Chapitre 18
Lundi 21 décembre
Loft, New-York, 5h
Elle ouvrit lentement les yeux, réalisant que son esprit s'était mis à cogiter alors qu'elle était encore endormie, et que le trouble de ses questionnements l'avait arrachée au sommeil. Elle détestait cette sensation désagréable, à laquelle elle était pourtant habituée, tant cela lui arrivait fréquemment, dès qu'il y avait une enquête difficile en réalité. Son cerveau s'éveillait avant son corps, la plupart du temps de très bonne heure, et se mettait à réfléchir alors qu'elle aurait tout donné pour pouvoir dormir paisiblement. Elle s'était réveillée en pensant à Kelly Nieman, ou plutôt à sa fausse identité, et à l'espoir auquel ils se raccrochaient de parvenir ce matin à trouver la femme dont elle avait volé le nom. Elle tendit le bras pour attraper son téléphone, et regarder l'heure. Elle soupira en voyant qu'il était si tôt, et se retourna pour se blottir contre Rick, posant sa tête contre son épaule, et sa main sur son torse. Il émit un léger murmure, comme perturbé dans son sommeil, mais semi-conscient, passa son bras autour de l'épaule de sa femme pour la serrer contre lui. Elle était épuisée, mais savait qu'elle ne se rendormirait pas. Elle n'avait pourtant pas du tout envie de se lever, pour se replonger dans l'angoissante réalité qui les attendait aujourd'hui. Là, contre Rick, blottie au chaud sous la couette, c'était comme s'il n'y avait plus aucun danger, comme si tout cela n'était qu'un cauchemar qui se déroulait bien loin de leur douillet cocon.
Elle ferma les yeux, caressant du bout des doigts son torse, en jouant, machinalement, à y dessiner des petits cercles. Elle se força à chasser de son esprit les questionnements qui l'avaient éveillée, pour laisser divaguer ses pensées vers les douces sensations qu'elle ressentait contre lui. Elle sentit l'envie poindre tout doucement au fond de son ventre, toute légère, et fugace. Un petit désir tout simple qu'il lui arrivait souvent de ressentir au cours de la journée, près de lui, ou non. Penser à lui pouvait suffire. Penser à lui avait d'ailleurs suffi pendant des années à l'émoustiller, sans qu'elle ne puisse satisfaire ses envies, ni goûter au fruit de son désir, un fruit qu'elle pensait interdit à l'époque. Maintenant, il était là, près d'elle, et en plus de tout le bonheur qu'il lui procurait, de tout l'amour dont il l'entourait, il satisfaisait aussi tous ses désirs. Elle était toute à l'appréciation de cette envie naissante, quand elle sentit la main de Rick venir se poser sur sa cuisse, glisser lentement de son genou jusqu'à sa taille, puis sa bouche embrasser son front. Elle se redressa pour le regarder, en appui sur le coude, glissant ses doigts dans ses cheveux, puis le long de sa joue.
- Hey …, murmura-t-elle, venant déposer un baiser sur ses lèvres.
Il lui rendit son baiser avec la même douceur, accentuant la pression de ses lèvres sur les siennes pour les goûter pleinement, tout en glissant sa main dans le creux de son dos.
- Hey toi …, chuchota-t-il, en la serrant contre lui. Tu es déjà réveillée … quelle heure est-il ?
Elle sentit sa main descendre dans son dos, caresser légèrement ses fesses à travers son shorty, faisant naître en elle une chaleur délicieuse.
- Cinq heures …, répondit-elle, en lovant son visage au creux de son cou, pour y déposer des petits baisers.
- Cinq heures …., soupira-t-il, cherchant à faire le calcul de leur temps de sommeil. Et on s'est endormis à …
- Une heure environ …
- Quatre heures … c'est peu … Tu vas être épuisée … C'est Bébé qui faisait des pirouettes de si bon matin ? demanda-t-il doucement, passant la main sur son épaule, le long de son bras.
Il était à peine réveillé qu'il avait déjà envie d'elle. Son premier baiser avait suffi, car il avait senti à sa façon de l'embrasser qu'elle avait envie de lui. Et savoir qu'elle avait eu envie de lui sans même qu'il ne la touche était une sensation délicieuse. Le reste avait émoustillé tous ses sens : la douce pression du corps de Kate contre lui, sa main sur son torse, qui, avec sensualité, effleurait sa poitrine, dessinait le contour de son nombril, glissant sur son ventre jusque la limite de son boxer, avant de remonter lentement, l'enveloppant de caresses amoureuses, et sa bouche embrassant son cou avec une telle tendresse.
- Non, j'aurais préféré … mais je réfléchissais ..., répondit-elle doucement contre son oreille.
Il remonta doucement sa main dans son dos sous son débardeur, caressant sa peau nue, et l'attirant toujours plus près de lui.
- Il est bien trop tôt pour réfléchir ma chérie, fit-il remarquer, alors qu'elle abandonnait son cou, pour venir embrasser de nouveau sa bouche.
- Oui …, répondit-elle entre deux baisers. Rick … j'ai envie de toi …
Il sourit, tout en passant sa main sur son ventre, pour caresser ses seins.
- Dis-le encore …, chuchota-t-il contre sa bouche, alors qu'elle frémissait sous sa main posée sur son sein.
Elle sourit à son tour.
- J'ai envie de toi …, répéta-t-elle, langoureusement. Fais-moi l'amour …
Elle était si sensuelle, si douce, et délicieuse quand elle avait envie de lui ainsi. Il ne se lassait pas de l'entendre.
- Toi, fais-moi l'amour …, répondit-il en plongeant ses yeux brûlants de désir dans les siens.
