Chapitre 8

Loft, New-York, aux environs de 3h30.

La sensation de Kate se blottissant dans ses bras emplit son cœur de tendresse.

- Désolé, je t'ai réveillée ? fit-il doucement, en déposant un baiser sur son front.

- Le lit était tout froid sans toi …, chuchota-t-elle, la voix encore tout ensommeillée. Et toi ? Qu'est-ce qui t'a conduit hors du lit ?

- Un mauvais rêve …, répondit-il, collant tendrement sa joue contre ses cheveux.

Il était inutile de lui taire ses cauchemars. Kate lisait en lui comme dans un livre ouvert.

- Tyson ? murmura-t-elle.

- Hum …

Elle n'avait pas besoin d'en savoir beaucoup plus sur le contenu de ce cauchemar. Ce n'était pas la première fois que Tyson hantait ses nuits, depuis ce jour où, ils avaient eu affaire à lui, quand elle avait retrouvé Rick, attaché dans la chambre de ce motel. Ils n'étaient pas encore ensemble à cette époque-là, mais elle avait eu si peur pour lui, déjà. Et elle gardait en mémoire son regard désemparé, inquiet, quand elle avait tenté de le réconforter, lui apportant un café. A chaque fois, Tyson l'avait un peu plus torturé, pas physiquement certes, mais moralement, ce qui était tout aussi traumatisant. Il le poussait systématiquement dans ses derniers retranchements. Il lui avait prouvé à quel point il pouvait s'immiscer dans sa vie, dans son intimité, manipuler les preuves, allant même jusqu'à le faire accuser de meurtre. Il lui avait montré comment il pouvait s'en prendre à ses amis, les soumettre eux-aussi à une torture psychologique, les confrontant au sentiment de culpabilité, terrible à vivre pour n'importe qui, mais plus encore pour un flic, ou à l'horreur de visualiser leur propre mort. Bien-sûr, il n'y avait aucune preuve pour l'instant, mais elle savait que l'image de Tyson ne quittait de nouveau plus l'esprit de Rick depuis cet après-midi.

- Tu viens te recoucher avec moi ? reprit-elle doucement, levant les yeux vers lui. J'ai besoin de toi …

Il sentit une vague de tendresse le parcourir. Elle avait ce pouvoir de l'émouvoir, de le toucher par quelques mots, innocemment prononcés. Oui, elle avait besoin de lui, il le savait. Besoin de lui pour dormir paisiblement. Besoin de lui pour être heureuse. Besoin de lui pour la rassurer, la protéger.

- Oui …, je viens ma chérie, répondit-il avec douceur.

Ses yeux se perdirent dans les siens, et la douleur ressentie avec ce cauchemar pointa de nouveau au fond de son ventre. Il suffit d'un regard, de son regard amoureux, tendre, intense qui le caressait, pour qu'il ait envie d'elle. Il avait besoin de la prendre dans ses bras, de la sentir sous ses mains, de lui faire l'amour. Elle dut le sentir car elle caressa doucement sa joue, et vint embrasser sa bouche, amoureusement, tandis que ses doigts fins et doux, glissaient de sa joue, vers son cou, puis son torse qu'ils effleurèrent lentement. Il se sentit frissonner. Ce n'était rien ou presque, mais depuis son réveil, il était à fleur-de-peau. Elle décolla ses lèvres des siennes pour le regarder quelques secondes, mêlant son souffle au sien, front contre front. Sa main remonta derrière son cou, et elle caressa ses cheveux avec tendresse, comme pour le rassurer.

- Kate … ce cauchemar …, murmura-t-il doucement, en passant sa main dans sa nuque, mêlant ses doigts à ses cheveux.

Leurs bouches s'effleurèrent.

- Je sais, mon cœur. Je suis là, répondit-elle, caressant de nouveau sa joue du bout des doigts, puis ses lèvres, dont elle dessina le contour de son index.

Ses yeux noirs de désir, la douceur de ses gestes, son besoin d'elle avaient fait naître en elle, une envie furieuse, impatiente, qui empoignait tout son être. Comme souvent dans les moments difficiles, douloureux, comme souvent quand leurs cœurs et leurs esprits étaient tourmentés, ils avaient besoin de se faire l'amour.

