Titre : Objects of Desire
Lien vers la fic originale : dans mon profil, FFnet n'affiche pas les liens URL
Auteure : Azrael Geffen
Traductrice : falyla
Correcteurs : falyla/Florent
Paring : Harry Potter/Draco Malfoy Hermione Granger/Severus Snape
Rating : M/NC-17
Etat de fic originel : terminée (20 chapitres divisés en 59 parties)
Etat de la traduction : terminée
Disclaimer: Les personnages appartiennent à l'univers de JK Rowling, l'intrigue est à Azrael Geffen, avec son aimable autorisation.
Warning : slash, scènes de sexe très graphiques, torture, viol, meurtre, tentative de suicide, drogue, abus d'alcool, langage cru.
Site : à cause des thèmes abordés, je ne sais pas si cette fic sera autorisée à rester sur FFnet, je la publie donc en parallèle sur AO3 sous le même pseudo.
Mise en ligne : sauf contretemps inattendu, le lundi, le mercredi et le vendredi.
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry, Ron et Hermione décident de revenir à Poudlard pour obtenir leurs ASPICs. Avant la rentrée, lors d'une soirée très avinée, ils établissent et signent un pacte magique où ils s'engagent à perdre leur virginité pendant cette 8ème année.
Note de la traductrice : Un énorme merci pour tous vos commentaires, j'apprécie le temps que vous prenez pour me laisser un message. Pour celles et ceux qui me félicitent de ma rapidité à traduire les chapitres, je me permets de les renvoyer à la longue note explicative qui figure juste avant le prologue, à savoir que cette fic est déjà finie et traduite depuis très longtemps. Donc pas de délai de ce côté-là, juste le temps libre nécessaire à une relecture attentive avant de poster la suite.
Bonne lecture.
Chapitre 20 (2ème partie)
Snape bâilla et chassa le sommeil du coin de ses yeux. Il sortit sa montre de ses robes et découvrit qu'il était deux heures du matin. Il regarda vers le lit où Lucius fixait toujours le mur. Ils avaient peu parlé depuis que Draco avait quitté la chambre un bon nombre d'heures plus tôt. Lucius semblait avoir froid, il frissonnait souvent mais il ne faisait aucun mouvement pour enfiler des robes plus chaudes ou pour remonter ses couvertures. Snape se demanda pourquoi il était resté si longtemps, comme s'il avait cru que Lucius pouvait avoir envie de parler mais le silence dans la pièce s'était comme celui d'une tombe.
– Je pense que je vais y aller, déclara Snape en réprimant un autre bâillement.
Hermione allait s'inquiéter, si elle était encore éveillée. Elle dormait profondément en ce moment. Elle était enceinte de plus de quatre mois maintenant et elle semblait avoir dépassé ses nausées matinales, donc elle pouvait dormir pendant des heures.
– Tu pars ? s'enquit Lucius.
Il tourna son visage vers Snape pour la première fois depuis des heures.
– Il est tard, Lucius. J'ai des cours demain matin.
– Tu n'as jamais eu besoin de dormir, murmura Lucius, puis il fronça les sourcils et fixa le mur encore une fois.
– J'étais plus jeune alors.
– Et tu n'avais pas de femme.
Snape se renfrogna en entendant l'accusation dans la voix de Lucius Malfoy. C'était comme s'il croyait que son seul ami le quittait. Peut–être qu'il avait raison. En ce moment, Snape ne voulait rien de plus que quitter cette chambre.
– Tu veilleras sur Draco ? demanda Lucius, faisant écho aux paroles qu'il avait dites longtemps auparavant, après la bataille finale.
Snape sentit un soupir au fond de lui. Il n'avait pas fait un si bon boulot à surveiller son filleul et pourtant, Lucius ne l'en blâmait pas.
– J'essayerai mais Draco n'est très volontaire.
– Je sais, fit Lucius en souriant tristement. Il est comme son père, à cet égard.
– Il le regrettera, tu sais.
– Regrettera quoi ? s'enquit Lucius.
– Tout ce qu'il t'a dit.
Lucius en fut troublé et il regarda inutilement son fidèle mur.
– Je ne veux pas qu'il le regrette. Je veux qu'il oublie… s'il doit me haïr dans le processus, alors ça me va.
– Mais il le regrettera et tu le sais bien. Un jour, il se lèvera, ça le frappera et il le regrettera.
– Tu ne peux pas le laisser le regretter.
– Je ne peux pas contrôler la manière dont il pense…
– Pas légalement.
– Je ne vais pas le traiter avec plus de médicaments qu'il ne l'est déjà.
– Comment était Azkaban ? demanda Lucius en changeant de sujet, en s'efforçant de mettre une pointe d'amusement dans sa voix.
– Je n'y suis pas allé assez longtemps pour me forger une opinion.
C'était un mensonge et ils le savaient tous les deux mais Severus Snape était un excellent menteur et il regarda Lucius franchement quand il le lui dit. Azkaban lui avait bien sûr fait une forte impression. Il avait revécu chacune de ses mauvaises actions et chacun des péchés qu'il avait commis. Toutes les humiliations et les tortures avaient été ramenées à la surface. Potter avait joliment enduré la même expérience Dumbledore avait confié que Potter revivait la mort de sa mère encore et encore. Sa mère parmi les autres.
– Alors, tu vas épouser cette fille ?
Snape avait l'impression que Lucius essayait de lui faire la conversation pour l'empêcher de partir.
– Oui, je vais me marier avec elle.
– Pourquoi ?
Snape remua inconfortablement. Il ne voulait avoir aucune discussion émotive avec Lucius en ce moment. Il y avait eu un temps où il n'aurait eu aucun problème à se confier mais beaucoup d'eau était passé sous les ponts depuis.
– C'est une Sang–de…
– Ne le dis pas.
– Elle est très jeune.
– Je m'en fous.
Ça sonnait comme s'il argumentait, comme s'il n'était encore qu'un stupide adolescent mais il se fichait vraiment de l'âge de Hermione, même s'il en avait marre de l'emmener en douce dans ses appartements chaque nuit. Ils étaient engagés, elle allait avoir son enfant. Il pouvait à peine attendre la fin du mois pour qu'ils puissent enfin se montrer plus ouverts sur leur relation.
– Eh bien, elle semble très avisée. Le fait qu'elle ait battu Draco dans presque toutes les matières suggère qu'elle est intelligente et, d'après ce que j'ai vu quand elle est venue ici, elle a l'air très mature. Elle ne parle pas à tort et à travers pour ne rien dire et elle t'apprécie en dépit de ton mauvais caractère et de ta malheureuse apparence. Alors en effet, c'est une bonne idée de l'épouser avant qu'elle ne reprenne ses esprits et ne s'enfuie à toutes jambes.
Snape se renfrogna et s'extirpa de sa chaise près de la fenêtre.
– Je crois que c'est le moment de m'en aller.
– Quelles sont mes chances, d'après toi ? demanda Lucius lorsque Snape eut atteint la porte.
– Quelles chances ?
– De survivre à l'exil ?
Lucius afficha une expression navrée.
– Si Fudge envoie quelqu'un comme Maugrey comme gardien, quelles sont mes chances ?
Snape décida de ne pas mentir, il examina le visage de Lucius et sut qu'il espérait quelques mots de réconfort. Pourtant, Snape savait également qu'il devait y aller en toute connaissance de cause.
– Je ne sais pas, admit–il. Weasley espère traduire en justice un bon nombre des Aurors de Fudge pour crimes de guerre. Je suppose que si tu hérites de quelqu'un comme Maugrey…
– Ou de Maugrey lui–même, ajouta promptement Lucius.
– Ou de Maugrey lui–même, concéda Snape. Weasley cherchera à les faire accuser. Alors, si tu supportes la première semaine, je crois que tes chances sont bonnes… Pour autant que Fudge révèle à Weasley où il t'aura envoyé…
– Merci pour ces quelques paroles réconfortantes, commenta Lucius d'une voix traînante.
– Je ne pense pas que Maugrey te tuera, si c'est une consolation.
– Oh, oui, il va se contenter de me battre tous les jours pendant les dix prochaines années. Soit ça, soit il me jettera le doloris jusqu'à ce que je devienne fou.
– Je ne pensais pas que la mort te faisait peur, asséna Snape sans prendre de gants. Tu n'as jamais semblé de ce genre–là.
– La mort ne me fait pas peur, contra Lucius, sur la défensive. Mais j'en ai marre de la douleur… et je ne veux pas perdre l'esprit. Pourquoi est–ce qu'ils ne me tueraient pas, qu'on en finisse ?
Snape n'avait rien à répliquer, il détourna les yeux, attristé. S'il regardait Lucius, il verrait le même jeune homme qui avait rendu son enfance supportable, il détestait penser qu'il pouvait avoir peur.
– Tu me hais ? s'enquit Lucius.
– Non.
– Tu me tuerais ? Si je te le demandais, tu me tuerais ?
– Non.
Lucius hocha tristement la tête et se mit à mordiller son pouce. Snape savait qu'il devait dire quelque chose, lui offrir son soutien mais il ne pouvait pas. Il voulait aller dormir aux côtés de la femme qui serait prochainement son épouse.
– Au revoir, Lucius.
– Au revoir, Severus… Tu reviendras ? Avant que je parte ?
– Oui, je reviendrai avant qu'ils ne t'emmènent.