Elle sourit, avant de l'embrasser avec tendresse, mais très vite, au contact l'une de l'autre, leurs bouches se dévorèrent avec gourmandise. Il se sentit emporté par la chaleur qui montait dans son ventre. Les mains de Kate parcourant son torse le rendaient dingue. Il voulait la laisser faire, ne pas trop la caresser pour le moment pour ne pas perdre totalement pied. Pas tout de suite. Elle fit glisser sa main entre ses cuisses, le caressant à travers le tissu de son boxer, savourant l'excitation qu'elle avait fait naître en lui. Il l'aida à le débarrasser de cette barrière de tissu, et ne put retenir un gémissement de plaisir et un léger soubresaut, quand la main de Kate se posa sur son sexe déjà dressé d'envie, le parcourut, l'entoura, le caressa, le serra entre ses doigts fins et agiles. Elle était redoutable de douceur, et d'efficacité aussi. Il glissa sa main dans sa nuque, enfouit ses doigts dans ses cheveux pour l'embrasser, dévorant ses lèvres et sa langue tendrement, aussi tendrement qu'elle le caressait. Il lui était de plus en plus difficile de contrôler la force de son désir de si bon matin, surtout quand Kate était si entreprenante. C'en était d'autant plus excitant.
- Kate …, gémit-il dans un murmure.
Elle savait combien il était sensible à ses caresses le matin au réveil. Pas que le matin d'ailleurs. Mais particulièrement le matin. Elle le connaissait si bien maintenant, qu'elle savait où se trouvait le point de non-retour, et délaissa doucement et sa bouche, et son sexe, le laissant reprendre ses esprits. Elle se redressa pour retirer son débardeur. Il la contempla : la sensualité de ses gestes, sa poitrine ronde et généreuse, son air si coquin ce matin.
Elle aimait tellement ce regard qu'il portait sur elle, toujours comme au premier jour. Elle avait craint, comme toute femme sans doute, qu'avec la grossesse, il ait moins envie d'elle, ou la trouve moins désirable, même s'il l'avait rassurée à ce sujet dès le début. Non seulement, il avait toujours autant envie d'elle, mais l'air gourmand qu'il affichait maintenant dès qu'il la voyait nue, s'était même amplifié. Il profita de ce moment pour la faire rouler sur le dos, et se pencha sur elle pour embrasser de nouveau sa bouche, tout en faisant courir sa main sur tout son corps, jouant doucement de ses doigts sur ses tétons durcis, caressant toute la rondeur de ses seins, fermes et gonflés de désir. L'un comme l'autre se laissait maintenant emporté par ce désir furieux, mais ce matin, leurs gestes, leurs caresses respiraient la douceur et la tendresse. Elle gémit doucement contre sa bouche, tandis qu'il caressait du bout des doigts la tiédeur de son sexe. Elle se cambrait sous ses caresses brûlantes, alors que de sa bouche il embrassait chaque parcelle de sa peau. Voir et entendre le plaisir qu'elle prenait le rendait fou. Il mourrait d'envie d'être en elle. Il remonta doucement sa main sur son ventre, et la fit se tourner, se lovant dans son dos pour la pénétrer lentement. Elle sentait son souffle haletant dans son cou, le murmure de ses gémissements dans son oreille, la force de son corps qui intimait des mouvements si lents et excitants en elle. Autant elle aimait sa fougue, autant elle adorait cette façon si tendre dont il pouvait lui faire l'amour. Là, calé entre ses bras puissants, lascive sous la tendresse de ses assauts, le sentant pleinement uni à elle, plus qu'ils ne pourraient jamais l'être autrement, elle perdit durant quelques secondes toute notion de la réalité, transportée par l'intensité du plaisir qu'ils partageaient.
Crown Heights, Brooklyn, 6h du matin.
Ils n'avaient dormi que quelques heures, elle parce qu'elle devait partir travailler, lui parce qu'il réfléchissait à n'en plus finir. Tout s'était parfaitement bien passé avec Glen Haner, une simple formalité. Et Tanner avait été parfait. Il y a six mois, il n'aurait pas misé un dollar sur son efficacité et sa soumission, mais au final il s'était montré utile. Mais il se méfiait toujours un peu de lui. Il avait le don de sentir les gens, ou pas. Tanner avait beau n'être qu'un pauvre gars désorienté, et pas très net d'ailleurs, il le savait plutôt malin malgré tout, et gardait un œil sur lui. Avec lui, il ne pouvait pas procéder comme avec Davis. Trop risqué et inutile. Non. Il avait prévu pour Tanner une petite fin sympathique digne d'une bonne série dramatique, ou d'un roman de Richard Castle même. Une fin qui rappellerait à ses chers amis ce moment fatidique où ils avaient raté la chance de leur vie et scellé leur tragique destin. L'heure de Tanner viendrait, mais en attendant il fallait le surveiller de près. Jusque-là, il n'avait pas bougé du foyer Lincoln, mais Kelly avait déjà dû user de ses charmes pour le faire chanter. Cela fonctionnait à merveille, heureusement. Mais il fallait toujours se méfier de l'eau qui dort. Ce qui le tracassait maintenant, c'était cette flic rousse qui ne lâchait plus Beckett et Castle d'une semelle. Il ne pouvait même pas dire qu'il se tracassait vraiment en fait, mais il était intrigué. Il fallait qu'il sache qui elle était. Il ne supportait pas qu'il y ait un élément imprévu qui, tel un grain de sable, se glisse dans les rouages parfaitement élaborés de son plan. Il ne supportait pas d'ignorer un élément de la vie de ses cibles de prédilection. Cette femme n'était pas une simple flic. Il sentait les choses.
Elle sortit de la salle de bain, prête pour sa journée de travail, et le trouva qui faisait les cent pas.
- Toujours rien ? lui lança-t-il.
- Non. Mais il va appeler. Il me doit bien ça.
