Chapitre 15 :
Cela faisait trois jours maintenant qu'une rumeur folle courait dans la paroisse et dans une bonne partie de la ville. Le Père Antonio nous quittait. Alors il y avait le camp de ceux qui disaient qu'il quittait Sunset, ça ne serait pas la première fois, même si la dernière fois son départ eu été annulé sans aucune raison apparente, et le camp de ceux qui pensaient fortement à un départ définitif. L'église n'avait jamais été autant accaparée que maintenant, tous voulaient se faire confesser auprès du Père Antonio, une façon comme une autre d'en apprendre davantage sur ce qui se passait. Bref, une paroisse bondée et un prêtre quasi absent, toujours en grande discussion avec un pontife à en croire les sœurs, ce qui confirmait un départ, dans quel sens c'était plus dur de le deviner.
Caitlin Richards Deschanel était une amie d'Antonio, en tout cas elle se considérait comme tel, il l'avait tellement aidé à passer des caps difficiles et décisifs de sa vie, c'est pour cela qu'une fois qu'elle eut entendu la nouvelle, elle se dit qu'il voulait peut-être en parler. On ne savait même pas ce qui était vrai dans ces dires, peut-être qu'il avait eu une promotion ou quelque chose se rapprochant. Elle réussi à le coincer alors qu'il rentrait de son jogging matinal.
-Bonjour Mon père !
Il tiqua légèrement, assez pour le remarquer.
-Bonjour Caitlin ! Comment allez-vous ?
-Bien merci.
-Et Trey ?
-Tout le monde va bien, je vous remercie. C'est plutôt à moi de vous poser cette question.
-Ah vous avez entendu !
-Oui mais à vrai dire on ne sait démêler le vrai du faux.
-Vous en pensez quoi ?
-Je pense que vous partez.
-Oui ça tout le monde l'a comprit je crois. Alors je quitte la ville ou je reviens à la vie civile ?
-Je pense que vous redevenez civil.
Elle vit son étonnement, ce qui étrangement renforça sa conviction.
-Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ?!
-La façon dont vous êtes mal à l'aise quand on vous appelle « Mon Père ».
-Oh.
-Et oui !
-Ca se voit tant que ça !?
-Si on sait regarder. Ne vous inquiétez pas ce n'est pas écrit sur votre visage ! Mais tôt ou tard les gens vont s'en rendre compte.
-Plutôt tôt que tard.
-Vous voulez en parler ?
-Je ne sais par quoi commencer !
-Peut-être par le début.
-Je suis tombé amoureux.
-C'est une très bonne chose !
-Vous croyez ?!
-Bien sur ! Pas vous ?!
-Si c'est juste que c'est un peu compliqué.
-Toute histoire d'amour l'est.
-Je sais, mais là c'est particulièrement délicat.
-Donc vous quittez l'église ?
-Oui.
-Pour être avec elle.
-Oui.
Il se dit que c'était maintenant où jamais. Il fallait lui dire la vérité, elle serait la première, d'une longue liste de paroissiens. Vanessa ne comptait pas vraiment, c'était Gabi qui l'avait mise au courant.
-Je renonce à mes vœux pour Gabi.
Il avait articulé chaque mot.
-C'est merveill….. Quoi ?!
-Je quitte l'église pour vivre avec mon ex belle-sœur.
-Oh.
-Pas glorieux tout ça hein !?
-Non ! Antonio, tomber amoureux ne se commande pas, ça nous tombe dessus et l'on devient esclave de nos sentiments. Je n'ose imaginer ce que vous avez enduré à voir votre frère et Gabi ensemble. Mais je pense que vous avez raison de partir, vous l'aimez, elle vous aime, je ne vois pas ce que vous pourriez faire d'autre.
-J'aimerai que tout le monde pense comme vous Caitlin.
-Peut-être pas tout le monde mais je pense sincèrement que la plupart des gens seront d'accord avec moi.
-Ouais bien sur personne ne verra en moi le salaud qui pique la femme de son frère ! Et personne ne se rendra compte que j'ai déjà rompu mes vœux !!
-Tout ça n'est que détail, personne ne s'en souviendra longtemps ! Vous avez déjà…. ?
-Oui.
-Oh. Antonio vous savez quoi ?! Vous faites ce qui faut faire. Je suis heureuse pour vous, et pour Gabi.
Elle le prit dans les bras, ce qui lui fit chaud au cœur.
-Merci Caitlin.
-De rien. Et Antonio rappelez-vous les gens peuvent faire preuve de beaucoup de compréhension. Et puis vous n'avez tué personne à ma connaissance !
-Mais et Ricardo !?
-Il s'en remettra.
-Tout le monde dit ça mais…..
-Antonio laissez de coté le prêtre en vous, celui qui veut venir au secours de tout le monde, et laissez l'homme prendre le dessus, celui qui a été privé pendant si longtemps de la femme qu'il aime, vous verrez ça fait du bien. Et n'oubliez pas que vous plus que quiconque avez le droit au bonheur.
-J'essayerai de m'en souvenir une fois l'annonce publique faite. Merci encore Caitlin.
-De rien. Les amis sont là pour ça non !?
-Oui, les amis.
Elle lui tendit la main.
-Amis ?
-Amis. Plus que jamais.
Elle le libéra et le laissa aller se changé. Quand elle se repassa la conversation, un sourire franc apparu sur son visage, elle était réellement heureuse pour lui.
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La fin de semaine arriva très vite, la messe de dimanche, sa dernière messe, serait suivie d'une annonce publique, il l'avait décidé ainsi. Il fit le tour de son bureau des yeux et soupira, six années de sa vie étaient là, il eu un petit pincement mais pour rien au monde il ne reviendrait sur sa décision.
Toc. Toc.
-Entre Gabi !
-Comment as-tu su que c'était moi ?!
-Parce qu'à part toi je ne vois personne d'autre et je n'aurai voulu personne d'autre !
-Oh c'est gentil ça ! Alors comment va mon prêtre préféré ? Enfin ex prêtre.
-Je vais bien, prêt à faire mon annonce et à célébrer ma toute dernière messe.
-Tout va pour le mieux donc !
-J'aurai quand même besoin d'encouragement !
-Ah ça je sais faire !
Un tendre baiser vint comme par magie se déposer sur ses lèvres.
-Ca te convient ?
-J'en sais rien, essaye encore pour voir.
Elle ne se le fit pas dire deux fois !
-C'est bon je suis prêt à affronter n'importe quoi ou n'importe qui !
-J'aime mieux ça !
Toc. Toc.
-Entrez !
-On n'attend plus que vous pour commencer Mon Père.
Tout en disant ça elle baissa les yeux mal à l'aise, au courant depuis peu de la situation.
-J'arrive. Merci.
Elle releva la tête et aperçut Gabi, souriant poliment elle s'excusa.
-Tu pense que ça sera toujours comme ça ? Les gens n'arrivant même plus à nous regarder dans les yeux ?
-Non, ils finiront bien par s'y faire et oublier. Un homme et une femme qui s'aiment il n'y à rien de plus banal !
-Oui mais…..
-Pas de mais ! On y va ! Tu as une messe à célébrer, et pas n'importe laquelle, la dernière !
Il la suivit. Arrivé devant l'hôtel, face à ses paroissiens, il inspira profondément. Le moment de vérité approchait à grands pas. Bientôt, dans un peu plus d'une heure pour être exact, il mettrait fin à une partie chère de sa vie, pour en débuter une autre.
