Chapitre 5

Les histoires du passé

Fort heureusement, Kikyo accepta que Rin restât au village pour apprendre à se battre. Le tir à l'arc ne pouvait pas être suffisant dans certaines batailles, et Kikyo saisit vite cet argument au grand soulagement de Rin. Kikyo décida néanmoins de retourner vivre dans les alentours, en attendant qu'elle maîtrisa les notions de base.

Kohaku se proposa de devenir son maître en combat. Rin en était contente au départ, mais finit par être désolée d'être sa première élève. Elle était catastrophique quand elle en venait au combat rapproché. Les conseils de Sango et d'Inuyasha n'étaient pas de trop, mais elle ne progressait pas. Il y avait de quoi admirer la patience de Kohaku. Jamais il n'abandonnait, et même lorsqu'elle faisait la même erreur trois fois de suite, il prenait le temps de la corriger avec douceur.

Elle ne manquait pas de volonté, pourtant. Elle n'arrivait tout simplement pas à coordonner ses gestes quand il fallait le faire dans la violence. Si ce n'était pas pour Kohaku, elle aurait sans doute détesté apprendre à se battre. C'était un mal nécessaire pour elle, surtout avec la menace plus présente que jamais de Naraku. Mais elle ne pouvait pas oublier que la violence apportait la mort.

'Comme tant d'autres choses dans ce monde. Ne crois pas que tu es un être pur au-dessus de toutes les lois naturelles aux humains et démons.

' Tais-toi, Naraku !'

Elle détestait quand il entrait dans son esprit pour intervenir dans ses pensées. Il allait et venait dans son cœur, écoutant ses doutes et ses émotions, et elle n'avait aucun moyen de s'apercevoir de sa présence s'il ne se manifestait pas. Rin ignorait si la réciproque existait. Elle n'avait pas vraiment envie d'essayer.

« Rin, dit Kohaku, on va faire une pause. Tu n'es pas concentrée aujourd'hui. »

Elle était déjà tombée deux fois en peu de temps. Le dernier commentaire de Naraku n'avait pas aidé.

Rin se mit en position assise tandis que Kohaku s'allongeait de tout son long à côté d'elle. Rin était vêtue d'une ancienne combinaison de taijiya que Kohaku ne mettait plus. Sango avait fait les retouches nécessaires, et Rin devait admettre que cette tenue était plus pratique pour se mouvoir que ses habits de miko. La seule différence entre la tenue de Kohaku, et celle qui était devenue la sienne, résidait dans les choix des couleurs des tissus qui les ornaient. Là où Kohaku gardait son éternel vert comme ornement, Rin avait droit à de l'orange. Sango trouvait que c'était une couleur aussi vive qu'elle.

Rin soupira.

« Je suis désolée, Kohaku-kun, tu dois me détester pour te faire perdre autant de temps.

- Bien sûr que non, Rin-chan. Il faut juste qu'on trouve le déclic pour te faire démarrer. Cela ne me gêne pas de passer mon temps avec toi, je suis bien quand tu es là. »

Rin se tendit. Après la première demande en mariage de la part d'Ozakaru, Rin avait eu une discussion avec Sango sur les hommes, l'amour… et le reste. Kikyo en avait déjà vaguement parlé avec elle auparavant, mais cela n'avait pas été aussi … instructif qu'avec Sango. La taijiya l'avait mise en garde sur d'éventuels autres prétendants futurs. Rin n'appréciait pas cette possibilité, elle n'avait certainement pas envie de se marier avec quelqu'un dont elle n'était pas amoureuse.

Bien sûr, Kohaku était différent des autres jeunes hommes du village, il était son meilleur ami, malgré les trois années qui les séparaient. Il ne la voyait que comme une amie, elle n'avait pas en s'en faire.

« C'est juste que… je n'aime pas me battre.

- Je sais Rin, et ne t'en veux pas pour ça. Tu sais faire des tas d'autres choses qui en valent le coup. Tu es une excellente archère, et surtout tu es une grande guérisseuse et une miko… Pourquoi brusquement tu as décidé de te battre ? Tu n'en as pas réellement besoin. »

Rin resta d'abord silencieuse. Même s'il était son meilleur ami, Rin ne pouvait pas lui confier qu'elle était liée à Naraku, qu'elle communiquait avec lui. Etait-ce par honte ? Par peur d'être rejetée par ses amis ? Voulait-elle les protéger ?

Rin savait que ses amis étaient devenus inquiets depuis sa 'rencontre' avec Sesshomaru, et tout ce qui s'en était suivi. Elle agissait différemment qu'à son habitude, en particulier quand Naraku, pour une raison ou pour une autre l'interpellait du fond de son cœur. Elle se renfermait à l'intérieur d'elle-même soupesant les mots du hanyo, et rétorquant avec fougue. On lui reprochait parfois son manque d'attention. Ses amis la regardaient prudemment comme s'ils craignaient de voir apparaître les signes d'une maladie fulgurante.

Miroku avait tenté de la sortir de son mutisme, d'aider à régler ses problèmes. Mais à la vérité, que pouvait-il bien faire ?

Kohaku attendait une réponse, aussi patiemment que Miroku l'avait fait avant lui. Et comme pour Miroku, ce serait en vain.

« Il faut que je sache me défendre. Je peux toujours me retrouver face à face avec un démon puissant en me faisant surprendre…

- Du genre Sesshomaru ? »

Il regardait le ciel au-dessus d'eux, mais Rin pouvait dire que son attention était rivée sur sa réponse. Elle était surprise de la tournure que prenait la conversation. Croyait-il qu'elle voulait se battre contre le taiyokai ? Elle ne put s'empêcher de ressentir leur environnement, presque par réflexe. Rin le trouva vite, Sesshomaru n'était pas loin.

« Oui… je suppose. »

Elle était incertaine de sa réponse, mais Kohaku ne poussa pas plus loin le sujet. Ils profitèrent ensemble de la douce journée d'été. Bientôt viendrait l'automne, mais le temps était encore clément. Le vent souffla sur la plaine, secouant les cheveux de Rin précairement maintenus par un ruban.

Kohaku se retourna sur le ventre et la regarda d'un air gêné.

« Euh… Rin-chan… bientôt il y aura le festival de l'automne… Est-ce que tu voudrais bien danser avec moi ? »

Rin fut surprise, mais sourit de bon cœur.

« Bien sûr, Kohaku-kun ! Et en plus j'adore danser ! »

Kohaku lui rendit un sourire soulagé qui fut balayé par un front pensif. Il sourit une nouvelle fois, comme satisfait par une idée.

« Je sais ! s'écria-t-il.

- Tu sais quoi ? demanda Rin perplexe.

- On va tout changer.

- De quoi tu parles, Kohaku ? »

Il se leva d'un bond, et prit la main de Rin pour l'aider à se relever. Il baissa son visage vers le sien, un sourire espiègle, digne de Shippo, esquissé sur ses lèvres.

« Je ne vais pas t'apprendre à te battre Rin, mais à danser.

- Qu'est-ce que tu racontes, Kohaku ? Je sais très bien… »

Il se plaça derrière elle, manipulant ses bras et ses jambes comme si elle était une marionnette. Il la mit en position de combat.

« Kohaku ?

- Ca, très chère, c'est la position numéro un pour accueillir ton partenaire. »

Il la refit bouger, guidant ses mains devant son visage, puis amenant sa main fermée dans un mouvement brusque, comme si elle donnait un coup de poing.

« Tu es indépendante, donc tu es la première à faire les premiers pas. Tu dois mener la danse Rin, depuis le début jusqu'à la fin de la musique. »

Rin sourit. Elle comprenait enfin où il voulait en venir.

« Je vois… Mais pour danser, il faut que mon partenaire soit en face de moi. »

Kohaku se détacha doucement d'elle, presque à regret lui sembla-t-il, et se plaça devant elle, prêt à l'attaque. Non, prête pour la danse.

Et depuis ce jour, Rin fit de réels progrès en combat.

Inuyasha avait décidé qu'il détestait voyager sur un dragon volant. Correction. Il détestait voler sur quelque chose ayant appartenu à Sesshomaru. Pas qu'AhUn l'avaient jeté par dessus bord, mais les regards mauvais que lui lançaient l'une ou l'autre des têtes lorsque Rin ne faisait pas attention signifiait bien que l'envie les prenait. Il n'avait aucune confiance en cette bête, et pour cette raison, il tenait fermement la taille de Rin devant lui. Il tenait à sa vie.

Quelques semaines après le festival de l'automne, Rin lui avait rappelé la promesse de rendre visite à Bokuseno. Il avait oublié, mais puisqu'il n'avait pas quelque chose de particulier à faire avec Kagome prise dans ses éternelles révisions, il accepta de partir pour ce petit voyage. Rin avait annoncé qu'elle retournerait avec Kikyo ensuite, malgré les protestations de la petite famille, Shippo, Kiyoshi et Kohaku en tête. Rin n'avait pas été ébranlée dans sa décision. Elle était obstinée quand elle s'y mettait.

Depuis la confrontation contre les démons de Naraku, Inuyasha avait remarqué que Rin était plus pensive, et qu'elle riait moins souvent. En fait ils l'avaient tous remarqué. Elle changeait, et Inuyasha n'aurait su dire si c'était un bien ou un mal. Miroku avait dû essayer de lui en parler, de trouver une cause aux problèmes qui occupaient visiblement la jeune fille, mais pour ce qu'en savait Inuyasha, il n'avait rien obtenu d'elle. Les seules raisons qu'Inuyasha voyait étaient Naraku et Sesshomaru, mais il se voyait mal d'en parler avec Rin. Miroku trouverait bien une solution.

