Chapitre 4
Chapitre 4
Parce que je serai toujours en toi
Le printemps passa aussi vite qu'il était venu pour Rin. Elle avait abandonné le projet d'utiliser le kazaana pour atteindre Naraku. Elle avait pris un certain temps avant de s'y faire, mais la résolution du moine avait été irrévocable. Elle devait revenir alors auprès de Kikyo, là où était sa place, même si elle aimait vivre chez Sango et Miroku. Ils étaient tous sa famille. Kohaku et Kiyoshi s'étaient alliés pour la convaincre de rester, mais elle était comme Miroku, sur certains points elle ne changeait pas sa décision.
Elle avait donc recommencé à voyager avec Kikyo, qui, bien qu'elle ne le montrât pas, avait été rassurée de la voir revenir saine et sauve. Du moins, c'était ce que Rin aimait penser. Cette fois-ci, Rin avait proposé une destination à leurs errances. Une visite auprès de Bokuseno s'imposait.
Elles prirent leur temps pour le rejoindre, profitant ainsi d'un début d'été agréable. Kikyo continuait à lui apprendre ce qu'elle savait, et Rin sentait qu'elle faisait des progrès. Elle commençait à prendre confiance en ses pouvoirs. Elle développait surtout deux capacités : la guérison et la purification de yokai. Elle aimait la première autant qu'elle détestait la seconde.
Elle avait largement l'occasion de pratiquer ces deux facettes. A chaque village, qu'ils traversaient, elle, Kikyo et AhUn, des femmes ou des hommes venaient les voir pour soigner le bras cassé d'un enfant ou éradiquer la maladie qui dévastait un vieillard. Rin ne refusait jamais, heureuse que pour une fois, il y avait du bon grâce au Shikon no Tama.
Et puis, les démons ne manquaient pas de venir s'attaquer à elle, les jours de pluie en particulier. Elle avait appris à se tenir sur ses gardes ces jours-là. Mais avec les belles journées d'été, elle savait qu'elle pourrait s'accorder un peu de répit.
La présence puissante et froide les accompagnait toujours, aussi. Rin finit par ne plus y prendre spécialement attention. S'il y avait un danger de ce côté-là, il se serait déjà manifesté. Cette présence était devenue une constante de sa vie, comme le ciel azur de l'été, auquel on ne prête attention que lorsqu'on est nostalgique ou heureux, pour le redécouvrir une nouvelle fois. Elle était devenue une sorte d'ami invisible, presque imaginaire, à qui elle disait bonjour le matin en se levant, et au bonne nuit, lorsqu'elle s'allongeait le soir au coin du feu.
Cette présence, ce yokai, n'était pas le seul, non plus. L'esprit du vent, libre et rebelle, lui rendait visite de temps à autre.
Rin n'aurait pas dû se sentir seule, avec ces étranges compagnons, mais pourtant, ni les auras familières, ni la perle du Shikon, ni personne ne semblait capable de remplir ce vide dans son cœur. Peut-être que lui, aurait pu le faire, mais il n'était pas là. Cela faisait pratiquement trois ans qu'il était absent de sa vie.
La visite à Bokuseno fut agréable. L'arbre millénaire avait été plus beau et majestueux qu'en plein hiver, ses branches portant un magnifique feuillage vert orné de guirlandes roses de magnolia au parfum envoûtant. Bokuseno avait entremêlé dans leurs chevelures des fleurs de ses branches, disant qu'elles n'avaient rarement l'occasion de resplendir dans la chevelure de jeunes filles. Rin rit et même Kikyo sourit, mais il était clair que le vieil arbre devenait un peu gâteux.
Bokuseno faisait souvent des compliments exagérés, amusant toujours ainsi Rin. Il avait le don de transmettre sa bonne humeur et sa joie de vivre. Les seuls qui n'étaient pas touchés devaient être Sesshomaru-sama et Jaken-sama qui étaient souvent les premiers à pâtir du sens de l'humour du vieil arbre. Malgré cela, ils le respectaient.
Rin raconta les derniers évènements qui concluaient partiellement l'affaire du kazaana. Elle se doutait que Bokuseno connaissait les principaux détails, apportés par les bruits du vent, mais elle aimait lui parler. Et il semblait heureux de l'écouter pendant des heures.
Bokuseno exprima le désir de voir Inuyasha, qui était le deuxième fils de son ami Toga, le père de Sesshomaru-sama. Rin promit de faire son possible pour l'amener, concluant leur visite impromptue sur la promesse d'une autre. Avant de partir, Rin ne put s'empêcher de demander s'il avait revu Sesshomaru-sama, et pour une fois, elle vit une pointe de tristesse sur le visage gravé de rides du vieil arbre. Il lui avoua que c'était bien le cas, et qu'il lui avait délivré son message. Pourtant, Sesshomaru-sama était reparti sans en laisser un pour elle. Elle n'était pas surprise, mais elle en avait quand même le cœur gros.
Elle essaya de masquer sa déception avec un sourire d'adieu, et une embrassade avec l'arbre. Bokuseno avait sans doute bien vu au-delà de sa façade mais il n'ajouta rien d'autre.
Pendant la suite du voyage, Rin annonça à Kikyo qu'elle voulait rentrer au village pour convaincre Inuyasha de venir voir Bokuseno. Ce n'était pas la seule raison pour Rin. Une partie de sa vie était depuis peu enracinée là-bas, auprès de Miroku, Sango et des autres. Au grand soulagement de Rin, Kikyo semblait l'accepter.
C'est ainsi qu'à peine un mois après son départ, elle revint au village. L'été s'était bien installé, et quand Rin arriva chez Sango et Miroku, elle fut accueillie aussi chaleureusement que le temps estival. Sango se plia en quatre pour préparer un dîner royal. Mais malgré les rires, il manquait deux personnes qui de toute façon ne pouvaient pas rester l'une en présence de l'autre. Kagome et Kikyo. Kagome était encore dans son époque, occupée par ses études. Kikyo avait une nouvelle fois refusé de venir, prétextant devoir garder les alentours de la forêt, mais cherchant d'abord à éviter Inuyasha.
Après le repas, Rin s'excusa pour prendre un peu l'air du soir. Elle aimait passer des soirées comme celles-ci mais peut-être à force de vivre auprès de Kikyo, elle avait parfois envie de calme et de solitude. Elle n'avait pas toujours été ainsi. Avant la mort de sa famille, elle était particulièrement collée à ses parents, surtout sa mère, et son frère. Après, on ne lui avait pas laissé le choix, les bandits, enfin un seul à vrai dire avait pris ce qui comptait le plus pour elle. Les villageois n'étaient pas tendres, et Rin restait seule à rêver qu'un jour elle aurait des compagnons, des amis.
Ce fut alors qu'elle rencontra Sesshomaru-sama, et pendant tout le temps qu'elle resta avec lui, elle répugnait d'être à nouveau seule. Elle accepta la présence de Jaken-sama et d'AhUn avec soulagement quand le Taiyokai s'absentait pour une raison connue de lui seul. Enfin, il y eut cette nouvelle vie avec Kikyo, calme et retirée. Rin ne partageait pas particulièrement ces traits avec la prêtresse, mais elle s'était adaptée et avait appris à l'apprécier.
Elle marcha donc, silencieusement, vers le cours d'eau qui s'enfonçait après dans la forêt, n'ignorant pas qu'elle était suivie. Elle s'assit sur le talus, serrant ses genoux contre elle. Elle leva son visage vers le ciel étoilé où luisait une lune toute ronde. Elle écouta les sons reposants de la nuit, l'écoulement de l'eau du ruisseau, les insectes chantonnant dans l'herbe. Des lucioles volaient paresseusement autour d'elle, comme si elles essayaient de rivaliser avec les étoiles. Mais elles étaient trop près de la terre pour y arriver.
« En train d'observer la nuit ? »
Rin sortit de sa contemplation pour remarquer qu'Inuyasha s'allongeait non loin d'elle.
« Oui, j'ai toujours aimé les lucioles. Elles cherchent tellement à atteindre la lune, comme si elles désiraient elles même devenir des étoiles pour l'accompagner. Mais elles n'y arrivent jamais. La lune doit bien rire de leurs efforts inutiles.
- Peut-être pas, dit doucement Inuyasha allant même à surprendre Rin. Peut-être que la lune est triste d'être toute seule dans son coin. Mais il y a toujours une luciole qui arrive à atteindre le ciel et à devenir une étoile. Et la lune n'est alors plus vraiment seule.
- Sesshomaru-sama m'avait dit une fois que ce n'était pas vrai, que les lucioles ne devenaient pas des étoiles. »
Ce n'était pas tout à fait vrai. Rin croyait en cette histoire que lui avait racontée sa mère. Mais un jour elle l'avait partagée avec Jaken-sama, qui lui avait tout simplement déclaré qu'elle se ridiculisait en ayant foi en de 'telles sornettes que seule une stupide gamine humaine pouvait inventer'. Rin n'avait pas fait attention aux insultes du petit yokai, il ne le pensait pas vraiment. Cependant, quand elle demanda l'avis de Sesshomaru-sama, celui-ci n'avait pas nié les dires de Jaken-sama, même s'il n'avait répondu. Ce qui voulait dire une chose : elle avait tort. Elle s'était sentie triste, si triste pour les lucioles qui mourraient sur terre, sans jamais atteindre leur rêve.
« Feh, si on devait l'écouter celui-là, dit négligemment Inuyasha. C'était une histoire que m'avait racontée ma mère. Alors si tu crois que je vais me mettre à écouter ce que dit Sesshomaru… Il t'a dit d'où venaient les étoiles alors ?
- Non.
- Ben voilà, il ne sait même pas ce que c'est, les étoiles. Alors jusqu'à preuve du contraire, c'est nous qui avons raison. »
Rin lui sourit, puis se tut appréciant avec lui le calme de la nuit. Inuyasha était quelqu'un de bien derrière ses airs bourrus. Si seulement il savait quoi faire avec Kagome et Kikyo.
A la lumière du clair de lune, Rin s'aperçut qu'Inuyasha avait la tête tournée vers la forêt. Plus précisément au-dessus de la forêt où dansaient dans un ballet envoûtant les porteurs d'âmes perdues de Kikyo, les Shinindamashuu.
« Pourquoi n'allez-vous pas la voir ? demanda Rin.
- Feh, je suis là pour te surveiller.
- Vous savez que je peux me débrouiller toute seule. Et il est rare que des yokai atteignent le village d'aussi près, même avec le Shikon no Tama.
- Elle ne veut pas me voir. »
Rin hésita devant la réponse bourrue d'Inuyasha. C'était une situation délicate pour elle, y poindre son nez n'était pas la meilleure idée qu'elle pouvait avoir. Cela ne l'empêcha pas de parler.
« Elle… elle aimerait vous revoir, je pense. Mais c'est que… elle ne sait peut-être pas par où commencer ? »
Ou peut-être qu'elle perd espoir d'avoir un jour votre amour ? Elle préféra garder cette dernière opinion pour elle-même. Elle s'était déjà un peu trop impliquée dans des affaires qui ne la concernaient pas. Même s'ils étaient ses amis. Rin voyait tous les jours Kikyo souffrir de leur situation, sans qu'elle ne dît rien ou ne montrât rien. C'était une trace sur l'âme de Kikyo, une cicatrice encore béante, éternelle et indélébile d'un amour impossible. Rin voulait sincèrement que Kikyo fût heureuse, mais cela signifiait que Kagome ne pourrait l'être.
Elle préféra changer de sujet devant le silence d'Inuyasha, et surtout parce qu'elle touchait des eaux troubles qui ne lui plaisaient pas.
« J'ai un ami qui voudrait vous rencontrer.
- Un ami ?
- Oui, il est très vieux, et connaissait votre père. Il s'appelle Bokuseno. Je lui ai promis de vous amener le voir.
- Bokuseno, tu dis ? demanda Inuyasha en paraissant réfléchir. Jamais entendu parler. Il connaissait mon père. C'est un yokai, donc ?
- Oui, c'est un arbre de magnolia millénaire. Il est très sage, et appréciera vraiment votre visite. Viendrez-vous avec moi le voir ?
- Feh, si tu veux. Ce n'est pas comme si j'avais quelque chose de mieux à faire. »
Avant qu'il n'eût une chance de se débattre, Rin serra Inuyasha rapidement dans ses bras.