Il sentit la pointe de la langue de Kate caresser ses lèvres, avec cette sensualité qui le rendait fou. Elle happa ses lèvres, l'embrassa si langoureusement qu'alangui, il bascula dans une totale ivresse, et l'attira sur lui. Elle s'assit à califourchon sur ses cuisses, sans décoller sa bouche de la sienne. Il sentit tout son bas-ventre se tendre au contact de son bassin contre le sien. Les deux mains dans son dos, il la plaqua contre lui, délaissant sa bouche, pour humer le parfum délicieux de son cou, caresser tendrement de ses lèvres la peau douce de sa gorge, effleurer le creux de son épaule. Il passa ses mains sous son débardeur, les posa sur sa taille, dessina les courbes de son corps de l'étreinte de ses mains, tout en remontant dans son dos. Il la sentit frémir, ce qui décupla son envie d'elle. Il l'attira plus près de lui. Elle lui laissa l'initiative. Elle savait qu'il en avait besoin. Sa bouche reprit sa course dans son cou, et elle inclina légèrement la tête en arrière, lascive, lui laissant tout le loisir de goûter sa peau. Négligemment, remontant son débardeur jusque ses épaules, il descendit ses lèvres dans le creux de sa poitrine bombée, irrésistiblement attiré par la générosité de ses seins. Il les sentit se tendre sous sa bouche, comme gourmands des douceurs qu'il leur infligeait, de sa langue humide, de ses lèvres pincées et aguicheuses. Il se délecta silencieusement de ces rondeurs, du petit bout de ses seins dressés, frémissant sous sa langue. Il était amoureux de ses seins, incarnation de toute sa sensualité, sa féminité. Il était amoureux du désir que déclenchait en lui leur contact contre sa bouche. Il était fou des gémissements de sa femme, quand, comme maintenant, il en dessinait le contour, amoureusement. Les mouvements subtils et langoureux du bassin de Kate contre lui électrisaient tout son corps. Elle gémit un peu plus fort quand il mordilla le bout de son sein, ce qui lui arracha un sourire de satisfaction.

- Rick …, murmura-t-elle, pas ici …

Pendant quelques minutes, emportée par le désir, elle en avait oublié qu'ils se trouvaient sur le canapé, en plein milieu du salon, à la portée de tous les regards. Ils n'avaient jamais osé faire l'amour ici en la présence de Martha et Alexis dans le loft. Certes, il était plus de trois heures du matin, et il n'y avait pas de raison qu'elles se réveillent, mais Kate n'était pas tout à fait rassurée pour autant.

- J'ai envie de toi ici, maintenant …, répondit–il, contre sa bouche, de sa voix chaude, grisée par le désir, glissant ses mains à l'intérieur de son shorty pour caresser ses fesses, et la presser contre lui.

Il avait son regard brûlant, qui la rendait folle. Elle se jeta sur sa bouche, enfouissant ses mains dans ses cheveux, enveloppant son torse de caresses. Il ne pouvait plus attendre. Il avait furieusement envie d'elle. Et là, contre lui, le dévorant, l'excitant, elle n'était plus, elle-aussi, que désir. D'une main, il libéra son sexe de l'emprise de son pantalon.

- Rick …, souffla-t-elle, sa raison se rappelant à elle, ta mère, Alexis …

- Chut …, sourit-il, en lui déposant un baiser sur les lèvres.

- Tu es fou …, chuchota-t-elle dans un sourire.

- Oui. Complètement fou, répondit-il, en écartant suffisamment le tissu de son shorty, pour que son sexe entre en contact avec le sien.

- Et si elles …, commença Kate, interrompue par le plaisir fulgurant qui la parcourut quand Rick glissa doucement son sexe en elle.

Elle soupira de plaisir, tandis que se nourrissant de chacune de ses expressions d'extase, il savourait l'apaisement et l'ivresse que lui procurait sa femme. En quelques secondes, elle oublia où elle se trouvait. Elle perdit la raison, emportée par le plaisir des sens. Rick la plaqua contre lui, tenant fermement ses fesses entre ses mains, commençant à intimer de lents mouvements de va-et-vient en elle. Elle enroula ses bras autour de son cou, se laissant porter par la rage de son désir. Elle ne savait pas précisément quel avait été le contenu de son cauchemar, mais elle savait qu'il avait besoin de lui faire l'amour, furieusement, pour se sentir vivant, pour la sentir vivante dans ses bras, pour s'enivrer de son amour. Il accentua le rythme, le visage enfoui dans son cou, l'embrassant, la mordillant, gémissant au creux de son oreille tout le plaisir qu'il prenait. La force de son étreinte, le plaisir fou qu'il déclenchait en elle, et qui remontait depuis son bas-ventre pour irradier tout son corps, la dévastait. Il lui faisait l'amour avec une telle passion, un tel besoin de la posséder entièrement, qu'elle en était pantelante.

