Chapitre 8
Chez les anges
Isa était assise sur la première branche du sapin, contre le tronc. Antony était à cheval sur celle du dessus. Elle poussait alternativement les pieds de son ami qui se balançaient dans le vide devant elle. Antony la laissait faire, il avait l'impression que ses jambes étaient du chewing-gum.
« J'aimerais bien avoir les jambes élastiques » dit-il en repensant aux dessins animés qu'ils avaient regardés la veille chez Isa.
« Ouais, tu pourrais grimper partout. Moi j'aimerais bien… » Isa ne termina pas sa phrase, les volets du premier venaient de s'ouvrir et la tête de monsieur Carlisle apparut par l'ouverture. Il cherchait les enfants du regard. Isa fit des grands gestes pour attirer son attention. Il lui rendit un petit signe de main quand enfin il repéra les bambins dans l'arbre.
« Monsieur Carlisle ne va plus au travail ? » Demanda la petite fille surprise, ça faisait plusieurs jours qu'elle le voyait ici, et ce n'était pas le week-end.
« Non, murmura Antony, il reste à la maison maintenant. »
« Pourquoi ? » interrogea encore Isa et Antony frissonna. Il ne savait pas exactement pourquoi mais il sentait au fond de lui que ça n'augurait rien de bon. Et son ventre se tordait de douleur en y pensant, ça lui donnait envie de pleurer.
« Parce que Maman veut qu'il reste. Répondit-il simplement.
-Mais c'est pas obligé d'aller travailler ? Papa dit toujours qu'il est obligé.
-Je ne sais pas, dit tristement Antony. Ma maman elle est malade alors elle doit l'excuser.
-Oui, quand je suis malade pour l'école, maman elle fait un mot. Mais je n'ai jamais été malade comme ta maman.
-Moi non plus » murmura tristement Antony. La peine dans sa voix rendit triste Isa, elle arrêta de balancer son pied et ses petits doigts s'enroulèrent autour de la cheville de son petit voisin.
« Est-ce qu'elle va guérir ? Finit-elle par demander.
-On ne sait pas, elle doit se reposer pour ça. Mais après elle ira avec les anges.
-Les anges ? Isa étaient confuse, elle ne voyait pas le rapport.
-Quand les gens sont malades, ils meurent et ils vont avec les anges. Expliqua doucement Antony.
-Ta maman va aller avec les anges ?
-C'est ce que Carlisle a dit, maman veut y aller aussi, elle dit que c'est bien là haut. Il y a tous les gens que tu connais qui sont déjà morts et puis tu peux faire ce que tu veux.
-Mais si elle part là-haut tu ne la verras plus ?
-Oui, mais je pourrais lui parler parce que les anges ils entendent tout, et ils nous regardent.
-J'aimerai pas que ma maman elle parte. » Trancha Isa, ne comprenant pas pourquoi Antony n'était pas en colère ou triste pour ça. Qui est-ce qui allait lui faire à manger ? L'aider pour ses devoirs et lui dire quels habits mettre le matin ?
« Tu pourras aller avec elle ?
-Non, je ne suis pas malade, je resterais avec Carlisle. »
Antony frissonna, il n'aimait pas penser à ça, il espérait qu'elle change d'avis et qu'elle ne parte pas tout de suite. Il n'arrivait pas imaginer ce que ça ferait d'être sans elle. Mais il y aurait toujours Isa pour savoir quoi faire.
« On va attraper des grenouilles ? » Demanda-t-elle.
Il hocha la tête et sauta au pied de l'arbre. Isa le regarda impressionnée. Il l'aida ensuite à descendre, sans même qu'elle ait à lui demander. Elle n'aimerait pas non plus qu'Antony aille avec les anges, parce qu'il ne pourrait plus s'occuper d'elle s'il n'était plus là.
B & E
Bella passe de nouveau ses doigts sur ses lèvres, ressentant encore la présence brûlante de celles d'Edward. Elle ne sait pas comment elle a fait pour rester aussi froide après un baiser aussi chaud. C'était inattendu et vraiment incroyable mais il y a mis fin aussi vite qu'il était arrivé et après, monsieur glaçon était de retour.
Elle a du mal à comprendre comment elle a fait pour rester immobile près de lui pendant l'heure qui a suivi, comment elle a fait pour faire comme si rien ne s'était passé, comme lui.
