Chapitre 10 :
Maria Torres Evans, pardon ex Evans, se promenait sur la plage, l'esprit occupé. Bien évidemment ces temps-ci elle avait de quoi l'être, entre Benjy son fils, Ben son ex mari et Meg sa future femme, avec laquelle elle avait été amie, elle avait de quoi faire. Alors quand elle avait rendu visite à sa mère, qu'elle trouva dans un état pratiquement second, cela en avait été trop. Elle n'avait pas comprit la moitié des paroles de Carmen, mais ça avait apparemment à voir avec Ricardo qui buvait trop, Gabi qui était infidèle et Antonio qui devenait fou. Tout cela la rendit perplexe et voyant que sa mère était loin d'avoir fini de déblatérer, elle préféra s'en aller et se vider l'esprit, d'où sa présence ici. Mais le vidage d'esprit n'avait pas tellement fonctionné et elle ne cessait de repenser aux paroles prononcées plus tôt par Carmen. Le fait qu'elle avait traité Gabi de femme infidèle et adultère n'était pas un fait nouveau, et d'après les « aveux » qu'elle avait tiré d'Antonio, les accusations étaient plutôt bien fondées, mais elle savait que la situation était beaucoup plus compliquée et que Gabi n'avait pas voulu intentionnellement blessé Ricardo, elle était juste tombée amoureuse de quelqu'un d'autre, d'Antonio. Et elle connaissait assez bien son frère pour savoir qu'il n'avait pas prévu cela, d'ailleurs on ne prémédite pas de tomber amoureux, elle en savait quelque chose, elle était elle-même coincée dans un triangle amoureux, ancien triangle amoureux se corrigea-t-elle douloureusement. Ben avait fait son choix. Elle chassa cette idée et repartie vers un sujet plus sur. Donc les paroles de sa mère n'avaient rien d'étonnant pour ce qui était de Gabi, mais en ce qui concernait Antonio, elle ne comprenait pas. Ce n'était pas le genre de sa mère de parler de la sorte d'un de ses enfants et encore moins d'Antonio. Il faudrait qu'elle lui en parle. Et puis elle avait dit quelque chose à propos de Ricardo. Qu'il buvait. Ca ne l'étonnait qu'à moitié, après tout il s'était fait tiré dessus et était en arrêt, ça devait le démoralisé un peu alors elle s'y était attendue. Regardant les vagues au loin se briser sur les rochers, Maria prit la décision d'aller au loft, il fallait qu'elle sache comment aller son frère, réellement.
Elle toqua une fois arrivé et attendit patiemment qu'on lui ouvre. Deux minutes passèrent avant qu'elle ne se décide à entrer, se rendant compte que soit il n'y avait personne, soit on ne voulait pas lui ouvrir.
-Ricardo ? Gabi ? Il y a quelqu'un ?
Elle marcha à travers le salon, plus désordonné que jamais, quand elle se rendit compte qu'elle marchait sur du verre. Baissant les yeux elle vit des tas de débris, ceux d'un vase ayant contenu des roses, les dites roses jonchant le sol, et le verre des cadres photos. L'une d'elles, celle où Ricardo et Antonio se tenait fièrement par l'épaule, était déchirée en quatre, leur beau sourire coupé net. Ramassant ce qui restait de la photo pour la mettre à la poubelle, elle déplia l'autre qui n'était plus qu'une minuscule boule de papier, c'était celle où Ricardo, Gabi et Antonio posaient, souriant, un jour où elle les avait tous conviés à un pique-nique sur la plage. C'était curieux parce qu'en y regardant de plus près on jurerait que Gabi était avec Antonio et que Ricardo était seulement le « bon copain ». Elle avait vu cette photo des centaines de fois avant et n'avait jamais remarqué à quel point les sentiments de son petit frère et de Gabi étaient transparents : Gabi était dos à Ricardo, qui la tenait par la taille, alors qu'elle avait passé les deux bras autour du cou d'Antonio et souriait comme si c'était l'un des meilleurs moments de sa vie, ce qui était peut-être le cas. Fronçant les sourcils elle se rappela qu'Antonio avait presque la même photo dans son bureau, sauf qu'elle était bien moins compromettante, ils étaient juste tous les trois, Gabi se trouvant au milieu. Il avait sans doute jugé bon de prendre le cliché le moins « inoffensif » des trois ou quatre qu'ils avaient fait. Elle en était là dans son observation quand Ricardo se décida enfin à pointer le bout de son nez.
-Maria ! Ma chère, très chère sœur !
Elle voyait ce que sa mère avait voulut dire en disant qu'il buvait trop, quel doux euphémisme.
-Tu viens voir comment ton frère adoré gère la situation ?!
-Ricardo………………
-Comme tu peux le constater je gère plutôt bien, non ?!
-Ricardo je ne pense pas que boire autant puisse t'aider. Ce n'est pas une bonne idée de mélanger tes antidouleurs et l'alcool, je sais bien que tu n'aimes pas rester là sans rien faire mais tu vas bientôt pouvoir reprendre le travail, ce n'est pas comme s'ils allaient te remplacer et te mettre aux contraventions. Ca t'ennuis tant que ça de ne pas travailler ?!
-Le boulot ! C'est bien ça, le boulot, je vais pouvoir me jeter dedans à cœur perdu ! C'est bien ce qu'on est sensé faire après une peine de cœur hein ?!
