Chapitre 9 :
Antonio se mit à gesticuler sur sa chaise, se retrouver devant le regard pénétrant de cet autre homme de Dieu lui faisait penser à une visite chez le principal. Non qu'il n'en ait eu beaucoup mais la seule et unique fois lui avait suffit pour en avoir un souvenir gravé à jamais dans sa mémoire.
-Vous vouliez me parler de quelque chose ?
-Pourquoi cette question Antonio ?
-Il n'est même pas 8 heure et vous êtes dans mon bureau, alors j'en conclu que vous vouliez me consulter.
Le Révérend n'avait toujours pas lâché la photo des mains et l'esprit d'Antonio tourna à mille à l'heure, ce qui ne manqua pas d'aggraver son coté paranoïaque. Et s'il avait parlé à Ricardo ?! Non. Ce n'était pas possible. D'après les dires de Gabi et Carmen, il était « inconsolable » et noyait son chagrin dans l'alcool. Quand aurait-il eu le temps de parler au Révérend ? Le temps et l'envie. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui rapporter après tout !? Beaucoup, beaucoup trop de chose. Ricardo avait un sens élevé de l'honneur et un égo qui allait de paire, et ce qu'il…….. ce que lui et Gabi lui avaient fait subir allait sans doute réveiller le Parrain qui dormait en lui. La « petite » crise de la dernière fois n'avait été qu'un échauffement, une réaction directe et spontanée du au choc de leur révélation. Mais il savait combien son frère pouvait être un fin stratège et un manipulateur hors paire quand il avait décidé qu'il se devait vengeance. Non. Non ! Non !! Tout ça allait bien trop loin. Ricardo ne ferait jamais une chose pareille. D'un autre coté, lui, ne se serait jamais vu tomber amoureux de la fiancée de son frère, sans parler de faire l'amour avec elle, tout en étant prêtre rien que ça ! Il allait exploser avec toutes ces théories. Il faillait qu'il soit sur. Le Révérend devait lui parler ! En levant la tête il vit que c'était déjà le cas.
-Antonio ? Vous m'avez écouté ?!
-Non. Je suis désolé, j'ai beaucoup de chose en tête en ce moment.
-Je vois ça. Vous voulez m'en parler ?
-En fait……. oui mais pas maintenant. Vous paraissez soucieux. De quoi m'avez-vous parlé ?
-Du Guatemala.
-Du Guatemala !? Pourquoi ça ?
-Antonio vous vous souvenez que vous deviez y partir. Il y a eu un léger contre temps du à cette explosion, - quel acte terrible – heureusement pour nous tous ici vous et mademoiselle Martinez en avaient réchappés, Dieu soit loué, mais je pense qu'il serait bon de……..
-Donc vous n'avez pas croisé mon frère.
Il fut soulagé de faire cette constatation.
-Non, pourquoi aurai-je du ?
Il le fut un peu moins, en entendant cette question.
-Vous avez déjà……………..
-Antonio que se passe-t-il ?
-Je n'en sais rien. Strictement rien. Un jour je suis dévoué à………………. Vous êtes vous déjà demandé si vous aviez choisi la bonne voix ?
Il commençait à comprendre. Il connaissait Antonio depuis très longtemps, comme tout le reste de sa famille au demeurant. Et quand il le vit se tourner vers Dieu, au moment de la disparition de sa sœur bien aimée, ce fut les bras grand ouvert qu'il l'accueilli. Antonio eut toujours l'air de bien s'accommoder de sa fonction de prêtre jusqu'à récemment, il dut bien l'admettre. Il avait tout du prêtre quasi parfait, ce qui était plus qu'honorable il faut l'avouer. Mais ces temps derniers il semblait préoccuper, happé dans ses réflexions, tourmenté. Maintenant il voyait la situation dans sa totalité. Une femme était apparue. Voilà ce qui était arrivé à Antonio Torres l'homme, et qui ébranlait le Père Antonio. S'il avait bien raison, ce dont il ne doutait pas. Il était sur que si on faisait des statistiques, les prêtres ayant déjà connu une vie à l'extérieur du cloître, avaient plus de propension que les autres à quitter l'église.
-Oui. Oui je me le suis déjà demandé. Je pense que c'est une phase que l'on doit tous affronter un jour où l'autre.
-Et comment avez-vous su avec certitude que vous aviez fait le bon choix ?
-Je l'ai compris c'est tout, mais on est jamais sur de tout à cent pour cent, il faut juste accepter de vivre avec les choix qu'on a fait, ou se remettre en question et tout recommencer. Par contre toi, Antonio, le fait que tu te t'infliges toute cette tourmente, m'en dit plus que n'importe quel discours.