« Merci Inuyasha-sama ! Bokuseno va être si content ! »
Il esquissa un sourire que Rin réussit à apercevoir grâce au clair de lune. Ils restèrent à nouveaux dans un silence confortable, profitant de la douce nuit d'été.
Kohaku adorait cet été. C'était même le meilleur été qu'il avait passé de son entière vie. Et il devait cela en grande partie à la compagnie de Rin. Les après-midi passés avec elle, Shippo, et les enfants étaient devenus des moments qu'il chérissait devant tout autre. Quand ils ne riaient ou jouaient pas avec les enfants, Rin leur chantait des berceuses, accordant à tous des instants paisibles.
Il était heureux depuis qu'il vivait au village, même s'il avait dû s'habituer à une vie post-Naraku. C'était difficile, il se réveillait parfois en sursaut la nuit, lorsque ses souvenirs sanglants venaient le hanter. Il avait eu du mal au début à s'ajuster, il culpabilisait surtout en présence de Sango. Il avait même envisagé de quitter le village et tenter l'aventure ou une autre vie, plus loin. Mais ce fut Miroku qui l'en détourna.
Kohaku ne s'était pas particulièrement réjoui quand Sango se maria avec lui. Il avait vu plusieurs fois Miroku courir derrière d'autres jeunes femmes, alors qu'il était fiancé à Sango. Pourtant, son opinion changea quand Miroku lui parla de Sango, et de la raison pour laquelle il ne devait pas partir. Il avait dit que Sango avait besoin de leur présence à tous les deux pour être heureuse, et Kohaku avait cédé. Depuis ce jour, Kohaku respecta énormément l'avis de Miroku. Le moine pouvait se montrer sage, mais surtout, il veillait au bonheur de Sango. Ce qui suffisait à Kohaku.
Ils formaient tous ensemble une famille heureuse, et Kohaku adorait l'idée d'être oncle. Bien sûr cela se résumait essentiellement à veiller à ce que Kiyoshi ne fit pas de bêtises, mais il aimait cela. Shippo était l'autre addition dans la famille qui avait précédé Rin. Et ces deux meilleurs amis avaient leur place à part entière parmi eux, même s'il n'y avait pas de lien de sang entre eux. Et ce n'est pas un tort, surtout pour Rin.
Kohaku allait bien tôt avoir seize ans, et était déjà considéré comme un homme dans le village, mais il préférait souvent se libérer de ses responsabilités et ses taches communautaires pour rester avec ses amis. Cela devenait difficile, car Rin, à peine âgée de treize ans, avait gagné le respect des villageois qu'elle aidait au mieux avec ses pouvoirs.
Pendant les tournées qu'elle effectuait avec Kaede, Kohaku avait remarqué qu'elle avait gagné le titre de 'Rin-sama'. Cela n'aurait pas dérangé Kohaku, si dans ces même tournées, les hommes de l'âge de Kohaku et d'autres plus vieux encore, ne s'étaient pas aperçus combien Rin s'épanouissait en une belle jeune fille.
Kohaku n'était pas aveugle, quiconque avec des yeux pouvait le voir. Kohaku le voyait, Shippo le voyait, le village entier le voyait, exaspérant Kohaku au plus haut point. Surtout quand certains des plus braves et stupides parmi eux se mettaient à parler de la pluie et du beau temps avec elle. Il ignorait pourquoi Rin ne les envoyait pas balader, mais en tout cas, Kohaku savait une chose. Il aurait adoré les frapper, eux qui se disaient être ses amis, quelque temps auparavant. Seul Shippo restait lui-même autour de Rin.
Cette dernière n'avait, semblait-il, pas remarqué cette attention que lui portait une bonne partie du village. Pour Kohaku, qui la côtoyait tous les jours, elle paraissait vivre sa vie comme elle l'avait toujours fait, souriante comme un rayon de soleil. Enfin, jusqu'au soir où Ataku, le chef du village, vint chez eux. C'était il y avait une semaine, et Kohaku se souvenait parfaitement de la conversation qu'ils avaient eu.
« Miroku-sama, Sango-sama, mon fils Ozakaru aimerait prendre la main de la jeune Rin-sama, qui est en âge de se marier.
- Non, avait dit Rin sans même réfléchir mais plus surprise que n'importe qui dans la pièce.
- Rin-sama, mon fils travaille dur et il a une bonne situation, il fera un très bon époux.
- Je ne voulais aucunement vous manquer de respect, Ataku-sama, mais je n'envisage pas à me marier, désolée.
- Vous êtes encore jeune, Rin-sama, avait-il répondu, je suis sûr que mon fils attendra le temps qu'il faut pour que vous appreniez à l'aimer, si c'est ce que vous craignez. Peut-être que si vous en parlez avec Miroku-sama…
- Rin a pris sa décision, avait interrompu Miroku, je n'ai pas l'autorité d'influencer Rin dans les choix de sa vie, Ataku-sama. A présent, si vous voulez bien nous laisser finir notre dîner. »
Ataku était parti visiblement vexé, mais pas ce fut Rin qui parut le plus embarrassée. Elle s'était raidie, et avait gardé la tête baissée.
« Je suis désolée, avait-elle dit, je ne voulais pas être impolie. Maintenant vous allez avoir des problèmes avec le chef du village.
- Rin ne sois pas désolée, avait répondu Sango en la serrant dans ses bras. Aucun de nous ne t'en veut. Tu as pris la décision que te dictait ton cœur. Nous n'irons jamais contre cela.
- En plus, Ozakaru est un crétin de première, avait renchéri Inuyasha. Il pourrait rentrer dans la même catégorie que Sesshomaru dans le genre arrogant, même s'il n'aurait aucune chance de gagner. »
Rin n'avait pas souri et elle était sortie rapidement de la maison pour prendre l'air. Sango avait lancé un regard meurtrier à Inuyasha, et quand Kohaku se leva pour la rejoindre, Miroku le retint, déclarant que Rin avait besoin d'être seule. Elle n'était pas rentrée de la soirée, et malgré la volonté de Kohaku de la trouver, ce fut Sango qui alla la chercher.
Le lendemain, Rin avait paru aussi joyeuse qu'à l'accoutumée, comme si rien ne s'était produit. Pourtant depuis ce jour, Kohaku remarqua que lorsque Ozakaru ou une autre garçon lui parlait, Rin paraissait être sur ses gardes. Elle avait même tendance à les éviter. Du moins c'était ce que pensait Kohaku à sa façon qu'elle avait de se tenir à l'abri de l'ombre de Kohaku ou de Shippo à chaque fois qu'ils traversaient le village.
Kohaku n'aurait pas dit qu'elle avait peur, mais elle était certainement mal à l'aise derrière ses grands sourires chaleureux. Ils passèrent plus souvent leur temps libre aux alentours du village pendant les quelques semaines qui suivirent, dans la plaine et la forêt, en voulant ignorer le passage du temps sur leur vie. C'était particulièrement visible pour Kohaku et Rin. Ils mûrissaient, et devenaient adulte. Et, en même temps, Kohaku développaient des sentiments qu'il ignorait pour sa meilleure amie. Des sentiments qui le touchaient plus profondément encore.
Il était bien avec elle, il était heureux, car en sa présence, il pouvait oublier ses crimes. Il pouvait oublier le temps où il n'était qu'une marionnette dirigée par Naraku, un instrument qui tuait indifféremment hommes, femmes et enfants. Elle lui souriait simplement sans arrières pensées, alors qu'il avait tenté une fois de la tuer sous les ordres de Naraku. Néanmoins, son passé ne comptait pas pour elle. Il trouvait la voie de la rédemption dans ses grands yeux chaleureux. Jamais il ne voulait perdre cela, son bonheur.
Ils étaient, non pour la première fois, au bord du ruisseau, dans une de ses après-midi calmes d'été qui étaient leur quotidien. Rin, assise contre un saule, avait prit Ren-chan dans ses bras, alors que Kiyoshi était allongé, sa tête appuyée sur la cuisse de Rin. Shippo était assoupi sur le dos, les mains derrière sa tête, non loin d'eux, tandis que Kohaku était à demi allongé sur le ventre, sa tête reposant sur ses mains. AhUn ronflaient non loin d'eux, mais pas suffisamment fort pour couvrir la voix d Rin qui chantonnait aux enfants.
« Yama no naka
Mori no naka
Kaze no naka
Yume no naka
Sesshoumaru-sama doko ni iru
Jaken-sama o shita naiete?
Watashi wa hitori de matchimashou!
Sesshoumaru-sama, omodoriou! »
Elle finit par fredonner l'air en berçant Ren-chan. Kiyoshi s'assit alors.
« Dis, Rin-neechan, c'est qui Sesshomaru-sama ? Et Jaken-sama aussi ? »
Rin s'arrêta de fredonner. De toute façon, Ren-chan était déjà endormie.
Kohaku se releva légèrement, et aperçut Shippo ouvrir un œil en direction de Rin. Sesshomaru n'était pas un sujet qu'il fallait évoquer avec Rin, surtout si on ne voulait pas que son regard prît ce voile de tristesse qu'elle portait à présent. Rin était encore blessée par l'abandon de Sesshomaru, depuis le jour où elle obtint la perle du Shikon. Pourtant, même si Shippo et lui évitaient de le mentionner, ils étaient pour le moins curieux de ce qu'avait été la vie de Rin auprès du froid taiyokai. Celui-là même qui avait fait revivre Kohaku.
« Ce sont les yokai qui m'ont recueillie avant d'être l'élève de Kikyo, finit-elle par dire. Sesshomaru-sama est le demi-frère d'Inuyasha-sama.
- C'est vrai ? s'exclama Kiyoshi. Est-ce qu'il a les mêmes oreilles ? »
Rin sourit un peu.
« Non, elles sont plutôt comme celles de Shippo. Ils ont cependant les mêmes yeux, et la même couleur de cheveux.
- Oh. Et il est gentil ? »
Rin hésita. Kohaku comprit pourquoi. Dire que Sesshomaru était gentil aurait était équivalent de dire que l'hiver était la saison la plus chaude de l'année.
« Il… il est lui… Ni gentil, ni méchant, dit-elle. Il m'a acceptée quand je me suis mise à le suivre, il m'a protégée… même si c'était pour me laisser finalement… »
Sa voix mourut, et Kohaku alla la rejoindre, en posant sa main sur son épaule. Il détestait la voir aussi abattue. C'était ironique qu'une guérisseuse comme elle, ne semblât pas guérir d'une douleur qui devait pourtant appartenir au passé. A son contact, elle sembla sortir de ses pensées et Kohaku soupira, un peu soulagé.
« Nee-chan, ça va ?
- Bien sûr Kiyoshi, pourquoi ça n'irait pas ? »
Brusquement, Rin tourna la tête vers le village, ou plutôt au-delà, vers la forêt d'Inuyasha.
« Kohaku, Shippo, emmenez les enfants vers le village, et vite ! »
Elle avait un ton de guerrière qu'il ne lui connaissait pas. Kohaku attrapa par pur réflexe et avec un petit peu de chance, sa nièce que Rin lui tendait, et se dirigea vers AhUn.
« Rin, dis-nous ce qui va pas, dit Shippo derrière elle.
- Kikyo et Inuyasha…
- Ils sont en danger ? continua Kohaku.
- Je ne sais pas… mais je dois y aller, Kohaku. »
Le vent se leva, balançant les cheveux de Kohaku derrière son dos.
« Alors, je viens avec toi, » dit simplement Kohaku.
Il passa Ren-chan qui s'était réveillée par tout le remue-ménage à Shippo, dès que Rin acquiesça. Elle monta sur le dos d'AhUn, attendant distraitement que Kohaku grimpât à son tour.
« Eh ! Je veux venir moi aussi, cria Shippo.
- Il faut quelqu'un pour ramener les enfants au village, déclara Kohaku. Je te les confie Shippo. »
Il grimpa derrière Rin, laissant un Shippo plutôt en colère derrière lui. Kohaku agrippa la taille de Rin quand elle fit partir le dragon à deux têtes dans les airs. Vers quoi ? Kohaku ne pouvait qu'espérer que ce ne fût rien de grave. Mais le silence de Rin ne présageait rien de bon.
Le temps de l'insouciance touchait à sa fin.
Le temps, les années étaient passés, courtes pour un Taiyokai immortel, et pourtant plus longues que les trois siècles de sa vie, sans le rire d'une enfant humaine, sans les disputes acharnées entre elle et un crapaud yokai pour laisser passer les jours et les heures.
