Chapitre 3

Chapitre 3

Un moyen pour arrêter l'abîme

La caverne qu'elles avaient choisie n'était pas très grande, mais elle permettait de garder la chaleur du petit feu que Rin avait allumé. Ce détail ne comptait pas pour Kikyo, son corps était de cendres et de terres; elle ne ressentait pas les sensations que supportaient les autres êtres humains. Beaucoup auraient vu cela comme un avantage. Kikyo utilisait cette caractéristique comme telle. Mais elle aurait donné n'importe quoi pour ressentir le froid des flocons de neige sur ses mains ou la douce chaleur du petit feu de camp sur son visage. Cela aurait signifié qu'elle était comme avant, une humaine de chaire et de sang.

Trop souvent, ses pensées erraient dans les noirs recoins de son âme. Trop souvent, elle se demandait si elle devait exister, ici et maintenant. Etait-ce son destin? Vivre dans le regret? Vivre dans un le rêve impossible qu'elle aurait un jour ce qu'elle avait perdu il y avait cinquante de cela?

Inuyasha…

Elle évitait à tout prix de lui parler, même si elle ne pouvait pas l'oublier. Elle essayait, mais en était incapable. A chacun de ses pas, il l'accompagnait, à chacun de ses combats, elle se battait pour lui. Celui qu'elle avait perdu, celui qu'elle n'aurait jamais, celui qu'elle aimait. Et rien, ni le temps, ni la distance ne pouvaient l'effacer. A la place, elle gardait un espoir infime, ridicule, qu'un jour peut-être…

Kikyo observa son élève qui fixait les flammes devant elle. Son dos était appuyé contre le flanc d'AhUn, comme souvent quand elle tenait à avoir chaud. Rin avait eu raison lorsqu'elle avait parlé d'Inuyasha et d'elle. Leur situation devait se stabiliser un jour ou l'autre. Mais pourquoi préférait-elle rester dans une incertitude fragile? Pourquoi ne voulait-elle pas souffrir? Elle était déjà morte, tout ceci n'aurait pas dû avoir d'importance.

C'était une perte de temps de réfléchir de ce qui aurait pu être ou pas, de toute façon. Elle avait d'autres sujets de préoccupations, dont l'un se trouvait devant elle: Rin.

Elle était plus réservée qu'à l'accoutumée depuis leur départ du village de Kaede. Du moins, Rin semblait être rivée sur un problème nouveau, et parfois, Kikyo crut voir l'enfant sur le point d'en parler, avant de se rétracter une nouvelle fois dans le silence. Kikyo se demandait s'il y avait un rapport sur ce qu'elle avait dit sur Kagome, Inuyasha et elle. Ou peut-être les mots de son meilleur ami Kohakuavaient finalement insinué un doute dans le cœur de Rin. Le garçon avec qui elle s'était pendant un temps allié, s'était montré protecteur de Rin. Kikyo ne lui en voulait pas pour ce qu'il lui avait dit, car il avait une part de vérité.

Quelque en fût la raison, le sourire de Rin s'était fait plus rare, comme le soleil masqué par les nuages de l'hiver. Il manquait à Kikyo.

Elle avait vite appris à apprécier la présence de la jeune fille à ses côtés. Les débuts avaient été difficiles, Rin n'avait pas accepté l'abandon de Sesshomaru. Kikyo le comprenait aisément. Si la jeune fille et le démon n'avaient pas été séparés, il était facile de deviner en quoi les sentiments d'admiration de Rin pour Sesshomaru se seraient transformés. Kikyo s'estimait heureuse d'avoir pu le prévenir. Les démons et les humains n'étaient pas faits pour s'aimer, Kikyo le savait mieux que quiconque. Au moins, Rin n'aurait pas à vivre la peine qu'elle avait elle-même traversée.

Kikyo savait que Rin se languissait encore du démon. Elle en souffrait, même si elle le cachait derrière son sourire éclatant. Mais ce n'était rien, par rapport à ce que Rin aurait pu connaître, surtout avec un démon aussi froid et cruel que Sesshomaru. Il n'avait aucune considération pour les humains, Rin n'aurait jamais survécu.

Du moins, c'était ce que se répétait Kikyo pour réprimer le sentiment de culpabilité qu'elle avait quand elle voyait Rin triste. Sesshomaru méprisait l'humanité entière, mais à l'exception de Rin. Même après deux ans de séparation, il veillait encore sur elle. Il les suivait, sans relâche, toujours à distance. Il devait être suffisamment près pour sentir leur odeur. Par expérience, Kikyo savait que les Inuyokai avait un excellent odorat, et Sesshomaru n'était pas n'importe quel Inuyokai.

Avec le temps, les pouvoirs de Rin s'épanouirent, et elle commença à ressentir le youki de Sesshomaru. Peut-être l'avait-elle senti inconsciemment depuis le début, car elle semblait toujours rassurée, comme si la peur ne l'affectait pas. Elle se savait en sécurité tant qu'ilétait là, même si elle ne s'en rendait pas compte.

Rin ignorait que Sesshomaru les pistait depuis aussi longtemps, et Kikyo ne voulait pas vraiment qu'elle le sût. Elle savait que Rin apprendrait un jour la vérité, et se rendrait compte qu'il la protégeait encore. Le nombre de yokai qui les aurait attaquées, aurait été beaucoup plus conséquent sans lui. Tant que le flair du Taiyokai remarquait la présence d'un démon, Kikyo savait qu'elle n'aurait pas à s'en occuper. Elle se tenait prête les autres jours, quand il pleuvait ou que le vent soufflait derrière elles.

Kikyo se demandait comment réagirait Rin si elle savait pour Sesshomaru. Devait-elle lui en parlerou lui laisser découvrir seule? La réponse se faisait d'elle-même. Kikyo ne voulait rien précipiter. Elle ne voulait pas perdre l'estime de la jeune fille qui lui rappelait ces jours lointains où elle voyageait avec la petite Kaede. C'était sa nouvelle vie, et elle, la morte errante, essayait de se raccrocher à quelque chose qui n'aurait pas dû avoir de l'importance.

Au fil du temps, dans la réserve qui semblait protéger Rin, Kikyo se reconnaissait et elle détestait cela. Rin devenait comme elle. Sa chaleur semblait s'éteindre, réprimée par le devoir, la tristesse et le regret. Cette progression ne pouvait être empêchée. Rin devait devenir forte pour affronter ce destin aussi froid que le cœur de l'hiver qui la frapperait un jour ou l'autre. Kikyo était aussi coupable de cela. C'était elle qui forgeait Rin en ce qu'elle devenait. Kikyo ne le voulait pas, mais elle le devait. Sesshomaru n'était pas le seul à avoir trahi Rin, elle continuait dans ce sens. Tout comme ses pseudo amis qui n'avaient rien fait quand elle avait pris l'enfant avec elle.

Pseudo amis. Elle avait pourtant accepté que Rin entrât dans la vie du moine et de sa femme. Elle n'était pas aveugle, Kikyo voyait que Rin trouvait une famille parmi eux. Et elle l'enviait un peu.

Cela… ne devrait pas se passer ainsi.

Du regret, oui, elle ressentait tellement de regret pour Rin. Peut-être qu'elle devait lui parler, peut-être qu'elle devait chercher à l'atteindre dans ce silence-là, et retarder l'échéance où Rin deviendrait effectivement comme elle.

«Depuis le début du voyage, tu sembles immergée dans tes pensées…»

Rin sursauta, comme si elle revenait à la réalité. Elle considéra longuement Kikyo, qui ne montra rien du malaise qu'elle ressentait. Les yeux de Rin étaient une véritable porte ouvrant sur ses émotions, c'était vrai, mais surtout, ils semblaient capables de traverser les corps et mettre à nu les âmes qu'ils touchaient. Peut-être même que c'était le cas. Rin pouvait faire croire que rien n'était impossible, quand on la côtoyait suffisamment.

«Je… j'ai fait une promesse, Kikyo-sama, dit-elle enfin, et je veux à tout prix la tenir… Mais je ne sais pas comment.»

La réserve de Rin était mauvais signe. Kikyo savait qu'elle n'allait pas aimer ce qu'elle allait entendre.

«Quelle est cette promesse?»

Rin se mordit les lèvres et Kikyo regretta son ton froid. Kikyo voulait instaurer une relation de confiance entre elle et son élève. Pour cela, elle devait faire l'effort d'éviter de lui parler comme si elle était toujours en faute. Rin ne sembla pas s'en offusquer longtemps.

«Miroku-sama a été maudit par Naraku. Je lui ai promis de trouver une solution pour arrêter la malédiction…

- Rin…

- Je sais que je peux le faire, Kikyo-sama, j'en suis certaine. Et je dois le faire, si Naraku contrôle le kazaana…

- Comment cela?»

C'était une nouvelle information qui ne surprit pas Kikyo, quoiqu'elle fût intéressante.

«Je l'ai vu dans le kazaana… pas physiquement, mais il y était. J'étais tellement surprise, et pourtant, je crois qu'il l'était plus que moi…

- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé plus tôt?»

Rin baissa la tête, honteuse.

«Je m'en suis rappelée seulement quand Miroku-sama m'a parlé de la malédiction… et après…»

Rin releva les yeux avec une ferme détermination.

«Suis-je liée à Naraku? A force d'y penser, je me demande… le fait que je puisse le voir, ou qu'il s'est servi de moi pour abriter la perle… Est-ce que j'ai un lien avec lui?»

Kikyo ne répondit pas immédiatement. Elle-même se sentait lié à Naraku, d'un lien inaltérable. Parfois elle croyait être plus lié à lui qu'à Inuyasha, et cela l'effrayait. Malgré sa jeunesse, Rin comprenait instinctivement certaines choses. Elle savait sans doute la réponse à sa question, mais elle restait attachée à l'ignorance de l'enfance. Rin voulait sans doute qu'elle lui répondît négativement, et Kikyo le désirait aussi. Mais en tant que gardienne du Shikon no Tama, elle devait savoir. Je suis tellement désolée, Rin…

«Oui, comme la plupart des personnes qui ont croisé Naraku avant toi. Il marque ses ennemis et ses proies pour les poursuivre jusqu'à leur mort. C'est pour cette raison que nous sommes si nombreux à le chercher… parce qu'à la fin, ce sera lui ou nous.

- Mais c'est encore différent avec moi, dit Rin d'un ton triste et résigné. Parce que je porte la perle à cause de lui…

- Certainement, mais quelle est la nature de ce lien qui vous unit, je n'en ai aucune idée, Rin.»

Rin parut morose et abattue, et Kikyo sourit presque. Rin ne reste jamais abattue longtemps. Et en effet, Rin secoua la tête.

«M'aiderez-vous pour Miroku-sama?

- Rin, tu ne contrôles pas tes…

- Pouvoirs, oui, je sais, mais je tiens à trouver une solution.»

Elle était obstinée, Kikyo le savait. Avec ou sans son aide, Rin tenterait le tout pour le tout. Il lui fallait beaucoup plus pour être détournée de son but. Kikyo soupira. Elle n'allait pas l'abandonner, même si elle n'approuvait pas.

«D'accord.»

Rin se leva d'un bond et rejoignit Kikyo pour la serrer dans ses bras. Kikyo, surprise, rendit son embrassade avec hésitation. Elle n'était pas habituée aux marques d'affection. Rin se détacha d'elle et lui fit un grand sourire.

«Merci, Kikyo-sama!»

Rin lui raconta succinctement en quoi consistait la malédiction, et comment elle condamnait le moine et sa progéniture. A la fin de son récit, Kikyo resta silencieuse, considérant méticuleusement ce que lui avait dit Rin.

«Donc le moyen que cela nous offre est de trouver Naraku et le tuer, dit-elle enfin. Tu n'en es pas capable, Rin, et moi-même j'ignore si c'est dans mes capacités.

