Chapitre 2
Courage
« Allez Isa ! Tu peux le faire ! »
« Non c'est trop haut ! » S'agaça-t-elle en détournant ses yeux de la main qu'Antony lui tendait.
« Oh allez insiste-t-il encore, c'est pas si dur, je te jure ! »
Elle leva les yeux vers lui, il était seulement grimpé sur la première branche et elle avait déjà peur qu'il se brise le cou.
« Non, si je glisse ou que je n'arrive plus à redescendre on fera comment ? » Antony soupira, c'était le problème avec les filles, elles manquaient toujours de bravoure. Il sauta au pied de l'arbre, attrapa sa main pour attirer son attention toujours perdue vers la cime du grand sapin.
« Isa, je te promets, il n'y a rien de difficile et je t'aiderai à descendre. Viens ! » Il se laissa tomber à genoux, sans se soucier de salir son pantalon.
« Mais qu'est ce que tu fais ? » Ri-t-elle, pensant qu'il voulait jouer au chien maintenant.
« Monte sur mes épaules ! » Ordonna t-il impatient et sa voix assurée suffit à la convaincre. Elle agrippa le bas de son visage en tournant derrière lui et passa ses cuisses de chaque coté de sa tête sur ses épaules.
« Oh la la ! » Couina-t-elle alors que fermement il retient ses cuisses pour ne pas qu'elle bascule en arrière. Il poussa fort sur ses jambes pour se remettre debout, il était surpris d'avoir autant de force pour arriver à se hisser alors qu'elle lui arrachait pratiquement le menton, faisant atrocement souffrir les os de sa nuque et bloquant sa respiration.
« Tu l'as ? » Demanda t-il en faisant référence à la branche, quand les mains d'Isa lâchèrent sa tête.
« Oui ! » Dit-elle péniblement, alors les mains d'Antony passèrent sous ses cuisses, juste au-dessus de ses genoux et il la propulsa dans les airs avec toute la rage qu'il possédait. Quand il leva la tête, elle était en sac à patates par-dessus la branche.
« Tourne sur le côté, passe ta jambe par-dessus ! »
Isa s'exécuta pas trop sure de ses gestes mais Antony semblait penser qu'elle en était capable, alors elle le fit. Elle se retrouva à cheval, Antony attrapa la branche près d'elle et se hissa agilement, il était beaucoup plus fort qu'elle mais il avait un an de plus alors c'était plus facile pour lui se dit elle.
« Tiens-toi au tronc ! » Expliqua-t-il en lui tendant de nouveau sa main. Cette fois elle la prit et cherchant l'équilibre, elle se mit debout. Il l'aida à grimper dans la branche au-dessus, il savait par expérience que c'était la première la plus dure à escalader. Une fois dans l'arbre, c'était comme dans le portique du parc, il suffisait juste de trouver les bonnes branches.
Rapidement, les deux enfants se retrouvèrent à cinq mètres du sol et la petite Isa ne semblait pas en croire ses yeux.
« Waoh ! » On voit tellement loin! » cria-t-elle en enroulant ses doigts autour de son œil comme si elle regardait dans un télescope. Antony, tout près d'elle, fit oui de la tête.
« C'est mon royaume ! » Dit-il avec fierté en désignant les montagnes qui s'étendaient tout autour d'eux. Normalement la palissade du jardin bloquait la vue, mais là depuis le grand sapin, le monde était à leur portée, il leur appartenait c'était évident.
« Vive le roi ! » Cria Isa d'une voix si aiguë que le tympan d'Antony siffla.
« Et vive la reine ! » Ajouta t-il en brandissant en l'air le poing de son amie.
« Regarde tout nos sujets, » dit la petite fille rêveuse en imaginant une foule de minuscules gens en bas, qui n'étaient en réalité que des pivoines mauves.
« Ils sont nombreux ! Nos chevaliers sont là aussi ! » Antony désigna les yuccas d'extérieur, leurs feuilles étaient tranchantes comme des épées quand il passait trop près de ces plantes en jouant au ballon.
« Il y a aussi le méchant ogre qui est venu rendre hommage ! » Ce n'était en réalité qu'une vieille souche de noisetier tortueux dont Carlisle n'arrivait pas à se débarrasser. « Et s'il attaquait ? » S'inquiéta la fillette.
« On est en sécurité dans le château, t'en fais pas ! » Antony passa sa main sur l'épaule d'Isa et celle-ci se rapprocha inconsciemment de lui, dans sa tête, l'ogre s'approchait déjà pour attaquer, mais elle n'avait pas peur.
Les rayons du soleil dansaient dans les branches, il était déjà bas dans le ciel et le petit garçon savait que bientôt, il devrait rentrer. Il jeta un coup d'œil à la fenêtre du premier, les volets étaient encore clos donc il avait du temps pour imaginer un scénario.