Mais maintenant, elle est là, dans ce bar, à le regarder flirter avec toutes ces filles alors qu'il y a trois heures, ses lèvres étaient sur les siennes et lui offraient un baiser comme elle en a toujours rêvé.
La petite fille en elle avait toujours imaginé que son premier baiser serait comme celui là. La vie l'avait bien sûr déçue, son premier baiser avec la langue avait été baveux, les premières caresses qu'elle avait partagées avec un homme avait été maladroites et gênantes et son premier orgasme bien trop solitaire. Mais le baiser d'Edward Cullen avait réveillé tous ses rêves de petite fille, il y avait forcément un homme quelque part pour elle qui embrassait comme Edward, mais qui ne se retrouvait pas quelques heures plus tard à rire et parler avec trois filles la laissant là, misérable.
En arrivant à la fac jamais elle n'avait pensé qu'elle tomberait amoureuse d'un garçon comme lui, elle s'était moquée tellement de fois de ses copines qui s'amourachaient de mecs qui n'en valaient pas la peine, qui ne les respectaient pas et aujourd'hui elle en faisait partie ! Elle était devenue cette fille stupide qui ferait n'importe quoi pour un garçon qui n'avait aucune considération pour elle.
Et le pire dans tout ça, c'est qu'elle ne le connaissait même pas, elle savait qu'il était en droit, qu'il avait vingt et un an, qu'il venait de Portland, qu'il était brillant et elle avait découvert par elle-même qu'il était beaucoup trop d'humeur changeante.
Edward de l'autre côté du bar, essaie de se distraite comme il peut en faisant poliment la conversation avec les filles qui lui sont tombées dessus quand il est allé se chercher une bière. Elles sont arrivées à point nommé parce qu'il n'en pouvait plus d'être assis face à la brune qui l'avait poussé à se comporter comme un connard.
Il n'écoute que distraitement la conversation qui se joue autour de lui. Se contente d'afficher un faux sourire bien large et essaie par tous les moyens de sortir ce baiser de sa tête. Ce n'est qu'un baiser tente-t-il de se convaincre, porté par une simple pulsion d'homme, mais aussi fort qu'il essaie, dans le fond, une petite voix lui dit que c'est plus que ça. Et ça lui fait peur, il veut la faire taire, parce qu'il déteste que cette fille ait cette emprise sur lui. Il la désire terriblement, aussi fortement qu'il la hait. Il ne s'explique pas cette haine viscérale, ce malaise qui l'étreint quand il est face à elle et ce plaisir incommensurable que sa bouche lui procure.
« Hé mec ! » Jasper interrompt la conversation, Edward est surpris de voir que deux des filles sont parties et que la plus grande, la rousse, est complètement collée à lui maintenant. Il ne sait pas à quel moment ça c'est produit.
« Ouais ? » Demande-t-il en vidant sa bouteille avant de la poser sur le bar.
« Je voudrais passer la nuit avec Alice, ça te dérange, si je lui propose, de prendre le canap' ? Juste cette nuit mec ! » S'empresse-t-il d'ajouter pour le rassurer.
Edward sait que le canapé en bas est juste trop mou et chaque ressort, un supplice pour le dos. Il soupire, ça le fait vraiment chier, mais son pote a l'air tellement d'y tenir qu'il accepte.
« Ok, je prendrai le canapé.
-Il y a de la place chez moi, » murmure la fille contre lui. Il examine sa proposition rapidement, ça sera mieux que le canapé, puis il réagit et secoue la tête négativement.
« Non je te remercie, le canapé me va bien. » Il lui a juste fallu imaginer rentrer chez cette fille pour se rendre compte que c'est une connerie.
« En tout bien tout honneur » ajoute-t-elle visiblement inquiète qu'il ait pu penser à autre chose. Et oui Edward a pensé à autre chose et il ne croit pas une seconde que ce soit purement par charité d'âme qu'elle ait proposé ça, ça se voit comme le nez au milieu de la figure, rien qu'à la façon qu'elle a d'effleurer son bras avec sa poitrine. Une remarque acide meurt sur ses lèvres, il n'a pas envie de se prendre la tête à lui expliquer le pourquoi du comment il ne la culbutera pas.
«Merci Mec, je te revaudrai ça ! » Dit Jasper en lui claquant l'épaule. Edward pose un billet sur le bar, il n'a plus rien à foutre ici. Jasper va rentrer avec sa nana, Emmett aussi, Seth est parti tôt car demain il retourne chez ses parents de bonne heure. Il va saluer ses potes et traîne son corps hors du bar. La terrasse a été prise d'assaut par les fumeurs et il a du mal à se frayer un chemin. Il parvient à gagner le trottoir et remarque tout de suite Bella appuyée contre le mur, à l'angle de la ruelle.