- Je sais, Kikyo-sama, et ce n'était pas ce que j'envisage non plus. Il est introuvable, et tant qu'il ne voudra pas être retrouvé, nous ne parviendrons pas à le revoir.

- Comment peux-tu savoir cela? demanda Kikyo, suspicieuse.

- C'est juste le sentiment que j'ai.»

Kikyo n'aimait pas cela. Rin ne connaissait pas beaucoup le hanyo, elle ne l'avait rencontré qu'une seule fois. Comment pouvait-elle alors deviner les intentions de Naraku? Kikyo avait donné toutes les informations qu'elle avait sur lui, mais de là à faire ces suppositions sur ses projets… Elles pouvaient être fausses, comme elle pouvaient être on ne peut plus vraies.

«Donc il faut trouver une autre solution, reprit Kikyo, en poussant sa réflexion à plus tard.

- Oui, mais c'est là que je bloque. Je sais que je peux ressentir la force maléfique du kazaana pulser si je tiens la main de Miroku-sama. Et il y a quelque chose de comparable dans la main de Kiyoshi, mais en beaucoup plus faible. Celui de Miroku-sama… sa puissance est terrifiante. Je comprends qu'il puisse absorber autant de yokai.

- Absorber, dis-tu?

- Oui, c'est presque aussi puissant que le Shikon no Tama, mais pas autant. C'est pour ça que je pense pouvoir le contrer.»

Kikyo n'écoutait qu'à moitié. Le terme absorber avait attiré son attention, et lui faisait explorer de nouvelles hypothèses. Se pouvait-il que Naraku fût non seulement l'origine du kazaana, mais aussi son aboutissement? Absorbaient-ils les démons et les humains qui disparaissaient à jamais dans l'abîme?

«Kikyo-sama?

- Naraku utilise le kazaana pour absorber plus de youki. Du moins, je pense que c'est probable.»

Rin resta interdite, ses sourcils se fronçant dans un effort de concentration.

«Donc aider Miroku-sama, dit-elle lentement, sera aussi vaincre Naraku. Je suis sûre que Bokuseno-sama a des réponses.

- Bokuseno?

- C'est un yokai, un arbre en fait. Il dit qu'il peut écouter les rumeurs du monde que lui apporte le vent, et depuis plusieurs siècles au moins. Il est très gentil, il voudra bien nous aider.»

Kikyo ne demanda pas comment Rin avait connu un tel yokai. Elle devait l'avoir rencontré lorsqu'elle voyageait avec Sesshomaru.

«Nous irons le voir alors.»

Le lendemain, aux premières heures de l'aube, Rin et Kikyo s'envolèrent sur AhUn pour rencontrer Bokuseno.

Rin avait été soulagée d'avoir pu se confier à Kikyo. Elle avait hésité longtemps, Kikyo aurait bien été capable de l'arrêter dans ses projets. Elle ne l'avait pas fait, contrairement à ce qu'elle avait cru, et s'était même décidée à lui proposer son aide même à demi-mot.

Voler en plein hiver n'était pas une expérience que Rin appréciait. Le vent froid battait son visage, déjà glacé par la neige. Si elle n'avait pas été aussi pressée, elle aurait plutôt voyagé à terre. AhUn, comme Kikyo derrière elle, semblaient indifférents au climat. Elle se demandait comment le dragon pouvait rester insensible au froid. AhUn étaient de la famille des reptiles, après tout. Mais non, ils irradiaient de chaleur, même maintenant, et elle en était reconnaissante.

Rin ne se souvenait pas vraiment où habitait Bokuseno. Toutes les fois qu'elle l'avait vu, elle suivait aveuglément Sesshomaru-sama, sans vraiment chercher à savoir où elle allait et par quel chemin. Heureusement AhUn, eux, s'en souvenaient. Ils n'avaient pas été le dragon de Sesshomaru-sama pour rien. Lorsqu'elle leur avait demandé s'ils pouvaient les emmener voir le vieil arbre, ils avaient henni avec enthousiasme, rassurant Rin. Elle n'aurait pas à chercher dans tout le pays.

Mais dans ce froid là, elle commençait à se demander si le dragon ne faisait pas un grand détour en survolant tous les recoins du pays. Elle allait presque leur demander s'ils étaient vraiment sûrs de la direction, mais se retint. Elle ne voulait pas les vexer sous prétexte qu'elle ne supportait pas le froid. AhUn étaient très susceptibles.

Enfin, ils grondèrent doucement, et Rin se pencha pour voir le paysage en bas. Une forêt s'étendait au sol, ensevelie sous la neige. De là où elle était, elle était incapable de dire si c'était bien la forêt de Bokuseno. Mais si AhUn le pensaient, elle pouvait bien faire confiance au dragon. Ils arrivaient.

Ils se posèrent dans une clairière dégagée, et pénétrèrent dans la forêt. Rares étaient les oiseaux qui chantaient du haut des branches des arbres. On entendait plus volontiers le bruit des pas d'AhUn, qui s'enfonçaient dans la neige, ou le souffle de Rin qui se cristallisait en brume devant sa bouche.

En y réfléchissant bien, Rin trouvait l'endroit vaguement familier, même si elle n'avait jamais connu cette forêt en plein hiver. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, ses souvenirs se clarifiaient, jusqu'au moment où elle aperçut enfin le tronc épais de Bokuseno. Sans sa magnifique chevelure de feuilles vertes ornées de fleurs de magnolia, l'arbre démon semblait plus frêle qu'elle n'aurait jamais cru possible de voir. Non, voyons, c'est Bokuseno-sama. Il a vu tant de siècles que plus rien ne pourrait le détruire.

Rin et Kikyo descendirent du dragon, et Rin marcha d'un pas déterminé vers l'arbre. A leur approche, un visage émergea du tronc, comme gravé dans les rainures du bois.

«Bienvenue, filles de la perle.»

La voix de Bokuseno n'avait pas perdue de cette jovialité qu'aimait tant Rin. Pourtant elle resta perplexe. Filles de la perle? Elle était sûre qu'il s'adressait aussi bien à elle qu'à Kikyo. Disait-il cela parce qu'elles étaient des gardiennes du Shikon no Tama?

«Bonjour Bokuseno-sama! Voici Kikyo-sama…

- Je sais Rin-chan, le vent m'avait averti de votre venue. Tu as bien grandi depuis la dernière fois que l'on s'était vu.

- Je suis désolée de ne pas vous avoir rendu visite plus tôt…

- Ne t'en fais pas… Je vois le temps de façon différente. C'est comme si ta dernière visite ne datait que de quelques semaines.»

Il prit un air malicieux.

«Mais c'est vrai que cela me ferait plaisir que tu viennes saluer ce vieil arbre de temps en temps.

- Je vous le promets, Bokuseno-sama!

- J'en suis heureux, mais je crois que vous êtes venus pour une raison particulière.»

Rin se sentit rougir d'embarras. Non seulement elle n'avait pas pensé à le revoir depuis tout ce temps, mais en plus, elle était venue lui demander un conseil.

«Voyons, Rin-chan, ne culpabilise pas pour si peu, dit le yokai. Crois-moi, j'aime aider les gens. Que veux-tu savoir?»

Un peu apaisée, Rin entreprit de raconter l'histoire de Miroku. Bokuseno posait parfois des questions, approfondissant certains points, creusant des notions que Rin n'avait pas envisagées. Il aidait beaucoup, même lorsqu'il ne faisait qu'écouter en silence son récit.

«Alors?» demanda Rin quand elle eut fini.

Le yokai ne répondit pas, fermant les yeux, comme s'il méditait profondément. Et cela dura… et dura… Rin commença à s'impatienter.

«Je crois qu'il s'est endormi, Rin, annonça calmement Kikyo d'un ton égal.

- Quoi?! Bokuseno-sama, réveillez-vous! S'il vous plait!

- Hum? Quoi? Oh… ah oui, désolé Rin-chan. Oui, donc la réponse est simple.

- Vraiment? demanda Rin presque incrédule.

- Oui, bien sûr, la solution est en toi.

- Et…

- Et voilà, Rin-chan. Tu as la réponse en toi.

- Vous ne savez pas, Bokuseno-sama, c'est ça?»

Le visage gravé dans l'arbre prit un air gêné.

«Tu as deviné juste Rin-chan.»

Rin soupira, et se retint de se frapper la tête contre le tronc.

«Mais s'il y a une chose que je sais, c'est que tu peux y arriver, Rin, mieux que quiconque.

- Grâce au Shikon no Tama?

- Ce n'est qu'un moyen. Il faut avoir la détermination nécessaire pour réaliser ce que l'on souhaite, et tu l'as. Après tout, n'es-tu pas l'enfant qui apprivoisa le plus cruel Taiyokai existant?

Rin sourit faiblement. Apprivoiser n'était pas le terme qu'elle aurait employé…Cependant, elle était incapable de définir la relation qu'elle avait eu avec Sesshomaru-sama. Pas de la même famille, pas vraiment serviteur et maître, ni même amis. Qu'avaient-ils été? Elle ne savait pas pourquoi d'un seul coup elle se posait des questions qui appartenaient au passé. Et pourtant…

«L'avez-vous revu depuis tout ce temps, Bokuseno-sama?»

Il la regarda avec tristesse.

«Non, il n'a jamais été du genre à rendre des visites de politesse.»

Non, c'est vrai. Elle sourit presque. Il était toujours guidé par une raison précise, même lorsqu'ils semblaient errer sans aucun but pendant des jours.

«Si vous le revoyez… dites-lui…dites-lui…»

Lui dire quoi? Rin voulait le revoir, lui parler, mais de quoi? Après tout ce temps, tout ce qui s'était passé et la façon dont leurs chemins s'étaient séparés…

«Dites-lui qu'il me manque.

- Je lui dirais, Rin-chan.»

Kikyo montait déjà sur le dos d'AhUn, mentionnant ainsi qu'il fallait partir. Elle devait penser que ce voyage avait été une perte de temps.

«Il y a quelque chose qu'il faut que tu saches, Rin.»

Il hésita, comme s'il cherchait scrupuleusement les mots qu'il choisirait.

«Comme tu le sais, tu dois être en harmonie avec les quatre âmes, pour pouvoir utiliser la perle, même si ta force de prédilection est le Nagimitama. Mais ce pouvoir, tu ne dois pas l'utiliser pour toi-même. Jamais.

- Comment cela?

- Chaque porteur du Shikon no Tama a voulu à un moment ou à un autre utiliser son pouvoir pour exaucer l'un de leur vœu personnel. Et tous ont sacrifié bien plus qu'il ne l'aurait voulu.

- Je suis morte, dit Kikyo, et Naraku a été déchu.

- Pourtant, dit Rin à mi-voix, vous vivez maintenant et nous avons très bien que Naraku cherche à regagner sa place d'autrefois. Cela ne veut rien dire.

- En es-tu si sûre, Rin-chan?»

Les paroles de l'arbre interloquèrent Rin. Elle ne savait pas quand Kikyo avait utilisé le pouvoir du Shikon no Tama à des fins personnelles. Ce n'était pas quelque chose que la miko ferait. Pourtant à repenser à ce qu'était à présent la vie de la miko… Non, elle n'était pas heureuse. Et Naraku prenait du temps à se remettre de leur dernière bataille, enfin si on pouvait appeler cela une bataille. Est-ce que… est-ce que c'était le prix qu'ils payaient pour avoir utiliser le Shikon no Tama? Comme si une obscure malédiction pesait sur eux?

«Rin utilise rarement les pouvoirs de la perle, et jamais pour son compte,» dit Kikyo.

Kikyo la défendait? Rin en était surprise, même si elle n'aurait pas dû l'être.

Elle utilisait peu le Shikon no Tama, c'était vrai. Kikyo la prévenait toujours de ne pas trop puiser dans son pouvoir, lui disant qu'elle n'était pas assez puissante pour y arriver.

