Chapitre 11 :
Une fois Maria partie, Ricardo se promit deux choses. La première c'était qu'il allait arrêter de boire désormais, ça ne lui faisait vraiment aucun bien, ni pour lui et encore moins pour sa blessure, il avait faillit tourner de l'œil plus d'une fois déjà. Et la deuxième c'était qu'avant de faire quelque chose de réellement stupide, comme monter un plan de revanche machiavélique par exemple, il allait vraiment analyser les choses et essayer de prendre du recul. Fort de cette décision, il sorti prendre l'air pour se vider la tête, Maria ayant tout nettoyé il ne restait plus rien à faire au loft, et peut-être qu'il irait voir sa mère. La dernière fois avait été légèrement gâchée par la révélation qu'il avait faite et pour être honnête il n'avait pas de souvenirs précis mais il savait bien que Carmen avait été loin, très loin même, d'apprécier ce nouveau changement. Manque de chance pour lui, quand il arriva à destination ce ne fut que pour découvrir que sa mère n'y était pas. Faisant demi-tour, il se demanda s'il devait…… Il avait envie de voir Antonio mais ne savait pas très bien si c'était une sage décision. En toute logique il devrait l'éviter, au moins pour l'instant, mais quelque chose le poussait à aller le voir. Aussi étrange que cela puisse paraître la seule personne pour le moment qu'il était sur de ne pas pouvoir voir était Gabi. Pourtant ils l'avaient trahi tous les deux mais il aimait encore Gabi, aussi intensément qu'il la détestait, et s'il la rencontrait maintenant il était sur qu'il ne serait pas en mesure de se maitriser. Avec son frère se serait différent, quoiqu'il n'en était plus aussi sur maintenant qu'il arrivait à la mission, mais au moins s'il voulait lui mettre son poing dans la gueule il n'aurait pas à se retenir !
Sur le chemin pour aller au bureau d'Antonio, il rencontra plusieurs personnes qui le saluèrent et fut soulagé quand il arriva à destination. Il entra sans même frapper et constata qu'il était seul. Tant pis il attendrait Antonio ici, parce que de voir tous ces gens ça le rendait nerveux, il ne pouvait s'empêcher de se sentir oppressé. Il laissa son regard vagabonder et fut intrigué de voir le chapelet préféré d'Antonio, celui qu'il ne quittait jamais, posé négligemment à coté d'une photo les représentant tous les trois, lui, Gabi et Antonio. Il le prit dans ses mains et le fit tourner dans tous les sens, comme si ça allait lui donner un semblant de réponse, puis prit le cadre photo et l'examina à son tour.
-Antonio ? Gabi ? Pourquoi ? Hein pourquoi !?
A cet instant la porte s'ouvrit pour faire place à l'un des deux concernés.
-Ric…… Ricardo !?
-Oui ?
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Je ne sais pas trop.
-Tu ne sais pas ?!
-Non.
-Est-ce que tu vas exploser encore une fois ?
-Je ne pense pas. Je veux…… Je veux juste comprendre où j'ai merdé frangin.
-Tu n'as pas……
-Si. C'est obligé. Je veux dire on était heureux tous les deux, bien sur au début c'était….. Au vu des circonstances…… Mais elle a changé, c'est devenue une femme extraordinaire…..
-C'est une femme exceptionnelle oui et elle l'a toujours été sauf qu'elle a fait en sorte qu'on ne le voit pas.
-Ouais. Alors pourquoi ?
Antonio devenait de plus en plus mal à l'aise. Plus Ricardo partait dans l'introspection et plus il se disait que c'était une mauvaise idée. D'ailleurs qu'est-ce qu'il fichait ici ?! Il y'a trois jours de ça il ne voulait plus le voir et maintenant il venait ici pour comprendre. Il devait admettre que c'était une requête légitime, les rôles seraient inversés il aurait sans doute fait la même chose. Oui mais voilà les rôles n'étaient pas inversés. Et Ricardo avait beau avoir l'air calme, un peu trop d'ailleurs, ça pouvait dégénérer à n'importe quel moment, surtout avec sa ligne de pensée actuelle. S'il continuait à trop approfondir le sujet, il n'aurait pas d'autre choix que de lui dire qu'il comptait quitter l'église, que la démarche était en route même, et là y'avait des chances pour qu'il ne reste plus calme du tout. Heureusement il n'avait pas l'air d'avoir bu, ce qui pourrait limiter les dégâts en cas de dérapages incontrôlés.
