Chapitre 10

Enfin

Edward descend les escaliers en trombe, sautant les quatre dernières marches d'un bon. Il ouvre la porte du séjour à la volée et il rattrape Bella sur le trottoir. Elle hoquette de surprise quand elle sent une main s'enrouler autour de son bras. Elle est tirée en arrière et une fraction de seconde plus tard, Edward l'a fermement plaquée contre lui. Il prend une grande inspiration par le nez, directement dans ses cheveux. L'odeur est fabuleuse et tout prend son sens. Il ne la déteste plus.

« Putain Isa je suis désolé ! Pardon, pardon ! » Déblatère-t-il en resserrant son étreinte parce qu'elle se débat et qu'il n'a pas du tout envie qu'elle s'éloigne. Il a un million de choses à lui demander. Mais Bella n'a pas du tout envie de lui parler, elle n'arrive pas à encaisser, son dernier rêve de petite fille, de retrouver un jour Antony, vient de se briser. Même ça il l'a foutu en l'air.

« Lâche-moi ! Crie-t-elle en le repoussant.

-Isa, non, je t'en prie ! » Il coince son menton entre ses doigts et l'oblige à relever la tête, il doit voir ses yeux. Ils sont noyés sous les eaux, de grandes traînées noires salissent ses joues et il caresse ses pommettes pour faire partir le maquillage qui a coulé.

Bella est surprise par la douceur de son geste, touchée par la sincérité qui émane des ses yeux. Elle sait qu'il est sincère, qu'il s'excuse réellement, les yeux face à elle ne mentent pas, ne lui ont jamais menti, mais elle ne peut pas croire que ce soit les mêmes. Antony ne lui aurait jamais parlé ainsi, ne l'aurait jamais traitée de cette manière.

« Je peux pas croire que ce soit toi ! Crache-t-elle presque avec colère.

-C'est moi, je te jure, c'est moi Isa, je suis Antony.

-Non, tu me détestes, tu n'as aucun respect pour moi, Antony ne m'aurait jamais fait ça ! » Elle le repousse une nouvelle fois. Mais il s'agrippe à elle, il ne veut pas la laisser partir.

« Edward laisse-la ! » Ordonne une voix derrière lui et Bella croise les yeux noirs de Sam.

Edward se retourne et regarde son pote.

« Lâche-la, tu ne vois pas qu'elle ne veut pas te parler ! »

Edward desserre sa poigne autour des bras de Bella. Elle recule de deux pas instantanément, le regarde furtivement de haut en bas et une horrible sensation monte en elle. C'est lui, c'est bien lui, aucun doute, mais la déception est trop forte et le malaise grandit en elle. Elle s'éloigne sans en avoir vraiment conscience.

Antony regarde Isa partir, il ne peut même pas la retenir, son estomac se retourne, il a envie de vomir. Il a huit ans à nouveau et sa meilleure amie vient de quitter le pas de sa porte en larmes, pour la dernière fois.

La main de Sam se pose sur son épaule il demande doucement :

« Qu'est ce qui se passe Ed ? » Edward est hagard, il a la tête qui tourne, il pense à tout ce qui a suivit le départ d'Isa. Il va vomir, c'est évident.

« Edward ? Oh? » Sam commence à paniquer et le secoue. « Mec ? » Son pote est livide, on il dirait qu'il vient de voir un fantôme.

« Isa, c'était Isa… il est sous le choc et tout se bouscule dans sa tête.

-Mec, qui est Isa ?

-Bella, c'est Isa, on a grandi ensemble.

-Quoi ? Sam ne comprend rien, il pense qu'Edward a réellement disjoncté.

-On était voisins, quand on était petits.

-Ah euh… d'accord, » Sam ne sait pas quoi dire, il ne voit pas pourquoi il se met dans cet état pour ça, c'est plutôt cool et si ça permet de briser la glace entre eux, c'est une bonne nouvelle.

Edward comprend à ce moment là que cette fille superficielle et agaçante connaît ses plus grands chagrins, ses plus grandes peurs. Elle l'a vu pleurer, elle l'a consolé. Il avait une confiance absolue en elle et ce qu'il ressentait pour elle, il ne l'a plus jamais ressenti pour personne. Elle était la première et la seule.

« Je suis un gros con, dit Edward tout simplement.

-Qu'est ce que tu lui as fait ?

-Je l'ai baisée et je me suis tiré, » répond-t-il en prenant conscience de la gravité de son geste. Sa première fois avec elle complètement foutue en l'air à cause des putains de barrières qu'il a érigées tout autour de son cœur en l'attendant.

« Elle s'en remettra va ! Ne t'inquiète pas. Dit Sam avec décontraction.

-Si je m'inquiète. Elle me déteste. » Il vient de prendre le retour du boomerang en pleine gueule, des flashs de toutes les fois où il a hurlé sur elle, la façon dont il l'a traitée. « Putain ! Je suis le roi des cons ! » Crie-t-il en colère au milieu de la rue.

« Ed, mon pote, ça va, c'est cool. Laisse-la se calmer, vous en parlerez plus tard, à froid. »

Edward hoche la tête, certain qu'il lui parlera, certain qu'ils devront s'expliquer. Il veut déjà la retrouver mais il sait que ça ne sert à rien pour l'instant, il va la laisser se calmer.

