Chapitre 11
Evidence
La main de Bella est posée sur la joue d'Antony, elle caresse sa pommette du bout des doigts. Sa paume à lui est enroulée autour de son poignet et il ne la lâchera pas. Ils sont allongés sur le flanc, face à face, sur le lit de Bella et ça fait plusieurs heures maintenant qu'ils n'ont pas bougé.
« Et après ? » Chuchote Isa, ne le lâchant pas une seconde des yeux.
« Après ? On a habité un grand appartement dans Portland, je suis encore allé dans une nouvelle école, et c'est à ce moment là qu'on a eut les papiers de l'État Civil, ma nouvelle pièce d'identité. Quand Carlisle m'a reconnu, ils se sont trompés et ont inversé mes prénoms et mes noms. J'aurais dû m'appeler Antony Edward Masen Cullen, ils ont mis l'inverse. Carlisle avait fait ça tellement vite de toute façon, il ne l'admettra jamais mais peut-être que c'est lui qui a rempli le papier n'importe comment.
-Tu lui en veux ?
-Non, c'est plutôt amusant maintenant, je pourrai le faire rectifier mais à quoi bon ? Les gens m'appellent Edward depuis treize ans, j'ai l'habitude maintenant. Et je suis fier de m'appeler Cullen, j'ai toujours considéré Carlisle comme mon père, c'est normal que je porte son nom.
-J'aime bien Edward, ça te va bien, sourit Bella. Edward arque un sourcil. Ça donne un côté ancien, mystérieux, sage. »
Edward lui sourit, il est content de l'apprendre, même si elle peut bien l'appeler comme elle veut.
« Et toi ? Dit Edward, pourquoi Bella ?
-Parce qu'Isabella c'est trop long et Isa, ça faisait trop enfantin, c'est mes copines de Phoenix qui ont commencé à m'appeler comme ça, je devais avoir onze ou douze ans. C'est resté.
-C'est drôle, j'ai toujours pensé que tu étais à Jacksonville.
-On n'est même pas resté un an là-bas, ma mère a rencontré Phil, mon beau père et on l'a suivi à Phoenix, mais ils vont y retourner, le contrat de Phil se termine bientôt et sa famille est là-bas.
-Et ton père ?
-Toujours à Forks, même endroit. »
Edward frissonne, il n'y est pas retourné depuis la mort de sa mère.
« Hé Edward ? » Isa se redresse sur un coude en voyant le voile de tristesse passer sur ses yeux. Elle se penche un peu au dessus de lui. « T'es ok ? »
« Ça va, » murmure-t-il en passant sa main sur toute la longueur de son bras, jusqu'à envelopper sa petite épaule et la presser.
« Tu es devenue une femme magnifique Isa. » Fait-il pour changer de sujet, Bella passe le bout de ses doigts sur ses lèvres minces. Il esquisse un sourire et embrasse le bout de son index.
« J'ai envie de t'embrasser, » dit-elle comme un secret en fixant sa bouche tentante. Ses yeux verts s'illuminent, il se redresse sur son coude, approche son visage.
« Je t'en prie, » souffle-t-il.
Alors délicatement, elle emprisonne le bas de son visage et l'attire à elle, Edward se laisse faire, fermant les yeux, anticipant le contact de ses lèvres. Elles sont brûlantes et douces, il les pince entre les siennes. Leur baiser reste chaste et pourtant la fièvre les étreint.
Bella recule, elle veut voir ses traits, ses yeux, savoir ce qu'il ressent. Elle n'est pas la seule à ressentir cette connexion, lui aussi sait que c'est beaucoup plus fort que la normale, entre eux c'est une évidence, ça l'a toujours été et cela même après toutes ces années.
La main d'Edward vient se loger dans le creux de sa taille, il la rapproche d'elle, leurs corps s'ajustent l'un à l'autre pour qu'il n'y ait plus un seul centimètre de vide entre eux. La tête de Bella se niche dans sa poitrine, il inspire dans ses cheveux. Il enfouit sa main dans ses boucles, la sensation de ses mèches qui glissent entre ses doigts est fabuleuse.