Depuis la veille, ils avaient tenté de faire des recherches via Internet sur cette flic inconnue à partir d'une photographie qu'il avait prise dans la rue. Mais cela ne donnant rien, elle avait fini par laisser un message à un de ses contacts au centre pénitentiaire de Coyote Ridge, un gardien qu'elle avait côtoyé quelques temps, et qui était toujours au courant de tout ce qui se tramait dans la prison, mais aussi en dehors. Tout ce qui impliquait un criminel à Washington passait à un moment ou un autre par sa petite tête. Il trempait lui-même dans de sales affaires, tant certains détenus lui graissaient la patte. Elle était persuadée qu'il en savait un rayon sur l'affaire Ellie Byrd, qui avait fait les gros titres des journaux pendant des semaines en juin dernier au moment de son enlèvement. Si cette flic avait été sur l'affaire comme le supposait Jerry, alors ce mec le savait.
- Il faut qu'on sache. On ne peut rien faire tant qu'on ne sait pas, marmonna-t-il en se laissant tomber assis dans le canapé.
-Il va appeler, assura-t-elle en s'asseyant à côté de lui. De toute façon, elle est flic, peu importe le reste.
- Elle n'est pas juste flic. Il y a un truc … Elle leur colle aux basques. Elle passe même la nuit chez eux.
- Et alors ? fit-elle. Je te rappelle que leur vie est plutôt en danger …
- Castle et Beckett n'ont que faire du danger … D'habitude, ils ne sont jamais sous protection comme ça.
- D'habitude, ils n'ont pas affaire à nous, répondit-elle avec un léger sourire. Et elle est enceinte … Ils doivent flipper pour de bon que leur joli petit bonheur soit menacé.
- Ouais … ça il y a des chances. Mais s'ils laissent cette flic dormir chez eux, ils lui font confiance, ils la connaissent bien. Elle n'est pas là par hasard.
- Tu ferais mieux de l'éliminer directement …, suggéra-t-elle en le regardant dans les yeux. Ce serait réglé. Pourquoi s'encombrer d'un détail ?
Il sourit. Elle était toujours si radicale. Elle était pire que lui pour ça. Enfin pire, peut-être pas. Mais au moins son égal. Quoiqu'il ne l'avait jamais vu tuer quiconque elle-même, il était persuadé que ce ne serait qu'une formalité pour elle.
- Je pourrais la buter oui … Rien de bien compliqué. Sauf qu'elle ne décolle pas les tourtereaux à moins de deux mètres. Et eux … je ne dois pas les approcher avant mercredi … ça pourrait tout faire foirer.
- Tu ne peux pas la tuer à distance ?
Il sourit de nouveau, cette fois ci amusée par son pragmatisme. Elle était d'une intelligence hors du commun, presque effroyable même. Elle s'immisçait dans les cerveaux humains de manière redoutable, et pourtant parfois, elle avait des idées si naïves que cela l'amusait.
- Je ne suis pas sniper … Et je ne suis pas certain que l'éliminer maintenant soit la meilleure chose à faire. Tu crois qu'ils vont continuer à se balader tranquillement si leur copine flic se fait descendre ?
Elle n'eut pas le temps de réagir à sa dernière remarque pleine de bon sens, car son téléphone sonna. Elle répondit et se contenta d'échanger quelques mots avec son interlocuteur, alors que Tyson la scrutait, tentant de décrypter le contenu de la conversation.
- Jordan Shaw. Elle est agent fédéral, lui annonça-t-elle tout en raccrochant.
- Ton gars est sûr de lui ?
- Oui.
- Ok. Le FBI …, c'est le coup classique. Il doit y avoir d'autres agents au poste alors.
- Elle s'occupait de l'enlèvement de la gamine, donc elle a débarqué ici. Logique.
- Ça on s'en doutait. Quoi d'autre ?
- Elle est profiler, spécialisée dans les tueurs en série … de ton espèce, répondit-elle avec un petit sourire.
- Intéressant … C'est une petite proie bien sympathique. Eliminer le loup qui rôde autour des détraqués … Voyons voir ça, fit-il en se penchant sur le clavier de son ordinateur portable.
- Il faut que j'y aille.
- Ok, répondit-il, en détournant les yeux de son écran pour l'embrasser.
Elle se leva pour enfiler son manteau.
- Vérifie pour le rendez-vous de Beckett. On ne peut pas se rater sur ce coup-là.
- On ne se rate jamais, sourit-elle. Et je ne fais que ça de vérifier.
- Et le timing aussi.
- Oui. Ne t'en fais pas.
- Ok. A ce soir.
- A ce soir, répondit-elle en quittant l'appartement.
