Note: Il y a quelques temps, j'ai réalisé que si les gens qui font des commentaires anonymes ne laissaient plus d'adresse mail, c'était parce que le site ne le permettait plus. Faute d'avoir pu le faire individuellement, je remercie donc les personnes suivantes, qui ont laissé des commentaires anonymes à un moment ou à un autre de cette fanfic: alHecate, vivi ackles, lapetitevoix, Celodie, cdidounne, et j'espère que je n'oublie personne... Merci également aux autres, évidemment. Cet épilogue marque la fin de cette histoire, et je dois dire que je suis sacrément soulagée, parce qu'elle n'a pas été facile à écrire. J'espère en tout cas vous avoir fait passer quelques bons moments.
Disclaimer: Voir chapitre un.
Épilogue : R.I.P
Cinq mois plus tôt…
L'aube pointait quand le brasier qui consumait le cadavre du chien noir responsable de la mort de Jack Lonnegan s'éteignit enfin. Je regardais les dernières braises mourir, assis dans l'herbe. L'odeur atroce, mais familière, de chair brûlée, mêlée à la puanteur personnelle du monstre flottait encore dans l'air, à peine supportable. En dépit de cela, je n'arrivais pas à me décider à me lever et à partir.
Il ne faisait pas froid, et la chasse m'avait épuisé. J'avais envie de m'endormir ici et maintenant, et de ne plus jamais me réveiller, mais la sonnerie de mon téléphone portable me sortit de ma torpeur.
« Allo ?
- Sam ? »
C'était la voix anxieuse de Carol. Je ne me rappelais même plus lui avoir donné mon numéro.
« Carol ? Qu'est-ce qu'il y a ? Il s'est passé quelque chose ?
- Quelque chose ? Non, non, je… Vous… Je m'inquiétais pour vous. Est-ce que… Enfin, apparemment, vous êtes toujours vivant, mais vous n'êtes pas… blessé ?
- Non, je vais bien. Mais il est à peine six heures, Carol.
- Je sais. Je n'ai pas dormi du tout. Je n'arrêtais pas de me dire que j'aurais dû vous empêcher de partir. S'il vous était arrivé quelque chose…
- Il ne fallait pas vous en faire pour moi, vraiment…
- Est-ce que vous l'avez trouvée ? La chose. Est-ce que vous l'avez… tuée ?
- Oui. C'est fini. Écoutez, je peux passer chez vous ? Je vais tout vous raconter.
- Oui, bien sûr. Je vous attends.
- J'arrive, à tout de suite. »
Je n'avais pas d'autre choix que de me hisser debout et de récupérer mon arme. Je donnai un coup de pied dans les cendres pour les disperser un peu. Pour camoufler mes traces de meilleure manière, j'aurais dû creuser un trou pour faire brûler le cadavre avant de le reboucher, mais seul, je n'avais pas eu l'énergie nécessaire.
Je partis récupérer l'Impala, garée un peu plus, au bord du chemin, montai dedans, et démarrai en soulevant la poussière. Chaque fois que je conduisais la voiture de mon frère, je mourrai un peu plus.
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J'étais à nouveau assis dans le salon de Carol, mais cette fois-ci, il n'y avait ni thé, ni vin. Tout vernis social avait disparu de cette entrevue.
« Un chien noir ? dit enfin Carol, en gardant le regard fixé sur ses mains, posées sur ses genoux.
- Oui.
- Il y a une superstition… Il paraît que les chiens noirs sont des présages de mort. Est-ce que… ?
- Les chiens noirs sont probablement responsables de cette idée, oui.
- Et vous êtes sûr que c'est ce qui a tué Jack ?
- Aussi sûr que je peux l'être sans avoir été présent quand ça s'est produit. »
Elle releva la tête pour me regarder, ses yeux noirs dans les miens.
« Votre frère n'a pas été tué par la même chose, n'est-ce pas ?
Ce fut à mon tour de baisser brièvement les yeux, vaguement honteux.
« Non. Je suis… chasseur. Tuer ce genre de créature, c'est mon métier. Je voulais seulement que vous acceptiez de me parler. Je suis désolé. »
Et je l'étais. Elle m'adressa un hochement de tête sec, pour me faire signe qu'elle comprenait.
« Mais il est vraiment mort, poursuivit-elle. N'est-ce pas ?
