J'avais espéré pouvoir publier ce chapitre plus tôt, mais un gros manque de confiance en moi m'a... envahie.
Je voudrais remercier Fuyuka pour être venue à mon secours ! Pour la précieuse aide qu'elle m'a apportée en me donnant son avis concernant le contenu de ce chapitre et pour tous ses conseils : Merci mille fois pour m'avoir rassurée en ce qui concerne ce chapitre, merci !
ATTENTION : vocabulaire grossier et pouvant éventuellement être choquant. Descriptions de scènes de violence : crime et tentative de viol.
En raison de cet avertissement, j'ai préféré changer, toujours conseillée par Fuyuka, le rating de ma fic pour un M. Donc le contenu de ce chapitre est plus mature que les précédents...
Chapitre XIV
A mesure qu'il progressait dans le couloir, Cloud avait de plus en plus un mauvais pressentiment qui s'immisçait en lui. Il se retourna brusquement et fit valser sa lampe torche du sol au plafond, de gauche à droite, observant avec attention chacun des angles illuminés, guettant le moindre mouvement. Pourquoi était-il autant sur la défensive ? Pourquoi avait-il ce sentiment d'être observé depuis qu'il avait pénétré ce bâtiment ? L'atmosphère le rendait mal à l'aise, anxieux. Se faisait-il des idées ? Pourtant, il avait vraiment cette angoissante sensation d'avoir eu des yeux agrafés sur son dos, un regard qui ne le quittait pas d'une semelle. Mais pour n'avoir rien surpris en éclairant le trajet qu'il avait déjà parcouru derrière lui, il renonça et reprit sa route. Peut-être était-ce juste l'ambiance de ces laboratoires déserts qui faisait naître de telles angoisses en lui...
Il avait déjà avancé de plusieurs pas quand le couloir fut soudainement entièrement balayé de la lumière froide des néons suspendus au-dessus de sa tête. Sur le qui-vive, Cloud se figea aussitôt et tourna sa tête de tous les côtés pour savoir qui venait d'ouvrir l'éclairage dans ce lieu censé être désert. Les doutes qu'il avait eu quelques instants auparavant se confirmèrent quand en se retournant, il aperçut une personne s'avancer tranquillement vers lui, à l'autre bout du couloir. En reconnaissant l'identité du nouvel arrivant, Cloud laissa ses yeux s'élargir, sa bouche s'entrouvrir de stupéfaction. Il avait du mal à se fier à ses yeux, car la personne qui se dirigeait doucement vers lui, un sourire étrangement calme et mauvais sur le visage, noircissant celui-ci, n'était autre que le médecin qu'il consultait chaque mois lors de sa visite médicale.
La première chose la plus sensée à faire dans un tel moment aurait été de s'enfuir, mais c'était la surprise et l'incompréhension qui retenait Cloud sur place. De toute façon il était trop tard, l'homme l'avait reconnu. Il ne restait plus qu'à espérer qu'il comprenne la situation et le laisse continuer ses investigations sur le lieu où pouvait se trouver Sephiroth. Avec un peu de chance, peut-être son médecin savait-il où Hojo l'avait placé et l'aiderait à le récupérer. Mais ce qui lui faisait fortement douter de ces hypothèses, c'était que l'homme n'avait normalement rien à faire dans ces locaux inoccupés à cette heure tardive. Cela et son sourire si étrange, malsain. Cloud ne lui avait jamais découvert une telle expression. Celle-ci dévoilait presque une âme immonde et noire au sein de cette personne qu'il avait toujours considérée comme un simple médecin se contentant de faire son travail sans chercher à sympathiser avec ses patients, ni ne s'étant pour autant jamais montré mauvais ou détestable avec eux. La curiosité retenait donc Cloud sur place.
Que faisait-il ici ? Pourquoi l'avait-il suivi ? Était-il au courant des raisons pour lesquelles il était entré en effraction dans les laboratoires de la Shin-Ra ? Et surtout, que lui voulait-il ?
Pour toutes ses raisons, il laissa l'homme au courts cheveux noirs et au teint cireux l'approcher, un air méfiant sur le visage. Quand il arriva enfin à sa hauteur, Cloud fut apostrophé.
"Tiens, tiens, tiens mais qui avons-nous là ? Ne serait-ce pas le jeune Cloud Strife ? Ne devrais-tu pas être dans ton lit à cette heure-ci plutôt que de te balader dans ces locaux déserts et cela de nuit, alors que le bâtiment t'est interdit d'accès ? Comme si tu tentais de faire en secret quelque chose que tu n'as pas... le droit de faire !", sourit-il doucereusement.
Cloud ne répondit rien. L'homme savait pourquoi il était là, il en était persuadé. Alors maintenant qu'il l'avait repéré, qu'allait-il faire ? Appeler des soldats pour l'arrêter ? Prévenir Hojo ? Le médecin ne fit rien de tout cela mais se contenta de se rapprocher encore un peu de Cloud, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'à quelques petits pas de lui.
"Alors, Cloud ? Tu ne dis rien ? Tu sais que je pourrais te faire sanctionner par tes supérieurs pour avoir violé un interdit ?"
"Qu'est-ce que vous faites là ?", répondit à cela Cloud, sur un ton de défi.
Peu importait qu'il s'agissait d'un médecin de la Shin-Ra, s'il tentait quoi que ce soit contre lui pour l'empêcher de retrouver Sephiroth, il ne se retiendrait pas. Seul, l'homme n'avait aucune chance contre lui. Il pourrait même ainsi récupérer sa carte de scientifique.
L'homme le regarda d'abord étonné puis eut comme un mince sourire railleur, tout juste discernable.
"Ce ne serait pas plutôt à moi de poser cette question ?", lui demanda-t-il, amusé.
Avant que Cloud n'ait eu le temps de répliquer ou de faire le moindre geste, le médecin fit soudainement claquer ses doigts et en réponse à ce signe, deux massifs et robustes bras qui faisaient bien quatre fois le tour des siens l'attrapèrent par derrière et le firent reculer de quelques pas, tout en l'immobilisant. Cloud se retrouva coincé contre un corps volumineux, ses deux bras bloqués par un seul autre lui ceinturant tout le buste, et ses mains retenues prisonnières par l'énorme extrémité de ce bras. Elle seule, mesurant quasiment le double de ses propres mains, suffisait à les retenir toutes les deux. Complètement paniqué, Cloud réalisa qu'il venait de se faire prendre au piège. L'homme dans son dos qui le retenait prisonnier était tellement fort qu'il lui était quasiment impossible de faire le moindre mouvement pour pouvoir se libérer. Ses yeux s'élargir de terreur quand il comprit qui était la personne qui le retenait ainsi. Lors de la première visite que leur avait donnée Hojo, le scientifique avait été accompagné de deux gardes du corps gigantesques. Deux énormes balourds qui ressemblaient presque à des géants. Il aurait été prêt à parier qu'il s'agissait de l'un deux. Devant lui, il vit le médecin sourire de satisfaction.
