui se tenait derrière lui.

– Prenez Lucius, voulez–vous ?

Le regard de Harry passa de la silhouette recouverte étendue dans le lit à Lucius dans les bras de Snape et décida qu'il préférerait aller vers Draco. Mais il fallait se montrer logique. Snape était bien plus qualifié que lui pour prendre soin de Draco en ce moment alors il n'avait plus qu'à s'occuper de Lucius comme Snape le lui avait demandé. Mais il hésita, c'était une chose de parvenir à une espèce de respect accordé à contrecœur pour cet homme, mais c'en était une autre de le toucher vraiment. Il rassembla son courage et tendit les bras pour prendre le corps frêle.

C'était étrange de soutenir Lucius Malfoy. Sans vraiment savoir pourquoi, c'était mieux de penser à lui en tant que père de Draco. Le corps ne se tendit pas du tout quand il changea de bras et Harry réalisa que si Lucius avait bougé consciemment d'une manière ou d'une autre avant, maintenant, il n'était plus entièrement éveillé. Il était si immobile que pendant un moment, Harry craignit qu'il ne fût mort. Puis, soudainement, il cligna des yeux.

C'est dû au Baiser, c'est le Baiser qui fait ça.

Harry sentit sa peau se couvrir de chair de poule mais il soutint le corps un peu plus fermement.

Snape tira d'un coup sec la couverture qui enveloppait Draco. Lucius avait pris soin de le mettre en sécurité, de le garder au chaud, à l'abri. Du coup, le sortir de sa couverture ne semblait une si bonne idée, mais il fallait le faire.

– Draco, appela doucement Snape, espérant une sorte de réponse de son filleul.

Puis les couvertures furent entièrement retirées et les dégâts se retrouvèrent exposés aux yeux de tous.

Harry émit un cri étranglé, comme un animal blessé. Pendant un instant, Snape pensa que le jeune homme allait laisser tomber Lucius pour réduire le corps du conservateur en charpie. Draco était presque méconnaissable tellement son visage était enflé. Son corps pâle n'était plus que de la chair totalement blanche et des ecchymoses noirâtres. Et il y avait du sang. Du sang dans son dos, du sang s'écoulant entre ses jambes.

Du sang parce qu'il avait été déchiré. Ce fut au tour de Snape de tressaillir. Il avait senti une pulsation.

– Il est vivant ? demanda Harry d'une voix si ténue que Snape faillit la manquer.

– Je ne sais pas, rétorqua Snape.

Il perçut une autre pulsation en cherchant l'endroit exact, ses mains tremblantes ne rendaient la tâche que plus difficile.

– Allez, Draco, murmura–t–il presque pour lui–même, tu n'es pas du genre à te recroqueviller et mourir.

Et il avait raison. Il y avait une pulsation, erratique mais têtue qui essayait désespérément de garder son propriétaire en vie. Snape sortit la boîte argentée de sa poche et tapota sur le dessus. Elle s'agrandit jusqu'à atteindre sa taille initiale et Snape déglutit en l'ouvrant. À l'intérieur, la seringue de Navitas semblait scintiller.

– Qu'est–ce que le professeur Dumbledore a dit ? s'enquit Harry. Qu'est–ce que ça voulait dire ? Où est–ce que vous devez mettre ça ?

Snape lui siffla de se taire. Il connaissait très bien l'avertissement de Dumbledore, il était en train de résonner dans sa tête. L'utilisation de Navitas en cas d'urgence était un art perdu. Après la chute de Grindelwald, l'Acide de Madragora était tombé aux oubliettes mais la potion qui avait été crée pour en contrer les effets n'avait pas été oubliée. Le guérisseur qui avait pris soin de Draco, quand il avait été amené la première fois à Ste–Mangouste, était un vieil homme qui se rappelait le règne de terreur de Grindelwald – qui n'était pas mort depuis si longtemps. Snape n'avait pas menti quand il avait dit qu'il connaissait les principes de base de l'application mais il n'avait jamais eu la qualification de guérisseur. Certes, apprendre les connaissances médicales de base en relation avec les potions que l'on créait faisait partie intégrante de l'apprentissage d'un Maître de Potion mais il n'était assurément pas qualifié pour ça. Il spécula rapidement pour savoir si Poppy Pomfresh ferait ou non un meilleur travail que lui ou si Draco survivrait ou non au voyage nécessaire en Portoloin.

