Chapitre 3

Poupée de cire

Isa observait la fenêtre du premier étage de la maison d'Antony, les volets était ouverts, elle savait qu'il ne viendrait pas ce matin. Elle était déçue, elle n'aimait pas les journées sans lui. Alors pour s'occuper elle s'était installée sur le banc qui longe le pignon de sa maison et triait ses perles. Elle procédait méthodiquement, par forme d'abord puis par couleur. Elle mit les rouges et les noires dans deux petites boites bien distinctes. Elle avait besoin de celles-la pour faire le porte clé en forme de crocodile pour Antony. C'est lui qui avait tout choisit, elle n'avait plus qu'à le faire, elle espérait juste parvenir à le faire bien droit cette fois. Celui qu'elle avait fait pour son père avait le museau tordu. Elle ferait donc plus attention, parce que l'avis de son voisin de huit ans était plus important que n'importe quel autre avis.

Si Antony n'était pas dehors en train de jouer avec Isa ce matin-là c'était parce que sa mère était dans le salon, elle regardait la télévision. Il était blotti contre elle, tandis qu'elle passait distraitement sa main dans ses cheveux. Il aimait bien ça, même s'il ne s'en rendait pas bien compte, il était parfaitement détendu, l'odeur de sa mère l'enveloppait et sa main douce le berçait. Il n'était pas fatigué puisqu'il venait juste de se lever mais il se sentait mou.

« Tu as mangé ? » chuchota-t-elle en caressant son profil.

« Hum, oui, des céréales, j'ai fini le paquet, j'ai eu la figurine du schtroumpf bricoleur encore.

-Désolée mon cœur murmura sa mère, on essaiera une autre marque d'accord ?

-C'est pas grave, est-ce que je peux le donner à Isa ? Elle va me faire un porte clé en échange.

-Si tu veux. »

Madame Masen frissonna et réajusta le coussin dans son dos. Son bras la lançait et elle était obligée de quitter à regret l'étreinte de son fils.

« Tu as mal ? » Demanda-t-il et elle vit clairement l'inquiétude dans ses somptueux petits yeux verts.

« Je suis un peu engourdie. » Minimisa-t-elle et Antony se dressa sur ses genoux pour masser sa main.

Avec application il commença par le bout des doigts, il appuya doucement sur les fines phalanges des doigts de sa mère, s'émerveillant de la multitude de couleurs que prenait la pierre translucide sur sa bague. Petit à petit il remonta sur sa paume et le poignet, passant et passant sans relâche mais avec douceur sur l'épiderme doux de sa maman. C'était ennuyeux de faire ça, mais le visage de sa mère se détendait et ça le soulageait. Quand l'épisode de Dallas toucha à sa fin, sa mère coupa le poste de télévision et se tourna vers lui.

« Merci petit infirmier ! » Elle déposa un énorme baiser sur sa joue et Antony éclata de rire parce que le souffle dans son cou le chatouillait. « Bon et si tu allais jouer un peu, je vais monter me reposer jusqu'au déjeuner d'accord ?

-D'accord. » Sourit-il et avant même qu'Elisabeth n'ait pu ajouter quoi que ce soit il s'en allait en sautillant, brandissant son schtroumpf bricoleur au dessus de sa tête.

Dans tes rêves

« Je m'en fous ! » Grogne Bella en balançant son téléphone à travers la pièce pour qu'il rebondisse sur son lit.

« Il te l'a dit gentiment ! » Tempère Alice.

« Non ! Non ! J'en ai rien à faire de sa vie à ce… brrr ! Il m'énerve ! Je savais que c'était une idée pourrie de me mettre en binôme avec lui ! Merde bon sang !

-Grâce à lui on peut rentrer à la soirée chez les Sigma.

-Pour ce que j'en ai à cirer des Sigma !

-Bella ? Qu'est ce qu'il y a ? » Couine Alice, ne reconnaissant pas du tout sa copine. « Il y a une semaine tu étais prête à faire n'importe quoi pour t'amuser et là tu n'as plus le goût de rien !

-Oui bah je dois trouver un créneau avec mon partenaire pour ce devoir et je n'ai pas du tout d'idée là tu vois alors soirée ou pas, je m'en fous ! Je vais appeler ma mère !

