Chapitre 20

12ème District, New-York, 10h.

Dans la salle de travail, les agents Wade et Clayton passaient en revue les bandes vidéo des caméras de surveillance de Broome Street, pour l'instant sans résultat. A force, ils commençaient à cerner les habitudes des gens qu'ils voyaient déambuler dans la rue, les observant partir au travail le matin, et rentrer le soir. Ils avaient ainsi identifié les riverains habituels de la rue, et enregistré les données qui permettaient au logiciel de reconnaître automatiquement les visages familiers. Ils cherchaient maintenant, sur les derniers jours, quelqu'un qui aurait pu apparaître de manière plus irrégulière, et entrer et sortir de l'immeuble pour une courte durée, c'est-à-dire le temps d'observer Castle et Beckett chez eux. Ils n'avaient pour seule donnée que la taille approximative de Tyson, chose sur laquelle, aucune forme de chirurgie esthétique n'aurait pu avoir d'effet.

A leurs côtés, Esposito et Ryan se concentraient sur les centres pénitenciers de la région. Esposito avait joint environ la moitié des prisons situées entre New-York et Washington, sans trouver d'autre trace de Kelly Nieman. Quant à Ryan, il avait pris contact avec plusieurs membres du personnel de Coyote Ridge à Washington pour tenter d'en apprendre plus sur Kelly Nieman. Mais il s'avérait qu'elle n'avait fait qu'apparaître très ponctuellement en tant que bénévole sur une durée de quelques semaines seulement, et n'avait eu de contact réel avec personne.

Le Capitaine Gates vint les informer que le psychiatre en avait terminé avec Davis Gordon, et qu'ils pouvaient donc venir faire le point avec lui. Ils abandonnèrent pour un temps leurs recherches, pour retrouver le Dr Steel qui patientait dans la petite salle de réunion. Ils attendaient beaucoup de cette expertise psychiatrique pour comprendre ce qui avait pu arriver à Davis Gordon, mais aussi comprendre qui avait pu lui faire subir une telle annihilation de sa personnalité. Ils s'assirent tous les trois face au Dr Steel, prêt à leur rendre son verdict.

- Alors ? Qu'est-ce qui ne va pas avec ce gars ? demanda Esposito.

- La question serait plutôt : « Qu'est-ce qui va bien ? » Lieutenant …, répondit le Dr Steel, avec un air grave.

- Il a été lobotomisé ? demanda Ryan, qui finalement, pensait que Castle pouvait ne pas avoir tout à fait tort.

Gates jeta à Ryan un regard interdit, se demandant si sa question était sérieuse.

- Lobotomisé ? s'étonna le psychiatre. Non, bien-sûr que non. L'examen médical qu'il a passé montre que tout est normal. Il n'y a pas de présence d'une quelconque drogue ou médicament non plus dans son organisme. Je pense qu'on a reconditionné son libre-arbitre par une modification cognitive et neurologique du cortex cérébral.

- Et en français, ça veut dire ? demanda Esposito.

- Un lavage de cerveau, répondit le Dr Steel.

- Comment on réussit à faire subir ça à un mec ?

- Même parmi les plus éminents spécialistes en neurosciences, le lavage de cerveau est sujet à de nombreuses controverses vous savez. Il y a différents moyens d'y parvenir. Mais quoi qu'il en soit, cela a pris du temps pour amener Davis Gordon à ne plus être libre de lui-même.

- Six mois suffiraient ? demanda Ryan.

- Il n'y a pas une science du lavage de cerveau. Mais oui six mois, cela me semble un délai raisonnable. Le résultat sur Davis est bluffant.

- Il a pu répondre à vos questions ? demanda Gates.

- Pour les questions d'ordre personnel, sur son identité par exemple ou son enfance, il répond de manière tout à fait classique, concise, mais classique. Sur ses goûts également, en matière de choses très simples, les couleurs, les plats …. Ses capacités basiques et sa mémoire ne sont pas altérées : il sait lire, il sait compter … Mais il va de soi que même sans le lavage de cerveau, il a un quotient intellectuel légèrement inférieur à la moyenne.

- Vous lui avez reparlé du meurtre d'Ellie Byrd ?

- Oui. Dès qu'on en vient au meurtre de cette jeune fille, il récite, tel un robot. On l'a conditionné pour qu'il agisse ainsi. Un simple mot qu'on utilise peut être le déclencheur.

- Un mot ?

- Oui. Peut-être qu'il a été conditionné pour débiter le même texte dès qu'il entend son nom par exemple, ou le nom d'Ellie. Je pense aussi qu'il a été entraîné pour répondre aux questions que vous alliez lui poser.

- Il est incapable de nous donner des informations sur celui qui lui a fait subir ça ? demanda Gates.

- Dans l'état actuel des choses, non. Il est comme hors du temps présent, hors du temps réel. Il est incapable de donner la date, ni même le mois, ni même la ville où il se trouve.

- Il n'est pas conscient qu'il est à New-York ? s'étonna Esposito.

- Non. Et il ignore très certainement de toute façon qui sont ceux qui lui ont fait ça, et où les trouver.

- Son état est irréversible ? demanda Ryan, un brin désolé pour ce pauvre homme.

- C'est compliqué … Avec du travail, il peut réussir à retrouver un semblant de libre-arbitre.

- Mais pour l'enquête ?

- Là-aussi, il peut finir par retrouver des sensations, des images, de ce qui lui est arrivé. Le cerveau humain est si complexe, et plein de mystères loin d'être résolus vous savez. Mais ça peut prendre du temps …

- On n'a pas vraiment le temps d'attendre qu'il redescende de sa planète …, soupira Esposito.

- Comment peut-on arriver à transformer un homme ainsi ? demanda Ryan.

- Celui qui a fait ça maîtrise un minimum les neurosciences, ou au moins la neurologie.

- Le Dr Nieman est chirurgien esthétique. Elle fait des prodiges dans ce domaine, mais cela n'a rien à voir …, expliqua Ryan.

- Quant à Tyson …, je pense qu'à part l'art de se foutre du monde, il ne maîtrise pas grand-chose, ajouta Esposito.

- N'importe qui ayant étudié la médecine, a pu être confronté aux neurosciences, à l'étude des théories comportementales, à l'hypnose aussi …, sous forme de stages, de conférences … Sans avoir de diplôme dans ce domaine, ce Docteur Nieman peut avoir appris des choses, expliqua le Dr Steel.

- L'hypnose ?

- Oui. L'hypnose peut avoir été utilisée dans le cas de Davis Gordon, pour en quelque sorte annihiler son libre-arbitre, et contraindre son cerveau à entrer dans une sorte de veille. C'est ce qui vous a fait penser à une lobotomie.

Suite à cet entretien avec le Dr Steel, le Capitaine Gates décida de prolonger de vingt-quatre heures la garde à vue de Davis Gordon, afin d'essayer d'obtenir à un moment ou un autre un peu plus d'informations. Davis allait donc rester incarcéré au poste, et le Dr Steel allait mettre en place différents exercices avec lui pour tenter de faire réagir son cerveau. Même si l'espoir qu'il finisse par reprendre un minimum conscience de ce qu'il vivait était minime, tant que cette once d'espoir était là, elle ne voulait pas la laisser filer. Castle avait raison. En temps normal, la façon dont il s'était adressé à elle la veille l'aurait fait sortir de ses gonds, mais elle comprenait sa détresse au vu des circonstances. Et il avait raison. Elle prenait conscience que s'ils ne parvenaient à empêcher Tyson d'agir, il allait effectivement détruire la vie de Beckett et Castle.