«Alors, tu lui a appris avec sagesse, fille de la perle, répondit-il. Il est important que Rin le sache, pour éviter que les erreurs d'autrefois ne se reproduisent.»

Quelque chose sembla passer entre Kikyo et le vieil arbre, bien que Rin fût incapable de dire quoi. Elle ne s'y attarda pas, car déjà Kikyo indiquait qu'elles devaient partir. Elle fit ses adieux au vieil arbre démon, promettant de venir le revoir bientôt.

Rin était un peu déçue de ne pas avoir obtenu les réponses qu'elle cherchait et d'avoir gagné en plus des nouvelles interrogations. Elle ne regrettait pourtant pas d'être venue, Bokuseno était quelqu'un qu'elle respectait.

L'hiver passa, le temps s'adoucit. Rin continua son entraînement avec plus d'ardeur qu'avant, en gardant toujours en tête les conseils de Bokuseno. Pour la première fois de sa vie, Rin se mit à redouter la venue du printemps, sachant très bien, qu'elle devait être prête pour affronter le kazaana de Miroku.

Ce fut dans cette période fébrile que Rin commença à voir les limites de l'étendue du savoir de Kikyo. La miko l'aidait, mais cela ne suffisait pas toujours à Rin pour trouver un point d'équilibre harmonieux entre les quatre âmes de la perle. Elle devait le trouver seule, peut-être parce que le Shikon no Tama était devenu son affaire personnelle depuis le jour où il avait été implanté dans son cœur.

Tout en s'entraînant, Rin cherchait tous les plans possibles et imaginables pour refermer le kazaana. Les rouages de son cerveau étaient en marche mais elle n'était pas un stratège, elle en avait la certitude maintenant. Elle craignait de plus en plus qu'elle fût obligée d'improviser. La solution est en toi. Voilà bien une phrase qu'elle commençait à douter sérieusement. Elle ne voyait vraiment pas comment faire pour aider Miroku.

Parfois elle voulait pleurer de frustration, mais savait que c'était bien trop puéril et cela ne résoudrait rien. Elle devait prendre une décision et rapidement, même si au fond d'elle-même, elle l'avait déjà prise.

Les arbres commençaient à être parés de leur coiffe verdoyante, et les fleurs à poindre dans les près. Ce fut donc un beau matin de printemps, alors qu'ils marchaient dans une prairie, que Rin décida de parler à Kikyo.

«Kikyo-sama.

- Tu as pris ta décision.»

Ce n'était pas un question, mais Rin y répondit comme si c'en était une.

«Oui, j'irai voir Miroku-sama et essayer de trouver avec lui une solution.

- Tu veux donc improviser.»

Rin s'arrêta net. Kikyo se tourna vers elle pour la regarder avec une expression neutre. Rin se demandait comment la miko pouvait bien le savoir. C'était comme si elle était un grand livre ouvert pour les personnes qui l'entouraient. Rin le ressentait encore plus, quand des personnes comme Kikyo ou Sesshomaru-sama, qui ne montraient rien de ce qu'ils pensaient, perçaient complètement ses sentiments. Ce n'était pas juste.

«C'est la meilleur option qu'il me reste.

- Et la plus dangereuse aussi.»

Rin hocha les épaules. Sa vie était dangereuse, un risque de plus ou de moins n'y changerait pas grand-chose.

«Viendrez-vous au village avec moi, Kikyo-sama?

- Non, je t'attendrai aux alentours, là où les yokai rôdent.»

La réponse de Kikyo ne surprit pas Rin. Elle en était déçue, mais pas surprise. Après ce qui s'était passé la dernière fois, Rin comprenait sa décision. Au moins, Kikyo la laissait continuer son projet, elle devait avoir confiance en elle. Rin en était fière, Kikyo était une femme que Rin admirait, et dont les opinions comptaient pour elle.

Le lendemain fut une autre journée de printemps fraîche et ensoleillée. AhUn les menèrent jusqu'à la forêt d'Inuyasha, aux abord de laquelle ils déposèrent Kikyo. Rin continua le reste du chemin dans la forêt à pied avec AhUn à ses côtés. Elle ne voulait pas débarquer dans le village sur un dragon volant. Elle réussirait seulement à créer une panique générale parmi les villageois. En plus, à marcher dans la forêt printanière, écouter les chants des oiseaux ou le bruissement du vent dans les branches de l'arbre, elle trouvait une sorte d'apaisement. Elle réussissait presque à oublier son anxiété. Presque.

Elle avait fait la moitié du chemin, quand elle commença à percevoir les auras des villageois, et surtout de ses amis. Celle d'Inuyasha-sama flamboyait de courage et de passion, alors que Shippo semblait plus être un feu follet, vif et espiègle. Kohaku lui brillait doucement, calme et tendre, mais elle savait qu'il pouvait aussi tomber dans de grandes dépressions. L'âme de Sango, était aussi facilement reconnaissable, virevoltante entre plusieurs émotions contradictoires, passant de la joie à la mélancolie, assez rapidement. Elle se souvenait que Miroku avait marmonné une fois quelque chose sur les sautes d'humeur des femmes enceintes à la suite d'un coup derrière le crâne que Sango lui avait donné. Il fallait dire qu'il avait souri avec un peu trop d'empressement à une jeune femme du village. Rin esquissa un sourire quand elle sentit aussi la vie de la petite Ren dans le ventre de sa mère. Elle semblait aller bien. Kiyoshi était aux côtés de sa mère et boudait pour une raison ou pour une autre. Kagome-sama était présente aussi, sa force de miko ne masquant pas le fait qu'elle était furieuse. Elle avait dû encore se disputer avec Inuyasha.

Et enfin Miroku. Calme et sage Miroku, qui se distançait de sa propre famille. Il était la raison de sa venue. Elle ne pouvait pas l'abandonner dans cet état-là.

Le vent frais souffla au cœur de la forêt, défaisant le malheureux ruban qui jusque là avait maintenu courageusement les cheveux de Rin à la base de son cou. C'était à croire que l'esprit du vent, avec une certaine espièglerie, aimait à plaquer ses cheveux contre son visage, et à les entremêler dans une masse de nœuds lorsqu'elle faisait l'effort d'en prendre soin. Rin n'en était pas vraiment gênée. L'air n'était pas l'élément qu'elle maîtrisait le mieux, loin de là, mais elle avait le sentiment que le vent était son ami. Enfin son amie.

Soudain, Rin se rendit compte que Kohaku, Shippo et Kiyoshi venaient vers elle. Elle avait été repérée.

Elle pressa le pas pour aller à leur rencontre et passa près du vieux Puit Dévoreur d'Os. Kohaku lui avait raconté que c'était le moyen qu'employait Kagome-sama pour rejoindre son époque. Shippo lui avait assuré que seuls Kagome-sama et Inuyasha-sama pouvaient l'utiliser, et Rin s'était hasardée d'y jeter un coup d'œil. Kohaku avait refusé qu'elle y descendît pourtant, et elle avait cédé à son ami. Pourquoi Kohaku s'était-il montré aussi catégorique sur sa position restait un mystère pour Rin. Ce n'était pas comme si elle allait disparaître pour ne plus revenir, n'est-ce pas?

Elle continua sa marche avant de rester un moment plantée devant la deuxième étrangeté de la contrée. Goshinboku, l'arbre sur lequel Inuyasha avait été empalé par une flèche sacrée de Kikyo. Elle observa l'arbre séculaire recouvert de verdure. Une partie de sa propre histoire avait commencé là. Elle ne connaissait pas tous les détails, mais elle savait que sa vie ne serait pas ce qu'elle était sans Goshinboku. Peut-être aurait-elle était plus heureuse si cet arbre n'avait pas existé, peut-être pas. Les lois de la fatalité étaient bien impénétrables comme le disait Miroku, et souvent ironiques voire cruelles.

Ignorant le hennissement perplexe d'AhUn derrière elle, elle s'approcha de l'arbre et posa sa main sur son tronc. Sais-tu les réponses que je cherche, Goshinboku-sama? Peux-tu m'aider?

Un cri enfantin interrompit ses pensées. Kiyoshi déboulait dans la clairière pour sauter dans ses bras.

«Rin-neechan! Tu es revenue!

- Bonjour, Kiyoshi-chan!»

Shippo et Kohaku arrivaient derrière. Kohaku avait encore un peu grandi durant l'hiver, contrairement à Shippo, qui bien qu'étant le plus âgé, ne paraissait pas plus vieux que Rin. Elle était heureuse de les revoir. Kohaku devenait définitivement un beau jeune homme, vêtu dans d'un kimono bleu sombre, son scythe à chaîne à la taille. Shippo gardait un air enfantin, préférant être habillé de couleurs vives, orange et bleu, qui lui allaient si bien.

«Rin, c'est si bon de te revoir, déclara Kohaku.

- Et puis tu arrives à temps pour la naissance de Ren-chan. Dépêche-toi, les autres nous attendent au village!»

Kohaku prit son bras gauche qui ne tenait pas Kiyoshi. Shippo les suivait tout en essayant de mettre le plus de distance possible entre lui et AhUn. Il avait découvert que le dragon avait un tout autre tempérament que Kirara, surtout pour toutes les personnes qui n'étaient pas Rin, Sesshomaru-sama, et parfois Kikyo.

«Rin-neechan, tu crois que je peux monter sur le dos d'AhUn? J'ai déjà été sur Kirara,» ajouta Kiyoshi fièrement.

Rin hésita. Kiyoshi paraissait tellement désireux de monter sur le dos du dragon.

«Kiyoshi, dit Shippo, c'est vraiment pas une bonne idée. Ce dragon est fou, je te…»

La tête d'Ah poussa Shippo qui tomba au sol. Rin et Kiyoshi éclatèrent de rire, vite suivi par Kohaku.

«Hé, c'est pas drôle!

- Bien sûr que non, Shippo, dit Rin en essayant de garder un visage serein. Mais c'est de ta faute, tu sais qu'AhUn sont susceptibles.

- Ce sale caractère doit lui venir de Sesshomaru,» grommela Shippo.

Rin n'eut alors plus vraiment le cœur à rire.

«Certainement, répondit-elle tristement.

- Rin-neechan.»

Rin se força de sortir de la torpeur dans laquelle elle allait tomber.

«Excuse-moi, Kiyoshi-chan. Si AhUn le veulent bien, je te ferai monter sur leur dos. N'est-ce pas, AhUn?»

Elle se tourna alors vers le dragon, en prenant soin d'ignorer les regards que s'échangeaient Kohaku et Shippo. Elle présenta Kiyoshi dans ses bras au dragon. Les deux têtes scrutèrent le petit garçon.Un rapprocha son museau du visage de l'enfant qui se blottit instinctivement contre Rin.

«Du calme, Kiyoshi-chan. Si tu as peur, ils ne voudront pas que tu les chevauches. Et puis je suis là, non?»

Kiyoshi acquiesça faiblement, puis se redressa. Un le renifla, puis laissa Ah faire de même. Rin devait admettre que Kiyoshi montrait beaucoup de courage pour un enfant de son âge, surtout face un dragon à deux têtes capables de pulvériser n'importe quoi en un jet d'énergie. Peut-être qu'il ignorait ce détail, et Rin n'allait sûrement pas le lui dire à présent. Lorsqu' Ah finit son inspection, les deux têtes hennirent ensemble, et Rin sourit à l'enfant dans ses bras.

«Bravo, Kiyoshi-chan, ils acceptent.

- Ouais! Mets-moi dessus, Rin-neechan!»

Aussitôt dit, aussitôt fait, Rin fit asseoir l'enfant sur le dos d'AhUn. Kiyoshi éclata de son rire enfantin, faisant effectivement sourire Rin. La première fois qu'elle était montée sur AhUn avait été assez similaire. Sesshomaru-sama l'avait soulevée si aisément que sans s'en rendre compte, elle était déjà sur le dos du dragon qui s'envolait dans les airs. Toutes ses appréhensions pour le dragon s'étaient effacées dans un éclat de rire. Elle s'était sentie libre, loin des soucis de la terre à laquelle elle appartenait. Elle avait été heureuse… Comme l'était apparemment Kiyochi en ce moment même.