"Bien. Tu ne peux plus tenter de t'échapper maintenant.", sourit-il narquoisement, "Tu ne pensais tout de même pas que je n'allais pas prendre mes précautions ? Face à un soldat, je n'aurais pas eu l'ombre d'une chance. Ne me prends pas pour plus bête que je ne le suis !"
Le ton avait changé. L'homme qui avait apparu calme, posé, sûr de lui et souriant tranquillement paraissait maintenant énervé et fébrile.
"Allez ! Parle maintenant ! Où est ton compagnon ? Je sais que vous êtes venus ici pour Sephiroth. Hojo nourrissait des doutes à votre sujet. Visiblement, il avait raison... Vous ne comprenez-donc pas que c'est pour son bien, pour le bien de la Shin-Ra que Hojo l'a récupéré ? Qu'est-ce que vous espériez donc en le ramenant ? Vous pensiez peut-être trouver tout seuls un remède ? Quelle naïveté..."
"Sephiroth est actuellement un enfant et il a besoin d'attention. Peut-être que... Nous ne pouvons rien faire pour lui en le gardant chez nous, c'est vrai... Mais il y sera toujours mieux traité qu'avec Hojo ! Soigné avec amour, un mot qui lui semble inconnu !", répliqua Cloud, incisif et en même temps, incapable de retenir plus longtemps les mots qu'il avait sur le coeur.
L'homme le regarda d'abord hébété, pendant ce qui dura exactement trois secondes. Puis il pouffa de rire. Un rire mauvais, sardonique. Un rictus qui résonnait contre les murs froids du couloir et se répercutait incroyablement fort dans les tréfonds de ce gigantesque laboratoire. L'homme en avait presque la larme à l'oeil et Cloud se demanda s'il réussirait à cesser sa crise à un moment venu. Question que l'on pouvait en effet se poser à voir comme il était parti. La crise de fou-rire finit tout de même bien par prendre fin. L'homme toussait encore un peu alors qu'il refaisait face à Cloud.
"Qu'est-ce que tu crois que Sephiroth est ? Un humain ? Sephiroth, tout comme toi, tout comme tous les autres soldats de cette armée, vous n'êtes rien d'autres que des pions, des armes à tuer et à faire régner l'ordre de la Shin-Ra, et vous ne serez jamais rien d'autre que ça ! Tu penses peut-être que le Président s'inquiète de savoir si Sephiroth sera traité avec "amour" ? Le plus important pour un homme d'affaires tel que lui, c'est qu'il lui soit redonné sa taille normale le plus rapidement possible et tout ce que VOUS avez à faire, c'est "obéir aux ordres" et cela, Strife, c'est quelque chose que tu sembles avoir oublié. Allez, parle maintenant ! Je sais que tu n'es pas venu seul ici, où se trouve le soldat de première classe ? Parle !"
Révolté par les paroles qu'il savait pourtant vraies du scientifique, Cloud avait du mal à contenir sa rage et réfléchir calmement à une solution qui lui aurait permis de se sortir de là. Il lui était encore plus difficile de réussir à écouter posément tout ce que lui disait son médecin tant la colère brouillait son esprit. Mais il avait bien compris que l'homme lui demandait où se trouvait Zack. A vrai dire, il n'en savait rien lui non plus, mais peut-être qu'en gagnant du temps, le soldat aurait la possibilité de retrouver Sephiroth et de le sauver avant d'être découvert.
"Il n'est... pas ici", souffla-t-il en baissant la tête sur le côté.
"Menteur !"
Une douleur aigüe le réveilla aussitôt. L'homme venait de violemment le gifler. Il refit face au médecin en lui adressant le regard le plus noir qu'il pouvait. A ce moment précis, une voix s'éleva dans le couloir. Une voix que Cloud associa instinctivement à celle du deuxième géant sans pour autant l'avoir déjà entendue. Mais ce qui lui permit de penser cela était les gros bruits de pas qui résonnaient lourdement contre le carrelage et qui étaient facilement associables à ceux d'une personne de grosse, très grosse carrure.
"Je l'ai repéré ! Il est dans l'aile droite du bâtiment C !"
"Très bien. Bon boulot. Hojo et le Président me récompenseront sûrement s'ils apprennent que par ma propre initiative, j'ai déjoué les plans des deux soldats qui voulaient récupérer Sephiroth", ricana-t-il joyeusement avant de s'adresser de nouveau à l'homme qui venait d'arriver, "Vas-y déjà, je t'envoie ton frère dès que j'en ai fini avec le blondinet ! Et fais attention, il s'agit d'un soldat de première classe. Il vous sera donc très difficile de le battre, même à deux, c'est pourquoi il faut que vous agissiez par la ruse. Ne tente rien sans ton frère et dès que vous serez tous les deux là-bas, attaquez-le en traître, ai-je bien été clair ?"
"Oui, monsieur", répondit le géant avant de se lancer dans le couloir.
Cloud tenta de se libérer pendant que les deux ours étaient occupés à écouter les paroles du médecin mais cela ne mena à rien. L'homme qui le retenait était bien trop fort pour lui. Mais si Zack se faisait prendre... ! Non. Zack était très fort, Il n'y avait aucune chance pour que ces hommes, même deux, même géants, même par une attaque en traître, puissent capturer le SOLDAT. Il fallait déjà qu'il se sorte lui-même du pétrin dans lequel il s'était fourré. Toutefois, dans sa tentative de fuite, il ne vit pas que le médecin avait sorti quelque chose de sa blouse. Quand il se calma, il vit que l'homme se dirigeait vers lui, une seringue à la main. Qu'allait-il faire avec cela ? Le tuer, l'endormir ? Qu'y avait-t-il dans cet outil ?
"Tiens-toi tranquille pendant que je t'injecte ce produit", lui fit l'homme en rapprochant dangereusement l'instrument de son bras.
Bien loin de se tenir tranquille, Cloud écarquilla les yeux de terreur. Un sentiment qu'il avait le sentiment d'avoir déjà vécu tout récemment l'envahit alors qu'il voyait la main de l'homme et sa seringue au bout des doigts se rapprocher de lui. Il avait trop peur pour bouger, trop peur pour crier. Il avait le sentiment de se retrouver comme un enfant sans défense face à lui. L'enfant qu'il avait été lorsque sa mère avait été tuée...