– Alors, je te verrai bientôt.
Lucius lui offrit un sourire éclatant et Snape sentit son propre sourire incurver le coin de sa bouche.
– Bonne nuit, Lucius, dors un peu.
oOo
Quand Harry réalisa qu'il était trop tard pour essayer de dormir encore un peu ou pour réviser davantage, le soleil s'était levé sur Poudlard et il entendit les autres élèves descendre prendre leur petit–déjeuner. Les révisions étaient inutiles de toute façon. Les enseignants avaient cessé leurs cours réels depuis deux semaines et avaient passé en revue à maintes reprises tous les sujets qui pourraient être demandés aux examens. Harry s'était arrangé pour réviser quand il attendait en dehors de la chambre d'hôpital de Draco le mois précédent et, lorsqu'il n'avait plus pu dormir après sa rencontre très matinale, il avait sorti son livre de Botanique et avait fait une brave tentative d'en fourrer un peu plus dans son cerveau déjà douloureux.
Il ne savait pas si tout ça était suffisant. Dumbledore avait dit que bon nombre d'examens précédents serviraient de préparation pour ces examens–là mais tout ce que Harry avait pu apprendre avant lui avait traversé le cerveau comme une passoire. Il fut surpris cependant quand il vit Hermione assise à la table du petit–déjeuner, mangeant gaiement un toast. Quand il repensait à la manière dont elle avait flippé avant les BUSEs, il n'arrivait pas à croire que c'était la même personne. Ou être enceinte était incroyablement bon pour elle ou elle avait complètement perdu la tête.
Si c'était la grossesse, Harry aurait bien voulu se retrouver dans le même état. Une horrible pensée l'avait traversé pendant la nuit : il pouvait très bien totalement ruiner ses examens – tout comme il ruinait tout ce qu'il touchait récemment – et ensuite il ne serait plus admis à l'école des Aurors et il finirait comme un minable sans diplôme qui vivrait dans la chambre qui donnait sur la façade avant de Grimmauld Place, racontant inlassablement ses jours de gloire à tous les malheureux qui passeraient le voir par hasard.
Il se mit à transpirer.
Lavande aussi suait en vue des examens mais uniquement parce que son père lui avait annoncé qu'il ne l'aiderait financièrement pour son échoppe que si elle obtenait au moins trois ASPICs. Elle avait décidé que la Botanique, la Divination et les Enchantements seraient ses trois meilleures mentions et avait mis toute son énergie à les étudier mais maintenant qu'elle allait passer la Botanique, elle était sur le point de faire une attaque de panique.
Harry ne remarqua pas l'état d'affolement de Lavande il se croyait le seul atteint d'une crise d'angoisse en ce lundi matin. Il était content de n'avoir qu'un seul examen, Hermione avait Runes Anciennes dans l'après–midi et Harry supposa que Draco avait le même examen si on considérait qu'il avait partagé la majorité des cours de Hermione. Histoire de la Magie était la seule matière avec laquelle il avait décidé de ne pas se prendre la tête.
Harry se demanda si Draco s'était préparé pour le travail qui suivrait. Il avait perdu un mois de révisions et s'il prenait toutes les potions qu'il lui avait montrées, il ne serait vraisemblablement pas assez bien pour terminer complètement les épreuves pratiques.
Le petit–déjeuner lui–même se déroula dans le calme, les lèvres de Lavande continuaient de bouger tandis qu'elle récitait silencieusement la méthode pour greffer un tubercule de lion carnivore à une fleur de dragon crachant du feu. Le livre des Runes Anciennes de Hermione était posé contre le pot de lait et elle était si concentrée à lire qu'elle manqua sa bouche et enfonça son toast dans son nez. Harry réussit à manger avec enthousiasme jusqu'à ce que Draco se montre et prenne la seule place vacante à leur table, à côté de Lavande. Son appétit s'évanouit et il fixa anxieusement les traits pâles de Draco. Il n'avait pas l'air d'avoir dormi Harry se dit que si la potion de sommeil le faisait vomir, il ne l'avait probablement pas prise.
– Salut, fit Hermione sans prendre la peine de cacher sa surprise de le voir.
Harry n'avait rien dit sur le fait que Draco restait pour les examens et Severus non plus. Elle avait simplement imaginé qu'il était venu voir son père et qu'il était reparti.
– Comment vas–tu ? Tu te sens bien ?
Draco le dévisagea et sa figure se tordit en rictus.
– Tu me parles ?
– Bien sûr que je te parle.
– Alors, abstiens–toi, s'il te plait. Garde tes inquiétudes de sale Sang–de–Bourbe pour toi.
Hermione en resta bouche bée, tout comme Lavande et Harry mais Hermione se reprit plus rapidement qu'eux.
– Je me fous des problèmes que tu as avec Harry et je suis désolée de ce qui t'es arrivé mais ne t'en prends pas à moi ! riposta–elle farouchement. Je n'ai rien fait d'autre que t'aider, j'ai même aidé ton père alors que je trouve que c'est un homme odieux, tu devrais plutôt me remercier !
Draco rougit et une tache brûlante orna ses joues. Pendant un instant, il eut l'air de vouloir continuer ses insultes et entamer une dispute avec elle. Mais, à la place, il se contint et s'excusa.
– Je suis désolé, dit–il doucement. Je ne me sens pas moi–même en ce moment.
Il baissa la tête et son visage se retrouva caché derrière sa frange de cheveux blonds en désordre et il mangea en silence. Harry l'observa manger, prenant note de tout ce qu'il avalait, bien qu'il fût choqué par son comportement, il était, d'une manière ou d'une autre, satisfait de voir qu'il mangeait plus que d'habitude.
– Ne sois pas en colère contre lui, murmura Harry à Hermione. C'est ma faute.
– Je ne suis pas en colère contre lui, rectifia Hermione, et ce n'est pas ta faute. Laisse tomber tu as besoin de te concentrer sur les examens.
À la grande table des professeurs, Dumbledore prenait plaisir à son petit–déjeuner en compagnie de la vieille Griselda Marchbanks qui – au secret étonnement de Harry – était toujours en vie et bien portante. Elle rit bruyamment à quelque chose que dit le directeur et Harry pensa qu'elle avait vraisemblablement dû être un vrai flirt de jeunesse. À côté d'elle, Minerva essayait subrepticement de se boucher l'oreille, celle qui était la plus proche de la vieille femme et Snape cacha ce que Harry avait prit une fois pour un sourire malveillant mais que maintenant il reconnaissant comme étant un signe d'amusement désabusé.
Une fois le petit–déjeuner terminé et que tout le monde fut sorti de la Grande Salle, les 5ème, 7ème et 8ème année grouillèrent tous autour de l'entrée du hall, le temps que le professeur Flitwick les expédie dehors, au soleil.
Harry, Hermione et Lavande s'installèrent sous le hêtre qui bordait la berge du lac, chacun un peu trop nerveux pour apprécier cette magnifique matinée d'été.
– Je déteste ça, fit Lavande.
Elle tira sur quelques brins d'herbe comme si elle espérait qu'ils pouvaient lui offrir quelques réponses aux examens imminents.
– Je déteste qu'ils nous fassent tous sentir que ces examens sont la chose la plus importante au monde, alors qu'en fait, pour la plupart d'entre nous, ils n'auront aucun effet sur nos vies !
Hermione lui jeta un coup d'œil furieux, plein d'indignation vertueuse.
– Comment peux–tu dire ça ? Nos ASPICs sont importants !
Elle secoua la tête, incapable de croire que quiconque pouvait penser le contraire.
– Ils vont t'aider à atteindre la prochaine étape de ta vie. Je veux dire : si tu veux être enseignant ou guérisseur…
Elle regarda vers Harry.
– … ou un Auror, poursuivit–elle. Si tu échoues à ces examens, tu seras incapable de faire ces choses–là !
– Calme–toi, Hermione, tu vas te faire du mal.
Lavande leva les yeux au ciel.
– Tout ce que je dis, c'est que la plupart des étudiants qui vont obtenir des ASPICs n'en ont pas réellement besoin. Je veux ouvrir une échoppe je n'ai pas besoin d'ASPICs pour le faire. La seule matière dont j'aurais vraiment eu besoin, c'est Potions et je ne l'ai pas prise.
– Pourquoi tu n'as pas pris Potions ? demanda Harry. Je sais qu'il est affreux mais j'ai serré les dents et je l'ai fait.
Lavande ignora l'expression de Hermione au commentaire de Harry.
– Tu as été autorisé à y aller. Pas moi.
– Snape ne te voulait pas dans son cours ?
– Je n'ai obtenu qu'un Excellent en BUSE de Potions, alors non, il ne m'a pas prise dans son cours. Je peux encore voir son sourire quand il a refusé ma candidature.
Elle dévisagea Hermione qui la regardait avec le même froncement de sourcil qu'elle avait précédemment servi à Harry.
– Désolée, Hermione.
Le visage de Hermione s'adoucit. Elle pouvait sans peine imaginer le sourire qu'il avait affiché. Elle regarda au loin, où était assis Draco, près de l'ancien mur de pierres. Il mangeait ce qui ressemblait à des tranches de pomme. Elle le désigna de la tête.
– Severus m'a dit que Draco avait décoché une flèche à son père, hier soir. Il a dit à Mr Malfoy de se dépêcher de mourir.