Chez Kelly Nieman, Edison, New-Jersey, 11 h 30.

Ils s'étaient garés en bordure du trottoir enneigé, devant la maison de Kelly Nieman, un pavillon typique d'une banlieue tranquille d'Edison, à une cinquantaine de kilomètres de New-York. La rue avait été déneigée pour permettre le passage des voitures et des cars scolaires. En cette fin de matinée, le quartier était paisible et silencieux. Dans la grisaille, seuls les pépiements des oiseaux dans les arbres blanchis par la neige, égayaient un peu l'ambiance glaciale de cette journée. Tout ici indiquait une vie de famille paisible : le portique et les jouets éparpillés dans le jardin, le bonhomme de neige que les enfants avaient dû s'amuser à réaliser avant de partir pour l'école, le break familial garé dans l'allée. Les pièces du rez-de-chaussée étaient éclairées. Kelly Nieman devait être chez elle. D'après les recherches de Ryan, elle était mère au foyer, et vivait avec son conjoint et leurs trois enfants. Ils remontèrent l'allée, où l'on avait pris soin de recouvrir avec du sable les plaques de verglas, puis sonnèrent à la porte d'entrée, mais personne ne répondit.

- Kelly Nieman ? Police de New-York, annonça Kate en haussant la voix.

Shaw sonna de nouveau, puis Kate tapa quelques coups secs à la porte. Il n'y eut toujours aucune réponse. Mais alors qu'ils tendaient l'oreille, ils entendirent les pleurs d'un jeune enfant crever le silence et le calme qui semblaient régner à l'intérieur de la maison. Ils sentirent l'inquiétude les gagner. Il y avait quelque chose d'anormal.

- Kelly ! Ouvrez cette porte s'il vous plaît ! insista Kate.

- Beckett. On entre. Je passe devant, fit Shaw en appuyant doucement sur la poignée d'une main, et sortant son arme de l'autre main.

La porte n'était pas fermée à clef. Ils entrèrent, guidés par les pleurs de l'enfant, et dans le salon découvrirent avec stupeur pourquoi Kelly Nieman ne répondait pas. La jeune femme était étendue sur le sol, allongée sur le dos, dans une flaque de sang, une balle dans la tête. A quelques mètres, dans son parc, un petit garçon d'environ dix-huit mois, pleurnichait. Ils restèrent interdits quelques secondes, comme s'ils ne parvenaient pas à prendre conscience de l'horreur de cette scène, et à réaliser que cette femme, innocente, dont ils ignoraient tout jusqu'à il y a une heure, venait d'être assassinée. Par Tyson. Cela ne faisait aucun doute. Shaw se pencha, toucha le corps, constatant qu'il était encore chaud, et que le sang n'avait pas eu le temps de coaguler.

- Ça vient d'arriver, fit Jordan à voix basse. Il est peut-être encore là. Castle, restez ici, occupez-vous du bébé. Beckett, on fait le tour de la maison.

Castle se précipita auprès du petit garçon qui pleurait toujours, le visage baigné de larmes, et le hissa dans ses bras, pour tenter de le rassurer.

- Castle, prenez-ça, lui fit Shaw en lui tendant son arme de secours afin qu'il puisse se défendre au cas où.

Rick s'en saisit, et regarda Kate dans les yeux, lui intimant d'être prudente. Elle le rassura d'un regard, alors que déjà Shaw lui faisait signe de la suivre. Il fallait s'assurer que ce détraqué n'était plus dans la maison. A priori, il n'avait aucun intérêt à traîner ici, mais mieux valait redoubler de prudence. En silence, à pas lents, l'arme au poing, elles parcoururent chacune des pièces des deux étages du pavillon. Dans le salon, Rick essayait de calmer l'enfant, qui pleurait doucement sur son épaule, et de l'empêcher de regarder sa mère gisant au sol. Il ne savait pas trop de quoi un enfant de cet âge pouvait avoir conscience, mais nul doute que de voir sa maman allongée sur la moquette du salon, ne venant pas le réconforter alors qu'il pleurait, devait être traumatisant. Il l'emmena vers la fenêtre pour lui montrer la neige, et disserter sur tout ce qu'il pouvait apercevoir au dehors. Le petit, attentif aux commentaires de Rick sur les oiseaux, le bonhomme de neige, et le père-noël qui allait bientôt arriver sur son traîneau, finit par se calmer, et cessa de pleurer. Enfin, Rick, soulagé, vit Kate réapparaître sur le seuil du salon, rangeant son arme dans le même temps à sa ceinture.

- Il n'y a personne. Shaw appelle les secours, annonça-t-elle. Comment va le bébé ?

- Bien. Il n'a rien … C'est un bon petit bonhomme, répondit Rick en regardant le visage de l'enfant qui le scrutait.

Les yeux de Kate coururent machinalement de ce petit garçon dans les bras de Rick, à sa maman, allongée sur le sol. Elle sentit la douleur lui serrer le cœur, en pensant que cet enfant, et ses frères et sœurs, allaient devoir vivre et grandir sans leur mère, par la faute d'un psychopathe qui éliminait toute personne pouvant l'empêcher au final de s'en prendre à eux. Elle était presque adulte quand sa propre mère avait été assassinée, et cela avait été une telle souffrance, alors pour de si jeunes enfants …

- Kate ? ça va ? s'inquiéta Rick, voyant son regard sombre, alors qu'elle fixait le corps de Kelly Nieman.

- Oui … mais tu devrais emmener le petit dans une autre pièce, qu'il ne voit pas sa mère ainsi.

Il regarde la neige, hein bonhomme ? fit Rick, alors que depuis ses bras, le petit garçon tapotait avec ses poings sur la vitre en babillant.

- Il ne se rend pas compte …, constata Kate, en s'accroupissant près du cadavre.

- Heureusement pour lui … Tyson est pire que tout. Je le savais, mais là … Comment on peut tuer une maman devant son bébé ? C'est inhumain …

- Tyson n'est pas un être humain … Il ne se préoccupe pas de ce genre de détails. On peut s'estimer heureux qu'il n'ait pas fait de mal au petit.

- S'il avait été en âge de parler, il l'aurait tué lui aussi …, constata tristement Castle, en caressant doucement la petit tête du garçonnet.

Près du corps sans vie de Kelly Nieman, Kate s'évertua à penser en flic, et à chasser ses émotions, qui, depuis qu'elle était enceinte, l'amenaient à réagir en tant que mère, bien malgré elle. Elle observa l'orifice d'entrée de la balle dans sa tête, au milieu du front.

- Une balle en pleine tête. C'est une exécution, il ne lui a laissé aucune chance, il voulait juste qu'elle meure, constata-t-elle.

- Les collègues seront là dans moins de dix minutes. J'ai demandé que le corps soit transféré dans les plus brefs délais à la morgue du 12ème District, annonça Shaw en entrant dans la pièce.

- Cela ne ressemble pas à Tyson, fit remarquer Rick, tout en observant le corps à bonne distance, et en s'assurant que l'enfant reste concentré sur le jardin enneigé.

- Mais c'est lui, fit Kate. On découvre il y a une heure que Nieman a volé l'identité de cette femme, et dans la foulée elle se fait tuer … Il n'y a pas de hasard.

- Je sais que c'est lui, mais ce n'est pas comme d'habitude, précisa Rick. Tyson ne tue pas les gens par arme à feu, surtout les femmes …

- Il n'a pas eu le choix je pense …, répondit Kate.