"N... non...", gémit-il alors que le bout de la seringue était maintenant tout près de la veine la plus saillante de son bras, retenu par le soldat derrière lui.
Soudain complètement paniqué, il se débattit furieusement, tentant de s'échapper.
"Non ! Non ! Lâchez-moi !", s'écria-t-il en s'agitant dans tous sens, si bien que l'homme qui le retenait commençait même à avoir de la peine à le retenir.
Cloud se débattait du mieux qu'il pouvait, fermant les yeux, criant, tentant d'échapper à ce sentiment de soudaine peur presque démentielle qui venait de s'insinuer dans tout son corps, d'échapper à ces hommes en gesticulant comme un damné, donnant de la peine à son détenteur. Il bougeait tant qu'il risquait de se piquer contre le bout de la seringue par mégarde.
Gêné par les brusques mouvements de Cloud, le médecin dût se reculer un peu.
"Arrête-donc de bouger !"
Bien décidé à lui injecter son produit, il empoigna fermement son bras.
"Et toi ! Retiens-le mieux que ça !", fit-il en s'adressant au titan derrière Cloud.
De nouveau parfaitement immobilisé, Cloud n'eut pas le temps de se débattre de nouveau car le médecin ne perdit pas une seconde pour lui planter le bout de sa seringue dans l'une de ses veines.
"Non !", gémit de nouveau Cloud, ne pouvant qu'observer son médecin lui injecter son produit dans le sang puis retirer presque aussitôt sa seringue pour la ranger de nouveau dans sa blouse, vide cette fois.
Cloud commença aussitôt à ressentir les effets de la substance. Il ne savait pas ce que c'était mais pouvait constater que tout son corps commençait à se raidir, échappant petit à petit à son contrôle. Tout au fond de lui, il percevait une sorte de fluide chaud se diffuser dans chacun de ses membres, les brûlant légèrement. Au-delà de cette douleur qui ne dura guère plus que quelques secondes, il avait comme la sensation de se transformer progressivement en pierre et bientôt, la seule chose qu'il put bouger fut seulement ses sourcils. Un sentiment de grande faiblesse l'envahit alors, tandis que le médecin souriait de satisfaction devant lui.
"Comment trouves-tu mon paralysant, Cloud ? Maintenant, je sais que tu es complètement inoffensif, tu ne pourras ni tenter de m'échapper, ni de me battre."
Cloud ne put rien répondre, ses lèvres, paralysées comme tout le reste de son corps, l'en empêchaient. Mais au travers de ses yeux se lisaient un effroi grandissant. Bien que complètement raidi, l'homme qui le retenait ne l'avait toujours pas relâché. S'il venait à le faire, nul doute que Cloud n'aurait rien pu faire d'autre que se sentir tomber en arrière comme un vulgaire bâton de bois.
"C'est bon, il ne peut plus faire un geste, laisse-le moi et va rejoindre ton frère. Ramenez-moi ce première classe et je vous donnerai la dose de cette nouvelle mako "supérieure", comme convenu", ordonna l'homme au soldat et celui-ci fit un bref mouvement de tête avant de lâcher Cloud qui fut retenu par le col par le scientifique, et de s'élancer dans le couloir à la suite de son frère.
Une fois l'homme parti, le médecin sortit sa carte et avec ce passe, ouvrit l'une des salles sur le côté gauche pour s'y engouffrer avec Cloud. A l'intérieur, il prit d'abord le soin de bien refermer la porte avant de revenir à Cloud qu'il soutenait toujours sous son bras. Il le jeta dans un coin de la pièce puis sortit une corde de sa veste. Il s'en servit pour lier les poignets de Cloud à l'un des pieds d'une table d'opération. Après avoir vérifié la solidité du noeud, il s'attaqua de la même manière à ses jambes, aidé d'un autre cordon.
"Ce paralysant n'a d'effet que durant quelques minutes. Il vaut mieux que je prenne mes précautions", expliqua-t-il à Cloud, toujours statufié, les yeux ouverts sur le plafond plongé dans l'ombre de cette chambre.
Puis l'homme se leva pour se diriger à un endroit où les yeux de Cloud ne pouvaient plus le voir ou le deviner. L'adolescent put rapidement se rendre compte que ce que venait de lui dire le médecin se trouvait être vrai tandis que petit à petit, quelque chose de léger, de fluide, circula de nouveau en lui. Il s'aperçût qu'il reprenait peu à peu le contrôle de ses muscles. Les sens lui revenaient doucement, son corps se relâchait de telle manière qu'il pouvait de nouveau bouger légèrement, ou du moins se trouver dans une position moins rigide.
Bien que les effets du produit injecté avaient maintenant presque entièrement disparus, il se sentait encore tout engourdi et faible, comme juste avant et après un évanouissement. En tournant légèrement la tête de côté, il put voir les jambes du médecin de l'autre côté de la table d'opération. A en juger par les nombreux bruits de roulements et ceux, secs, de quelque chose que l'on referme avec fermeté, il en conclut que son agresseur devait chercher quelque chose dans les tiroirs de cette pièce. Cloud tenta de libérer ses mains, mais il était encore trop faible. C'était à peine s'il pouvait lever son bras. Il sursauta quand le médecin se ragenouilla devant lui soudainement. Il avait entre les mains une autre seringue.
Allons bon, qu'allait-il lui injecter maintenant ? N'en avait-il pas assez de le droguer avec tout ses produits ?
L'homme avança une main menaçante vers lui. Cloud eut comme un sursaut. Il ignorait pourquoi mais de nouveau, cette main qui s'avançait vers lui le figeait de terreur. C'était exactement le même sentiment que celui qu'il avait ressenti un peu plus tôt. Il se sentait impuissant, incapable même de crier tant la peur le paralysait. C'était comme un vieux sentiment qui ressurgissait de son passé, une sensation qu'il avait déjà connue autrefois. Et cette sensation, il aurait souhaité ne jamais la ressentir de nouveau. En cet instant, nul n'aurait pu dire à quel point il se sentait faible et désarmé. Non seulement ses mains liées ne lui permettaient plus de bouger mais même sans cela, il se demandait s'il aurait été capable du moindre mouvement pour se défendre.