L'une des manifestations de ces changements fut la décision de Rin d'apprendre à sa battre. Kohaku s'était attelé à la tâche, et à première vue, Inuyasha pensait que c'était un cas désespéré. Rin n'avait rien d'une guerrière, même Kagome avait plus de chance qu'elle de se battre correctement, et c'était dire quelque chose. Toutefois, ni elle, ni Kohaku n'abandonnèrent, et un jour, lors d'une de leurs séances d'entraînement, Inuyasha trouva une Rin complètement différente de la maladroite Rin qui se faisait mettre au sol tout le temps.

Elle n'était pas devenue une grande guerrière pour autant, mais ses mouvements étaient plus fluides et gracieux et ses gestes avaient une précision qu'il ne lui savait pas. Sango, Miroku et Shippo étaient tout aussi impressionnés des progrès de Rin. Lorsqu'ils avaient demandé aux deux adolescents le secret de leur réussite, Kohaku et Rin avaient ri, et Rin avait ajouté qu'ils s'entraînaient pour la danse du festival de l'automne. Comme si cela voulait dire quelque chose.

Le temps était passé tranquillement jusqu'au festival. Inuyasha n'avait pas grand-chose à faire, mis à part les quelques yokai épargnés par Kikyo et Sesshomaru qui faisaient le ménage avant lui. Il ne les avait jamais croisés, tous les trois ayant un accord tacite de s'éviter le plus possible.

Le festival arriva et ils furent tous soulagés de voir qu'en ce jour de fête, Rin retrouva son sourire. Kagome prêta un de ses kimonos à Rin, et bien sûr elles rayonnèrent à la fête. Surtout Kagome, à la grande irritation d'Inuyasha. Tous ces hommes qui la regardaient… Au moins aucun d'eux n'était suffisamment inconscient pour oser s'approcher d'elle de trop près. Kagome l'avait toujours accompagné, elle était à lui et la réciproque était vraie, même s'il ne l'admettrait pas à voix haute.

Il n'y avait pas la même restriction avec Rin. Inuyasha admira le contrôle de Kohaku qui suivait Rin comme son ombre à travers les allées festives. Quoique… Si les regards auraient pu tuer, Kohaku aurait descendu la plupart des garçons de son âge. Il n'avait pas à se plaindre, pourtant. Mis à part Miroku, Shippo et Kiyoshi, elle ne dansa qu'avec lui. Inuyasha ne put s'empêcher de remarquer qu'elle dansait beaucoup mieux que Kohaku d'ailleurs.

Inuyasha, lui, ne dansa pas, et refusa catégoriquement les propositions de Sango ou de Rin. C'était un principe de base, et même l'osuwari de Kagome, dont il se souvenait encore, n'y changeait rien.

Sommes toutes, le festival avait été un moment joyeux, mais qui catalysa des évènements que Sango et Miroku, n'avaient pas prévu si précocement, en particuliers en ce qui concernait Rin. Les villageois s'étaient mis à considérer Miroku et Sango comme les parents adoptifs de Rin. Et ce fut ainsi que des demandes en mariage commencèrent à frapper à leurs portes. Sango et Miroku se chargeaient généralement de renvoyer les prétendants avant que Rin ne l'apprît, mais certaines propositions lui arrivèrent. Elle gérait avec calme, renvoyant de plus en plus froidement les prétendants qui l'abordaient.

Inuyasha se demandait comment elle faisait. Un de ces abrutis avait eu l'audace de le voir, lui, Inuyasha. Il aurait dû l'assommer pour lui avoir fait perdre son temps, cela ne lui aurait pas fait de mal. Rin méritait quelqu'un de bien, pas un de ces jeunes insouciants qui ne connaissait rien de la vie en dehors du village. Ils n'avaient aucune idée des responsabilités de Rin, ou comment protéger la gardienne du Shikon no Tama.

Il n'aurait su dire depuis quand il était devenu protecteur vis-à-vis de Rin. Peut-être était-ce à la façon de la jeune fille de se glisser dans son ombre, comme pour rester à l'abri des regards qui la suivaient. Peut-être parce qu'il avait pris sur lui, depuis Kikyo, de défendre le Shikon no Tama et ses gardiennes.

La situation ne pouvait pas durer. Miroku et lui avaient alors décidé de mettre les choses au clair avec tous ces jeunes gens. Miroku parlerait, lui, il menacerait. C'était assez ironique de voir le moine dénigrer les garçons du village qui restaient plus innocents que lui dans leur intention. Sango se félicitait du comportement de son mari. Inuyasha s'était retenu de dire qu'il avait vu essayer de séduire une jeune femme du village. Même en devenant père, il ne changeait pas. Inuyasha savait que de toute façon Miroku n'irait jamais bien plus loin qu'un sourire et une main baladeuse.

Et ainsi, Rin avait finalement proposé ce petit voyage, disant que l'automne serait une magnifique saison pour voir le vieil arbre. Kagome absente, Inuyasha s'ennuierait au village, surtout après le départ de Rin qui n'attirerait plus les yokai de passage. Et puis, il voulait en savoir plus sur son père. Cette dernière raison le poussa à refuser la présence de ses amis pour ce voyage. Si Bokuseno allait évoquer son père, Inuyasha voulait être seul, le cas échéant. C'était son histoire personnelle, qu'il ne voulait pas partager avec qui que ce soit. Rin serait déjà là, et ce serait déjà une personne de trop.

Ils voyageaient depuis la fin de la matinée, par cette belle journée d'automne. Ils avaient de la chance d'avoir un temps aussi clément, malgré la fraîcheur de l'air. Inuyasha n'aurait pas réussi à supporter le trajet si le temps s'était mêlé à l'humeur du dragon. Il apercevait au sol les forêts aux couleurs flamboyantes et ocre, plus chaudes que les rayons de soleil en cette période l'année.

« Nous arriverons bientôt, Inuyasha-sama !

- D'accord. »

AhUn piquèrent lentement vers la terre, pour atterrir dans une clairière. A partir de là, le dragon galopa à travers une des plus étranges forêts qu'Inuyasha n'avait jamais traversée. L'odeur qui s'y dégageait lui rappelait quelque chose de terriblement ancien, mais rien qui n'évoqua une menace. Non, un sentiment de bienveillance s'échappait de la forêt. Le vent souffla, emportant les feuilles rouges, devant eux, puis il le sentit. Un youki puissant et plus ancien que la forêt elle-même. C'était l'origine de la force vitale de cette forêt.

AhUn ralentirent, et Inuyasha vit un grand arbre, au tronc large qui semblait porter une couronne d'or rouge.

« Bokuseno-sama ! appela Rin en faisant de grands signes de la main à l'attention de l'arbre.

- Ah, Rin-chan, comme c'est gentil de me rendre une petite visite. Et je vois que tu as amené un ami. »

La voix était profonde et joviale. Inuyasha distingua qu'elle venait d'un visage gravé sur le tronc de l'arbre.

« Je tiens toujours mes promesses, Bokuseno-sama ! »

Rin descendit d'AhUn et alla serrer le tronc d'arbre qui se mit à rire à cette démonstration d'affection.

« Olala jeune fille, je vais rougir si tu continues…

- Bokuseno-sama, répondit-elle joyeusement, vous êtes toujours rouge en automne. »

Le rire chaleureux de l'arbre fit écho dans la clairière et la forêt au-delà. Ce fut cet instant même qu'AhUn choisirent pour faire tomber Inuyasha de son dos.

« Maudit dragon ! Sales bêtes !

- AhUn arrêtez ! ordonna Rin. Inuyasha-sama, s'il vous plait, ne vous énervez pas…

- Ne pas m'énerver ? Mais ils me détestent ! »

Bokuseno éclata de rire à pleine voix.

« AhUn sont très protecteurs vis-à-vis de sa jeune maîtresse, et tu leurs rappelles sans doute Sesshomaru…

- Ben ils devraient être contents, dit Inuyasha en secouant la poussière de ses vêtements et irrité par la comparaison.

- Pas quand Sesshomaru a laissé notre Rin-chan comme il l'a fait. »

Inuyasha jeta un coup d'œil sur Rin et maudit silencieusement l'arbre d'avoir parlé de Sesshomaru. Elle avait perdu son sourire.

« Rin-chan, ma belle enfant, reprit l'arbre, tu sais qu'il ne faut pas prendre trop à cœur le comportement de Sesshomaru. Il ne comprend pas encore que sa fierté n'est pas la chose la plus importante de sa vie, mais que tu l'es.

- Si c'était le cas, si je comptais un tant soit peu pour lui, il ne m'aurait pas repoussé comme il l'a fait, il… »

Sa voix mourut.

« Il est jeune, Rin, dit Bokuseno, parfois aussi jeune que toi quand il en vient à ce genre de chose. Tu as bousculé beaucoup de ses fondements, de ses certitudes, et cela sans qu'il ne s'en rende encore compte. Donne-lui le temps d'ajuster, et il verra ses erreurs. »

Rin ne répondit rien, et il était clair qu'elle doutait des paroles de Bokuseno. Inuyasha aussi d'ailleurs.

« Keh. Vieil arbre, tu ne sais pas de quoi tu parles. Sesshomaru est un enfoiré, et ce n'est pas maintenant que ça va changer.

- Quel langage, jeune Inuyasha, dit l'arbre joyeusement. Et tu as l'arrogance qui va avec. C'est un trait de famille qui te vient de ton père. De vous trois, Sesshomaru est certainement le mieux élevé.

- Ne me compare pas à ce con, le vieux ! »

L'arbre se remit à rire.

« Et quel caractère ! Définitivement un Inuyokai, mais laisse moi finir avec Rin. »

L'arbre reprit un air sérieux et regarda Rin.

« Allons, allons, mon enfant, n'oublie jamais que tant que tu croiras en toi, et à ton cœur, tu franchiras tous les obstacles.

- Bien sûr, Bokuseno-sama. »

Rin porta distraitement sa main droite à son cœur, mais sa volonté était absente de sa voix. Qu'est-ce qui t'est arrivé Rin… depuis ce jour-là ?