Sesshomaru continuait ses errances à travers tout le pays, toujours suivi, par Jaken, devenu, l'ennuyant, l'insupportable Jaken depuis que Rin n'était plus là pour l'occuper. C'était en partie faux, Sesshomaru savait que son serviteur se faisait plus discret, et il y avait de quoi. Dire que Jaken payait la frustration de son maître aurait été un euphémisme. Sesshomaru lui-même savait que parfois il perdait contrôle, quelque chose qui ne lui arrivait pas. Cela dégénéra même au point que Sesshomaru tua son serviteur en l'envoyant balader contre un arbre. Il le fit ressusciter ensuite grâce au Tenseiga, mais le fait avait été accompli, et Sesshomaru se méprisa pour avoir commis une telle erreur.
Il était frustré, c'était un fait, ressentant au fond de lui-même une colère languissante, qui lui demandait tant d'énergie pour rester cachée derrière sa façade d'indifférence. Pas parce que Rin lui manquait. Jamais. Une humaine ne pouvait être la cause de ce qu'il ressentait, n'est-ce pas ? Non, tout en revenait à Naraku qui après trois ans n'avait laissé aucun indice de ce qu'il faisait.
Où était-il ? Que faisait-il ? Quand attaquerait-il Rin pour voler le Shikon no Tama ? Son absence et son silence faisaient parfois douter Sesshomaru. Le hanyo était-il bien mort ? Ou était-ce un plan de la miko pour s'emparer des pouvoirs de Rin ? Ses interrogations pendant ces quelques années se multipliaient, revenaient sans cesse dans un cercle incessant et vicieux, qu'il n'arrivait pas à briser.
Il détestait cette situation. Il détestait se sentir envahi par des doutes, des émotions, comme un vulgaire humain, qu'il ne pouvait contrôler, et qui lui demandaient, non, ordonnaient d'être relâchés hors de son masque d'impassibilité. Devenait-il faible ?
Non, bien sûr que non. Il était Sesshomaru, le Seigneur de l'Ouest, respecté et craint de tous. Alors pourquoi, pourquoi la seule chose qui semblait le calmer était la présence d'une humaine ? Pourquoi pendant ces trois années, il avait cherché à la suivre partout où elle allait, suffisamment loin pour ne pas être repéré, suffisamment près pour pouvoir sentir son odeur de fleurs sauvages ?
Car il en était réduit à là, à errer derrière la jeune fille, invoquant la pitoyable excuse que Naraku serait destiné à l'attaquer un jour ou l'autre et qu'il voulait être là pour l'anéantir définitivement. Mais ce n'était pas cela, ce n'était pas seulement cela.
Il avait découvert l'effet apaisant de la présence de la jeune fille sur son côté sauvage et irrationnel de démon. Il haïssait avoir besoin d'elle pour se calmer vraiment. Cela n'était jamais arrivé avant qu'elle ne croisât son chemin. Et pourtant, pendant les deux années où elle avait vécu auprès de lui, elle avait pris sa place parmi eux, une place que rien n'avait remplacé depuis leur séparation.
Son père lui avait une fois raconté qu'Izayoi avait un effet similaire sur lui. Il disait qu'en présence de l'humaine, il ne faisait aucun effort pour soumettre la force démoniaque à la raison, cette force démoniaque qui pouvait si facilement basculer dans les émotions les plus violentes. Pour Inuyasha, c'était le Tessaiga qui calmait le sang démon en lui, plus puissant que son sang humain. Pour son père, et lui semblait-il, c'était une humaine. A croire qu'il portait la même faiblesse que son père.
Non, je ne dépendrai pas d'un humain, pas même de Rin.
Malgré ses résolutions, il l'avait suivie, elle qui par le passé avait toujours fidèlement fait de même, quelque soit le temps, quelque soit les terres qu'ils traversaient. L'avantage était qu'il pouvait dépenser une partie des frustrations sur les yokai mineurs qui cherchaient à la poursuivre. Les idiots. Ils étaient faibles, et voulaient obtenir la perle. Sesshomaru se faisait un plaisir de les éliminer dans un bain de sang.
Il savait toutefois qu'il ne pouvait pas épargner Rin de tous les dangers, du moins pas sans se faire découvrir. Les jours de pluie, ou de vent contraire, son odorat était diminué, et ne lui permettait pas de détecter les yokai qui rodaient autour. Elle semblait s'en être sortie pourtant. La miko faisait apparemment l'effort de la protéger.
Sesshomaru ne se permit même pas de chercher une raison profonde qui aurait expliqué pourquoi il voulait Rin saine et sauve, même maintenant. Son sort ne le concernait plus, mais il s'y intéressait malgré lui.
Parfois il se demandait comment elle allait. Etait-elle heureuse dans sa nouvelle vie ? Riait-elle toujours autant qu'avant en courant dans les prés ? Apprenait-elle suffisamment avec la miko ? C'était étrange qu'il se posât autant de questions sur son bien-être. Quand elle était encore à ses côtés, il ne réfléchissait pas à deux fois sur son état de santé. Elle était juste là, et ne se plaignait pas. Mais maintenant qu'elle n'était plus sous sa responsabilité, il s'y intéressait. Il aurait dû être soulagé de ne plus avoir l'humaine comme fardeau sur lequel il devait toujours veiller. Mais ce n'était pas le cas, et encore et toujours, il détestait cela.
Lors de leur voyage, il avait parfois trouvé des bouquets ou des couronnes de fleurs, semées ici et là aux bords des routes. L'odeur de Rin se mêlait encore à celle des fleurs, indiquant qu'elle était la responsable. Elle gardait les mêmes passe-temps qu'auparavant. Une fois il se prit d'en ramasser un. Il découvrit avec surprise que les fleurs ne fanaient pas normalement et restaient fraîches pendant plusieurs jours. Rin utilisait certainement ses pouvoirs pour y parvenir et de façon bien curieuse voire même inutile. Des fleurs qui ne se fanaient pas ne l'aiderait pas à vaincre des yokai. Pourtant, il se mit à chercher du regard ces bouquets que Rin laissait sur son passage.
Si Jaken remarquait quelque chose d'étrange dans son comportement, il ne disait rien. Sesshomaru savait que son serviteur était un peu perdu depuis la séparation avec Rin, il s'était habitué à l'humaine. Jaken évitait de parler d'elle et Sesshomaru préférait qu'il en fût ainsi. Il l'aurait peut-être une nouvelle fois tué s'il n'avait ne serait-ce que mentionné son nom. Il avait aussi mis sa curiosité en sourdine, et ne questionnait plus la destination qu'ils suivaient. Jaken pouvait être stupide, mais il avait une bonne mémoire. Il se souvenait de la punition qu'il avait subi quand il avait était trop insistant.
Par un coup malheureux du destin, Rin croisa la route de la bande d'amis de son demi-frère, dans des circonstances que Sesshomaru se souvenait que trop bien. Il avait senti l'immense youki qui s'était dégagé de l'endroit où la troupe d'humains était assemblée, mais il n'aurait jamais pensé que Rin et la miko se seraient jetées dans une bataille qui ne les concernait pas. La stupidité de Rin aurait pu la tuer ce jour-là, et il dut maintenir ses instincts sous un joug ferme pour ne pas intervenir. Elle eu de la chance que ce jour n'était pas celui de sa mort. Elle vécut pendant un moment dans le village d'Inuyasha.
Lorsqu'elle repartit avec la miko et AhUn, ce fut pour rencontrer le vieil arbre Bokuseno. Sesshomaru fut curieux de savoir pourquoi, et après leur départ, il retrouva le vieil arbre. Bien sûr il n'avait reçu que des moqueries de sa part, mais aucun mot ne fut prononcé à propos des raisons de Rin. Si Bokuseno n'avait pas été l'ami de son défunt père, Sesshomaru aurait réduit l'arbre en petit bois pour feu de camps. Pourtant, il dit une chose qui arrêta complètement Sesshomaru.
« Tu lui manques, Sesshomaru. Rin voulait que je te le dise. »
Sesshomaru n'avait pas répondu. Qu'aurait-il bien pu dire ou faire ? Rien qui n'aurait révélé sa faiblesse. Il n'aurait certainement pas voulu que le sage Bokuseno ne l'apprit, lui qui aurait ri de le voir ainsi. Il s'était retourné sans un mot, mais le vieil arbre n'avait pas fini de lui parler.
« J'avais espéré que ton père t'aie appris à aimer, mon garçon, mais est-ce trop te demander ? Elle souffrira de ton silence. »
Il avait ignoré le démon assez facilement, mais ses mots restèrent gravés dans sa mémoire. Elle souffrira de ton silence. Tout ceci devenait ridicule.
Ce fut sans doute à partir de cette visite que Jaken comprit que depuis deux années ils suivaient la piste de Rin. Il ne dit rien, donc Sesshomaru n'eut aucune certitude, mais quand bien même Jaken était un imbécile, il n'était pas si stupide pour faire part de son avis. Le silence de Jaken épargnait Sesshomaru de l'embarrassante question du pourquoi, bien qu'il n'eût pas à s'expliquer à quiconque.
Peu de temps après, Rin retourna au village d'Inuyasha. Il peut alors sentir l'ampleur qu'avaient prise ses pouvoirs. Il ne sut jamais ce qu'elle faisait enfermée dans cette barrière qu'il ne pouvait pas traverser sans risquer de se blesser ou pire d'être repéré. Mais pendant des heures, semblait-il, elle avait puisé dans la perle du Shikon, une force qu'il n'avait que rarement vu.
Encore une fois, elle en sortit vivante. Elle avait été chanceuse ou douée, il ne pouvait pas se décider. Un peu des deux sans doute et Sesshomaru se rendit compte qu'une partie de lui l'admira. Bien qu'humaine, elle était brave et forte, même si ces qualités s'accompagnaient par une touche de stupidité. Inuyasha devait déteindre sur elle. Néanmoins, avec une telle puissance, elle n'était plus l'enfant sans défense qu'elle était autrefois. Elle pouvait se battre.
Sesshomaru fut soulagé quand elle quitta le village, même si c'était pour revoir Bokuseno. Cette fois-ci, Sesshomaru ne daigna pas voir l'arbre. S'il lui demandait ce qu'il savait Bokuseno ne lui répondrait sûrement pas.
Il n'avait pas abandonné le projet d'obtenir les réponses qu'il voulait. La miko Kikyo lui répondrait. Et leur retour au village fut l'occasion de l'aborder seul à seule, elle qui rodait autour quand Rin y séjournait.
Lors d'une belle après-midi d'été, Sesshomaru décida d'aller rendre une visite à la miko, à l'ombre de la forêt. L'odeur de Rin était lointaine, il pouvait clairement la situer de l'autre côté du village. Il marcha d'un pas lent et assuré à travers la forêt, profitant de son environnement. Il avait toujours apprécié la forêt, qui était un endroit où tant d'évènements de sa vie s'étaient produits. Parmi eux, il y avait sa première rencontre avec Rin, qui changea complètement le cours de sa vie. Pour le meilleur ou pour le pire, il l'ignorait encore. Sa raison penchait pour le pire, mais une voix profonde lui murmurait le contraire.
Jaken trottait de son pas lent, déjà essoufflé par la marche soutenue que Sesshomaru lui imposait. Le petit yokai se faisait vieux. A moins que ces quelques semaines de repos autour du village l'avait engraissé. Sesshomaru devrait y remédier.
Il trouva la miko assise au pied d'un arbre. Ses Shinindamashuu flottaient au-dessus d'elle. Elle gardait ses yeux fermés, comme si elle dormait. Sesshomaru n'était pas dupe, elle était éveillée. Il se demandait ce que Inuyasha avait bien pu trouver en elle. Elle était une belle femme, c'était indéniable, mais là où Inuyasha avait un tempérament explosif, elle était froide, intouchable. Sa peau pâle contrastait avec les cheveux sombres qui encadraient son visage, et quand elle ouvrit ses yeux, Sesshomaru pensa que c'était là un des points les plus remarquables chez elle. Contrairement à Rin, ils ne dévoilaient rien de ce qu'elle pensait ou ressentait mais restaient intrigants.