Au fur et à mesure que la main se rapprochait de lui, le sentiment s'amplifiait de la même manière. Jusqu'à ce que Cloud ait le sentiment de tomber dans un grand trou blanc. Un grand trou blanc qui n'en finissait pas. Et plus il tombait, plus le blanc se faisait flou et même gris, nuageux. Il se dissipait, encore et encore. Des couleurs s'ajoutaient. Fades et ternes, nébuleuses pour la plupart, mais des couleurs tout de même. Jusqu'à ce qu'un paysage commence à prendre forme sous lui. Des toits de maisons apparurent, le sol battu d'un sentier et celui soigné d'une place. Au loin, des montagnes. Hautes, grises et aiguisées comme les canines d'un loup de Nibel, imposantes. Cloud arrêta de tomber lorsque la moindre petite parcelle de blanc se fut évaporée pour laisser place à une peinture désormais complète. Bien qu'elle ressemblât plus à un vieux tableau aux couleurs défraichies et aux tons poussiéreux. Il flottait à présent au-dessus d'un lieu qu'il connaissait bien mais duquel il ne gardait que de vieux souvenirs à moitié effacés, comme le prouvaient les quelques coins du tableau restés dans l'ombre. Ce lieu, c'était celui de son village natal. Et il planait au-dessus, à quelques pas d'un pâté de toits de maisons, dans le ciel jaunie de cette partie de sa mémoire qui ne semblait pas avoir été ravivée dans son esprit depuis un long moment.
Au loin, à l'entrée du village, un camion venait de stationner. Des hommes en sortaient. Au nombre d'une dizaine environ. Ils portaient tous une blouse blanche cousue d'un pissenlit noir au niveau du coeur. Ils avancèrent en ligne sur la place déserte, sous le regard méfiant des habitants retranchés derrière leur fenêtre en ce jour qui s'annonçait orageux. Sous cette méfiance générale et de lourds nuages gris, ils se dirigèrent ensuite vers un haut bâtiment. Probablement le plus luxueux du coin. Probablement aussi la seule construction que possédait la Shin-Ra dans cette région, avec le réacteur caché dans le ventre des montagnes de Nibel. Le manoir Shin-Ra.
Cloud les vit rentrer dans la grande masure puis il y eut comme un flash noir derrière lequel se présenta à lui une nouvelle scène. Des hommes du village, trois ou quatre, guère plus, se présentaient à l'entrée du manoir où les accueillaient quelques uns des scientifiques de la précédente vision. Puis une fois tous à l'intérieur du petit château, il y eut un nouveau flash. A nouveau, une scène qui ne dura pas plus de quelques secondes s'offrit à lui. Un petit garçon aux longs cheveux blonds hérissés de piques et noués dans sa nuque, descendait en courant un sentier qui venait des montagnes, où il s'enfonçait dans d'étroits et tortueux chemins, et s'arrêtait à l'arrière du village auquel il menait, tout en longeant un pan du manoir Shin-Ra au niveau de son embouchure. Le garçon s'arrêta un instant devant la cour arrière du manoir et regarda fixement derrière les grosses et hautes grilles de fer forgé noir. Au milieu de la petite cour s'étendaient quatre corps, horriblement mutilés. Était-ce des monstres ou des hommes ? Peut-être quelque chose entre les deux, mais certainement plus des hommes si c'était ce qu'il avaient pu être autrefois. Le petit garçon ne bougea pas pendant un court moment, fixant ces repoussants corps dans la cour. Jusqu'à ce que des hommes en blouse blanches sortent par la petite porte sur le côté du manoir et se dirigent vers les formes allongées.
"Enterrez-les ou brûlez-les mais ne les laissez pas traîner ici ! Quelqu'un pourrait les voir. Faites disparaître toutes traces d'eux."
A ce moment, le petit garçon se mit à courir vers le village, jusque devant la porte de l'une des premières maisons qui entouraient la place commune lorsque l'on quittait le sentier. Devant celle-ci se tenait une femme aux longs cheveux blonds elle aussi. Son visage hébergea d'abord la surprise puis le soulagement à la vue du garçon. Elle se précipita vers lui.
"Cloud ? Cloud !"
"Maman..."
Le petit garçon ne regardait pas la femme qu'il venait d'appeler maman. Peut-être n'osait-il pas affronter son regard. Au lieu de cela, il baissa la tête de côté. La jeune femme serra alors une main contre sa poitrine avant de s'agenouiller et de serrer l'enfant contre elle, au plus gros étonnement de ce dernier qui élargit les yeux une seconde tout en se laissant faire.
"Je ne te trouvais nulle part, j'étais tellement inquiète !"
Le garçon posa sa tête contre la poitrine de sa mère et soupira.
"'man, tu m'étouffes..."
La jeune femme relâcha l'enfant et se releva dans un sourire pendant qu'il la regardait se redresser devant lui.
"Tu reviens de la montagne n'est-ce pas ? Combien de fois devrais-je te dire de ne pas y aller ?"
Le garçon baissa de nouveau les yeux vers le sol.
"Je suis désolé..."
La jeune femme sourit et l'enfant releva une tête étonnée vers elle.
"Cloud, je sais bien que tu es désolé. Mais si tu pouvais l'être en ne retournant plus là-bas, alors tu n'aurais pas à t'excuser."
"Mais j'aime aller là-bas"
"Je sais, mais c'est dangereux."
"... je sais..."
L'enfant baissa de nouveau la tête piteusement, résigné. La jeune femme tendit alors une main vers lui et lui sourit tendrement.
"Allez, ne tire pas cette tête. Viens, le dîner est prêt."
Le petit garçon prit la main de sa maman et lui sourit timidement avant de se laisser entraîner vers la maison à l'intérieur de laquelle ils disparurent tout deux. Puis tout fut noir pendant un bref instant. L'esprit préparait un nouvel écran pour une toute autre scène, d'une nature complètement différente, bien plus terrifiante. Des hommes encapuchonnés sous un manteau noir parcouraient le village, rentraient dans les maisons puis en ressortaient avec de légères bourses rebondies entre les mains, parfois des objets plus volumineux. Cloud revit le petit garçon dévaler le sentier qui menait vers la montagne et s'arrêter brusquement à la vue des hommes en noir qui parcouraient le village et visitaient les maisons. Sans comprendre la situation, il se précipita vers son propre foyer à l'intérieur duquel il disparut. Aussitôt, l'image du village s'évanouit au profit de celle d'une modeste chambre. Deux lits, une cheminée, une petite table de bois, trois chaises, une pièce légèrement surélevée où se tenait une cuisine, un fauteuil et un canapé. Le tout dans un cadre plutôt sombre. Au milieu de ce décor fané, le jeune garçon s'immobilisa lorsqu'il découvrit que deux des hommes encapuchonnés qui sillonnaient le village étaient déjà présents. Il se cacha derrière l'un des deux lits avant que les deux autres n'aient le temps de s'apercevoir de sa présence.
