Chapitre 6

Les blessures du cœur prennent longtemps à guérir

Miroku regardait le voluptueux et toujours désirable derrière de sa femme, alors que sa main était attirée de façon incontrôlable vers sa forme généreuse.

Clap !

Miroku ne vit jamais le coup venir, mais en sentit toute la force.

« Hoshi-sama… »

Malgré leur bientôt quatre ans de mariage, Sango employait encore ce ton menaçant dans ce genre de situation. Et quand il regardait d'un peu trop près les autres femmes. Comme au bon vieux temps.

C'était devenu un jeu entre eux. Même si parfois ses yeux se baladaient dans les décolletées des autres femmes, Miroku ne pensait pas moins que Sango était bien la plus belle de toutes. Celle qu'il aimait par-dessus tout.

« Voyons Sango, mon amour, les enfants sont sortis et nous sommes seuls…

- Inuyasha et Kagome vont bientôt arriver, et cet orage va nous ramener les enfants bien vite à la maison. Alors garde tes idées perverses pour toi. »

Comme pour confirmer ses paroles, Inuyasha et Kagome entrèrent dans la maison, au grand désespoir de Miroku. Il soupira. Je crois qu'il faudra attendre ce soir…

« Sango-chan ! Où sont les enfants ? demanda Kagome en coupant les pensées ô combien agréablement imagées de Miroku.

- Rin, Kohaku et Shippo les ont emmenés jouer près de la rivière. Mais avec cet orage, ils arriveront très vite, Kagome-chan.

- Tu ne trouves pas que Kohaku-kun et Rin-chan forment un beau couple ? dit Kagome en souriant.

- C'est vrai, ajouta Sango. Et quand ils s'occupent de Ren-chan et Kiyoshi, on dirait une vraie famille. »

Les deux jeunes femmes partagèrent un sourire secret, et Miroku se retint de secouer la tête, désabusé. Apparemment les deux femmes allaient tout faire pour rapprocher les deux jeunes gens. Miroku les plaignit, ils allaient en baver. Pourtant il doutait que le projet de Kagome et Sango arrivât à concrétisation. En particulier…

« Feh, vous avez beaucoup d'espoir si vous voulez amener Rin à tomber amoureuse de Kohaku. »

Il était rare de voir Inuyasha aussi perceptif sur ce genre de sujet. Kagome et Sango étaient toutes autant étonnées que Miroku.

« Inuyasha, commença Kagome.

- Cette fille a le cœur fixé sur une personne seulement, et ce n'est pas Kohaku. »

Les paroles d'Inuyasha firent taire tout le monde. Personne n'ignorait de qui il parlait. Sesshomaru. Rin ne l'avait mentionné qu'une fois en sa présence, mais Miroku pouvait voir qu'il lui manquait. Tout comme il était évident que Sesshomaru n'avait pas oublié la jeune fille qu'il avait autrefois protégée.

Miroku n'avait pas vraiment un droit de regard sur la vie sentimentale de Rin, il n'était pas son père. Et pourtant… Tout ce qu'il souhaitait, c'était son bonheur, tout comme il souhaitait voir Ren et Kiyoshi heureux. Qu'elle le fut avec Kohaku, Sesshomaru, ou un autre homme qui la lui prendrait finalement… Non, l'important était qu'elle put être aimée autant qu'elle le méritait et qu'elle en fut heureuse. Elle était devenue l'aînée de ses enfants. Et pour cela, il veillerait sur elle et sur son bonheur, bien avant de veiller sur le Shikon no Tama.

Les problèmes avaient commencé rapidement, d'ailleurs. L'an passé, les prétendants avaient afflué pour demander la main de Rin. Le Shikon no Tama, qui attirait tout être vivant vers lui en était la raison, mais le fait que Rin se transformait en jolie jeune femme n'aidait pas non plus. Miroku puis Inuyasha avaient discuté avec les jeunes gens du village. Il n'avait pas été difficile de les convaincre de laisser Rin tranquille.

Sango disait que c'était son instinct paternel qui se manifestait et lui faisait voir combien il avait été stupide lui aussi. Miroku n'était pas d'accord sur ce dernier point. Il avait été différent. Enfin… à peu de choses près. Il espérait en tout cas, que Ren ne poserait pas autant de problèmes, plus tard.

Le silence qui s'était installé fut interrompu par l'entrée bruyante des enfants et de Kirara. Ren-chan sauta des bras de Shippo pour courir vers Sango, une couronne de fleurs à la main.

« Regarde, 'Kaasan pour toi ! Neechan m'a appris à faire ! »

Sango sourit à leur fille, et Miroku sentit son cœur se réchauffer quand Ren posa sa couronne sur la tête de sa mère. Ren-chan courut ensuite dans les bras de Kagome. Miroku ne manqua pas l'expression d'envie qui toucha les traits d'Inuyasha en les voyant.

« Kagome-basan ! dit Kiyoshi un peu penaud. J'ai oublié ta couronne, pardon !

- Ce n'est rien, Kiyoshi-chan, ce sera pour la prochaine fois.

- Non, Rin-neechan a pris AhUn pour aller la chercher près de la rivière ! »

Miroku tourna vivement vers Kiyoshi. Inuyasha avait fait de même. Les escapades brusques de Rin n'étaient généralement pas un bon signe, elle était souvent partie contre un yokai de cette façon. Et depuis les hordes de yokai de l'an passé, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter quand elle s'envolait avec le dragon. Elle pouvait être tellement imprévisible.

« Je vais voir ce qu'elle fait, déclara Inuyasha en se levant.

- Je vais avec toi, dit Miroku.

- Vous ne croyez pas…, commença Sango.

- On n'est jamais trop prudent, déclara Miroku. Kagome ?

Le visage de la miko s'était légèrement crispé.

« Rin a menti, elle n'est pas à la rivière. Je pourrais sentir plus facilement la perle si c'était le cas. »

L'énergie du Shikon no Tama prit Miroku de surprise ne battant dans sa main.

« Otosan ! cria Kiyoshi en tenant sa main droite. C'est comme la dernière fois ! »

Ren aussi tenait sa main, ses yeux écarquillés par la peur.

« Rin est en danger, déclara-t-il avec plus de calme qu'il ne ressentait.

- Quoi !? cria Kohaku. Mais elle était si calme cette fois-ci… pas comme l'année dernière.

- Inuyasha, on y va. Kirara ! appela Miroku en courant vers la sortie.

- Miroku, cria Sango en posant sa couronne de fleurs sur la table, Kagome et moi venons.

- Et nous, déclara Kohaku soutenu par Shippo.

- Non Kohaku, dit Sango en montant sur Kirara, vous restez pour protéger le village, et les enfants.

- Mais…

- Il n'y a pas de mais ! » conclut-elle alors qu'elle faisait partir Kirara au galop.

Inuyasha courait à leur côté, Kagome perchée sur son dos.

« Fais chier, déclara Inuyasha. Avec cette pluie, je ne pourrais pas sentir son odeur. Kagome, tu sais où elle est ?

- Vers l'ouest, répondit-elle. Si nous nous dépêchons, nous y serrons bientôt. Mais… je sens un yokai avec elle, vraiment puissant.

- Quelqu'un qu'on connaît ? demanda Sango avec inquiétude.

- Non, je ne crois pas. »

Miroku ne savait pas comment le prendre. Cela voulait dire que Naraku n'était pas avec Rin, mais apparemment pas Sesshomaru non plus. Qui était-ce ? Un autres de ces yokai qui voulaient la perle ? Mais c'était différent cette fois-ci. Rin était en réel danger.

« Sango, murmura-t-il en serrant la taille de sa femme devant lui, peut-être aurait-il mieux valu que tu restes au village ?

- Non, si l'un de mes enfants est en danger, je ferai tout pour l'en sortir, Miroku. »

Il ne répondit pas. Il comprenait ce qu'elle ressentait.

Ils suivirent sous la pluie et les coups de tonnerre la direction qu'avait pointée Kagome. La main de Miroku pulsait doucement, lui rappelant que chaque seconde amenait inexorablement Rin à sa mort.


Sesshomaru était assis sous un saule, permettant pour une fois à Jaken de se reposer. L'air lourd promettait un orage d'été, mais Sesshomaru y était indifférent.

Ses errances n'avaient été d'aucune utilité. Rien depuis l'attaque de Rin l'année précédente n'indiquait ce que Naraku pouvait préparer ou l'endroit où il se cachait. Il était toujours vivant mais pouvait aussi bien être mort. A vrai dire, Sesshomaru n'avait pas pris le temps de bien chercher. Il suivait une piste, c'était certain, mais pas la bonne. Il suivait l'odeur de Rin.