Le vent tourna, allant même à surprendre Sesshomaru. Kagura agissait visiblement qu'à sa tête encore une fois. Depuis sa mort, elle était devenue une alliée silencieuse que Sesshomaru utilisait sans le moindre scrupule. D'habitude, elle l'aidait parfaitement bien pour repérer Rin, ou des yokai rôdeurs, mais ce n'était pas toujours le cas. Elle avait toujours été un esprit rebelle, et Sesshomaru n'avait aucun poids contre cela.
« Sesshomaru, cela faisait longtemps, » dit la miko d'une voix froide.
Sesshomaru la regarda tout aussi froidement.
« Miko, sais-tu où est Naraku ?
- Je croyais que vous auriez préféré des nouvelles de Rin.
- Réponds à la question du Seigneur Sesshomaru, humaine ! » cria Jaken de sa voix désagréable.
Elle sourit légèrement irritant déjà Sesshomaru. Tous les deux savaient qu'elle disait vrai. Il voulait des nouvelles de Rin, mais jamais il ne s'abaisserait à lui demander. Elle se leva, ses yeux le fixant sans ciller.
« Je ne sais pas où il se cache, mais il vit encore. Rin a été en… contact avec lui.
- Explique-toi. »
Un sentiment qu'il ne reconnut pas immédiatement troubla son calme imperturbable. De l'inquiétude ? Kikyo tourna son attention sur les porteurs d'âmes qui dansaient autour d'elle.
« Le kazaana du moine Miroku était contrôlé par Naraku. Rin, pour une raison que j'ignore, a vu Naraku, ou du moins une représentation de lui, à l'intérieur. Le plus dérangeant, c'est qu'il semblerait que Naraku ait aussi vu Rin.
- Etait-ce le jour où Rin émettait cette charge d'énergie à partir du Shikon no Tama, il y a quelque mois ?
- Peut-être, quelle importance cela peut-il bien avoir pour vous ? »
Sesshomaru n'appréciait pas le ton de la prêtresse. Il n'était pas forcément irrespectueux, mis elle le traitait visiblement d'égal à égal, se permettant d'être désinvolte avec lui. Non, pour si peu, il aurait bien aimé l'envoyée définitivement en enfer, là où était sa place, si elle n'était pas devenue la gardienne de Rin.
« Rin apprend à maîtriser ses pouvoirs spirituels, dit-elle en ne le regardant toujours pas. Même sans la perle, elle avait un don pour cela. Ces talents dans ce domaine seraient sans doute passés inaperçus s'ils n'avaient pas été réveillés par une puissance extérieure. Mais elle apprend vite, j'ai confiance en elle.
- Pourquoi me dis-tu cela ? demanda Sesshomaru
- Parce qu'il faut que vous compreniez qu'au delà du simple contrôle de la perle qu'elle doit acquérir pour se maintenir en vie, Rin se prépare à affronter Naraku, qu'elle l'ignore ou pas. Toutefois, même avec le Sikon no Tama, elle échouera, car sans vous elle n'aura pas la force de vaincre.
- Ne sois pas si pessimiste, Kikyo. »
Sesshomaru eut à peine le temps de voir Inuyasha débarquer parmi eux. Il s'en voulut, il aurait dû repérer le hanyo facilement, même pris dans sa conversation avec la prêtresse ou en ayant Kagura soufflant dans le sens contraire.
« Rin n'est pas seule, dit Inuyasha. Elle nous a nous, ses amis. Moi, Miroku, Sango, et Kagome, on ne l'abandonnera pas. »
Sesshomaru perçut la pique qui lui était dirigé, mais ne daigna même pas y répondre. Du moins pas directement.
« Es-tu même capable de la protéger, Inuyasha ? Ou finiras-tu comme tous ses yokai mineurs qui convoitent la perle ?
- Donc c'est pour ça que tu traînes dans les parages…. C'est toi qui débarrasses le terrain de tous ses yokai. Comme c'est gentil à toi de vouloir nous aider à la protéger. »
Sesshomaru aurait pu étrangler Inuyasha pour son sarcasme, il ne laissait personne se moquait de lui. Mais le hanyo continua.
« Rin est très bien au village. Des fois je me demande comment elle a pu rester aussi gentille après avoir traîné deux ans avec toi. Là, elle vit chez Miroku et Sango qui la traitent comme si elle était leur enfant. Kohaku, Shippo et elle sont inséparables. Tu devrais les voir tous les trois, ils s'entendent bien. Oh, et bien sûr le fils du maire, lui a demandé sa main. »
Sesshomaru ne savait pas au départ où Inuyasha voulait en venir. La seule explication qu'il voyait était qu'il tentait de le faire culpabiliser ou de le rendre jaloux. Il sut que la deuxième hypothèse était la bonne dès la dernière affirmation d'Inuyasha. Sesshomaru fut surtout surpris, et il n'était pas le seul.
« Mais… mais ce n'est qu'une enfant, dit Jaken complètement atterré.
- Elle est en âge de se marier selon les traditions humaines, répondit Inuyasha. Tout le monde au village peut voir qu'elle se transforme en une belle jeune femme. »
Les mots d'Inuyasha troublèrent Sesshomaru. Il venait parfois à oublier que le temps passait différemment pour Rin. Elle deviendrait bientôt une adulte, une femme, qu'un humain chercherait à convoiter en tant que telle. Il n'avait jamais vraiment réfléchi à l'avenir de Rin. Certes, elle devait se marier un jour, de préférence à un seigneur respecté et respectable parmi les humains. Mais l'idée déplut immédiatement à Sesshomaru. Les humains étaient bien trop vils, aucun d'eux ne la méritait. Humaine ou non, il ne la mérite vraiment pas. Sesshomaru balaya de ses pensées les anciens mots de l'ookami Koga. Ils n'avaient aucun rapport avec la situation présente.
« Qu'a-t-elle répondu ? demanda la miko.
- Oh, en fait c'était le maire qui était venu demander la permission pour son fils à Miroku, expliqua Inuyasha. Tout le monde considère Miroku comme le responsable de Rin au village. Mais c'est Rin qui a refusé catégoriquement. »
Inuyasha parut devenir pensif.
« Miroku et Sango pensent qu'ils doivent s'attendre à d'autres demandes dans ce genre. Et si certains étaient au courant de l'existence de la perle en Rin, disons qu'ils seraient alors nombreux, ceux qui se présenteraient à la porte de Miroku…
- Mais comment ? demanda Kikyo à voix basse. Nous avons tous gardé le secret avec prudence. Seuls ceux qui étaient présents ce jour là et Bokuseno sont au courant.
- Certaines magies noires peuvent dévoiler facilement des secrets, dit Sesshomaru. Ou Naraku peut très bien faire courir des rumeurs. »
Oui, ce serait tout à fait du genre de Naraku d'essayer de répandre le trouble de cette façon. Si les humains savaient que Rin avait le Shikon no Tama, ils seraient nombreux à la pourchasser par la violence ou par de fausses promesses d'amour. Sesshomaru ne savait laquelle de ces deux possibilités l'énervait le plus.
« Rin sent votre présence, vous savez, dit subitement la miko. Même si elle ne sait pas que c'est vous. »
Sesshomaru se tourna vers l'imperturbable miko. Il sentait qu'il n'allait pas aimer ce qu'elle allait lui dire.
« Ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne devine que vous veillez encore sur elle. Elle se rendra alors compte qu'elle a besoin de vous pour vaincre Naraku. C'est subtil chez elle, mais quand vous êtes près d'elle, elle se détend, elle a confiance en ses capacités et sait surmonter ses peurs.
- Ce sont des idioties, répondit-il.
- Mais elles sont vraies. »
Sesshomaru allait donner une remarque acerbe, mais il s'arrêta. Il l'avait sentie, cette odeur de fleurs sauvages qui s'épanouissaient sous le soleil. Elle arrivait. Il préféra partir, en prenant la direction opposée à celle d'où elle venait.
« De quoi avez-vous peur ? demanda la miko.
- Je n'ai peur de rien ni de personne, dit-il sans se retourner.
- Alors pourquoi la fuyez-vous ? »
Sesshomaru s'arrêta. Elle avait raison, il devait l'admettre. Il fuyait Rin, et pour quelle raison ? Voulait-il épargner à la jeune fille un autre au revoir ? Non, les sentiments d'une humaine l'indifféraient, n'est-ce pas. Alors… voulait-il s'épargner d'une rencontre avec son passé ?
Sesshomaru s'apprêtait à se mettre en marche, mais une flèche qu'il ne sentit qu'à peine, se planta non loin de lui.
« Attendez ! »
Il aurait reconnu cette voix entre mille. Familière et mélodieuse, même si elle avait perdue certaines de ses intonations enfantines. La voix de Rin.
« Se… Sesshomaru-sama ? »
Il ne se retourna pas. Il redoutait de voir les expressions sur le visage de la jeune fille. Ses doutes, ses joies. Il remarqua qu'elle n'était pas seule, le garçon Kohaku était avec elle.
« Vous… vous êtes revenus, Sesshomau-sama, vous et Jaken-sama. Vous êtes revenus me chercher ? »
La note d'espoir dans sa voix éveilla Sesshomaru de sa stupeur. Il ne la ferait pas miroiter dans des fausses espérances, ni maintenant, ni jamais. Elle ne méritait pas cela, même si cela voulait dire qu'il devait l'ignorer. Elle souffrira de ton silence.
Il continua à marcher, espérant sans trop y croire qu'elle comprendrait qu'il n'était pas là pour elle. Il ne s'encombrerait pas d'un fardeau comme elle. D'une faiblesse comme elle.
Une autre flèche frôla cette fois-ci son visage, et se planta sur le tronc d'un arbre à quelques pas de lui. Il s'arrêta le souffle coupé.
« Regardez-moi ! » cria Rin avec désespoir.
Sesshomaru ne sut jamais ce qui le choqua le plus. La voix désespérée de Rin qui lui donnait un ordre, ou le fait que, si elle l'avait voulu, il serait mort sans avoir pu sentir la flèche qui l'aurait terrassé. Malgré cela, il ne se retourna pas.
« Est-ce parce que je suis humaine que vous ne voulez pas me regarder ? Est-ce que vous me méprisez autant que ça ? Alors pourquoi étiez-vous toujours là pendant tout ce temps ? Pourquoi ? »
Pourquoi ? C'était sa question préférée lorsqu'elle était plus petite. Celle qui avait rendu fou Jaken, et avait exaspéré Sesshomaru plus d'une fois, parce qu'elle remuait des vérités qu'il ne voulait pas aborder.
L'odeur fade et salée de larmes lui parvint, et Sesshomaru maudit Kagura pour la lui avoir apportée. Il en connaissait la provenance, il se souvenait de cette odeur qui accompagnait Rin quand elle sortait d'un de ses cauchemars. Puis pendant ces trois années, il se rappelait l'odeur des brises nocturnes qui avaient caressé Rin avant de lui parvenir. Elle pleurait, cette humaine qui ne tournait pas la page et pour quelle raison ? Elle souffrira de ton silence.
Il reprit sa route, entendant vaguement Jaken trotter derrière lui. Ses sens étaient focalisés sur une personne seulement. Ses oreilles étaient braquées sur le bruit irrégulier des battements du cœur de Rin, sur les bruissements que pouvait faire le moindre de ses faits et gestes. Elle ne le suivit pas pourtant, comme à l'époque où il l'avait fait revivre. Elle s'enfuit dans la direction opposée, et seul le garçon Kohaku courut derrière elle.
« Rin ! » appela-t-il.
Elle ne ralentissait même pas. Sesshomaru aurait dû être soulagé d'être enfin débarrassé d'elle. La seule satisfaction qu'il tirait de cette situation était de ne pas avoir à regarder le visage de Rin qui devait refléter le même sentiment de trahison qu'elle avait eu lorsqu'ils s'étaient quittés.
« Sesshomaru, t'es qu'un enfoiré ! cria Inuyasha. Tu ne vois pas que tu l'as blessée !? »
Sesshomaru s'arrêta, et fixa longuement Inuyasha par-dessus son épaule. Il avait l'air furieux.
« Mêle-toi de tes affaires.
- T'aurais pu au moins lui dire quelque chose, ou la regarder ! continua Inuyasha en ignorant son ton menaçant. Mais c'était trop difficile pour toi, hein ?
- Pourquoi les sentiments d'une humaine t'importent autant Inuyasha ?
- Parce qu'elle est une sacrément bonne amie, voilà pourquoi ! Mais toi tu peux pas comprendre que des fois on ferait n'importe quoi pour voir ses amis heureux ! »
Sans qu'il ne sût pourquoi, Sesshomaru sentit sa colère grandir.