Là Maria était perdue. Elle avait cru qu'il déprimait parce qu'il se sentait inutile et qu'il voulait reprendre le travail. Elle savait que son frère n'aimait pas l'inactivité, alors se retrouver en congé forcé…….. Mais ça n'avait aucun rapport avec ce qu'il racontait. Une peine de cœur ? Ca non plus ça n'avait pas de sens. Gabi et lui allaient parfaitement bien. Elle avait même accepté de l'épouser.
-Ricardo est-ce que ça va ?
-Ben écoutes pour un cocu je vais assez bien je crois !
-Pour un………
Oh Mon Dieu ! Il savait ! Aie !
Ricardo, lui, tout ce qu'il voyait c'est qu'elle n'était pas surprise. Enfin si, mais il y avait un petit « je-ne-sais-quoi» qui se mêlait à sa surprise, de la culpabilité. Il n'en était pas sur, il avait pas mal d'alcool dans le sang quand même, mais il aurait juré qu'elle avait un air coupable.
-Tu savais.
-Je…….. Non. Enfin…….
-Je suis le dernier à savoir ! Ca m'étonne pas ! C'est toujours le cocu qui est le dernier au courant !
-Ricardo, je suis désolée. C'est juste que………
Elle marchait sur des œufs, elle ne savait pas exactement quoi dire vu qu'elle ne savait pas ce qu'il savait, enfin à quel point il était au courant. Qu'il sache que Gabi avait fait l'amour avec un autre homme était totalement différent que de savoir avec QUI elle l'avait fait.
-Ric……
-Tu les protégeais ?
-Quoi ?!
-C'est pour ça que t'as rien dit ? Parce qu'elle est ton amie et que lui c'est ton petit frère préféré !!? Et moi alors ?????!!!!!!!
Alors il savait tout. Sur le moment Maria resta sans voix.
-Non ! Je peux t'assurer que non. Ce n'est pas….. Ce n'était pas mon intention de te cacher…… la vérité.
-Mouais.
-Antonio m'a parlé de ses…… de ses sentiments pour Gabi et…………
-Et tu lui as pas dit que c'était mal !? Qu'il aurait du s'éloigner ! J'en sais rien moi !
-Il allait le faire.
Voyant qu'il ne comprenait pas, elle crut bon de clarifier.
-Il allait partir pour le Guatemala.
Ricardo était perdu. La colère était passée, enfin pas tout à fait mais maintenant il cherchait à y voir plus clair, c'était peut-être l'effet « apaisant » des trois verres de whisky qu'il avait prit mais il voulait vraiment voir où il s'était planté. Il était sur qu'à un moment Gabi et lui s'étaient aimés, et il avait bien l'intention de découvrir le fin mot de l'histoire. Même si il avait envie de leur arracher la tête à tous les deux et de planifier une revanche digne de ce nom, la partie lucide de son cerveau ne pouvait concevoir qu'ils avaient fait ça rien que pour le plaisir de le faire. Il avait cette intuition qu'Antonio allait quitter l'église pour elle. Et on ne fait pas ça si on n'est pas amoureux. De plus il le lui avait dit la dernière fois qu'il les avait vus tous les deux, c'est-à-dire quand ils lui avaient tout avoué. Donc comme c'était parti les repas et les fêtes en famille allaient se faire avec eux deux, en couple. S'il ne s'était pas trompé. Quelque part dans la nuit, ou dans la matinée, il ne savait plus très bien, il s'était dit que s'il ne pouvait les tuer de ses propres mains alors il devait apprendre à vivre avec, à faire la paix avec cette histoire. D'où sa colère relativement apaisée et son envie de comprendre.
-Il allait partir.
-Oui. Ecoute Ricardo il ne m'a pas fait d'aveux ni quoi que se soit d'autre, mis à part qu'il était amoureux d'elle, pour le reste c'est moi qui ai assemblé les pièces du puzzle toute seule.
-Et tu n'as pas préféré m'en parler ?
Voyant qu'il était calme, enfin pas prêt à faire de bêtise en tout cas, elle continua.
-Non. Ce n'était pas ma place et puis de toute façon ils avaient du réglé ça et mettre tout derrière eux puisqu'elle t'a dit oui.
-Merci. Je fais second choix dans ton histoire ! Elle n'a pas pu l'avoir lui alors elle se contente du frère !
-Ce n'est pas ce que j'ai……
-Je sais mais de toute façon il n'y aura pas de mariage.
-Ricardo tu devrais……
-Non. Le mariage est annulé. C'est elle qui l'a annulé et je pense qu'elle a bien fait. Je ne veux être le second choix de personne, et surtout pas un substitut de mon frère.
-Oui moi aussi je crois que c'est préférable ainsi.
Ils restèrent un long moment silencieux. Puis piquée par la curiosité Maria demanda.
-Tu es calme pour un homme qui….. enfin……
-J'ai piqué ma crise quand ils m'ont tout déballé. Et puis j'ai cassé pas mal de trucs aussi.
-J'ai pu constater oui.
Ils se sourirent. Au moins tout n'était pas noir, il avait sa sœur.
-Je suppose que je vais devoir aller présenter des excuses maintenant. A mama. Et à eux aussi.
-Tu as le temps. Enfin pas pour mama mais pour eux. …………. Bon je vais ranger tout ce bazar avant que quelqu'un ne perde un pied !
-Maria ?!
-Oui ?
-Tu crois que tout ira bien ?
-Oui. Ca mettra du temps mais je suis sure que tout finira par aller mieux.
Et son adorable sœur lui sourit, encore, de ce sourire si spécial qui redonnait espoir à n'importe qui. Mais alors qu'il lui rendit son sourire, il ne put empêcher la pensée furtive d'une vengeance.