Harry en fut déstabilisé, encore plus que par les autres nouvelles qu'il avait pu avoir. La seule personne que Draco ne laisserait jamais tomber était son père et pourtant, maintenant que tout s'était finalement remis en place, Draco donnait l'impression de lâcher Lucius.
– Pourquoi ? s'enquit Harry à mi–voix. Pourquoi il a dit ça à son père ?
– Je ne suis pas sûre, répondit Hermione. Severus dit que Draco blâme Mr Malfoy de tout ce qui lui est arrivé, il a dit que c'était de la faute de son père.
– Il pense que tout ce qu'a fait Archibald Semeuse est de la faute de Lucius ?
– Eh bien, Draco semble croire que si son père n'avait pas suivi Voldemort, il n'aurait pas été interrogé puis ils ne lui auraient pas donné le Baiser, ainsi il n'aurait pas fini au musée et le conservateur n'aurait jamais entendu parler de Draco.
Harry ne pouvait réfuter le cheminement logique des pensées de Draco mais il pouvait aussi y voir toute la stupidité. Pendant tout ce temps, Draco et lui étaient ensemble et il n'avait jamais condamné Lucius pour quoi que ce soit en fait, il avait toujours été le premier à défendre l'ancien Mangemort. Même quand Maugrey avait laissé sur Draco des cicatrices indélébiles, il avait soutenu son père et pourtant, ce qu'Archibald Semeuse lui avait fait était quelque chose d'entièrement différent. Peut–être que ça avait été la goutte d'eau et que Draco ne pouvait pas en accepter davantage.
– Il a besoin de se défouler, expliqua Hermione avec philosophie. Il était contrarié et il ne sait pas qui accuser.
– Et tu l'en blâmes ? demanda Harry avec fougue. Il peut se défouler autant qu'il veut, je m'en fous. J'aimerais qu'il me frappe ou quelque chose comme ça, j'aimerais qu'il me mette en bouillie. J'aimerais qu'il s'en prenne à moi tout simplement.
– C'est bon, Harry, tenta de l'apaiser Hermione. Il va s'en sortir. C'est vraiment bien qu'il soit là, c'est un pas supplémentaire. Il ne se cache pas.
Harry voulait lui dire de la fermer. Il voulait hurler parce que tout ce qu'il pouvait faire maintenant, c'était fixer Draco il ne pouvait pas l'enlacer, ni le calmer, ni l'apaiser. Quelqu'un l'avait blessé, quelqu'un avait fait du mal à son bébé, en avait abusé, l'avait déchiré. Ce quelqu'un avait provoqué une telle douleur qu'il avait hurlé, pleuré et saigné. Et Harry était arrivé trop tard pour le faire cesser, trop tard pour stopper la seule personne qui avait besoin d'être arrêtée.
Hermione caressa son ventre et fut récompensée par un petit coup venant de l'intérieur – ou du moins, ça pouvait être un coup, elle n'en était pas certaine. Elle imaginait ce que son petit faisait avec ses genoux à l'intérieur de son utérus.
– Tu es devenue plus ronde, déclara Harry, essayant de porter son attention ailleurs que sur Draco.
– Tu crois ? Je n'ai rien remarqué.
Hermione baissa les yeux sur son ventre avec fierté.
– Tu as déjà pensé à des prénoms ? questionna Lavande.
Elle avait décidé que parler du nom du bébé serait bien plus divertissant que de se tourmenter pour les examens ou pour Draco. Ça la ferait certainement se sentir mieux.
– Tout un tas, fit Hermione. Et Severus les déteste tous. J'aime Gabrielle, Garnet ou Rosie. Et lui, il aime Belladonna, Ravenna et Magdalene.
– Belladonna ? répéta Lavande en fronçant le nez. Comme de la belladone ? La plante surnommée ombre mortelle de la nuit ? [1]
Hermione secoua la tête.
– N'essaie même pas de me lancer pas sur ce sujet.
– C'est une fille, alors ? demanda Harry, perdu.
– On ne sait pas. Si on allait dans une maternité moldue, ils pourraient utiliser un de ces ultrasons et découvrir le sexe du bébé mais on ne va pas dans un hôpital moldu, on a une médicomage pour sage–femme…
Elle s'interrompit et sourit.
– Les médicomages sont très bien, fit Lavande, elles aident à l'accouchement depuis des siècles.
– Je sais. C'est juste que j'aimerais savoir.
– Très bien, alors. Les prénoms de garçons ? sourit Lavande.
– J'aime Oscar, Rowan et William. Il aime Lucien, Mordred et Aurelius.
– Oh, mon dieu, ils sont affreux ! s'écria Harry. Comment tu peux envisager de torturer ton enfant avec un prénom comme ça ?
Hermione sembla mécontente et frotta encore une fois son ventre.
Minerva et le professeur Chourave apparurent brusquement et commencèrent à les appeler pour l'examen de Botanique.
Il s'avéra bien plus difficile qu'ils ne l'avaient anticipé. Lavande fut reconnaissante d'avoir pensé que le greffage des plantes dangereuses était importante elle supposa que ça lui avait sauvé au moins deux doigts mais Seamus Finnigan ne fut pas si chanceux, il était en chemin pour Ste–Mangouste pour obtenir la croissance d'un membre en urgence. Harry avait été plus fortuné, il n'eut besoin de l'aide de Madame Pomfresh que pour le gros morceau que sa Fangor carnivore lui avait arraché. Hermione sentit son estomac se retourner pour la première fois depuis des semaines quand elle fut confrontée au fumier fertilisant de dragon. Il y en avait une telle quantité dès que l'examen fut terminé, elle courut à la salle de bain pour s'y baigner entièrement.
Lorsqu'elle en sortit, elle trouva Draco qui l'attendait, appuyé paresseusement contre le mur et elle devina qu'il était là depuis un bon moment.
– Je voulais de redire combien j'étais désolé, fit–il.
– C'est bon, répondit Hermione en lui souriant d'une manière qu'elle savait dégoulinante de sympathie. Je voulais juste savoir si tu allais bien.
Draco sembla mal à l'aise un moment il regarda le sol et donna distraitement un coup de pied dans le mur.
– Ça va, dit–il, je vais bien.
– Tu manques à Harry, affirma–t–elle carrément avant de grimacer, pas vraiment certaine que Harry veuille qu'elle s'occupe de sa cause.
– Ouais, fit Draco, bourru, eh bien il aurait dû y penser…
– Il est allé à Azkaban… tout comme Severus… Tu le savais ?
Draco ne le savait pas. Personne n'avait mentionné ce détail et il essaya sans succès de ne pas avoir l'air surpris.
– Il a frappé deux Aurors avec un Stupéfix quand ils n'ont pas voulu le laisser entrer au musée. Puis Severus et lui ont été accusés d'avoir saccagé l'exposition et tuer le conservateur… avant d'enlever ton père.
– Mais ils s'en sont sortis, jeta Draco, alors tout finit bien pour eux, hein ?
– Je sais que tu es en colère contre lui, Draco, mais il n'a pas voulu ce qui est arrivé, il ignorait que ce genre de chose pouvait arriver. Il t'aime, il t'a trouvé…
– Je ne veux pas en parler, riposta Draco en secouant la tête.
– Mais il est amoureux de toi, Draco et ton père t'aime, tu ne peux pas simplement t'éloigner d'eux !
Sans doute pas mais Draco pouvait très bien s'éloigner d'elle en cet instant et ce fut ce qu'il fit. Hermione le regarda s'en aller, peut–être aurait–il été préférable de se taire. Elle se demanda si Harry se mettrait à crier quand il le découvrirait. Mais s'inquiétait–elle vraiment de ce que Harry pensait ? C'était Draco qui avait été blessé, elle ne faisait que l'aider.
Elle s'arrangea pour éviter Harry le reste de l'après–midi, passa son examen de Runes Anciennes puis se dirigea directement vers les donjons. Elle voulait s'éloigner de ce scénario tordu au moins pour un moment et se rouler dans son lit pour réviser l'examen d'Enchantements du lendemain qui semblait être exactement ce dont elle avait besoin.
Les appartements de Severus étaient inhabituellement en désordre. Il avait tout empaqueté pendant le week–end et maintenant ses quartiers donnaient une impression de vide malgré les piles de caisses en bois éparpillées qui l'encombraient. Une fois l'école finie, ils déménageraient au Marais et par conséquent, il n'aurait plus besoin de ses effets personnels ici. Les seules choses qui restaient en l'état étaient les habits dont il avait besoin au jour le jour et des ustensiles de base pour annoter des papiers s'il devait ressentir le besoin de travailler dans sa chambre.
Les livres de Hermione étaient empilés sur la petite table à côté du lit, mais, tandis qu'elle entrait, elle remarqua deux choses la première fut que la douche fonctionnait et la seconde, qu'elle était horriblement fatiguée. Elle était sans cesse fatiguée en ce moment.
Un regard à la pendule lui révéla qu'il n'était que quinze heures trente et que c'était bien trop tôt pour que Severus soit là. Elle fronça les sourcils et se demanda si, d'une manière ou d'une autre, elle avait laissé le robinet de la douche ouvert ce matin ou si quelqu'un lui faisait une blague idiote. Elle s'aventura dans la salle de bain et passa la tête par la porte. Severus se tenait sous la douche, il se frottait avec la même vigueur qu'elle–même avait employée pour ôter le fumier qu'elle avait sur elle.
