Chapitre 3

Un appartement dans le Queens, New-York, 11h30

Affalé dans le fauteuil, les yeux rivés sur l'écran de la télévision, Davis buvait une bière, à petites gorgées. Lui, une bière à la main, faisait les cent pas, dans le salon, tentant de réfléchir avec en bruit de fond les conversations bruyantes des commentateurs d'un match de baseball. Dans la matinée, alors qu'il guettait, à bonne distance, une possible agitation du côté du 12ème District, il l'avait vue sortir, emmitouflée dans son manteau. Il connaissait maintenant par cœur sa silhouette. Excitante certes, mais pas son style. Et ce bébé. Que de mièvrerie. Ce bébé n'était pas prévu dans son plan, mais il allait pimenter l'action. Il n'allait pas se plaindre d'avoir une source de bonheur supplémentaire à détruire. Elle avait remonté la rue à pied, s'enfonçant dans la neige. En la voyant ainsi, se promener tranquillement, seule et insouciante, il avait eu envie de jouer. Il était allé aux devants d'elle, descendant le trottoir dans le sens inverse, et leurs chemins s'étaient croisés. Il aurait même juré avoir effleuré son épaule, mais elle avait continué sa marche, sans même lui jeter un regard. Il avait jubilé. Ah … Kate Beckett. Redoutable lieutenant à la criminelle. D'un geste, il aurait pu faire d'elle ce qu'il voulait. Une proie facile. Trop facile. Et il était trop tôt. Bien trop tôt. Son heure viendrait, mais pour le moment, passé la jubilation de l'avoir approchée sans même qu'elle en ait eu conscience, il s'était étonné de la voir se promener si paisiblement. N'avait-elle pas reçu la lettre ? L'angoisse que les rouages de leur plan aient pu s'enrayer dès la première étape s'immisça dans son esprit. Il était venu pour ça, pour goûter à la panique qui était censée s'emparer du commissariat. Et au lieu de ça, il l'avait vue entrer dans le petit Cafe à l'angle de la rue, et étreindre celui qu'il supposait être son père, pour l'avoir déjà vue avec lui à plusieurs reprises, et l'avoir déduit de leurs gestes affectueux. La discussion s'éternisa, et il ne pouvait pas rester plus longtemps. Il fallait qu'il rentre surveiller Davis. Il ne pouvait pas prendre le moindre risque. Il finirait bien par savoir si la lettre était parvenue à sa destinataire. Peut-être que dans la pile de courrier, la lettre était, pour l'instant, passée inaperçue. Et quoi qu'il en soit, le plan était lancé. Les étapes, toutes plus machiavéliques, allaient s'enclencher. Une étape en entraînerait une autre, tels des dominos tombant les uns après les autres, jusqu'au bouquet final.

Il tournait en rond dans cet appartement à ne rien faire, si ce n'est veiller à ce que Davis reste ici, et se tienne tranquille. Ce matin avec la gamine, Davis avait été redoutable. Effroyable même. Contempler la scène l'avait mis dans un tel état d'excitation, qu'à peine Davis avait-il eu accompli la tâche pour laquelle il avait été programmé, il avait pris cette chère petite Ellie à son tour, violemment. Cette fois, il avait dû contrôler ses pulsions, et faire attention. Pas question de laisser de l'ADN. Celui de Davis suffirait. Avec lui, elle n'avait pas crié. Peut-être même qu'elle commençait à aimer ça. Avoir à disposition le corps de cette gamine allait lui manquer. Il avait de quoi se satisfaire par ailleurs, mais rien ne l'excitait plus que la soumission et le désespoir d'une fille, qui lui offrait son corps pour qu'elle épargnât sa vie.

Il jeta un œil à Davis, qui ne bougeait pas, toujours hypnotisé par la télévision. Il était admiratif. Non pas de Davis, le pauvre bougre. Mais du boulot accompli pour le faire devenir ce gars, en apparence normale, mais qui exécutait la moindre de leurs volontés, tel un robot. Pour tuer le temps, il se prêta à son exercice favori. Vérifier les automatismes de Davis.

- Davis ? lui lança-t-il.

- Oui, fit celui-ci, détournant les yeux de la télévision pour le scruter debout face à lui.

- Où as-tu enlevé Ellie ?