« Qu'est-ce que tu fous ? » Demande-t-il un peu sèchement mais il est surtout étonné de la voir là, seule, à l'entrée de cette rue pas très éclairée. Bella qui est sortie quelques minutes pour prendre l'air, la vision de la rousse à deux doigts d'enfoncer sa langue dans la bouche d'Edward étant trop insupportable pour son petit cœur bousillé, est franchement contrariée de le voir là. Il fout clairement en l'air son moment de quiétude.
« Je prends l'air. » Répond-elle froidement en détournant le regard, elle déteste lui parler sur ce ton même si lui ne se gêne pas pour le faire.
Quand il entend l'amertume dans la voix de la fille. Il imagine bien qu'elle est en colère contre lui, il ne peut pas lui en vouloir, il s'est comporté comme un con. Lui rouler une pelle était une idée stupide d'autant plus pour l'ignorer après, donc oui il mérite sa colère et il pense que s'excuser serait la chose à faire.
Il avance de quelques pas, cherchant ses mots, il toussote pour s'éclaircir la voix. A ce son, Bella redresse la tête, se demande ce qu'il fait encore ici, et dans ses troublants iris verts, elle se rend compte qu'il est tout près d'elle.
« Bella… je suis… Est-ce que tu vas bien ? » Finit-il dans un souffle inquiet de voir des larmes jaillir de ses yeux bruns. C'est évident que si elle se met à pleurer, son cœur va se mettre à se déliter en tout petits morceaux, déjà là, il sent chacune de ses barrières s'effriter et l'envie de la prendre dans ses bras, la réconforter, la rassurer devient de plus en plus forte.
« Tu me donnes le tournis Edward ! » Claque-t-elle en contournant son corps pour partir et c'est plus fort que lui il part à sa suite.
« Bella attends ! » Dit-il en attrapant doucement l'arrière de son coude quand elle traverse la rue. Elle a envie de hurler sur lui, pour qu'il la laisse tranquille, pour qu'il arrête de jouer avec elle. Elle voudrait ne plus jamais lui adresser la parole. Mais la main de l'homme glisse sur son avant-bras, se serre autour de son poignet et ça fait vibrer son cœur quand il l'entraîne jusqu'au trottoir d'en face.
« Edward, je t'en prie, » couine-t-elle en se figeant. Le corps d'Edward se retrouve devant elle, l'empêchant d'ouvrir la porte qui la sépare de son dortoir.
« Bella je suis désolé. » Le pouce d'Edward se met à faire des petits cercles à l'intérieur de son poignet, il est nerveux, elle frisonne de la tête aux pieds.
« Désolé de quoi ? grince-t-elle.
-De t'avoir embrassée au ciné, je ne sais pas ce qu'il m'a pris ! Tente-t-il de se justifier mais cela n'explique rien du tout.
-Ce n'est pas grave, je devrais survivre. » Ment-elle, en attrapant ses clés de sa poche pour les enfoncer dans la serrure. Au fond, pour elle, c'est vraiment grave, elle ne supporte plus l'ascenseur émotionnel qu'il lui fait vivre, ça la met complètement en vrac.
« Hé ! Je m'excuse ok ? » S'agace-t-il de se faire envoyer promener malgré ses excuses. Il ne lui doit rien, mais il le fait, elle pourrait considérer ça quand même. Il la retient de nouveau quand elle essaie de rentrer chez elle.
« Hé mais tu marches à l'envers toi ! S'énerve-t-elle pour de bon, J'en ai ras le bol que tu me hurles dessus ! Soit tu m'ignores, soit tu m'engueules, soit tu m'embrasses ! Qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ? » Elle assène sa dernière question par un coup de poing dans son pectoral droit et Edward recule, plus surpris par le geste que par la douleur.
Il reste bouche bée face aux yeux noirs de colère face à lui. Aussi loin qu'il se souvienne, il n'aurait jamais imaginé voir autant de haine lui être adressée dans ces sublimes iris sombres. Comme il ne répond pas et que les vannes sont désormais ouvertes et qu'elle est à deux doigts de pleurer Bella lâche tout ce qu'elle a :
« Ça fait un mois que tu m'ignores complètement et si tu t'adresses à moi c'est pour me crier dessus, je n'en ai rien à faire de tes excuses Edward ! Tu me détestes pour je ne sais quelle raison et je ne sais pas non plus pourquoi tu prends un malin plaisir à me faire me sentir mal !