« Je sais qu'un guerre longue et difficile vient de commencer pour toi, dit l'arbre avec douceur. Mais n'oublie pas qu'il y a suffisamment de force en toi, et en ceux que tu aimes pour vaincre à la fin. Alors s'il te plait, fais-moi un de tes si beaux sourires dont tu as le secret. »

Rin regarda étrangement l'arbre, puis soupira avant d'offrir un sourire forcé.

« C'est déjà mieux, même si ce n'est encore pas parfait. De toute façon j'ai un cadeau pour toi, j'espère qu'il te fera plaisir. Quand vous partirez, j'aimerai qu'Inuyasha découpe une partie de mon écorce. Vous irez voir Totosai pour qu'il te fasse des protège bras. J'ai appris que tu apprenais à te battre, et je ne voudrais pas que tu abîmes des mains. Avant tout, elles savent guérir. »

Le vieil homme est définitivement fou. Inuyasha se demandait comment il avait pu se faire amadouer pour venir le voir.

« Le vieux, comment veux-tu que du bois protège Rin ? Tu deviens sénile ?

- Pas encore, jeune Inuyasha. »

L'arbre rit, et Inuyasha eut la désagréable impression qu'il se moquait de lui.

« Je pense que cela peut marcher, continua-t-il. Le fourreau du Tessaiga t'a bien protégé depuis que tu l'as, non ? »

Inuyasha jeta un coup d'œil sur le Tessaiga à sa hanche. C'était le bois de Bokuseno qui gardait le Tessaiga ?

« Je… euh, je suppose…

- Bien ! Nous voilà d'accord sur un point, jeune Inuyasha. En plus Rin, tu seras efficacement protégée de youki puissant du même calibre que ceux de Tokijin ou du Tessaiga.

- Merci, Bokuseno-sama, c'est très gentil de votre part.

- Je t'en prie, tu peux me tutoyer, Rin-chan, et m'appeler ojisan. J'ai toujours rêvé d'avoir une petite-fille comme toi. »

Rin sourit réellement cette fois-ci.

« Oui, ojisan ! »

Elle jeta un regard rapide sur Inuyasha.

« Ojisan, je vais vous laisser un instant pour que vous puissiez parler. »

Elle prit les rênes du dragon et s'éloigna suffisamment loin pour ne pas entendre leur conversation tout en restant dans leur champ de vision.

« Elle porte un lourd fardeau, Inuyasha. »

Inuyasha se tourna vers l'arbre d'un air interrogateur.

« La terre frémit sous elle, consciente du poids de sa destinée. Même le vent murmure avec inquiétude…

- Oh, arrête-toi, le vieux, dit Inuyasha exaspéré. Elle allait très bien jusqu'au moment où tu as parlé de ce crétin de Sesshomaru.

- Ne parle pas de ton frère ainsi, Inuyasha.

- Demi-frère, le vieux !

- Il ne veut pas l'admettre, continua l'arbre en l'ignorant, mais ton frère tient à Rin. Même maintenant, il vous a suivi jusqu'ici. »

Inuyasha fut à nouveau surpris. Le vent étant contre lui, il ne pouvait pas repérer l'odeur de Sesshomaru, ou de cet imbécile de Jaken qui lui servait d'ombre. Mais si Bokuseno le disait… Il était peut-être sénile, mais Inuyasha devait admettre qu'il semblait savoir pas mal de choses.

« Votre père aurait aimé que vous vous entendiez, que vous agissiez comme deux frères.

- Keh, c'est de la faute de ce con de Sesshomaru. S'il comprenait que les humains ne sont pas de la vermine.

- C'est vrai, mais je crois qu'il commence à l'apprendre. »

Bokuseno tourna son attention sur Rin. Elle caressait les têtes d'AhUn tout en fredonnant une chanson.

« Sesshomaru-sama doko ni iru, Jaken-sama wo…

- Elle a inventé cette chanson quand elle était petite, expliqua Bokuseno. Lorsqu'elle attendait le retour de Sesshomaru, seule avec AhUn.

- Sesshomaru-sama omodori wo… »

Elle continua à chantonner, et Bokuseno reprit la parole.

« Elle aura besoin d'aide, Inuyasha, peut-être plus moralement que lors d'une bataille contre des yokai… Surtout veille à ce qu'elle ne soit pas seule.

- Je n'ai pas besoin que tu me le dises, vieil homme.

- Ce sera à toi de la protéger en l'absence Sesshomaru, continua-t-il.

- Pourquoi tu dis ça ?

- La lignée des Inuyokai est liée au destin du Shikon no Tama. Ton père, Sesshomaru et toi… il semble que vous avez toujours été impliqués dans l'histoire de la perle, comme c'est encore le cas aujourd'hui. »

Inuyasha se demandait en quoi son père avait été lié à l'histoire du Shikon no Tama. Il était venu chercher des histoires du passé, mais pas celle-ci.

Le vent souffla dans les branches de Bokuseno, faisant tomber quelques feuilles mortes au sol déjà garni de leurs semblables. Bokuseno l'observait tranquillement, comme s'il attendait patiemment qu'il prît la parole. Inuyasha se décida.

« Comment… comment était mon père ? » demanda-t-il finalement.

Le vieux démon sourit.

« Quand Toga, ton père, était jeune, il te ressemblait énormément. Fougueux et fier, il essayait de masquer ses doutes derrières de grandes phrases ou sa colère. En mûrissant, il devint plus comme Sesshomaru, acquérant la réserve nécessaire dont il avait besoin pour commander. Il restait tout de même un homme bon, prêt à tout pour protéger ceux qu'il aimait.

- Oh. »

Inuyasha n'était pas sûr s'il était venu pour écouter ce genre de choses sur ce père qu'il n'avait pas connu. Il savait que c'était un puissant yokai, et s'attendait peut-être à de grands récits de batailles et de conquêtes. Toutefois, il trouva que la description de Bokuseno sur son père plus intéressante qu'il ne l'aurait cru. Différente de ce que lui avaient dit Myoga, qui narrait avec des grandes phrases ses exploits, ou Totosai qui restait plutôt vague. Bokuseno parlait de l'homme qu'il avait été, pas du yokai invulnérable et respecté de tous. Celui qu'il aurait connu s'il avait survécu Ryukostussei.

« En fait, si je devais le définir, continua Bokuseno, il serait le point d'équilibre entre toi et ton frère. Sais-tu comment ta mère et lui se sont rencontrés ?

- Non, » dit-il intéressé.

Inuyasha n'avait jamais demandé à Myoga. Il ne voulait pas paraître sentimental.

« Oh, c'est une longue histoire, mais elle a toujours attendri mon vieux cœur. Vois-tu Izayoi était une jeune princesse dans un petit territoire voisin à celui de ton père. Ce que peu de personne sait, c'est qu'elle était une cousine de Midoriko, même si elles n'étaient pas spécialement proches, vu les voies différentes qu'elles empruntaient. Mais là, je me perds. Izayoi n'avait que douze ans quand elle se fit attaquer par un yokai, non loin du Shiro où elle habitait. Elle eut la chance que Toga et Sesshomaru passent dans la région ce jour-là. Ton père avait assez de noblesse pour ne pas laisser la pauvre enfant se faire tuer de la sorte.

- Je parie que Sesshomaru n'a pas essayé de lever le petit doigt.

- En effet, dit Bokuseno en souriant. Il ne s'intéressait pas vraiment aux humains à cette époque, même si Toga essayait de lui faire changer son opinion. Quoiqu'il en soit, une fois sauvée, Izayoi fit promettre à ton père de revenir la voir souvent. C'était bien étrange de la part d'une jeune fille de prendre confiance à un yokai aussi rapidement, même s'il lui avait sauvé la vie, et Toga accepta. Au fil des ans, Toga s'attacha à cette jeune humaine, et quand elle lui annonça en pleurant que ses parents allaient la marier, il fut dévasté. Il se rendit compte sans doute à ce moment-là que les sentiments qu'il avait pour elle, n'étaient pas de la simple amitié. Et il fit la chose la plus précipité qu'il avait fait en près de deux cents ans. Il enleva Izayoi qui était trop heureuse de partir avec lui. Beaucoup de problèmes vinrent après en particulier avec la mère de Sesshomaru, mais ceci est une autre histoire.

- Il était encore marié ? demanda Inuyasha atterré.

- Oui, mais comme je te l'ai déjà dit, cette histoire là ne t'appartient pas, répondit fermement Bokuseno. Sache qu'une fois veuf, Toga épousa ta mère.

- Mon père a tué la mère de Sesshomaru ? »

C'était la possibilité la plus probable qu'Inuyasha voyait, et il en était horrifié. Pas étonnant que Sesshomaru me déteste.

« Bien sûr que non. Toga n'aurait jamais tué sa première femme. »

Bokuseno ne voulait visiblement pas en dire d'avantage sur le sujet. C'était dommage, Inuyasha était curieux d'en savoir plus sur la mère de Sesshomaru. Il n'aura qu'à demander à Totosai ou Myoga quand il les verrait.

La conversation avait touché à a fin, et Inuyasha rappela Rin. Elle le regardait d'un air interrogateur, mais ne dit rien.

« On va chez Totosai ? » dit finalement Inuyasha, et Rin acquiesça.

Ils partirent le lendemain chez Totosai, Bokuseno ayant fait la remarque judicieuse qu'ils n'arriveraient pas chez le forgeron avant la tombée de la nuit. Cela ne gênait pas Rin, elle n'était pas une personne impatiente, et passer la nuit sous la sécurité des branches du vieil arbre avait quelque chose d'apaisant.

Au grand désespoir de Bokuseno, mais au soulagement de Rin, Inuyasha prépara un feu. Elle s'assit près du hanyo en silence, lui laissant le calme qu'il cherchait pour rester dans ses pensées. Elle se doutait qu'il avait dû parler avec Bokuseno de son père. Rin croyait que c'était l'une des raisons qui avait poussé Inuyasha à venir. Elle comprenait tout à fait, elle aussi aurait aimé parler de sa famille avec une personne qui les connaissait. Malheureusement, le seul être qui était encore vivant pour pouvoir le faire était Naraku.