Il se rendait compte que plus la phase finale approchait, plus il commençait à angoisser. Il n'avait jamais été angoissé jusque-là. Quand il étranglait ces filles, tout n'était que plaisir et ivresse. Quand il avait élaboré ses précédents plans pour piéger Castle et ses petits amis, il avait jubilé sans stress. Cette fois, c'était différent. Il angoissait. Il se maudissait pour cette preuve de faiblesse. Mais il devait se rendre à l'évidence. Non pas qu'il craignait d'être arrêté dans son élan. Non. Pas du tout. Beckett et Castle, même avec l'aide de leur experte en psychopathes, seraient bien incapables de retrouver sa piste. Mais toute la phase ultime reposait sur ce rendez-vous de Beckett au Lenox Hill Hospital mercredi matin. Si pour une raison ou une autre, ce rendez-vous n'avait pas lieu, tout l'engrenage s'enrayerait, réduisant à néant les efforts entrepris depuis des mois pour élaborer ce projet diabolique. Leur projet qui mettrait un terme à l'arrogance de Richard Castle et de sa fliquette, dans une apothéose absolument démentielle. Ils avaient pensé chaque étape, chaque rouage, leur plan s'enrichissant des idées de l'un ou de l'autre. Elaborer minutieusement ce plan avait été une source d'excitation des nuits durant. Anticiper la réaction de Castle et Beckett à chacune des découvertes qu'ils feraient, imaginer leur angoisse monter crescendo. Il jubilait à l'idée de la phrase que Davis avait forcément dû lâcher au cours de son interrogatoire. Castle avait dû péter les plombs de voir ainsi ses parties de jambes en l'air avec Beckett réduites à l'état d'un ébat bestial, et ainsi affichées aux yeux de ses amis. Dommage qu'il n'ait pas pu assister à cette scène. Cela devait valoir le détour. Ils avaient pensé chaque détail, chacune des réactions de Castle et Beckett, mais, ils n'avaient pas envisagé de plan de secours. Ils n'avaient jamais de plan de secours. Tout fonctionnait toujours parfaitement. Beckett allait forcément se rendre à ce rendez-vous. Elle n'avait jamais manqué une visite médicale depuis qu'elle était enceinte. Mais si jamais … Il n'aimait pas les « si jamais » … Cette fois, il ne pouvait pas prendre le moindre risque. Il lui fallait absolument une solution de repli. Il ne pouvait pas échouer s'il prenait la lubie à Beckett de ne pas aller à ce rendez-vous. Le plus machiavélique de ses plans, celui qui détruirait Richard Castle et sa jolie petite vie, ne pouvait pas échouer à cause de ce détail. Il devait réfléchir encore. Mais en attendant, il fallait qu'il en apprenne un peu plus sur cette Jordan Shaw. Il ne lui fallut pas longtemps, en tapant Jordan Shaw et Kate Beckett dans le moteur de recherche, pour voir s'afficher les articles de presse correspondant à leur collaboration passée. Jordan Shaw avait, semble-t-il, travaillé à deux reprises sur des affaires avec Beckett et Castle, et en particulier sur l'affaire de ce gars, Scott Dunn, qui avait pris Beckett pour cible, allant même jusqu'à placer une bombe dans son appartement. Il allait la laisser s'amuser encore un peu avec ses petits amis, avant de décider de son sort. Il repensa à l'exemplaire de Deadly Heat qu'il avait laissé sagement posé entre les mains de Glen Haner. Le hasard avait si bien fait les choses. Tout allait être parfait. Absolument parfait. Il ne devait pas en douter.
Loft, New-York, 6 h 30.
Rick et Kate avaient quitté leur lit à regret, conscients qu'ils allaient se replonger dans l'angoissante réalité de cette affaire sitôt passé la porte de leur chambre. Ils finissaient de se préparer avant de rejoindre la cuisine, et certainement l'agent Shaw, pour déjeuner.
- Le rendez-vous du 5ème mois, c'est bien mercredi ? demanda Rick tout en boutonnant sa chemise.
- Oui … Mais tu n'es pas obligé de venir, il va m'ausculter simplement, rien de très palpitant pour toi, répondit-elle, en enfilant ses bottines.
- Bien-sûr que je vais venir … Je ne te quitte plus un instant.
- Rick, je ne crains rien dans le cabinet du gynécologue …, fit-elle avec un sourire.
- Désolé de te le rappeler, mais avec Tyson, tu n'es en sécurité nulle part. Il parviendrait à s'en prendre à toi, même en plein milieu du poste avec dix flics t'entourant.
- N''exagère pas non plus …
- J'exagère à peine, Kate, répondit-il très sérieusement.
Il était bien résolu à ne plus laisser Tyson s'immiscer dans son esprit, le torturer, et le faire sortir de ses gonds comme la veille. Mais il restait persuadé que Tyson était redoutable quand il s'agissait de se tapir dans l'ombre, et d'attaquer par surprise, n'importe où, mais surtout au moment où l'on s'y attendait le moins. Ils allaient se battre pour ne pas se laisser embarquer dans les ténèbres où Tyson voulait les mener. Et de ce point de vue-là, la journée avait bien commencé. Ils avaient fait l'amour avec une infinie douceur, profitant de l'instant présent qui les rassemblait dans un univers de plaisir et de sensualité, oubliant totalement la menace qui planait au-dessus de leurs têtes. Même si maintenant, la petite boule d'inquiétude était réapparue au fond de leurs ventres à tout deux, ils abordaient cette journée, le cœur un peu plus léger, comme ragaillardis par les bons moments partagés depuis la veille au soir.
- Tu sais ce que Shaw dirait ? fit-t-elle en attachant sa montre à son poignet. Arrête de le placer sur un piédestal …
- Peut-être. Mais tu sais ce que Shaw va dire dès que tu auras passé cette porte ? demanda-t-il avec un petit sourire.
- Quoi ?
- « Alors Lieutenant Beckett, c'était bon ? » lança-t-il avec un sourire.
Elle le dévisagea d'un air circonspect, cherchant à comprendre le temps d'une seconde, où il voulait en venir. Cela le fit rire.
- Comment veux-tu qu'elle sache …, commença-t-elle, avant de s'arrêter, en réalisant que Jordan pouvait voir l'invisible.
- Tu as ton visage de femme comblée …
- On peut être comblés par plein de choses, autre que le sexe …, fit-elle remarquer, taquine.
- On peut … mais toi, là, maintenant, ce n'est pas le cas ! Même moi je le vois, et je ne suis pas profiler.
- Toi tu le sais, c'est différent, répondit-elle. Et tu es mon mari, j'ose espérer que tu me connais mieux que Jordan …
- Hum … oui, moi-aussi …, fit-il songeur. Mais elle est tellement redoutable. Je suis sûr qu'elle lit des choses dans ta tête que je ne soupçonne même pas …
- Peut-être bien oui … Tant de mystères encore à découvrir ... une vie entière ne te suffira pas mon chéri, le taquina-t-elle en commençant à s'éloigner vers son bureau.