« Fais attention, Inuyasha, dit-il d'un ton glacial. Il semble que tu sois attiré par les porteuses de la perle du Shikon. Les deux miko seront ravies de le savoir.
- Crétin ! Tu ne comprends vraiment… »
Un sifflement aigu qui faisait écho dans toute la vallée l'interrompit. Et cette fois-ci, Sesshomaru se retourna complètement quand il entendit un cri lointain et douloureux.
« AhUn !
- C'est Rin, murmura Inuyasha après un silence inquiet, qu'est-ce que… »
Quelques instant après, les pas accourant du garçon Kohaku arrivaient à nouveau vers eux.
« Inuyasha ! »
Kohaku arriva enfin parmi eux et se posta face à Inuyasha essoufflé.
« Rin… elle s'est envolée avec AhUn !
- Calme-toi, Kohaku ! dit Inuyasha en agrippant les épaules du garçon. Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Le ningen Kohaku inspira comme pour étouffer une peur.
« Nous allions regagner le village, et Rin disait rien même si j'essayais de la faire parler… Puis elle s'est arrêtée et s'est tenue la poitrine comme si elle avait mal…
- Au niveau de son cœur ? demanda la miko.
- Oui… Je lui ai demandé ce qu'il n'allait pas mais c'est comme si elle ne m'entendait pas. Et après elle a murmuré le nom de Naraku… Elle a appelé AhUn, et m'a repoussé quand j'essayais de la retenir…
- Naraku ? demanda Inuyasha d'une voix éteinte.
- Elle est en danger, » déclara la miko.
Sans en attendre d'avantage, Sesshomaru se transforma en boule d'énergie, ignorant les appels de Jaken qui restait à terre. Il s'envola vers la trame parfumée qui caractérisait l'odeur de Rin. Elle est en danger. Il ne réfléchit pas à deux fois aux paroles de la miko, son instinct lui dictait de protéger Rin du danger qu'elle encourait. Surtout si Naraku était impliqué.
Rin avait profité des moments de paix au village, écartant au fond de son esprit le pressentiment que tout ceci n'était que temporaire, que bientôt la pluie ferait place au soleil. Et en cet après-midi d'été, tout avait basculé bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé.
Elle aurait dû s'attendre à une question de Kiyoshi sur la chanson qu'elle chantait pour la première fois. Il était tellement curieux par nature, elle aurait dû savoir qu'il aurait demandé qui était Sesshomaru. Retourner dans ses souvenirs amenait toujours des sentiments contradictoires pour Rin, à la fois heureux et tristes, en fait ce qu'on appelait la mélancolie. Mais cette fois-ci, sa mélancolie était plus importante. Elle aurait dû deviner que c'était un signe avant coureur que quelque chose allait se produire.
Et ce quelque chose n'était autre que cette aura familière et puissante, si inhabituellement proche. Assez proche en fait, pour être aux côtés de Kikyo et d'Inuyasha.
Son cœur s'était mis à battre plus rapidement de peur, d'anticipation, ou d'autres sentiments qu'elle n'identifiait pas. Mais elle pouvait savoir qui était-ce, il suffisait d'aller le voir. Kohaku avait insisté à l'accompagner tandis que Shippo mettait les enfants à l'abri. Après tout, elle ne savait pas à quoi s'attendre. Enfin pas vraiment.
Elle avait préféré laisser AhUn plus bas aux abords de la forêt, pour éviter de faire plus de bruit que nécessaire. Elle remerciait silencieusement l'esprit du vent qui soufflait contre elle et Kohaku, évitant ainsi de se faire sentir par le yokai. Cela avait fonctionné jusqu'à un certain point, il avait fini par repérer son approche et commençait à partir. Rin tira, espérant le retenir juste un court instant pour qu'elle sût enfin qui il était. Celui qui la suivait depuis tant de temps, sans jamais chercher à l'attaquer, elle la porteuse du Shikon no Tama. Celui qui n'était autre que Sesshomaru.
S'était-elle attendue à le revoir ? Comment pouvait-elle réprimer ce sentiment de joie en le revoyant ? Etait-ce trop espérer qu'il voulût encore d'elle pour voyager à travers le pays comme avant?
Ces émotions s'étaient bousculées dans son cœur et surtout heurtées à un mur de glace. Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi ne la regardait-il même pas ? Il n'était pas aussi indifférent qu'il le prétendait, elle pouvait voir son aura se mouvoir selon des émotions qu'il devait être le seul à comprendre.
Elle voulait à tout prix avoir une réaction de lui, n'importe quelle réaction. Cela aurait signifié qu'elle existait pour lui. Mais elle ne récolta que son silence, son imperturbable silence, aux questions qu'elle avait, aux sentiments tempétueux qu'elle vivait.
Elle eut mal, au plus profond de son être. Elle revivait les instant après la bataille contre Naraku, quand Sesshomaru la qualifia de fardeau et la rejeta. Des larmes qu'elle ne gardait que pour la nuit, emplirent ses yeux, et quand il partit sans un regard, elle fit la seule chose qu'elle avait à faire. Elle s'enfuit. Peut-être que si elle s'éloignait, elle pouvait mettre de côté cette douleur qu'elle ne voulait pas ressentir, mais qui était là malgré tout. Elle voulait oublier cette peine, elle voulait oublier que son cœur battait furieusement contre sa poitrine.
Et quelque chose qu'elle n'avait ressentie qu'une fois auparavant se produisit. Le Shikon no Tama pulsa péniblement dans son cœur, commandé par une aura extérieure et maléfique.
'Cela faisait longtemps, Rin.'
Une voix profonde et identifiable entre toute s'éleva de son cœur, venant d'au-delà du Shikon no Tama. C'était Naraku.
Non, non…
Elle porta sa main sur son cœur espérant sans y croire que cela estomperait la douleur, et la ferait taire. Le fairait taire.
'Tu es toujours aussi naïve après ces années quelques années passées auprès de Kikyo, Rin-chan.'
« Naraku… » ne put-elle que murmurer.
Elle crut un instant que Kohaku lui parlait, ses mains posées sur ses épaules. Elle était pourtant immergée dans le fin fond de son cœur, là où se tenait Naraku.
'Pauvre Rin-chan, tu ne te remets pas de mon retour, n'est-ce pas ? Croyais-tu vraiment que j'allais te laisser en paix avec le Shikon no Tama ?
' Comment ? Comment arrives-tu à m'atteindre ? La perle est toujours pure.
' Oui, ton énergie vitale est puissante, répondit-il, je dois le reconnaître. Comme ta dernière démonstration avec le kazaana l'a révélé, tu apprends vite. Mais tu ne comprends pas toute l'étendue du pouvoir du Shikon no Tama. Je suis le seul à l'avoir fait.'
Rin essaya d'avaler tout ce qu'il lui disait, mais plusieurs questions se bousculaient dans sa tête.
' Pourquoi maintenant ? Pourquoi, Naraku ?
' C'était le moment idéal. Cela fait un certain temps que je t'épie, et que j'attends le jour où ton cœur sera affaibli. Je n'ai pas eu à attendre longtemps en fait. La force de ta tristesse pouvait m'atteindre à travers la perle, malgré la distance qui nous sépare. Tu es très… émettrice quand il en vient de tes sentiments. Les humains sont par nature tellement émotionnels. Mais toi, tu es particulière, n'est-ce pas. Tu es complètement guidée par tes émotions. Tu es le Nigimitama.
' Laisse-moi !
' Et laisser l'occasion de te prendre ce qui me revient de droit ? Allons Rin, tu me connais bien mal.
' Que veux-tu ?
' N'est-ce pas évident, Rin-chan ? Le Shikon no Tama et ta vie. Celle de Kikyo aussi et de mes autres ennemis accessoirement. Mais la tienne me suffira pour aujourd'hui. Je t'ai envoyé un cadeau, pour nos… retrouvailles. Une surprise intéressante…
' Une surprise ?'
Un rire sadique résonna dans son cœur.
'Une armée de yokai se dirige vers ton précieux village, et anéantira tous ses habitants avant de te tuer. Ce qu tu as pu rencontrer avec le kazaana n'était qu'une goutte d'eau dans une rivière.'
Rin projeta son esprit au-delà de la plaine, à travers toute la contrée cherchant à s'assurer qu'il lui mentait. Ce n'était pas le cas, car lointainement, elle sentait un youki qui s'approchait. A cette distance, elle n'aurait jamais pu sentir une menace mineure, mais là… Il compte vraiment le faire. Elle devint terrifiée. Les yokai détruiraient tout ce qui se trouverait sur leur passage, bien avant d'arriver au village. Elle devait faire quelque chose, et vite. Même si… même si je dois en payer le prix…
'Quel courage, dit Naraku avec sarcasme.
' Tais-toi !'
Rin siffla AhUn, et se mit à courir, esquivant Kohaku puis le repoussant derrière une barrière, contre laquelle il percuta. Pardonne-moi Kohaku-kun.
« AhUn ! »
Son ton était désespéré, urgent, mais elle n'avait pour l'instant que faire si toute la vallée l'entendait. Le dragon à deux têtes galopait près d'elle, et elle le monta sans arrêter sa course. Elle remerciait mentalement la personne qui avait choisi des hakama pour les miko. Il aurait été impossible de monter AhUn dans un kimono.
'Tu te jettes dans la gueule du loup, Rin ?'
Rin ignora Naraku, cette fois-ci, guidant AhUn vers la source de danger, et les forçant à voler au plus vite. D'une main, elle récupéra son arc coincé sur son épaule puis une flèche de son carquois. C'était Kikyo qui lui avait conseillée d'être toujours armée, même durant les temps paisibles. Rin était soulagée d'avoir écouté son conseil. A l'époque, elle avait eu l'impression que c'était aller à l'extrême.
La douleur qu'elle ressentait à la poitrine s'était atténuée, comme si Naraku n'essayait plus de la joindre par le Shikon no Tama. Peut-être parce qu'il lui était difficile pour lui de l'atteindre. Peut-être parce qu'elle commençait à s'adapter à sa présence, à sa plus grande horreur. Rin ne voulait pas être habituée à Naraku, jamais. Elle n'avait qu'un moyen de le savoir, et c'était d'atteindre Naraku par la même entrée qu'il avait utilisé : le Shikon no Tama.
'Naraku ?'
C'était stupide, elle aurait dû être soulagée de se retrouver enfin seule, et sans peine. Mais elle chercha quand même, par delà la perle au centre de son cœur, dans un lieu insoupçonné enfoncé dans les ténèbres. De douloureuses ténèbres.
'Ta place n'est pas ici, Rin.' Il sembla à Rin que les pensées de Naraku n'étaient pas aussi triomphantes, maintenant qu'elle était dans son esprit.
' Tu gaspilles l'énergie que tu pourrais préserver pour ce combat. Tu es donc si stupide ?
' C'est donc aussi difficile pour toi que pour moi, dit-elle en ignorant sa remarque. Cette communication, par le Shikon no Tama ?
'Idiote ! Ne me sous-estime pas !
' Ne me sous-estime pas non plus, Naraku. C'est une erreur que tu n'as cessé de faire depuis notre première rencontre.'
Sans attendre sa réponse, Rin s'arracha de cette étrange conversation, tournant son esprit vers ce qu'elle devait affronter. Mais autre chose attira son attention. Des présences la suivaient, dont l'une qu'elle avait appris à identifier depuis peu : Sesshomaru. Mais pourquoi ? Pourquoi après s'être montré aussi froid envers moi ? Il n'était pas le seul. A bonne distance, elle percevait Inuyasha et Kikyo, et plus loin encore, Kohaku, Miroku et Kagome, venant sans doute de juste débarquer de son époque, volaient sur le dos de Kirara.
Elle secoua la tête. Ce n'était pas ce qui était derrière qui devait l'intéresser, mais bien ce qui était devant elle. AhUn ne ralentirent jamais. Cela ne suffit pas à semer Sesshomaru et les autres qui ne perdaient pas de terrain. Elle encouragea le dragon à tenir bon, et puisa un peu dans son énergie pour l'aider. Elle ne pouvait pas se permettre de les laisser se fatiguer et ralentir.
Elle n'aurait su dire combien de temps elle avait forcé AhUn à maintenir cette allure, quand elle commença à distinguer une masse noire recouvrant le ciel, comme un immense nuage. Le youki d'une puissance qu'elle n'avait que rarement senti, lui confirmait qu'elle avait à faire à des démons. Beaucoup de démons.