- Oui, il… » Ma voix s'étrangla, et je me raclai la gorge pour faire passer la boule qui s'y était logée. « Il y a cinq mois, comme je vous l'ai dit. Tout ce que je vous ai dit, tout le reste, c'était vrai. Je vous le jure.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Il était chasseur, lui aussi ?
- Oui, nous étions partenaires, ahem, mais je ne peux pas, Carol, je suis désolé, je ne peux pas…
- C'est bon, vous n'avez pas à… Je n'aurais pas dû poser la question.
- Il n'y a pas de mal.
- Vous allez partir, maintenant ? »
Je réfléchis à la question. Je pouvais retourner à la maison abandonnée, et attendre le retour de Ruby, mais j'en avais assez de rester sur place. Je voulais bouger, et je n'avais pas de doute sur la capacité de Ruby à me retrouver où que je sois. Cela ne lui avait jamais posé de problèmes auparavant, même quand Dean était encore en vie.
Carol attendait patiemment ma réponse. Il n'y avait pas de demande particulière dans son regard, par d'espoir pour que je reste. Il n'y avait plus d'espoir, ni pour elle, ni pour moi.
« Oui, dès que je serai parti de chez vous, je quitterai Woodbury.
- Où irez-vous ?
- Je crois… Voir mon frère, je crois. »
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Il n'y avait qu'une simple croix en bois de fortune pour marquer l'endroit où mon frère était enterré, pas de pierre tombale, pas d'inscription, pas de fleurs coupées pour honorer sa mémoire. N'importe qui pouvait passer, homme ou animal, déloger la croix, et il n'y aurait plus traces de sa tombe. Après notre mort, à Bobby et à moi, plus personne au monde ne saurait qu'il reposait là. Qui il était, ce qu'il aimait et détestait, les vies qu'il avait sauvées, tout cela sombrerait dans l'oubli.
Mais cela n'était pas plus insupportable que la pensée des choses horribles qu'il subissait en ce moment même. Je ne savais pas ce que j'espérais en venant visiter sa tombe pour la première fois depuis que j'avais moi-même comblé le trou, mais je ne me sentais pas particulièrement mieux.
« Dean », dis-je tout haut, plus pour entendre le son de ma propre voix qu'autre chose.
Le silence, et quelques chants discrets d'oiseaux en arrière-plan me répondirent.
Je m'agenouillai près de la croix, plongeai mes doigts dans la terre, traversé par la tentation de creuser, de détacher les planches du cercueil, de… De quoi ? Voir le corps en voie de décomposition de mon frère ? Voir sur lui le masque hideux de la mort, la pourriture qui s'installait, l'éloignait lentement de l'image de Dean que je gardais en mémoire ?
« Tu me manques », murmurai-je d'une voix déformée par les sanglots qui montaient en moi. Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu envie de pleurer, et je n'étais plus trop sûr de savoir comment on faisait.
« Sam. »
Ruby, bien entendu. Elle avait le sens de l'à propos. Je ne pris pas la peine de me retourner, mais je la sentais derrière moi, et sa présence me pressait de me dépêcher, même si elle ne disait rien, ne faisait pas un bruit.
Je cherchais une chose à dire à mon frère, même s'il ne pouvait pas m'entendre, une chose finale, car je savais que je ne reviendrais pas ici.
Je me penchai sur la croix, comme on se penche vers quelqu'un, et je chuchotai, si bas que j'aurais tout aussi bien pu me contenter de le penser :
« Je t'aime. »
Je doutais que Ruby, qui se tenait pourtant à quelques pas derrière moi, eut entendu quoi que ce soit. Personne, à part moi, n'avait entendu, mais c'était bien comme ça. Il ne me serait jamais venu à l'idée de le dire avec Dean en face de moi. C'était la manière Winchester, sans épanchements inutiles.
Avec la paume de ma main, j'essuyais les larmes qui avaient coulées sur mes joues, avant de me relever et de me tourner vers Ruby. À l'intérieur de moi, une porte s'était claquée.
« On a du travail », déclarai-je, et je me dirigeai vers la voiture sans attendre de voir si elle me suivait.
ooOoo
Sam avait demandé à faire un arrêt avant qu'ils ne quittent Woodbury et ne mettent des centaines de kilomètres entre eux et ce coin perdu du Tennessee, et Dean s'était incliné.