- A Washington. Newton Street, répondit-il calmement.

- Comment l'as-tu amenée ici ?

- Dans mon pick-up.

- Où la gardais-tu prisonnière ? enchaîna-t-il.

- Je ne peux pas vous le dire.

- Davis ?

- Oui.

- A qui as-tu envoyé la lettre ?

- Au lieutenant Katherine Castle.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est la meilleure.

- Et pourquoi encore ?

- Elle est sexy.

- Et ?

- C'est marrant de jouer avec elle.

- C'est bien Davis, conclut-il avec un sourire satisfait.

Davis tourna aussitôt la tête pour se replonger dans le match de baseball. Il aurait pu enchaîner ainsi près de deux cent questions concernant l'affaire pour laquelle Davis serait arrêté. Davis avait réponse à tout. Pendant ces longs mois, ils s'étaient entraînés à penser en flic. Ils avaient déjà l'habitude. Ils n'en étaient pas à leur coup d'essai. Jouer avec les flics était leur source de jouissance première. Mais cette fois, c'était d'un coup de maître qu'il s'agissait. Penser en flic. Tout le temps. Rentrer dans la tête du Lieutenant Kate Beckett pour mieux la détruire. Anticiper les raisonnements futés de ce bon vieux Rick. Imaginer comment, dans le vide de ce qu'ils ignoreraient, leurs esprits malins allaient se battre pour trouver la faille. Tout avait été pensé, patiemment élaboré, minutieusement réfléchi. Quant à Davis, il était l'arme la plus géniale qu'il ait eue à sa disposition. Il leur avait fallu six mois pour parvenir à ce résultat. Et quel résultat ! Un vrai petit bijou. Davis avait le casier judiciaire adéquat, un cerveau suffisamment détraqué pour passer pour un parfait sociopathe, une intelligence dans la moyenne. Suffisante pour avoir l'idée de jouer avec les flics. Mais trop basique pour ne se pas se laisser influencer et manipuler par le lent travail de sape qu'elle avait orchestrée. Cette fois, il n'avait été que son disciple. Elle était terrifiante. Elle avait détruit cet homme. Et Davis était né. Né pour tuer.

12ème District, New-York, 12 h.

Kate déplia doucement la feuille de papier, et une petite mèche de cheveux noirs comme l'ébène glissa. Stupéfaite, elle la rattrapa avant qu'elle ne tombe, croisant le regard surpris de Rick. Alors qu'elle prenait conscience de ce à quoi elle avait affaire, tout comme Rick qui scrutait la moindre de ses réactions, ses yeux embrassèrent d'un seul coup d'œil les quelques mots écrits à la main. Au centre de la lettre, une simple question : « Aurez-vous la chance de sauver la pauvre jeune fille avant que je ne me lasse d'elle ? ». Plus bas, une citation qu'elle connaissait : « Quand un officier de police est tué, ce n'est pas une agence qui perd un officier, mais une nation toute entière ». Et une signature : « Keith Keaton ».

Elle releva des yeux inquiets vers Rick, alors que déjà son esprit s'était mis à cogiter. Il ne connaissait pas encore le contenu de cette lettre, mais au regard de Kate, il comprit que les craintes qu'il avait eues quand il avait vu cette enveloppe, étaient fondées.

- Kate ? Qu'est-ce qui est écrit ? s'enquit-il, sondant son regard.

- C'est … Tiens, regarde, répondit-elle en lui tendant la lettre.

Il lut rapidement les quelques mots, et aussitôt, il sentit comme un petit frisson d'angoisse le parcourir.

- Tu crois que c'est sérieux ? fit-il, en lui rendant la lettre, alors que déjà, elle se levait.

- C'est trop bizarre pour que ce ne le soit pas. Je vais montrer ça à Gates.

Elle glissa soigneusement la petite mèche de cheveux dans l'enveloppe, et se précipita vers le bureau du Capitaine, Rick sur ses talons. Elle frappa à la porte ouverte, et Gates ayant levé les yeux vers eux en signe d'approbation, ils entrèrent.

- Capitaine, je viens de recevoir cette lettre …. et je crois qu'on a un problème, annonça Kate en lui tendant l'enveloppe.

- Un instant, Gates la regarda d'un air interrogateur, puis se saisit de l'enveloppe.