Il s'éloignait rarement d'elle et de son parfum de fleurs sauvages, comme ce jour là. Même ainsi, il n'arrivait pas à se débarrasser d'elle dans ses pensées, jours après jours, nuits après nuits. Son visage, non plus celui de l'enfant au sourire spontané, mais de la jeune fille sérieuse dans son sommeil, était imprégné dans sa mémoire.

Elle avait été stupide, ce jour d'été, quand elle chercha à vaincre les yokai de Naraku. Elle était loin d'être une guerrière, mais à la grande surprise de Sesshomaru elle y parvint. Il avait sous-estimé qu'elle devenait une miko aussi rapidement. Elle était déjà un danger pour la race des yokai, mais Sesshomaru ne fit rien contre elle. Il ne pouvait pas s'y résoudre.

La distance n'avait rien fait. Il ne sentait plus son odeur, mais percevait son aura, plus maintenant qu'auparavant. La force de Shikon no Tama atteignait une puissance que la perle n'avait jamais égalée, avant le règne de Naraku, et après. S'il ne la suivait pas, elle le poursuivait dans son esprit, sans savoir ce qu'elle faisait vraiment.

Sesshomaru en était plus qu'irrité.

« Jaken. »

Sesshomaru aurait pu réveiller son serviteur par un coup de pied. Il aurait pu sans doute calmer sa frustration ainsi. Ou peut-être pas. Pas que ce fût vraiment nécessaire. Le crapaud se leva d'un bon, sans rechigner, prêt à le suivre là où il irait. Comme l'aurait fait Rin.

Le tonnerre gronda au sud-ouest, et une pluie fine commença à tomber. Il s'aperçut alors que l'aura de Rin se dirigeait vers le cœur de l'orage.

Sesshomaru s'abstint d'obéir à son instinct qui lui ordonnait de la rejoindre. Trop souvent, cela était arrivé par le passé. Il marcha dans sa direction pourtant, incapable de réprimer ce sentiment de curiosité qu'il avait quand Rin était concernée. Au moins il ne se déshonorerait pas en pressant l'allure.

Le vent, venant du cœur de l'orage, souffla sur la plaine, reconnaissable entre tous. Kagura venait le voir, apportant d'autres odeurs qui ne lui appartenaient pas, plus confuses, mais qu'il identifia. Une qu'il n'avait senti depuis bien des décennies, celle de Renei, son grand-père. Et du sang aussi… Le sang de Rin.

« Sesshomaru-sama ! » hurla la voix grinçante de Jaken.

Sesshomaru l'ignora, courant, s'envolant vers la sources des ses odeurs… vers Rin. Son grand-père auprès de Rin ? Renei était un homme fier et dangereux, avide de pouvoir. La raison la plus évidente pour expliquer ce que voulait le Seigneur des Terres de l'Ouest avec Rin était le Shikon no Tama.

Sesshomaru se mit à mépriser l'homme qu'il avait admiré plus que tout après son propre père, autrefois. Renei ne se montrait plus à la hauteur de son rang, cherchant comme les plus bas des yokai, à atteindre un pouvoir qu'il était incapable d'obtenir par ses propres moyens. Jamais, il n'aurait cru voir Renei s'abaisser à ce point. Que devenait la race des Inuyokai ? Pathétique.

L'odeur du sang préoccupa bien plus Sesshomaru. Elle était encore en danger. Mais il savait qu'elle vivait. Comment, il n'en avait aucune idée. Il avait juste la certitude que si elle venait à mourir, il le saurait. Ce qu'il craignait était l'état dans lequel il la trouverait. Ce n'était pas de la peur, non, Sesshomaru était au dessus de ce sentiment. Il l'avait déjà ressenti auparavant, mais il ne le voulait pas pour elle, il ne voulait pas…

Il se concentra sur sa colère, une émotion chaotique, bien plus productive que les autres. Même s'ils partageaient le même sang, Renei payerait pour s'être abaissé ainsi. Pour avoir touché Rin.

Il fut à peine surpris quand il se rendit compte que Rin était passée devant le seul membre de sa famille encore vivant qu'il avait un jour respecté. Il ignorait si ce changement de loyauté, en l'absence d'autres termes plus appropriés, était récent ou pas. Sesshomaru avait choisi, indéniablement, et il ne changeait jamais ses résolutions. Surtout quand elles concernaient Rin.

Sesshomaru gagnait une vallée encaissée quand il sentit l'immense énergie du Shikon no Tama se libérer. La cible devait être Renei. Il vola plus vite encore. Une victoire de Rin ne signifiait pas obligatoirement une bonne nouvelle.

Il survola pendant un lapse de temps qui lui parut bien trop grand la vallée, vers le lieu où il avait ressenti le pouvoir de la perle. Au détour de deux falaises, il vit un humain aux cheveux bleu pâle penché sur la forme étendue de Rin.

Un humain ? Là où aurait dû se tenir Renei ? Aurait-elle… ?!

L'humain avait visiblement rampé pour arriver auprès de Rin. Il la prit contre lui, alors que Sesshomaru se posait en quittant sa forme de sphère lumineuse. L'homme se retourna vers lui, maintenant toujours Rin dont la tête tâchée de boue et de sang pendait contre sa poitrine. Il n'y avait aucun doute, c'était bien Renei, même s'il avait perdu son croissant de lune sur le front et tous ses autres insignes qui le marquaient démon. Mais ce n'était pas ce qui fit hésiter Sesshomaru. Renei tenait fermement Rin, sa main gauche placée sur la poitrine de la jeune fille comme s'il cherchait à atteindre son cœur et le Shikon no Tama.

De nouvelles odeurs lui arrivèrent, toutes familières mais la plupart désagréables. Il tolérait AhUn, mais ce n'était pas le cas pour Inuyasha et ses amis humains. Il ne leur pardonnait pas d'avoir laissé Rin courir dans une telle situation.

Sesshomaru se refocalisa sur l'humain, le problème le plus urgent à résoudre.

« Sesshomaru, mon petit-fils, aide-moi, je t'en prie. Cette… cette chose m'a transformé en humain, moi le grand Seigneur de l'Est. »

Les yeux de Sesshomaru se rétrécir en fixant l'homme tombé plus bas que la pire des vermines. Il en était là, à le supplier, sans avoir conservé une once de fierté. Sesshomaru allait lui lancer une remarque acerbe si l'arrivée d'Inuyasha et de sa bande ne l'interrompit pas.

« Relâche-la, aboya le hanyo, ou tu auras à faire à nous ! »

Renei regard Inuyasha avec mépris. Cela aurait pu paraître légitime, si Renei n'était pas lui-même devenu un humain.

« Tu es… Inuyasha, l'immondice qui naquit de Toga et de l'humaine Izayoi.

- Répète pour voir ! »

Inuyasha s'apprêtait à attaquer Renei, mais son humaine le retint.

« Inuyasha ! Il détient Rin ! »

Ce qui arrêta Inuyasha dans son attention, en le faisant jurer de frustration. Il fixa Renei avec rage.

« Sesshomaru, pourquoi cette pathétique excuse de hanyo est encore en vie ? J'aurais cru que tu l'aurais tué. As-tu oublié la souffrance de ta mère ? Akue, ma fille unique… »

Inuyasha et ses compagnons ne cachèrent pas leur surprise mais Sesshomaru les ignora. Il avait fallu que Renei ne l'évoquât, elle, sa mère. Cette femme, forte et froide comme une lame de sabre, s'était tuée devant ses yeux à la suite de l'adultère de son mari. Son père ne l'avait même pas fait revivre, lui qui détenait le Tenseiga. Mais c'était pour l'autre, l'humaine Izayoi. Celle qu'il préférait voir vivre.

Contrairement à ce que pensait Renei, Sesshomaru ne se sentait pas le besoin ou le devoir de venger l'affront de sa mère. Elle l'avait abandonné ce jour-là, elle avait choisi sa mort devant son propre fils. Peut-être même qu'elle l'avait abandonné bien auparavant.

« La vie de hanyo ne m'intéresse pas, Renei. Relâche la fille. »

Sesshomaru n'avait aucune attention de montrer du respect à son aïeul. Renei en était clairement choqué.

« La vie d'une vulgaire humaine compte plus pour toi que les liens de sang. Tu es donc devenu aussi faible que ton père…

- L'être faible ici, c'est toi, répondit Sesshomaru.