«Rin-chan, c'est injuste, se plaignit Shippo. Pourquoi tu ne nous as jamais permis de nous approcher d'AhUn, comme lui?

- Si AhUn ne le voulaient pas, je n'allais pas les forcer. Bien dépêchons maintenant, j'ai hâte de voir les autres!»

Et leur petit groupe se mit en route, les rires de Kiyoshi s'écoulant avec la spontanéité de l'enfance. Rin rejoignit bientôt Kiyoshi dans son insouciance, comme Shippo puis Kohaku. Cela faisait du bien pour une fois d'oublier les pensées pesantes qui occupaient dernièrement son esprit.

Les arbres laissèrent finalement place au ciel bleu printanier et sur la terre, au village qui était devenu un second chez soi pour Rin. Ils gagnèrent directement la maison de Miroku en traversant le village. Les personnes qui n'étaient pas parties aux champs la saluèrent et lui souhaitèrent la bienvenue. Ils s'arrêtèrent de nombreuses fois, les vieilles femmes l'accueillant comme si elle était l'une de leur petite fille, les femmes enceintes demandant sa bénédiction pour l'enfant allant à naître, les jeunes enfants courant derrière elle les mains tendues, en l'appelant 'Rin-sama'. Elle ne savait pas vraiment comment elle était devenue 'Rin-sama', mais même en insistant pour être appelée tout simplement Rin ou Rin-chan, elle ne perdait pas le titre honorifique qu'on lui avait attribué.

L'autre personne ayant du succès était Kiyoshi du haut d'AhUn. Kiyoshi n'était pas indifférent à l'attention qu'on lui portait en particulier quand c'était des petites filles. Tel père, tel fils, et cela bien précocement, apparemment. Rin avait une fois assisté à l'une des tentatives de Miroku pour séduire une belle jeune femme. Même s'il était marié, et amoureux de sa femme, il n'avait pas perdu ses mauvaises habitudes de jeune homme. Elle avait pu vérifier d'elle-même que la réputation de Miroku était vraie, et que la vengeance de Sango était terrible. Shippo n'avait pas exagéré sur ces deux points. Rin n'avait pas d'inquiétude pour le comportement de Miroku, il n'était jamais sérieux avec les autres femmes, et elle se demandait même si ce n'était pas une sorte de jeu pour le couple.

Miroku, Sango, Inuyasha et Kagome les attendaient à l'entrée de la maison de famille. Rin ne manqua pas de remarquer que Miroku gardait sa main droite dans sa poche.

«Rin-chan! s'écria Sango en la prenant dans ses bras. Je suis tellement heureuse de te revoir!»

Rin eut bien du mal à embrasser Sango à son tour, son ventre ayant pris plusieurs tours de largeur. Quittant la chaleur toute maternelle de Sango, Rin embrassa ensuite Kagome-sama puis alla saluer Miroku et Inuyasha. Le regard de Miroku était intense, et Rin fit un discret mouvement de la main signalant qu'elle devait lui parlait plus tard. Apparemment il comprit, car il acquiesça imperceptiblement. En jetant un coup d'œil circulaire sur ses amis, elle se rendit compte que personne n'avait remarqué leur échange silencieux, à part peut-être Inuyasha-sama qui les regardait avec perplexité. Elle eut le sentiment qu'il se doutait de quelque chose, peut-être à sa façon, similaire à Sesshomaru-sama, de la scruter lorsqu'elle avait tenté de lui cacher la vérité. Le problème était que Sesshomaru-sama avait toujours obtenu la vérité à la fin. Du calme, Rin, c'est seulement Inuyasha-sama.

Inuyasha-sama lui rappelait toujours son frère aîné. C'était ses yeux, et ses cheveux bien sûr, mais surtout sa détermination et son courage, et… Arrête, Rin! Elle se désespérait elle-même. Heureusement, Inuyasha-sama se tourna vers Shippo.

«Feh, je vois que t'as réussi à la flairer.

- Bien sûr, rétorqua Shippo. Qu'est-ce que tu crois? Que je suis un incompétent?

- Ben oui.

- Espèce de…

- Osuwari!»

Inuyasha-sama fut littéralement aplati au sol par le sort de soumission. Rin eut mal pour lui.

«Kagome… pourquoi? parvint à geindre Inuyasha-sama.

- Tu n'avais pas à être aussi méchant avec Shippo-chan, répondit Kagome-sama. Il a fait vraiment de son mieux.»

Shippo sourit sadiquement tandis qu' Inuyasha se relevait avec peine. Et Rin lui donna un coup derrière la tête.

«Aïe! s'écria le kitsune en frottant le point d'impact. C'était pour quoi ça, Rin!?

- Pour t'être réjoui du sort d'Inuyasha-sama et t'apprendre à réfléchir avant de parler.

- Parfois Rin, j'ai vraiment l'impression que tu me détestes.

- Je te rassure, ce n'est qu'une impression.»

Kohaku éclata de rire, et Rin eut toutes les peines du monde pour se retenir de sourire. Inuyasha la regarda d'un air boudeur.

«Feh, je n'avais pas besoin de ton aide.»

Rin sourit. Oui, définitivement comme son frère.

«De rien, Inuyasha-sama.»

Inuyasha parut surprit, mais Rin savait qu'elle avait vu juste. Inuyasha-sama était reconnaissant, mais il ne l'admettrait tout simplement jamais directement.

Sango les interrompit en déclarant qu'elle voulait amener Rin dans sa chambre. Rin fit descendre Kiyoshi du dos d'AhUn et prit ses affaires. Suivies de Kiyoshi, Sango lui montra la nouvelle pièce que Miroku et Inuyasha-sama avaient construite pendant l'hiver et qui deviendrait la chambre de Ren-chan et la sienne le temps de son séjour. Ren-chan. Sango ne pouvait s'empêcher de parler de la petite fille qui allait naître. Kiyoshi, qui tenait sa main boudait à chaque fois que sa mère la mentionnait. Rin savait ce que Kiyoshi ressentait. Elle était déjà passée par là.

Après avoir déposé ses affaires, Rin revint dans la salle commune où Kagome avait préparé du thé. Shippo et Kohaku n'avait pas attendu pour boire allègrement le leur. Seuls Miroku et Inuyasha-sama s'étaient absentés.

La conversation se tourna une nouvelle fois autour de Ren-chan, et de la grossesse de Sango, ce qui poussa les garçons à trouver un prétexte pour les fuir. Kiyoshi resta avec elles, son air boudeur toujours en place sur son visage, alors qu'il posait la tête sur les genoux de Rin. Tout en caressant les cheveux de Kiyoshi, Rin perdait doucement le fil de la discussion. Elle repensait encore au problème de Miroku.

«Il est temps de préparer le déjeuner, déclara finalement Kagome. Surtout ne fais rien Sango-chan, je m'occupe de tout.»

Rin vit l'excuse qu'il lui fallait pour pouvoir s'échapper.

«Je vais chercher Miroku-sama… et les autres aussi.»

Le visage de Sango, si rayonnant, il y avait quelques secondes, prit un air triste.

«Ce n'est pas la peine, Rin-chan. Miroku aime être seul ces derniers temps…»

Oh. Cela avait donc déjà commencé. Miroku s'éloignait de sa famille.

«Je me demande parfois, s'il m'aime encore, murmura Sango.

- Sango-chan, ne dis pas des choses pareilles…

- Je suis sûre qu'il vous aime, renchérit Rin. Peut-être même qu'il agit comme ça par amour.

- Drôle de façon de le montrer, n'est-ce pas? Fuir sa femme et son fils, dit Sango.

- Je n'ai pas dit que je le comprenais.»

Même si c'est le cas. Kagome-sama la regarda pensivement, et Rin se demandait si elle n'avait pas trop parlé. Si Kagome-sama était la réincarnation de Kikyo, elle devait avoir sa perspicacité. Au grand soulagement de Rin, Sango changea de sujet.

«Enfin, cela ne sert à rien d'y penser, n'est-ce pas? Kagome-chan, allons préparer ce déjeuner.»

La journée aurait pu être plus joyeuse pour Rin, si elle ne savait pas que derrière les sourires de Sango, résidaient les inquiétudes de la jeune épouse pour Miroku. En fin d'après-midi, Kagome-sama annonça qu'elle devait retourner dans son époque pour étudier de l'anatomopathologie du cœur, ou quelque chose dans ce genre. Cela paraissait important, même si Rin ne comprenait pas vraiment ce que c'était. Kagome-sama ne partit pas sans leur rappeler d'envoyer Inuyasha-sama la chercher au moindre problème.

Rin se proposa pour préparer le dîner, mais Sango refusa, disant qu'une invitée n'avait pas à faire le repas, et que Shippo et Kohaku pouvaient très bien se débrouiller tous seuls. Vu leur grimace, ils ne devaient pas avoir le même avis que Sango. Rin n'insista pas, c'était l'occasion pour elle de voir Miroku, et invoquant une excuse quelconque, elle se sauva dans le soir.

Le ciel avait pris cette teinte or et rouge des crépuscules à l'ouest, alors que l'est se couvrait d'un manteau bleu sombre. Elle aimait ces soirées-là, quand on pouvait encore voir le soleil rejoindre la terre, et entendre les derniers chants des oiseaux avant l'aube du lendemain.

Cette fois-ci, elle n'était pas là pour profiter du soir, mais bien pour retrouver Miroku et lui parler. Elle n'eut pas beaucoup de difficultés pour le repérer près de la rivière, grâce à ses sens de miko. Il était assis sur le talus qui surplombait le petit ruisseau, et Rin vint s'installer silencieusement près de lui. Il ne détourna pas son regard du paysage devant lui, même lorsqu'elle fut à côté de lui.

«Tu vas bien, Rin?

- Oui, vous m'aviez sentie arriver?»

Il se tourna finalement vers elle. Il n'avait pas choisi un endroit facile à trouver. Il devait vouloir rester seul pour méditer. Peut-être qu'il l'attendait aussi.

«Ton aura est puissante, amplifiée par l'énergie de la perle. Il n'est pas difficile de te repérer si on le tient vraiment.»

Bien sûr, c'était vrai qu'elle était… spéciale. L'idée rendit amère Rin. Elle se força à penser à autre chose.

«Sango-sama est inquiète. Elle devine qu'il y a un problème.

- Je sais. Je regrette tellement de la mettre dans cet état.»

Rin se mordit les lèvres. C'était le moment où jamais de parler du problème du kazaana. Et surtout du fait qu'elle n'avait pas de solution.

«Rin, ce n'est pas grave si tu n'as pas trouvé de moyen pour arrêter le kazaana.»

Elle le regarda, choquée. Comment avait-il deviné? Il sourit en voyant son expression.

«Donc j'avais vu juste. Rin ne le prend pas mal, mais lorsque tu es inquiète, tu ne sais tout simplement pas le cacher. Si tu aurais trouvé la solution, tu aurais été incapable de rester en place.

- Je déteste avoir l'impression d'être un livre ouvert, comme ça.

- Tu ne devrais pas, au contraire. Ce que nous voyons, tes joies et tes peines, nous montrent qui tu es vraiment. Si tu les cachais, tu risquerais de te retrouver seule.»

Rin comprenait ce qu'il voulait dire. Sesshomaru-sama et Kikyo contrôlaient parfaitement leurs émotions. Ils étaient distants, et le plus souvent, seuls. Ils étaient identiques sur certains points, à croire qu'ils étaient fait l'un pour l'autre. Sans savoir pourquoi, cette idée ne lui plaisait pas beaucoup. Mais ce n'était pas le problème, résolut-elle.

«Je vais pourtant essayer, Miroku-sama. Donnez-moi votre main.»