- En tout cas, fit-il en l'attrapant par la taille pour la retenir, le mystère de ce qui rend tes jolis yeux si pétillants ce matin, je le connais …
- Ah oui ? fit-elle mine de s'étonner en le regardant dans les yeux.
- L'amour …
- Ou la fatigue … Je ne sais pas trop …, répondit-elle, tout sourire.
Il sourit, séduit par ses taquineries. Il l'avait bien cherché après tout. Il lui déposa un rapide baiser sur les lèvres avant qu'ils ne rejoignent le salon. Ils trouvèrent Jordan Shaw assise à l'îlot central, en train de pianoter sur son téléphone, et la saluèrent avec le sourire.
- Bonjour, Castle. Beckett.
- Je m'occupe du café immédiatement, Mesdames.
- Vous avez passé une bonne nuit ? demanda Kate, tout en sortant de quoi faire rapidement des pancakes.
- Oui, j'ai eu un peu de mal à trouver le sommeil malgré tout. Et vous ? Vous avez bonne mine en tout cas !
Rick fit à Kate son regard qui voulait dire « Je te l'avais bien dit », ce qui n'échappa pas à Jordan Shaw. Elle ne dit rien, mais n'en pensait pas moins.
- Euh … Je n'ai pas beaucoup dormi, mais ça va … Il y a du nouveau ?
- Non, enfin pas vraiment. Le Capitaine vient de m'envoyer les résultats des analyses pour l'usine désaffectée. Tout est clean, pas de trace de quoi que ce soit nulle part, ni ADN, ni fibre, ni sang. La scientifique pense qu'Ellie n'a pas été tuée là-bas, expliqua Jordan Shaw.
- Dans le pick up ? suggéra Kate.
- Peut-être, mais il y a très peu de sang. Quelques traces seulement à l'arrière sous la bâche plastique. Il n'y a que l'ADN de Davis Gordon sur les banquettes. Dans son appartement par contre, il y a un échantillon d'ADN féminin non identifié : un cheveu teint.
- Celui de Nieman. Ça ne nous prouve que des choses que l'on savait déjà, fit remarquer Kate.
- Gates a passé la nuit au poste pour envoyer des résultats si tôt ? s'étonna Castle.
- Oui. Tout le monde est resté cette nuit …
Kate et Rick échangèrent un regard, conscients que tous se démenaient pour trouver une piste, et leur épargner, aussi, davantage de tourments.
- Wade et Clayton s'occupent des vidéos de surveillance de votre rue. On ne sait jamais. Il peut y avoir une image de Tyson entrant dans l'immeuble d'en face, ou vous espionnant.
- Oui, ça nous aiderait d'avoir un visuel de ce type, mais il est prudent …, constata Rick.
- Espo et Ryan ont inspecté Davis. Pas de tatouage de clown.
- Alors Ellie fait sûrement référence à Tyson. Il a peut-être un tatouage quelque part.
- Oui, il faut espérer que ça nous mène à lui à un moment ou un autre, répondit Rick, en déposant une tasse de café devant chacune d'elle.
- Mais au moins pas de nouveau cadavre, ni de nouvelle menace …, ajouta Shaw. On sait aussi que Nieman a travaillé à Coyote Ridge il y a plusieurs mois.
- Elle a choisi Davis là-bas …
- Oui. Elle recrute pour Tyson. Espo et Ryan étudient toutes les prisons où elle a pu travailler comme bénévole, et ils vont aussi aller faire un tour à Crown Heights comme l'infirmière en chef a mentionné ce quartier.
- On va finir par la coincer. Elle est trop visible, elle laisse trop de traces, constata Kate.
- En espérant que ce ne soit pas pour mieux nous tromper …, ajouta Castle.
Chapitre 19
Albert Einstein College of Medicine, New-York, 8 h 30.
Etant donné l'heure matinale, ils n'avaient pu joindre le doyen de l'université pour les informer de leur venue ce matin. Ils avaient donc dû patienter une bonne demi-heure dans le long corridor desservant les bureaux de l'administration, avant de pouvoir rencontrer le doyen, qui, en fonction depuis quelques mois seulement, n'avait jamais entendu parler d'une étudiante s'appelant Kelly Nieman. Il avait par contre attesté que les diplômes, dont ils avaient une copie en leur possession, étaient bien ceux décernés au sein de l'AECOM. Comme ils le savaient déjà, il n'y avait pas de base de données informatisée pour cette période, mais le doyen leur avait donné accès aux archives de l'université, nichées au fond d'un sous-sol. Une vaste salle sombre, froide et humide dans laquelle s'alignaient des étagères métalliques croulant sous les boîtes en carton. Le concierge leur sortit dix ans de dossiers, qui n'avaient jamais été ni triés ni classés, et déposa plusieurs boîtes sur une table.
- Voilà, vous pouvez vous installer ici. Faites comme chez vous, leur fit le concierge en leur apportant des chaises.
- Il y a des centaines de dossiers ! s'étonna Shaw. Il n'y a pas moyen de réduire la pile ?
- Il faut farfouiller, désolé Madame. Vous avez là tous les étudiants qui sont passés par l'AECOM entre 1994 et 2004.
- Comment est-ce possible d'avoir un service d'archives aussi bordélique dans une si prestigieuse école de médecine ? lança Castle, dépité face à l'ampleur du travail qui les attendait.
- Ce sont des dossiers vieux de plus dix ans, Monsieur, ils ne servent plus à rien, expliqua le concierge, dans 99,9 % des cas, ces dossiers ne sont jamais rouverts et finiront par moisir ici, expliqua le concierge.
- Sauf que, quand le 0.1 % se présente, nous en l'occurrence, bonjour le désastre … C'est encore pire que les archives de la police … et pourtant, c'est déjà quelque chose ! lança Rick.