- Je ne le nie pas. Cette fille m'a donné ce faible corps et m'a privé de mon youki. Mais avec la perle, je reprendrai ce qu'elle m'a volé, et bien plus que cela, je surpasserai n'importe quel taiyokai. Je partagerai ce pouvoir avec toi, Sesshomaru, toi le fils que je n'ai pas eu.

- Je n'ai eu qu'un seul père, Renei, et ce ne fut jamais toi. »

Sesshomaru n'avait jusqu'à présent jamais fait la paix avec son père depuis la mort de sa mère. Il le respectait, l'admirait, mais il ne lui pardonnait pas pour avoir choisi une humaine sur sa propre famille. Il avait fallu Rin pour trouver une entente avec lui.

« Tu es bien le fils de Toga. »

Avec un rictus dégoûté, Renei enfonça ses doigts dans l'estomac de Rin, sous son cœur, entraînant les cris des humaines qui accompagnaient Inuyasha. Sesshomaru n'hésita plus. Il envoya son fouet de youki enserrer la main de Renei, retenant sa main d'entrer plus profondément dans le corps de Rin, et dévorant lentement la chaire de son poignet. Même en humain, Renei avait de l'honneur car il masqua parfaitement la douleur qu'il devait ressentir.

« Qu'importe si tu me tues aujourd'hui, Sesshomaru, cracha-t-il. L'humaine mourra, mon poison circule déjà dans son sang. Même le Tenseiga ne pourra rien pour elle. »

Sesshomaru bascula un peu plus vers la colère. Avec sa rapidité de yokai, il écarta Rin et sauta sur Renei plantant ses griffes dans son cœur. Lorsqu'il sortit sa main du corps de Renei, un flot de sang s'échappa maculant le sol boueux et Rin à terre.

« Rin-chan ! » cria la taijiya.

Sesshomaru était déjà agenouillé près de Rin, lui soulevant la tête doucement pour la poser sur ses genoux. Elle vivait toujours, mais son cœur commençait à faiblir, son battement devenant presque inaudible à l'oreille yokai de Sesshomaru. Son visage sali par la boue était crispé dans une expression de douleur. Ses traits se détendaient, pourtant, comme si elle tombait dans le sommeil profond qui suivait les cauchemars. Mais ce n'était pas cela. Ses souffrances s'effaçaient remplacées par la mort.

Je pourrais… je pourrais la laisser partir… Elle mourrait, comme elle l'aurait dû il y a tant d'années de cela. Et… elle cesserait alors d'être ma faiblesse. Car elle l'était. Il ne l'avouerait jamais, mais elle était l'un de ses deux pont faibles : elle, et le bras qu'il avait irrémédiablement perdu. Il avait la possibilité de changer la donne. Renei avait raison, le Tenseiga n'avait jamais prouvé qu'il pût guérir le poison. S'il essayait, Rin succomberait à nouveau au youki empoisonné infiltré dans son sang. Et la laisser mourir serait lui rendre service aussi. Elle n'aurait plus à affronter Naraku.

Mais je ne peux pas… Il ne pouvait envisager un monde sans Rin. C'était comme un ciel sans soleil, ou une nuit sans lune. Tellement vide de lumière. Il devait la sauver, elle, la plus pernicieuse de ses faiblesses. Il ne lui restait qu'une chose à faire.

Sans faire attention aux humains et à Inuyasha autour de lui, il se mordit la main jusqu'au sang, jusqu'à en faire perler le long de ses doigts. Il utilisa ses griffes pour entailler le bras de Rin. Son sang entra dans la nouvelle blessure de Rin, et se mêla au sien.

« Qu'est-ce que… » commença l'humaine d'Inuyasha.

Elle fut coupée par la petite voix de Myoga qui débarqua de nul part.

« Arrêtez Kagome-sama !

- Myoga-jiji ? s'exclama Inuyasha.

- C'est la seule chance pour Rin-sama de survivre. Sesshomaru-sama est naturellement protégé contre les poisons. Son sang pourra permettre à Rin-sama de lutter contre celui de Renei-sama. »

Sesshomaru toujours concentré sur sa tâche, se demanda comment le vieux pou avait trouvé suffisamment de courage pour venir jusqu'ici. Il se montrait au moins utile. Sesshomaru n'avait pas la patience pour s'expliquer.

La plaie de Sesshomaru se cicatrisait déjà. Il se mordit une nouvelle fois la main pour obtenir plus de sang. Il reprit l'opération plusieurs fois de suite, complètement indifférent à la pluie, l'orage ou les regards inquiets qui suivaient le moindre de ses faits et gestes. Il ne savait même pas si ce qu'il faisait serait suffisant. Même en petite quantité, le poison de Renei était puissant.

« Sesshomaru-sama, dit Myoga, il faudrait peut-être arrêter. On ne sait pas ce que le sang de yokai pourrait faire en interaction avec le Shikon no Tama. »

Une remarque qui eut l'effet escompté de l'arrêter. Le vieux avait un point. Une miko avait tendance à purifier instinctivement un youki. C'était une loi universelle qui expliquait pourquoi moines et prêtresses étaient les ennemis naturels des démons. A l'intérieur de Rin, et avec le Shikon no Tama, son youki pouvait tout aussi bien être purifier, rendant l'antidote inefficace, et les chances de guérisons de Rin complètement nulles.

« C'est à notre tour de nous occuper d'elle, dit la miko. Il faut trouver un abri, Rin est trop affaiblie pour être transportée au village sans risquer de mourir en chemin.

- Il y a une caverne en haut, dit Inuyasha, peut-être… »

Sans attendre la fin de la phrase, Sesshomaru prit Rin au creux de son bras et s'envola vers la dite caverne. Les humains les rejoindraient immédiatement, pour veiller à sauver Rin. S'ils échouaient…

Sesshomaru jeta un coup d'œil circulaire sur la caverne. Elle était spacieuse, et protégerait Rin de la pluie, à défaut d'être isolée du vent. C'était mieux que rien. Il déposa Rin au fond de la caverne, tandis que les autres arrivaient.

« Miroku, Inuyasha, Sesshomaru, dit la miko, vous attendez dehors.

- Pourquoi, humaine, crois-tu pouvoir me donner des ordres ? demanda Sesshomaru d'une voix glaciale.

- Je vais ausculter Rin et panser ses plaies, répondit-elle sur le même ton. Ce qui signifie que je vais devoir la déshabiller. »

En effet. Sesshomaru ne répondit pas. Ce serait admettre l'embarras qu'engendrait la situation. Il fixa Inuyasha et le moine froidement, et tous deux déglutirent. Le moine fut le premier à comprendre le message, en montant sur le félin yokai pour descendre hors de la caverne. Inuyasha sauta le rejoindre.

Sesshomaru jeta un dernier coup d'œil aux trois femmes, considérant plus longuement la forme allongée de Rin. Elle ne devait pas mourir, elle n'en avait pas le droit. Il en avait décidé ainsi. Elle était sa faiblesse, comme ce bras qui ne guérirait jamais. Il l'avait accepté, même si cela ne lui avançait à rien. Tellement inutile…

Il lança sa main dans le vide pour attraper Myoga qui avait tenté de se faire oublier. Le pou n'était pas que peureux, il restait un pervers, malgré ses siècles de vie. Il laisserait AhUn rester près de Rin, c'était leur rôle de la protéger. En quittant la caverne, Sesshomaru se fit un plaisir de calmer les sentiments anarchiques qu'il avait encore en pressant le vieux Myoga au creux de sa main.


Il pleuvait toujours mais au moins le tonnerre s'était arrêté de gronder. Inuyasha sauta rejoindre Miroku, qui caressait distraitement le pelage de Kirara, au pied de la falaise. Sesshomaru ne tarda pas à venir. Inuyasha put voir avec un plaisir puéril que les vêtements de Sesshomaru étaient tâchés de sang et de boue. Il a moins ses airs de grand prince, hein ?

« Inu… yasha-sama… »

C'était la voix fable de Myoga-jiji dont la provenance correspondait exactement au poing fermé de Sesshomaru.

« Sesshomaru, » gronda Inuyasha avec un ton menaçant.

Sesshomaru lui donna un regard froid, levant légèrement un sourcil, sans lui répondre. Inuyasha détestait quand il faisait cela.

« Laisse Myoga ! aboya-t-il finalement.

- Tu veux ton pitoyable serviteur, Inuyasha ? Attrape-le, alors. »

Inuyasha eut juste le réflexe de récupérer Myoga. Il regarda le pou au creux de sa main. Myoga s'était évanoui. Encore un peu, et il serait mort.