– Severus ? Que se passe–t–il ?
Il sursauta, émit une sorte de jappement et se tourna pour lui faire face.
– Tu m'as fichu une trouille bleue !
Elle ne put réprimer un sourire, elle adorait quand sa façade calme et sereine tombait pour un instant, ce qui se produisait lorsqu'il était pris par surprise.
– Je suis désolée, dit–elle mais un gloussement perçait dans sa voix. C'est juste que je ne m'attendais pas à te voir ici.
– Tu peux remercier Roberto Dawkins, expliqua–il. C'est mon dernier Londubat en date sa potion de paix a bouilli puis débordé avant d'exploser sur moi.
– Mais on ne chauffe pas une potion de paix.
– Je le sais bien, et tout le monde le sait dans la classe, sauf Dawkins.
– Alors, est–ce que tu te sens paisible ? demanda–t–elle encore amusée.
– Pas particulièrement.
– Tu l'as traité d'imbécile ? le taquina–t–elle, badine.
– Entre autres choses, murmura–t–il.
– Tu es très sexy quand tu es caustique.
Il haussa un sourcil.
– Hum… Il semble me rappeler que je t'ai fait pleurer…
Elle agita vaguement sa main comme si c'était inexact.
– Tu as l'air très sexy là–dedans.
– Vous me traitez à peine mieux qu'un objet, Miss Granger, se plaignit–il, en affectant un ton ennuyé.
– Oh, mince. Je suis navrée, Professeur. Que puis–je faire pour me rattraper ?
Il afficha un sourire démoniaque.
– Eh bien, tu pourrais commencer par venir ici, avec moi.
Hermione soupira dramatiquement. Il serait toujours temps d'étudier et de dormir plus tard.
oOo
Dans la matinée, Draco eut l'air encore plus pâle et plus tiré qu'il l'était le jour d'avant. Harry portait un lourd bandage autour de son bras et davantage de barbe sur son menton. Aucun des deux ne semblaient avoir particulièrement bien dormi. Quand Lavande demanda à Harry s'il envisageait de se doucher et de se raser un jour, il lui aboya une insulte pour toute réponse et but d'une traite son café du matin. Draco repoussait sa nourriture autour de son assiette de manière apathique, la joue posée sur son poing.
La théorie sur les Enchantements s'était bien passée pour tout le monde. Même Harry, qui n'était pas spécialement bon en théorie de quoi que ce soit, sentait qu'il avait rendu justice à cette matière. Il avait toujours compté sur l'examen pratique pour combler ses insuffisances et, comme sa mère, il avait un don pour les charmes.
Après le dîner, ils se retrouvèrent une fois de plus assis sous le hêtre à attendre qu'on les appelle pour l'examen et Harry observa ses camarades appelés un par un dans la Grande Salle pour démontrer leur pratique. Bientôt, Harry fut le seul assis sous le hêtre et ses pensées se mirent à errer. Il avait essayé de parler à Draco le soir précédent et ce dernier lui avait jeté un sort pour le trouble occasionné. Pendant un instant, il avait été tenté d'user de représailles et Draco avait vraiment l'air de le vouloir aussi. Mais Harry s'était détourné.
Il vit Draco disparaître dans le château quand son nom fut appelé Harry fut appelé quelques minutes plus tard. Draco était toujours assis à une petite table à passer son épreuve et il n'avait pas l'air heureux de ses progrès. Certes les charmes n'avaient jamais été son point fort mais l'examen ne semblait pas se dérouler comme prévu. Comme Harry s'asseyait, il y eut une explosion de verre et quelques personnes poussèrent un cri surpris.
Harry pivota pour voir Draco rougir violemment et s'excuser de cet accident. Le vieux professeur qui lui faisait passer l'épreuve le dévisagea avec sympathie.
– Ne vous inquiétez pas, jeune homme, j'ai cru comprendre que vous n'aviez pas été bien, récemment ?
– Hum… Eh bien, non… Je n'ai pas été bien…
– Vous prenez de l'Auxidium, n'est–ce pas ?
– Oui, Professeur, deux fois par jour.
– Eh bien, étant donné les circonstances, vous l'avez plutôt bien fait. Peut–être que nous devrions arrêter pour aujourd'hui ?
Draco acquiesça et le leva, honteux. Ses yeux croisèrent ceux de Harry lorsqu'il se tourna pour s'en aller et Harry reconnut son regard vitreux. Draco s'enfuit avant de perdre totalement sa façade.
Le jour suivant, Draco descendit au petit–déjeuner avec une mine affreuse. Il paraissait horriblement malade et Harry et Hermione voulurent le forcer à retourner au lit. Il ignora complètement Harry et il ne fut que marginalement plus cordial devant l'inquiétude de la jeune fille. La raison fit surface l'après–midi quand Harry s'assit en face du professeur Tofty pour son examen pratique de Métamorphoses. Draco avait le professeur Marchbanks, elle était captivée par ses prouesses. Harry comprit qu'il n'avait pas pris ses médicaments ce matin–là. Il allait être malade mais au moins il pouvait faire de la magie et il n'était pas question que Draco Malfoy se permette d'échouer en Métamorphoses.
– Tu ne peux pas faire ça, lui dit Harry après qu'il eût couru après Draco, l'attrapant juste avant qu'il n'atteigne la bibliothèque.
– Faire quoi, Potter ? cracha méchamment Draco.
– Tu ne peux pas ne plus prendre tes médicaments, tu as besoin d'eux pour aller mieux.
– Ne me dis pas ce que je peux ou ne peux pas faire. Je prends de nombreux médicaments selon les prescriptions de guérisseurs professionnels de Ste– Mangouste, pas auprès de Harry Potter – professionnel de rien du tout en ce moment.
– Je ne vois pas les guérisseurs de Ste–Mangouste approuver que tu arrêtes ton traitement juste pour passer un examen.
– Alors, je verrai ça directement avec eux, rétorqua Draco sur un ton trop poli. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je dois réviser.
Mais le jeudi, Draco paraissait aller mieux comme il n'avait aucun examen majeur jusqu'à la semaine suivante, il avait sans doute repris sa médication. Harry et Draco étaient tous les deux libres ce jeudi–là et, tandis que Draco s'enfermait dans sa chambre, Harry sauta sur l'opportunité de dormir un peu. Il avait le luxe de quatre jours entiers pour se préparer à la semaine suivante. Hermione avait Histoire de la Magie puis Arithmancie avec Draco le vendredi, Harry, lui, n'avait rien jusqu'au lundi avec Astronomie.
Il avait besoin de sommeil et il était bien certain que Draco en avait besoin aussi mais il ne pouvait pas lui en parler parce que chaque fois qu'il le faisait, Draco lui jetait un sort ou alors affectait un ton trop poli qui était pire que tout.
Hermione, d'un autre côté, accumulait du sommeil plus qu'elle n'en avait jamais eu besoin de toute sa vie. Elle avait vraiment du mal à garder les yeux ouverts et plus la journée était importante pour elle, plus elle était fatiguée. Son corps était devenu l'esclave de ses hormones changeantes. Elle dormait comme une souche toute la nuit et se réveillait avide de sexe. Il semblait que lorsque les nausées matinales avaient cessé, sa libido s'était secouée et elle était insatiable. Severus titubait presque en allant donner ses cours ce matin–là et il envisageait de concocter une potion pour accroître ses performances afin de la satisfaire le soir. Il avait même bâillé devant une classe de 4ème année cette semaine.
Inhabituellement paresseuse à l'approche de son examen d'Histoire de la Magie Avancée, Hermione découvrit qu'elle ne se sentait pas concernée par le résultat. Cela la troubla un peu. Elle n'avait jamais été indifférente à ses succès académiques, c'était anormal pour elle et c'était, d'une manière ou d'une autre, plus effrayant que tout ce qui était arrivé. Elle était enceinte, elle ne l'avait pas dit à ses parents et elle allait s'enfuir pour se marier avec son Maître de Potions – et c'était son indifférence devant l'examen d'Histoire de la Magie qui l'inquiétait. Harry avait sans doute raison, elle perdait la tête.
Ils passèrent le week–end à réviser pour la semaine suivante. Le samedi matin, Lavande reçut des nouvelles qui lui donnèrent le vertige et agitèrent ses perspectives de réussite. Son père avait trouvé un magasin sur le Chemin de Traverse qui était parfait pour entreposer ses parfums et ses articles de toilettes et, bien qu'il doutait que l'aventure de sa fille ne la mène où ce que ce soit, il avait fait une promesse et il avait pris rendez–vous afin qu'elle visite l'échoppe le jeudi matin. Le dernier examen de Lavande était le vendredi et elle savait que son père faisait preuve d'acte de foi en présumant qu'elle allait réussir. Elle était très impatiente que la semaine suivante se termine ainsi elle pourrait se rendre à Londres.
Mais jusqu'à ce moment, il y avait d'autres examens à passer. Hermione bâilla en se dirigeant vers la tour d'Astronomie le lundi soir tandis que Harry, lui, avait l'air de le supporter extrêmement bien grâce aux sept tasses de café fort qu'il avait bues ce soir–là. À la grande consternation de Hermione, il avait choisi de ne pas se raser ni de changer de vêtements depuis que les examens avaient débuté et, avec ses étranges yeux d'insomniaque et les tremblements provoqués par la caféine, il ressemblait à un de ces sans–abri qu'elle voyait ces derniers temps quand elle se rendait à Londres. Draco supporta nettement moins bien l'examen. Il n'avait pas dormi une heure complète depuis qu'il était revenu au château et il était convaincu d'avoir vu une étoile filante – ce qu'il écrivit sur son parchemin – qui s'avéra n'être qu'un hibou express qui livrait une lettre.