« Viens on redescend, j'ai une autre idée ! » Isa le suivit sans réfléchir.
Comme tous les après-midi, ils créaient leur petit monde imaginaire, leur monde à eux, seulement à eux. Et quand la voiture de Carlisle ronronna dans l'allée, Isa savait qu'il était temps de rentrer. Ils avaient une routine bien rodée maintenant. Elle reprit les quelques jouets qu'elle avait amenés et se faufila entre les lattes de la palissade, dans le petit espace. Isa comme Antony ignorait pourquoi deux lattes n'étaient pas clouées et basculaient sur le côté mais ils ne se posaient pas réellement la question, ils savaient juste qu'ainsi ils pouvaient passer d'un jardin à l'autre sans avoir à faire tout le tour du quartier. Puisque leurs maisons, bien qu'accolées par l'arrière ne donnaient pas sur les mêmes rues.
C'était grâce à ce trou qu'ils étaient inséparables, ils allaient dans la même école bien sûr, mais comme Antony était un niveau au-dessus, ils n'avaient jamais vraiment l'occasion de se parler sauf dans la cour de récrée, alors le soir, les après-midi libres, ils passaient tout leur temps ensemble rattrapant les heures de séparation qu'était la classe. C'était aux vacances de Pâques, trois ans plutôt, qu'Antony avait découvert la défaillance de la palissade. Il jouait au ballon et celui-ci avait heurté les lattes dessoudées, Isa était en train de servir le thé à trois de ses poupées favorites quand elle avait vu la tête du voisin par l'interstice. Elle l'avait invité à se joindre au festin virtuel du goûter. Depuis c'était devenu rituel, il était le roi, elle la reine et les jardins étaient leur royaume.
Déjà vu
Edward s'ennuie, il passe un nouveau coup de chiffon sur le bar, il redresse la tête, regarde les quelques personnes présentes, sans vraiment les voir. Il est perdu dans ses pensées comme assez souvent pendant son service. Les gestes sont mécaniques, des jeunes entrent, s'approchent du bar, disent ce qu'ils veulent, la plupart du temps il a juste à remplir des grands verres de pression. Il encaisse des billets et les gens s'éloignent. Il n'y a que quelques filles qui parfois tentent de lui faire la conversation, il les ignore poliment le plus souvent.
Ça fait longtemps qu'une fille n'a pas suscité son intérêt. Il n'aime pas être aussi blasé, ça ne lui ressemble pas et pourtant depuis quelques mois, il est comme ça, sans vraiment savoir pourquoi. En fait, il a toujours pris énormément de distance par rapport aux relations sentimentales, il n'a jamais été un grand romantique ou un passionné, mais ça semble s'empirer avec le temps. Il a l'air de plus en plus aigri et blasé.
« Yep ! Cullen ! Il relève la tête à cette voix familière.
« Ça va Jasper ? Il claque la main de son pote par-dessus le bar, Tu bois quoi ?
- Vodka, glace.
-Youh ? Dure journée ? S'enquit Edward, son ami est plus du genre bière diluée avec un petit centimètre de limonade, truc infâme.
-Oui, j'ai planté mon rattrapage.
-Merde, à ce point ?
-Ouais, à ce point. Je vais devoir changer d'option au prochain semestre.
- Je suis désolé », dit Edward vraiment concerné.
Il n'entend pas la réponse de Jasper parce qu'un groupe de filles s'agglutine devant son bar. Elles sont une dizaine et elles parlent et rient beaucoup trop fort. Il dépose le verre d'alcool devant son ami en lui faisant un sourire désolé. Ils en parleront plus tard, quand il aura fini son service. En attendant il doit faire ce pourquoi on le paye et il doit s'occuper du groupe de gonzesses.
« Bonsoir mesdemoiselles ! » Dit-il en haussant un peu le ton pour attirer l'attention des jeunes étudiantes, la plupart sont des premières années c'est certain, puisqu'il n'est même pas vingt-deux heures et elles semblent être déjà bien alcoolisées. Il le sait rien qu'à voir leurs comportements, elles ont l'air hystériques, tactiles, chaudes et ingérables. Ça passera avec les premiers partiels, il le sait aussi. Il n'a pas une bonne mémoire des visages mais il reconnaît dans le groupe, l'ancienne petite amie de Jared, il l'a croisée à plusieurs fêtes de la confrérie l'année dernière. Il n'est pas fichu de remettre un nom sur elle. Mais elle lui fait un grand sourire et un petit signe de main, elle l'a reconnu.
« Mets nous une bouteille de Gin et de Téquila, on t'embête plus après ça !
- Vous voulez quoi comme soft pour accompagner ?