- Lieutenant Katherine Castle ? Qui vous appelle ainsi ? s'étonna-t-elle aussitôt, en lisant l'adresse.

- Personne, répondit Kate, tandis que le Capitaine découvrait à son tour le contenu de l'enveloppe.

Kate et Rick, debout côte à côte face à son bureau, guettaient sa réaction, et virent son regard s'assombrir à mesure qu'elle lisait.

- Quand la lettre est-elle arrivée ? fit Gates, levant les yeux vers eux pour les dévisager l'un et l'autre derrière ses lunettes.

- Au courrier de ce matin, répondit Kate.

- Aucune disparition n'a été signalée dans notre district ces derniers jours, reprit-elle. N'est-ce pas ?

- Non. Pas à ma connaissance.

- Keith Keaton ? Vous connaissez cet homme ? continua Gates, enchaînant les questions de son ton ferme et directif.

- Non. Ça ne me dit rien.

- Et vous Monsieur Castle ? continua Gates, songeant que ces deux-là fonctionnant en binôme aussi bien dans leur vie privée qu'au boulot, ce qui touchait l'un pouvait avoir un rapport avec l'autre.

- Non. Jamais entendu ce nom-là, non plus, répondit Rick.

Gates baissa de nouveau les yeux vers la lettre, comme si elle réfléchissait. Puis elle la replia soigneusement, et releva la tête vers eux.

- Elucidez-moi ce mystère rapidement, Lieutenant Beckett, lança-t-elle d'un ton ferme. Qu'on sache si on a affaire à un petit plaisantin, ou à un vrai détraqué.

- Bizarrement, je parie sur le détraqué …, marmonna Castle.

- Mettez Esposito et Ryan au courant. Et envoyez tout ça au labo immédiatement. Il faut savoir au plus vite à qui appartiennent ces cheveux, et s'il y a vraiment une jeune fille dont la vie est en jeu.

- Oui, Capitaine.

- Dites au labo que l'affaire est prioritaire, et que l'ordre vient de moi, conclut-elle avec fermeté.

Quelques minutes plus tard …

Ryan avait filé porter la lettre, l'enveloppe et la mèche de cheveux au labo. De son côté, Esposito s'était mis en quête de lister toutes les jeunes filles brunes portées disparues au cours des dernières semaines, en se concentrant d'abord sur le Queens, d'où la lettre avait été envoyée, puis en étendant les recherches sur tout New-York. Au tableau, Beckett avait déjà noté les maigres informations qu'ils avaient à leur disposition. Une jeune fille brune, a priori retenue de force. Un dénommé Keith Keaton. Le bureau de Forest Hills dans le Queens, où la lettre avait été oblitérée. Cette phrase ou citation qui parlait des officiers tués en service. Et pour finir son nom : « Lieutenant Katherine Castle » qui avait quelque chose d'interpellant. Installée à son bureau, elle essayait maintenant d'identifier ce Keith Keaton qui avait signé la lettre. Rick, concentré sur les éléments notés au tableau, réfléchissait au sens de cette lettre. Il y avait, dans ce message, deux dimensions apparemment sans aucun lien entre elles. Cette jeune fille, dont ils ignoraient l'identité, ni même la réalité de l'existence d'ailleurs, qui serait retenue de force quelque part. Et cette citation faisant référence directement à la police. « Quand un officier de police est tué, ce n'est pas une agence qui perd un officier, mais une nation toute entière. »

D'après le fichier des permis, il y a sept Keith Keaton à New-York, annonça Kate, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur. Aucun n'est fiché. Mais le gars n'a sûrement pas signé de son vrai nom. Pour se faire attraper, il n'y aurait pas mieux.

- Si c'est l'un de tes admirateurs, il a peut-être envie d'être arrêté, suggéra Rick, histoire de se faire passer les menottes par le très sexy lieutenant Beckett !

- Dans ce cas-là, il suffisait qu'il m'envoie une lettre me le demandant clairement. Ça aurait été plus rapide ! sourit-elle.

Elle s'adossa dans le fauteuil en réfléchissant.

- Et puis, ce n'est pas un admirateur. A part mon nom sur l'enveloppe, il n'y a rien de personnel dans la lettre. Tu te souviens du fou qui me prenait pour Nikki ?