Doucement, il ralentit le rythme, le souffle court, jusqu'à cesser tout mouvement, pour la contempler. Il glissa la main dans sa nuque pour attirer son visage tout près du sien.

- Je t'aime, souffla-t-il contre sa bouche. Je t'aime …. Je t'aime …

Elle effleura ses lèvres d'un tendre baiser. Il sourit, la sentant touchée, émue par cette déclaration qu'il lui avait pourtant faite des centaines de fois déjà. Peut-être était-ce à cause du moment qu'il avait choisi. Peut-être était-ce à cause de l'angoisse de cette affaire.

- Je t'aime Rick …, je t'aime, murmura-t-elle, tout en ondulant un peu plus vivement du bassin sur lui ce qui lui arracha un gémissement de plaisir.

Il l'embrassa, dévora de nouveau sa bouche, attendri par ses mots, excité par la sensation de tout son corps tendu de désir autour de son sexe. Et quelques secondes suffirent pour qu'enlacés, ils se libèrent tous les deux de cette envie fulgurante, dans des murmures de plaisir, et des gémissements silencieux. Kate resta ainsi, dans les bras de son homme, un long moment encore, pour prolonger la sensation si apaisante de l'union de leurs corps.

C'est le tintement léger de la sonnerie du téléphone de Kate, au loin, depuis la chambre, qui interrompit soudainement et brutalement leur douce extase. Une fraction de seconde, comme si le temps suspendait son cours, ils se regardèrent, silencieux, redoutant tous les deux ce que la mélodie du téléphone qui sonnait à quelques mètres d'eux, allait leur annoncer. A quatre heures du matin, ils en avaient malheureusement une vague idée. Kate se leva précipitamment pour rejoindre la chambre, Rick sur ses talons.

- Beckett, fit-elle, en décrochant, les yeux plongés dans ceux de Rick, comme pour se raccrocher à son regard azuré en cas de terrible nouvelle.


Upper East Side, New-York, 4h40.

En arrivant sur place, il y avait déjà plusieurs voitures de police garées aux abords de la ruelle dont l'accès avait été condamné par un ruban de plastique jaune. En remontant l'avenue, côte à côte, silencieux, Rick et Kate étaient passés devant le Sandro's, leur restaurant, situé à quelques dizaines de mètres de la scène de crime seulement. C'était leur endroit. Ils y avaient passé leur premier dîner romantique il y avait plus de deux ans maintenant, quelques jours après leur première nuit d'amour. Ils avaient choisi le Sandro's, outre pour la qualité de sa cuisine italienne, pour la discrétion du propriétaire, un ami de Rick depuis longtemps, qui n'irait pas révéler au grand jour la nature d'une relation se devant, à l'époque, de rester secrète. Et puis ce petit restaurant italien était loin du poste, le risque était donc moindre de tomber sur une connaissance. Depuis, il ne se passait pas un mois sans qu'ils ne viennent y dîner, et y retrouver la douceur de leurs premiers émois. En passant devant le rideau de fer tiré, ils savaient que ce n'était pas un hasard si le corps de l'adolescente avait été abandonné à proximité. Quand elle avait entendu la voix de Gates au téléphone, quand elle lui avait appris la terrible nouvelle, et indiqué le nom de la rue, Kate avait tout de suite pensé au Sandro's.

Les pieds s'enfonçant dans la neige, ils se laissèrent guidés par les lumières blafardes des phares mêlées aux clignotements rouge et bleu qui émanaient des voitures de police. Un agent en uniforme leur indiqua d'un signe de tête que le corps se trouvait au fond de la ruelle. Dans l'obscurité et le froid de la nuit, l'agitation des policiers semblait s'opérer dans un étrange silence. Kate et Rick se baissèrent pour passer sous le ruban jaune, puis s'avancèrent dans la pénombre tout en s'imprégnant de l'endroit. Un chemin d'accès avait été délimité sur leur droite, où la neige avait été brassée par les nombreux aller et venues, pour pouvoir accéder au fond de la ruelle sans compromettre les indices potentiels. Sur la gauche, les experts étaient déjà en train d'essayer de préserver les traces de pneus et de pas dans la neige fraîche, pour en récupérer des empreintes exploitables. Ils aperçurent à quelques dizaines de mètres, Lanie, de dos, agenouillée certainement près du corps dont ils ne distinguaient rien d'ici, et Jordan Shaw, accroupie également, de l'autre côté de la victime. Ryan et Esposito s'avancèrent vers eux, avant même qu'ils n'atteignent la scène de crime.