Miroku parut surpris, mais lui tendit son poing sans rechigner. Dès qu'elle le prit, Rin sentit la puissance du kazaana battre au creux de la main de Miroku. Elle fit ouvrir le poing, et remarqua que l'air autour semblait être aspiré vers son centre. Le kazaana avait donc progressé en ces quelques mois. Un détail n'avait pas changé, il semblait toujours répondre au Shikon no Tama.

Le vent souffla sur eux comme pour signaler à Rin que le soleil s'était déjà couché.

«Je pense que je pourrais arrêter sa progression en mettant une barrière sur ses limites, voir même le fermer complètement. Mais il faudrait que je le fasse ouvert.

- Non.»

Rin eut l'impression d'avoir déjà eu une conversation similaire.

«Miroku-sama, ne recommencez pas! Kikyo-sama est au courant que j'agirais d'une façon ou d'une autre, et elle ne m'empêchera pas de faire comme je l'entends.

- Elle ne t'a pas donné son accord non plus…

- Mais si j'avais suivi son conseil quand Sango-sama avait besoin qu'on la soigne, Ren-chan ou elle n'auraient peut-être pas vécu, non? Bien sûr que cela ne l'enchante pas, mais elle croit suffisamment en moi pour penser que j'en suis capable.

- Et comment espères-tu éviter d'être aspirée dans le kazaana?»

Rin n'avait pas encore réfléchi sur ce point, et il lui fallait trouver une réponse rapidement pour convaincre Miroku, toujours intransigeant. Le youki d'Inuyasha se promenait dans les parages et donna une idée à Rin.

«Goshinboku!

- Quoi?

- Si je m'attache solidement à l'arbre Goshinboku, je suis persuadée que le kazaana ne pourra m'y détacher. Et puis je pourrais compter sur la force d'AhUn…

- Rin, je t'en prie…

- Ou sur la mienne,» coupa Inuyasha.

Rin sursauta quand Inuyasha-sama atterrit près d'eux, s'en voulant mentalement de se faire surprendre. Elle l'avait senti arrivé, mais n'y avait pas prêté attention trop centrée dans sa conversation avec Miroku.

«Inuyasha, tu as tout entendu? demanda Miroku.

- A peu près. Pourquoi tu nous a rien dit, Miroku? Le kazaana est sur le point de t'absorber, c'est ça?

- Je ne voulais pas que Sango s'inquiète…

- C'est plutôt manqué, murmura Rin.

- Et oui, continua Miroku en ignorant sa remarque, le kazaana est plus puissant qu'avant.

- Et Rin a peut-être une solution?

- Oui!

- Non!»

Rin allait rétorquer aussi froidement qu'elle le pouvait, mais Miroku la précéda.

«Le risque qu'elle se fasse absorber est trop grand.

- Mais si Inuyasha-sama nous aide, je suis sûre qu'on peut y arriver.

- Rin pense pouvoir le faire, il faut tenter le coup, renchérit Inuyasha. Je vous aiderai.

- Inuyasha…

- Keh, t'en as pas marre Miroku de te morfondre? On peut pas trouver ce salaud de Naraku, alors pour l'instant on va se contenter de la solution de Rin. C'est mieux que rien.

- Et si cela vous tuait?

- Feh, aucune chance.»

La bravade d'Inuyasha-sama fit sourire Rin et parut mettre Miroku en échec. Ils avaient réussi à le convaincre.

«Promets-moi au moins une chose, Inuyasha. Ne dis rien à Sango.

- Si tu veux, même si c'est ta femme. Elle devrait savoir, non?

- Elle est déjà inquiète, si elle savait la vérité… J'ai déjà failli la perdre elle et le bébé aussi, à cause du kazaana. Je ne veux pas que cela se reproduise.»

Inuyasha acquiesça, et Rin regarda Miroku tristement. Il avait peur qu'elle s'alarmât au point de perdre leur enfant.

«Et n'en parle pas à Kagome, non plus. Elle est comme Rin et montrerait son inquiétude sans le vouloir. Sango saura la faire parler si elle devine quelque chose.

- D'accord, conceda Inuyasha, mais c'est dommage… Peut-être qu'elle aurait pu nous aider.

- En tout cas, nous attendrons la naissance de Ren-chan, dit Rin. Comme ça nous aurons le temps de tout préparer.»

Les deux hommes acquiescèrent. Tous les trois savaient que ce n'était pas la principale raison. Elle voulait laisser à Miroku – et à elle-même – l'occasion de connaître Ren. Même si elle cherchait à se persuader du contraire, Rin avait conscience que ce qu'ils avaient l'intention de faire pouvait mal tourner.

«Je crois que Sango-sama nous attend pour aller manger. Nous devrions y aller.»

Miroku se leva et tendit sa main pour aider Rin à se mettre debout, et ils se mirent en route.

Le dîner fut plus gai que le déjeuner. Sango était heureuse d'avoir Miroku avec elle, et sa bonne humeur était contagieuse. Miroku paraissait plus détendu, comme si le fait d'avoir parlé avec Inuyasha-sama l'avait soulagé. Rin eut même droit à une fameuse dispute entre Shippo et Inuyasha-sama, envers cette fois-ci le dernier gâteau de riz qui restait. A part Rin, personnes d'autres ne prêtait attention à leur petite bagarre, et elle éclata de rire. C'était certainement un spectacle à ne pas manquer.

Rin alla se coucher peu de temps après le repas, soulagée de ne pas prendre la chambre de quelqu'un d'autres. Elle s'habilla dans son yukata de nuit blanc, et s'allongea entre les chaudes couvertures du futon.

Même fatiguée, elle ne s'endormit pas immédiatement. Elle avait tant de sujets de réflexions. Trouver un moyen pou arrêter le kazaana était le principal, mais elle était moins anxieuse qu'avant. L'aide d'Inuyasha-sama lui redonnait confiance.

Ses pensées migrèrent ensuite comme d'elles-même vers son demi-frère, Sesshomaru-sama. Pourquoi était-ce toujours dans l'obscurité du soir qu'elle repensait à lui? La solitude qu'elle ressentait dans ces moments-là faisait s'effondrer sa façade souriante qu'elle présentait aux autres, comme un château de sable détruit par l'océan. Ce n'était pas normal, elle ne devrait pas pleurer le démon qui l'avait abandonnée quand elle avait le plus besoin de lui. Et pourtant il lui manquait, encore et toujours sans que le temps n'arrivât à modifier ses sentiments.

Rin entendit le shoji de sa chambre s'ouvrir. Elle resta calme, ne prenant pas la peine d'essuyer ses quelques larmes. Elle distinguait l'aura de Kiyoshi trotter vers elle. Rin souleva la couverture, comme lors de son dernier séjour, et il se glissa sous la couverture. Kiyoshi posa sa main sur les joues humides de Rin.

«Rin-neechan, pourquoi tu pleures?

- Ce n'est rien Kiyoshi-chan. C'est juste parce que je pense à quelqu'un qui m'oublié.

- Personne ne pourrait t'oublier, neechan.»

Rin sourit à la naïveté de Kiyoshi et l'embrassa son front.

«Merci Kiyoshi-chan. Il est temps de dormir maintenant.

- Oui.»

Kiyoshi-chan se recroquevilla contre Rin. Longtemps ils restèrent ainsi à écouter la respiration de l'autre. Kiyoshi ne dormait toujours pas, et Rin devina qu'il devait y voir une raison.

«Kiyoshi-chan, qu'est-ce qui ne va pas?»

Il ne répondit pas immédiatement. Rin se mit à caresser ses cheveux, attendant patiemment sa réponse.

«Rin-neechan, est-ce que Ren-chan est plus aimée par Otosan et Okasan que moi?

- Ils t'aiment aussi fort qu'elle, Kiyoshi-chan,» murmura-t-elle en souriant.

Elle pensait bien que le petit garçon jalousait sa sœur à naître.

«Rien ne changera cela. Tu veux que je te raconte une histoire?

- Oui!

- Il était une fois une petite file qui avait un grand frère…

- Moi et Ren-chan?

- Non, Kiyoshi. Le grand frère s'appelait Haruki, mais tout le monde l'appelait Haru. Et la petite fille s'appelait Rin.

- Comme toi, dit-il d'un ton triomphant.

- Oui. Haru protégeait toujours sa petite sœur et Rin savait qu'elle n'avait rien à craindre tant qu'il était là avec elle. Ils s'aimaient beaucoup. Mais un jour les parents de Rin et Haru leurs annoncèrent qu'ils allaient avoir un petit frère ou une petite sœur. Tout le monde était très content sauf Rin qui pensait que son Otosan et son Okasan n'allaient plus l'aimer, et qu'ils l'oublieraient. Elle en parla avec Haru qui lui dit que lui aussi n'avait pas été content à la naissance de Rin. Mais quand Rin naquit, Haru avait vu que ses parents l'aimaient encore, et que Rin n'était pas si mal que ça. Ce jour-là, il avait promis de la protéger parce qu'elle était trop petite pour le faire toute seule. Rin comprit ce que voulait lui dire son grand frère et elle promit elle aussi, d'être une bonne grande sœur.

- Est-ce qu'elle a été une bonne grande sœur?»

Rin hésita. Ses souvenirs prirent une direction plus douloureuse, s'enfonçant dans une scène sanglante d'une nuit d'hiver.

«Sa famille mourut avant la naissance de l'enfant. Mais j'espère qu'elle l'aurait été.

- Je suis sûr que oui. Moi je trouve que tu es la meilleure grande sœur du monde.»

Rin sourit. Même s'il n'avait pas encore deux ans, Kiyoshi était un enfant intelligent, bien plus que la normale pour son âge.

«Merci Kiyoshi-chan. Dors maintenant.

- Oui.»

Il se blottit contre elle, et Rin ferma alors les yeux, laissant le sommeil la gagner en attendant un autre lendemain.

Une semaine était passée depuis l'arrivée de Rin et Miroku faisait de son mieux pour vivre l'instant présent en attendant la naissance de Ren. Il se forçait à passer plus de temps avec Sango et Kiyoshi en essayant de rester naturel.

Parfois, il se promenait avec Rin et Inuyasha pour parler le plus souvent du kazaana, mais aussi de Ren. Rin tenait beaucoup à ce sujet comme pour l'aider à trouver une raison supplémentaire de croire en leur réussite. En fait la fraîcheur de Rin aidait Miroku autant que le soutien bourru d'Inuyasha.

Parfois il se demandait comment Rin avait trouvé aussi rapidement une place dans leur vie et dans sa famille. Il s'en était rendu compte après une rencontre étrange dans la forêt avec Kikyo lors de leur précédent séjour au village. La miko lui avait demandé à Sango et lui de veiller sur Rin lorsqu'elle serait au village, et il avait pris son rôle de protecteur à cœur. Il ne le regrettait pas, Rin était une jeune fille adorable.

Un beau matin de printemps, alors qu'Inuyasha, Rin et lui discutaient au bord de la rivière, Rin se raidit soudain.

«Shippo approche, dit-elle en se levant. Et très rapidement.»

Et en effet, le kitsune déboula brusquement.

«Sango, dit-il essoufflé, elle a perdu les eaux!»

La panique initiale passée, Inuyasha partit chercher Kagome dans le futur, tandis que Miroku, Rin et Shippo prirent le pas de course vers la maison. Miroku arriva le premier, pour découvrir que Kaede s'occupait déjà de Sango, alors que Kohaku et Kiyoshi attendaient devant la maison. Miroku s'assit en tailleur et Sango posa sa tête contre ses genoux. C'était dans des moments pareils que Miroku se surprenait à lire dans les yeux de sa femme tout l'amour qu'elle avait pour lui. Il ne le comprenait pas, mais il savait qu'au moins il pouvait lui en rendre tout autant. Il dégagea quelques mèches du front de Sango et lui sourit. Parfois il se demandait quels étaient les bons esprits qui lui avaient donné une femme pareille. Il ne la méritait pas.