-Je ne sais pas pourquoi Ricardo.
-Est-ce que j'ai fait quelque chose pour la pousser dans…… dans tes bras ?!
-Certaines choses arrivent parce qu'elles doivent arriver.
-Mouais ça te va bien de dire ça ! ......... Est-ce que ça a été toi comme ça aurait pu être quelqu'un d'autre !?
-Ricardo ! ……… Non. C'est juste arrivé.
-Mais ça ne peut pas « juste arrivé » comme tu dis ! Il doit y avoir une raison ! On était heureux ! HEUREUX !!! Elle était heureuse ! Du moins c'est ce que je croyais. Est-ce qu'elle t'a semblé….. Elle était malheureuse avec moi ?
-Non. Pas que je sache.
-Alors tout ceci n'a aucun sens.
-L'amour a un sens Ricardo !
-L'amour ?!
-Oui l'amour. Ecoute Ricardo je ne sais pas ce que tu t'imagines mais ça n'a rien à voir.
-Comment tu peux en être aussi sur ?!
-Parce que. Je le sais c'est tout. On est tombé amoureux l'un de l'autre. Fin de l'histoire.
-A quel moment ?
-Quoi ?!
-A quel moment vous êtes tombés amoureux l'un de l'autre ?
-Ricardo je ne pense pas que ce soit…..
-Arrête de penser ! Alors ?
-Je ne peux pas parler pour elle, tu devras aller le lui demander toi-même.
-Ok. Mais pour toi c'était quand ? …………… Antonio ! A quel moment !?
- Il y a un bon moment je présume, je n'en suis pas sur. Ca à commencer par des rêves et quand j'ai découverts……… Quand on a cohabité à Surf Central, je n'en sais rien ! Tout ce que je sais c'est que plus je la voyais et moins j'avais envie qu'on ne soit séparé. Et puis il y'avait ces rêves, ces hallucinations où l'on…… où je……….
-C'est bon ! Arrête ! J'ai saisi le tableau. …………… Depuis tout ce temps ?
-Oui. Ecoute je suis désolé qu'on ait fait l'amour, enfin non, mais à ce moment là on pensait réellement qu'on allait mourir et il fallait qu'on le fasse. Je ne pouvais pas quitter cette terre sans…..
Il vit Ricardo fermer les yeux et secouer la tête comme pour chasser une image répugnante, il supposait que pour lui c'était le cas.
-Stop !!!
……….
-Donc ce n'est pas une simple histoire de…… de fesses !?
-Non.
-Elle t'aime ?
-Oui.
-Et tu l'aimes ?
-Seigneur oui !
Il voyait peu à peu les traits de Ricardo changer, indiquant qu'il intégrait petit à petit la situation. Se disant que maintenant était un aussi bon moment que n'importe quel autre, il souffla pour se donner du courage et annonça.
-Je quitte l'église.
-Tu quoi !!?
………
Ricardo soupira, mettant peu à peu les pièces du puzzle en place. Il quittait l'église pour elle. Antonio quittait l'église pour Gabi. C'était…………. inimaginable. Il y'a encore une semaine il nageait dans le bonheur comme un abruti heureux. Ouais c'était ça le mot, abruti, ignorant qu'il était. Il vivait dans un foutu mensonge oui ! Sa fiancée aimait quelqu'un d'autre, son frère, qui lui aussi l'aimait. Son frère. Pas étonnant qu'ils soient si semblables sur certains points, celui-ci notamment. Ils étaient faits de la même chair. Le même sang coulait dans leurs veines. Ricardo ne sut expliquer ce qui lui prit, mais cette réalisation lui fit perdre le contrôle, et son poing vint s'écraser sur la pommette droite d'Antonio.
-Ricardo !!!!!!!!! Oh Mon Dieu Antonio est-ce que ça va ???!!!
Evidemment ce n'était que maintenant qu'il s'aperçut que c'était une erreur. Gabi venait de faire son apparition et il était en mauvaise posture. Ce fut tout penaud qu'il lui lança.
-Oh tient Gabi on parlait justement de toi !
Deuxième erreur. Son ton nonchalant n'était pas le bienvenu, ni lui apparemment. Si un regard pouvait tuer…..
-Dehors !
-Mais……
-Ricardo pas maintenant ! Vas t-en s'il te plait !
-Bien.
Et sans un mot de plus il disparu, se disant qu'il venait probablement de perdre Gabi à jamais. Et il ne savait à cet instant si c'était une bonne chose ou non. Si c'était irrévocable ou non.