- C'est bien Ellie ? leur demanda Kate en arrivant à leur hauteur.

- Oui, mais …, répondit Ryan, en la dévisageant, hésitant à lui dire ce qu'il fallait qu'elle sache.

- Quoi ?

- Beckett …, fit Esposito en la regardant dans les yeux.

- Qu'est-ce qu'il y a ? insista-t-elle, intriguée par leur prévenance.

- A priori elle a été étranglée, mais il y a une mise en scène …, expliqua Ryan.

- Une mise en scène qui t'est destinée …, termina Esposito.

Son regard se porta au-delà d'Esposito et Ryan. Un peu plus loin, dans la lumière du projecteur qui avait été installé, elle vit, contre le mur de briques rouges, les deux poubelles métalliques, les pieds d'Ellie qui dépassaient, derrière Lanie. Elle comprit. La ruelle. Le quartier. La position du corps de la jeune fille. Ses yeux passèrent de l'un à l'autre de ses coéquipiers, s'accrochèrent à ceux de Rick pour y trouver la force d'avancer.

- Beckett, tu n'es pas obligée d'aller voir …, fit remarquer Ryan.

- Si. J'y vais, répondit-elle, catégorique.

- Kate …, murmura Castle, inquiet.

- Ça va aller, fit-elle, en s'avançant, suivie de près par Rick et les gars.

Ellie était assise nonchalamment contre le mur de briques, les yeux fermés, les jambes étendues à plat, la tête à peine inclinée sur sa gauche. Ses cheveux noirs encadraient sagement son visage blême, ses bras reposaient le long de son torse. On aurait pu croire qu'elle s'était endormie là, assise, s'il n'y avait pas les marques de strangulation visibles autour de son cou, et le sang qui recouvrait son tee-shirt au niveau du ventre.

Kate resta figée, le cœur serré à la fois par la vue poignante du corps sans vie de la jeune Ellie, qui reposait là, tel un ange paisible sur un lit de neige, et par cette mise en scène, qui lui rappelait la pire douleur de sa vie. Le meurtre de sa mère. Rick, près d'elle, se sentit mal lui-aussi. La vision de cette adolescente, abandonnée ici, seule dans le froid, lui broya le cœur. Instinctivement, il pensa à ses parents, qui, depuis six mois, attendaient un signe leur permettant de continuer à vivre. Ses yeux se posèrent sur Kate, qui fixait Ellie, avec toute l'intensité de la douleur qui envahissait son cœur à cet instant-là. Il eut si mal pour elle. Il maudit celui ou celle qui prenait plaisir à tourmenter sa femme ainsi. Elle était forte, certes, et l'arrestation du sénateur Bracken, le commanditaire de l'assassinat de sa mère, l'avait libérée, avait apaisé ses démons. Elle regardait la vie autrement désormais, mais cette mise en scène, qui lui était personnellement destinée, avait de quoi la troubler.

- Kate ? Ça va aller ? fit Lanie en se relevant, posant une main réconfortante sur l'épaule de sa meilleure amie.

- Oui, Lanie, répondit-elle, tout en prenant une inspiration.

Elle jeta un œil à Rick, qui affligé, regardait le corps d'Ellie, sans pouvoir en détacher ses yeux, tout comme l'agent Shaw, qui ne bougeait pas, accroupie près du corps, l'observant des pieds à la tête. Jordan Shaw cherchait une piste depuis six mois. Elle avait passé des jours et des nuits à penser à Ellie, à étudier sa vie, à envisager son triste destin. Et la réalité, cruelle, injuste, insolente même, s'étendait finalement là sous ses yeux, comme un pied de nez à l'espoir qu'elle avait nourri, envers et contre tout, pendant des mois. Kate n'avait pas eu le temps de discuter un peu plus avec elle, mais elle savait que, pour Jordan, cette affaire était particulière. Elle l'avait vu dans ses regards, son attitude, son émotion qu'elle tentait de cacher, elle, qui, toujours très professionnelle, prenait d'ordinaire à cœur de ne pas s'impliquer émotionnellement.

Kate savait que le tueur voulait qu'elle se torture, qu'elle se remémore cette souffrance liée à la mort de sa mère, et rien que pour ne pas lui donner ce plaisir, elle refoula l'émotion et le trouble qui l'avaient envahie, pour se concentrer sur l'affaire, et penser en flic, seulement en flic. Il y a quelques mois, cela lui aurait été impossible. Aujourd'hui, même si la tristesse ne disparaîtrait jamais, même s'il n'y avait pas un jour sans qu'elle y pense, son cœur était apaisé. Elle avait fait la paix avec elle-même, avec la vie aussi. Elle avait maintenant la force et le ressort de ne pas se laisser submerger quand, comme maintenant, un crime lui rappelait le meurtre de sa mère.