Mais à en juger par le sang qui s'échappait soudainement des lèvres de Draco et coulait sur ses joues, Snape décida que non. Les poumons de Draco étaient trop fatigués. L'Acide de Madragora était en train de les ronger. Il ne résisterait pas au fait d'être secoué dans l'atmosphère, à travers tout le pays.

Alors il devait le faire. Maintenant. Snape faillit se mordiller la lèvre comme le ferait Hermione si elle était confrontée à une telle perspective.

L'aiguille devait pénétrer dans le cœur dans une zone très précise pour le guérir sinon elle le tuerait. Il y avait des nombreuses manières de trouver cet emplacement et il les connaissait mais il étudia la chair pâle en premier, espérant une marque, une cicatrice, n'importe quoi qui lui donnerait un indice révélateur de l'endroit où le guérisseur avait planté son aiguille presque un an auparavant. Mais il n'y avait aucune cicatrice, rien que des ecchymoses qui lui gâchaient la peau.

– Vite, Severus, il est en train de mourir.

Snape sursauta en entendant la voix qui lui parlait directement dans la tête. Il regarda Lucius, ébahi, bien qu'il sût qu'il n'aurait pas dû l'être. Non lui avait dit que Lucius communiquait comme ça – mais quand il le faisait, ça restait déconcertant.

Il plaça sa main ouverte sur le torse de Draco et chercha le battement de son cœur. Il le sentit, spasmodique, au mieux. Il ferma les yeux et essaya de se concentrer. Le cœur lui dirait où aller, il devait juste écouter et ressentir. Il retint son souffle, dans l'attente et l'espoir puis brusquement, ce fut là, une sensation de chaleur, vers le bas de sa paume. Il ne prit pas la peine d'ouvrir les yeux, il attrapa simplement l'aiguille et l'enfonça à travers sa propre main, sur ce minuscule point précis de chaleur et dans le muscle qui battait.

Je vous en prie, faites que ce soit le bon endroit.

Draco toussa et cracha du sang sur le visage de Snape.

Harry s'avança, chancelant un peu à la vue de l'aiguille qui passait à travers la main de Snape et dans la poitrine de Draco, mais il voulait s'approcher de Draco.

– Non, s'écria Snape. Ne le touchez pas… Il va bien, mais ne le touchez pas.

Harry essaya de se rasseoir et demeura dans un silence horrifié. Il agrippa Lucius un peu plus fermement, plongeant ses doigts dans les bras osseux et pourtant Lucius ne protesta pas. Lui aussi semblait retenir son souffle et attendre.

Draco toussa une nouvelle fois et cracha encore plus de sang puis il prit une longue inspiration salvatrice. Ses yeux s'ouvrirent brutalement, il dévisagea Snape bien en face puis retomba sur le lit, inconscient. Inconscient mais vivant.

Snape retira l'aiguille avant de plier et déplier sa main blessée. Le Navitas était une merveilleuse création, il rampait à travers la plaie et il pouvait déjà sentir la chair se ressouder. Avec une soudaine brusquerie, il commença à envelopper Draco une nouvelle fois.

– Assurez–vous que Lucius est en sécurité.

Harry fut saisi d'étonnement. Snape tirait déjà Draco du lit.

– Il… Il va bien ? On ne devrait pas s'assurer qu'il va bien ?

– C'est bon. Il irait mieux si nous n'étions pas ici. Maintenant, soyez prêt avec Lucius, on va y aller.

Harry raffermit sa prise sur Lucius avec un seul bras. Il entendit un bruit de pas. Les Aurors s'étaient finalement réveillés et il savait que s'ils les trouvaient là, ils ne les laisseraient pas partir – pas avec un cadavre sur le sol et encore moins avec Lucius. Ils devaient sortir Draco d'ici. Il sortit la chaîne du Portoloin, Snape baissa la tête de manière à ce qu'elle entoure leurs deux cous. Il tenait Draco, à l'abri dans ses bras. Il jeta un dernier coup à la porte tandis que Harry activait le Portoloin puis ils disparurent.

À suivre...

NdT :

[1] Le Tardis est une machine à voyager dans le temps et l'espace en forme de cabine de police bleue dans la série britannique de science–fiction Doctor Who. La série est devenue tellement populaire en Grande–Bretagne que le mot « Tardis » est utilisé pour définir un objet plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur.

[2] Cette note est une reprise textuelle ou paraphrasée d'un ouvrage d'Ann Moura, dite Aoumiel intitulé : Origins of modern witchcraft: the evolution of a world religion.

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.

Bisous.

Falyla