- Je me souviens avoir volé à ton secours, tel un preux chevalier, délivrant sa princesse dans sa tour d'ivoire envahi par les flammes, fit-il prenant ses grands airs.

Elle le regarda avec un sourire, tentant malgré tout de garder son sérieux.

- Castle … Je n'étais pas ta princesse. Et la tour d'ivoire c'est un bien joli nom pour mon appartement qui avait explosé !

- Oui, ça c'est le détail sordide de l'histoire ! Ça reste un jour béni malgré tout …, continua-t-il, songeur, toi ... nue … dans ta baignoire. La première fois que j'ai pu apprécier ton corps si …

- Castle ! Je croyais que tu n'avais pas regardé !

- Je n'ai pas regardé … J'ai juste vu, bien malgré moi, ces jolies épaules, ces longues jambes et peut-être un peu aussi tes …

- Tu n'es pas croyable !

- Il y a prescription maintenant.

Elle soupira.

- De toute façon, ce n'était pas ça le sujet, reprit-elle. Bon, Scott Dunn, il était obsédé par Nikki, ces messages étaient clairement personnels. Il voulait jouer avec elle, et donc avec moi, et au final m'éliminer. Mais là, je ne pense pas qu'on ait affaire à quelqu'un d'obsédé par moi.

- C'est vrai que le ton est plutôt neutre, reconnut-il.

- Oui. Il aurait écrit la même chose s'il avait envoyé la lettre à n'importe qui d'autre.

- Sauf que c'est à toi qu'il l'a envoyée. Le message est clair. C'est avec toi qu'il veut jouer.

- Pourquoi moi ?

- Oui, pourquoi tous les détraqués de New-York veulent jouer au chat et à la souris avec ma femme ?

- En tout cas, on va vérifier tous ces Keith Keaton, mais il y a des chances qu'il ne s'appelle pas vraiment Keith Keaton, à moins d'être le plus débile des criminels.

- Ça peut être le surnom qu'il veut qu'on lui donne …, suggéra-t-il. Keith Keaton, ça fait K.K., un petit surnom sympa pour un psychopathe. K.K, double K …

- Même si c'est un pseudonyme, ou un surnom, ça doit avoir une signification. Et cette phrase qui rend hommage aux policiers morts en héros. Quel rapport avec la jeune fille ?

- Eh bien …, aucun …, du moins en apparence. Peut-être que K.K connaissait quelqu'un qui travaillait dans la police et a été tué en service.

- Oui mais pourquoi écrire ça ?

- C'est peut-être sa signature, un peu comme une maxime guidant sa vie. K.K., psychopathe des temps modernes, qui enlève des filles, et vénère les flics, héros de notre monde.

Elle le regarda, avec un air sceptique.

- Quoi ? Je cherche des explications ! lança-t-il.

- Je ne pense pas qu'il vénère les flics.

- Il te vénère au moins toi, fit remarquer Rick. Tu as eu droit à une lettre personnelle …

- Oui, mais réfléchis. Il me met au défi de sauver cette fille mais …, expliqua Kate.

- On ignore de qui il s'agit …, ajouta Rick.

- Et il n'y aucun élément clair pour la trouver, continua Kate.

- Soit il se fout complètement de nous, et veut qu'on essaie de sauver une fille déjà morte ou qu'avec tous les moyens du monde, on ne pourra pas trouver.

- Soit il y a des indices cachés dans cette lettre qu'on n'arrive pas à voir pour l'instant, conclut Kate.

- En particulier dans le nom de ce gars, et dans cette maxime comme tu dis …

- Vous savez combien de filles ont été portées disparues depuis un mois à New-York ? lança Esposito en se plantant devant eux.

- Deux ? suggéra Rick.

- Non. Essaie encore, fit Esposito avec un petit sourire.

- Cinq ?

- Non.

- Bon, Espo, viens-en aux faits s'il te plaît, les interrompit Kate.

- Huit, répondit-il aussitôt.

- Tant que ça ? s'étonna Beckett.

- Et encore, si on ne compte que celles pouvant être qualifiées de « jeunes filles ». J'ai vu large, j'ai comptabilisé les disparues âgées de dix à vingt-cinq ans. Enlèvements, fugues …, expliqua-t-il en lisant les notes qu'il avait prises.

- Combien de brunes ? demanda Beckett.

- Aucune.