Elle était aussi un peu curieuse de savoir comment étaient les parents d'Inuyasha et de Sesshomaru, sachant qu'elle n'avait pas vraiment le droit d'en savoir d'avantage. Pourtant, elle pouvait toujours essayer, même si elle n'obtiendrait rien.

« Votre conversation avec Bokuseno s'est bien passé ?

- Oui.

- Vous voulez en parler ?

- Pas vraiment. »

Rin ne s'offusqua pas du ton d'Inuyasha. Au moins elle espérait qu'il allait aussi bien qu'il le disait.

« Tu es quelqu'un de bien, Rin. »

Rin fut surprise par cette soudaine déclaration, mais se reprit.

« Vous aussi, Inuyasha-sama. »

Le lendemain, Inuyasha s'attela à découper les deux morceaux d'écorce que voulait lui offrir Bokuseno pour ses protège-bras. Rin protesta quand elle vit la pression que devait subir l'arbre millénaire de magnolia sous la lame du Tessaiga. Bokuseno ne changea pas sa résolution, et quand Inuyasha eut fini, Rin se précipita pour guérir le vieil arbre.

Rin découvrit que guérir Bokuseno était différent de guérir un être humain, ou un animal. Au lieu de réparer, elle accélérait le processus du cycle de vie de Bokuseno, guidant le youki du vieil arbre dans ce sens. C'était la première fois qu'elle travaillait avec la force inhérente d'un yokai, et non contre elle. Miko et yokai pouvaient s'allier pour le meilleur, et elle fut heureuse d'en avoir la preuve.

Après les adieux faits à Bokuseno, ils entreprirent le voyage sans encombre, menés par AhUn. La forge de Totosai était bien l'endroit le plus étrange qu'avait vu Rin, et se distinguait par un crâne géant de yokai. La maison allait bien avec son propriétaire. Rin avait toujours trouvé que le forgeron avait une excentricité attachante, surtout quand il faisait tout pour éviter Sesshomaru.

Myoga aussi était chez Totosai, et Rin le découvrit bien malencontreusement. Elle écrasa la petite puce de la main quand il la piqua au cou. Elle s'excusa platement après, mais le crime avait été fait.

« Mais t'en fais pas, Rin, dit Inuyasha. C'est de sa faute. Depuis le temps il devrait être habitué aux coups qu'il se prend… aaarrgh ! Qu'est-ce tu fous, Rin ! »

Elle lui avait prit l'oreille entre le pouce et l'index pour lui signifier de se taire. Elle avait vu Kagome le faire, et cela avait paru très efficace. Elle fut vaguement surprise qu'il ne se débattît pas face à cette démonstration d'autorité. Kagome l'avait bien conditionné.

Totosai était d'accord pour lui fabriquer les protège-bras, et déclara qu'il lui faudrait une semaine pour les faire, après lui avoir pris toutes les mesures possibles et imaginables. Il était bien perfectionniste pour deux malheureux protège-bras.

Totosai lui proposa de rester mais sembla enclin à faire dormir Inuyasha dehors. Rin tenta de négocier, mais Inuyasha décréta qu'il préférait dormir ailleurs que dans la forge, de toute façon.

Malgré cet incident, la semaine passa paisiblement. Myoga, et Totosai quand il ne travaillait pas, lui racontaient des tas d'histoires et Inuyasha accepta de l'entraîner pour ce qui était pour elle de la 'danse'. Elle n'employa pas ce terme devant Inuyasha, préférant éviter les railleries qu'elle récolterait de la part du hanyo.

Et Inuyasha était un autre type de partenaire que Kohaku. Il était beaucoup plus franc et instinctif dans ses attaques quand Kohaku calculait rapidement tout en veillant à ne pas lui faire de mal, lui donnant une certaine hésitation à chacun de ses gestes. Il était bien sûr, lui aussi, beaucoup plus doué qu'elle, à aucun moment elle ne porta un coup qu'il ne pût parer. Tout comme pour Kohaku, elle avait parfaitement conscience qu'il la ménageait, mais cela ne gênait pas Rin. Elle se sentait progresser, c'était le plus important.

Il était aussi plus sévère et exigeant que Kohaku, mais Rin s'y fit vite. Kikyo demandait bien plus, elle devait s'avouer pour une fois heureuse que Sesshomaru n'était pas celui en charge de son éducation. Il n'aurait eu aucune pitié.

L'activité et le bruit de la forge fatiguaient Rin facilement, et souvent elle se mettait à errer dans la forêt avoisinante de la montagne de Totosai. L'automne était bien installé, sa fraîcheur obligeant Rin à limiter ses promenades parmi les feuilles rouges et mourantes des arbres. Et toujours elle restait plongée dans ses pensées qui se résolvaient autour de deux personnes, Sesshomaru et Naraku.

Naraku venait parfois lui parler, une habitude qui s'ancrait dans la vie de Rin. Il restait son ennemi, et le plus souvent leurs mots étaient durs et intransigeants.

Mais quand venait la nuit, et que leurs rêves s'entrecroisaient et fusionnaient comme cette fois où elle revit la mort de sa famille à ses côtés, leur relation devenait différente. Il n'était plus son ennemi, mais un être neutre sans haine, ni soif de pouvoir, sans amour ni compassion non plus. Il l'accompagnait dans ses souvenirs, elle dans les siens. Sans qu'elle ne le voulût vraiment, elle vint à le connaître mieux que quiconque, lui le hanyo cruel et sans scrupules qui par deux fois déjà lui avait volé son bonheur, en décimant sa famille puis en lui implantant le Shikon no Tama. Et sans doute qu'il finissait par la connaître au-delà de ce qu'elle aurait dû permettre. Qui pourrait dire dans quelle direction ce chemin les mènerait ?

'Naraku ? appela-t-elle au-delà de la perle, dans cette âme sombre qui la côtoyait.

' Rin, je te manque déjà ?'

Sa voix se moquait d'elle, cruelle et arrogante, comme toutes les fois où ils communiquaient le jour. Mais cela ne touchait plus Rin. Elle le craignait, c'était une évidence, mais elle apprenait à réprimer cette peur au fond d'elle-même. Et Rin apprenait vite.

'Où es-tu ? Où te caches-tu ?'

C'était une question qu'elle n'avait pas posée auparavant, car elle savait qu'elle n'obtiendrait pas de réponse. Elle tenta malgré tout, elle ne perdrait rien à essayer.

'N'es-tu pas naïve, Rin ? Croyais-tu que je te le dirais ?

'Donc tu es bien affaibli… Je pourrais te vaincre à présent. Il suffit que je te retrouve…'

Il ne daigna pas répondre et Rin se retira. Elle avait marqué un point. Elle pouvait le battre à l'heure actuelle si seulement elle savait où il était. On revenait toujours au même problème.

Quand son esprit était libre de Naraku ou des mouvements de la forge, Rin pensait à Sesshomaru qui menait sa garde silencieuse. Il était à proximité, elle le savait, mais peut-être pas assez près pour être senti par Inuyasha et les autres. Son aura était toujours présente, et Rin s'en sentait réconfortée. C'était ridicule de s'attacher à de tels détails, mais Rin ne pouvait pas s'en empêcher.

Pourquoi était-il là ? Pourquoi la suivait-il encore, avec Jaken aussi ? Tant de fois, elle aurait aimé aller les voir pour lui demander la raison, même si elle savait pertinemment qu'il ne répondrait pas. Il était fier, orgueilleux même, persuadé qu'il ne devait rien à quiconque en particulier à l'humaine dont il avait sauvé la vie, il y avait si longtemps de cela.

Parfois, elle se demandait ce que serait sa vie, si elle était encore avec lui et Jaken. Ramasserait-elle des fleurs tout en essayant d'échapper en riant aux remontrances de Jaken ? Serait-elle heureuse de suivre Sesshomaru jusqu'au bout du monde ? Sans doute. Parfois aussi, elle se demandait ce qu'ils faisaient sans elle, s'ils allaient bien, si elle leurs manquait…

« Rin, tu es là ! »

La voix éraillée de Totosai la fit sortir de ses pensées. Le forgeron, accompagné par Myoga si ses sens ne la trompaient pas, avait toujours un air éberlué, mais il semblait à Rin que son expression se radoucissait quand il la regardait. Rin avait su se faire apprécier par les deux démons, et elle le leur rendait bien.

« Tiens, j'ai fini le cadeau de Bokuseno. Tu veux les essayer ? »

Rin prit les deux protège-bras que lui tendait Totosai, et les regarda. Même si elle n'était pas une experte, elle pouvait voir que Totosai avait crée une belle œuvre. Le bois était lisse, poli à la perfection, alors que des gravures sinueuses serpentaient en des arabesques argentées sur la pièce de bois.

« Totosai-sama, ils sont tellement bien faits… Je ne sais pas quoi dire…

- Mettez-les déjà, Rin-sama, » dit Myoga.

Rin grimaça au suffixe 'sama' que lui donnait encore la puce malgré ses reproches. Elle s'exécuta en silence pourtant, et constata que les protège-bras lui allaient parfaitement. Ils ne laissaient à découvert que l'extrémité de ses doigts, et la paume de sa main. Totosai n'était pas un simple forgeron, il était un artiste.

« Merci, Totosai-sama ! dit-elle en le serrant dans ses bras.

- Oh là, mais ce n'est pas fini, » dit-il en se dégageant de ses bras.

Il prit les deux mains de Rin, et les secoua une fois sèchement vers le sol. A la grande surprise de Rin, une lame courte de katana sortit de chacun des protège-bras.

« Comment… ?