Il ne fit pas tellement mieux en Défense Contre les Forces du Mal. Sachant combien il s'était sentit mal à l'examen de Métamorphoses, ce n'était pas stratégique de tenter un duel sans prendre de potions. Bien sûr, s'il les avait prises, sa magie en aurait été affectée et il n'aurait rien pu accomplir correctement de toute façon. Alors il avait été forcé de s'asseoir sur le côté et d'observer, ainsi que Hermione qui avait été excusée par Minerva. Ils avaient tous les deux reçu une note moyenne basée sur leurs performances pendant l'année – et aucun des deux n'en étaient particulièrement heureux. Hermione s'était plainte de l'injustice de la situation à Severus, tard le soir d'avant, tandis que Draco passait sa rage en répétant ses sortilèges sur des 1ère année peu méfiants qui quittaient la bibliothèque.
Ils furent contents quand le mercredi arriva, ils avaient tous les deux un jour de libre. Harry devait passer son examen de Soins aux Créatures Magiques et Hermione se surprit à musarder dans la salle commune dans l'espoir de trouver Draco, elle pourrait ainsi lui demander de l'interroger sur l'examen de Potions prévu le jour suivant.
Il était là, profitant du silence et, comme Harry n'était pas là, il avait pu s'asseoir dans la salle commune sans craindre que Harry ne le dévisage. Hermione s'approcha de lui et il faillit grogner quand elle exposa sa requête.
– Tu baises avec le Maître de Potions, fit–il d'une voix traînante, et tu veux que moi je te pose des questions ?
– Eh bien, Severus pourrait le faire, admit–elle, mais il donne ses cours aujourd'hui et, quand il aura fini, il en aura marre de parler de potions.
– Je pense qu'il fera une exception pour ton examen.
– Bon, c'est vrai aussi…
Hermione s'assit et se pencha vers lui.
– Mais je suis toujours fatiguée à ce moment–là… ou alors j'ai besoin de m'envoyer en l'air alors ce n'est pas vraiment constructif comme révision.
Les yeux de Draco s'écarquillèrent.
– T'es en chaleur ?
– Incroyablement, c'est comme si je n'en avais jamais assez.
– Je ne savais pas qu'être enceinte mettait dans un tel état de rut.
– Moi non plus mais Madame Mimsby dit que c'est commun… Pauvre Severus, il est claqué.
– Bien, il a passé des années à ne rien avoir et maintenant, il ne peut plus suivre, nous devrions tous avoir son problème.
Draco tira son Potions alchimiques et leurs propriétés magiques et chercha une question à lui poser.
– Tu manques à Harry, dit–elle pour la cinquantième fois depuis qu'il était revenu.
De derrière son livre, elle l'entendit soupirer.
– Écoute, Hermione, je sais que tu penses bien faire mais je m'en fous. Je peux lui manquer à jamais, je m'en fous. Il s'est comporté comme un trou du cul pendant des mois et maintenant, je lui manque et je suis censé être transporté de joie ? Je ne vais rien faire de tel. Je m'en fous.
– Je crois que non, le contredit–elle. Je crois que ça t'importe beaucoup.
– Arrête, s'il te plait, je ne peux pas supporter ça.
– Il comprend, il ne veut pas te pousser et s'il avait un Retourneur de Temps et pouvait tout changer, il le ferait mais il ne peut pas, Draco. Tu ne comprends pas qu'en le punissant, tu te punis toi aussi ! C'est comme si tu sciais la branche sur laquelle tu es assis. Tu l'aimes mais tu es si furax que tu ne veux pas l'admettre.
– Arrête ça, Hermione je t'en prie, laisse–moi m'en occuper. L'école est bientôt terminée et je veux juste rentrer chez m…
Elle l'attira à elle et le serra dans ses bras. Il ne résista pas et elle crut qu'il allait fondre un peu et répondre à son étreinte. Mais non. Il se raidit et, après un court instant, il la repoussa et reprit son livre.
– Tu veux que je t'interroge ? demanda–t–il.
– Oui, répondit–elle.
Il ne s'était pas enfui et lui parlait encore. Elle voulait qu'il s'ouvre et ait confiance en elle mais, à la place, elle accepta le quiz sur les potions. C'était un début.
oOo
Draco était étendu dans son lit et il se demanda si se comporter comme un con avait toujours été aussi difficile. Il ne l'avait jamais remarqué avant, alors il présuma que non. Il avait interrogé Hermione puis avait fait son inquiétant retour magique à la bibliothèque. Les 1ère année étaient des cibles tellement faciles et les sortilèges – même s'il ne les exécutait pas particulièrement bien – avaient toujours de l'effet sur eux. Cependant, pour la première fois de sa vie, il avait une attaque de conscience pour ses actions.
Il avait dû passer trop de temps avec Hermione cet après–midi. Ça ne l'avait pas dérangé tant que ça, sauf qu'elle insistait pour lui parler de Harry et de ses sentiments et s'il voulait vraiment parler de ses sentiments pour Harry, il s'en occuperait avec Harry directement.
Bon, probablement qu'il ne le ferait pas mais il aimait l'idée de cette pensée vertueuse.
C'était le soir maintenant et il s'attendait foncièrement à ne pas être dérangé jusqu'au matin, ce qui était une honte parce qu'il ne pouvait pas dormir et n'importe qui – aussi malvenu fut–il – lui offrirait au moins une sorte de distraction puisqu'il ne pouvait pas dormir.
Il ne dormait pas depuis si longtemps qu'il avait presque oublié comment était le vrai sommeil. Il arrivait à somnoler mais même ça ne durait pas. Il aurait pu prendre de la potion de sommeil mais il la vomirait et serait inefficace. Il n'arrivait tout simplement pas à dormir.
Ce n'était pas un problème auquel il s'attendait. C'était arrivé juste au moment où il pensait qu'il allait bien. Il avait fermé les yeux la première nuit au château, les avait fermés pour dormir et il l'avait vu. Là, au pied de son lit, il l'avait vu. Les doigts d'abord, longs et osseux, avec des taches dues à une maladie du foie, ils s'enroulaient autour des pieds de lit en bois sombre. Puis venaient les bras, les coudes pointaient vers le haut et amenaient dans leur sillage les épaules puis le visage émergeait le vieil homme le regardait d'un air concupiscent dans l'obscurité. Il s'était caché là tout ce temps. Caché, attendant que Draco ferme les yeux. Bientôt le corps suivait la figure, pâle et maigre, la peau flasque, pendouillant sur ses os. Il grimpait sur le lit telle une araignée géante faite de chair.
Et Draco était incapable de bouger. Il ne pouvait jamais bouger, ne pouvait jamais parler, ne pouvait jamais résister. Il se réveillait toujours au moment où son visage atteignait le sien et toujours il hurlait et se mettait à chercher frénétiquement dans sa chambre l'intrus qui restait toujours caché, hors de vue.
Mieux valait ne jamais fermer les yeux. Un visage blême et creux valait mieux que fermer les yeux et voir la bête venir à lui encore et encore.
Pourtant, il avait été capable de dormir chez lui. Il y avait réfléchi. Se sentait–il plus en sécurité là–bas ? Serait–il capable de dormir quand il y retournerait ? Il en doutait. La réponse était plus simple. Snape était là–bas. Son parrain était venu veiller sur lui. Draco s'était endormi dans son lit et Snape s'était assis sur une chaise et l'avait veillé toute la nuit. Cependant, ce serait humiliant de descendre dans les donjons et demander s'il pouvait dormir là–bas. Hermione y serait et elle le dévisagerait avec la même écœurante sympathie qu'elle lui réservait ces deux dernières semaines. Ils le laisseraient rester pourtant. Et s'il restait, il pourrait dormir et se sentir mieux.
Il se désespérait pour un peu de sommeil.
Il désespérait de trouver un endroit où il pourrait se sentir en sécurité. Il avait pensé aller voir son père et, une nuit, il avait vraiment empoigné son oreiller et sa chatte, décidé à y aller – mais ensuite, ça l'avait frappé Lucius n'avait plus aucun pouvoir maintenant. Lucius avait été incapable d'arrêter la bête avant et il avait encore moins de chance maintenant d'y parvenir. Lucius ne pouvait pas le protéger, il ne le pourrait jamais !
Ce qui laissait Harry.
Harry qui ne s'en irait jamais. Harry qui le laisserait entrer et prendrait soin de lui, il le savait. Harry à propos duquel sa résolution commençait à s'affaiblir chaque nuit lorsqu'il était étendu dans son lit, éveillé.
Il bâilla et fixa le plafond, sentant ses cils s'alourdirent. Il les laissa se fermer et son corps se détendit.
Et voilà. D'abord les doigts, enroulés autour des pieds du lit.
Les yeux de Draco Malfoy s'ouvrirent brusquement, son cœur battait la chamade. Il avait peut–être crié, il se sentait tellement mal. Il avait besoin de dormir. Il en avait besoin.