- Il nous a sûrement suivis ce matin, fit Shaw. Il nous a vus à l'AECOM.

- Il a compris que si on était là-bas, c'est qu'on avait trouvé quelque chose sur Nieman, continua Kate.

- Et il s'est précipité pour éliminer la vraie Nieman, conclut Rick, pour l'empêcher de parler.

- C'était risqué. Il a dû agir vite pour nous devancer, fit remarquer Shaw.

- D'où la balle dans la tête. Il n'avait pas le temps de faire sa petite mise en scène habituelle.

- Oui, ce n'était pas prévu. Ça ne faisait pas partie du plan. Il n'avait pas prévu de la tuer, ajouta Beckett.

- On marque un point …, lâcha Shaw. Il a dû s'écarter de son plan. Il a peut-être même paniqué.

- Sauf qu'une femme innocente est morte, et qu'elle laisse derrière elle trois orphelins … Si on n'était pas allés à l'AECOM, elle serait toujours en vie …, fit remarquer Castle, d'un air dépité.

- Castle, ce n'est pas de notre faute. C'est celle de Tyson.

- Je sais …

- Donc s'il est venu éliminer Kelly Nieman, c'est parce qu'il savait qu'elle nous donnerait des informations, résuma Kate, s'efforçant de se concentrer sur les faits. Il n'avait donc pas prévu avant ça qu'on remonterait jusqu'à elle. Les pistes qu'on a eues concernant Nieman étaient sûrement involontaires alors, des erreurs de sa part …

- Ça veut aussi dire que pour la première fois, on l'a forcé à s'adapter à nous, et non plus l'inverse, ajouta Shaw.

- Il ne va peut-être pas être très content d'avoir dû s'occuper d'effacer les traces que sa copine avait laissé traîner, fit remarquer Castle.

Une trentaine de minutes plus tard …

Assis autour de la table de la cuisine, Beckett et Castle faisaient face à Michael, le compagnon de Kelly Nieman, effondré, qui avait été prévenu sur son lieu de travail, et avait accouru dans la minute qui avait suivi. Son petit garçon, Henry, était sagement occupé à jouer avec un camion de pompier sur le carrelage de la cuisine. Les policiers étaient arrivés, et les experts étaient déjà à l'œuvre. D'ici peu, le corps de Kelly Nieman serait transféré pour que le Dr Parish pratique l'autopsie. Cela faisait quelques minutes déjà, qu'ils essayaient de discuter avec cet homme dévasté par le chagrin. Face à lui, Rick avait le cœur serré. Il imaginait la douleur effroyable qu'un mari pouvait ressentir en apprenant que sa femme avait été froidement assassinée, quelques heures après l'avoir quittée, le matin même, pleine de vie. Une femme qui consacrait sa vie à élever leurs enfants, paisiblement, sans se mettre le moins du monde en danger, et qui était morte certainement sans même en connaître la raison. Il n'écoutait que d'une oreille Kate qui tentait de poser des questions, mais entre deux sanglots, Michael avait bien du mal à trouver les mots pour y répondre. Ses yeux se portèrent sur le réfrigérateur où s'affichaient des dessins d'enfants, parés de quelques mots affectueux envers l'un ou l'autre de leurs parents, sur le mur où une photo montrait les trois frères et sœurs joliment endimanchés devant le sapin de Noël. La fête lui était sortie de la tête, et quand il réalisa, son cœur se serra plus encore en songeant à la vie de cette famille brisée, anéantie, trois jours avant Noël. Il regarda le petit Henry, qui avec toute l'innocence de son jeune âge, n'avait pas conscience de ce qui se passait, et, concentré, s'évertuait à tirer sur l'échelle du camion de pompier. Enfin, ses yeux se posèrent sur Kate, qui, comme le petit bonhomme assis par terre, était concentrée sur sa mission. Il regarda son ventre, et un élan d'amour le parcourut. Il aurait voulu pouvoir la prendre dans ses bras, maintenant, tout de suite, pour se rassurer, tant ce nouveau crime avait ranimé toutes ses angoisses au vu de ce dont Tyson était capable. Il savait bien de quoi il était capable. Mais le constater l'effrayait à chaque fois davantage. Il avait exécuté une femme totalement innocente, non pas pour satisfaire une de ses pulsions, ou jouer avec eux, mais simplement pour être bien sûr de parvenir à s'en prendre à eux à un moment ou un autre. Cette fois, il était déterminé. Et s'ils ne parvenaient pas à faire échouer son piège, rien ni personne d'autre ne l'arrêterait. Les paroles de Michael le tirèrent de ses réflexions.

- Je veux juste mourir …, je ne peux pas vous aider, je veux juste mourir …, je veux être avec elle, sanglota-t-il, prenant son visage entre ses mains, comme pour cacher ses larmes.

Les yeux de Kate croisèrent ceux de Rick. Elle était attristée, il le vit aussitôt, désemparée aussi, ne sachant comment réagir face à cet homme anéanti. Il prit sur lui, pour tenter à son tour de s'adresser à Michael, qui pouvait savoir des choses. Ils n'avaient pas d'autre choix que de l'interroger, malgré les circonstances.

- Michael, commença Rick, calmement, je n'ose pas imaginer combien ce doit être douloureux ce que vous vivez aujourd'hui. Si je devais perdre ma femme ainsi, ma vie n'aurait plus aucun sens, et je voudrais mourir moi aussi …

Kate sentit son cœur se broyer à ces mots. Malgré le danger auxquels ils étaient régulièrement confrontés, ils ne parlaient jamais de la mort, de moins de celle de l'un d'entre eux, et de ses conséquences. Elle était déjà bouleversée par ce qui arrivait à ce pauvre homme, mais les mots de Rick, achevèrent de la dévaster, et elle dut lutter corps et âme pour ne pas se laisser envahir par l'émotion.

- Mais je voudrais aussi que celui qui lui a fait du mal paye pour ce qu'il a fait, continua Rick. Et vous pouvez nous aider à le trouver, Michael.

Il tenta d'essuyer ses larmes du plat des mains, sans cesser de sangloter.

- On a besoin que vous soyez fort quelques minutes seulement, Michael, juste quelques minutes pour nous aider à trouver celui qui a fait ça à Kelly.

- Je ne peux pas vous aider …, si seulement je pouvais …

- Peut-être le pouvez-vous …, essayez de répondre aux questions du lieutenant Beckett.

Michael prit une profonde inspiration, tentant de reprendre ses esprits, et acquiesça d'un regard, alors que Kate, elle-aussi, tentait de laisser la flic reprendre le dessus.

- Votre femme avait-elle reçu une visite inhabituelle ces derniers temps ? Ou des menaces ? demanda-t-elle.

- Non. Elle me l'aurait dit.

- Avez-vous déjà vu cette femme ? demanda Castle en lui montrant la photo de l'étudiante étrangère trouvée à l'AECOM.

- Je ne sais pas … Peut-être, fit-il en scrutant la photo pour essayer de se souvenir. Qui est-ce ?

- Elle devait être étudiante à l'AECOM avec Kelly il y a une dizaine d'années, expliqua Kate.

- Oui, peut-être… Elle ressemble à une ancienne copine de Kelly.

- Une copine ? Elles se voyaient régulièrement ?