Puis ce fut l'horreur. Cloud voyait à présent au travers des yeux du petit garçon. Derrière les pieds de bois, il entendit sa mère protester, défendre une matéria. La seule et unique matéria que le petit garçon avait en sa possession, celle que sa mère lui avait offerte à son dernier anniversaire. L'une des ombres s'énerva, s'impatienta dans ses mots tandis qu'il voyait les pieds de l'autre faire demi-tour vers la porte. Puis le garçon vit sa mère s'écrouler au sol. La jeune femme venait de faire une mauvaise chute. Sa tête cogna le rebord de la table avant d'heurter lourdement le dur carrelage du sol. Vraisemblablement, celui des deux hommes qui était encore au centre de la pièce ne bougeait plus. Il devait la regarder sans rien faire. Probablement surpris et paniqué, ne s'étant pas attendu à cela. Derrière les pieds de bois, les yeux du petit garçons s'élargirent d'horreur au moment où il vit du sang se former en une petite flaque opaque derrière le cou de la jeune femme et teinter de rouge ses beaux cheveux blonds qui se mêlaient au liquide visqueux. La voix de l'un des hommes retentit soudain dans la pièce, maintenant étrangement silencieuse.
"M... Merde, je l'ai tuée !"
Les pas près de la porte revinrent vers celui qui venait de parler.
"Quoi ?! Tant pis, on n'a qu'à laisser croire que c'était un accident."
"Ouais, OK."
Les pas, maintenant accompagnés de ceux de l'homme resté au centre de la pièce, retournèrent vers la porte. L'un des deux hommes l'avait déjà franchie, mais l'autre s'arrêta juste devant son nez.
"Tiens ?"
Le coeur de Cloud se mit brutalement à accélérer. Il savait ce qui allait suivre, il se souvenait ce qu'il s'était passé, le sentiment qu'il avait ressenti tant de fois dans ses récents cauchemars, celui qu'il venait de revivre face à la main de son médecin. Il avait peur, il connaissait la suite, il se rappelait. Il comprenait. L'ombre se baissa et un visage croisa le sien sous le lit.
"Coucou toi... ! Tu as tout vu n'est-ce pas ?"
De l'autre côté de la porte, la voix du second homme se manifesta à nouveau, retenant la main que l'ombre dirigeait vers lui.
"Hanz, tu viens ? On a fini, on s'en va maintenant !"
Le dénommé Hanz se releva pour répondre.
"Attend, y'a un gamin qui a tout vu ! Il était resté caché là !"
"Hein ?! On s'en fout, c'est qu'un gosse laisse-le, il ne peut pas te reconnaître de toute façon !"
"... OK."
Les pas de l'homme s'éloignèrent du lit, franchirent le seuil de la porte puis furent étouffés une fois à l'extérieur. Encore paralysé sous le choc, le petit garçon ne bougea pas tout de suite. Tremblant, il fixait le corps inerte devant lui, ce corps d'où s'échappait inexorablement un liquide pourpre. Il finit par se relever et courir au-dessus de sa mère. Il l'appela. Plusieurs fois. Mais il était trop tard. Alors le petit garçon se mit à crier de désespoir puis la chambre fut envahie de blanc tandis qu'une secousse repoussa Cloud en arrière. Sa conscience reçut comme un choc et il ouvrit brusquement les yeux pour se retrouver de nouveau face à son médecin, dans l'une des très nombreuses pièces du complexe scientifique de la Shin-Ra. Tout ce que Cloud venait de revoir dans sa tête n'avait duré que quelques secondes et l'homme l'avait visiblement remarqué puisqu'il avait arrêté un instant sa main, troublé par le regard blanc du jeune homme. Cloud baissa les yeux sur lui et les laissa s'accrocher à ceux du médecin, une expression médusée sur le visage.
"Vous... C'est vous... !", souffla-t-il avec ahurissement.
"On dirait que tu viens de te souvenir...", sourit le médecin avant de rajouter "C'est bien ce que je craignais. Ce pourquoi je t'attendais, Cloud".
N'y comprenant rien à son charabia, Cloud s'apprêta à lui poser des questions quand une sonnerie saisit les deux hommes. Elle provenait de l'une des poches du veston de Cloud. Celui-ci se figea.
Son PHS.
Zack avait trouvé Sephiroth ? Ou avait-il besoin d'aide ? Malheureusement, il ne pourrait le savoir. L'homme glissa sa main dans la poche et en ressortit le PHS, vibrant et sonnant sur une tonalité très discrète. Le médecin regarda le contact qui s'affichait sur le petit écran de l'appareil avant de sourire en balançant l'objet au loin.
"On dirait que ton compagnon souhaite te joindre. Pas de chance pour lui, tu n'es pas disponible pour le moment", sourit-il avec un air à la fois mauvais et réjoui.
Cloud se tira de sa surprise pour toiser de nouveau l'homme, bien décidé à obtenir des explications. Tout cela prenait une dimension bien plus grande et surprenante qu'une simple prévision de l'acte de deux soldats dont le but aurait été de récupérer Sephiroth.
"C'est vous l'assassin de ma mère, n'est-ce pas ? Vous comptez m'éliminer pour que je tienne ma langue ?"
Cloud n'en revenait toujours pas. L'homme qu'il avait toisé durant trois ans comme médecin se révélait être l'assassin de sa mère ! Son passé avait toujours été flou à partir d'une période, il ne s'était jamais rappelé du visage de cet homme encapuchonné qu'il avait pu brièvement voir le jour du meurtre. Il était resté dans la brume de son passé. Alors pourquoi tout à coup se rappelait-il tout nettement ? Pourquoi maintenant ? Le rire de l'homme tira Cloud de ses réflexions et l'amena à regarder sur un air de défi le meurtrier de sa mère.
"En effet, c'est bien moi qui ait tué ta mère, Cloud. A l'époque, tu n'étais qu'un petit garçon, tu ne représentais pas un danger quel qu'il soit, d'autant plus qu'avec nos capes sur le visage, tu ne pouvais pas précisément me reconnaître. Je ne pensais pas te croiser sur ma route une nouvelle fois. Mais quelle ne fut pas ma surprise de te reconnaître lors de ta première visite médicale, à l'âge de quatorze ans. Tu avais déjà grandi, l'incident s'était déroulé plusieurs années plus tôt. Tu ne m'as pas reconnu lors de cette visite. Mais moi, j'étais persuadé que tu étais ce petit garçon d'autrefois. Pour preuve, ton dossier qui m'indiquait ton lieu de naissance. Nibelheim. Par peur que tu ne me reconnaisses et donc par précautions, j'ai demandé à Hojo s'il n'avait pas une quelconque invention qui m'aurait permis de t'effacer la mémoire. Du moins en partie. Hojo avait crée une telle substance. Je l'ai expérimenté sur toi, de manière à ce que tu oublies cette partie de ta vie. L'inconvénient de cette mixture, c'est qu'elle ne dure pas infiniment. Au bout d'un mois, les effets ont tendance à disparaître. Il me fallait donc t'injecter tous les mois la même dose de produit, ce que j'ai fait, lors de tes visites médicales. Sous prétexte d'une anémie, je t'injectais le produit à tes dépens. Tu ne t'es ainsi, jamais douté de rien. Mais avec ce qui est arrivé à Sephiroth et les ordres qui t'avaient été donnés, tu n'es pas venu à ta dernière visite qui aurait due avoir lieu lundi dernier. Jamais je n'aurais imaginé, cela dit, que tu te souviennes de tout aussi rapidement. Il faut croire que quelques jours ont suffis pour te raviver la mémoire... Toujours est-il qu'il me faut t'administrer de nouveau ce mélange pour que tu oublies tout de nouveau."