-Bien, je descends au foyer, si tu me cherches.

-Ok ! »

Bella grogne de nouveau de frustration, que Seth la plante la rend dingue. Ce crétin ne peut pas se décider à annuler plus tôt ? Non, il a fallut qu'il lui dise oui et revienne en arrière.

Les sonneries se multiplient avant que Renée ne décroche.

« Salut Chérie, » dit-elle joyeuse.

« Coucou M'man, » dit Bella sans joie.

« Que passa ? » Demande sa mère entendant dans la voix de sa progéniture son irritation.

« Seth m'a encore plantée pour notre devoir de sciences humaines.

-Oh chérie ! Je suis désolée, comment tu vas faire ?

-Je n'en sais rien, soit je trouve quelqu'un, soit je le fais toute seule ! Ça va me prendre beaucoup plus de temps. Je ne pense pas rentrer le week-end prochain, est-ce que celui d'après vous êtes là ?

-Non, on retourne à Jacksonville.

-Encore ? » Crie Bella ahurie c'est la cinquième fois cette année qu'ils vont en Floride. « Bon sang mais vous êtes accroc aux piqûres de moustique ou quoi ?

-Non, ce sont les pamplemousses qui nous attirent irrémédiablement. » Coupe sa mère avant de reprendre : « non Phil rencontre de nouveau l'équipe.

-Vous allez retourner vivre là bas alors ?

-Je pense, oui, Chérie. »

Bella soupire, sa mère va encore plus s'éloigner, et elle soupire encore plus parce que ça n'arrange pas son problème de sciences humaines.

« Bon eh bien, j'imagine qu'on se verra dans trois semaines alors.

-Oui, je t'appelle demain ma puce, mon chef râle ! Bisous chérie.

-Bisous M'man, à demain. »

Elle grogne encore, pourquoi les choses ne vont-elles jamais comme elles devraient ? Elle fait défiler son répertoire de contacts, espérant trouver un remplaçant. Les noms défilent vite, surtout masculins, elle ne se souvient même pas de la plupart des visages qui vont avec et aucun candidat potentiel pour remplacer Seth, elle va devoir se contenter de son agenda incertain.

« Fuck ! » Elle balance son téléphone dans son sac et quitte sa chambre. Elle a besoin de prendre l'air maintenant, tout de suite. Elle emporte son bouquin de sciences humaines avec elle. Le soleil brille dans les rues du campus. Et elle hésite entre le calme de la bibliothèque, grande pièce sombre et morte et un café lumineux, agréable et animé. Son choix se porte sur la deuxième option quand par association d'idée elle pense à Edward Cullen.

Elle traverse la rue et rentre dans le bar où samedi soir, elle a rencontré le sept cent dixième homme de sa vie. Sauf que par rapport au sept cent neuf précédents, lui, n'a même pas daigné lui jeter un regard. Foutu gay.

Edward est au même moment dans la chambre qu'il partage avec Jasper dans la grande Maison des Sigma. Il vient de finir de relire son dernier cours de droit des entreprises et passe une chemise propre pour prendre son service au Tricératops, le bar au nom le plus stupide qu'il n'ait jamais entendu mais qui a bien voulu l'embaucher quand il s'est rendu compte que sa bourse d'études ne paierait pas tous ses frais de scolarité et que son père ne pouvait pas rallonger.

Il prend son service une heure plus tard, il sait que la soirée va être longue et qu'il serait bien plus utile de réviser. Il rentre par derrière, serre la main de son patron qui fait l'inventaire dans l'arrière boutique et il va saluer Casey, le serveur qui a le service avant le sien.

« Salut Edward », dit le jeune homme en souriant de soulagement, Edward ne manque pas son sourire large, il aura le même dans six heures, quand il abaissera le rideau métallique.

« Salut Casey, ça va ?

-Ouais, rien de particulier, j'ai compté ma caisse, les fûts sont pleins, bonne soirée !