Rin et Kaede s'activaient tout autour, Kaede avec le calme et la sagesse qui venait avec l'expérience, et Rin avec une excitation et une joie communicative. Kagome les rejoignit ensuite.

Le travail et l'accouchement furent moins longs que pour la naissance de Kiyoshi. Bien sûr, Sango cria une ou deux fois en l'accusant de l'avoir mise dans cet état et en jurant que plus jamais il ne la toucherait. Il tenta de rassurer sa femme, mais elle lui rétorqua d'un coup poing monumental. Mis à part cela, tout se passa pour le mieux. Quand Kagome puis Rin prirent Ren dans leur bras et la donnèrent à Sango, il sentit que c'était l'un des plus beaux jours de sa vie. Sango, un sourire fatigué aux lèvres, consola Ren-chan qui pleurait et pleurait, bien qu'elle fût la plus jolie petite fille qu'il n'avait jamais vue.

Trop immergé dans son nouveau bonheur, il n'avait pas vu une Rin, encore excitée par les évènements, sortir pour ramener Kiyoshi, Kohaku, Shippo et Inuyasha dans la chambre. Kiyoshi était circonspect devant sa petite sœur, quand Rin l'amena auprès de Sango. Miroku avait le pressentiment que les premières paroles de Kiyoshi à propos de Ren seraient à jamais gravées dans sa mémoire.

«Elle est pas jolie.»

Ce qui choqua Sango. Elle allait sans doute réprimander leur fils aîné, et Miroku l'aurait soutenu dans cette démarche. Rin les devança.

«Mais…?»

Kiyoshi se tourna vers Rin et lui fit un grand sourire.

«Mais je la protégerai. Elle est toute petite, elle aura besoin de moi. Je suis son grand frère, non?»

Pour toute réponse, Rin sourit, et embrassa le front de Kiyoshi. Miroku devina qu'il y avait plus derrière leurs sourires, comme une histoire commune de laquelle Miroku avait été exclu. Peut-être que Kiyoshi n'avait pas vu l'arrivée d'une petite sœur d'un très bon œil? Avait-il été trop noyé dans ses problèmes personnels pour manquer le malaise de son fils? Quel père il faisait! Il avait tant de choses à rattraper, et pour cela il lui fallait du temps, un temps qu'il n'avait pas. A moins que Rin…

Malgré lui, il se remit à espérer. Il n'avait pas le droit de mettre tous ses espoirs sur les épaules déjà courbées de la jeune fille encore enfant qui tenait Kiyoshi contre elle. Pourtant voir sa famille et ses amis réunis devant lui, il savait qu'il ne voulait pas perdre cela. De toute façon, ce n'était pas le moment de s'y attarder, pensa-t-il en aidant Kiyoshi à prendre avec précaution sa petite sœur. Aujourd'hui, il profiterait du bonheur d'être une nouvelle fois père.

Les jours passèrent, le soleil printanier se cachant bientôt derrière un temps couvert. Malgré cela, Miroku était heureux, aussi heureux qu'il le pouvait quand il faisait abstraction de son futur. Sango se remettait doucement mais sûrement de l'accouchement. Elle riait souvent, malgré la fatigue accumulée par les nuits blanches à consoler Ren-chan.

Ils en profitèrent pour parler à Kiyoshi, réparant l'erreur d'avoir négligé leur fils aîné. L'important était de faire comprendre à Kiyoshi qu'il avait toujours sa place à part entière dans la famille. Il avait tout simplement souri, et déclaré que Rin lui avait raconté une histoire, et qu'il serait un bon grand frère comme Rin était une bonne grande sœur pour lui.

Kiyoshi n'avait pas donné de détails sur l'histoire que Rin lui avait raconté, en prétextant que c'était un secret. Elle avait eu un impact sur Kiyoshi, mais dans quelle mesure, Miroku l'ignorait. Rin avait fait beaucoup pour eux, et quelque part il était normal qu'elle devînt pour Kiyoshi 'Rin-neechan'. C'était sa place, une place qu'il n'avait pas prévue, mais qu'elle s'était naturellement créée. Il commençait à la considérer comme sa fille aînée. C'était subtil au début, mais plus il connaissait Rin, et plus ce lien se formait de lui-même.

Avec cette affection paternelle grandissante, Miroku vint à regretter l'implication de Rin pour défaire le kazaana. Elle risquait sa vie pour le neutraliser, et il ne pouvait l'accepter.

Elle avait déjà scellé les 'graines' de kazaana, comme elle les appelait, dans les mains de Kiyoshi et Ren. Miroku et Inuyasha avaient été les seuls au courant. Elle avait profité d'un jeu avec Kiyoshi pour sceller sa main, puis avait effectué la même opération pour Ren lorsqu'elle la gardait alors Sango se reposait. Rin avait pourtant avoué avec frustration qu'elle n'avait pas réussi à l'éradiquer, mais que tant que le Shikon no Tama resterait pur, ils n'auraient pas à souffrir de la malédiction du kazaana. Il commençait à douter. Si elle ne pouvait pas neutraliser complètement ces prémices de kazaana, comment pourrait-elle bien l'aider?

Miroku s'en voulait toujours de n'avoir rien dit à Sango. Elle avait le droit de savoir au moins pour les enfants. Mais il refusait de lui en parler malgré les insistances de Rin et d'Inuyasha. Sango n'était pas stupide. Si elle savait pour les enfants, elle n'aurait aucune difficulté pour deviner que le kazaana commençait déjà à le dévorer.

Le plan que construisaient Rin et Inuyasha, était au mieux dangereux, au pire complètement irrationnel. Miroku avait de plus en plus envie de fuir, loin du village pour protéger sa famille, Rin y compris, de la malédiction qui le condamnait.

Ce fut pourtant ses pensées qui le guidèrent quelque temps avant la mise en place du plan devant l'arbre Goshinboku. Ce même arbre qui d'après Rin les retiendrait, elle, Inuyasha et AhUn de tomber dans l'abîme du kazaana.

Il était encore temps. Il pouvait leur épargner cela. Il pouvait fuir pour empêcher sa famille d'assister à sa mort, comme cela s'était produit avec son propre père. Oui, c'était la meilleure décision. Il partirait comme il l'avait initialement prévu. Il serra son poing droit, toujours fermé en ce moment et caché dans sa poche. Il ne dirait pas au revoir à Sango et aux enfants. Quand bien même il le regrettait, il ne voyait pas d'autres solutions.

Il tourna le dos à l'arbre, choisissant la direction opposée au village comme destination. Le lieu où il allait n'avait pas vraiment d'importance. Tout ce qu'il désirait était d'être loin de ceux qu'il aimait lorsqu'il serait absorbé par le kazaana.

Ce n'était sans compter la présence d'Inuyasha.

«Où vas-tu comme ça, Miroku?»

Miroku tenta de garder un visage serein et innocent.

«Je vais faire une petite promenade, pourquoi?

- Feh, ne mens pas, tu voulais partir.

- Je…

- Rin me croyait pas quand je lui disais que tu essayerais de fuir… mais j'avais bien raison.

- Inuyasha…

- Rin dit qu'elle peut arrêter le kazaana, pourquoi tu ne lui fais pas confiance?

- Et si elle venait à mourir, et toi avec? Même si elle est puissante, je ne veux pas la mettre en danger.

- T'as pas le droit de choisir pour elle, dit calmement Inuyasha. Elle est pas ta fille, Miroku.

- Pas de sang, c'est vrai. Mais cela ne change rien. Elle pourrait tout aussi bien l'être, en tout cas je la considère comme telle.»

Inuyasha le regarda un peu surpris, laissant le silence s'installer. Il reprit bien vite l'usage de la parole.

«Elle sera déçue en apprenant que tu abandonnes si facilement.

- Je la préfère déçue que morte, tout comme Sango et les enfants.

- Mais à la vérité, dit une voix qu'il ne connaissait que trop bien, Sango-sama ne se remettra jamais de votre mort, Miroku-sama.»

Miroku se retourna vers l'arbre en jurant. Il n'avait pas été assez concentré pour remarquer l'approche de Rin, cachée derrière l'aura de Goshinboku, comme celle d'Inuyasha avant elle. En effet, elle surgit de derrière du tronc de l'arbre séculaire, tenant les rênes d'AhUn qui la suivaient. Il s'était rendu compte qu'avec l'ampleur que prenait le kazaana dans sa main, ses sens spirituels s'étaient amoindris. Ce n'était pas une excuse, Rin et AhUn étaient repérables entre mille avec un minimum d'attention.

La petite face juvénile de Rin d'habitude si rayonnante de joie, était pour une fois grave. Ses yeux marquèrent Miroku. C'était là, toujours là, qu'on pouvait lire les émotions de Rin, et il y lisait sa tristesse, intense, presque autant que le jour où Sesshomaru l'avait abandonnée.

Il se souvenait encore de ce jour. Même s'il ne connaissait pas vraiment Rin à l'époque, le fait de voir cette enfant affronter Naraku, et le vaincre en acquérant le Shikon no Tama avait été impressionnant. La voir se battre pour rester auprès de Sesshomaru puis blessée par le rejet du Taiyokai avait été pénible, même pour lui. Personne ne méritait d'être rejeté ainsi, encore moins Rin. Il avait été touché par son chagrin, et maintenant, c'était lui qui peinait la jeune fille.

«Je suis désolé de t'avoir déçue, Rin.»

Elle secoua la tête, comme pour balayer sa tristesse, puis esquissa un sourire pour Inuyasha.

«Vous aviez raison, Inuyasha-sama, il voulait bien partir.

- Je crois que tu me dois une boule de riz?»

Rin acquiesça atterrant complètement Miroku.

«Je n'y crois pas, vous aviez parié sur moi?»

Rin au moins parut honteuse, en évitant le regard de Miroku, mais pas Inuyasha.

«Bien sûr que oui. Si j'avais écouté Rin, on n'aurait même pas cherché à te surveiller. Elle est trop naïve, et j'avais raison.»

Rin allait rétorquer, mais Miroku la précéda, voulant éviter une dispute inutile. Miroku n'avait jamais vu Rin en colère, mais il ne se sentait pas prêt à affronter cela aujourd'hui. Même si ce ne doit pas être pire que les colères de Sango…

«Encore une fois, Rin je m'excuse d'avoir abusé de ta confiance comme cela.

- Ce n'est rien, Miroku-sama, dit-elle. Je crois comprendre les raisons. De toute façon, Inuyasha-sama et moi avions convenus de le faire maintenant.

- Mai…maintenant? demanda-t-il sans essayer de dissimuler sa surprise. Nous avions convenus qu'on le ferait la semaine prochaine.

- Feh, Rin et moi, on pensait le faire en te prenant par surprise quand elle serait prête. Juste avant que tu essaies de t'enfuir.

- Et puis nous avons tout ce qu'il faut, ajouta Rin. J'ai la corde qu'Inuyasha-sama a demandée à Totosai-sama. Il ne nous reste plus qu'à créer une barrière autour du Goshinboku.»

Rin le regardait encore avec cette confiance qu'elle ne réservait qu'à lui. Miroku ne pouvait pas trahir à nouveau ce regard droit et franc de cette enfant qui devenait trop précocement adulte par les circonstances de la vie.

Car c'était ce qu'elle était sans même s'en rendre compte, une adulte en tant de points. Elle aurait dû être une enfant insouciante et gaie comme le soleil. Mais ce n'était pas le cas, elle n'avait pas eu le choix que de mûrir rapidement pour devenir malgré elle la gardienne du Shikon no Tama. La perle des quatre âmes réclamait un tel sacrifice. Elle n'était pas la première, et il n'avait qu'à espérer qu'elle serait la dernière.

«D'accord,» dit-il finalement en leur faisait face.

Rin et Inuyasha sourirent, la première avec gratitude, le deuxième avec détermination. Pourtant, des deux, il sembla à Miroku que c'était Rin qui le regardait avec plus de détermination, comme si elle essayait d'étouffer la peur qui filtrait à la surface.