« Qu'est-ce que tu fous, Sesshomaru ! Tu allais le tuer ! »

Sesshomaru ne s'intéressait visiblement pas à lui, son regard levé sur l'entrée de la caverne. Inuyasha pouvait entendre les voix de Sango et Kagome, ce qui signifiait que Sesshomaru discernait parfaitement la conversation entre les deux femmes. C'était une autre chose qu'il détestait chez son frère : son ouïe bien plus développée que la sienne.

Sesshomaru continuait à paraître aussi désagréablement impassible qu'à son habitude, mais Inuyasha n'était pas dupe. Sesshomaru était inquiet pour Rin. Merde, on l'est tous ! Si elle n'avait pas décidé de partir toute seule aussi !

Miroku était silencieux. Inuyasha préférait ne pas imaginer ce que son ami pouvait ressentir. Il avait toujours été plus proche de Rin que lui. Peut-être pour oublier l'espace d'un instant son angoisse, Miroku s'approcha du corps de l'homme Renei.

« Rin a purifié ce yokai en humain ? demanda-t-il à mi-voix. Etait-il vraiment votre grand-père Sesshomaru ? »

Après un bref regard dans leur direction, Sesshomaru ne prit même pas la peine de répondre. Mais Myoga était finalement sorti de son sommeil.

« Oui, dit-il de sa petite voix, Renei-sama était le grand Taiyokai des Terres de l'Est. Il maîtrisait parfaitement le poison et les éléments de l'orage et de la terre. Tous le considéraient comme le plus grand Inuyokai après l'Inutaisho lui-même, Toga-sama. Quand les deux Seigneurs de l'Est et de l'Ouest firent alliance, Renei-sama offrit sa fille, Akue-sama en mariage à Toga-sama qui…

- Serviteur ! Garde ta place en dehors d'affaires qui ne te concernent pas ! »

Au ton de Sesshomaru, Myoga sauta se cacher dans la chevelure d'Inuyasha qui n'avait certainement pas l'intention de laisser croire à son demi-frère qu'il pouvait tout commander.

« Sesshomaru, t'as peur qu'il parle de ta mère ? Elle devait être une sacrée garce si… »

Le poing de Sesshomaru l'interrompit avec violence, en le propulsant contre la paroi de pierre. Il ne laissa même pas le temps à Inuyasha de riposter, sa main tenant étroitement son cou en le plaquant contre la roche. Et c'est reparti… Les attaques de Sesshomaru manquaient vraiment d'originalité. Alors pourquoi est-ce que je me fais toujours avoir ? demanda une voix moqueuse qu'il fit taire sur le champs.

« Ne parle jamais de ma mère, Inuyasha. »

Le regard doré de Sesshomaru était froid, implacable. L'espace d'un instant, Inuyasha crut que son demi-frère allait le tuer. Pourtant, même sous se regard qui voulait lui imposer sa volonté au prix de sa vie, Inuyasha se rebella.

« Va en enfer. »

Une étincelle qui ressemblait à la colère passa dans les yeux de Sesshomaru qui pressa un peu plus sa gorge. Inuyasha commençait à avoir des difficultés à respirer.

« Sesshomaru, dit Miroku en s'interposant, ce n'est pas le moment pour vous battre. Rin est peut-être en train de mourir en ce moment même. »

Les paroles de Miroku semblèrent toucher Sesshomaru. Quelque chose –un sentiment ? – traversa ses yeux. Finalement, l'étau qu'étaient les doigts de Sesshomaru s'ouvrit, et il s'écarta. Inuyasha passa sa main sur sa gorge douloureuse, et s'apprêta de répliquer avec un langage coloré.

« Et cela vaut pour toi aussi, Inuyasha, dit Miroku sévèrement. Nous n'avons pas besoin d'envenimer la situation. »

Inuyasha se força à se taire, plus pour Miroku que pour une autre raison. Le moine se souciait déjà de Rin, il n'avait pas besoin de les voir s'entretuer.

Sesshomaru avait les yeux fermés, mais Inuyasha devinait que toute son attention était de nouveau braquée sur la caverne. Il se pouvait même qu'il sût l'état de Rin. Inuyasha, non pour la première fois, se demandait ce que devait ressentir Sesshomaru à propos de Rin. Il y avait eu cette lueur d'émotion dans ses yeux quand Miroku avait mentionné la santé de la jeune fille. Ce n'était pas de la haine, ni du mépris ou de la colère, les seuls sentiments qu'Inuyasha avait discernés chez lui. C'était comme si…

Une odeur assez familière arrivant à ses narines, coupa court à ses pensées. Inuyasha en identifiant son propriétaire comprit pourquoi Sesshomaru n'avait pas réagi plus tôt à l'approche d'un petit yokai vert et insupportable, lui qui avait un meilleur odorat. Oh, non pas lui…

« Sesshomaru-samaaaa ! »

Le démon crapaud, enfin s'il appartenait à une quelconque espèce particulière de démon, courut dans leur direction.

« Sesshomaru-sama, je vous ai cherché… qu'est-ce que… »

Jaken sembla se rendre enfin compte que Sesshomaru n'était pas seul. Il lança une grimace méprisante à Inuyasha qui le lui renvoya. Apparemment, Inuyasha réussit à effrayer le crapaud, qui recula d'un pas et s'intéressa à tout ce qui n'était pas lui. Sesshomaru ne fit aucun signe qu'il avait pris connaissance de la présence de son serviteur. Non, il s'en moquait complètement.

« Maître ! s'écria Jaken soudain son inspection s'étant fini sur le corps de Renei. C'est… Renei-sama… Comment…? »

Sesshomaru n'était pas d'humeur à lui répondre. Il ne rouvrit même pas les yeux. Miroku se sacrifia alors pour donner les explications manquantes au petit yokai. Jaken parut complètement horrifié lorsqu'il apprit que Rin avait transformé Renei en humain. Il était même risible. Si Inuyasha n'était pas interloqué par la proportion qu'avaient prise les pouvoirs de Rin, il ne se serait pas gêné pour se moquer de lui.

« Ce… ce n'est tout simplement pas possible, dit Jaken.

- En temps normal, je ne crois pas, répondit Miroku. Mais Rin a le potentiel d'une formidable miko grâce au Shikon no Tama. Parfois, elle donne l'impression de pouvoir accomplir l'impossible. Seul Naraku avait une telle emprise sur la perle. C'était pour cette raison que nous avions fini par penser que dès que nous aurions la perle, il serait nécessaire de la détruire. Rien de bon n'en venait. Mais il devint évident quand Rin obtint la perle, que nous pouvions la détruire sans la tuer. Et je ne le regrette pas. Elle a prouvé qu'il existe une autre facette aux immenses pouvoirs du Shikon no Tama. Plus… positive…

- Plus positive ?! hurla Jaken. Elle… elle…

- Jaken, dit Sesshomaru en les regardant enfin, silence. »

Encore un don qu'Inuyasha enviait chez son demi-frère. Ordonner son monde sans même élever la voix. Feh, même s'il a pas le Tessaiga, il a vraiment pas de quoi se plaindre.

« Rin peut contrebalancer le pouvoir de Naraku, continua Miroku en regardant sa main droite. Du moins, je le crois.

- Qu'est-ce qui te fait dire cela, moine ? » demanda Sesshomaru.

Inuyasha fut surpris par l'intérêt soudain de Sesshomaru pour la conversation. Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire ? Il avait voulu couper les ponts avec Rin. Mais il était là aujourd'hui… Inuyasha n'avait jamais compris Sesshomaru, ce n'était pas aujourd'hui qu'il commencerait.

Miroku sembla considérer pensivement la question qui lui était posée.

« Il y a deux ans, dit-il enfin, Rin a arrêté la progression du kazaana. Naraku avait lui-même infligé cette malédiction à mon grand-père, condamnant par la même occasion toute sa descendance. Ma descendance. Rin l'a arrêtée. Elle a risqué sa vie pour la mienne, et bien plus encore, elle a épargné mes enfants, Kiyoshi et Ren-chan, qui n'en auront pas à en souffrir. Et je lui en suis reconnaissant. Bien plus que des simples mots peuvent le décrire. »

Inuyasha considéra son ami, grattant distraitement sa tête là où Myoga avait dû le piquer. Bien sûr il savait que Miroku était attaché à Rin, mais cela l'étonnait toujours de le voir. Miroku était devenu un père, plus avec l'arrivée de Rin dans la famille que jamais.

« Ren-chan ? » répéta Jaken.

Miroku sourit.