- Aucune ? fit Castle, surpris et déçu. Il ne fait pas bon être blonde à New-York …

- Aucune sur les photos n'a les cheveux aussi noirs que ceux trouvés dans l'enveloppe. Mais l'ADN de ces huit jeunes filles est dans la base de données, on pourra comparer au cas où.

- On n'aura pas l'ADN avant au mieux deux heures …, soupira Ryan en les rejoignant.

Ils se lancèrent tous les quatre des regards sceptiques. Deux heures, c'était long, quand la vie d'une jeune femme était en jeu. Tous savaient aussi, que même une fois que les analyses ADN auraient parlé, il n'était pas certain qu'ils trouvent une correspondance dans la base de données. Kate se leva, pour se saisir du feutre, et noter au tableau l'information transmise par Esposito concernant les jeunes filles disparues.

- Donc soit, la jeune fille n'a pas été enlevée à New-York, résuma Kate.

- Soit elle a été enlevée il y a plus d'un mois, ajouta Esposito.

- Pourquoi aurait-il attendu tout ce temps pour se manifester dans ce cas ? s'étonna Rick.

Ou alors elle n'est pas encore portée disparue, fit remarquer Ryan.

- Le gars a posté la lettre hier. Soit il a anticipé ses actes, soit il l'avait déjà enlevée auquel cas c'est étrange qu'il n'y ait pas d'avis de disparition depuis hier, continua Kate.

- Dernière possibilité, il n'y a pas de fille disparue …, ajouta Castle, et un petit plaisantin se fout bien de nous.

Kate et les gars le regardèrent d'un air sceptique, tout en réfléchissant. A ce stade-là, vu la tournure que prenaient les choses, Castle n'avait peut-être pas tort. Tous les quatre étaient complètement déroutés par cette étrange lettre.

- Ce Keith Keaton, ça ne te dit vraiment rien, ce n'est pas un gars que tu as déjà arrêté ? reprit Ryan en se tournant vers Kate.

- Non, réaffirma-t-elle. Ce nom n'apparaît nulle part dans les fichiers de la police, ni parmi les victimes, ni parmi les criminels.

- Un ancien petit copain un peu tordu ? fit Esposito.

- Non ! Je m'en souviendrais ! lança-t-elle en le fusillant du regard.

- Un adorateur secret au lycée ? proposa Rick.

- Non ! Puisque je vous dis que je ne connais pas de Keith Keaton.

- Lui te connaît. Il t'a choisie pour son jeu, affirma Esposito.

- Il a pu lire des articles dans la presse. Et penser que je serai à la hauteur de son petit jeu, suggéra-t-elle.

- Sûrement même, confirma Ryan.

- Mais dans ces articles, tu es le lieutenant Kate Beckett, pas Katherine Castle, fit remarquer Rick.

- Il a pu vouloir faire original. Tout le monde sait que je suis ta femme.

-Hum …, se contenta de répondre Rick, pensif.

Il n'arrivait pas à démordre de l'idée qu'il y avait quelque chose d'étrange à ce que cet homme s'adresse ainsi à Kate.

- Qu'est-ce qu'on fait alors ? demanda Esposito.

- Combien de K.K. habitent le Queens ? enchaîna Rick.

- Il y en a deux, répondit Kate.

- Mais on n'a aucune preuve que ce gars habite le Queens …, fit remarquer Ryan.

- Ni même qu'il s'appelle vraiment Keith Keaton.

- Ce sont les seuls éléments qu'on ait. On ne va pas rester ici à attendre les résultats ADN, lâcha Kate. Les gars, allez interroger les Keith Keaton du Queens. Ensuite, vous enchaînez sur les autres.

- Tous ?

- On n'a pas le choix. On ne peut pas négliger cette piste. Trouvez s'il y a quelque chose qui cloche avec eux, s'ils pourraient avoir un rapport avec la police aussi, ou la mort d'un officier.

- Ok. C'est parti.

Les gars attrapèrent leurs manteaux, et filèrent vers l'ascenseur, tandis que Kate se rasseyait derrière son ordinateur, et Rick à ses côtés.

- Bon, je crois que c'est mal parti pour le week-end tranquille, soupira-t-elle, le regard perdu sur le tableau blanc.