Quand Miroku accepta enfin, Rin fut soulagée. Plus que soulagée. Elle crut pendant un moment pouvoir comprimer cette peur au fin fond de l'un des coins sombres de son esprit. Mais cette angoisse était toujours là, comme une pensée lointaine et imprécise de ce qu'entraînerait un échec pour Miroku, Inuyasha, AhUn ou elle-même.

La certitude d'Inuyasha à ses côtés l'aidait plus qu'elle ne pouvait imaginer. Il avait confiance en leur plan, et en elle. C'était grâce à lui que Miroku n'était pas parti.

Miroku et elle créèrent une barrière, mariant leurs pouvoirs, pour tisser une toile d'une résistance considérable. Il faudrait une puissante miko pour la briser. Seule Kaede risquait de s'approcher par simple curiosité, mais elle serait incapable de la défaire. La barrière couvrait un champ suffisamment vaste pour empêcher les regards curieux de distinguer ce qu'ils feraient. C'était mieux ainsi, ils ne seraient pas dérangés, et personnes d'autres ne courraient le risque d'être absorbés par le kazaana lorsqu'il serait ouvert.

Quand Miroku et elle finirent, elle rejoignit Inuyasha. Il avait déjà solidement attaché la corde autour de Goshinboku, mais AhUn ne semblaient pas enclin de se laisser approcher par Inuyasha. Le comportement d'AhUn surprit Rin. Après tout, Inuyasha était le demi-frère de Sesshomaru-sama. Pourquoi étaient-ils aussi hostiles envers lui?

«Inuyasha-sama, je vais vous aider.»

Rin prit la corde argentée de Totosai-sama et la noua en entourant bien la taille d'AhUn, comme le lui indiquait Inuyasha. Elle repassa la corde à Inuyasha qui s'attacha avant de s'occuper de Rin. Il la serra fermement autour de sa taille, faisant grimacer Rin.

«Il ne faudrait pas que tu t'envoles, dit Inuyasha. Sesshomaru me tuerait à tous les coups.»

Rin essaya de sourire à sa tentative d'humour. Elle croisa le regard doré du hanyo, si familier dans sa couleur et pourtant si étrange dans la chaleur qu'il dégageait. Les yeux de Sesshomaru-sama étaient généralement froids, ou indifférents. Elle y avait vu une chaleur parfois, mais c'était si rare qu'elle avait bien pu l'imaginer. Elle reconnut la volonté et le courage d'Inuyasha quand il la regardait, mais derrière, il y avait une parcelle d'émotion qu'elle n'aurait jamais cru voir chez lui. De la peur… C'était ridicule bien sûr, Inuyasha tout comme son frère, n'avait jamais peur. Et pourtant…

Rin sortit de ses pensées quand Inuyasha dégaina le Tessaiga. Il leva un sourcil comme pour lui demander si elle était prête. Rin acquiesça et lui tourna le dos pour faire face à Miroku, debout au centre de la clairière. Inuyasha planta son épée devant elle, et maintint Rin fermement entre ses bras.

«Miroku-sama, quand je serai prête, je vous demanderai d'ouvrir le kazaana.

- Bien,» dit-il en tenant sa main droite.

Il avait l'air plus sérieux qu'elle ne l'avait jamais vu, ses traits figés dans la même concentration déterminée qu'elle avait vue chez Inuyasha, et qu'elle se savait porter.

Elle ferma les yeux, et plaça les mains sur son cœur, atteignant la force du Shikon no Tama qui battait en elle. Elle se centra sur ce pouvoir, qu'elle rassembla, pour ne devenir plus qu'un avec lui, tout en restant une entité totalement différente. Elle contenait son pouvoir, en évitant à tout prix de purifier le youki d'Inuyasha qui la cernait. Elle remarqua vaguement que les bras du hanyo se tendirent autour d'elle, répondant la l'énergie de la perle qui l'appelait. Inuyasha était fort, il parviendrait à résister à l'envie de s'approprier le Shikon no Tama. Ils s'étaient entraînés pendant des semaines, tous deux ayant conscience des pouvoirs contradictoires de la perle.

Après avoir puiser dans son énergie pendant ce qui aurait pu être une éternité, elle eut le sentiment d'avoir amasser assez de pouvoir. Elle ouvrit les yeux. Tout allait commencer.

«Maintenant!»

Miroku ouvrit rapidement sa main droite, attirant brutalement Inuyasha et Rin, vers le kazaana.

Rinlaissa échapper un cri sous le choc, mais ils étaient parfaitement saufs. Sans la corde et le Tessaiga, ils n'auraient eu aucune chance de survie et encore moins de tenir debout. Le ruban de Rin était déjà perdu dans les profondeurs de l'abîme, et ses cheveux bruns mêlés à ceux argentés d'Inuyasha lui battaient le visage.

Elle n'avait plus de temps à perdre. Elle canalisa entre ses mains le pouvoir de la perle. Puis elle le projeta en avant, lançant une boule de lumière mauve droit vers le trou d'air. Rin devint un avec la lumière, et lorsqu'elle fut dans le kazaana, explosa en une multitude d'étincelles qui éclairèrent les ténèbres.

Il était là, sans surprise, comme si elle avait toujours su, son regard rouge sang la dévisageant avec des sentiments qu'elle ne pouvait pas déchiffrer. La barrière de lumière les séparait, laissant à Rin le temps de manipuler ses pouvoirs avant qu'il ne tentât de réitérer. Elle construisit une lame d'énergie pure, à la frontière entre la main de Miroku et les ténèbres.

Le Shikon no Tama pulsa, Naraku contre-attaquait, la pollution de son être essayant d'atteindre son cœur. Rin se força à consolider plus vite sa lame de lumière, mais savait que si elle continuait, Naraku allait effleurer le Shikon no Tama. Et elle savait une chose, elle n'était pas encore prête pour l'affronter.

Pendant l'espace d'un instant, elle crut qu'il l'avait touchée quand une douleur atroce agrippa son cœur. Elle gémit, en étouffant le cri de douleur qu'elle ne voulait pas laisser échapper. Les ténèbres semblaient remplacer la lueur du jour et au loin des formes presque familières s'agglutinaient à la limite de son champ de vision. Elle…

«MIROKU!»hurla Inuyasha.

Miroku referma sa main, et Rin retomba violement en arrière sur Inuyasha qui la retenait fortement.

Elle était à bout de souffle, envahie par une sensation d'épuisement. La douleur s'était éteinte subitement. Néanmoins, Rin avait envie de pleurer. J'ai échoué.

«Rin! appela Miroku en se précipitant à ses côtés.

- Rin, est-ce que ça va? Tu as encore mal? demanda Inuyasha avec un soupçon de panique dans la voix.

-Rin, je t'en prie, supplia Miroku. Dis quelque chose!»

Les yeux de Rin s'embrumèrent avant de plonger dans ceux inquiets de Miroku. Et elle éclata en sanglots contre la poitrine de Miroku. Il plaça ses bras autour d'elle en caressant ses cheveux d'une façon consolante. Rin prit sur elle-même pour essayer d'articuler entre deux pleurs.

«Je… je…suis tellement désolée… Miroku-sama. J'aurais tant aimé vous aider… Mais… mais… je n'ai pas pu… avec… lui….

- Rin, qu'est-ce que tu veux dire?

- Na…Naraku… Il a tenté d'atteindre la perle… et j'ai eu tellement mal, Miroku-sama. Pardonnez-moi.»

Ils restèrent silencieux, mais Miroku leva son visage vers le sien.

«Tu n'as pas à t'excuser, tu as fait tout ton possible, et bien plus encore.

- Ouep, dit Inuyasha. Regarde ta main, Miroku. Elle n'attire pas les cheveux de Rin»

Rin se tourna pour constater d'elle-même les paroles d'Inuyasha. Miroku passa sa main au dessus des brins d'herbe, qui contrairement à autrefois, n'étaient pas aspirés vers le kazaana.

«Tu vois bien qu'il ne faut pas que tu t'en fasse, Rin. Le kazaana a régressé.

- Mais ce n'est pas suffisant, contra Rin qui s'était un peu calmée.

- Je t'assure, dit Miroku. Au contraire, c'est plus que je ne pouvais espérer. Je te remercie pour tout, Rin. Alors maintenant tu vas sécher tes larmes. On doit bien fêter cela, non?»

Rin sourit faiblement et passa sa main devant ses yeux. Miroku essaya de l'aider à se relever, mais Rin trouva qu'elle ne tenait plus vraiment sur ses jambes. Les efforts rassemblés contre le kazaana et Naraku l'avaient épuisée. Miroku l'aida à grimper sur dos d'AhUn, tandis qu'Inuyasha détachait la corde et récupérait son épée.

Avant de partir, Rin insista pour examiner la main droite de Miroku, qui céda. Elle se concentra à nouveau pour sentir la force du kazaana, nettement moins importante que précédemment. Il ne l'inquiétait plus, et sa lame d'énergie, qui servait de barrière, était bien en place.

«Je ne pense pas que Naraku puisse défaire ce que j'ai fait, dit-elle en souriant. Pas sans le Shikon no Tama, en tout cas.

- Et bien, je n'ai rien à craindre tant que tu en seras la gardienne, répondit Miroku en lui rendant son sourire. Il est temps de partir, à présent. Nous avons largement dépassé l'heure du déjeuner. Sango sera inquiète.»

Rin regarda le ciel nuageux. Bien sûr, elle ne pouvait pas localiser la position du soleil, mais son mode de vie dans la nature, lui confirma que Miroku avait raison. Sango sera plus qu'inquiète. Elle les assassinerait.

Légèrement affaissée sur le dos d'AhUn, elle se laissa guider par le dragon jusqu'à l'entrée du village. Maintenant que la menace principale était passée, elle avait bon espoir que Miroku avouât enfin la vérité à Sango. Il serait temps.

«Rin, était-ce vraiment Naraku?» demanda subitement Miroku.

Rin se mordit les lèvres, les instants où elle s'était trouvée face à Naraku avaient été particulièrement déplaisants.

«Oui, c'était presque comme l'autre fois, finit-elle par avouer. Il n'avait pas vraiment une forme matérielle dans le kazaana... Il était étrange aussi… Ses yeux… il y avait quelque chose, comme s'il me reconnaissait et m'avait attendue, mais c'est impossible…»

Naraku n'aurait jamais pu savoir. Ils avaient été discrets quand ils discutaient de leurs plans. Il n'était pas un dieu, il ne pouvait toute de même pas lire dans ses pensées.

«Et pourquoi tu as eu si mal? demanda Inuyasha. J'ai cru un instant…»

Il n'acheva pas sa phrase, et Rin le regarda pensivement. Avait-il cru qu'elle allait mourir à ce moment-là? Elle plaça inconsciemment sa main sur son cœur. C'était vrai qu'elle n'avait jamais connu une telle douleur, comme si elle agonisait et cette sensation… mais…

«Il essayait de s'emparer de mon cœur… de la perle. Je ne sais pas s'il réussissait ou pas, mais… j'ai eu si mal…»

Sa voix ne devint plus qu'un murmure.

«Et je crois… j'ai eu tellement peur.»

Rin remarqua que Miroku et Inuyasha échangèrent un regard étrange. Puis Miroku posa une main sur son genou.

«Rin, sache que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour te protéger de lui.

- Ouais, je me ferai un plaisir de massacrer ce bâtard de première,»renchérit Inuyasha de sa voix bourrue.

Rin sourit réellement cette fois-ci. L'amitié de Miroku et Inuyasha lui était chère, et lui donna la volonté de renfermer cette peur dévastatrice qu'elle avait ressenti ce moment-là. Une peur qu'elle ne comprenait pas, car comme l'avait dit Naraku bientôt trois ans auparavant, elle n'avait pas peur de lui. Pourtant, elle reconnaissait ce sentiment entre mille. Alors qu'est-ce qui l'effrayait tant? Mon destin.