- Vous cherchez une étudiante ? demanda le concierge, essayant d'aider comme il le pouvait.
- Oui, répondit Kate.
- Eliminez donc les dossiers bleus, ce sont les dossiers masculins. 70 % de nos étudiants sont des hommes. Cela va vous faciliter la tâche.
- Bien. Merci.
- La date sur le dossier indique l'année d'obtention du diplôme final. Si vous avez besoin, je suis à l'entrée, dans la salle de repos, leur fit le concierge.
- Ok. Merci, répondit Beckett alors que déjà le concierge s'éloignait.
- Bon, procédons méthodiquement, fit Shaw. Castle, vous vous occupez de trier les dossiers. Vous éliminez les bleus. Et vous nous transmettez les verts.
- Ok.
- Beckett, nous on s'occupe de l'année qui est écrite là sur le dessus. On ne garde que les dossiers de 2004.
- D'accord, répondit Beckett.
Ils s'installèrent tous trois autour de la table et se mirent au travail. Castle opérait le premier tri, tandis que Beckett et Shaw éliminaient tous les dossiers antérieurs à 2004, puisque la vraie Kelly Nieman était censée avoir obtenir son diplôme de chirurgie esthétique en 2004. Alors que chacun était concentré sur sa tâche, le téléphone de l'agent Shaw sonna. Elle répondit sans cesser de classer les dossiers qui lui tombaient sous la main.
« Oui, chéri …. Oui. Pourquoi ? Il y a un problème avec Lily ? Elle est malade ? … Ok. Non, je ne sais pas … J'espère bientôt. Tu sais combien cette affaire est compliquée ….. Je sais que c'est Noël, mais ….. Oui. ….. Tu sais bien que je ferai mon possible pour être rentrée à temps ….. Ok. Oui. ….. Je t'appelle ce soir. Embrasse Lily….. Oui. Moi-aussi. »
Jordan raccrocha, alors que Beckett et Castle, faisaient mine d'être trop concentrés sur leurs dossiers pour avoir vraiment écouté ce qui s'était dit. C'était bien la première fois qu'ils assistaient à une conversation privée de Shaw, et l'entendre ainsi dévoiler une part de son intimité, leur révéla toute l'humanité de cette femme, une humanité qu'ils avaient tendance à oublier, tant elle était redoutable d'efficacité dans le travail et les enquêtes qu'elle menait. Ils réalisèrent aussi qu'elle était là, à New-York, pour traquer un assassin, et que sa famille à Washington devait s'attrister à l'idée d'être peut-être amenée à passer les fêtes de Noël sans elle.
- Agent Shaw, si vous avez besoin de rentrer à Washington, on peut …, lui fit gentiment Beckett.
- Non. Ne vous faites pas de souci pour ça. Mon mari est habitué, ce n'est pas pour autant que cela lui fait plaisir, comme il vient de me le rappeler d'ailleurs, mais c'est ainsi …
- Mais … votre fille … pour Noël …, fit remarquer Castle.
- Il nous reste quelques jours avant Noël. On va trouver ces deux psychopathes et je rentrerai à temps fêter Noël en famille, répondit Shaw, avec sa détermination habituelle.
Ils se replongèrent tous trois dans les piles de dossiers, essayant de perdre le moins de temps possible. Au bout de plusieurs dizaines de minutes, Castle ayant fini le tri initial des dossiers verts et bleus, il s'absenta quelques minutes pour demander au concierge des cafés, tandis que Shaw et Beckett continuaient de sélectionner les dossiers correspondant à l'année 2004.
Il trouva le concierge installé dans ce qui tenait lieu de salle de repos destinée au personnel, en train de feuilleter un magazine, en attendant qu'ils aient fini leur investigation dans les archives.
- Vous avez besoin de quelque chose ? demanda-t-il en voyant Castle s'approcher de lui.
- Oui. Serait-il possible d'avoir des cafés s'il vous plaît ?
- Du café ? Oui, bien-sûr, répondit le concierge en se levant pour s'approcher du meuble, où se trouvait la cafetière, ainsi qu'une grande variété de cafés et de thés.
- Merci.
- Trois cafés ?
- Deux cafés, et un décaféiné si vous en avez.
- Oui, pas de problème. On a tout ici ce qu'on peut imaginer ici, chacun ayant des goûts particuliers, c'est encore mieux qu'au restaurant, expliqua le concierge en s'occupant de remplir la cafetière.
- Vous travaillez ici depuis longtemps ? demanda Rick, se disant que peut-être l'homme pouvait savoir des choses.
- Depuis toujours. Enfin, depuis bientôt quarante ans exactement. J'ai mis les pieds pour la première fois ici le 3 janvier 1975, pour ne plus quitter l'école. Je fais partie des meubles, comme on dit.
- Vous avez connu une étudiante du nom de Kelly Nieman ?
- Kelly Nieman ? Non. Ça ne me dit rien. Mais vous savez, j'évolue plutôt dans l'ombre ici. Je ne suis pas vraiment au contact des étudiants.
- Les archives sont sécurisées ?
- Les archives ? Sécurisées ? sembla-t-il s'étonner. Non, bien-sûr que non. Qui viendrait voler des vieux dossiers d'étudiants ? Je vous l'ai dit, ces dossiers croupissent ici sans que personne n'y mette le nez.
- Il n'y a jamais eu d'intrusion alors ?
- Personne ne vient jamais ici. C'est bien la première fois que l'on me demande d'accompagner des visiteurs.
Il remplit les deux tasses de café, et entreprit de préparer le décaféiné.
- Je n'ai vu qu'une fois quelqu'un ici. Mais ce n'était pas ce que les flics appelleraient une intrusion.
- Quand était-ce ?