Ils volaient droit vers elle, rapidement, leur force maléfique se répandant en vague sur la contrée. Rin ne préférait pas imaginer les dégâts et la panique que ce nuage sombre de yokai engendrerait. Les conséquences seraient catastrophiques.
Rin se concentra et commença à puiser dans l'énergie de la perle du Shikon. Bientôt elle serait suffisamment proche pour attaquer les hordes de démons dont elle commençait à percevoir les cris sauvages.
L'allure d'AhUn ralentit et Rin en profita pour se mettre debout sur la selle, en veillant à se mettre pieds nus pour être plus stable. Garder l'équilibre n'était pas chose facile, mais elle tenait parfaitement sans ses sandales. Tout était une question de confiance en soi d'abord, et en AhUn. Pendant toutes ses années, une complicité s'était formée entre elle et le dragon. AhUn lui rendaient bien la foi qu'elle avait en eux, ils n'avaient pas hésité à l'amener là où elle voulait, aux portes de l'enfer.
Rin encocha une flèche à son arc, plaçant lentement, mais sûrement la puissance du Shikon no Tama à sa pointe. C'était toujours la même technique : canaliser l'aura magique qui circulait dans son corps vers l'objet inanimé qui purifierait les démons. Pourtant c'était la situation la plus difficile dans laquelle elle s'était retrouvée. Il lui fallait autant d'énergie que lors de sa tentative échouée de fermer le kazaana, sans se permettre d'attendre une demi-journée.
Plus ses forces s'assemblaient, plus la distance qui la séparait des démons diminuait. Elle n'avait qu'une seule flèche pour les purifier, après, elle n'aurait plus de temps de concentrer la puissance nécessaire. Elle n'avait pas le droit à l'erreur.
'Rin, as-tu la prétention de les vaincre ? De me vaincre ?'
Elle préféra ignorer Naraku. Il voulait la déstabiliser, purement et simplement. L'emprise qu'il avait sur son cœur la gênait, comme un étau cherchant à l'étouffer, mais elle refusait de le laisser faire. Ou pire d'être en proie à la peur qu'elle ressentait.
Elle commença son décompte.
Un…
Elle inspira doucement l'air frais de l'altitude. Bientôt elle allait tirer. Elle pouvait distinguer les formes des démons qui se détachaient de cette masse horrible, leurs cris clamant leur soif de sang, et sa mort.
Deux…
Ils étaient à quelques dizaines de mètres. AhUn hennirent avec inquiétude.
Trois.
« Maintenant ! »
La décharge de pouvoir concentrée dans la perle, et dans la flèche tirée, portée par la force inattendue du vent, s'intensifia. Rin accompagna la vitesse de la flèche, maîtrisant sa trajectoire, concentrant son énergie, et fendant les premières lignes de démons qu'elle rencontrait. Puis elle explosa, purifiant le ciel de sa lumière mauve, aussi brillante et aveuglante que le soleil pour quiconque n'étant pas Rin.
Tout fut alors fini, et la première chose qui marqua Rin était le silence, qui avait remplacé la cacophonie gutturale des démons. Le ciel était à nouveau pur, infiniment bleu là où il n'avait été que ténèbres.
Et malgré sa victoire, Rin se sentit perdre, écrasée par une immense fatigue. Elle vacillait et tombait, elle volait, l'air frais du ciel la caressait et l'accueillait vers l'obscurité qu'offrait l'inconscience des rêves. Là où l'attendait la mort.
Inuyasha courait comme jamais, suivant de loin la boule de lumière bleutée qui correspondait à la forme de son demi-frère. Cela faisait un moment qu'ils poursuivaient Rin, et sans le sérieux de la situation, Inuyasha aurait été sans doute mal à l'aise d'avoir sur son dos, non pas Kagome comme à l'accoutumée, mais bien Kikyo. C'était presque comme autrefois, quand il l'aidait à vaincre les yokai qui voulait s'emparer de la perle. Et même en un moment pareille, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle était la femme qu'il aimait, comme l'était Kagome.
Même avec sa vue de Hanyo, il distinguait à peine Rin, identifiable comme un point sombre sur le fond bleu du ciel. Kikyo avait annoncé que Rin se lançait contre une marée de yokai. Malgré sa voix froide, Inuyasha savait que Kikyo était inquiète. Il connaissait la miko mieux que n'importe qui, avec peut-être Kaede et Rin.
Ils n'étaient pas les seuls dans cette poursuite. Les odeurs de Kagome, Miroku, Kohaku et Kirara lui étaient parvenues. Kohaku n'avait pas obéi à son ordre de rester au village après avoir averti les autres. C'était vrai que Sango était la seule à avoir de l'autorité sur le garçon, et peut-être Miroku aussi. Pourtant Inuyasha en avait bien assez d'avoir déjà Rin se jeter la tête la première contre une armée de yokai. Le garçon pouvait être tout aussi stupide, et si Naraku était impliqué…
Tenir l'allure de Sesshomaru et d'AhUn n'était pas facile, et Inuyasha, malgré toute la volonté du monde commençait à perdre de la distance. Satané Sesshomaru ! C'était de sa faute. Il n'aurait pas pu laisser à Rin un poney plutôt qu'un dragon ? Non, c'était trop difficile. Monsieur-je-suis-le-yokai-le-plus-puissant-qui-existe veut voir les choses en grand, et offre plutôt un dragon.
Ce qui fit tourner le cours de ses pensées sur son demi-frère. Sesshomaru s'était précipité à la poursuite de Rin, après l'avoir rejetée à nouveau. Sesshomaru s'intéressait encore au sort de Rin, c'était évident, mais il ne voulait pas l'admettre. Inuyasha ne pouvait pas prétendre qu'il comprenait Sesshomaru, et encore moins son comportement avec Rin.
Il disait mépriser les humains, mais avait veillé pendant deux ans sur une humaine, après l'avoir fait ressuscitée. Il l'avait laissée finalement à Kikyo, mais pour la suivre encore aujourd'hui. Et la liste pouvait être longue. Ses mots, son attitude étaient cruels, et pourtant le jour de leur séparation, l'affection que ressentait Sesshomaru pour Rin était subtile, mais présente. Il suffisait de voir la façon dont il caressait distraitement les cheveux bruns de Rin ou l'intonation légèrement moins froide quand il lui adressait la parole. Sesshomaru étaient pleins de contradictions quand il en venait à Rin, et Inuyasha perdait son temps à essayer de l'analyser.
Il ramena ses pensées vers l'horizon. Là où s'amoncelait un nuage, sombre et immense, dans lequel Rin semblait prête à foncer, comme indifférente au youki maléfique qui s'y dégageait. Le courage de cette gamine tourne vraiment à la stupidité, à foncer dans le tas comme ça. Inuyasha préféra ignorer la petite voix qui lui murmurait qu'à sa place, il aurait fait la même chose.
« Elle ralentit, » dit soudainement Kikyo.
Inuyasha ne distinguait qu'avec peine la petite forme plus claire de Rin sur le fond sombre qui correspondait aux yokais. De toute façon, il avait confiance au jugement de Kikyo.
« Elle va bientôt attaquer ? demanda Inuyasha.
- Oui, nous n'avons pas de temps à perdre, Inuyasha. »
Inuyasha sentit Kikyo préparer son arc et une flèche, et Inuyasha accéléra son allure, encouragée par les derniers instants qu'ils leur restaient avant que quelque chose de terrible ne se produisît. Mais il y avait encore une question qui dérangeait Inuyasha.
« Kikyo, si c'est vraiment Naraku qui a manigancé tout ça… Comment Rin peut le savoir ?
- Je ne sais pas, Inuyasha. Mais je doute que ce soit une bonne chose. »
Inuyasha n'ajouta rien, mais était d'accord avec Kikyo. Si Rin pouvait deviner d'autres évènements de ce genre, cela pouvait s'avérer utile à l'avenir, mais désagréable pour Rin. Ou peut-être pas. Elle pouvait aussi avoir un don pour lire le futur ou autre chose dans le même genre. C'était ce qu'il y avait de plus probable, et de plus réconfortant surtout.
Une explosion de lumière purificatrice éclata dans le ciel. Rin avait tiré. Même après l'avoir déjà vu à l'œuvre face au kazaana, Inuyasha était impressionné de voir une telle puissance dans une toute petite jeune fille comme Rin. Une toute petite perle comme le Shikon no Tama. La lumière devint plus aveuglante que le soleil, forçant Inuyasha à fermer les yeux.
Lorsqu'il les rouvrit, c'était pour voir que là où s'était tenue une nuée de yokai, il ne restait plus que l'azur du ciel. Il arrivait à distinguer la silhouette droite de Rin sur le dos d'AhUn, son arc à la main. Elle avait gagné, par une victoire écrasante sur ces démons, sur Naraku peut-être.
Il allait se réjouir, mais il la vit lentement tomber d'AhUn, son corps effectuant une arche gracieuse dirigée vers la terre, les bras écartés. Elle allait s'écraser.
« Rin ! » cria Inuyasha.
Il savait que cela ne servait à rien, que ni lui, ni même AhUn ne réussirait à la sauver de sa rencontre violente avec le sol. Il n'abandonna pas pourtant, courant comme si sa vie en dépendait.
Une boule de lumière bleutée qu'il avait oublié surgit dans son périmètre de vision, lui donnant encore espoir. Dépêche-toi Sesshomaru ! Il volait plus vite qu'Inuyasha l'en aurait cru capable, et récupéra la jeune fille avant qu'elle ne touchât le sol.
Sesshomaru se posa en reprenant sa forme habituelle. Il ne lâcha pas Rin, même lorsque Kikyo descendant de son dos, alla l'examiner au creux du bras de Sesshomaru. Inuyasha s'approcha, ignorant son frère dont le regard furieux lui disait de ne pas approcher ou de ne pas poser de questions sur la raison qui le poussait à tenir Rin contre lui. Ou peut-être autre chose encore, Inuyasha s'en moquait.
« Kikyo ? » demanda-t-il.
Rin était pâle, et seule le faible bruit des battements du cœur de Rin, assurait Inuyasha qu'elle était toujours en vie.
Kikyo ne répondit pas. Elle restait impassible sous le regard de Sesshomaru qui semblait surveiller le moindre de ses faits et gestes. Il n'avait visiblement pas confiance en Kikyo. Et il a laissé Rin à sa garde. Inuyasha se demandait ce qu'il le retenait de frapper son demi-frère.
« Inuyasha ! » appela Kagome.
Les autres arrivaient. Miroku et Kohaku furent les plus prompts à sauter de Kirara pour les rejoindre. Ce fut pourtant Kagome qui parla en premier.
« Kikyo, comment va-t-elle ? Nous avons eu si peur quand nous l'avons vue tomber.
- Elle est hors de danger, répondit non pas Kikyo mais Miroku. La douleur à ma main droite a disparu. »
Sesshomaru souleva un sourcil, ce qui réjouit Inuyasha. Le bâtard se demandait sans doute ce que la déclaration de Miroku voulait dire, et lui, Inuyasha, savait quelque chose que le soit disant grand Taiyokai ignorait. Dommage qu'il était bien trop fier pour poser une question. Inuyasha se serait fait un plaisir d'étaler ses informations. Ou peut-être pas. Sesshomaru était très bien en restant dans le flou total.
Le lien entre Rin et les porteurs du kazaana était quand même étrange. Ils en avaient plus ou moins compris les grands principes lorsque Rin avait tenté de refermer le kazaana de Miroku. Il semblait que si Rin – ou plutôt la perle, était en danger, une douleur se manifestait au creux de la main de Miroku et de ses enfants. Il y avait tout de même un avantage. Si Rin était en danger, ils pouvaient essayer d'intervenir. Vu son caractère, ce ne serait pas du luxe.
« Elle est pourtant épuisée, finit par dire Kikyo. Elle n'est pas encore habituée à drainer autant d'énergie. Si elle n'est pas prudente, elle risque de se tuer.
- Kikyo-sama, dit Miroku, nous allons l'emmener au village pour qu'elle se repose. »
Miroku hésita.