- Ben oui, si tu apprends à te battre, autant que tu sois armée, non ? Ces lames n'ont pas de pouvoirs particuliers comme le Tenseiga ou le Tessaiga, mais elles sont aussi solides. Elles ne risqueront pas de se casser à moins que tu sois aussi imprudente qu'Inuyasha. »

Rin hésita avant de répondre. En voyant les lames sortirent de ses poings elle ne put s'empêcher de se souvenir de cet homme étrange qui l'avait enlevée, il y avait tellement longtemps. Il avait tenté de la tuer avec une arme assez similaire, en fait des griffes métalliques qui jaillissaient de ses poings. Sesshomaru avait essayé de la sauver, mais c'était Kikyo qui y était parvenu.

Contrairement à ce qu'elle avait pensé au départ, cet homme – Suikotsu ? - était un homme bon, au fond de lui-même. Elle ne comprenait pas vraiment comment deux personnalités si différentes cohabitaient chez cet homme. Mais son histoire qu'il raconta alors qu'il était mourant… elle était si triste. Celui d'un homme, un médecin, qui n'avait pas pu sauvé une enfant malgré ses efforts… Il avait échoué là où un jour Sesshomaru avait réussi, lui qui ne s'intéressait pas aux être vivants.

La destinée était bien ironique dans ses choix, accordant des dons à ceux qui n'en voulaient pas, et les refusant à ceux qui en avaient le plus besoin. Si Sesshomaru ne l'avait pas sauvée, serait-il devenu comme cet autre Suitkotsu qui avait échoué, qui était devenu avide de sang ? Aurait-il perdu toute compassion, lui qui semblait en avoir eu un peu pour elle ?

Rin sourit finalement au forgeron.

« Je ferai honneur à votre cadeau, » dit-elle en s'inclinant légèrement.

Elle se le promettait, pour l'homme Suitkotsu qui s'était souvenu trop tard de qui il était. Pour Sesshomaru qui comprendrait peut-être un jour que la compassion n'était pas une faiblesse.

« Ben voilà une bonne chose de faite, dit Totosai. Rin si on allait chercher un peu d'eau au torrent ? »

Il lui prit le bras sans attendre sa réponse guidant une Rin surprise vers le torrent tumultueux, non loin de la forge. Il y avait une raison à son comportement, mais Rin ne la trouvait pas. Il s'arrêta finalement près du cours d'eau. Le torrent semblait chanter entre les rochers, le clapotement des vagues couvrant le son des oiseaux de la forêt, qui ne craignaient pas la fraîcheur de la soirée d'automne.

« Est-ce qu'Inuyasha est dans les parages ? demanda-t-il.

- Euh, non… Il est partit se battre contre un yokai qui rôdait dans la montagne, je crois.

- Et Sesshomaru ? »

Donc ils savaient pour Sesshomaru.

« Je ne le sens pas, expliqua Totosai. Mais Bokuseno m'a raconté qu'il te suivait comme un chien suit sa maîtresse depuis votre séparation… Il est suffisamment loin ? »

Rin ne savait pas trop quoi penser pour la comparaison entre le chien et son maître. Sesshomaru n'aurait sûrement pas apprécié.

« Je suppose, répondit-elle avec prudence. Totosai-sama, pourquoi tout ce mystère ? Et comment Bokuseno pouvait savoir pour Sesshomaru ? Il ne m'en a jamais parlé…

- Bokuseno sait beaucoup de choses par la terre et le vent, comme tu dois le savoir. Mais il pensait qu'il valait mieux que tu apprennes pour Sesshomaru toute seule.

- Pourquoi ? demanda Rin en fronçant des sourcils.

- Peut-être craignait-il d'être celui qui te ferait souffrir en te le disant… »

Rin n'était pas du genre à critiquer les décisions de Bokuseno, mais là… Mais quoi ? Qu'aurait-elle fait si elle avait su plus tôt ? Elle n'en avait vraiment aucune idée.

« Mais on voulait trouver un moment pour parler avec toi, reprit Totosai. Pour parler de Sesshomaru entre autre. »

Rin s'assit sur un rocher au bord du torrent, curieuse de ce qu'ils avaient à lui dire. La petite de voix de Myoga s'éleva en premier.

« Toga-sama, le grand Inu no Taisho, était quelqu'un de téméraire quand il était aussi jeune qu'Inuyasha-sama. Il avait conquis avec son père les territoires de l'Ouest. Dès qu'il en fut le Seigneur, il passa des années à en sécuriser les frontières et repousser ses limites. Les trois autres Seigneurs, de l'Est, du Nord et du Sud, ne virent pas d'un très bon œil l'avènement d'un si jeune Taiyokai. Les Seigneurs du Nord et du Sud s'allièrent et lui déclarèrent la guerre. Renei-sama, le Seigneur de l'Est, préféra donner son unique enfant en mariage. Toga-sama, avait besoin d'alliés, et Akue-sama était une Inuyokai de grande beauté. Il accepta cette proposition immédiatement.

- Akue-sama… est la mère de Sesshomaru ? demanda Rin en essayant de suivre.

- En effet, Rin-sama, répondit Myoga. Rapidement Akue-sama et Toga-sama eurent un héritier, Sesshomaru-sama. Ils étaient l'image même d'un couple parfait, beau et puissant, respecté ou craint de tous. Toutefois, nous, les plus fidèles serviteurs de Toga-sama, voyaient que ce mariage était aussi froid que les nuits d'hiver, et qu'aucun amour n'était perdu entre eux.

- Akue-sama, dit Rin, elle n'aimait pas Toga-sama parce que c'était un mariage arrangé ?

- Sans doute, dit Totosai. Mais à la base, elle était une femme froide. A vrai dire tout le contraire de Toga. Ils n'avaient vraiment rien pour s'entendre. Sesshomaru a grandi dans cette atmosphère, se forgeant à l'image de sa mère qui méprisait les humains et ne ressentait rien pour son fils unique. Toga ne s'était pas occupé de l'éducation de Sesshomaru avant son adolescence. Mais c'était déjà trop tard pour réparer ce qu'Akue avait fait de Sesshomaru. Toga n'était pas aussi attaché qu'un père aurait dû l'être pour son fils… Il y avait cette… distance entre eux deux.

- Mais Sesshomaru admirait son père, déclara Rin. Du moins il me semble.

- Et à juste titre, dit Totosai, ne te trompe pas. Sesshomaru aimait son père, et Toga son fils, mais les décennies passées dans cette famille si froide… Ils étaient presque comme des étrangers, alors qu'ils se connaissaient si bien. Toga avait oublié comment montrer ses sentiments à son propre fils, et Sesshomaru n'apprit jamais à exprimer l'affection qu'il pouvait ressentir. »

Rin ne comprenait pas vraiment pourquoi ils lui racontaient cette histoire, mais la raison quelle qu'elle fut, devint triviale. Elle était immergée dans le récit qui lui décrivait des aspects de Sesshomaru qu'elle ne connaissait pas. Elle avait dû lui paraître comme une étrangeté quand elle vivait toujours autour lui. Rin n'avait pas eu ce genre de problèmes dans sa propre famille. Son père, sa mère, son grand frère avaient toujours exprimé leur émotions, tristesse comme joie, sans retenue. Qu'avait-il bien pu penser lorsqu'il la voyait cueillir des fleurs en riant ou qu'elle cherchait du réconfort en s'appuyant contre sa jambe ?

« Au fil du temps, continua Totosai, Toga alla chercher la chaleur que tout homme cherche, ailleurs que dans son couple, bien loin du shiro familial. Bien sûr, je ne dis pas que c'est bien jeune fille, ne te méprends pas sur nous, mais Toga était encore jeune et fort, et il voulait profiter de la vie comme il l'entendait. Et puis, il y a maintenant deux cent ans, il a rencontré une jeune Hime, Izayoi, cousine de la future prêtresse Midoriko. Il la sauva d'un yokai, et commença à se ranger avant d'enlever la princesse quelques années plus tard pour lui épargner un mariage forcé. Car il ne voulait pas la perdre définitivement.

- La mère d'Inuyasha ?

- Oui, une douce jeune fille, joyeuse et chaleureuse, voilà comment elle était la petite Izayoi. En fait tout ce que n'était pas Akue. Toga tomba vite éperdument amoureux de la jeune humaine. On dit que l'amour rend aveugle, Rin, mais dans le cas de Toga, ça le rendit particulièrement stupide. Il amena Izayoi dans le shiro familial.

- Mais… mais la mère de Sesshomaru, dit Rin choquée.

- Akue-sama était dans une rage glaciale, dit Myoga. Je me souviens de ce jour-là, comme si c'était hier. Sesshomaru-sama méprisait déjà Izayoi-sama pour l'avoir déjà croisée avec son père. Il finit par la détester pour la honte qu'elle apportait à sa mère. Toga-sama avait déclaré que quiconque tenterait quoique ce soit sur Izayoi-sama, y compris Akue-sama et Sesshomaru-sama, le payerait de sa vie.

- C'est à ce moment là que Toga vint me voir pour me réclamer la création du Tenseiga et du Tessaiga. Pour Izayoi. Derrière ses grands airs de Seigneur, il était terrifié de la perdre, et à juste titre. Beaucoup la voyait déjà comme une faiblesse. Il était tellement inquiet, qu'il ne se séparait jamais d'elle. Il l'amena à la forge, et c'était nouveau de voir une jeune femme souriante et heureuse qui tournait autour du grand Toga, comme elle le faisait, sans crainte des dangers qu'elle encourrait de l'aimer.

- Ils étaient faits l'un pour l'autre, dit Myoga d'un air rêveur.

- Ouais, enfin, avec tout ça Izayoi tomba enceinte, et ce fut trop pour Akue. C'était une femme fière, orgueilleuse même. Elle tenta de tuer Izayoi, la preuve vivante de l'infidélité de son mari. Toga, prévenu par Myoga, arriva à temps, et une dispute éclata.

- Il… il ne l'a pas tuée, demanda Rin qui n'aimait pas la tournure que prenait l'histoire, n'est-ce pas ?