Il balança ses jambes hors du lit.
Ça ne signifie rien, se dit–il. Je fais ça uniquement pour dormir un peu.
Il empoigna son oreiller, son Navitas et Miss Kitty puis soupira il était assez désespéré pour se rendre chez Harry.
oOo
Harry était dans son lit depuis une heure et il n'arrivait pas à dormir. Il s'était agité, s'était retourné puis avait à moitié tenté de se masturber pour finalement juste se coucher dans l'obscurité et souhaiter dormir.
Le dernier examen était le lendemain. Potions quelle façon d'en terminer. Il estimait qu'il avait bien réussi jusque–là, malgré toute cette merde, il avait bien travaillé. Potions était l'examen qu'il redoutait, principalement parce que c'était le seul examen qu'il ne pouvait pas rattraper lors de son aspect pratique. Il était épouvantable quand il s'agissait de fabriquer des potions. Il était épouvantable en Potions en général. Il ignorait totalement pourquoi il pensait réussir.
Hermione avait loyalement promis de tout passer en revue en dernière minute, de réviser les formules qui pouvaient être demandées. Il voulait le faire à la place du petit–déjeuner puis, plus tard, ils iraient au pub pour fêter ça. Pas qu'il eût quoi que ce soit à célébrer, il n'y avait pas tellement à fêter.
Seigneur, il n'espérait qu'une chose, ne pas s'endormir pendant l'examen.
Il ferma les yeux et essaya encore une fois. Il y avait un problème, il continuait d'essayer de dormir. Il était si occupé à essayer que ça le maintenait éveillé. Dormir n'aurait pas dû être si difficile.
Il y eut un coup frappé à la porte. Il était doux et, s'il avait vraiment été endormi, il l'aurait totalement manqué. Il envisagea de l'ignorer. C'était sans doute Neville qui avait une attaque de panique parce que sa grand–mère continuait à lui envoyer des hiboux lui disant qu'il était nul, ce que tout le monde trouvait joliment sévère si on considérait qu'il n'avait même pas reçu ses résultats. Harry ne comprenait pas pourquoi Neville avait décidé que Harry était la meilleure personne à qui se confier. Connaissant Neville, il pensait probablement qu'il ôtait de l'esprit de Harry ses propres problèmes.
Le coup retentit encore, plus insistant cette fois mais toujours doucement. Harry se dit que si ça avait été urgent, le coup aurait été donné avec plus de force.
Mais comme il ne dormait pas de toute façon, Harry se dit qu'il pouvait aussi bien parler à Neville une heure ou deux. Il alluma la chambre, ouvrit la porte et se figea.
Draco tenta pendant quelques secondes d'avoir l'air défiant mais il se cramponnait à son oreiller et à sa chatte et il ne pouvait pas afficher une telle expression en faisant ça. Sa mine provocante chancela et se mua en détresse.
– Draco…
Harry prit une inspiration.
– Est–ce que ça va ?
– Je ne peux pas dormir, lâcha Draco, sur la défensive. J'ai besoin de dormir.
– Je ne dors pas non plus, offrit Harry.
Mais Draco poursuivit :
– Quand je ferme mes yeux, je le vois. Je crois qu'il est là et qu'il attend que je m'endorme. J'ai besoin de dormir.
Harry tendit la main vers lui, ses doigts effleurèrent la joue pâle de Draco qui ne se recula pas. Il semblait vaciller sur le pas de la porte.
– Tu vas bien ? Tu as l'air malade, je peux t'amener quelque chose ?
Draco chancela une nouvelle fois.
– Non. Ça va, j'ai juste besoin de dormir.
Il n'avait pas l'air bien. Il semblait confus comme s'il allait craquer.
– Draco, tu parais vraiment malade. Je vais chercher Madame Pomfresh ?
– Non… Je veux dormir.
Draco ferma fortement ses paupières comme s'il avait la migraine.
– Je n'arrête pas d'y penser… Chaque fois que je ferme les yeux, il est là, il vient me chercher. Je n'ai pas dormi depuis une semaine et j'ai besoin de dormir.
Harry se saisit de l'oreiller de Draco et le jeta sur le lit puis lui prit la main et le tira gentiment dans la chambre.
– Tu veux le lit de Ron ?
– Non, Weasley a tenté de s'y donner la mort.
Draco déposa Miss Kitty sur le lit de Harry puis y grimpa sans hésitation. Harry faillit sauter de joie. Son esprit explosa en cris enchantés et son visage se fendit d'un premier vrai sourire depuis des semaines. Mais ensuite il se demanda – était–il censé dormir dans le lit de Ron ?
– Dépêche–toi de venir au lit, marmonna Draco dans son oreiller.
Il avait roulé sur le côté et se poussa contre le mur pour faire de la place à Harry. Harry se glissa derrière lui et se mit instinctivement en cuillère contre lui.
– Tu ne vas pas me laisser seul…
– Non, chuchota Harry. Je resterai avec toi toute la nuit.
Il hésita avant de mettre un bras autour de Draco.
– Ça va ?
Draco hocha la tête dans l'oreiller. Harry inhala l'odeur de ses cheveux. Il apposa un tendre baiser sur sa nuque et Draco frémit.
– Je suis désolé, murmura Harry. Je suis désolé de t'avoir embrassé.
– Tu as besoin de te raser, répondit Draco à mi–voix.
Il bâilla et ferma lentement les yeux.
– Tiens–moi serré, le pria–il si doucement que Harry ne l'entendit presque pas.
Presque. Harry éteignit la lumière d'un murmure et serra Draco un peu plus. Il garderait Draco en sécurité aussi longtemps qu'il aurait besoin de lui. Il l'aimerait toujours et il le tiendrait contre lui cette nuit.
oOo
Hermione frappa à la porte de Harry et se trouva plutôt angoissée quand il refusa de répondre. La tour était presque vide, tout le monde avait déjà pris son petit–déjeuner. Harry était censé être debout depuis des heures pour réviser la théorie des potions pour l'examen qui débutait deux heures plus tard, maintenant il aurait de la chance s'il pouvait finir son petit–déjeuner et – elle l'espérait – prendre une douche.
– Harry, cria–t–elle en frappant plus fort. Harry, réveille–toi ! Je suis sortie du lit pour ça !
Mais il n'y eut aucune réponse. Elle ne voulait vraiment pas entrer dans sa chambre, Harry sentait joliment fort ces derniers temps. Et pourtant, Lavande et elle avaient vécu dans la crasse pendant un bon moment. Elle abaissa la poignée et poussa la porte.
– Harry !
Elle se dirigea vers le lit où Harry formait une grosse bosse sous la couverture d'été. Elle vit un poignet mince qui devint une main pâle agrippée à l'oreiller. Ce n'était pas la main de Harry. Elle tira un peu la couverture et vit des cheveux bonds puis le profil de Draco. Il dormait, il avait l'air si paisible que cela lui fit mal de devoir le réveiller. Le visage de Harry était pressé contre l'épaule de Draco. Hermione soupira tristement tandis qu'elle le secouait doucement. Harry sursauta, papillonna des yeux et resserra involontairement son étreinte sur Draco.
– Je suis désolée, grimaça Hermione en mordant sa lèvre. Il est tard, Harry, tu dois te lever.
Harry cligna des yeux encore une fois et lutta pour s'asseoir.
– C'est quelle heure ?
– Huit heures.
– Putain.
– Ouais.
– Je dois prendre une douche.
Il regarda Draco qui dormait encore.
– Je ne peux pas le laisser.
– Tu n'as pas à le faire, répliqua Hermione avec gêne, il doit se réveiller aussi.
– Je suis réveillé, marmonna Draco, puis un frisson le parcourut.
Il s'assit brusquement, comme s'il réalisait qu'il avait vraiment dormi.
– C'est bon, fit Harry en essayant de l'apaiser. Tu es en sécurité.
Draco tendit la main vers sa bouteille de Navitas posée sur la table de chevet et lampa une pleine gorgée directement au goulot. Hermione sentit un haut–le–corps rien qu'en le regardant.
– Ah, c'est dégueulasse, chuchota Draco d'une voix râpeuse.
Il reboucha la bouteille et la reposa sur la table de nuit avant de dévisager Harry, un peu penaud.
– Merci, dit–il avec hésitation, d'avoir dormi avec moi.
– Tu sais que je le ferai toujours… Chaque fois que tu le voudras.
Draco acquiesça mais ne put regarder Harry dans les yeux. Hermione reporta le poids de son corps sur son autre pied.
– Je vais… je vais descendre prendre mon petit–déjeuner. Je vous vois là–bas ?
– Ouais, on va descendre dans pas longtemps, lui répondit Harry.
Quand elle fut partie, il se tourna vers Draco.
– Comment tu te sens ? s'enquit–il.
– Mieux, déclara–t–il à mi–voix. Beaucoup mieux.
– Bien.
Et ils baissèrent tous les deux leurs têtes. Draco soupira et murmura :
– Merde.
Il bascula pour s'appuyer contre le mur et passa une main dans ses cheveux.
– Harry…
Harry le dévisagea avec espoir.
– C'est trop stupide, commenta Draco presque pour lui–même.
– Je suis tellement désolé.
– Arrête de dire ça.
– Je…
– Je sais que tu es désolé. Je sais que tu ne voulais pas ce qui s'est passé et je sais que tu n'avais pas envie d'embrasser Fred Weasley, je sais tout ça… mais s'excuser encore et encore n'aide en rien.