« Peut-être souhaiteriez-vous l'accompagnez, Kikyo-sama ? Et vous aussi Sesshomaru ? »
Un silence pesant tomba. Inuyasha ne savait pas ce qu'il le retint de frapper Miroku. Inviter Kikyo et Sesshomaru. Kikyo allait encore, il pouvait toujours s'absenter du village tant qu'elle et Kagome y resteraient. Mais Sesshomaru…
Sesshomaru n'accorda même pas un regard à Miroku et marcha résolument vers AhUn. Il déposa Rin sur le dos du dragon, allongée sur le ventre. Les bras et jambes de la jeune fille pendaient des flancs du dragon.
« Je n'ai que faire de la vie d'une humaine, répondit Sesshomaru quand il eut fini.
- Ah ouais ? » défia Inuyasha.
L'hypocrisie de son demi-frère le fit enrager.
« Alors pourquoi tu lui sauves la vie ? C'est trop dur d'admettre qu'une humaine pourrait compter pour toi ? »
Sans qu'il n'eût le temps de se préparer, Inuyasha sentit qu'il était soulevé du sol par une main qui comprimait sa gorge avec force. Le regard de Sesshomaru perdait sa teinte dorée noyée par son sang de démon.
« Inuyasha ! » cria Kagome.
Il aperçut Kikyo prendre une flèche et l'encocher, mais il braqua son attention sur la chaîne d'un scythe qui s'était enroulé sur le bras de Sesshomaru.
« Ko…haku, parvint à articuler Inuyasha malgré la douleur, reste… en dehors de ça… »
Miroku s'interposa entre eux.
« Sesshomaru, je vous en prie, je ne crois pas que Rin soit une raison suffisante pour tuer votre frère.
- Demi… frère, » précisa Inuyasha avec difficultés.
C'était idiot d'ajouter cela à un moment pareil, Inuyasha commençait réellement à manquer d'air. Mais il avait sa fierté surtout face à Sesshomaru.
Les yeux de Sesshomaru reprirent leur couleur habituelle d'or froid, et le relâcha. Inuyasha tomba sur le sol avec disgrâce. Il se massa doucement le cou, mais remarqua que ce n'était pas fini. Sesshomaru fixait d'un air glacial Kohaku qui n'avait pas relâché le bras de Sesshomaru emprisonné dans sa chaîne. Le jeune homme ne semblait pas incliné à le faire d'ailleurs.
« Kohaku, dit Miroku, Rin ne voudrait pas cela. »
Inuyasha fut un peu surpris. Qu'est ce que la volonté de Rin pouvait bien faire dans l'histoire ? A moins que Kohaku…
Le jeune homme parut gêné, et récupéra son arme, libérant le bras de Sesshomaru. Même si Sesshomaru avait toujours eu le dessus dans cette confrontation. Kohaku n'avait jamais eu aucune chance face à lui.
« Il a blessé Rin et tenté de tuer Inuyasha, murmura Kohaku. Pourquoi devrait-il s'en sortir ?
- Parce qu'il a aussi sauvé Rin, et surtout parce que tu as une dette envers lui, dit Miroku.
- Je ne lui dois rien ! Shippo et Sango m'ont toujours dit qu'il m'a fait ressuscité seulement à cause de Rin.
- Alors si tu le crois, répondit Miroku, fais-le pour Rin. Tu sais qu'elle serait triste si tu devais mourir bêtement aujourd'hui… Ou si quelque chose arrivait à Sesshomaru. »
Kohaku se tut. Le garçon avait sans doute été convaincu par Miroku. Inuyasha, pour sa part, doutait que Rin fût aussi complaisante avec Sesshomaru après la façon dont il l'avait rejetée. Mais qui sait avec cette petite ? Miroku la connaissait mieux que lui.
Sesshomaru fit demi tour vers un but que lui seul connaissait, puis s'arrêta. Il regarda Kikyo par-dessus son épaule.
« Miko, est-ce que Naraku était bien derrière cette attaque ? »
Son ton commandait une réponse, et Inuyasha voulait frapper son demi-frère en pleine face. Il n'avait pas à s'adresser de la sorte à Kikyo. Elle répondit avant qu'Inuyasha exprimât sa façon de penser.
« La méthode évoque celle de Naraku. Des Saymyochos étaient présents, malgré l'absence du youki de Naraku. Il se cache encore. Mais il semblerait que Rin pense qu'il est impliqué, et j'ai confiance en son jugement. Nous en saurons sans doute plus quand elle sera réveillée. »
Sans en attendre plus, Sesshomaru se transforma en boule d'énergie, et s'envola.
« Maudit bâtard, dit Inuyasha quand il fut parti.
- Inuyasha, dit Kagome en le frappant sur la tête. Parle un peu moins fort ! S'il t'entendait, il serait bien capable de te tuer pour de bon, cette fois-ci.
- Bien qu'il s'amène, j'ai pas peur de lui !
- Inuyasha, osuwari ! »
Inuyasha sentit le sol, bien avant de le voir. Aïeuh… Il détestait quand elle faisait cela.
« Miroku a eu suffisamment de mal pour vous empêcher de vous entretuer, alors ne complique pas les choses, dit Kagome.
- Ka-go-me… Tu me le payeras un jour…
- En attendant, coupa Miroku, nous devrions y aller. Rin a besoin de repos, et ce n'est pas sur le dos d'un dragon qu'elle dormira le mieux »
Les deux têtes du dragon en question regardèrent furieusement le moine qui comprit qu'il était dans une situation embarrassante. AhUn avaient apparemment un aussi mauvais caractère que Sesshomaru.
« Heu… Ce n'était pas contre vous, AhUn, dit Miroku en essayant vainement de paraître innocent. Je ne me permettrais pas de vous insulter, je vous assure… »
Les deux têtes du dragon fixèrent furieusement Miroku, avant de lui souffler au visage. Au grand soulagement de Miroku, le dragon alla rejoindre Kikyo.
« Il est temps d'y aller, » dit cette dernière.
Kikyo monta sur AhUn derrière Rin et releva la jeune fille dans une position assise entre ses bras. Kohaku, Miroku et Kagome montèrent sur le dos de Kirara. Il ne restait plus à Inuyasha qu'à les suivre et à espérer que tout irait bien avec Kikyo et Kagome au village.
Non, décida-t-il en courant à la suite des autres, vaut mieux pas y penser.
Rin rêvait ce rêve qu'elle aurait tant aimé oublier, mais qui la hantait depuis plus de sept ans à présent. Elle rêvait du jour où elle perdit tout ce qui lui avait été précieux, sa vie avant qu'elle ne devînt orpheline. Toujours dans ce rêve, les mêmes scènes, les mêmes gestes, les mêmes paroles se répétaient, de la même façon que cette nuit là. Cette terrible nuit d'hiver, imprégnée de sang. De son sang.
Mais il y avait quelque chose de différent cette fois-ci. Elle n'était pas seule, comme toutes ces nuits où elle revivait le cauchemar où tout avait commencé. Non, il était là, compagnon silencieux de son âme.
Rin ou plutôt la Rin âgée de six ans entra dans la maisonnée, la tête trempée par de la neige.
« Maman, maman! Tu as vu ? Il neige, dit-elle en riant, j'adore la neige !
- Rin-chan, tu es trempée, réprimanda sa mère avec douceur. Tu vas tomber malade. »
Même dans son rêve, Rin pouvait voir que sa mère était toujours aussi belle. Sa magnifique chevelure était enroulée en une tresse épaisse, et Rin se rappelait des soirs lorsqu'elle les bordait, elle et Haru, elle glissait ses doigts entre les mèches soyeuses et sombres des cheveux de leur mère qu'elle laissait libres pour dormir. Ses yeux pleins de son amour maternel offraient toute la douceur nécessaire pour réchauffer le monde et éclairer les nuits les plus froides d'hiver. Surtout quand elle irradiait de cette petite vie qui arrondissait légèrement son ventre. Elle n'avait jamais été aussi belle qu'à ce moment là, où ils étaient tous heureux. Pour la dernière fois.
Elle essuya la tête de la petite fille Rin qui rit quand sa mère commença à la chatouiller. Rin, celle qui observait la scène, sourit, touchée par le bonheur de cet instant et espérant que ce qui allait suivre ne viendrait finalement pas.
'On ne peut pas arrêter le cours du temps,' dit son compagnon dont la silhouette sombre et grande se tenait près d'elle.
Il n'y avait ni rancune ni méchanceté dans ses paroles, à la surprise de Rin. Il n'offrait pas de réconfort non plus.
'On ne peut s'empêcher d'espérer,' lui répondit-elle.
La porte s'ouvrit brusquement, allant jusqu'à claquer contre le mur. Le vent glacé d'hiver qu'elle ne sentait pas, s'engouffra dans la maison faisant ciller le feu de l'âtre.
« Maman ! cria Haruki. Des bandits sur la route ! Papa veut que vous vous réfugiez dans le garde-manger. »
Haru était essoufflé, mais ce qui marquait Rin, même après toutes ses années, c'était son expression terrifiée.
'C'est la seule fois où j'ai vu Onichan avoir peur…
' Il y a une première fois à tout,' dit son compagnon.
Sa mère s'agenouilla devant la petite Rin, et la regarda dans les yeux.
« Rin, tu vas rester cachée dans le garde-manger. Promets-moi que tu ne diras rien tant que tu ne seras pas en sécurité, Rin-chan !
- Mais maman, répondit-elle. Je veux rester avec toi ! Maman ! »
La petite Rin était terrifiée, et se mit à pleurer devant le regard effrayé, mais tellement déterminé de sa mère.
« Rin-chan, promets-le-moi ! »
La petite fille acquiesça, puis fut prise dans les bras de sa mère. Rin croyait se souvenir de la chaleur de sa mère quand elle la serrait contre elle, mais elle n'en était pas sûre. Cela faisait tellement longtemps qu'elle lui manquait. Elle avait peut-être oublié.
'C'est normal, Rin, dit son compagnon, le temps balaye tout, même nos plus précieux souvenirs.
'Mais je ne veux pas oublier.'
Haruki avait déplacé les plaques de bois près de l'âtre, et sa mère emmena l'enfant Rin dans la petite cache où ils mettaient la nourriture.
« Haruki, tu restes avec ta petite sœur.
- Non, maman ! Je vais me battre avec papa, répondit-il. Tu seras mieux avec Rin-chan.
- Haruki, j'irai avec ton père, alors ne discute pas.
- Mais maman ! »
Des cris sauvages d'hommes leur parvinrent de l'extérieur. Ils n'avaient plus le temps de se cacher. Malgré les protestations de leur mère, Haruki refermait les plaques au-dessus de la tête de Rin, un regard apeuré mais ferme, comme un adieu, qui resta gravé dans la mémoire de Rin. Lorsqu'il plaça la dernière plaque, la porte s'ouvrit avec fracas.
De sa cachette, Rin apercevait la scène entre les lames de bois mal fixées. Sa mère était debout et droite tenant son fils contre elle quand le bandit entra. Pour la première fois dans ce rêve, Rin distingua le visage de sa mère, ferme et calme dont seuls les yeux trahissaient sa peur.
'Elle était belle, fière, dit son compagnon, indomptable. J'aurais dû la prendre sur le moment, mais ce n'était sans compter sur ton père.'
Rin vit son père passer difficilement l'embrasure de la porte. Il était blessé déjà, du sang maculait son flanc et ses mains.
« Kisara, sauve-toi ! » cria-t-il à sa mère.
Son père tenta de prendre le bandit par derrière, mais il n'était pas un guerrier. Le bandit anticipa son attaque, et le frappa d'un coup de poing au visage. Il tomba au sol.
'C'était un imbécile, dit son compagnon. Il ne savait même pas se défendre, et encore moins ceux qu'il aimait…
« Hiroshi ! cria sa mère.
- Papa ! »
Rin ne disait rien, elle avait promis, elle avait promis de ne rien dire.
'… et il en mourut.'
Le bandit dont elle ne voyait pas le visage caché par le sombre rideau de ses cheveux ondulés, tira son épée, et l'enfonça dans le coeur de son père, avec un bruit immonde qui glaça Rin. Papa…
« Non, Hiroshi ! »
Il y avait des larmes déchirées dans la voix de sa mère. Une indicible peine.
Haruki voulu se débattre pour se précipiter sur l'homme, mais leur mère le retenait très fort contre elle.
« Je vous en prie, implora-t-elle, faites ce que vous voulez de moi, mais épargnez mon fils. »
Elle leva un regard désespéré au bandit, des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues pâles.