Il regarda son air dépité, et ne put s'empêcher d'être attendri par sa petite moue déçue. Elle n'avait pas tort. Ils risquaient de passer le reste de la journée à se torturer l'esprit pour démêler les fils de tous ces mystères. Et s'ils y parvenaient, il y aurait une jeune fille à sauver, par tous les moyens.

- Je sais ce dont tu as besoin pour te requinquer, fit-il en souriant gentiment.

- Castle, je n'ai pas besoin d'être requinquée. Je suis en pleine forme, répondit-elle, en lui renvoyant son sourire. Je voulais juste savourer un peu de tranquillité avec toi, après cette semaine …Et on se retrouve avec cette affaire … bizarre … sans victime, sans indice, sans suspect.

- Vu comme ça, ce n'est pas gagné, répondit-il avec un sourire, se levant.

- Où vas-tu ? s'étonna-t-elle.

- Je vais nous chercher à déjeuner, et de quoi requinquer mon lieutenant préférée, fit-il, en lui déposant un baiser sur le sommet du crâne.

- Merci, sourit-elle.

- Tu ne bouges pas d'ici, ok ?

- Mais non …, ne t'inquiète pas.

- Je fais vite, fit-il en s'éloignant avec un sourire.

Kate se reconcentra sur l'affaire, et commença par élargir la recherche des jeunes filles portées disparues. Mais elle abandonna rapidement. Se baser uniquement sur une couleur de cheveux ne mènerait à rien. C'était une perte de temps. Autant attendre les résultats ADN. Elle s'enfonça dans son fauteuil, en réfléchissant. Elle avait rarement vu une enquête qui démarrait avec si peu d'éléments. Pouvait-on même appeler ça une enquête à ce stade ? Il n'y avait pas de victime identifiée. Il n'y avait pas d'indice ni d'un enlèvement ni d'un meurtre. Cette mèche de cheveux pouvait appartenir à n'importe qui ou même encore provenir du coiffeur du coin. Il n'y avait pas de suspect potentiel. Il n'y avait que cette lettre qui lui avait été adressée. Cette lettre plutôt ambigüe. Pourquoi l'appeler par son nom de femme mariée ? Etait-ce juste un hasard ? Il n'y avait pas de hasard. Jamais. Alors, ce devait être pour l'interpeller, sans doute, pour qu'elle se pose des questions justement. Pour qu'elle doute. Et cette référence aux officiers morts en service. Elle s'avança vers le clavier et se mit à pianoter pour se rendre sur le site hommage aux policiers décédés, dont la phrase écrite sur la lettre, était le slogan. Elle entra le nom de Keith Keaton. Mais ce n'était pas celui d'un flic décédé. Elle trouva une dizaine d'officiers décédés s'appelant Keaton dans tous les Etats-Unis. Deux seulement pour l'Etat de New-York. Harold Keaton en 1941, et Carlos Keaton en 1976. Ces décès, tous les deux par armes à feu, lui semblaient bien trop anciens pour avoir un lien avec cette lettre. Mais n'ayant rien ou pas grand-chose, aucune piste n'était à négliger. Elle lança une recherche dans la base de données de la police pour rassembler toutes les informations possible au sujet de ces deux policiers. Mais aucun n'avait de dénommé Keith parmi ses descendants. Elle fixait l'écran, reprenant ses réflexions. Quel intérêt pouvait avoir cet homme à inscrire cette phrase ? Elle avait beau tourné les choses dans tous les sens, elle ne trouvait pas de solution logique. Les détraqués n'avaient souvent aucune logique. Ou alors une logique qui, leur étant propre, était incompréhensible des gens normalement sensés. Elle parcourut du regard le tableau, les quelques annotations qui s'y trouvaient, et ce gros point d'interrogation qu'elle avait dessiné en lieu et place de la photo habituelle de la victime. Ce point d'interrogation derrière lequel il y avait sans doute une jeune fille. « Aurez-vous la chance de sauver la pauvre jeune fille avant que je ne me lasse d'elle ? ». Cet homme abusait certainement d'elle. Il pensait s'en lasser à un moment ou un autre, et le sous-entendu était évidemment clair, il la tuerait. Leur avait-il donné vraiment suffisamment d'indices pour qu'ils la sauvent ? Ou bien, était-elle déjà morte ? Une façon pour lui de tourner la police en ridicule.