- La cause de la mort est la strangulation ? demanda-t-elle à l'intention de Lanie.

- A priori, oui. Avec une corde, répondit la légiste.

- Ça correspond au mode opératoire de Tyson ? demanda Castle, levant les yeux vers Lanie.

- Pas complètement, non. A première vue, la corde est bien plus épaisse et large que celle qu'a utilisée Tyson, du moins pour les meurtres qu'on lui connaît.

- La position du corps ne correspond pas non plus, ajouta Ryan.

- Elle a été poignardée ? demanda Kate, en s'accroupissant pour regarder de plus près le ventre blessé de la jeune fille.

- Oui. Blessure par arme blanche perimortem, un seul coup dans l'abdomen, mais ce n'est pas la cause de la mort.

- Juste pour la mise en scène sans doute, suggéra Rick.

- Oui. La mort remonte à trois ou quatre heures tout au plus. Le froid fausse un peu les apparences, je vous confirmerai ça après l'autopsie, expliqua Lanie.

- Qui a donné l'alerte ? demanda Kate à l'intention des gars.

- Deux jeunes qui sortaient d'une boîte de nuit, plus haut sur la 81ème Rue, expliqua Ryan en désignant un peu loin un jeune homme et une jeune femme, patientant auprès de deux officiers. Ils voulaient se planquer dans la ruelle pour prendre du bon temps …

- Il y en a qui ne sont pas frileux …, ironisa Rick.

- Pas d'autre témoin ? continua Kate.

- Non. Avec la neige qui est tombée jusque tard hier soir, et le froid, il n'y a pas grand monde dans les rues en ce moment à cette heure si tardive.

- Je pense qu'elle n'a pas été tuée ici, fit remarquer Esposito. Il n'y a pas de signe de lutte. La neige était encore intacte autour du corps.

Kate leva les yeux sur les immeubles qui se dressaient autour de la ruelle, et les quelques fenêtres plongées dans le noir.

- Il va falloir aller interroger le voisinage, reprit-elle.

- Oui. On va aller voir, répondit Ryan.

Les gars s'éloignèrent dans la pénombre. Jordan Shaw n'avait pas bougé. Toujours accroupie près d'Ellie, elle observait son visage sans vie, comme si elle ne parvenait pas à réaliser. Elle écoutait les conversations qui se tenaient au-dessus d'elle, mais, comme si elle ne pouvait pas se résoudre encore à se mêler à la discussion, à considérer Ellie comme la victime, elle prenait sa distance avec la réalité. Enfin elle se leva, et sans dire un mot, s'éloigna vers l'entrée de la ruelle, s'arrêtant devant les traces de pneus et de pas dans la neige. Kate ne l'avait jamais vu si touchée, si désorientée par une affaire. Elle fit signe à Rick qu'elle allait s'assurer que Jordan allait bien, et la rejoignit.

- Agent Shaw ? Ça va ? s'enquit-elle.

- Ça va aller, répondit Jordan, esquissant un léger sourire.

Le gars s'est sûrement avancé jusqu'ici pour venir déposer le corps. Ce sont ses empreintes, continua-t-elle en désignant les traces dans la neige, on devrait arriver à savoir s'il s'agit d'un pick-up.

Kate observa quelques secondes les experts, dans leur combinaison de plastique blanche, qui étaient occupés à vaporiser un colorant bleu sur les empreintes de pneus et de pas dans la neige, afin de les photographier.

- Vous aviez raison. Il fait une fixation sur moi, sur nous. La scène de crime, c'est …

- Je sais, Kate, répondit Shaw en lui lançant un regard compatissant. Esposito et Ryan m'ont expliqué.

Il était rarissime que l'agent Shaw l'appelle par son prénom. Cela n'avait dû arriver qu'une ou deux fois par le passé. C'était sa façon à elle de lui montrer combien elle comprenait l'impact que cela pouvait avoir sur elle, qu'elle comprenait la douleur qu'elle devait ressentir.

- Il n'y a pas que ça. Il y a le restaurant aussi, ajouta Kate.

- Le restaurant ? s'étonna Shaw.

- Le Sandro's, dans l'avenue, c'est à vingt mètres de l'angle de la ruelle. On vient dîner ici au moins une fois par mois avec Castle.

- Bien. On a donc au moins une chose dont on est sûr. Ce gars veut vous torturer psychologiquement.