Cloud restait complètement éberlué. Il ne trouvait pas quoi répliquer. Cet homme l'avait trompé depuis le début. Il l'avait pris pour un simple médecin, il se retrouvait face au meurtrier de sa mère et à un homme qui lui avait injecté un sale produit dans les veines durant des années dans la crainte d'être découvert. C'était trop en un coup pour qu'il puisse le supporter. Il avait cette envie, qui devenait de plus en plus pressante, de placer un bon coup de poing dans la figure de cet homme immonde mais ses mains liées et le peu de force qu'il avait actuellement ne le lui permettaient malheureusement pas. L'homme sourit de nouveau en constatant la rage qui se lisait si facilement dans les yeux de Cloud. Il avait toujours été à sa merci, et il le resterait. Il leva sa seringue au niveau de ses yeux et la pointa du doigt au jeune homme, en tapotant de son index la paroi de verre translucide à l'intérieur de laquelle s'agitait un liquide décoloré peuplé de petites bulles émoustillées.
"Normalement, une faible dose permet d'effacer de très vieux souvenirs. Ceux qui sont les plus enfouis dans la mémoire et donc les plus faciles à oublier. Mais une dose plus conséquente, tel que tout ce que contient cette seringue actuellement, effacera absolument toute ta mémoire. Pour un peu plus d'un mois. Mais elle finira par revenir. Raison pour laquelle je continuerai par la suite à t'injecter de faibles doses de manière à ce que disparaisse tout ce que je désire que tu oublies."
"Et vous comptez faire cela jusqu'à ma mort ou la votre ?", ironisa Cloud.
"Non", répondit le médecin très sérieusement, "jusqu'à ce que Hojo améliore son invention de manière à ce que les effets soient permanents. Et il approcherait du but d'après ses récent dires."
"Donc vous voulez me transfuser le contenu entier de cette seringue parce que je viens de me souvenir de mon passé ? Je comprends maintenant pourquoi vous m'avez tout expliqué. Depuis le début, vous aviez en tête de me faire oublier jusqu'à ces dernières heures en votre compagnie avec ce produit."
"C'est exactement ça, Cloud. Durant le prochain mois, tu seras dans une sorte de totale amnésie. Lorsque ce mois sera écoulé, tes souvenirs te reviendront progressivement. Tous sauf les plus anciens, comme la mort de ta mère, souvenir qui te reviendra dans quelques semaines de plus. Mais c'aurait été sans compter ta visite médicale mensuelle. A ce moment, je m'arrangerai pour t'injecter de nouveau le produit. Ainsi tu ne te souviendras jamais de cet épisode, ni du moment que nous partageons en ce moment même, puisque avec une dose appropriée je peux l'effacer de ta mémoire."
Cloud serra discrètement des dents. Il fallait à tout prix qu'il trouve un moyen de s'échapper. Sans quoi cet homme allait de nouveau lui effacer la mémoire et tout ce précieux épisode de sa vie dont il venait de se rappeler, il ne s'en souviendrait plus jamais. Mais il se sentait encore trop faible pour tenter quoi que ce soit. Ce foutu paralysant utilisé quelques temps plus tôt l'avait sacrément affaibli. Il ne voyait pas comment il allait pouvoir faire pour se sortir de ce pétrin. Mais dans tous les cas, il refusait de se montrer entièrement résigné et effrayé face à ce scientifique. Plutôt que de lui laisser la joie de revoir ce même visage figé d'effroi qu'il avait eu gosse face au meurtre de sa mère, il releva des yeux pleins de haine et de dégoût au scientifique. Un regard qui ne montrait pas la peur qu'il ressentait pourtant au plus profond de ses entrailles et lui faisait, en ce moment même, mal au ventre. A sa surprise cependant, l'homme posa la seringue sur la table à laquelle il l'avait attaché.
Cloud n'y comprenait plus rien. Ne lui avait-il pas clairement fait comprendre ses intentions ? Venait-il de changer d'avis ? Le tuer serait plus simple et il ferait passer cela pour un accident ?
"Puisque tu vas tout oublier de cette entrevue avec moi une fois que je t'aurais injecté le produit, il y a quelque chose que j'ai très envie de faire que je vais enfin pouvoir accomplir", expliqua-t-il en se rapprochant dangereusement de lui.
Cloud avait peur de comprendre. Pourtant, ce regard plein d'envie ne laissait pas de doutes quant aux intentions du scientifique. La panique fut alors trop grande à contenir et Cloud se mit à trembler nerveusement.
"Je me suis retenu toute l'année, faute d'occasions. Mais celle-ci est trop bonne pour la laisser passer...", souffla-t-il en s'allongeant au-dessus du blond.
Cloud se tendit automatiquement et ses yeux s'agrandirent d'horreur. La peur l'empêchait toujours de crier et son sentiment de faiblesse se fit cruellement bien plus ressentir à ce moment précis que n'importe quand auparavant. Il fallait qu'il trouve de la force pour s'échapper, se débattre. Mais où ? Son engourdissement était encore trop récent.
"N... Non...", gémit-il tandis que l'homme l'écrasait sous son poids en le plaquant au sol.
La position fit mal à Cloud, ses mains frottaient contre la corde et les os saillants de son dos frottaient contre le sol froid et dur du carrelage. Lorsque l'homme déboucla la ceinture de son uniforme et tenta de le déshabiller, la peur qui paralysait Cloud se transforma en une source de puissance, comme une forme naturelle de défense, et il trouva la force dont il avait besoin pour se débattre. En gesticulant violemment, il se mit à crier de toutes ses forces de refus face aux tentatives d'attouchements de l'homme. Celui-ci, exaspéré par la résistance du blond et cette curieuse force retrouvée, se redressa un peu.