« C'est le nom de notre petite dernière. Elle n'a pas encore un an et demi, mais elle adore Rin, comme Kiyoshi qui la considère comme une grande sœur. C'était l'idée de Sango de l'appeler ainsi après que Rin l'avait sauvé d'une fausse-couche… »

Sesshomaru les quitta brusquement, rejoignant d'un bond la caverne.

« Hé, Sesshomaru ! cria Inuyasha. Elles ne nous ont pas appelés, qu'est-ce que… »

Sesshomaru était déjà entré, quand Kagome surgit de son embouchure.

« Miroku, Inuyasha, Myoga ! appela-t-elle. Vous pouvez venir maintenant ! »

Kirara reprit sa forme géante, sur laquelle Miroku monta.

« Maître ! »

Jaken trépignait, incapable de monter la roche jusqu'en haut de la grotte. Miroku et Inuyasha se regardèrent. Avant que Miroku n'ouvrît la bouche, Inuyasha se pressa de parler.

« Tu le prends avec toi. »

Il n'attendit pas la réponse du moine, et sauta rejoindre les autre en haut.

Sesshomaru était posté près de l'entrée. Ses yeux surveillaient la région perdue entre les falaises, mais il n'était pas difficile de deviner qu'il était tout aussi attentif à la forme allongée près de Sango. Rin était emmitouflée dans une couverture que Kagome avait dû trouver dans les sacs de voyage de Rin sur les flancs d'AhUn.

Miroku arriva derrière lui, avec Jaken qui se cramponnait fermement à la fourrure de Kirara. Ils descendirent, Jaken avec plus de soulagement que nécessaire, et Kirara reprit sa forme de chaton. Ce n'était pas plus mal, avec AhUn déjà dans la caverne, ils n'avaient pas besoin d'un autre yokai immense pour monopoliser l'espace libre.

« Alors ? demanda Miroku.

- Nous avons pu soigner ses blessures, répondit Kagome, et heureusement elles n'étaient pas nombreuses. Pourtant je pense que celle sous sa poitrine laissera quand même une cicatrice, mais rien de plus. Ce qui m'inquiète vraiment, c'est le poison. Malgré le sang de Sesshomaru, elle a beaucoup de fièvre et est affaiblie. Il faudrait que je ramène des médicaments, mais je pense que tout dépend de son organisme. »

Les paroles de Kagome n'avaient rien de rassurant. Tous essayèrent de masquer leur inquiétude en prenant au plus vite les décisions qu'il fallait. Miroku et Kagome iraient avec Kirara au village pour chercher les vivres et le matériel qui leur étaient nécessaires et prévenir les autres. Sango et Inuyasha resteraient pour veiller Rin, Sango à son chevet, et Inuyasha en tant que gardien contre les probables yokai qui viendraient à traîner dans les alentours du Shikon no Tama.

« Et toi Sesshomaru, demanda Inuyasha, quel est ton rôle dans tout ça ? »

C'était le défier, lui rappeler que sa place n'était pas parmi eux, ni même près de Rin qu'il avait rejetée depuis trois ans. Inuyasha supportait mal le comportement hypocrite de son demi-frère.

« Inuyasha, tempéra Kagome, voyons…

- Des yokai sont attirés par le Shikon no Tama comme des mouches par une carcasse putride. La présence d'un Taiyokai à proximité découragera les plus intelligents de s'approcher. Les autres… je m'en chargerai.

- Je peux très bien le faire sans toi, dit Inuyasha avec venin. Comme moi, Kagome, Sango, et Miroku l'avons dit avant que tu rentres dans l'histoire ! »

Sesshomaru leva un sourcil donnant à Inuyasha la franche envie de le frapper.

« Oh ? Alors pourquoi en sommes-nous arrivés à cette situation ? dit Sesshomaru en indiquant Rin d'un geste vague de la main. Je crois que tu t'es montré complètement incompétent sur ce problème. »

Ouais, je vais le tuer ! Mais Kagome retint sa manche.

« Inuyasha, il a peut-être raison, dit-elle. Je serai plus rassurée si vous étiez deux à veiller sur la sécurité de Rin. »

Inuyasha se força à ravaler son envie meurtrière. Il comprenait le raisonnement de Kagome. Mais s'il devait y avoir un compromis, Inuyasha n'était pas obligé de l'apprécier.

« Pourquoi tu fais ça, Sesshomaru ? finit-il par demander.

- Cela ne te regarde pas, Inuyasha. »

Sesshomaru lui tourna le dos, indiquant clairement que le sujet était clos. Apparemment, ils faisaient une trêve, mais Inuyasha ne savait pas s'il serait capable de supporter son imbécile de demi-frère suffisamment longtemps. Il n'avait plus qu'à espérer que Rin se rétablît vite. Pour son bien et celui de Sesshomaru.


La pluie n'avait cessé de tomber depuis deux jours. Deux jours durant lesquels Sango n'avait pas vu Kiyoshi, Ren-chan, Kohaku ou Shippo. Deux jours, et la fièvre de Rin était toujours aussi élevée, malgré leur constante attention, les remèdes de Kagome, et les compétences de celle-ci dans les médecines avancées. Rin ne se rétablissait pas. La seule bonne nouvelle venait du fait que son état ne s'empirait pas non plus.

Myoga les avaient déjà quittés, préférant sans doute éviter d'être présent si un conflit apparaissait entre Sesshomaru et Inuyasha. Ils avaient eu de la chance pour l'instant. Les deux frères s'entendaient plutôt bien, ce qui signifiait qu'ils s'ignoraient plutôt bien.

Miroku avait proposé à Sango de rentrer au village pour voir les enfants et se reposer un peu. Il pouvait rester auprès de Rin pendant ce temps avec les autres, mais Sango avait refusé. Elle avait une dette immense envers la jeune fille, quelque chose que toute une vie ne pouvait pas rembourser. Ce n'était pas la raison qui la forçait à rester, cependant. Sango en était venu comme Miroku, avant elle, à considérer Rin comme l'une de ses filles. Son instinct de mère, qui était né avec Kiyoshi, la dictait de rester auprès de son enfant malade jusqu'à son rétablissement.

Sango soupira en regardant le visage crispé de Rin. Depuis une partie de la nuit, le sommeil de la jeune fille était agité, comme si elle faisait un cauchemar. Lequel, Sango l'ignorait, mais peut-être qu'il concernait son passé. Sango savait que le passé pouvait hanter longtemps les nuits de chacun, même après des années. Kohaku en était l'exemple le plus frappant, mais Sango non plus n'avait pas oublié.

Peut-être qu'il en était de même avec Rin. Elle évoquait si peu son passé. Sango savait seulement, par l'intermédiaire de Kohaku, qu'elle avait vu sa famille tuée par des bandits. Comme tant d'enfants dans cette époque cruelle. Sango ne connaissait pas les détails, elle n'avait pas cherché à remuer des souvenirs que la jeune fille aurait sans doute préféré oublier.

Des souvenirs qui dataient d'avant la rencontre de Rin avec Sesshomaru.

Sango considéra pensivement le taiyokai. Il était assis près de l'entrée de la caverne, son visage finement sculpté tourné vers la nuit qui venait à peine de tomber. Son hakama et son haori étaient à nouveau complètement immaculés, et non couverts de sang et de boue comme à la suite de la mort de Renei.

Le lien étrange entre le fier Taiyokai et la chaleureuse Rin était quelque chose que Sango avait du mal à cerner. Peut-être parce que ni Rin, ni Sesshomaru ne comprenaient pas ce qui les unissait non plus. Mais il était bien là, ce lien puissant. Rin tenait encore à lui, même si elle parlait rarement de Sesshomaru, et toujours avec une certaine mélancolie dans la voix. Elle devait penser encore à lui, incapable de soigner son cœur blessé par ce qu'il s'était passé quatre années auparavant.

Et Sesshomaru… N'avait-il pas tué son propre grand-père pour sauver Rin ? Ne restait-il pas encore à la garder, quittant parfois la caverne pour tuer un quelconque yokai ? Non, il y avait quelque chose entre ces deux-là, et Sango n'était pas sûre de pouvoir l'accepter.

Kohaku avait de la sérieuse concurrence. Les sentiments de son petit frère, presque âgé de dix-sept ans maintenant, étaient pour le moins évidents de tous sauf de Kohaku lui-même et peut-être de Rin. Encore que cette dernière devait commencer à se poser des questions. Sango ne pouvait pas s'empêcher d'espérer que Rin lui rendît un jour les mêmes sentiments. Mais une partie d'elle-même lui disait qu'Inuyasha avait peut-être raison, que l'esprit et le cœur de Rin étaient fixés sur une seule personne seulement qui n'était pas Kohaku. Sango continuait à espérer pourtant.