'Elle s'offrait à moi en l'échange de la vie de son fils, reprit son compagnon. Elle avait lu dans mes yeux que je la voulais dès que mon regard se posa sur elle. Car elle était belle, fière et indomptable. Comme celle que j'avais aimée autrefois.'
Rin ne dit rien. Elle n'en avait pas le droit, elle n'était pas en sécurité.
'Le seras-tu jamais ? lui demanda son compagnon.
' Je l'ai été une fois,' finit-elle par dire.
Il ne chercha pas à en savoir plus, ou peut-être savait-il déjà de quoi ou plutôt de qui elle parlait. Ils se retournèrent vers la scène de leur passé.
'J'aurais sans doute accepté sa requête, et laisser vivre son fils, pour un baiser de ses lèvres et plus, pour dompter l'indomptable... Car indomptable, elle l'était, et son fils tout autant.'
Haruki s'arracha de l'étreinte de sa mère, et se jeta contre le bandit.
' Lui aussi ne savait pas battre, et il mourut aussi pathétiquement que son père.'
Rin savait qu'elle pleurait. Il trancha la tête de son frère. Haru…
Le bandit s'approcha de la femme qui s'était agenouillée auprès des corps de son fils et de son époux. Ses bras la soutenaient, ses épaules secouées par des sanglots silencieux.
'Maman aimait son époux plus que tout, et son fils de tout son cœur, dit Rin. Nous étions heureux…'
L'homme prit doucement le menton de la femme dont il avait brisé la vie, et la regarda dans les yeux. Il n'y avait pas de haine dans son regard, de la douleur, mais pas de haine.
'Pourquoi ne me haïssait-elle pas ? Pourquoi elle réussissait à me toucher comme cela ? Même ainsi, aux portes de l'enfer, elle était belle, fière, indomptable, dit son compagnon.
'… et tu m'a volé mon bonheur, dit Rin. Tu m'as volé ceux que j'aimais…
' Et parce qu'elle était belle, fière et indomptable, et qu'elle se savait incapable de se défendre, elle fit la seule chose qui m'interdit à tout jamais de l'avoir…
'… de tout mon cœur.
' Elle se tua.'
La femme prit la main du bandit qui tenait encore le sabre qui avait tué le seul homme qu'elle avait aimé et son fils aîné, et l'enfonça dans son propre cœur. Maman…
Le bandit parut surpris lorsqu'une expression de douleur occupa le visage de la femme, de la mère. Elle relâcha la main de l'homme, et glissa de la lame qui lui volait la vie. Sa tête vint se reposer sur le torse de son époux, ses yeux se voilèrent puis se fermèrent vers le long sommeil paisible de la mort.
'Je ne voulais pas sa mort, mais elle avait choisi son destin, cette femme belle, fière et indomptable.'
Un autre bandit débarqua et jeta un regard presque dégoûté sur la scène.
« Tu t'es bien amusé, cracha-t-il. Dépêche-toi des villageois s'amènent. »
L'homme ne bougea pas immédiatement, regardant le corps de cette femme qui avait choisi la mort à l'enfer. A croire que la mort aidait à oublier.
'A cette époque, reprit son compagnon, je m'étais rangé, et n'allait plus marauder dans les villages comme avant. Pourtant, parfois, le désir du mal rugissait en moi, et je sentais ce besoin irrépressible de piller, tuer, et violer.
' Et c'est ainsi que nous nous sommes pour la première fois rencontrés,' dit Rin qui continuait de pleurer.
L'homme tourna son visage vers la petite fille, dont il apercevait les yeux sombres entre les fentes des lattes de bois. Elle put alors distinguer les traits de l'homme. Son visage encadré par des longs cheveux sombres, aurait pu être beau, s'il n'avait pas été aussi froid et dénué de toute humanité. C'était pourtant ses yeux bruns qui marquèrent Rin, comme s'ils auraient dû être de la couleur du sang qu'il avait répandu. La couleur de l'enfer.
« T'as trouvé quelque chose ? dit le bandit à l'embrasure de la porte.
- Non, répondit l'homme. Rien qui n'en vaille la peine. »
'Combien j'avais tort,' dit son imperturbable compagnon.
« Brûlons cette maison, et les rats qui l'occupent, » annonça-t-il.
L'homme fixa le regard de Rin pendant encore un instant, puis prit un fagot de l'âtre qu'il jeta dans le tas de couverture.
'Je savais que tu étais là, cachée sous ces lattes de bois. Mais je n'ai su que plus tard que c'était toi.'
Le feu prit vite, et il sortit de la maisonnée.
L'enfant Rin émergea de sa cachette, indifférente aux flammes qui avalait sa maison. Elle s'agenouilla silencieusement près des corps de sa famille.
'Il m'a fallu ta présence pour comprendre que c'était toi qui avait tué ma famille… Naraku.'
Rin ferma les yeux pour se retrouver à l'extérieur de la maison en feu, là où la neige d'hiver tombait. L'enfant Rin, courbée dans la neige, regardait sa vie brûler par les flammes de l'enfer. Elle avait perdu tout ce qui avait été important pour elle. Tout ce qu'elle aimait. La neige tombait, moqueuse et froide, et recouvrait la petite fille silencieuse d'un linceul blanc. Des ombres se muaient autour d'elle, mais elle ne les voyait pas. Elle ne pleurait pas. Le ciel de la nuit d'hiver pleurait pour elle des larmes glacées.
' C'est à partir de ce jour-là que j'ai détesté l'hiver, que j'ai détesté la neige…
' Comment as-tu survécu ? demanda son compagnon.
' Des villageois sont entrés dans la maison malgré les flammes. Et ils m'ont trouvés et m'ont prise. Je voulais… tellement rester avec ma famille…'
Le claquement du feu était le seul son qu'ils entendaient, l'un à côté de l'autre, compagnons et ennemis.
' Ils me manquent, papa, Haru, maman,… Pourquoi m'a-t-elle laissée ? Elle aurait pu vivre.'
Pourquoi lui disait-elle cela ? Naraku était son ennemi dans la réalité. Mais peut-être que dans le monde des rêves, il ne l'était pas. Peut-être qu'ici, il n'y avait pas de mal ni de bien, et qu'ils pouvaient coexister.
' Elle savait que tu tiendrais ta promesse et te croyais en sécurité…
' Tu ne m'as pas exécutée alors que tu savais que j'étais là… Parce que c'était sa volonté ?
' Tu lui ressembles, tu sais… belle, fière et indomptable…'
Elle ne répondit pas et il continua.
' Peut-être qu'un jour, ce sera mes souvenirs que nous visiterons…
' Peut-être…
' Parce que, vois-tu, je serais toujours en toi, Rin.'
Il disparut finalement, et alors que Rin émergeait vers le monde de la conscience, elle avait le sentiment que Naraku avait raison.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Rin découvrit qu'elle était dans sa chambre. Un rayon de soleil estival passait par la fenêtre et éclairait les alentours. Il devait être tard dans la matinée. Une migraine tapait contre le crâne de Rin.
« Tu es enfin réveillée, Rin ?
- Kikyo-sama ? »
Rin se demandait vaguement pourquoi la miko était à son chevet, mais la cause était facile à deviner.
« J'ai puisé trop de pouvoir, c'est ça ?
- Oui, répondit-elle. Tu dors depuis hier après-midi.
- Ca va, je commence à me remettre plus facilement. »
Sango entra doucement dans la chambre.
« Kikyo, est-ce que vous avez… Rin ! s'écria-t-elle. Tu es enfin réveillée ! »
Sango prit Rin dans ses bras, incapable de résister à l'instinct maternel qui l'habitait. Rin rendait l'affection de la taijiya qui était la seule personne qui lui rappelait sa propre mère.
Bientôt, Kohaku, Kiyoshi et Miroku entrèrent dans la chambre, sans doute alertés par le cri de Sango. Voir leurs sourires, donnait du baume au cœur de Rin, même si depuis la veille, sa vie avait complètement basculée.
Sesshomaru et Naraku. Les deux hommes qui en étaient la cause. Tous deux étaient des experts pour donner la mort. Ils étaient la mort, d'une certaine façon. Mais seul Sesshomaru s'était donné la peine de redonner la vie, parfois. Ils se ressemblaient : en perpétuelle quête de pouvoir, cruels souvent… Qu'est-ce qui les différenciait réellement ? Et pourquoi, pourquoi, elle ne ressentait pas de rancœur envers Sesshomaru ou un désir de vengeance pour Naraku, alors qu'elle en avait le droit ?
' C'est parce que tu es faible, Rin, compagne de mon âme. C'est ce qui te tuera.'
Rin ne ressentait plus de douleur quand Naraku essayait de l'atteindre à travers le Shikon no Tama.
' Tu commences à t'habituer à moi.'
Rin ne répondit pas. Il avait raison, elle s'habituait déjà. Mais cela n'avait pas d'importance, car elle se savait capable de préserver le Shikon no Tama. La présence de Naraku ne changeait rien au fait que la perle était toujours pure. Elle le maintenait hors du pouvoir de la perle, même si cela signifiait qu'une longue bataille, équivalente à celle qui continuait dans le Shikon no Tama, l'attendait.
« Jusqu'à ce l'un de nous ne meure, dit-elle à voix basse.
- Rin ? »
Elle se tourna brusquement vers l'origine de la voix. Sango la regardait avec inquiétude, comme les autres personnes présentes dans la pièce, d'ailleurs.
« Rin-chan, tu étais perdue dans tes pensées, dit Sango avec douceur. Tu ne répondais pas quand on te parlait.
- Oh, je…
- Rin-neechan, pourquoi que tu dis que tu meures ? demanda Kiyoshi ses grands yeux, s'emplissant de larmes.
- Kiyoshi-chan, ce n'est rien, je divaguais.
- Tu ne vas pas mourir, hein ? Tu me le promets ? »
Rin hésita. Elle tenait toujours ses promesses, mais celle-ci et dans une situation comme la sienne… Tout le monde devait mourir un jour, mais avec Naraku, tout était différent.
« Rin ? » demanda Miroku.
Apparemment, ils avaient tous remarqués son hésitation.
« Non, Kiyoshi, pas pour l'instant, je te le promets. »
Elle le serra contre elle, soulagée qu'il parut la croire.
« Kiyoshi-chan, dit Sango, est-ce que tu voudrais bien voir si ta sœur dors toujours ?
- Hai, okasan ! »
Le petit garçon sauta des genoux de Rin et trotta vers la porte. Quand il fut sortit, Miroku se tourna vers elle.
« Rin, ça va ?
- Oui, je… je vais bien. Que vouliez-vous me dire que Kiyoshi ne devait pas entendre ?
- Nous voulions savoir si Naraku était bien derrière cette attaque, dit Kikyo.
- Oui, Kikyo-sama. »
Je vous en prie, ne me posez plus de question, pas maintenant, j'ai encore besoin de temps. Rin se dépêcha de prendre la parole avant Miroku.
« Je crois… que j'étais tombée d'AhUn… Comment, comment ai-je été sauvée ?
- Sesshomaru t'a rattrapée, » répondit Miroku.
Sesshomaru. Il l'avait sauvée ? Pourquoi le ferait-il après l'avoir ignorée ? Il l'avait donc suivie. Mais pourquoi ? Pourquoi ?
« Rin, quand tu seras remise, dit Kikyo, nous reprendrons la route.
- Non, déclara fermement Kohaku, elle a besoin de repos et …
- Kohaku, s'il te plait, tu ne vas pas protester à chacun de mes départs, dit doucement Rin. Néanmoins… Kikyo-sama, j'aimerais rester un peu plus de temps. J'ai quelque chose à apprendre. »
Les mots de Naraku hantaient encore son esprit fatigué par les évènements récents. Il ne savait même pas se défendre, et encore moins ceux qu'il aimait… Une erreur qui avait coûté la vie à toute sa famille. Le père de Rin avait été un homme bon et généreux qu'elle aimait pour sa gentillesse. Il n'était pas soldat, seulement paysan. Rin ne permettrait pas à Naraku de la vaincre aussi facilement.
Kikyo leva un sourcil interrogateur attendant des précisions que Rin n'hésita pas à lui donner.
« J'aimerai apprendre à me battre. »
Merci à Yuki-chan, j'espère que les retrouvailles entre Rin et Sesshomaru ont été à la hauteur de tes attentes (ou peut-être pas...). Comme je l'ai écrit dans ce chapitre Rin a 13 ans. Elle grandit oui, ça va venir. Bye!