- Je ne sais pas. Ça remonte à des années. J'ai rencontré Kelly en 2006, elle n'était déjà plus étudiante. Mais j'ai dû apercevoir quelques fois cette fille, c'est tout, quand nous sortions. C'était une connaissance plus qu'une copine je pense. Elles se saluaient sans vraiment discuter. Pourquoi ?

- Vous connaissez son nom ? demanda Beckett.

- Non. Je ne sais pas. Kelly ne m'a jamais parlé d'elle. Pourquoi ? C'est cette femme qui a tué Kelly ? demanda-t-il les yeux de nouveau emplis de larmes.

- Nous n'en savons rien, Michael. C'est trop tôt pour le dire …, répondit Kate.

- Mais pourquoi ? Pourquoi Kelly ? Elle ne faisait de mal à personne. Elle s'occupait de nos enfants et …, se lamenta Michael en sanglotant.

- On pense que Kelly avait une information qui dérangeait le tueur, expliqua Kate, qui savait mieux que personne combien la famille des victimes avait besoin d'entendre des explications, aussi douloureuses soient-elles. Elle savait quelque chose permettant de trouver qui il était.

- Kelly ? Ma Kelly ? Mais comment ….

- Kelly n'a rien fait de mal, Michael. Elle connaissait simplement, sans le savoir, la véritable identité d'une tueuse, expliqua Rick, essayant de le rassurer.

- Mon Dieu ! Et on l'a tuée pour ça ? On tue une mère de famille pour ça ?! s'exclama-t-il, en pleurant. Que vais-je dire à mes enfants quand ils vont rentrer de l'école ? Et Henry ? Il a vu sa mère se faire tuer sous ses yeux ? Mon Dieu !

Kate et Rick attendirent qu'il s'apaise de nouveau, eux-mêmes troublés par sa détresse.

- Kelly n'a jamais pratiqué la chirurgie esthétique ? demanda Kate quand Michael eut repris ses esprits.

- Si, mais très peu de temps, elle a arrêté en 2007, quand elle est tombée enceinte, et a choisi de s'occuper des enfants. Elle voulait reprendre quand les enfants seraient un peu plus grands et autonomes, expliqua-t-il tristement.

- Kelly avait-elle d'autres amis à la fac qui aient pu connaitre cette femme ?

- Je ne sais pas … Quand je l'ai rencontrée, elle ne voyait plus vraiment ses amis de la fac.

- A-t-elle gardé des souvenirs ou des objets de cette époque ? demanda Kate.

- Oui, sûrement, ce doit être au grenier.

Il faudrait qu'on puisse y jeter un œil.

- Oui, bien-sûr.

Dans le grenier, quinze minutes plus tard …

Beckett, Shaw et Castle, le dos courbé pour ne pas se cogner, évoluaient dans les combles qui servaient de grenier à la recherche du carton qui devait contenir les souvenirs des années universitaires de Kelly Nieman. Ils espéraient pouvoir y trouver quelque chose reliant la fausse Kelly Nieman à la vraie, une photo, des notes griffonnées dans un cahier, un souvenir quelconque qui puisse leur donner une piste concrète.

- Vous pensez vraiment qu'il l'a tuée juste parce qu'elle pouvait nous donner la véritable identité de sa copine ? demanda Castle, tout en déplaçant différents objets enchevêtrés.

- Je crois que c'est fort probable …, répondit Shaw, en farfouillant dans un carton qui s'avéra ne contenir que des vêtements de bébé.

- Mais même si on avait obtenu ce nom, il nous aurait encore été extrêmement difficile de la retrouver. Elle n'utilise plus ce nom-là depuis des années, fit-il remarquer.

- On ne sait pas tout ce qu'on peut découvrir de quelqu'un juste avec un nom, Castle. Tyson ne prend aucun risque. S'il y en a un qui peut se présenter, il anticipe, et l'élimine …

Kate s'arrêta deux secondes de chercher, en réfléchissant. Quelque chose, dans ce qu'avait dit Rick, venait de l'interpeller.

- Et si, justement, c'était le nom qu'elle utilisait aujourd'hui ? Elle ne peut plus utiliser celui de Kelly Nieman depuis qu'elle est pistée, alors elle a peut-être repris son identité d'origine, suggéra-t-elle.

- Mais pourquoi ? s'étonna Castle. C'est une prise de risques.

- Ce n'est pas vraiment une prise de risques, constata Shaw. Elle était peut-être très sage avant, et porter ce nom-là n'engendre aucune conséquence négative pour elle.

- Et peut-être même des conséquences positives … pour travailler peut-être, proposa Kate.

- Mais oui, c'est ça … Ils ne vivent pas d'amour et d'eau fraîche, donc elle a besoin de travailler, lança Castle, comme s'il venait d'avoir une illumination.

- Dans le secteur qu'elle connaît le mieux, le secteur médical, précisa Shaw.

- Mais il lui faut des diplômes. Et elle ne peut plus utiliser ceux de Nieman, ajouta Kate.

- Le plus simple est donc d'utiliser les siens. Elle en a forcément, vu son niveau de qualification.

- Donc elle reprend son identité d'origine pour pouvoir se faire embaucher, expliqua Shaw. Peut-être en octobre dernier ce qui expliquerait qu'elle soit venue récupérer son dossier d'étudiante étrangère, qui, lui, est à son véritable nom, pour effacer toute trace de son passage à l'AECOM au cas où on viendrait y fourrer notre nez.

- Il nous faut absolument ce nom, pour pouvoir la faire rechercher dans tous les hôpitaux et cliniques de la ville.

- Il va falloir retourner à l'AECOM, chercher tous les dossiers des étudiants de 2004, et les interroger, suggéra Shaw. Il y en a forcément d'autres qui l'ont côtoyée à cette époque.

- Mais si Tyson les connaît, il pourrait les éliminer aussi …, lâcha Kate, avec inquiétude.

- Tuer toute une promotion ? Même pour Tyson, ce serait … démentiel …, fit remarquer Castle.

- Je crois qu'on peut tout envisager avec Tyson, fit remarquer Shaw. Il n'a aucune limite. Il n'a qu'un but : s'en prendre à vous, et rien ne l'en empêchera. Il ne tuera peut-être pas toute une promotion, mais cibler les amis de Kelly Nieman, oui, c'est probable.

- Il faut les identifier et les placer sous protection immédiatement, lâcha Kate.

- Ça peut faire beaucoup de monde, fit remarquer Rick.

- On n'a pas le choix. Nous non plus on ne peut pas prendre de risque. Il a tué cette jeune femme sans aucune hésitation.

- S'il veut nous empêcher de remonter jusqu'à Nieman, c'est que son identité doit cacher un moyen de parvenir jusqu'à lui, ou jusqu'à sa planque, ou même mettre en péril son plan …, constata Castle tout en réfléchissant.

- Je crois que j'ai trouvé ce qui nous intéresse, fit Kate en ouvrant le carton où était inscrit « AECOM ».