– Je veux juste que tu le saches, fit Harry faiblement. Je veux que tu saches que j'ai essayé de venir à temps. Que je me déteste pour ça…
– Putain, Harry, cesse de faire ça !
Draco sortit du lit et se mit à récupérer ses affaires.
– Je t'aime tellement, Draco.
Draco le fixa, exaspéré.
– Je vais m'habiller, je te verrai au petit–déjeuner.
– Draco…
– Je te verrai au petit–déjeuner, répéta Draco, plus doucement cette fois.
Il dévisagea Harry d'une manière qui en disait long.
– Tout va bien, Harry. Prends une douche, je te verrai en bas.
oOo
– Waouh, je ne pensais pas que tu viendrais, fit Lavande tandis que Hermione prenait place à côté d'elle. Il est vraiment tard.
– Je sais, j'essayais de réveiller Harry.
Elle tendit la main vers le porridge.
– De toute façon, je croyais que c'était toi qui dormirais. Les examens sont finis, je ne m'attendais pas à te voir refaire surface avant midi.
– Tu rigoles ou quoi ? sourit Lavande. Je vais sur le Chemin de Traverse voir mon magasin ce matin puis je vais aller voir quelques nouvelles robes, déjeuner et manger une glace. En bref, profiter d'une belle journée de shopping en général.
Elle prit une gorgée de thé, l'air bien plus détendu qu'elle l'avait été ces deux dernières semaines.
– J'aurais aimé venir avec toi, déclara Hermione, nostalgique. Je n'ai pas fait de shopping digne de ce nom depuis des lustres.
– Tu devras y aller très prochainement, fit remarquer Lavande. Tu auras besoin de robes de maternité.
Hermione examina le bas de sa silhouette. C'était vrai que les seules robes qu'elle possédait étaient des robes d'école. La seule autre qu'elle possédait était une robe formelle qu'elle avait achetée pour sortir avec Viktor l'année précédente – elle portait encore la marque de la déchirure quand Severus s'était jetée sur elle dans la forêt. Elle sourit à ce brusque souvenir et commença à se tortiller, peut–être qu'elle pourrait l'attraper juste avant que les cours ne débutent – ils auraient sûrement le temps pour un petit coup vite fait.
– Ça, c'est un vilain sourire, fit remarquer Lavande, tu ne dois pas penser à quelque chose de bien.
– Je me rappelais juste quelque chose. Je pense que j'ai vraiment besoin de nouvelles robes. Cependant, je devrai attendre que nous soyons à la maison, je ne veux pas prendre le Magicobus juste pour aller faire les magasins.
– Je pourrais te prendre quelque chose de joli à mettre dans le train de retour si tu veux, je ne pense pas que tu entres dans ton jean.
Hermione en doutait aussi, maintenant que son ventre s'arrondissait sérieusement, ça commençait à se voir. Elle était contente que l'école se termine parce que les questions allaient devenir inévitables.
– Ce serait bien si tu pouvais. Quelque chose d'ordinaire, je te donnerai de l'argent avant que tu partes.
Pour Lavande, l'idée d'acheter quelque chose d'ordinaire était risible mais elle hocha quand même la tête.
– Je peux m'asseoir là ?
Hermione sourit à Draco.
– Bien sûr que tu peux. Tu as pu dormir ?
– Oui, répondit Draco, l'air soulagé, tandis qu'il se laissait tomber sur le banc. C'était du bon sommeil aussi.
Il regarda sur la table.
– Il y a quelque chose de décent à manger ?
– Tu ne manges que des fruits, hein ? questionna Lavande, même si elle connaissait la réponse. Il y a beaucoup de choix mais je ne crois pas que tu prendras des toasts, du bacon ou un truc du genre.
Draco lança un accio basique pour amener la salade de fruits jusqu'à lui mais le plat ne bougea qu'un peu. Il soupira. Il était très impatient de cesser de prendre ses médicaments qui lui volaient toute sa magie. Hermione attira le bol jusqu'à eux et lui demanda ce qu'il voulait d'autre.
– Du yaourt, s'il te plait… C'est du porridge que tu as, là ?
– Ouais.
– Alors un peu aussi, s'il te plait.
Il secoua la tête.
– Je ne comprends pas comment cette potion m'affecte. Je ne peux pas formuler les charmes de bases, je ne peux pas transplaner et j'ai des problèmes en Métamorphoses et pourtant, je peux encore lancer des sorts.
– Je crois que ça pourrait être quelque chose qui implique le contrôle requis, déclara pensivement Hermione. Avec les charmes, tu essaies souvent d'amener les choses à toi ou de les soulever par exemple, mais les sorts ne sont que des sortilèges lancés, tu n'as qu'à les jeter, il y a moins d'habileté requise.
Draco haussa les épaules et sembla impressionné par la réponse. Elle avait probablement raison. Il se servit de nourriture. Il devait admettre que manger autant le matin n'était pas ce qu'il préférait mais il devait se maintenir en bonne santé ou toutes les potions qu'il prenait seraient inutiles. Pour la première fois, il était déterminé à prendre soin de lui.
Ils mangèrent dans un silence confortable pendant un moment, écoutant les occasionnels éclats d'excitation du papotage de Lavande. Draco lui demanda de lui rapporter quelques douceurs de Londres et lui offrit même son attelage. Elle déclina, préférant la vitesse du transplanage d'un endroit à un autre. Draco pensa en lui–même qu'elle n'était qu'une béotienne, il sourit et ne dit rien.
Il était presque neuf heures quand Harry arriva et les seuls élèves encore en train de manger leur petit–déjeuner étaient ceux avaient des examens ce jour–là et les enseignants qui terminaient et s'apprêtaient à partir pour se diriger vers leurs classes.
Lavande lui jeta un coup d'œil alors qu'il s'approchait et ne put s'empêcher de s'écrier à travers la salle :
– Oh, mon dieu, il est propre !
Douché et rasé, Harry rougit et fit une grimace à Lavande qui gloussait de son propre humour. Il avança jusqu'à la table et se tint inconfortablement un instant, jusqu'à ce que Draco se pousse vers Hermione et lui fasse de la place. Harry s'assit à côté de lui et exhala un soupir de soulagement.
Draco le dévisagea, agité et, alors que Hermione et Lavande se tournaient discrètement pour discuter chiffon à voix basse, il s'éclaircit la gorge.
– J'étais en train de penser… commença Draco mi–voix, que je ne me sentirais pas… en sécurité… à la maison non plus.
– Ah ?
Harry sentit une minuscule lueur d'espoir se mettre à brûler dans son estomac.
– Je pensais que si tu le voulais… tu pourrais peut–être… tu pourrais venir avec moi… quand l'école sera finie… si tu le veux.
– Je pourrais, en effet, acquiesça Harry. J'aimerais beaucoup.
Draco baissa la tête, il se sentait assez timide.
– J'allais partir ce soir mais je sais que la fête du départ a lieu dimanche. Tu voudrais rester pour y assister ?
– On va prendre le train de retour lundi matin, ajouta Harry. Hermione ne veut pas voyager en bus et ce sera la dernière fois qu'on pourra le prendre… Pourquoi tu ne resterais pas pour arriver à Londres en train avec nous ?
– Je…
Draco commença à se mordre la lèvre exactement comme Hermione quand elle était nerveuse.
– Je ne veux pas vraiment aller à Londres… C'est trop tôt…
– Je prendrai soin de toi, chuchota Harry. Snape nous attendra là–bas et il conduira Hermione dans le Wiltshire… Je suis certain qu'il y aura de la place pour deux de plus.
Harry hésita.
– Je ne sais pas quel genre de conducteur il est.
– C'est un bon conducteur, lui assura Draco. Il a déjà utilisé une voiture avant.
– Alors tu viendras en train ? Envoie Non chez toi et viens en train.
Draco hocha silencieusement la tête sous la table, sa main trouva celle de Harry et leurs doigts s'enlacèrent.
– Il n'y a que la nourriture saine qui a été délaissée, dit–il en se référant à la sélection du petit–déjeuner. Tu vas mourir de faim.
Harry en doutait, il avait la sensation qu'il pourrait vivre sur le sentiment qui le submergeait en cet instant pendant au moins une bonne année.
– Tu es sûr de vouloir venir au Manoir ? Je sais combien tu aimes ta maison.
– Ce n'est pas vraiment ma maison. C'est vrai que j'en suis le propriétaire mais j'y ai à peine vécu et je crois que Ron et Pansy veulent abattre le mur de derrière et y faire construire une véranda.
– Beurk, le fléau de l'Angleterre moldue.
Harry rit.
– Eh bien, il fait joliment sombre à l'intérieur. Et c'est Ron qui y habite maintenant… De plus, il a bien meilleur goût en matière de décoration que moi, c'est lui qui en a fait un foyer.
Draco dénoua leurs doigts et leur versa du thé.
– Tu devrais manger quelque chose, dit–il, répétant à Harry l'habituel conseil qu'il lui servait. Tu as besoin de tes forces pour passer cet examen.
Il dévisagea Harry et un sourire atteignit enfin ses lèvres.
– Tu peux prendre tout ce que tu veux, précisa–t–il. Tu sais que je te veux là–bas… et pas seulement pour me surveiller.
– Je l'espérais.