Il regardait maintenant son frère qui se tenait debout devant la tombe de Carol Lonnegan, les mains dans les poches, les yeux fixés sur l'inscription gravée sur la pierre tombale.
Carol Lonnegan
1966 – 2008
Dean était saisi d'une désagréable sensation de déjà-vu, et il fit passer son poids d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Il fallait qu'il dise quelque chose, le silence devenait trop oppressant.
« Sam, tenta-t-il, tu sais que ce n'est pas ta faute, n'est-ce pas ? Après tout ce qui lui était arrivé… »
Il laissa mourir maladroitement sa phrase. Il n'avait rien à dire qui ne sonnerait pas comme une banalité, ou comme une vérité trop dérangeante. Le suicide exerçait sur lui une étrange fascination. Il ne savait pas s'il en faisait un acte de lâcheté ou de courage.
Sam détacha son regard du bloc de marbre pour le diriger vers son frère. Il semblait surpris.
« Je sais bien que ce n'était pas ma faute. C'était sa décision. Là où j'ai merdé, c'est quand j'ai complètement zappé la recherche pour cette chasse. Si j'avais un peu plus creusé, j'aurais peut-être remonté la trace de Rob…
- C'est pas grave, ça, on s'en est chargé.
- Oui, mais… J'aurais préféré avoir réglé ça il y a cinq mois. Comme ça, j'aurais évité de… d'impliquer les autres clients. »
Sauf que ce n'était pas ce que Sam avait vraiment voulu dire, Dean le comprit quand son frère évita son regard. Sam aurait voulu éviter que Dean soit impliqué. Pour être honnête, Dean lui-même aurait préféré éviter les évènements des dernières trente-six heures, mais ça lui laissait quand même un arrière-goût amer dans la bouche, que Sam pense cela.
« Dean, est-ce que tu regrettes ? »
Il y avait une myriade de choses dont Sam pouvait parler, mille et un sujets de regrets dans la vie de Dean, mais il n'avait pas besoin de demander à son cadet de préciser la question. Ces derniers temps, leurs vies tournaient autour des conséquences d'une seule décision. Ce dont il n'était pas sûr, c'était de l'intention derrière la question. Sam voulait-il qu'il admette que de vendre son âme avait été une mauvaise décision, ou craignait-il que Dean ne regrette le prix qu'il avait payé pour la vie de son frère ?
Il y avait pensé, bien sûr, quand il était là-bas, et qu'ils le torturaient, il s'était demandé « Pourquoi je n'ai pas plutôt laissé mourir Sam ? ». Et il voyait bien qu'il n'avait pas été seul à en subir les conséquences, le poids que Sam portait sur ces épaules depuis le jour où Dean avait admis avoir passé un pacte pour le ramener à la vie, jusqu'à aujourd'hui encore. Mais il se rappelait également, au fil des années qui l'avaient transformé de victime en bourreau, que Sam n'avait jamais cessé de lui manquer. Une chose curieuse, car ce n'était pas comme s'il n'y avait pas eu bien d'autres choses pour lui occuper l'esprit.
« Je ne sais pas, finit-il par répondre. Je sais en tout cas que si je ne l'avais pas fait, ni toi, ni moi ne serions là aujourd'hui. »
Peut-être qu'un jour, il arriverait de nouveau à voir cela comme une bonne chose.
Sam se redressa de toute sa taille, et Dean y vit le signe qu'il était enfin prêt à prendre la route. Ils traversèrent en silence le cimetière, côte à côte. La neige crissait sous leurs pas.
« Tu veux que je te dise une chose marrante ? »
Dean leva un sourcil en réaction à la question de son frère. Une chose marrante, il demandait à voir.
« Vas-y, fais-moi mourir de rire.
- En regardant la tombe de Carol, je me suis dit qu'en fait, j'ai eu de la chance. C'est vrai, Jack, lui, il est toujours mort. »
À cet instant, Sam faisait au moins vingt ans de plus que ses vingt-cinq ans, presque aussi vieux que Dean lui-même se sentait, mais il souriait. Enfin, un peu.
De son poing fermé, Dean lui fila un léger coup dans le bras droit.
« Toi, t'es un grand comique. »
- FIN -
Note: C'est une conclusion assez déprimante, je suis désolée. Mais après les derniers épisodes, qui peut m'en vouloir? Cela dit, je reste convaincue que les choses s'arrangeront entre les deux frères, si mon opinion a la moindre importance. L'espoir fait vivre!