-De quoi parlez-vous ?
-Tu questionnes ton « Appel ».
-Non. Enfin oui, en quelque sorte. Non ! Je veux dire……….. Je me demande si pendant tout ce temps j'ai été un bon prêtre.
-Tu veux dire en opposition à maintenant ?
-Quoi !? Je ne comprends pas.
-Moi non plus, j'essaie juste de suivre ta ligne de pensée.
-Oh. Alors j'ai été un bon prêtre ?
-Oui.
-Mais…… !
-Mais quoi ?
-Rien.
……………
-Je pense à quitter l'église. Non, en fait je vais quitter l'église.
-Je sais.
-Je sais que je dois vous…………. Comment ça vous savez ?!
-Le fait que tu ais développé des sentiments envers une femme ne fait pas de toi un mauvais prêtre Antonio. Cela fait de toi un homme de chair et de sang.
-Comment………… ?
-Je le sais ?!
Et voilà que le Révérend lui souriait maintenant. Il lui annonçait qu'il quitter l'église, pour une femme qui plus est, et lui il lui souriait d'un sourire avenant et presque paternel. Mon Dieu ! Le ciel allait lui tomber sur la tête ! C'était beaucoup trop inconcevable !
-J'ai beau avoir été dans la prêtrise une bonne partie de ma vie, je ne suis pas énuque et encore moins aveugle. Certains signes ne trompent pas.
Il se mit à rire en voyant la mine déconfite que son subordonné faisait.
Les pensées d'Antonio, elles, étaient toutes autres. Certains signes. Quels signes !? Oh Mon Dieu ! Il est au courant pour Gabi !! Il faut lui expliquer au plus vite !
-Monsieur laissez moi vous expliquer. La situation est particulière. Cette femme est spéciale. Je veux dire………..
-Oui elle doit l'être en effet.
-Pardon ?
-Elle doit être très spéciale si elle a réussi à envahir ainsi votre cœur.
Il n'était pas au courant. Dieu merci ! Il pouvait à nouveau respirer.
-Oui elle l'est Monsieur.
Il se demandait brièvement ce que penserait le Révérend lorsqu'il découvrirait tout. Il chassa cette pensée, ça arriverait bien assez tôt.
-Mais……. comment être sur que c'est la bonne décision ?
-Ferme les yeux.
-Pourquoi ?
-Parce que. Ferme les yeux.
-D'accord.
-Que vois-tu ?
Il répondit alors sans la moindre hésitation.
-Gab…… Elle Monsieur.
-Alors c'est la bonne décision.
Le Révérend, voyant très bien qu'Antonio avait encore une question en tête, le pressa.
-Oui ?
-Mes paroissiens ? Et vous-même ? L'Archidiocèse ? Qu'est-ce que vous allez tous penser de moi ? Je ne veux pas que vous croyez que j'ai…….
-Cela t'empêcherait-il de partir ?
-Non.
-Alors qu'importe. Pour ma part je ne vois qu'un homme qui s'est laissé piéger par l'amour, mais il n'y a pas plus beau piège n'est-ce pas ?! Je ne dis pas que le prêtre en toi n'est qu'un détail mais tu as été assez homme pour venir en parler et faire face aux conséquences, quelles qu'elles soient, et ça je l'applaudis.
-Je ne sais pas quoi dire. ………………… Merci.
-Rien n'est encore fait. Antonio dis toi bien que tu n'as pas failli à ta condition de prêtre.
Ca y'est il allait se sentir mal là.
-Tu as été un très bon prêtre pendant six ans et maintenant c'est une autre voie qui s'ouvre à toi.
-Je…………………. Je………. Je dois y aller.
Le Révérend se dit qu'il y était peut-être allé un peu fort mais il voulait qu'Antonio comprenne qu'il n'avait fait rien de mal. On ne pouvait pas flageller les gens parce qu'ils tombaient amoureux !
-Antonio !?
-Oui ?
-Merci à toi d'être venu m'en parler.
Et avec un dernier sourire Antonio disparu de son bureau. Voilà c'était fait. Ca n'était pas tout à fait fini, il devrait sans doute voir toute la hiérarchie, et écrire une lettre, une lettre devait certainement faire partie du processus il en était sur, mais le plus dur, pour lui, avait été fait. Et plutôt bien fait, à en juger la conversation qui avait prit place. Il grimaça légèrement en repensant aux belles paroles du Révérend. La chute sera dure quand il saura toute la vérité. Aie. Mais tant pis, pour le moment rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de savoir que le futur qu'il prévoyait pour Gabi et lui devenait de plus en plus réel.