Chapitre 21

Appartement de Tyson, New-York, 14h

Depuis qu'il était rentré, il faisait les cent pas rageusement, en attendant qu'elle arrive à son tour. Il bénissait le ciel d'avoir eu envie d'aller surveiller ce matin ce que trafiquaient ses cibles préférées, car sans ça, à l'heure qu'il est, son plan serait peut-être foutu. Et tout ça à cause d'elle qui n'avait pas été assez prudente. Il passait pourtant son temps à lui rabâcher les choses. Il avait fallu qu'il aille jusqu'à Edison pour régler le problème. Si elle l'avait écouté, le problème aurait été réglé il y a des années, et ils n'auraient pas eu de soucis à se faire. Mais voilà, il avait fallu qu'elle fasse preuve de sentimentalisme. C'en était fini des sentiments maintenant. Dès qu'il les avait vus se rendre à l'AECOM, il avait compris qu'ils étaient sur une piste qu'il n'avait pas prévue. Immédiatement, il l'avait appelée, et elle l'avait rassurée, en lui disant qu'ils devaient simplement être en train de vérifier les diplômes qu'elle avait fournies pour travailler à la prison, et qu'ils n'avaient aucun moyen d'avoir une idée de sa véritable identité. Elle était persuadée que ce n'était rien. Mais pour lui, ce n'était pas rien. Pour que la fine équipe de Beckett se déplace de si bonne heure, il y avait quelque chose. Il y avait un risque, et aucun risque n'était acceptable. Il leur fallait revoir le plan. Si lui ne reculerait devant rien, il savait que Castle et Beckett non plus. S'ils parvenaient à remonter jusqu'au véritable nom de Kelly, alors ils commenceraient forcément par chercher dans les établissements médicaux de la ville. Ils retrouveraient sa trace, mettant en péril leur plan, en particulier la phase ultime qui devait débuter mercredi. Dieu seul sait ce qu'ils seraient capables de découvrir d'autres avec ce nom. Ils étaient tenaces, et lui n'avait pas le choix. Il avait éliminé la vraie Kelly Nieman, certes, retardant ainsi l'échéance, mais il y avait ces deux autres étudiantes, qu'elle fréquentait à l'époque, et qui étaient en Europe. Les flics allaient finir par découvrir sa véritable identité. Il lui avait ordonné de trouver impérativement une solution pour accéder aux fichiers du personnel du Lenox Hill Hospital, et supprimer toutes les données la concernant. Il fallait qu'elle disparaisse des bases de données informatiques de l'hôpital. Les flics se contenteraient certainement de passer par les services administratifs, ne pouvant pas consacrer des heures à inspecter chaque clinique, chaque hôpital, chaque cabinet privé de la ville. Il fallait au moins les retarder jusqu'à mercredi matin. Elle avait rétorqué qu'elle ne voyait pas comment accomplir cette mission, et furieusement, il lui avait répondu qu'elle avait intérêt d'être assez maligne pour y parvenir. Il lui avait également intimé d'aller vérifier que tout se passait bien avec Tanner avant de rentrer, et avait raccroché, passablement énervé, d'autant plus que le corps de Glen Haner n'avait visiblement toujours pas été retrouvé. Il avait erré près du 12ème District après son retour d'Edison et n'avait pas vu la moindre agitation suspecte. Ni les fidèles lieutenants de Beckett, ni les fédéraux n'avaient pointé le bout de leur nez. Castle, Beckett et leur chaperon étaient rentrés d'Edison en début d'après-midi, et a priori, personne n'avait eu vent de la mort de Glen Haner. Si d'ici ce soir, rien n'avait bougé, il allait falloir qu'il passe à l'action pour faire en sorte que le corps soit découvert. C'était la diversion qui devait les occuper un moment. Il ne pouvait pas attendre trop longtemps. Et il fallait absolument qu'il trouve une solution alternative pour mercredi matin. Si Beckett commençait à enquêter sur les hôpitaux, elle était bien assez futée pour décider de ne pas aller à son rendez-vous médical au Lenox Hill Hospital.

Il était perdu dans ses réflexions, tournant en rond comme un lion en cage, quand elle passa la porte. Elle vit tout de suite à quel point il était furieux.

- C'est bon ? Tu as réussi ? fit-il immédiatement, la toisant du regard, à peine fut-elle entrée.

- Oui. Je crois …

- Tu crois ? Il faut être sûr, bon sang ! On ne peut pas se rater ! s'écria-t-il, en la dévisageant.

- Arrête de paniquer comme ça, tenta-t-elle de le rassurer. On ne sait même pas ce qu'ils savent.

- Crois-moi, ils vont vite savoir.

- Tu l'as tuée ? s'enquit-elle immédiatement.

- Bien-sûr que je l'ai tuée ! s'exclama-t-il. Qu'est-ce tu voulais que je fasse ? Attendre qu'elle balance ton nom aux flics ?

- Comment as-tu …

- Une balle dans le crâne … Je ne l'ai pas étranglée, elle, si ça peut te rassurer. Vite fait, bien fait.

Elle s'assit dans le canapé, l'air touchée par cette nouvelle. Elle n'était pas du genre à s'attrister des meurtres commis par Jerry. Bien au contraire, elle aimait ça. Elle aimait le voir se muer en cet autre qui ôtait la vie à ces femmes. Elle aimait l'observer. Il la fascinait, et elle y prenait même du plaisir. Mais Kelly avait été son amie, peut-être la seule amie qu'elle ait vraiment eue d'ailleurs. Sa famille l'avait même hébergée quelques semaines à l'époque, le temps qu'elle trouve un logement en arrivant à New-York. Elles étaient si différentes, et pourtant elles s'entendaient bien. Elle était venue ici fuir sa vie de petite bourgeoise londonienne, et nourrir ses fantasmes de l'eldorado américain, et Kelly avait été son guide, sa copine de soirées trop arrosées, sa confidente aussi. Elles avaient souvent ri, s'étaient beaucoup amusées, avaient travaillé aussi, s'étaient entrainées ensemble des nuits durant à réviser des sutures, et des points parfaits. Elle avait passé à l'AECOM, auprès de Kelly Nieman, les six mois les plus ordinaires de sa vie, sans doute les six mois où elle avait été la plus normale. Et puis elle avait rencontré Jerry, et sa vie avait basculé. Elle avait trouvé son alter-égo, et avait effacé petit à petit de sa vie son amie, et tout le reste, pour se fondre dans les délires de Jerry, qui, comme répondant aux siens, avaient donné une dimension totalement euphorisante à leur quotidien.

Elle n'était pas vraiment triste. Tout cela était bien loin. Elle regrettait simplement d'avoir peut-être à un moment ou un autre commis une erreur qui avait entraîné la nécessité d'éliminer celle qui avait été son amie.

- Ce n'est pas vraiment le moment de t'apitoyer sur son sort. Tu ne l'avais même pas revue depuis dix ans quasiment. Et je te rappelle que tu lui as volé sa vie …, fit-il en la regardant sévèrement.

- Pas sa vie …, son identité …, corrigea-t-elle, comme si les mots avaient de l'importance.

- C'est pareil, lâcha-t-il en se laissant tomber assis à côté d'elle.

- Et Anna et Chelsea ?

- Elles vivent en Suisse, ces deux-là … Dommage que je ne puisse pas me téléporter pour leur faire la peau. Il faut espérer qu'ils ne mettront pas la main sur elles avant mercredi.

Elle garda le silence. Elle espérait que leur plan n'allait pas être compromis. Tout reposait sur le Lenox Hill Hospital. Si l'on découvrait qu'elle y travaillait, ils étaient foutus. Elle réfléchissait. Il fallait trouver une solution de repli, au cas où, un autre moyen d'agir et de les prendre par surprise. Beckett et Castle ne pouvaient pas gagner.


Salle de travail, 12ème District, 14 h 30.