-Merci, salut ! »

Edward soupire en faisant un tour d'horizon de la salle, il n'y a pas grand monde pour l'instant, la soirée commence juste. Ses yeux s'égarent sur la jeune fille brune assise dans l'angle, de profil, elle vient de balancer ses cheveux derrière ses épaules et l'espace d'une seconde ce geste lui a semblé familier. Il penche un peu la tête, la scrutant, elle doit être en cours avec lui. Elle est jolie en tout cas. La jeune femme tourne la tête vers lui, ses grands yeux bruns trouvent les siens et elle lui fait un immense sourire. La connexion dans son cerveau se fait immédiatement, c'est Bella, l'amie d'Alice la future conquête de Jasper. La brune fait partie du groupe de décérébrées qui ont pris d'assaut son bar le week-end dernier.

Il détourne le regard, feignant de ne pas la connaître, ce qui est vrai car il ne lui a pas parlé. C'est Jasper qui l'a mentionnée alors que la fille s'adonnait à un show assez spectaculaire et équivoque avec deux gars de l'équipe de football. Dans l'idée, il ne veut pas attirer l'attention sur lui ou qu'elle pense qu'il éprouve un quelconque intérêt pour elle. Elle ne fait pas du tout partie des filles qui l'intéressent. Bon en réalité il n'y a pas beaucoup de filles qui l'intéressent mais celle-la encore moins. Trop exubérante, trop sure d'elle, trop jolie pour être humble et bien souvent trop stupide.

Un livre de sciences humaines se retrouve sous son nez alors qu'il essaie vaillamment de gagner un combat avec cette foutue boite plastique qui contient les piques en bois qu'il met dans ses cocktails. Il relève les yeux, s'apprêtant à demander au propriétaire du livre ce qu'il souhaite boire mais les grands yeux chocolat le laissent sans voix. Il frissonne même, ne sachant pas vraiment pourquoi mais ça lui retourne le ventre.

« Salut ! » Murmure la fille. Edward regarde par-dessus sa fine épaule, la table où elle se tenait il y a une seconde est vide et elle est là, à cinquante centimètres de lui, son verre de soda face à elle.

« Bonjour ? Vous souhaitez autre chose ? » Dit-il très professionnellement baissant de nouveau les yeux vers la foutue boite récalcitrante. Il ignore royalement le sourire aguicheur de la jeune fille, qui se brise, aussi vite que son ego.

« Non, rien, juste, je me demandais, on ne s'est pas déjà rencontré ? » Edward se mord la joue pour ne pas rire. Tellement minable comme approche, encore plus clichée que le cliché qu'elle est. Les ongles de la fille tapotent sur le bar et Edward focalise un peu trop son attention sur les fleurs roses et bleues joliment dessinées. Grandis un peu ! A-t-il subitement envie de crier, ses motifs font tellement enfantins.

« Non. Je suis sûr que non » finit-il par dire. Coupant court à toute conversation. Il arrive alors à ouvrir la boite et s'éloigne vers le coin opposé du bar. Il prépare d'avance les petits cubes de fruits qui ornent ses boissons. Il sait qu'il n'aura pas le temps de faire ça s'il y a du monde. Après quelques minutes, il tente un coup d'œil vers l'endroit où il a laissé la fille en plan. Il est soulagé de voir qu'elle a décampé.

Il n'aime pas être impoli mais il connaît bien ce genre de filles et il sait que s'il bavarde, bien que tout à fait innocemment avec elle, elle ne le lâchera plus. Il sait parfaitement où ça va mener. Elle va le traquer pour le séduire, elle va lui foutre ses seins sous le nez et ça va se finir contre un mur, dans une cage d'escalier ou dans son dortoir pour deux ou trois heures et après ça sera des semaines de scandale. Parce qu'il n'est pas foutu de garder son attention plus de trois heures sur une fille.

Pourquoi ? Il ne se l'explique pas. Aussi charmante et désirable qu'elle soit, aussi intelligente et drôle qu'elle puisse être, ces derniers mois sont là pour en attester, il n'a pas du tout le goût à avoir une copine.

Pourtant il sait qu'il y a quelqu'un ici, sur cette terre, qui est fait pour lui, il le sent, au plus profond de lui. Elle n'a pas de visage précis, ni un caractère ou des centres d'intérêts particuliers, mais quand il la verra, il saura que c'est elle et il n'aura plus du tout envie de s'en détacher une seconde. Son alter-ego est quelque part, il n'a pas perdu espoir.