- C'était il y a quelques semaines. Je dirais en octobre. J'étais ici, en train de prendre ma pause, et j'ai entendu du bruit, comme quand on tire les caisses des étagères métalliques. Ça fait un vacarme … Je suis allé voir, surpris, puisqu'il n'y a jamais personne ici, comme je vous l'ai dit. Il y avait une femme dans l'allée la plus à droite. Elle semblait chercher quelque chose dans les caisses d'archives.
- De quoi avait-elle l'air ?
- Une femme distinguée, élégante. Brune si mes souvenirs sont bons. Très polie et cordiale.
- Que faisait-elle ici ?
- Oh, elle était enseignant-chercheur, nouvelle dans l'établissement, et cherchait le dossier d'un élève étranger pour vérifier son cursus.
- Elle cherchait dans les dossiers des étudiants étrangers ?
- Oui, mais ici ce sont les archives, donc on n'y range que les dossiers des étudiants étrangers qui ont fait des stages au sein de l'école, ou sont venus étudier ici quelques mois via des programmes d'échanges. Je lui ai expliqué que les dossiers des élèves actuellement étudiants ne se trouvent pas aux archives, mais dans les bureaux de l'administration.
- Oui, c'est logique.
- Je lui ai conseillé de remonter au secrétariat.
- Vous lui avez demandé son nom ?
- Non. Elle a dû me le dire … mais je ne me souviens pas.
- Ça ne vous a pas étonné plus que ça de trouver une inconnue ici ?
- Non. Elle n'avait pas l'air si étrangère. Elle avait l'air de bien connaître les locaux. Elle a retrouvé son chemin seule pour remonter vers l'administration.
- Et qu'elle soit venue seule jusqu'aux archives ça ne vous a pas surpris non plus ?
- Oh … vous savez, il y a des allers et venues partout ici. Quand les professeurs cherchent une information ils ont plus vite fait de se déplacer par eux-mêmes que d'attendre que l'administration cherche pour eux. Mais c'est vrai que je n'avais jamais vu personne ici.
- Vous l'avez revue depuis ce jour-là ?
- Non. Jamais.
- Je peux aller voir dans l'allée de droite les dossiers des étudiants étrangers ?
- Oui. Mais vous savez, c'est autant le bazar que le reste …
- Je vais jeter un œil quand même, affirma Rick.
- Bien. Je vous apporte les cafés dans un instant, répondit le concierge.
- Merci.
Castle rejoignit la salle des archives, et s'orienta directement vers la droite de la pièce, observant les étagères métalliques remplies de dossiers, quasiment du sol au plafond. Il se demandait si cette femme qui farfouillait par ici était bien Nieman. Probablement. La description du concierge correspondait. Mais que cherchait-elle ici dans les dossiers des étudiants étrangers ? Elle n'était pas là par hasard. Malgré ce qu'elle avait dit au concierge, elle devait bien se douter qu'aux archives, on ne trouvait que des vieux dossiers. Il se planta devant la dizaine de cartons estampillés « Etudiants Etrangers », et entreprit d'y jeter un œil, sans savoir vraiment ce qu'il cherchait au final.
Beckett et Shaw continuaient méthodiquement leurs investigations, en sélectionnant les étudiantes ayant obtenu leur diplôme en 2004, comme Kelly Nieman. Tout à coup, un cri d'effroi suivi d'un vacarme tonitruant en provenance de l'autre côté de la salle d'archives, les firent toutes deux sursauter, les arrachant à leur concentration.
- Castle ?! appela aussitôt Kate, réalisant qu'il était parti chercher des cafés depuis un petit moment maintenant.
- Castle ? Qu'est-ce que vous fabriquez ? demanda Shaw, en élevant la voix.
Comme il ne répondait pas, elles se précipitèrent vers le fond de la pièce, l'arme au poing par précaution, se demandant ce qui avait bien pu arriver. Il était simplement parti chercher des cafés, et il n'y avait ici aucune autre entrée que celle par laquelle ils étaient arrivés. Castle n'avait pas pu se faire agresser.
- Il y a un problème ? appela la voix du concierge qui s'était précipité à son tour dans la salle des archives.
- Castle ?! appela de nouveau Kate.
- Je suis là … ça va … pas de casse …, finit-il par répondre d'une voix hésitante.
Elles le trouvèrent, rivé contre un mur, un carton dans les bras serré contre sa poitrine, tout blême, fixant les étagères d'un air ahuri, alors qu'au sol gisaient une multitude de cartons et de dossiers renversés.
- Castle ? Qu'est-ce qui t'arrive ? fit Kate, rangeant son arme, et s'approchant de lui. Tu en fais un raffut à toi tout seul.
- Ce n'est pas de ma faute … Il y avait …. des bêtes …, bredouilla-t-il, comme s'il était effrayé.
- Des bêtes ? s'étonna Shaw en scrutant les étagères.
- Là, dans le carton, précisa Rick en montrant le carton posé face à eux. Des bêtes énormes, et velues, ce soit être des rats mutants, je ne sais pas, mais ils m'ont regardé avec leurs petits yeux rouges.
- Des yeux rouges ? fit Kate en tirant la fameuse boîte en question.
- Fais attention ! lui cria Castle.
Elle découvrit une famille de souris toutes blanches, qui avaient élu domicile au sein de ce carton, parmi les papiers, et ne put s'empêcher de sourire.
- C'est une famille de petites souris, Castle, rigola Kate en posant le carton sur le sol.
- Des souris, tu parles oui … Elles m'ont mordu ! Regarde ! fit-il en lui montrant son doigt au bout duquel perlait une petite goutte de sang.
- Oh, ce n'est rien du tout …, lui fit remarquer Kate en se penchant au-dessus du carton. Elles sont mignonnes …
- Ça fait mal ! Il me faudrait un bisou magique …
- Castle … tu n'as plus cinq ans …, sourit Kate.
- Quand on est tous les deux, tu me fais des bisous magiques pourtant !