- Non, dit Totosai d'une voix sinistre. C'est elle qui se tua. »

Rin plaqua sa main devant sa bouche, horrifiée. Une des scènes qui avaient hanté sa vie, revint se jouer dans sa mémoire.

La femme prit la main du bandit qui tenait encore le sabre couvert des sangs du seul homme qu'elle avait aimé et de son fils aîné, et l'enfonça dans son propre cœur.

« Parce qu'elle était belle, fière et indomptable… »

Le murmure de Rin attira les regards interrogateurs de Totosai et de Myoga, et Rin secoua la tête. Ce n'était le moment de penser à cela.

« Mais… Toga avait le Tenseiga ? demanda-t-elle s'en trop d'espoir.

- Et il ne l'utilisa pas, dit Totosai avec une certaine douceur.

- Est-ce que… est-ce que Sesshomaru était présent ? Quand c'est arrivé ?

- Oui, répondit Myoga. Il demanda à Toga-sama de faire revivre Akue-sama. Toga-sama refusa. »

Rin ferma les yeux un instant. Sesshomaru avait vu sa mère mourir, comme cela avait été le cas pour elle. Je ne savais pas… que nous avions la même histoire.

« Sesshomaru devint plus froid qu'il ne l'avait jamais été, continua Totosai. Les relations entre lui et Toga devinrent aussi glaciales que celles entre Akue et Toga. Toga mourut en scellant Ruykotsussei, et défendant la vie d'Izayoi et de leur jeune fils Inuyasha. Izayoi prit son fils pour retourner dans sa famille. Sesshomaru les croisa une seule fois quelques années après, et il ne les tua pas, curieusement. Peut-être qu'il avait assez d'honneur pour ne pas s'en prendre à un enfant et une femme incapables de se défendre. Il se rapprocha de son grand-père maternel, et devint l'impassible Taiyokai que nous connaissons aujourd'hui. »

Ils restèrent silencieux, permettant à Rin de digérer tout ce qu'on lui avait raconté.

« Pourquoi… pourquoi vous avez choisi de me parler de cette histoire ? finit-elle par demander.

- Bokuseno m'avait prévenu que ta question préférée était 'pourquoi', dit Totosai. Mais bon, si tu veux tout savoir, j'ai rendu une petite visite avec Myoga au vieil arbre, au début de l'automne. Figure-toi qu'on a beaucoup parlé de toi… Déjà du cadeau qu'il voulait t'offrir, et qui tu étais… Aussi, que tu étais la première personne que Sesshomaru avait daigné de faire ressusciter grâce au Tenseiga. Sais-tu qu'il faut ressentir de la compassion pour utiliser les pouvoirs du Tenseiga ? Une émotion que je croyais Sesshomaru incapable de ressentir. Mais voilà que toi, une humaine qui plus est, tu revis grâce à lui ? Bokuseno pense que tu es spéciale, et pas seulement grâce à la perle, mais plutôt pour cet exploit. Si tu as été capable d'éveiller quelque chose dans le cœur de ce diable de Sesshomaru, tu avais bien le droit de savoir plus sur ton sauveur. »

Rin regarda avec surprise Totosai. Combien de temps avait-ils pris pour arriver à cette conclusion ? Elle hocha la tête désabusée. Ce trio de vieux yokai la surprendrait toujours. Bokuseno aurait tout de même pu lui en parler lui-même, non ? A moins que la présence d'Inuyasha l'avait gêné ?

Ils rentrèrent à la forge en même temps qu'Inuyasha. Si ce dernier trouva étrange de les voir tous les trois ensemble, il n'en dit rien. Le soir, étant le dernier qu'elle passait à la forge, Rin s'attela à préparer un dîner mémorable en réquisitionnant l'aide d'Inuyasha. Ils s'étaient bien débrouillés même si cela ne valait pas l'un des repas de Kohaku qui était réellement le meilleur cuisinier que Rin n'avait jamais connu, même s'il disait le contraire. Elle rit de bon cœur, ce soir là, en particulier quand elle réussit à faire avouer à Inuyasha que les protège-bras de Totosai étaient vraiment du beau travail.

Elle quitta la forge le lendemain avec Inuyasha et Myoga qui s'invita dans la chevelure d'Inuyasha. L'automne battait son plein, entre grandes bourrasques de vent et fraîcheur annonçant l'hiver, quand elle se sépara de ses deux compagnons de voyages, quelques jours après. Elle ne sut si elle était soulagée ou déçue. Ils lui avaient rappelé Sesshomaru et Jaken d'une certaine façon, même si les points communs étaient minimes.

Inuyasha avait insisté de l'accompagner jusqu'au village où Kikyo résidait pendant son absence. Rin avait eu un peu de mal au départ pour repérer l'aura de Kikyo à cause de la distance qui les séparait. Depuis qu'elle vivait avec Kikyo, elle ne s'était jamais aussi éloignée d'elle. Inuyasha, pour des raisons que Rin pensait comprendre, s'échappa avec Myoga à l'entrée du village, évitant ainsi de rencontrer Kikyo.

Les retrouvailles avec la prêtresse furent presque chaleureuses, si on pouvait associer cette qualité à Kikyo. Et dès lors, à travers la fin de l'automne, jusqu'à la fin du printemps, elles voyagèrent de village en village, comme elles en avaient eu l'habitude avant. Bien vite, elles gagnèrent une certaine réputation dans les régions de l'est, et furent accueillies en conséquences. Elles déclinèrent les invitations les plus luxueuses, la vie d'une miko n'était pas au service d'un noble comme lui avait dit Kikyo, mais à celui du peuple.

Kikyo continuait à la faire progresser dans ses pouvoirs, repoussant ses limites, au prix de gros efforts. Kikyo était sévère, et Rin l'acceptait. Elle devait apprendre pour vaincre Naraku.

Elle ignorait cependant comment elle le pourrait. La perpétuelle présence du hanyo lui rappelait le danger qu'elle encourrait, la perte du Shikon no Tama. Elle en était la gardienne, peu importe la manière, et elle craignait qu'il réussît à s'en emparer et à la polluer. Les conséquences d'une telle puissance dans les mains de Naraku n'était pas quelque chose que Rin voulait envisager. Mais elle n'avait pas de solution, mise à part… détruire la perle. Et son cœur par la même occasion.

Elle n'en parla pas avec Kikyo, comme elle ne lui avoua pas la relation qu'elle partageait à présent avec Naraku. C'était personnel, un secret inavouable, qu'il fallait cacher au monde. Plus elle y pensait, plus elle savait que la destruction du Shikon no Tama serait son dernier recours, quand l'espoir aurait disparu, elle n'hésiterait pas. Elle le ferait. Mais tant qu'il y avait de la vie…

Parallèlement, elle continua à s'entraîner à 'danser' comme elle et Kohaku avaient appelé ces formes de combat. Le plus souvent seule, mais parfois contre l'esprit de vent même. Elle commençait à distinguer les contours de son adversaire, une silhouette féminine vaguement familière. Rin ignorait pourquoi cet esprit libre l'aidait, mais elle en était contente. Elle était une partenaire redoutable et hors du commun, agile et fluide dans chacune de ses esquives qui dérouta Rin plus d'une fois. Rin apprit beaucoup avec elle, imitant et intégrant les gestes du vent.

Elle travailla aussi avec AhUn, ses alliés de toujours, pour un but différent. Savoir qu'elle avait chuté du dragon, inconsciente pour être sauvée par Sesshomaru l'avait fait réfléchir. Sesshomaru ne serait pas toujours là et elle ne devait surtout pas se mettre à compter sur son aide. Elle n'était plus une enfant. AhUn et elle devaient pouvoir se suffire en cas de problèmes.

Elle avait une confiance totale pour le dragon, et AhUn acceptèrent son idée après avoir grogné dès le début. Le laisser la récupérer dans le vide après une chute vertigineuse en haut du ciel, n'était pas une chose facile à demander, même à AhUn. Leur appréhension mutuelle cessa, quand ils la rattrapèrent plusieurs fois de suite avec succès. AhUn étaient vraiment doués.

Quand le printemps toucha à sa fin, Rin décida de retourner au village chez ses amis. Kikyo ne vit pas d'inconvénient quand Rin lui en parla timidement quelques jours avant l'été. Rin culpabilisait par rapport à la miko, elle resterait seule dans un village alentours pendant qu'elle serait chez Miroku et Sango. Elle savait qu'elle se montrait égoïste à chercher à vivre une vie famille normale, alors que Kikyo s'enfermait dans sa solitude, mais c'était ce qui faisait d'elle une humaine, non ?

Après s'être séparée de Kikyo, Rin rejoignit le village, où elle fut accueillie chaleureusement. Malgré ces quelques mois d'éloignement, la relation qu'elle avait créée avec ses amis, sa deuxième famille était toujours intacte.

Kaede et Miroku l'aidaient à développer ses pouvoirs spirituels, en l'absence de Kikyo. Sango veillait avec Miroku à son éducation. Shippo et Kohaku étaient des partenaires redoutables et ses deux meilleurs amis. Kiyoshi toujours suivi de Ren-chan, réclamait son attention en tant qu' 'Oneechan'. Elle pouvait passer des heures à écouter les choses incroyables que lui racontait Kagome sur son époque. Tout aurait pu passer pour une vie normale, enfin presque. Inuyasha n'était jamais bien loin pour surveiller si un quelconque yokai était assez stupide pour tenter de prendre le Shikon no Tama.

C'était une vie qu'elle profitait jour après jour, sachant parfaitement qu'elle ne durerait pas indéfiniment. Elle essayait de vivre pleinement chaque instant, mais ne pouvant pas échapper au vague sentiment que quelque chose d'essentielle y manquait. Et ignorer cette petite voix au fond d'elle qui criait Sesshomaru n'y changeait rien.

Depuis son dernier séjour, le comportement des villageois à son égard n'était plus le même, en particuliers par rapport aux jeunes hommes du village. Rin en fut soulagée. Elle n'était plus poursuivie par ces demandes de mariage qu'elle trouvait déplacées, même si beaucoup de jeunes filles de son âge se retrouvaient mariées. Rin avait ses responsabilités, et puis… Non, son cœur n'y était pas.