« C'était comment de grandir à Portland ? » Demande-t-elle doucement après un long moment de douceur.
« Normal, dit Edward. Carlisle a été un père formidable.
-C'est bien que tu l'aies eu.
-J'aurai été placé dans un foyer s'il n'avait pas été là. Carlisle a été plus présent que n'importe quel père.
-Est-ce que tu as des contacts avec ton père biologique maintenant ?
-Non, aucun, je n'ai jamais cherché à le retrouver. Et toi Bella ? Comment ça s'est passé ?
-Bien, mon père a eu beaucoup de mal à encaisser notre départ, mais il s'est remis, il se remarie au printemps.
-Et ton beau père ? »
Bella soupire, elle ne sait pas quoi dire à propos de Phil.
« Ça a été compliqué avec Phil, murmure-t-elle, il est gentil et c'est un homme bien, mais il a toujours été très autoritaire et ma mère lui voue pratiquement un culte alors… »
Edward caresse doucement le dos de Bella en la sentant se tendre. Il veut qu'elle lui en dise plus alors il patiente, attendant qu'elle se livre de manière naturelle, après tout, il a tout le temps pour apprendre à la connaître. Isa reprend doucement :
« Quand je vivais à Phoenix, je n'avais pas beaucoup le droit de sortir, Phil n'aimait pas ça. Je n'ai jamais beaucoup traîné avec mes copines en dehors de l'école. Phil ne supportait pas que je me maquille ou que je porte des vêtements trop à la mode. Ma mère l'aime trop pour s'opposer à lui. Du coup, quand j'étais ado, j'étais plutôt seule.
-Tu te rattrapes maintenant, » constate Edward.
Il sent un genre de soulagement l'envahir en pensant que maintenant elle peut être elle-même. Bella hoche la tête, c'est sûr qu'elle peut en profiter maintenant. Elle embrasse la peau du cou d'Edward, ce geste est comme un remerciement, pour son écoute et sa compréhension.
« Et le lycée ? C'était comment ? » Demande Bella. Se rappelant que c'est peut-être à cette période qu'il lui a le plus manqué.
« C'était cool, j'étais dans l'équipe de baseball, j'étais un des meilleurs lanceurs. Et toi ? Qu'est ce que tu faisais ?
-Rien, je voulais être Cheerleader mais j'avais deux pieds gauches, elles n'ont jamais voulu de moi dans l'équipe. Edward rit un peu.
-Ça ne m'étonne pas, déjà quand on était petits tu étais maladroite.
-Il n'y a qu'avec mes doigts que je sais faire des choses bien.
-Ah oui ? Hum… c'est bon à savoir, » murmure Edward en la repoussant sur le dos. Bella rit en le laissant s'installer sur elle. Il plonge ses yeux dans les siens, il a retrouvé son sérieux et la regarde intensément. C'est elle, c'est certain.
Il hésite à l'embrasser encore, il sent que tout son corps va se consumer s'il se laisse aller. Et il n'a pas vraiment le temps, il doit prendre son service dans moins d'une heure.
« Je dois aller bosser, » soupire-t-il, aujourd'hui ça le fait encore plus chier que d'habitude, il ne veut pas la quitter.
« D'accord, » dit doucement Bella en remettant de l'ordre dans les cheveux d'Antony avant d'embrasser son front. Il ronronne comme un chat en glissant son visage dans son cou.
« Est-ce qu'on se voit après ? Demande-t-il, déjà impatient de la retrouver.
-Je sors avec les filles, je ne sais pas ce qu'elles ont prévu de faire.
-Venez au bar. » Propose Edward comme une évidence, n'imaginant pas être loin d'elle pendant plusieurs heures. Il a l'impression que c'est trop tôt pour la laisser s'éloigner de lui, il vient juste de la retrouver, il a peur qu'elle disparaisse de nouveau.