Ils étaient tous réunis dans la salle de travail, et prenaient le temps de déjeuner tout en poursuivant leurs réflexions. Beckett, Castle et Shaw étaient rentrés d'Edison avec des éléments qui allaient peut-être s'avérer décisifs. Leur investigation au sein du grenier s'était révélée fructueuse. Ils avaient déniché plusieurs photos jaunies au dos desquelles étaient identifiées systématiquement les quatre même jeunes femmes : Anna, Chelsea, Meg et Kelly. On les y voyait s'amusant lors de différentes sorties et fêtes étudiantes au cours de l'année universitaire 2003-2004. Kelly était facilement reconnaissable, et il y avait à coup sûr aussi sur ces photos celle qui lui avait volé son identité, pour finir par devenir la complice de Tyson. Ils avaient également trouvé l'album souvenir de leur promotion où figuraient les photos de tous les étudiants, ainsi que leurs activités et le cursus suivi au sein de l'AECOM. Ils avaient ainsi pu identifier Anna et Chelsea, mais pas Meg, qui apparemment n'était pas répertoriée. Cette dénommée Meg était leur suspecte, la fausse Nieman. Anna Marsh et Chelsea Carson étaient diplômées en chirurgie esthétique également. Immédiatement, ils avaient lancé une recherche pour les localiser, mais toutes deux, par chance, vivaient à l'étranger, à Genève où elles avaient fondé une clinique privée qu'elles dirigeaient ensemble. Au moins, la distance faisait que Tyson ne pouvait pas s'en prendre à elles, et qu'elles ne subiraient probablement pas le même funeste destin que leur amie Kelly Nieman. Ils avaient tenté de joindre immédiatement la clinique à Genève, mais on leur avait répondu que Mesdames Marsh et Carson étaient en déplacement pour un séminaire. La clinique avait refusé de divulguer le numéro personnel des chirurgiennes, malgré toute la force de persuasion dont Beckett avait pu faire preuve. La standardiste lui avait assuré qu'elle leur transmettait néanmoins son message et que Mesdames Marsh et Carson la rappelleraient dès qu'elles le pourraient. Leur parler était primordial. Anna Marsh et Chelsea Carson étaient peut-être les seules à même de leur donner l'identité réelle de celle qui se faisait appeler Kelly Nieman. Sans cette identité, il leur était impossible de la retrouver. C'était quasiment l'une des seules pistes qu'il leur restait. Ils avaient néanmoins réussi à joindre John, le concierge de l'AECOM, qui, généreusement, avait relevé les noms de toute la promotion 2004, pour les leur transmettre. Il y avait une quarantaine d'étudiants qu'ils avaient contactés un par un, et seulement une dizaine n'avait pas encore répondu. Mais aucun des étudiants interrogés par téléphone ne se souvenait du nom de cette étudiante étrangère, qui aurait été amie avec Kelly Nieman. D'un côté, c'était bon signe, si aucun ne se souvenait, alors aucun ne serait la cible de Tyson. Il était impossible d'assurer la protection individuelle de tous ces anciens étudiants. Beaucoup n'habitaient pas New-York, et la police n'avait de toute façon pas suffisamment d'effectifs. Il se basait également sur le fait que Tyson n'avait certainement pas en sa possession la liste de tous les étudiants ayant côtoyé sa copine, et que celle-ci ne pouvait se souvenir de tous leurs noms. Néanmoins, on leur avait recommandé la plus grande prudence ces prochains jours.

Esposito et Ryan avaient fini leur investigation concernant les centres pénitenciers, et hormis Sing Sing et Coyote Ridge, Nieman n'avait travaillé nulle part comme bénévole, du moins sous ce nom-là. Wade et Clayton avaient passé des heures à observer les vidéos des caméras de surveillance sur Broome Street, sans rien déceler de suspect. Ils allaient élargir la recherche en remontant plus loin dans le temps, mais ils commençaient à ressentir le contre-coup de leur nuit passée au poste à visionner des heures d'images vidéo.

Ils avaient tous l'air plutôt dépités par l'impasse dans laquelle ils se trouvaient. Il leur fallait attendre l'appel de ces deux chirurgiennes, les résultats de l'autopsie de Kelly Nieman, et des expertises scientifiques réalisées dans le salon de la victime.

- Alors … qu'est-ce qu'on fait en attendant ? demanda Castle, en observant le tableau blanc recouvert d'une multitude d'informations qui, soit s'avéraient inutiles, soit inexploitables dans l'état actuel des choses.

- Eh bien, il ne nous reste pas grand-chose comme piste à explorer …, constata Shaw.

- Le tatouage du clown triste, on ne peut rien en tirer pour l'instant, fit remarquer Esposito.

- Et Crown Heights ? suggéra l'agent Wade.

- C'est trop vaste. On ne va pas arpenter tous les immeubles du quartier, répondit Beckett. On ne sait même pas si c'est toujours le quartier qu'ils fréquentent.

- Il nous reste Davis …, lâcha Ryan d'un air dépité, comme si lui-même n'y croyait pas.

- Il faudrait un miracle pour que le Dr Steel en tire quelque chose, ajouta Esposito. Il n'avait pas l'air franchement optimiste.

- Qu'est-ce qu'ils préparent ? Qu'est-ce qu'ils mijotent ? fit Rick, en se levant, songeur, scrutant les photos de Tyson et de Nieman fixés sur le tableau blanc. Pas de nouveaux messages, pas de nouveau cadavre …

- Tu oublies celui de Kelly Nieman …, fit remarquer Kate.

- Oui, mais il n'était pas prévu celui-là. Il ne faisait pas partie de son plan, répondit Castle.

- Justement, on a réussi à le faire sortir de son plan …, ajouta Ryan.

- Même si l'issue est dramatique, malheureusement, constata Shaw. Mais il est sorti de son plan, oui, et ça va forcément modifier la suite. Il va être plus méfiant. S'il avait des craintes, elles vont s'intensifier et il va commettre des erreurs.

- Il en a déjà commis, fit remarquer Kate. Soit il n'a pas eu le temps, soit il n'a pas pensé à vérifier s'il y avait des traces de sa petite copine chez Kelly après l'avoir tuée.

- Comment fait-il pour arriver à nous suivre, à tuer, à organiser tous ces petits stratagèmes, il ne dort jamais ? s'étonna Castle.

- L'adrénaline le maintient éveillé, répondit Esposito.

- Eh bien, nous, c'est le café qui nous maintient éveillés, lâcha Castle. C'est ma tournée, j'y vais.

- Je t'accompagne, fit Kate en se levant.

Ils rejoignirent tous deux la salle de repos, où Rick entreprit de faire couler les cafés.

- Ça va ? Pas trop fatiguée ? demanda-t-il, tandis qu'elle s'adossait au mur, le regardant s'activer pour récupérer suffisamment de tasses et les poser sur un plateau.

- Ça va … A croire que moins je dors, plus je suis en forme …, répondit-elle, posant délicatement une main sur son ventre.

- C'est la douceur du réveil qui t'a donné des forces pour la journée, sourit tendrement Rick.

- Je pense, oui, fit-elle, lui rendant son sourire, en repensant à leurs ébats matinaux.

- Bébé bouge ? demanda-t-il, observant sa main caresser son ventre rond.

- Oui, un peu. Viens.

Il s'approcha pour poser sa main à côté de la sienne, tentant de percevoir un petit mouvement.

- Je ne sens rien …

- Encore quelques jours, et je suis sûre que tu le sentiras toi aussi, le rassura-t-elle, posant sa main sur la sienne.

- Tu sais qu'après mes mains ne quitteront plus ton ventre …, sourit-il.

- Pas de souci, je ne me lasse pas de tes mains sur moi …, fit-elle avec un petit sourire aguicheur.