Kate le dévisagea avec ses yeux furibonds, exaspérée par les petites touches de leur intimité qu'il passait son temps, malgré lui ou non, à révéler. Shaw, amusée comme d'habitude, les observait en souriant, alors que le concierge apportait un carton vide pour héberger les indésirables petites souris.
- Je vais attraper le tétanos, reprit-il en scrutant son doigt d'un air paniqué. Suis-je vacciné contre le tétanos ? Ou le typhus ? Ou même la peste …. Les souris véhiculent la peste !
- Castle, vous n'allez rien attraper du tout ! C'est vous qui avez crié comme ça ? lui lança Shaw en riant, taquine.
- Oui. Pourquoi ? répondit Rick, de manière tout à fait innocente.
- Oh … pour rien … c'était un cri très … viril, se moqua Shaw.
- J'aurais pu y laisser un doigt ! se plaignit-il.
- C'est une maman souris qui défendait ses bébés, Castle, fit Kate en le dévisageant, avec un sourire. Et qu'est-ce que tu farfouillais par ici d'ailleurs ? Je croyais que tu cherchais des cafés ?
- Oui. J'étais parti chercher des cafés, expliqua-t-il, mais notre ami …
- John, répondit le concierge.
- Notre ami John m'a appris des choses intéressantes. Une femme qui pourrait ressembler à Nieman s'est introduite ici en octobre en se faisant passer pour un professeur. Et ici, ce sont les dossiers des étudiants étrangers.
-Que cherchait-elle ? demanda Beckett.
- Eh bien justement, Lieutenant Beckett ! C'est ce que j'étais venu voir, quand ces rats m'ont attaqué !
- Ces souris …, le corrigea-t-elle, avec un petit sourire exaspéré.
- Des souris, des rats … c'est la même famille. Tous des carnivores qui auraient pu faire qu'une bouchée de mes doigts, marmonna-t-il.
- Je suis sûre que John peut te conduire à l'infirmerie si tu veux ? Et te faire un beau pansement ? lui proposa Kate, moqueuse.
- Non, ça va aller … J'espère juste que je ne vais pas choper le tétanos …
- Venez-là mes mignonnes, fit le concierge, en prenant méticuleusement les souris pour les déposer dans le carton vide.
Kate observait attendrie le déménagement de la famille souris, quand une photo au fond de la boîte attira son attention. Elle se pencha pour s'en saisir, et la scruta.
- Je crois que c'est Kelly Nieman, lâcha-t-elle en montrant la photo à Rick. Avec quelques années de moins.
- Et un nez crochu …, répondit-il. Je comprends pourquoi elle a choisi la chirurgie esthétique ….
- Elle était blonde ? ajouta Shaw. Vous êtes sûrs que c'est elle ?
- Oui, c'est elle, répondit Beckett. Ça date d'il y a quoi, dix ans, quinze ans peut-être. Mais c'est elle.
- Pour se trouver là, la photo a dû tomber du dossier, ajouta Rick. Elle est donc bien étrangère.
- Peut-être anglaise, précisa Beckett. Et elle a passé quelques temps ici, où elle a pu rencontrer la vraie Nieman.
- C'est ça qu'elle venait chercher. Elle venait récupérer son dossier. Mais pourquoi ? fit Shaw, en réfléchissant.
- Et pourquoi il y a seulement quelques semaines ? reprit Rick. Quel intérêt ?
- En tout cas, elle a pris son dossier et la photo est tombée, répondit Kate.
- John ce jour-là, elle est repartie avec des documents dans la main ? demanda Shaw.
- Non, bien-sûr que non. Mais elle avait une sacoche, comme tous les enseignants ici, répondit le concierge.
- Il faut qu'on trouve la vraie Nieman. Et on pourra lui montrer cette photo. Elle saura peut-être.
Ils rejoignirent leur coin de travail de l'autre côté de la pièce, et se reconcentrèrent sur la quête du dossier de Kelly Nieman, la véritable étudiante qui avait obtenu son diplôme de chirurgie esthétique au sein de cette école. Cela leur prit quelques dizaines de minutes supplémentaires, mais parmi la quarantaine de dossiers restants, Shaw finit par trouver celui de Kelly Nieman.
- Kelly Nieman, née le 29 janvier 1977 à New-York. Diplômée en chirurgie plastique, esthétique et reconstructrice, lut Jordan à haute voix.
- C'est elle. C'est l'identité de cette femme qu'elle a volée.
- Il y a une photo ?
- Oui, répondit Shaw, en montrant la photo agrafée au dossier d'une jeune fille blonde d'une vingtaine d'années qui ne ressemblait en rien à la Kelly Nieman qu'ils connaissaient, ni à celle qu'ils venaient de voir dans les dossiers des étudiants étrangers.
- J'envoie un message aux gars. Il faut qu'ils trouvent son adresse et qu'on aille l'interroger au plus vite.
- Est-ce qu'il y a des copies des diplômes dans les dossiers ? demanda Castle, en feuilletant un des dossiers.
- Non. En général, les universités ne délivrent qu'un exemplaire en précisant bien qu'aucun duplicata ne sera fait, répondit Shaw.
- Alors notre Nieman n'a pas pu voler le diplôme de la vraie Nieman ici. Elle a forcément eu accès à son domicile à un moment ou un autre.
- Elle la connaissait bien, fit Shaw. Dans 90 % des vols d'identité, la personne connaît sa victime.
- Tant que ça ? C'est flippant …, constata Castle.
- En effet …
Le téléphone de Kate vibra à peine cinq minutes après qu'elle ait alertée les gars, signalant l'arrivée d'un message.
- C'est bon, annonça Kate. On a une adresse. La vraie Kelly Nieman habite Edison, dans le New-Jersey.
- Ok. On va voir si on peut emporter son dossier, et on y va.