Bella se mord la lèvre, elle repense à la veille et à toutes ces filles qui allaient et venaient et particulièrement à la grande rousse qui se frottait contre lui.
« Je suis pas sure que je pourrai supporter de voir toutes ces filles autour de toi.
-T'inquiète pas de ça, tu as l'exclusivité si tu la veux Bella. Dit-il très sérieusement.
-J'adorerais ! » S'exclame-t-elle d'une petite voix aiguë. Edward est touché au plus profond de son cœur quand elle prend cette voix de gamine.
« J'envisage même pas d'être avec quelqu'un d'autre que toi en ce moment.
-Et si ça ne marchait pas ? » Demande Bella inquiète en resserrant ses jambes autour de la taille d'Edward. Il se retrouve coincé contre ses hanches et une furieuse envie d'elle le prend.
« Je ne peux pas l'imaginer. » Souffle-t-il en embrassant son nez, poussant dans le même temps son bassin contre elle. Le gémissement que ça lui arrache le rend fou et il roule sur le côté en extériorisant sa frustration au travers d'un grognement.
« Je ne veux pas aller bosser ! » Crie-t-il en mordant le drap froissé sous lui.
Bella escalade son corps et dépose des baisers à l'arrière de sa nuque.
« Il le faut pourtant, » elle se retient de lécher sa peau.
« Descends de sur moi, je ne vais jamais partir. »
Elle s'exécute à regret, elle l'aurait papouillé encore des heures. Ils arrivent enfin à quitter le lit, Bella aplatit rapidement la couette tandis qu'Edward remet un peu d'ordre dans ses cheveux qu'elle n'a pas arrêté de mettre en pagaille. Il réajuste son tee-shirt et le lisse un peu avant de se tourner vers elle.
« A ce soir alors ? » Demande-t-il, n'ayant pas eu de réponse à sa question précédente.
« Oui, à ce soir, » dit Bella. Il l'embrasse chastement et quitte la chambre. Il a l'impression de planer. Elle a l'impression que le poids du monde vient de lui tomber sur les épaules. Elle doit réfléchir à tout ça.
Une fois que la porte s'est refermée derrière lui, elle s'étale de tout son long sur le lit qu'elle vient de refaire, elle contemple le plafond sans bouger et réfléchit. Elle voudrait ne pas penser. Finir son dossier de sciences humaines l'occuperait mais comment faire pour se mettre au travail ? Comment faire pour tenir jusqu'à ce soir ? Comment faire pour le sortir de sa tête. Antony… Edward… Elle n'en revient pas, une seule et même personne.
C'est tellement étrange, cet homme qu'elle connaît à peine et pourtant qui n'a aucun secret pour elle. Elle sait au fond d'elle qu'il n'est pas si différent de l'enfant qu'elle a connu et pourtant l'homme est un mystère fascinant.
Mais après tout, même si elle le comprenait, même si elle le connaissait, elle n'avait jamais vraiment réussi à cerner Antony, il était toujours ce petit garçon étrange qui prenait soin d'elle. Et ce qu'elle voudrait là tout de suite c'est qu'Edward s'occupe d'elle, qu'il la serre dans ses bras comme Antony le faisait, qu'il l'écoute et l'encourage. Elle est sure qu'il le fera, elle imagine déjà être sans cesse a ses côtés.
Cependant, elle n'est pas sure que ce soit une bonne idée d'entamer une relation avec lui tout de suite. Il a montré à plusieurs reprises à quel point il est instable, mais cette espèce de bipolarité a prisdu sens maintenant. Dans le fond, elle n'a pas peur de ça.
De plus, elle ne le considère plus comme un taré chronique ou un connard arrogant, elle peut trouver cent excuses à chacun de ses comportements et elle ne voit pas ce qu'il pourrait faire qu'elle ne puisse comprendre. C'est lui, c'est évident, celui qu'elle a toujours voulu.