Miroku et Kagome lui avaient rapporté qu'ils avaient eu toutes les difficultés du monde à convaincre Kohaku de rester au village. Il devait être mort d'inquiétude pour le sort de Rin. Miroku y était parvenu, lui rappelant les responsabilités que Kohaku avait pour la sécurité du village et des enfants.

Lors de la conversation, Sango avait cru que Sesshomaru se montrait vaguement intéressé, même si sa stature était imperturbable. Enfin presque. Il s'était un peu plus tendu à la mention de Kohaku, mais c'était tout. Sango aurait cru qu'elle avait rêvé si Jaken n'avait pas fixé curieusement ses gros yeux globuleux sur son maître.

Sango soupira à nouveau et caressa les cheveux de Rin collés par la sueur autour de son visage. Elle se posait trop de questions. Sesshomaru était pour le moins un démon incompréhensible. Elle lui était reconnaissante d'avoir fait revivre son petit frère, mais cela ne changeait pas sa loyauté envers Kohaku qu'elle soutiendrait toujours. Et Sango n'était pas naïve. Le Taiyokai ne l'avait pas fait par pure générosité. Non, il l'avait fait pour Rin.

« Okaasan… »

C'était une faible voix, enrouée par la fièvre et la fatigue, qui s'échappa de la gorge de Rin. Tous tournèrent leur attention vers Rin. Elle avait les yeux entrouverts. Sango avait l'impression que Rin ne la voyait pas vraiment.

« Rin-chan…

- Okaasan… Tu m'as tellement manqué… »

Sango resta perplexe. Rin la prenait pour sa défunte mère. Elle tâta le front de la jeune fille pour se rendre compte que la fièvre n'était toujours pas tombée. Rin délirait.

« Otosan, oniichan… Ils vont bien ? »

Le cœur de Sango se serra. Elle n'avait pas la force de dire la vérité à Rin qui paraissait presque joyeuse malgré la fièvre.

« Ils… ils vont bien, Rin-chan.

- Ils me manquent, okaasan, ils me manquent tellement. Dis-leur… que je les aime.

- Je leur dirai, Rin-chan, » se força à dire Sango.

Rin sourit faiblement.

« Okaasan, j'espère que tu es fière de moi… Je suis restée silencieuse quand les bandits sont arrivés… comme tu l'avais dit… J'ai rien dit… même quand il a tué otosan et oniichan… même quand tu as préféré mourir, parce que tu étais belle, fière et indomptable... J'ai rien dit, mais Naraku, il savait que j'étais là… »

Naraku ? Délirait-elle au point de confondre Naraku avec le meurtrier de sa famille ? A moins que… non, c'est tout simplement impossible. Sango jeta un regard sur ses compagnons, mais c'était le visage de Miroku qui lui assura qu'elle n'était pas la seule à envisager l'alternative d'une rencontre précoce entre Naraku et Rin. Les répercussions en seraient incalculables.

« Rin-chan, murmura Sango.

- Peut-être aurais-je dû crier ? Peut-être que si j'avais confronté Naraku à l'époque, tout ceci ne serait pas arrivé ? Et je serai avec vous, et pas… pas toute seule…

- Chut, Rin-chan, tu es en vie, c'est le plus important. Et tu n'es plus seule maintenant…

- J'étais tellement seule, okaasan… Les humains au village ne m'aimaient pas… Ils me frappaient parce que je tenais ma promesse, okaasan. J'avais promis que je ne dirai rien tant que je ne serai pas en sécurité… et je l'ai fait okaasan.

- Rin-chan, je suis tellement désolée…

- Ne t'inquiète pas okaasan, murmura Rin en souriant avec fatigue, Sesshomaru-sama s'est occupé de moi après… Je croyais que j'allais vous retrouver, okaasan, mais il m'a redonné la vie… une seconde chance… Et il est devenu tout mon monde. »

Sango vit que Sesshomaru regardait intensément Rin. Elle aurait aimé savoir ce qu'il pensait de tout cela. Rin continuait de divaguer, ignorant ceux qui l'entouraient, et ne voyant que sa propre mère devant elle.

« Je me suis mise à être heureuse comme avant, okaasan, parce que j'étais en sécurité avec Sesshomaru-sama, et Jaken-sama, et AhUn aussi… Je n'ai jamais été aussi heureuse qu'avec lui, okaasan… J'oubliais que vous me manquiez tous… sauf la nuit, quand je vous voyais encore mourir. Okaasan, pourquoi les rêves ne sont jamais partis ? Naraku, les loups… pourquoi je rêve encore d'eux ?

- Il est des blessures, Rin-chan, que le cœur prend longtemps à guérir, » souffla Sango, malgré elle.

Rin n'avait pas besoin d'entendre ce genre de discours, mais que pouvait bien répondre Sango à la place ? Rin acquiesça imperceptiblement.

« Quand j'étais avec Sesshomaru-sama, et que je faisais ces rêves… je me réveillais en pleurant. Mais il était toujours là pour moi, et j'étais heureuse… »

Le discours de Rin était de plus en plus décousu. Sango n'en était pas étonnée, Rin s'épuisait en évoquant tous ces souvenirs.

« Et puis il est arrivé, une seconde fois, pour me reprendre mon bonheur… Naraku… à cause de lui, tout a été fini…

- Rin-chan, peut-être que tu devrais essayer de dormir…

- Il dit souvent que les êtres humais sont faibles, continua Rin sans paraître l'entendre, et… et Sesshomaru-sama le pense aussi. Mais ils tous torts, n'est-ce pas, okaasan ?

- Bien sûr qu'ils ont torts, Rin-chan…

- C'est pour ça que je l'ai transformé en humain… Renei. Il fallait qu'il sache que les humains ne sont pas faibles… jamais. »

Rin ferma les yeux au grand soulagement de Sango. Elle crut que Rin s'endormait enfin, mais elle les rouvrit, toujours recouverts par le voile de la fièvre.

« Il me manque tellement, okaasan. Même s'il n'est jamais bien loin, il me manque… et Jaken-sama aussi… »

Sango hésita, incertaine si la jeune fille parlait bien de Sesshomaru. Oui, il n'y pas vraiment de doute. Après un instant de silence, Rin reprit son doux murmure.

« Okaasan… M'a-t-il jamais aimé ? demanda Rin avec une touche désespérée dans la voix. Même un tout petit peu ?

- Rin-chan, dit Sango en jetant un coup d'œil prudent sur Sesshomaru. Je ne sais pas s'il est capable d'aimer. »

C'était une chose difficile à dire à Rin, mais Sango le pensait. Le taiyokai était tellement froid et distant. Même s'il était certain qu'il ressentait quelque chose pour Rin. Encore ce lien. Néanmoins, Sango doutait que ce fut une quelconque forme d'amour. Pas avec Sesshomaru.

Rin émit un petit bruit au fond de sa gorge qui ressemblait à un rire ou un sanglot.

« Tout le monde sait aimer, okaasan, réprimanda-t-elle. Même Naraku sait aimer. »

Sango fronça les sourcils. Comment Rin pouvait dire une chose pareille ? Etait-ce les conclusions qu'elle en avait tiré à propos de Naraku après en avoir parlé avec Kikyo ?

« Naraku dit toujours qu'il est plus puissant que Sesshomaru-sama. Mais là aussi il a tort, n'est-ce pas, okaasan ? »

Sango se tourna vers Miroku et ses compagnons. Rin parlait de Naraku comme si elle le connaissait personnellement. Avait-elle eu des contacts avec lui ? Non, sans doute pas, elle ne serait pas vivante pour si c'était le cas. Et pourtant… Même Sesshomaru paraissait plus crispé.

« Okaasan… Est-ce que je serai enfin libre, quand Naraku m'aura tuée ? »

Sesshomaru et Miroku se levèrent d'un bond. Kagome paraissait paniquée, alors qu'Inuyasha et Jaken avaient des expressions identiques de choc.

« Ne dis pas cela, Rin ! »

Sango se surprit par la force de son ton.

« Ne t'en fais pas okaasan. Naraku n'aura jamais le Shikon no Tama. Je détruirai la perle avant qu'il ne me tue.

- Ce n'est pas cela, Rin ! cria presque Sango. C'est ta vie qui compte !

- Ca… ça n'a plus tellement… d'importance. »

Sango allait lui répondre, lui dire que sa vie avait certainement de l'importance, que toutes les perles du Shikon sur la terre ne pouvaient pas la remplacer. Mais Rin tombait finalement dans le sommeil.