"Inutile de crier. Les portes de ce bâtiment sont conçues de telle manière qu'on ne peut les ouvrir que de l'intérieur. Il est impossible de rentrer sans une carte particulière.", déclara-t-il avec une pointe d'agacement avant de se pencher de nouveau vers le blond.
Cloud ferma les yeux en tentant encore vainement de s'échapper de l'emprise de l'homme, ou du moins, de lui rendre la tâche difficile. Il ne voulait pas se laisser faire sans résister mais le désespoir commença à s'installer cruellement dans son coeur et il eut envie de pleurer. Lorsque le médecin descendit sa main vers son pantalon, Cloud cria et se débattit encore plus brutalement.
"Non... !"
... Zack !
"ZACK !"
Cloud s'était écrié de toutes ses forces, il avait hurlé le prénom du seul être qui pouvait maintenant le sauver dans une telle situation. Et moins d'une seconde après avoir crié à s'en arracher les poumons, il eut la surprise de voir le médecin au-dessus de lui se faire brutalement éjecté en un éclair par un prodigieux coup de poing. Encore ahuri par le soudain évènement, Cloud se redressa un peu. Quelle ne fut pas alors sa surprise de découvrir le brun en découdre avec le scientifique. Se rappelant des paroles de ce dernier, il tourna sa tête vers la porte. Celle-ci était entièrement défoncée. Inutile de dire que Zack n'y était pas allé de main morte. Il avait probablement dû utiliser son épée broyante. Il s'étonna tout de même de ne pas avoir entendu le bruit du brun exploser la porte. Dans sa peur et sa panique, cela lui était sans doute passé inaperçu, d'autant plus que Zack avait dû être très rapide pour avoir également pu surprendre le scientifique qui n'avait même pas eu, quant à lui, le temps de réagir.
Zack avait envoyé l'homme s'écraser contre le mur le plus proche. Celui-ci, pantelant, la mâchoire brisée par le violent coup de poing dans sa joue droite, tenta tant bien que mal de se redresser en prenant le mur pour appui. Mais Zack ne lui laissa pas un moment de répit. Il saisit d'une main l'homme par le cou, le souleva et le plaqua violemment contre le mur. Puis, sans relâcher la gorge de l'homme qui commençait à étouffer et tentait d'éloigner ce qui lui enceignait le cou de ses mains, il lui offrit un regard chargé de haine ainsi que d'une lueur assassine. Un regard meurtrier tel que Cloud n'en avait absolument jamais vu sur le visage de son ami. C'était la première fois qu'il le voyait aussi effrayant et hors de lui. Ce qui lui fit même un peu peur.
Le médecin haletait pitoyablement, étranglé par la main. Mais Zack ne comptait pas le laisser aussi facilement. Il bloqua ses yeux furieux dans ceux du médecin et ouvrit la bouche.
"Ose encore toucher ne serait-ce qu'à un seul cheveux de Cloud, et je peux t'assurer que je te ferai regretter d'être venu au monde", le menaça-t-il froidement, d'une voix qui allait jusqu'à donner des frissons dans le dos et soulignait bien que Zack ne plaisantait pas.
L'homme émit une sorte de gargouillis étranglé de sa gorge en manque d'air et Zack prit ce misérable geignement pour un acquiescement. Il envoya alors s'écraser une nouvelle fois son poing dans la figure maintenant rouge du scientifique mais cette fois-ci, juste entre ses deux yeux, au niveau du nez. Un sinistre craquement sec se fit entendre puis Zack relâcha l'homme qui s'écroula au pied du mur, évanoui, le nez cassé, pissant le sang. En jetant encore un regard plein de dégoût au scientifique, Zack l'abandonna dans sa triste position pour se précipiter vers Cloud.
"Cloud ! Tu vas bien ?", lui lança-t-il avec inquiétude, le regard noir et menaçant qu'il avait eu quelques secondes plus tôt complètement évanoui pour le visage plus familier et habituel qui lui était propre, comme s'il n'avait jamais arboré l'expression meurtrière d'un peu plus tôt.
Encore un peu sous le choc, Cloud rassura son compagnon.
"C'est bon, je n'ai rien. Il n'a pas eu le temps de me faire quoi que ce soit."
Zack eut un soupir de soulagement tandis qu'il défaisait les liens au niveau des pieds de Cloud, "Plus de peur que de mal, alors", sourit-il.
Dès que Zack en eut fini avec les liens de ses pieds, il s'attaqua à ceux de ses mains et bien vite, la dernière corde fut retirée. Une fois libéré, Cloud se jeta aussitôt dans ses bras, à sa plus grande surprise.
"Cloud... ?"
"Merci, Zack", murmura ce dernier contre la poitrine du brun.
Le soldat sentait que Cloud continuait encore de trembler. Avec douceur, il referma ses bras autour du blond et lui caressa gentiment le dos.
"Si tu n'étais pas arrivé...", souffla encore Cloud d'une toute petite voix qui aurait probablement été imperceptible si le lieu n'avait pas été calme et désert.
Les mains de Cloud s'accrochèrent au pull de Zack, il ne semblait plus vouloir se décrocher de lui. Et à dire vrai, il n'en avait absolument aucune envie. Il était bien dans les bras de Zack. Il n'avait pas envie de s'éloigner de lui, il était bien comme ça. Et il en avait besoin.
"C'était... L'assassin de ma mère...", avoua-t-il dans un murmure.
"Quoi ?! Tu veux dire que ta mère... S'était faite assassinée ?", s'exclama Zack, plutôt secoué par cette brusque nouvelle.