A deux
Edward sourit en voyant Bella et ses copines pénétrer dans son bar, c'est devenu rituel maintenant. Il se languit toujours de la voir passer les portes, il voudrait qu'elle passe toutes ses soirées ici, avec lui quand il travaille. Ou dans sa chambre, ou la sienne quand il a quartier libre. Il ne lui demandera pas, elle a besoin de s'amuser et de vivre sa vie, mais l'attendre est toujours pénible.
Il la regarde approcher et il se sent plus léger, plus fort. Comme à chaque fois qu'elle est dans les parages, le poids s'enlève de sa poitrine, il n'est plus seul. Elle lui sourit en retour, esquissant un petit geste discret de la main.
Il détaille sa silhouette, son jean slim délavé moule ses jambes de haut en bas, ses longues jambes qu'il aime sentir nues et enroulées autour de lui. Il sourit amusé en voyant son petit top jaune fluo assorti à ses escarpins. Les couleurs ont beau être criardes, ça ne l'empêche pas de focaliser son attention sur ses courbes sublimes. Et de toute façon, le jaune lui va bien, ça fait ressortir ses cheveux bruns.
« Salut ! » S'exclame Alice en sautant sur un tabouret, Rosalie s'installe aussi et Bella se glisse entre ses deux amies. Edward n'a d'yeux que pour elle. Il se penche au-dessus du bar, attrape ses doigts, les amènent à sa bouche et dépose un baiser dessus. Sa petite princesse rougit, il est toujours fier de son effet.
« Content que tu sois venue, » dit-il sans se préoccuper de ses potes qui viennent de rejoindre les filles.
« Contente que ça te fasse plaisir » répond-elle complètement perdue dans ses yeux.
Il n'y a plus personne dans le bar, ils n'y sont mêmes plus d'ailleurs, ils sont dans leur royaume imaginaire, seuls au monde.
« Ed ! Mec ! Envoie une bouteille de Vodka ! » Il jette un coup d'œil à Sam, qui vient de le héler, il est derrière Bella. Edward s'exécute, sort un grand plateau et pose quelques verres dessus. Bella ne le lâche pas du regard. Tout lui plaît chez son mec, son physique d'athlète, son visage d'ange, la façon dont il bouge. Elle adore la moindre de ses mimiques, comment il fronce les sourcils, se pince les lèvres ou comment sa voix résonne en elle. Elle est éblouie. A l'instant même, elle se fait violence pour ne pas escalader le comptoir et faire une proposition indécente au barman.
« Tu es ivre ! » Se moque-t-il en déposant son cocktail préféré devant elle. Il la connaît par cœur, elle pense à des trucs cochons et pas que ça le dérange habituellement mais il ne va pas tenir si elle le mate ainsi jusqu'à la fin de son service.
« Faux ! » Dit-elle un peu trop fort.
« Oh si tu l'es, » ricane-t-il. Il sait que sa petite amie n'a pas de problème avec l'alcool, mais ce n'est pas la première fois qu'il la voit un peu pompette et elle a l'air d'une furie en chaleur. « Cesse de me regarder comme ça alors ! ordonne-t-il.
-Impossible tu es trop hot !
-Tu es ivre ! » Rit-il pour de bon et Bella aimerait aller fourrer sa langue dans sa bouche pour le faire taire. Ouais il a raison, elle est un peu saoule, mais plutôt mourir que de l'admettre. Elle lui tire la langue, il explose de rire.
Il continue à servir des verres et encaisser de l'argent, Bella ne cesse de le regarder. Elle parle avec ses amis parfois mais la plus part du temps, ils se regardent et c'est vraiment gênant pour tous les gens qui sont autour.
Ce qu'ils partagent est presque malsain, les gens leur disent d'ailleurs, ils sont beaucoup trop connectés l'un à l'autre, ils ressemblent à des jumeaux. Ils ont presque leur propre langage. Mais ils s'en fichent, ils pourraient s'étouffer, rester coller l'un à l'autre en permanence ça dérangerait tout le monde sauf eux.
Fin
Only for you Azertyne...