Rin… Pourquoi vis-tu avec cette certitude que Naraku te tuera ?

« Quand elle se sera rétablie, déclara alors Miroku, il faudra lui parler. »

Inuyasha et Kagome acquiescèrent, et même si Sesshomaru ne répondit pas enfermé dans son calme habituel et glacial, il semblait être d'accord.

Sango tâta de nouveau le front de Rin. Il lui sembla que la fièvre commençait à baisser. Il ne leur restait plus qu'à attendre.


Dire que Sesshomaru rongeait son frein était l'affirmation de l'année.

Rin s'était réveillée une seule fois, la nuit précédente, mais rien n'indiquait qu'elle s'éveillerait bientôt. La miko Kagome pensait qu'elle se rétablissait, un point que Sesshomaru lui-même aurait pu deviner. Le corps de Rin n'évacuait plus la chaleur malsaine de la maladie et l'odeur du poison s'était dissipée. Il devait reconnaître que les humaines avaient su veiller sur Rin, l'une comme une sœur, l'autre comme une mère.

Oui, l'humaine Sango avait été une mère pour l'orpheline Rin, à tel point que sous l'influence du poison et de la fièvre, Rin avait fait l'amalgame avec sa mère défunte. Elle s'était confiée à elle, comme à sa mère, plus qu'il n'était bon. Plus que Sesshomaru aurait souhaité. Elle avait posé trop de questions et de doutes, que Sesshomaru lui-même préférait ignorer.

Bien sûr, il y avait eu les souvenirs d'enfance de Rin, la mort de sa famille, dont Sesshomaru ignorait la réalité. Rin n'avait jamais raconté comment elle s'était retrouvée orpheline. Sesshomaru ne le lui avait jamais demandé. Il était vaguement curieux, mais savait que son passé ne le regardait pas.

Pourtant, il ne s'attendait sûrement pas à entendre une telle histoire. Il se doutait qu'elle fût tragique, le mutisme de Rin en avait été l'une des séquelles évidentes. Il n'imaginait pas que Naraku en fût le responsable, du moins si l'on pouvait en croire les dires fiévreux de Rin. Une coïncidence bien malheureuse si c'était réellement le cas, et surtout bien inquiétante. Car Sesshomaru ne croyait pas aux coïncidences en particuliers quand elles s'assemblaient autour de Naraku.

Rin souffrait encore de la mort des membres de sa famille. Elle les avait vus mourir. Elle avait vu sa mère se tuer, comme lui deux siècles auparavant. Le destin avait eu l'ironie de faire croiser leurs chemins, elle, l'enfant humaine muette et lui le grand Taiyokai. Et tout ceci à cause de Naraku.

La vie aurait été beaucoup plus simple si ce maudit hanyo n'avait jamais existé. Déjà, il n'aurait pas à attendre le réveil d'une humaine qui passait son temps à frôler la mort. Il ne l'aurait jamais connu aussi. A quoi aurait ressemblé une vie sans Rin ? Est-ce qu'il… regretterait sa présence ? Bien sûr que non, elle ne lui manquerait même pas pour commencer. Ce qui voulait dire… qu'elle lui manquait à présent ? Certainement pas !

Sesshomaru changea le fil de ses pensées, retraçant la discussion entre la taijiya et Rin la veille.

Il savait que Rin était toujours hantée par le souvenir de sa famille. Souvent elle se réveillait en sanglot après un cauchemar quand elle était encore enfant. Alors, il lui disait froidement de se rendormir, et comme toujours, elle lui obéissait le sourire aux lèvres, en essuyant ses larmes. Il avait toujours été surpris qu'une simple phrase comme 'rendors-toi, Rin' pouvait apaiser une telle angoisse. Mais Rin avait toujours été une enfant étrange.

Et j'étais heureuse. Heureuse ? Et pourquoi l'aurait-elle été ? Voyait-elle une promesse dans ses mots ? S'était-elle imaginée qu'il lui offrait sa protection ou son affection derrière ces banalités ? Peut-être bien. Et peut-être aussi qu'il lui promettait effectivement de la protéger, sans vraiment s'en rendre compte. Il détestait l'emprise qu'elle avait eu sans le savoir sur ses actes, et qu'elle avait encore. Et il étouffa cette infime partie de lui-même qui en était satisfait pourtant.

Sesshomaru regarda une nouvelle fois la nuit étoilée d'été. C'était la première nuit sans pluie depuis la mort de Renei. Et il en était encore à s'interroger pour la énième fois sur sa relation avec Rin. Renei avait eu raison. Il devenait faible. Tu es bien le fils de ton père. Non, il refusait de devenir comme son père. Il n'était pas son père. Les humains sont faibles !

Non, il n'y a pas plus fort que les humains mon fils, avait dit une fois son père quand Sesshomaru se mettait à critiquer ses visites continuelles à la jeune Izayoi. Leurs émotions sont tellement puissantes qu'elles peuvent atteindre le cœur de n'importe quelle créature. Ce sont les humaines, qui se montrent plus généreuses encore.

Sesshomaru s'était moqué des propos de son père, les reléguant au rang d'idioties ou d'excentricités.

Elles nous apprennent à ressentir que nous sommes bien vivants, et non des êtres glacés par le temps éternel.

Assez ! Sesshomaru détestait se souvenir des paroles de son père quand elles se rapportaient aux humains. Elles étaient la cause de sa mort, mais le hantaient même après toutes ses années.

« Hé, Sesshomaru, quelque chose ne va pas ? »

Sesshomaru jeta un regard assassin sur Inuyasha. Il eut la satisfaction de voir une expression effrayée sur le visage d'Inuyasha, même si ce n'était que pendant un trop court instant.

« Keh, pas la peine de me regarder comme ça ! Si tu veux t'entailler la main jusqu'au sang, c'est ton problème ! »

Sesshomaru s'aperçut qu'en effet il saignait. Il s'était laissé diriger par la colère. Les deux humaines le regardèrent avec perplexité, mais Sesshomaru les ignora et tourna son visage vers la nuit. Au moins, avec Inuyasha, elles étaient les seules à être réveillées. Il s'était trop ridiculisé. Peut-être valait-il mieux qu'il partît pour ne plus revoir Rin. Définitivement.

Alors pourquoi était-il toujours là ? Elle n'était qu'une humaine, elle n'était plus sous sa responsabilité. Plus rien ne les liait. Pour quelle raison il se sentait obligé de rester ? C'est son sourire…

Le passé reprit une nouvelle fois le contrôle sur ses pensées, sous la forme d'une conversation un soir de printemps, un an après que son père fit l'erreur fatale de sauver la vie d'Izayoi.

« Pourquoi allez-vous toujours voir cette humaine, Chichiue ? Cette enfant n'en vaut pas la peine. »

Son père avait pensivement souri.

« C'est son sourire, avait-il finalement répondu. Cette chaleur qu'elle émane par un simple sourire… »

Sesshomaru avait secoué la tête, et avait dit à son père que son esprit faiblissait avec l'âge, en tout cas pour ce qui concernait Izayoi. Il n'avait pas deviné à l'époque que l'étrange amitié qui naissait entre le Taiyokai et la jeune princesse se transformerait en un amour impossible. Quelle idiotie.

Et il restait une question en suspens dont Rin semblait détenir plus d'éléments qu'elle n'en laissait paraître : Naraku. C'était devenu la fausse excuse qu'il s'exposait pour expliquer sa présence parmi les amis d'Inuyasha. Elle semblait savoir beaucoup de choses sur le hanyo, plus qu'il n'était bon de savoir. Ses opinions, ses …émotions. Sesshomaru avait été désagréablement dérangé que Rin le comparât avec cette vermine. Leur opinion commune sur la faiblesse des humains. Leurs sentiments… Tout le monde est capable d'aimer.

Sesshomaru s'efforça d'abandonner cette piste de pensée qui ne le mènerait à rien. Naraku était le problème, et surtout les contacts entre Rin et lui. Rin abordait un jeu dangereux si elle était réellement en communication avec le hanyo. Il n'était pas étonnant qu'elle se crût déjà condamnée.

Mais où avait-elle cherché la notion qu'elle en deviendrait libre ? Libre de Naraku ? Sesshomaru avait été malgré lui choqué par ses paroles, comme s'il avait reçu un coup dans son dos. Serai-je libre quand Naraku m'aura tué ? Ces mots lui avaient rappelé le destin d'une autre femme quelques années auparavant.