– Alors tu peux y amener tout ce dont tu as besoin, tout ce que tu veux avoir là–bas.
– Buck.
Draco faillit lâcher le pot de thé. Il l'abaissa si rapidement qu'il tinta contre les assiettes.
– P… Pardon ?
– Buck, l'hippogriffe, tu t'en rappelles ?
– Heu… Oui… Il… Il m'a frappé !
– Eh bien, uniquement parce que tu l'as injurié – et tu dois admettre que tu es très doué pour injurier les gens. Il vit dans le grenier de Grimmauld Place depuis des années…
– Bon d'accord, il est habitué aux endroits clos.
– Mais il serait mieux dehors. Il pourrait vivre dans les stalles d'écurie. Je les ai vues à Noël, elles ne sont pas proches de la maison et il s'amusera bien là–bas.
Draco en resta bouche bée.
– Eh bien ?
– Je… Je ne…
Harry le regardait comme s'il allait le supplier.
– Il restera dans l'arrière du jardin ?
– Absolument et je m'en occuperai, tu ne sauras même pas qu'il est là.
Draco n'y croyait pas mais il ne voulait rien gâcher.
– J'imagine que nous pourrions…
Mais il fut interrompu par un bruit de bottes marchant sur les dalles de pierres puis passant l'énorme porte de la Grande Salle.
– Bon sang, c'est quoi ça ?
Harry tendit le cou et ses yeux s'écarquillèrent. Cornelius Fudge venait d'entrer dans la Grande Salle avec dix Aurors.
– Qu'est–ce qu'il fait ici ? siffla Hermione. On aurait pensé qu'il serait trop occupé à mettre son bureau en ordre avant de le quitter la semaine prochaine.
Fudge avait un étrange sourire sur le visage. Il avait réussi à le rendre à la fois satisfait et malveillant il marcha entre les tables jusqu'à celle des professeurs, sifflotant presque joyeusement en chemin.
– Je crois qu'il a mis son bureau en ordre, précisa nerveusement Harry, et il a quelques affaires en route ici.
– Ah, Dumbledore, le salua Fudge d'une voix forte, avec un distinct ton d'amusement dans la voix. Content de voir que vous êtes encore au petit–déjeuner.
– Oh, de justesse, Cornelius, je peux vous l'assurer, rétorqua plaisamment Dumbledore. Je crois que nous sommes sur le point de libérer la salle.
– Oh, ne vous inquiétez pas. Ça ne prendra qu'un moment de votre temps.
– Je vois.
Les yeux de Dumbledore ne clignèrent pas derrière ses lunettes et Harry était assez certain que le directeur se demandait quel genre de mauvaises intentions amenait Fudge ici.
– Et qu'est–ce qui nous vaut ce plaisir, Cornelius ?
– J'ai bien peur de ne pas être disposé pour le plaisir aujourd'hui, Dumbledore.
Mais le ton employé démentait ses paroles en fait, il avait vraiment l'air d'y prendre plaisir.
– J'ai bien peur que nous ayons reçu des nouvelles de la plus alarmante nature concernant un de vos professeurs, Dumbledore, et nous sommes forcés d'agir.
La même pensée traversa immédiatement les cerveaux de Minerva, de Snape et de Harry. Krum ! Mais comment l'avait–il découvert ? Qui les avait vus ?
– Je ne vous suis pas entièrement, fit Dumbledore en cachant son inquiétude.
Il n'y avait aucune raison de montrer à Cornelius Fudge à quel point il l'était. Fudge sortit un rouleau de papier et donna un rapide coup d'œil aux étudiants curieux qui se trouvaient encore dans la salle. Le même sourire satisfait s'afficha sur son visage.
– C'est un ordre de suspension, Dumbledore, ordonné par le Ministère et signé par les gardiens de l'école. J'ose avancer que vous pensez que cette fois encore votre bon ami Weasley devenu Ministre sera capable d'annuler cette décision mais ce ne sera pas possible cette fois.
– Alors vous avez finalement trouvé le moyen de me mettre dehors, Cornelius ?
– Oh, non, pas vous, Dumbledore.
Fudge était positivement rayonnant.
– Non, non.
Il recula d'un pas et s'éclaircit la gorge avant d'annoncer d'une voix forte et claire :
– Ceci est pour le professeur Severus Snape.
À côté de Harry, Hermione eut un violent mouvement et il la maintint d'un bras ferme,
– Non, murmura–t–il durement. N'aggrave pas les choses.
Fudge prit un moment pour jubiler, notant que plusieurs étudiants souriaient de stupéfaction – Snape, à l'évidence, n'était guère apprécié.
– Professeur Snape, vous êtes, par la présente, relevé de vos fonctions de Maître de Potions et de Responsable de la Maison Serpentard, avec effet immédiat. Il semble que le bon professeur ici présent pense qu'entretenir des relations de nature sexuelle avec une de ses étudiantes est un comportement approprié. Le Comité des Gouverneurs n'est pas d'accord cependant et le Ministère ne peut fermer les yeux sur un tel comportement – peu importe qui est accusé.
Snape, Minerva et Harry lâchèrent simultanément un soupir de soulagement. Hermione n'arrivait pas à comprendre pourquoi Severus avait l'air si soulagé – il venait de perdre son boulot et Fudge le faisait passer pour un pervers ! Cela lui prit encore deux heures pour réaliser que ça aurait pu être encore bien pire.
Une vague de murmures emplit la salle. Certains étudiants avaient la bouche grande ouverte tandis que de nombreux 5ème année, ceux qui reviendraient l'année suivante et s'attendaient à avoir Snape en tant que professeur, cancanaient sans réserve. Que s'était–il passé ? Qui avait été assez idiote pour coucher avec Snape ? L'avait–il forcée ? Était–ce un viol ?
– Et notre propre enquête a révélé l'identité de la fille enceinte !
– Oh, mon dieu, gémit Hermione.
– Mes Aurors vous aideront à vider vos appartements, Professeur, puis vous serez priez de vider les lieux.
Fudge était vraiment radieux maintenant, il avait finalement enlevé un des plus fidèles de Dumbledore. Il avait cherché de long en large quelque chose sur Minerva McGonagall mais n'avait rien trouvé. Quand la lettre du maintenant défunt conservateur du Musée était arrivée chez lui le jour précédent, il avait presque dansé de joie. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour rechercher dans les dossiers du Ministère et découvrir que Snape était enregistré à Ste–Mangouste en tant que père du futur enfant de la jeune Miss Granger. Il était aussi noté leur intention de se marier mais il ne vit aucune raison de se préoccuper de cette information. Snape était hors course et il pouvait ajouter une coche à son tableau de chasse.
Severus se leva, grand et élancé, l'air de vraiment vouloir jeter un sort d'oubliette sur Fudge. Un sourire effleura à peine ses lèvres et ses yeux noirs passèrent sur les visages songeurs qui le fixaient.
– Cornelius… commença Dumbledore mais Severus l'interrompit.
– Vos Aurors ne sont pas nécessaires, Monsieur le Ministre. Mes appartements sont presque vides. Je serai parti dans une heure.
Hermione jaillit de sa place, incapable de rester tranquille plus longtemps. Harry essaya en vain de l'attraper mais ce ne fut que pour agripper une poignée de robes. Il soupira et se leva.
– Ça… C'est injuste ! laissa échapper Hermione, la lèvre inférieure tremblante. Espèce de sale vieux…
Minerva entrait dans le conflit maintenant.
– Miss Granger, l'avertit–elle, asseyez–vous.
– Oh, oui, Miss Granger, ajouta Fudge avec malveillance. Nous détesterions qu'il arrive quelque chose à votre bébé.
– C'est une menace ? exigea de savoir Harry.
– Pas du tout, Mr Potter. Je montre juste de l'intérêt pour la santé de Miss Granger… et pour la santé de son enfant.
Hermione affichait un air rebelle et Harry craignit qu'elle ne sorte brusquement sa baguette. Au lieu de ça, elle regarda Severus qui répondit en la suppliant silencieusement de se calmer. Hermione fit alors quelque chose qu'elle n'avait jamais fait, elle fondit en larmes.
Severus soupira et réalisa qu'il allait devoir faire quelque chose. Il pressa la main de Minerva et descendit de l'estrade. Il se dirigea vers Hermione et empoigna tendrement ses épaules.
– Tout va bien se passer, dit–il, maintenant va te préparer pour tes examens et je te verrai à Pré–au–Lard une fois que tu auras fini.
– Mais Severus, à propos de …
– Ne t'inquiète de rien. Tout va bien, nous allons bien. J'irai à Pré–au–Lard, je sais très bien que Minerva viendra avec moi et je t'y verrai plus tard. Ne t'inquiète pas pour ça. Ce n'est pas la fin du monde.
Elle n'arrivait pas à croire qu'il était si calme. Elle voulait le secouer et hurler de panique. Il avait perdu son boulot. Tout le monde les fixait. Il avait été humilié ! Puis ça la frappa – il n'était pas humilié d'être avec elle et il s'était montré calme, par amour pour elle.
– Va terminer tes examens, dit–il encore une fois.
Puis Severus Snape sortit tranquillement de la Grande Salle.
À suivre...
NdT :
[1] La belladone, plante hautement toxique, est aussi appelée en anglais deadly nightshade
Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. J'attends vos commentaires.
Bisous.
Falyla