-Coca, jus d'orange, et limonade. T'as du citron et du sel ? » La blonde aux yeux bleu clair lui fait un immense sourire et Edward a envie de rire. Ça va pas être joli. Mais il hoche la tête et attrape un grand plateau.
« Vous êtes combien ?
-Douze !
-Il y a de la place dans le fond, allez-y je vous amène tout ça !
-Super ! t'es un amour ! » Elle lui décoche un clin d'œil et s'éloigne. Edward jette un petit coup d'œil à sa jolie silhouette fine.
« Et bien, elles ont déjà l'air complètement ivres, as-tu prévu les sacs à vomi ? » Edward fait non de la tête en disposant douze shooters sur le plateau ainsi que des rondelles de citron.
« Tu me files un coup de main ? » Demande-t-il à Jasper et son ami attrape les bouteilles.
Bella se laisse tomber dans la banquette rouge, ses pieds sont soulagés de ne plus être sollicités. Ses escarpins sont beaucoup trop beaux pour ne pas être portés mais dieu qu'ils sont étroits. Elle scanne rapidement la salle, en quête de chair fraîche à allumer mais aucun des mecs présents n'attirent suffisamment son attention. Alors elle laisse tomber, sa réflexion se portant sur les cheveux de Lauren assise à sa droite, elle regarde distraitement les reflets sable de ses cheveux lisses.
« J'adore complètement la teinte de ton balayage, dit-elle spontanément.
-Merci ! Sourit la fille, c'est blond doré et ambre gazelle.
-Très réussi !
-J'adore tes ongles moi, Lauren attrape sa main et observe les petites fleurs bleues et argentées qui ornent ses ongles.
-Une heure de boulot !
-C'est chouette, c'est toi qui l'as fait ?
-Oui. » Répond distraitement Bella, son attention est désormais sur une paire de mains tout à fait masculines qui dépose des verres au milieu de leur table.
Elle esquisse un sourire devant ses grands doigts pâles parfaitement lisses, admirablement dessinés. Son regard remonte sur les avant-bras aux veines saillantes, elle observe une seconde les tendons roulés sous la peau. La couture d'un tee-shirt noir l'empêche de poursuivre l'examen de la peau diaphane mais son imagination prend le relais, car le tissu moule un biceps parfaitement dessiné. Elle se lèche les lèvres devant l'épaisse épaule. Puis un cou viril recouvert d'une légère barbe naissante qui a l'air piquante à souhait, qui court jusqu'à une mâchoire carrée et une paire de lèvres rouges et fines. God Jésus ! Pense Bella devant la ligne de son nez et ses cheveux en pétard. Voilà enfin quelque chose digne d'intérêt.
Son ventre picote et elle remue sur son siège. Lève la tête beau gosse, lève la tête… supplie-t-elle intérieurement espérant que le package entier soit digne de ses fantasmes. Il dépose la petite assiette de rondelles de citron et se redresse enfin. Bella est soufflée, c'est au-dessus de toutes ses attentes. Il est simplement magnifique, à tomber. Sa mâchoire en est presque décrochée et son cœur s'emballe furieusement.
Le serveur sourit à Rosalie qui lui met sa carte dans la main, il hoche la tête et s'en va. Bella regarde sa silhouette sportive s'éloigner, son tee-shirt moule suffisamment son dos pour deviner ses muscles fins et son jean Levis un peu large est carrément sexy, elle n'a qu'une envie, tirer dessus.
« Il est trop hot ! S'exclame-t-elle en le regardant passer derrière le bar.
- C'est clair ! Dit Alice à sa gauche et Lauren lui tapote la cuisse.
-Laisse-tomber, je pense qu'il est gay !
-Quoi ? Pourquoi ? Non ! »
Bella oublie bien vite la réflexion de sa copine de dortoir. Parce que le mec revient vers le groupe armé de sa machine à cartes de crédit. Mais ça, Bella en a à peine conscience, sa démarche un peu rigide, la façon dont sa tête est penchée légèrement en avant et ses sourcils froncés la font se sentir étrange. Elle a la curieuse sensation de l'avoir déjà vu, c'est pire encore quand leurs yeux se croisent, un millième de seconde elle devine le vert de ses iris. C'est certain qu'elle connaît ce gars.
Elle se laisse aller dans le fond de son siège, ne le lâchant pas une seconde des yeux. Elle creuse ses deux méninges pour se rappeler. Elle a la chair de poule quand il passe sa main dans ses cheveux pendant que Rosalie saisit son code sur le boîtier qu'il lui tend. Rien dans son profil ne la renseigne sur cette sensation étrange qui l'étreint, c'est sa façon de bouger, ce qu'il dégage. Et puis il s'éloigne de nouveau et elle ne l'a pas revu de face.