- X -

Bella marche furieusement vers la cité universitaire, elle monte dans sa chambre et est soulagée qu'Alice ne soit pas là. Elle ne sait même pas comment elle va lui expliquer ça. Elle s'écroule sur son lit et se met à pleurer. Comment Antony a pu lui faire ça, Edward ce n'est pas étonnant mais lui ? Comment se fait-il qu'il soit devenu ainsi ? Où est passé le roi ? Le chevalier valeureux ? Le petit garçon attentionné et doux ? Les sanglots n'en finissent plus de couler. Elle est tellement en colère. Et pourquoi a-t-il changé de nom ? S'il avait gardé son nom, elle l'aurait reconnu c'est évident ! Comment est-il passé d'Antony Masen, à Edward Cullen ? Comment cela est-il possible ?

Ses sanglots cessent au bout de longues minutes d'interrogation. Elle baille à plusieurs reprises. Comment Antony a pu devenir ce connard arrogant ? Aucune réponse ne vient, elle est trop fatiguée et chamboulée pour raisonner correctement et trouver des explications logiques.

« Bella ? Chuchota Alice.

-Hum ?

- Il y a Edward qui veut te parler, Bella.

-Quoi ? » Elle ouvre les yeux et découvre son amie Alice penchée au-dessus d'elle.

« Edward est dans le couloir, il veut te voir. »

Bella frotte ses yeux ensommeillés, elle sent le maquillage tirer sa peau. Elle n'a pas du tout compris ce qui se passe.

« Dis-lui que j'arrive dans deux minutes. » Alice hoche la tête et s'éloigne vers la porte.

Bella se lève mollement et se dirige vers la salle de bain. Elle doit se démaquiller d'urgence. Elle se déteste de s'être endormie avec tout ça sur le visage. Elle n'a pas le temps de lisser ses cheveux qui sont dans un joyeux bordel. Elle a une sale tête, elle a trop pleuré et pas assez dormi la nuit dernière. Mais désormais elle ne pourra rien arranger. Il faudrait une plombe pour qu'elle retrouve forme humaine. Et maintenant, elle n'en a plus rien à foutre de ce qu'il peut penser d'elle. Il a tout foutu en l'air de toute façon.

Elle ouvre la porte de la chambre, il est appuyé contre le mur du couloir, regardant distraitement la pointe de sa chaussure. Alice a filé dans l'entrefaite.

« Salut, » dit Bella, simplement parce que c'est la chose à dire.

« Salut, chuchote presque Antony. Je peux entrer ? » Il daigne enfin lever les yeux vers elle. Son cœur se fissure, c'est Antony, ça ne fait aucun doute. Elle s'efface pour le laisser passer. Il entraîne avec lui cette odeur familière un peu épicée étrangement rassurante.

Ses sens à lui aussi sont en alerte, quand il rentre dans la pièce son odorat est immédiatement à l'aise avec le parfum qui flotte. Il y a beaucoup de rose et des motifs de fleurs un peu partout, sur les rideaux, la housse de couette, c'est bel et bien Isa, aucun doute là-dessus. Après plusieurs secondes d'exploration et de souvenir, il se tourne vers elle, lui tendant le nounours violet qu'il a amené avec lui.

« Tiens ! » Dit-il et Bella le regarde sans comprendre.

« Tu me le rends ! » ajoute-t-elle comme une question.

« Je l'ai eu pendant treize ans alors, si tu veux passer un peu de temps avec lui. »

Edward ne l'a pas ramené pour lui proposer une garde alternée, non, c'est pour lui montrer qu'il ne l'a pas oubliée.

Bella le comprend et lui offre un petit sourire. Elle ferme la porte de la chambre et attrape une petite trousse sur le bord de son bureau. Elle en sort une petite figurine bleue passée et la montre à Edward.

« Le schtroumpf bricoleur » ricane-t-il en tendant la main vers elle. Elle le pose dans sa grande paume et Edward frissonne quand il détaille le jouet.

La sensation dans son ventre revient, il met un nom là-dessus à présent. Cette émotion douloureuse dans son corps, c'est de la nostalgie, du chagrin, des souvenirs tragiques. Il repense aux boites de céréales, à son bol jaune avec les oreilles, son verre de jus d'orange, sa mère passant sa main dans ses cheveux.

La jeune femme face à lui a connu sa mère, elle est la preuve vivante que tout ça a bien existé et que ce n'est pas un rêve qui a fini en cauchemar. C'est arrivé, Isa est partie et sa mère est morte et ensuite…

La figurine glisse de sa main, rebondie sur le sol quand son bras retombe le long de son corps. Ses yeux plongent dans ceux d'Isa, tout est embué. Sa poitrine se serre, Antony va pleurer. Elle ouvre instinctivement ses bras, il s'y engouffre. Elle le tient le plus étroitement possible.

« Tu te souviens de ma mère ? » Demande-t-il la voix brisée dans l'épaule d'Isa.

« Je me rappelle très bien d'elle » lui répond son amie et il ouvre les vannes, pour de bon, laissant aller ses larmes contre cette pratiquement inconnue qu'il connaît depuis toujours et qui a cette faculté de voir en lui comme dans un miroir.

Pour la première fois depuis qu'il a quitté Forks, il pleure sa mère. Comme s'il avait attendu tout ce temps, pour le faire, avec elle. Et elle pleure avec lui, parce qu'elle est transpercée par ce qu'il ressent, elle le sait exactement.

« Isa, tu m'as tellement manqué murmure-t-il, tellement…. »

« Antony où étais-tu ? »