- Tentatrice !

- En parlant de main, comment va ta morsure de rat ? demanda-t-elle, taquine.

- Tu te moques de moi, mais tu rigoleras moins si j'attrape le typhus ! répondit-il, prenant un air sérieux.

- Fais-moi voir ce gros bobo, fit-elle, en prenant sa main dans la sienne pour regarder son doigt. Ah oui, on voit bien les deux petites marques de quenottes …

- Tu vois ! Je ne suis pas une chochotte ! Elle m'a mordu !

Kate fit une petite moue rieuse, avant de déposer un baiser sur le bout de son doigt.

- Merci, jolie infirmière.

- Ne t'avise plus jamais de mentionner mes bisous magiques en public ! Surtout devant Shaw ! Elle est capable de s'imaginer encore qu' …

- On joue au docteur ? fit Rick, terminant sa phrase, avec un large sourire.

- Ce n'est pas drôle, Rick. Je n'aime pas que tout le monde sache ces petites choses sur nous.

- Je sais, mais ce n'est rien un bisou magique. Elle n'a même pas fait de remarque en plus.

- Oui, tu parles … Bon, je vais faire un tour à la morgue voir Lanie.

- Elle a fini l'autopsie ?

- Non, je ne pense pas, fit-elle en commençant à s'éloigner.

- Kate … tu ne vas pas aller là-bas toute seule ? sembla-t-il s'inquiéter.

- On dirait que je pars pour le bout du monde, répondit-elle gentiment. Je vais juste à la morgue, Castle. Je n'ai que quelques couloirs à parcourir.

- Quelques couloirs c'est déjà trop …, fit-il avec sa mine soucieuse.

Elle revint vers lui. Il savait qu'elle allait sûrement voir Lanie pour une discussion entre filles, et ne demandait même pas à l'accompagner tant cela lui aurait paru intrusif. Mais il s'inquiétait sincèrement de la laisser déambuler seule dans les couloirs du poste. Il restait persuadé que si Tyson le voulait, il pouvait réussir à s'introduire de nouveau ici, qu'il y ait ou non des dizaines de flics.

- Il y a des flics partout, le rassura Kate. Tyson ne va pas s'en prendre à moi ici. S'il y avait le moindre risque, je n'irais pas. Et puis, crois-moi, il a certainement prévu un truc bien plus tordu.

- C'est rassurant …, bougonna-t-il.

- Ne t'inquiète pas. Je n'en ai pas pour longtemps, fit-elle en souriant.

- Ok.

- Je t'envoie un message quand j'y suis, si ça peut te rassurer.

- Oui, ça peut me rassurer, sourit-il.

Elle lui déposa un baiser sur les lèvres.

- Je t'aime.

- Moi-aussi. Fais attention.

Elle s'éloigna avec un sourire, bien consciente qu'il allait se ronger les sangs pendant toute la durée de son absence, mais il n'y avait vraiment rien à craindre ici, et elle avait envie, et besoin aussi, de discuter avec son amie. D'ailleurs Rick ne lui avait pas posé de questions. Il savait lui-aussi que même si elle se confiait maintenant à lui, totalement, et facilement, elle avait besoin de sa meilleure amie qui lui apportait une autre forme de réconfort dans les moments difficiles.


Morgue, 15h.

Kate passa la porte, trouvant Lanie, penchée au-dessus de la table d'autopsie, occupée à recoudre la poitrine de Kelly Nieman. Elle voyait des cadavres tous les jours ou presque. Elle y était habituée, mais il y avait parfois des morts plus douloureuses à affronter que d'autres. Et celle de Kelly Nieman en faisait partie. La jeune femme était recouverte d'un drap bleu jusque la taille, le teint maintenant blafard, une unique blessure à la tête sous la forme d'un trou dont Lanie avait dû extraire la balle.

- Hey, fit Lanie avec le sourire, en la voyant passer la porte. Que fais-tu ici sans ta garde rapprochée ?

- Je ne crains rien dans les couloirs de la morgue …, répondit Kate, en prenant aussitôt son téléphone pour envoyer un message rassurant à Rick.

- Castle t'a laissée t'enfuir ainsi ? s'étonna Lanie, taquine.

- Je ne lui ai pas vraiment laissé le choix, répondit-t-elle en observant le visage de Kelly Nieman.

- Oh, Madame Castle se rebelle ! rigola Lanie.

- Comment ça je me rebelle ? s'offusqua gentiment Kate. Ça veut dire quoi ça ? Je suis une femme soumise ?

Lanie éclata de rire.

- Non … pas soumise, totalement amoureuse, rectifia Lanie, souriante.

- Je préfère ça …, sourit Kate à son tour. Où en es-tu ?

- J'ai extrait la balle de son crâne. Neuf millimètres. La balistique travaille dessus. La cause de la mort est claire. Il devait être à moins d'un mètre d'elle quand il a tiré. Je n'ai pas grand-chose d'autre à en dire. Mais j'attends les résultats des analyses toxicologiques au cas où.

- Ok, merci, répondit Kate sans détacher ses yeux du corps inanimé de la jeune femme.

- Tu ne venais pas pour les résultats, je me trompe ? lui fit Lanie, tout en restant concentré sur son aiguille.

- Oui, et non …

- Il y a un problème ? s'inquiéta aussi son amie.

- Mis à part qu'un psychopathe nous espionne et envisage sûrement de me trucider pour détruire Castle … non, tout va bien, répondit Kate avec un petit sourire.

- Oh, chérie …, fit Lanie, levant vers elle des yeux désolés.

- Ça va, ne t'inquiète pas. C'est juste qu'on tourne en rond au poste, on n'a pas grand-chose … On doit attendre que les chirurgiennes rappellent … C'est notre seule piste.

- Donc tout va bien ? insista Lanie.

- Oui.

- Katherine Beckett … Ne me mens pas à moi ! s'offusqua son amie, en lui lançant un regard sévère.

- Lanie … ça va …

- Tu ne serais pas là, si tout allait bien …

- Pourquoi ? Je peux venir voir mon amie sans avoir de problème non ? fit remarquer Kate.

- Oui, mais pas en pleine enquête … Assis-toi, et raconte-moi en attendant que j'ai fini … Je t'écoute. Allez !

- Je n'ai pas besoin de m'asseoir Lanie, je suis enceinte, pas malade …, rétorqua Kate.

- Oh, je ne veux que ton confort moi ! Cinq mois quand même … bientôt tu ne verras plus tes pieds, fit Lanie avec un petit sourire en coin.

- Je t'ai déjà dit comme c'est bon d'avoir une amie aussi rassurante et aimable que toi ? ironisa Kate.

Lanie éclata de rire.

- Je plaisante …, tu es magnifique. Il n'y a qu'à voir comment Castle te regarde, c'est encore pire qu'avant … ce qui n'était pas chose facile …

- Comment ça pire ?

- Oh, tu sais bien …, sourit Lanie. Je suis surprise qu'il ne se soit pas déjà jeté sur toi au poste.

Kate s'abstint de répondre, et préféra aller s'asseoir au bureau de Lanie. Celle-ci observa son silence, amusée.

- Quoi ? Il l'a déjà fait ? Mon Dieu ! Kate Beckett ! lança Lanie en la dévisageant, ce qui fit rougir légèrement son amie.

Kate maudissait parfois ce don qu'avait Lanie de toujours réussir à mettre le doigt sur les petites choses qui allaient la mettre mal à l'aise, et la plupart du temps ça concernait son intimité avec Rick. Cela l'amusait beaucoup de la titiller avec ça, elle qui n'aimait pas vraiment, même avec elle, à qui elle confiait quasiment tout, aborder ce genre de sujet.