Elle était occupée pourtant, sa réputation de guérisseuse s'étendant dans les villages alentours. Elle recevait des demandes d'aide, qu'elle ne refusait jamais. C'était une vocation au fond, et quelque soit le moment de la journée, ou le temps qu'il faisait, elle n'hésitait pas à se rendre là où on la demandait. Elle n'y allait jamais seule, Kohaku et Shippo, parfois les enfants ou Miroku, Sango et Inuyasha, l'y accompagnait. Ils prétextaient de profiter d'une ballade en dehors du village, mais Rin n'était pas dupe. Ils craignaient une attaque contre elle.

Kohaku avait énormément grandi en ces quelques mois, bien plus que Shippo par exemple. Rin se faisait à l'idée que bientôt, Kohaku aurait dix-sept ans et entrerait officiellement dans la communauté des hommes, comme elle depuis ces treize ans appartenait à celles des femmes. Il ne savait pas quoi faire de sa vie, mis à part accepter les missions d'extermination de yokai, quand Inuyasha et les autres n'étaient pas disponibles.

Quand elle lui demandait s'il pensait épouser une jeune femme du village et fonder une famille, il rougissait et détournait son regard en disant qu'il n'avait pas encore réfléchi à la question. Rin n'insistait pas, même si elle ne le croyait pas vraiment. Tous les autres jeunes hommes du village pensaient à créer leur foyer. Shippo levait les yeux au ciel, et Rin s'était promis de faire parler le kitsune qui en savait apparemment plus qu'elle. Elle n'avait pas encore trouvé l'occasion adéquate.

Une après-midi d'été, elle jouait avec Ren-chan et Kiyoshi au bord de la rivière, en compagnie de ses éternels meilleurs amis, Shippo et Kohaku. Kirara et AhUn veillaient tranquillement sur leur petit groupe. Rin avait entrepris d'apprendre à Ren-chan et Kiyoshi à faire des couronnes de fleurs. Ren-chan qui n'avait pas encore un an et demi était enthousiaste comme son frère qui avait le double de son âge. Ces deux-là riaient tout le temps, même si Ren paraissait plus calme et moins bavarde que son frère au même âge.

Rin se souvenait qu'elle était plus remuante que Haruki quand elle était petite. Haru était le plus sage, veillant toujours à ce qu'elle ne fit pas de bêtise. Bien sûr, elle l'entraînait le plus souvent, et ils finissaient tous les deux grondés par leurs parents. Ren et Kiyoshi n'étaient pas tout à fait comme elle et Haru, mais elle se revoyait avec son frère, quand elle s'occupait d'eux.

L'air était lourd et promettait un orage d'été. Des nuages s'assemblèrent sur le ciel de leur après-midi estival, et le tonnerre commençait à gronder. Ils se décidèrent de rentrer dès les premières gouttes de pluies. Shippo poussa tout le monde à se presser mais Rin savait que fuir la pluie n'était pas la seule raison. Kagome reviendrait après ces quelques semaines d'absence. Elle avait eu beaucoup de travail dans son époque, et s'était absentée assez souvent. Seul Inuyasha pouvait lui rendre visite, et il ne détaillait pas vraiment comment allait Kagome. Elle manquait toujours à Shippo, qui la prenait encore comme une mère.

Ils étaient déjà bien en route, quand Rin sentit un Taiyokai venir, vers le village, vers elle… Et ce n'était pas Sesshomaru. Alors qui ? Et vu la vitesse par laquelle il arrivait, il prendrait moins d'une heure pour arriver. Il venait avec le cœur de l'orage, semblait-il.

« Rin, ça va ? »

Kohaku la regardait avec un soupçon d'inquiétude, tout comme Shippo. Ils la connaissaient, et pouvaient lire quand elle était mal à l'aise, bien trop facilement. Elle fit l'effort de cacher son anxiété, comme Kikyo l'aurait fait. S'il savait qu'un Taiyokai aussi puissant que Sesshomaru allait débarquer d'ici peu, ils se jetteraient dans la bataille, inconscients qu'ils n'avaient aucune chance. Rin en avait une peut-être, grâce au Shikon no Tama, mais elle n'amènerait pas ses meilleurs amis avec elle.

« Non, je vais très bien, dit-elle en forçant un sourire. Dépêchons-nous, l'orage arrive. »

Les deux garçons semblaient circonspects et les enfants aussi paraissaient interrogateurs, mais ils continuèrent en silence. Rin se donnait un peu de temps pour trouver une excuse, même s'il fallait qu'elle trouvât vite.

« Rin-neechan, j'ai oublié la couronne pour Kagome-bachan, dit Kiyoshi d'un air désolé.

- Kiyoshi, commença Kohaku, c'est trop tard maintenant…

- J'y vais. »

C'était maintenant ou jamais pour Rin, la seule chance de s'échapper sans lever les soupçons.

« Mais Rin, tu vois bien qu'il va y avoir un déluge, dit Shippo en regardant les nuages à l'ouest. Si…

- Je prends AhUn, je serai rapide. »

Sans attendre la réponse de l'un de ses amis qui aurait sans doute rechigné, elle fit demi tour et monta sur AhUn qu'elle fit galoper jusqu'à la rivière. De là, elle fit s'envoler le dragon vers le Taiyokai.

Rin repéra rapidement les auras autour d'elle. Kagome était arrivée chez Miroku et Sango avec Inuyasha, comme Kohaku et les autres. Sesshomaru aussi était hors de danger, plus éloigné du village qu'à son habitude, Jaken à ses côtés. Elle avait le champ libre, pour affronter un ennemi qu'elle n'était pas prête pour l'instant d'affronter. Ce n'était pas comme si elle avait le choix. Et peut-être qu'il ne s'avérerait pas une menace. Peut-être. Mais elle en doutait. Plus loin elle serait du village quand elle le rencontrerait, mieux ce serait.

Elle espérait pouvoir l'atteindre avant que son youki n'alertât les autres ou même Sesshomaru. A moins que Sesshomaru fut capable de le ressentir quand même. Qui savait ce qu'il ferait si c'était le cas. Viendrait-il à son aide comme il l'avait fait contre les démons de Naraku ? Non, il ne risquerait pas de souiller sa réputation pour elle, une humaine. Rin repoussa cette partie d'elle-même qui voulait qu'il vînt la protéger, juste parce qu'elle voulait compter pour lui.

Elle ne pouvait s'empêcher d'y croire un peu, puisqu'il était là, toujours présent. Elle n'aurait peut-être pas besoin d'y croire à ce point s'il s'était définitivement absenté de sa vie, après qu'elle avait obtenu le Shikon no Tama. Peut-être pouvait-elle se remettre plus facilement s'il partait, elle ne serait pas si confuse, si perdue.

La partie rationnelle de son être lui disait de l'oublier, de passer à autre chose. Elle devait apprendre à se protéger seule, sans l'aide de quiconque, puis de protéger ceux qu'elle aimait, Sesshomaru y compris. Ce qui était absurde même pour Rin. Sesshomaru n'avait pas besoin d'être protégé, et il n'accepterait jamais de l'être, quand bien même elle le voulait.

Elle refocalisa ses pensées sur le Taiyokai qui approchait rapidement, inexorablement. La pluie tombait maintenant franchement, frappant son visage, et collant ses cheveux contre sa nuque et ses joues. Le Taiyokai était ce sur quoi elle devait se concentrer.

'Il semble que tu aies un problème, compagne de mon âme.

' Naraku ! C'est toi qui a guidé ce yokai vers moi, n'est-ce pas ? Tu sembles trop en savoir pour apparaître à un moment pareil.'

Le rire grave et froid de Naraku résonna au fond de son âme.

'Peut-être bien… Il se peut que je lui aie parlé du Shikon no Tama et de celle qui la portait. Les taiyokai sont tellement avides de pouvoirs… Il a été facile de convaincre Renei d'affronter une vulgaire humaine.

' Renei ?'

Rin avait déjà entendu ce nom là, mais où, elle ne s'en souvenait plus.

'Oh, tu connais ? dit Naraku. Et moi qui voulait te faire une surprise…'

Une surprise. Rin n'était pas tellement étonnée. Depuis voilà un an, il lui envoyait des yokai, comme présents. Elle n'avait pas eu de problèmes, mais elle n'avait jamais eu à faire face à des taiyokai.

'Pourquoi Naraku ? Pourquoi fais-tu cela ? Pourquoi envoyer des yokai les uns après les autres alors que tu pourrais tenter de me tuer toi-même ? Te fais-je tellement peur ?'

Elle le défiait volontairement espérant obtenir une réponse. Il prit son temps avant de répondre.

'J'aime te tester, savoir l'étendue de tes pouvoirs, ta maîtrise sur le Shikon no Tama.

'Me tester ? Tout ça pour me tester ?

'Aucune miko n'a contrôlé la perle comme tu le fais. Peut-être que Midoriko en aurait été capable, ou Kikyo si elle se l'était permise. Tu as su intégrer ce pouvoir, au point que parfois on ne le différencie pas de tes propres pouvoirs. As-tu atteint mon niveau, Rin, toi une faible humaine ? Es-tu devenue mon égale ?'

Rin ne dit rien, sidérée par le discours de Naraku… et choquée aussi. Son… égale ? C'était évident qu'aucune prêtresse avant elle ne maîtrisait le Shikon no Tama comme elle le faisait. Aucune d'elles n'avait eu la perle plantée dans son cœur. Rin hocha la tête et donna un léger coup de talon sur les flancs d'AhUn, accélérant le vol vers le taiyokai Renei.

Là où le vent la guidait, elle trouva une vallée encaissée dans un fossé de terre sombre, lavée par la pluie de l'orage qui grondait toujours. Un terrain parfait pour une éventuelle bataille, loin de toute civilisation.