-Pardon ! ce n'était pas le but !
-Peu importe ! Maintenant c'est foutu ! Ce n'est pas des excuses qui vont me faire me sentir mieux ! Tant mieux si ça soulage ta conscience, mais si tu veux faire quelque chose de bien, explique-moi pourquoi tu me détestes ? Qu'est-ce que je t'ai fait bordel ?
-Je n'en sais rien ! S'exaspère-t-il, je ne sais pas, c'est … c'est plus fort que moi !
-Je ne t'ai rien fait !
-Je sais ! Je suis désolé !
-Alors pourquoi tu t'énerves sur moi tout le temps ? Pourquoi tu n''essaies même pas de me connaître ? On pourrait parler comme deux êtres normaux, je ne te demande pas d'être mon ami, mais juste de … en fait je ne sais même pas pourquoi j'essaie d'être sympa avec toi, t'es trop méchant ! »
La hanche de Bella pousse la porte vitrée, elle en a assez de se ridiculiser face à lui, il la fait se sentir comme une gamine colérique. Et c'est exactement pour cette raison que la main d'Edward se referme sur la sienne, la voix de petite fille qu'elle a utilisée lui a fait perdre toutes ses bonnes résolutions. Il ne voulait plus s'approcher d'elle, il n'a plus qu'une envie maintenant c'est de l'avoir dans ses bras, de la réconforter et de la faire se sentir bien.
« Bella ? S'il te plaît, je m'excuse !
-Non ! » Assène-t-elle, il ne mérite pas d'être pardonné.
Frustré et en colère par son refus, il resserre sa prise et la tire vers lui. Bien décidé à lui faire dire oui, il déteste qu'elle le provoque ainsi, il ne laissera pas tomber, il aura ce qu'il veut. Leurs regards se connectent et se lancent des éclairs. Elle a envie de l'étrangler, il a envie de la faire taire, quoi qu'elle s'apprête à dire avec sa bouche entrouverte il la fera taire.
« Edw'… »
La bouche d'Edward est sur la sienne. Peu importe ce qu'elle allait dire. Il va dompter ce caractère de feu, il veut la faire plier, il veut la posséder, elle est à lui. Avant même qu'elle n'ait compris quoi que ce soit, ses petits doigts sont enfouis dans ses cheveux, à l'arrière de sa tête et elle tire son visage vers elle pour en prendre plus. Ça n'excuse rien, mais c'est grandiose. Comme dans le cinéma, c'est l'explosion en elle. Elle ne pense plus, elle ne réfléchis plus, c'est instinctif, elle a besoin de lui. Elle ne sait pas pourquoi il lui fait cet effet mais là tout de suite il la pousse contre le mur dans l'entrée et elle a juste envie qu'il la prenne comme une bête.
Lui a exactement la même envie, il ne veut pas se disputer avec elle, il ne veut pas parler ou essayer de comprendre, il a ses bras entourés autour de son corps et pas question qu'elle en bouge. Tant pis si ça doit se finir en pugilat, il la veut, il veut aller jusqu'au bout, prendre tout ce qu'elle peut lui donner et enfin en finir avec cette frustration qui l'envahit chaque fois qu'elle est moins de cinq mètres de lui. Il pense sincèrement qu'il arrêtera de se tourmenter à propos d'elle quand il l'aura physiquement consommée, c'est la seule solution.
« Je te veux ! » Grogne-t-il très honnêtement contre sa bouche. La main de Bella lui répond, l'entraînant déjà vers l'ascenseur. La cabine est au rez-de-chaussée et s'ouvre rapidement, elle le tire à l'intérieur, elle a trop peur qu'il change d'avis, retrouve ses esprits. Elle sent qu'elle est sur le point de gagner et comme ses mains sont partout sur elle alors qu'il l'accule contre le fond pour sucer la peau de son cou, elle sent le sourire de la victoire se dessiner sur ses lèvres.
Elle espère qu'en fait, son comportement à la con des dernières semaines, était lié au fait qu'elle lui plaisait, une réaction étrange mais elle sait qu'Edward est étrange, elle l'a su à la seconde où elle a croisé son regard pour la première fois.