- Bon, Lanie, on peut en revenir au sujet initial ?

- Ce sera bien moins drôle … mais oui, je t'écoute, répondit Lanie, retrouvant son sérieux

- Tyson a tué cette pauvre femme innocente à cause de nous, lâcha Kate. Enfin, je sais qu'on n'y est pour rien, mais il l'a tuée, pour être sûr que rien ne l'empêchera de s'en prendre à nous. Il est si déterminé … ça fait froid dans le dos …

- Kate, je voudrais bien te dire de ne pas t'angoisser, mais …, je suis moi-même terrifiée à l'idée que ce détraqué puisse vous faire du mal, répondit Lanie, en la regardant dans les yeux. J'essaie de ne pas y penser, comme tout le monde ici, mais je n'ai pas dormi la nuit dernière … Je sais bien que vous étiez en sécurité au loft avec Shaw, mais Dieu seul sait de quoi est capable ce psychopathe de Tyson …

Kate resta silencieuse, regardant son amie avec compassion, tellement désolée qu'elle se fasse ainsi du souci pour eux deux.

- Sans parler de sa folle de copine … après ce qu'elle nous a faits, à Javi et moi, je rêvais du jour où j'aurais son cadavre à charcuter … mais au lieu de ça, je me retrouve à autopsier cette pauvre Kelly Nieman … qui n'avait rien fait d'autre que croiser il y a dix ans le chemin d'une tarée.

- Oh … Lanie … je sais combien c'est difficile pour toi aussi de voir Tyson et Nieman revenir rôder autour de nous. Je suis désolée …

- Kate … c'est difficile pour tout le monde. Mais personne ne lâchera rien. Cette fois, il ne s'en tirera pas, assura Lanie avec détermination.

- Non. Il ne s'en tirera pas. Et elle non plus.

La ténacité de Lanie lui fit chaud au cœur. Elle avait elle-aussi beaucoup souffert du machiavélisme de Tyson et Nieman, et, comme beaucoup d'entre eux, même si personne ne l'avouait vraiment, elle préférerait voir Tyson mort qu'en prison. Il faisait constamment peser une telle menace sur toute l'équipe que tant qu'il serait en vie, ils auraient l'impression qu'il y avait toujours un risque. Mais ils étaient bien loin de tout ça, de toute façon. Ils ignoraient encore tout de Tyson, de l'endroit où il pouvait se cacher, et de la suite qu'il avait prévue de donner à son plan.

- Elle avait des enfants ? demanda Lanie, en s'éloignant vers les lavabos pour nettoyer ses instruments.

- Oui, trois enfants.

- Pauvres petits …

- Et un mari complètement anéanti ... L'un des interrogatoires les plus douloureux que j'ai eu à faire …, ajouta Kate, tristement, en regardant de nouveau le corps sans vie de Kelly Nieman, comme si elle ne pouvait s'en empêcher. Elle ne prenait aucun risque. Elle élevait son petit garçon, emmenait les aînés à l'école, s'occupait de sa famille.

- Kate …, fit Lanie doucement, ne voulant pas la laisser s'enfoncer dans ce trop-plein d'empathie pour la victime.

- Et un taré a débarqué chez elle ce matin pour lui tirer une balle dans la tête, sans même qu'elle n'ait, sans doute, le temps de réaliser ce qui lui arrivait, conclut-elle.

- La vie est injuste, et cruelle, Kate, tu le sais comme moi. Culpabiliser n'y changera rien.

- Je sais, mais parfois c'est juste insupportable.

- Oui, ça l'est, soupira Lanie, en allant remonter le drap sur le corps de Kelly Nieman pour recouvrir son visage.

- Castle a dit quelque chose à son mari …, reprit Kate, l'air soucieuse. Il était effondré, et on ne savait pas trop comment faire avec lui, et Castle lui a dit quelque chose qui …

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il lui a dit ? demanda Lanie en la rejoignant près du bureau.

- Il a dit que lui-aussi, s'il arrivait quelque chose à sa femme, sa vie n'aurait plus aucun sens.

- Et ? C'est logique, non ? Tu es l'amour de sa vie, sourit Lanie.

- Oui, je sais ça, mais il a aussi dit qu'il voudrait mourir lui-aussi.

- Castle ne peut pas concevoir de vivre sans toi Kate.

- Mais s'il m'arrivait quelque chose, je ne veux pas qu'il … enfin … Je veux qu'il continue à vivre, même si …

- Kate, il n'a pas dit qu'il le ferait, il a dit qu'il le voudrait. Ce n'est pas la même chose. Et toi, tu voudrais continuer à vivre sans lui ?

- Ce n'est pas de moi qu'il s'agit, Lanie.

- Si. Ça marche dans les deux sens, chérie …

- Je continuerais à vivre oui, pour notre enfant … Je n'aurais pas le choix.

- Et Castle ferait la même chose, lui assura Lanie.

Kate soupira, comme si toutes ces interrogations la tracassaient profondément.

- C'est juste qu'on n'a jamais parlé de ça tous les deux. On est tout le temps exposés au danger, et à la mort, et on n'en parle pas.

- Pourquoi voudrais-tu en parler ? Vous n'allez pas mourir demain non ? lui fit Lanie, très pragmatique.

- Non …, enfin on ne sait jamais …

- Kate ! s'offusqua Lanie en la regardant avec ses yeux furieux.

- Ok, non on ne va pas mourir demain, mais ce qu'il a dit, je ne sais pas …, ça m'a chamboulée… Je ne veux pas, Lanie, je ne veux pas ça.

- Parles-en avec lui.

- Super facile d'aborder ce genre de sujet … entre le fromage et le dessert, « au fait mon cœur, si je meurs, reste en vie s'il te plaît ».

Lanie sourit.

- Ce n'est pas drôle, Lanie.

- Non, en effet, désolée, mais toi tu es drôle … Allez, arrête de penser à tout ça. Il ne va rien t'arriver.

Kate ne répondit pas, et baissa les yeux.

- Chérie, regarde-moi. Il ne va rien t'arriver. Castle et Shaw ne te lâchent pas d'une semelle. Et on va trouver ces tarés avant qu'ils n'aient le temps de faire quoi que ce soit.

- Oui …

Elles se lancèrent un regard aimant, avant de finir par se sourire affectueusement.

- C'est toujours ok pour ce soir ? demanda Lanie, changeant complètement de sujet.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée … vu les circonstances … et puis, on va peut-être finir tard.

- Kate, c'est une bonne idée. On a prévu ça depuis des semaines, pour une fois qu'on est tous disponibles, et qu'on peut sortir s'amuser tous ensemble.

- Je sais mais …

- Et puis c'est Noël bientôt. Il faut vivre, Kate. Ce taré vous observe, et bien montrez-lui combien vous respirez la joie de vivre et vous n'avez pas peur de lui.

- Bon … ok … s'il n'y a rien de nouveau d'ici ce soir.

- Dis-moi que tu n'as pas hâte de voir nos hommes sur des patins ? lui lança Lanie, tout sourire.

- Oh si ! Ça promet !

- Ils n'ont pas fini de se plaindre d'avoir mal aux fesses ! Et qui jouera les infirmières pour soigner leurs petits popotins endoloris ! C'est nous !

- Lanie ! Tu es impossible ! lança Kate en riant.