Elle y fit poser AhUn, et descendit de leur dos. Elle leur murmura tendrement de partir, car le danger était bien trop grand. Mais AhUn n'avaient pas été le fidèle destrier du Seigneur de l'Ouest pendant si longtemps pour ne pas hériter certains de ses traits. L'entêtement était l'un d'eux. Elle céda, du moins pour l'instant.

L'orage grondait plus fort encore. La pluie plaquait ses cheveux habituellement sauvages contre ses joues et ses vêtements de miko contre son corps. Ce n'était pas particulièrement confortable, mais elle se tenait immobile et droite, AhUn derrière elle. Elle attendait patiemment le taiyokai venu pour la tuer, tenant négligemment son arc et une flèche dans ses mains. Calmement, comme Kikyo ou Sesshomaru l'aurait fait.

Elle sentait le taiyokai arriver, à un rythme rapide, son aura puissante pulsant dangereusement. Au moins avec une telle menace autour d'elle, elle n'aurait pas à s'inquiéter d'un quelconque yokai mineur en plus. Elle encocha la flèche et se tendit en bandant l'arc, prête à l'accueillir. Les seuls sons qui entraient dans sa concentration étaient le battement de la pluie et le souffle d'AhUn.

Elle n'avait plus tellement à attendre. AhUn hennirent et battirent de pattes le sol boueux par nervosité et anticipation, mais Rin ne prit pas le temps de les calmer. Il est là, tout près.

Elle aperçut un halo bleu pale volant vers elle, et Rin décocha. La flèche n'atteignit jamais sa cible qui s'arrêta non loin d'elle. Alors que Rin encochait une autre flèche, il se transforma.

La lumière se dissipa pour laisser se détacher un homme qui aurait pu être beau s'il ne paraissait pas aussi méprisant de tout ce qui l'entourait. Il était grand et mince, et sa stature montrait clairement qu'il contenait une force violente qu'il pouvait à n'importe quel instant relâcher, sans pitié. Ses cheveux longs et ondulés cascadaient autour de lui, d'une teinte bleue glacée qui soulignait la froideur de ses yeux pâles. Son visage était ciselé à la perfection, mais c'était un détail plus discret qui attira l'attention de Rin. Un croissant de lune bleu clair ceignait son front. Est-ce un parent de Sesshomaru ?

Elle en devint rapidement certaine, car dans son ensemble on retrouvait beaucoup d'autres traits communs entre lui et Sesshomaru. Des personnes peu observatrices n'auraient sans doute pas fait la différence entre eux, d'un simple coup d'œil. Mais il y avait une distinction essentielle que Rin se savait être la seule capable de faire entre ces deux taiyokai. Derrière sa façade de marbre, Sesshomaru était quelqu'un de passionné. Quand il s'en souvient, il peut ressentir de la compassion. Contrairement à ce taiyokai.

Rin eut envie de se frapper le crâne. Elle se trouvait là en face d'un taiyokai qui voulait sans doute sa mort, et elle se mettait à le comparer avec Sesshomaru. Heureusement que le taiyokai Renei semblait prendre le temps lui aussi de la considérer longuement.

« Ainsi donc, tu es l'humaine qui garde le Shikon no Tama. Je sens ton pouvoir depuis un certain temps, mais Naraku m'a dit que tu ne maîtrises pas encore la perle complètement. Ce qui n'est pas surprenant, humaine… »

Le mépris avec le lequel il crachait le terme d'humaine suffisait à salir une voix qui aurait pu être mélodieuse. Et il irritait Rin plus que tout.

« Que veux-tu ? La perle du Shikon ne te servira à rien. Un taiyokai n'a pas besoin d'utiliser un simple objet pour devenir plus fort. »

En tout cas, c'était ce que pensait Sesshomaru. Il ne s'abaissait pas à avoir la perle comme le ferait tout autre yokai mineur. Rin n'allait pas lui montrer qu'elle était affectée par son ton. Après tout, c'était elle qui pointait une flèche droit vers le cœur du Taiyokai.

« Une telle insolence… Naraku m'a raconté bien des choses intéressantes sur toi, dit-il sans apparaître inquiet de la flèche qui le prenait pour cible. Que tu as vécu avec Sesshomaru pendant un certain temps… Je ne voulais pas y croire, mais la présence du dragon en est la preuve.

- Peut-être, qu'est-ce que ça peut bien te faire ?

- Sesshomaru aurait dû t'apprendre à révérer ceux qui te sont supérieurs, humaine. Jamais je n'aurais cru qu'il deviendrait aussi faible que son père. Mais sache que mon nom est Renei, le grand Seigneur des Terres de l'Est. Ma fille Akue, était la mère de Sesshomaru. »

Maintenant Rin se souvenait où elle avait entendu ce nom. Totosai et Myoga l'avaient cité à un moment. Elle incrimina la malchance et Naraku. De tous les taiyokai qui voulaient le Shikon no Tama, il fallait que ce fût le grand-père de Sesshomaru.

« Avant de te tuer, humaine, reprit-il, dis-moi ce que voulait mon petit-fils en prenant un vulgaire être comme toi avec lui. Est-il vraiment devenu aussi faible que son père, tombant sous ton emprise aussi facilement que Toga l'avait été avec cette saleté d'Izayoi ?

- Vas lui demander, vieil homme, je ne suis pas ici pour répondre à tes stupides… »

Rin n'acheva pas ce qu'elle avait à dire, une main plaquée contre sa gorge la fit percuter contre la montagne. Elle ferma les yeux sous le coup de la douleur. Aie, mon dos… Elle se força à retenir ses larmes qui menaçaient de jaillir de ses paupières fermées. Elle refusait de pleurer devant quelqu'un comme Renei.

« Ne m'appelle pas vieil homme, humaine… »

Sa voix profonde murmurait à son oreille de façon cruelle et sans remords, faisant frissonner Rin malgré elle.

La brise souffla, mêlant leurs cheveux et une odeur que Rin avant appris à reconnaître avec le temps. Son propre sang. Mais aussi… Elle essayait de jeter un coup d'œil sur la main qui la retenait prisonnière. Du poison suintait de ses griffes.

Elle sentit, plus qu'elle ne vit, AhUn se jeter contre Renei, le projetant loin d'elle. Elle tomba à genoux. Renei écarta AhUn qui s'écroulèrent de l'autre côté de la petite vallée dans un hennissement de douleur. AhUn, non ! Au grand soulagement de Rin, le dragon se releva, même avec difficultés.

« AhUn, sauvez-vous ! Allez chercher de l'aide ! »

Rin se relevait avec difficultés, et avait fait appel à toutes ses forces pour crier avant que le dragon ne tentât une ultime attaque contre le taiyokai. AhUn hésitèrent avant d'obéir, trop stupides ou trop téméraires, puis après avoir lancé un dernier regard vers Rin, ils s'envolèrent. Merci, AhUn.

Renei allait les attaquer, mais Rin le frappa son poing propulsant une boule d'énergie purificatrice, qui percuta le taiyokai.

« Renei ! Je suis ton adversaire ! »

Renei avait été suffisamment rapide pour esquiver la majeure partie de la décharge, mais elle avait comme fait effet. Dont l'un non négligeable de l'affaiblir… Renei lui lança un regard qui se teinta de sang. Et d'attiser sa colère. Ca doit être quelque chose qui court dans la famille.

« Humaine ! rugit-il. Ta mort sera l'enfer, douloureuse au-delà de tout espoir de salvation ! »

Oh, définitivement en colère. Elle se souvenait vaguement d'avoir vu Sesshomaru dans un tel état de rage quand elle avait été enlevée par Naraku la dernière fois. Elle n'avait pas vu grand-chose en fait, elle était perdue dans la frontière entre la conscience et l'inconscience. Mais si elle se souvenait bien, il avait commencé à se transformer, en Inu géant. Oh non…

La forme humaine qui était Renei se modifia lentement, prenant de l'ampleur. Avec majesté, il devint un immense chien, à la robe blanche bleutée, dans un rugissement plus puissant que le bruit du tonnerre qui grondait.

Rin tenta de faire face, mais sa vision s'embrumait. Pourquoi… ? Le poison… il commence à agir… Rin tomba une nouvelle fois sur ses genoux, la boue tachant son hakama et ses mains. Elle se sentait épuisée, drainée de ses forces physiques. Non, pas maintenant…

Le grondement sauvage de Renei résonnait dans ses oreilles, forçant Rin à se fermer sur elle-même pour échapper à ce cri de rage. Elle sentit au loin les auras familières qui s'approchaient, mais tellement lointaine. Sesshomaru, Miroku, Sango, Inuyasha et Kagome… Même Myoga-jiji et Jaken, Kirara et AhUn… mais il est trop tard… Je suis si faible, une humaine…

Et tout changea.

Les humains ne sont pas faibles ! Et Renei va l'apprendre !

Rin ne voyait plus, mais elle concentra ses pouvoirs à travers ses mains enterrées dans le sol boueux. Elle puisa dans la perle, et transmit son énergie à la terre droit sur Renei. L'énergie s'amplifia, entourant, non, encageant le taiyokai dont les hurlements semblaient sur le point de briser la montagne elle-même. Rin modela le yokai en humain, et concentra les flots de l'énergie purificatrice jusqu'à ne plus détenir entre les cordes du Shikon qu'un homme.

Un simple humain.

Les ténèbres peuplées de lointaines formes étranges s'abattirent sur les dernières forces de Rin qui voulaient la tenir consciente. La dernière chose qu'elle entendit après le tonnerre assourdissant, fut la voix de Naraku, venue du plus profond de son âme.

'Tu as perdu, Rin.'

Merci encore à Yuki-chan pour la review. Contente que ça te plaise. Le rythme est assez rapide parce que j'ai déjà fini d'écrire cette histoire (cela fait un bon bout de temps, d'ailleurs), mais je recorrige certaines choses. Voilà, voilà, à la prochaine!