"Oui. Il y a quelques années dans mon village, un groupe de scientifiques de la Shin-Ra se sont installés dans un manoir de la compagnie, construit là-bas pour leurs chercheurs. Ils ont demandés des cobayes parmi les villageois. Je me souviens qu'il y avait eu une conférence à ce sujet sur la place du village. Quatre volontaires se sont présentés. On ne les a plus jamais revus. Puis au départ de cette troupe, sous couverture de la Shin-Ra, ils ont fouillés toutes les maisons du village, emportant ce qui avait de la valeur à leurs yeux. Même lorsque les biens étaient pauvres, ils emportaient ce qu'ils pouvaient. Ma mère s'est défendue. Pour ne pas chercher les problèmes, elle aurait bien cédé tout ce qui nous était plus précieux mais lorsque ce trésor se révéla être une matéria qu'elle m'avait offerte à mon anniversaire, la seule matéria que j'avais à l'époque, ma toute première... Pour des gens avec d'aussi faibles moyens que nous, cette matéria était un bien précieux et parce qu'elle me l'avait offerte, ma mère n'a pas voulu la céder. Si j'étais arrivé plus tôt ce jour là, j'aurais pu la donner moi-même. Ce n'était qu'une matéria et même si elle avait de la valeur à nos yeux, elle n'était rien comparée à la vie de ma mère. Je suppose qu'elle est morte en faisant une mauvaise chute après que l'homme l'ait poussée. Il m'a ensuite vu mais s'est enfui, ne craignant rien d'un enfant. A l'époque, j'étais trop jeune et je ne comprenais pas tout ce qui s'était passé durant les jours où ces hommes étaient apparus. Qu'ils nous avaient volés et que ma mère avait été tuée par leur faute. Aujourd'hui, je viens de retrouver mes souvenirs, et je réalise que les hommes qui sont à l'origine d'un pillage de ma ville, de la mort de ma mère et probablement de celles des cobayes volontaires, transformés en monstres après je ne sais quelles expériences, sont des scientifiques de la Shin-Ra dans l'armée de laquelle je me suis enrôlé dans le but de ressembler à Sephiroth, de devenir plus fort afin de protéger des êtres chers... Quelle ironie..."
Cloud eut un petit rire triste. Maintenant qu'il pouvait réaliser tout cela, il se sentait on ne peut plus misérable.
"Mais cet homme... Ce n'était pas le médecin que tu voyais régulièrement ?", demanda encore Zack, toujours perplexe et à la fois confus par l'horreur que venait de lui raconter Cloud sur son passé.
"Si... Quand il m'a vu dans la Shin-Ra, il a pris peur et a commencé à me droguer avec un produit qui engourdit la mémoire, effaçant ainsi les souvenirs de la mort de ma mère et de l'arrivée des scientifiques au village. Seulement, durant ces derniers jours avec Sephiroth, il n'a pas pu m'injecter ce produit qui n'a de véritables effets que durant un mois. C'est pour ça que j'ai retrouvé petit à petit mes souvenirs, par l'intermédiaire de mes cauchemars", expliqua encore Cloud avant de se serrer encore un peu plus contre Zack.
Comme lors de cette fameuse nuit durant laquelle son ami l'avait consolé d'un cauchemar, Cloud ne voulait pas que le brun l'éloigne de lui, il voulait juste rester contre lui. Après ce qu'il venait de vivre, il en avait terriblement besoin. Bien plus qu'il n'aurait pu le croire. Et il aimait sentir les bras de Zack autour de son dos, l'enlaçant avec chaleur, il aimait pouvoir poser la tête contre cette poitrine accueillante, réconfortante. Oui, il aimait tout ça, être proche de son ami, toujours, ne pas quitter cette douce chaleur, juste rester collé contre lui et ne penser plus à rien. Oublier surtout. Oublier le terrible moment qu'il venait de vivre.
Zack ne répondit rien. Il comprenait à présent. Cette ordure, non seulement il avait déjà fait du mal à Cloud par le passé en tuant sa mère, mais en plus, il avait tenté un horrible crime, un crime impardonnable sur Cloud. Jamais ni lui, ni Cloud ne pourraient lui pardonner. Il était tout simplement un monstre. Un monstre ignoble et répugnant qui avait suffisamment fait de mal à son ami comme cela. L'évocation d'un monstre lui rappela alors soudainement la raison pour laquelle il avait voulu prévenir Cloud avant de réaliser que le jeune homme était en danger. En chemin, croiser les deux benêts de Hojo lui avait permis de connaître l'endroit où se trouvait le cadet tout en usant d'un bon moyen de persuasion -ces hommes avaient peut-être du muscle mais étaient bêtes, lents et lourds, en clair, un jeu d'enfant à battre pour lui- et en entendant Cloud crier derrière la porte, il avait compris quelle horreur on tentait de lui faire. Hors de lui, il avait alors utilisé son épée pour fracasser la porte puis avait porté secours à Cloud. Juste à temps visiblement. Mais avec tous ces évènements, il en avait presque oublié le sort de Sephiroth et l'information première qu'il avait voulu donner à Cloud. Il ramena donc la conversation sur ce sujet.
"Cloud, je sais où se trouve Sephiroth", lui annonça-t-il doucement.
Cloud releva des yeux stupéfaits vers Zack, attendant que celui-ci lui en dise plus. Mais le soldat n'en eut pas le temps car une voix légèrement moqueuse leur fit tous deux tourner vivement la tête vers l'entrée de la pièce qui se résumait, après l'entrée fracassante du brun, à des gonds béants, sans plus grand chose à soutenir, et un trou béant au pied duquel une grosse planche et quelques boulons métalliques, formant autrefois une porte, s'éparpillaient ça et là.
"Désolé d'interrompre ce petit moment d'intimité, mais vous avez suffisamment fait de dégâts comme ça pour cette nuit. Je ne sais pas si tu es au courant, mais des portes de ce type coûtent cher, Zack", lança ironiquement le nouvel arrivant.
"Reno !", s'exclama alors Zack, ignorant s'il devait se réjouir de l'arrivée du turk ou au contraire jurer de rage, que la récente trahison du rouquin attisait toujours chez lui.
Cloud observait aussi le turk. Toujours blotti contre Zack, il rougit fortement d'être ainsi surpris dans les bras du brun par l'un de ses amis. Mais Reno n'y prêta pas attention. C'était pour une raison bien précise qu'il était ici. Et il allait devoir exécuter ses ordres maintenant qu'il avait trouvé les deux hommes.
Je suis vraiment anxieuse pour les réactions sur ce chapitre... J'ai peur qu'il ne contraste beaucoup trop des précédents chapitres et du ton général de la fic...
Je tiens à préciser que je n'ai rien contre les scientifiques. Ce sont quelques uns de la Shin-Ra qui sont pleins de mauvaises intentions ! Décidément, Cloud s'attire toujours des ennuis avec les scientifiques. ( petite référence à Nivosa Nox Luporum pour ceux qui connaissent ;))
J'avoue vraiment lui en avoir fait voir de toutes les couleurs tout de même, le pauvre... Mais de cette manière, Zack peut accomplir pleinement sa fonction de héros bondissant au secours de son pauvre petit Cloud en détresse... ! xD Cette intervention de Zack au moins, j'ai pris du plaisir à l'écrire.
Encore merci à Fuyuka, sans qui j'aurais encore hésité à publier ce chapitre !
Et bien sûr, merci pour toutes vos reviews !
Le prochain chapitre sera probablement très long. Alors il va me falloir du temps pour l'écrire bien que je veuille toujours me dépêcher de finir cette fic. Soyez compréhensifs s'il vous plaît s'il tarde un peu à venir. Merci de me lire, kisu.