Rin retint sa respiration. D'où pouvait venir cette affirmation, qu'elle savait au fond d'elle-même vraie? Son destin. Quel était-il? Mis à part que tout se jouerait finalement entre Naraku et elle? Cela l'effrayait… Oui, parce qu'elle ne savait pas quel serait le résultat final… et quel chemin elle devrait emprunter pour y arriver.

Elle eut l'occasion de sortir de ses pensées en voyant le monde assemblé autour de la barrière. Sango, les enfants, Kaede, Kohaku, Shippo, et même Kagome revenue de son époque, ils étaient tous là. Kagome avait son arc bandé, prêt à tirer une flèche sur la barrière. Rin repensa à la quantité de pouvoir qu'elle avait canalisé, et grimaça. Non seulement, elle avait dû alerter tous les villageois, mais en plus elle avait sans doute attiré la moitié des yokai de la région. Sans parler de cette présence qui la suivait plus près qu'à l'accoutumée. Rin considéra la possibilité d'essayer de le rencontrer, mais elle devait d'abord affronter la conséquence de leurs actes. C'est-à-dire la colère de Sango.

D'un commun accord, Rin et Miroku enlevèrent leur barrière, tout en se tendant devant la rage de la taijiya.

- Miroku!» cria-t-elle, ses yeux lançant des flammes.

Instinctivement, Miroku fit un pas en arrière.

«Sango, mon amour, je peux tout t'expliquer!

- J'espère bien! s'écria-t-elle en posant les poings sur les hanches. Cela fait près d'une demi-journée que vous êtes enfermés derrière cette barrière! Mais qu'est-ce qui vous a pris! Tout ce pouvoir que Rin a utilisé… même moi, je l'ai senti et je n'ai aucune affinité pour ce genre de choses. Et j'ai tellement eu peur quand Kiyoshi a eu subitement mal à la main droite, en clamant que Rin était en danger ! Ren-chan n'a fait que pleurer dès lors…

«Kiyoshi, coupa Rin, tu avais mal… à la main droite?»

Il vint attraper sa jambe, ses yeux encore humides tournés vers elle.

«Ca va, Neechan? J'ai eu tellement peur quand tu as eu mal…»

Rin était choquée par les dires de Kiyoshi. Elle n'aurait jamais imaginé les conséquences qu'elle avait engrangées en scellant les prémices de kazaana dans leurs mains. Elle les avait liés au Shikon no Tama, et surtout à elle. Ils pouvaient sentir lorsqu'elle souffrait.

Kiyoshi semblait être sur le point de pleurer, et Rin descendit du dos d'AhUn pour aller le consoler. Bien sûr, elle avait oublié que ses jambes ne la tenaient plus, et elle s'écroula au sol.

«Rin-neechan!

- Rin!» appela une autre voix.

Rin sentit qu'on la soulevait pour se rendre compte qu'Inuyasha la portait dans ses bras. Sango se précipita auprès d'elle, ses traits plissés par l'inquiétude.

«Miroku, qu'est-ce que tu lui as faitfaire ?

- Je vous en prie, Sango-sama, dit Rin. Ce n'est pas de sa faute. C'est moi qui aie voulu puiser dans la perle, il ne pouvait pas m'y empêcher…

- Rin, coupa Miroku. Ne cherche pas à me couvrir. Je vais tout expliquer, mais avant tout, nous rentrons à la maison.»

Tout le monde accepta sa proposition, et ils partirent en une étrange procession silencieuse vers le village. Sango avait repris Ren-chan des bras de Kaede, et semblait avoir des difficultés à contenir sa colère. Comment Ren-chan pouvait dormi paisiblement dans les bras de sa mère irradiant de rage dépassait l'entendement de Rin. Inuyasha, Kohaku et Shippo avaient pris prudemment une certaine distance, et même Kaede et Kagome gardaient les moindres faits et gestes de Sango à l'œil. Seuls Miroku et Kiyoshi paraissaient complètement indifférents à l'humeur de Sango, Miroku gardant son calme monastique et Kiyoshi son insouciance enfantine. Mais Rin avait le sentiment que c'était seulement de surface.

Arrivés à la maison de Miroku et de Sango, ils s'installèrent autour de la table carrée de la pièce principale. Kagome proposa de faire du thé, et ce fut dans un silence pesant qu'ils attendirent.

Miroku et Inuyasha étaient assis de façon protectrice de part et d'autre de Rin qui fixait ses mains posées sur ses genoux. En jetant un coup d'œil sur ses deux gardes du corps, Rin trouva qu'ils avaient tous les deux des expressions identiques. Calmes, ils avaient les bras croisés, et les yeux fermés comme s'ils méditaient.

Quand Kagome finit de servir le thé, Miroku entama le récit de ce qui s'était passé et les raisons qui les avaient amenés là. Rin n'avait pas à lever les yeux pour voir les expressions horrifiées de ses amis. Elle sentait leur surprise par vagues puissantes qui se brisaient sur son cœur. Quand Miroku finit son explication, Sango fit la dernière chose à laquelle s'était attendu Rin. Elle se jeta en sanglots dans les bras de son époux.

«Pourquoi ne m'as-tu rien dit? Je suis ta femme, tu pourrais avoir confiance en moi!

- Je ne voulais pas t'inquiéter, Sango. Avec le bébé, tu avais suffisamment de quoi penser.

- Tu aurais dû me le dire, Miroku, insista-t-elle. Promets-moi que s'il arrive quoique ce soit, tu me parleras! Je ne veux plus vivre des semaines de doutes comme les dernières.

- Je… je te le promets, Sango. Jesuis désolé de t'avoir fait de la peine.»

Rin sourit en voyant le couple se réconcilier. C'était une bonne chose qu'ils avaient enfin pu parler de leurs problèmes.

Kaede s'éclaircit bruyamment la gorge, coupant court à la romance qui renaissait entre Sango et Miroku.

«Est-ce que cela veut dire que le kazaana n'est plus?

- Non, Kaede-sama, répondit Rin. Je n'ai pas réussi. J'ai seulement pu arrêter la progression du kazaana et diminuer sa puissance.

- Le problème de fond reste Naraku, ajouta Miroku. Si on ne le trouve pas et on ne l'élimine pas, la malédiction du kazaana se transmettra à toute ma descendance. Kiyoshi, Ren-chan et moi sommes épargnés tant que le Shikon no Tama restera dans de bonnes mains. Celles de Rin me conviennent parfaitement.

- Je suis désolée de vous faire dépendre de la perle, vous et les enfants, Miroku-sama, dit Rin en fronçant ses sourcils. J'aurais dû trouver un moyen pour détacher l'énergie que je vous transmettais de la perle.

- Rin, dit Miroku, tu as déjà fait tout ce qui était humainement possible. Au moins, si je comprends bien ce qui s'est passé pour Kiyoshi et Ren-chan, si tu es en danger, nous pourrons le savoir. En plus il y a un avantage indéniable à avoir toujours le kazaana. Cela me fera plaisir quand j'absorberai Naraku une bonne fois pour toute.»

Les paroles de Miroku la troublèrent. Il ne lui fallut pas longtemps pour savoir pourquoi. Il y avait un problème. Naraku.

«Je… je ne crois pas que ce soit une bonne idée d'utiliser le kazaana.»

Miroku ne dit rien, mais son regard lui demandait de continuer.

«Naraku… il absorbe les yokai et aussi leur youki…»

Une lueur traversa les yeux de Miroku. Rin savait qu'elle n'était pas spécialement claire, mais elle ignorait si Miroku voulait ou non que ce qu'elle avait vu dans le kazaana se sût.

«Tu veux dire que ce que qu'aspire Miroku…, commença Inuyasha.

- Inuyasha-sama!

- Non, laisse Rin, dit calmement Miroku. Ils ont aussi le droit de savoir.»

Il se tourna vers les autres.

«Rin a vu Naraku à l'intérieur du kazaana. Elle pense qu'il absorberait le youki des démons que j'aspire, est-ce bien cela Rin?

- C'était ce que pensait Kikyo-sama. Et je suis… d'accord avec elle.

- Vous voulez dire que Naraku se cache dans la main de Miroku? demanda Kagome.

- Pas… physiquement, répondit Rin avec hésitation. Mais… je ne sais pas comment l'expliquer… il semble être lié au kazaana, et il en tire profit … Je pourrais peut-être étudier la question, il faudrait juste…

- Non, dit Miroku, cette fois-ci c'est définitif.

- Mais Miroku-sama…

- Il n'y a pas de mais, Rin. Tu ne peux même pas tenir debout et tu penses pouvoir 'étudier' Naraku à partir du kazaana?

- Mais si on fait comme tout à l'heure avec la corde et…

- Rin, le risque est trop grand. Et s'il est vrai que Naraku augmente ses pouvoirs à partir de tout ce que je peux absorber, je n'ai plus l'intention d'ouvrir le kazaana.

- Mais…

- Tu oublies cette douleur que tu as eue, ajouta Inuyasha sans la regarder. C'était Naraku, tu l'as dit toi-même. Il a cherché à te tuer.

- Je pourrais me protéger…

- Rin!»

Rin sursauta en voyant que tous, sauf Kiyoshi, la rappelait à l'ordre. Elle savait que c'était risqué, elle en avait parfaitement conscience. Cependant elle ne pouvait pas laisser passer la seule piste qu'elle avait.

«Rin, murmura Kagome, te rends-tu compte que tu as failli mourir aujourd'hui?»

Rin se tourna vers Kagome, la bouche légèrement entrouverte. J'ai failli mourir? Elle repensa à ces instants critiques quand elle s'était pratiquement évanouie dans ce qui aurait presque pu être un endroit qu'elle connaissait obscurément. Elle se souvenait de sa première mort, et ce qu'elle avait ressenti était différent. Pourtant… ces silhouettes… elle croyait s'en rappeler. Peut-être que c'était vrai, peut-être que cette fois-ci elle aurait pu vraiment finir morte, sans Sesshomaru-sama pour la ramener à la vie.

«Mais je dois me battre,» dit Rin, même si elle s'adressait d'abord à elle-même.

C'était un sentiment d'obligation, un devoir, dont elle ne pouvait se détacher, et qu'elle ne pouvait même pas expliquer. Ce n'était pas de la haine ou une soif de vengeance qu'elle ressentait pour Naraku, même si elle avait toutes les raisons du monde pour les avoir. Pourtant quelque chose en elle-même lui murmurait que sa vie dépendait de celle de Naraku.

«Rin, dit Kagome, même avec tes pouvoirs…

- Je n'ai pas le choix, Kagome-sama, dit-elle. Je n'ai vraiment pas le choix, et je ne sais même pas pourquoi. Je dois retrouver Naraku.»

Rin se rendait compte que tous la regardaient étrangement, et elle baissa ses yeux sur ses genoux. Elle entendit quelqu'un se lever et s'asseoir à côté d'elle. C'était Sango. La taijiya la prit dans ses bras.

«Saches que quoiqu'il arrive, tu seras toujours chez toi, ici. Si tu as le moindre problème, n'hésite jamais à venir nous voir.»

Rin fut surprise par cette soudaine démonstration d'affection, mais elle finit par se détendre et à poser sa tête contre l'épaule de Sango. Cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait ressenti ce réconfort, cette douce chaleur. Comme si on laissait entendre que tout irait bien, même si sa partie rationnelle savait que c'était un mensonge. La dernière personne qui l'avait serrée comme cela avait été sa mère, le jour de sa mort. Okasaan.

Elle sentit une main se poser tendrement sur son épaule. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle vit que c'était Miroku. Il lui souriait.

«Rin,» entendit-elle Kohaku murmurer.

Des larmes lui montèrent aux yeux, car en Sango, Miroku, Kohaku et les enfants, Rin avait retrouvé un peu de la famille qu'elle avait perdue.