Kagura. Sesshomaru avait appris à admirer cette femme, rebelle et indépendante, mais qui n'avait obtenu la liberté qu'elle désirait qu'au prix ultime de sa vie. Là encore, à cause de Naraku. Vivrait-elle encore s'il avait tenté de l'aider plus tôt ? Il avait ignoré ses appels à l'aide, par fierté, et parce qu'il n'était ni un mercenaire, ni un chevalier servant. Et que valait la liberté si elle le devait à quelqu'un d'autre ? Elle finit par mourir, sans aucun espoir de survie alors que le Tenseiga refusait de la sauver. Kagura était devenue le vent, mais aussi, un autre compagnon de voyage pour Sesshomaru. Il ne la voyait pas, mais il sentait sa présence, autour de lui ou balayant la contrée.

Rin souhaitait le même sort. Elle voulait être libre de Naraku. Et contrairement à Kagura, elle avait compris très vite que le meilleur moyen pour s'en sortir seule, était de pousser le hanyo à la tuer. Seulement Sesshomaru ne lui permettrait pas d'arriver à une telle extrémité. Il ne permettrait pas à Rin de perdre encore la vie.

Il se tourna soudainement vers Rin. Sa respiration calme et profonde changeait de rythme. Elle se réveillait. Sesshomaru se sentit désabusé. Même après tout ce temps, il reconnaissait le cycle de sommeil de Rin.

« Rin-chan, appela la miko d'une voix douce. Est-ce que ça va ? »

Parmi les autres dormeurs, le moine fut le seul à se réveiller. Jaken continuait à ronfler bruyamment. Inuyasha se rapprocha de la miko, ne laissant qu'un aperçu de la jeune fille entre leurs dos.

« Ka…Kagome ? »

Les humaines soupirèrent de soulagement. Elle n'était pas reprise par un accès de délire.

« Tout va bien, Rin-chan, continua la miko. Tu ne risques plus rien à présent. Nous sommes tous là, et le poison a faibli…

- Poison ? demanda Rin visiblement déstabilisée. Renei… et… »

Elle se redressa assise, et Sesshomaru put la voir face à face.

« Sesshomaru-sama ?! »

La taijiya se précipita pour retenir les épaules de Rin qui faiblissaient déjà.

« Rin-chan, rallonge toi, dit-elle. Tu as été inconsciente longtemps et… »

Rin ne semblait pas l'écouter, et Sesshomaru non plus d'ailleurs. Il ne pouvait se détacher du regard de la jeune fille, fasciné par le tourbillon d'émotions qui se bousculaient dans ses grands yeux bruns. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient face à face depuis près de quatre ans. Il devait s'échapper de ce regard, de cette étrange chaleur qui semblait l'atteindre.

« Rin, » fut tout ce qu'il trouva à dire.

Et pour la première fois depuis quatre ans, il revit ce sourire qu'elle semblait réserver rien que pour lui. Cette chaleur qu'elle émane par un simple sourire…

« Oui ? »

Il devait dire quelque chose, n'importe quoi qui réussirait à le faire sortir de son emprise. Même s'il devait aborder le sujet de Naraku maintenant, alors qu'elle était encore vulnérable. C'était ce qu'il y avait de préférable pour lui. La miko l'en empêcha.

« Il est temps que tu ailles dormir Rin, tu es épuisée. »

Rin commençait à dodeliner la tête. La taijiya l'aida à se recoucher entre les couvertures.

« Il sera bien temps de parler demain de ce qui s'est passé, continua-t-elle, mais à présent dors. »

La miko avait le dos tourné, mais Sesshomaru savait qu'elle le visait avec ses paroles. Soit, nous attendrons demain. Il aurait au moins le temps de préparer ce qu'il aurait à dire. Il lui faudrait seulement éviter cette fois-ci de tomber dans le regard intense de Rin.


Rin était restée longtemps dans l'obscurité. Elle n'aurait su dire combien de temps, peut-être une éternité, sans doute beaucoup moins. Elle n'avait pas été seule dans le silence du néant, pas tout à fait seule. Elle avait senti de lointaines présences réconfortantes et familières. Rin avait même cru qu'elle avait parlé avec sa mère, mais ce n'étaient que des vagues images perdues dans ses allers et retours entre le monde des rêves et l'obscurité.

Rin avait erré dans ces carrefours particuliers entre plusieurs mondes qui l'appelaient. Dans l'un d'eux, des silhouettes informes l'attendaient impatiemment pour l'emmener avec elles. Elle leur avait déjà échappé plusieurs fois, et cette fois-ci encore, elle décida de ne pas les suivre. Elle préférait se tourner vers ces autres auras plus rassurantes, de l'autre coté, là où il l'attendait.

Après s'être finalement réveillée, Rin avait compris qui était cette aura particulière qui résonnait avec la sienne plus que n'importe quelle autre. Lorsqu'elle l'avait revu près d'elle, Sesshomaru, dont les yeux dorés brillaient même dans la nuit comme la lueur d'un feu, elle avait été heureuse. Et elle avait souri, parce qu'elle s'était sentie enfin chez elle.

Elle s'était alors rendormie sereine, mais ce n'était que pour découvrir que le calme des nuits précédentes sans rêve était fini. Naraku murmurait des mots indéfinissables en une longue litanie dans le fond de ses pensées, l'appelant à lui, elle qui se trouvait à la croisée des mondes réels et irréels. Elle était mal à l'aise, une partie de son esprit répétant que ce n'était pas naturel d'entendre son ennemi au fond de soi-même. Elle céda à sa requête pourtant, venant le rejoindre dans son âme pour apprendre une fois de plus, qui il était vraiment.

L'obscurité s'éclaircit pour devenir pénombre. Rin était dans une pièce où un petit garçon était recroquevillé. Elle ne voyait pas son visage enfoui dans ses genoux et caché par des cheveux noir jais. Elle n'eut cependant aucun problème pour le reconnaître, même si elle ne l'avait jamais rencontré lorsqu'il n'avait que six ans. Il avait peur et pleurait, et Rin eut de la peine pour lui.

Elle n'était pas seule dans ce rêve qui ne lui appartenait pas. Naraku se profilait à ses côtés.

' Pourquoi as-tu peur pour moi, Rin ?

' Aucun enfant ne devrait souffrir comme tu l'as fait, Naraku.

' Ce n'est pas Naraku que tu regardes, mais Onigumo.'

Rin connaissait l'histoire d'Onigumo. Kikyo ne lui avait pas caché que c'était le nom de l'homme qui avait donné son âme à un démon pour devenir Naraku. Parce qu'il aimait Kikyo.

' Je savais que j'allais en pâtir ce jour-là, dit Naraku qui parlait pour Onigumo. Comme tous les jours qui avaient suivi ma naissance semblait-il. Car ainsi va le monde. Tant d'enfants se sont faits maltraiter par le passé, tant le seront après moi.

'Ce n'est pas une raison pour l'accepter,' répondit Rin.

Une femme entra avec violence dans la pièce. Son visage aurait pu être beau, s'il n'était pas marqué par les coups qu'elle avait reçus. Son kimono mal arrangé montrait d'autres marques sur sa peau pâle. Elle tituba un peu en se dirigeant vers l'enfant qui se recroquevillait encore un peu plus.

'Ma mère était une catin. C'était ainsi qu'elle vivait et parvenait à me nourrir.'

« Onigumo, espèce d'incapable… Tu ne sers à rien ! »

La voix de la femme était imprécise. Elle était ivre. Elle prit une canne dans un coin de la pièce et frappa l'enfant. Rin aurait aimé fermer les yeux, mais elle ne le pouvait pas. Tant que son compagnon regardait la scène, elle ne pouvait pas s'en échapper.

'Pourquoi pleures-tu ? demanda son compagnon. Ce n'est pas ta vie.'

Rin ne répondit pas. Elle ne s'était pas aperçue qu'elle pleurait. L'enfant ne criait pas à chacun des coups qu'il prenait, et après ce qui parut une éternité pour Rin, la femme se calma. Elle alla prendre une cruche qui contenait du saké, et regarda son fils. Etrangement elle se mit à pleurer, puis s'agenouilla devant l'enfant en le prenant dans ses bras.

'Ce fut la seule fois où je la vis pleurer. Mais pour qui pleurait-elle ? Pour moi, ou pour elle ?

' Peut-être pour vous deux ?' suggéra Rin.

Une voix d'homme retentit de la pièce adjacente, appelant la femme qui se leva en essuyant ses larmes. Comme pour se donner une mesure, elle gifla son fils qui cette fois la fixait des yeux. Il ne pleurait plus, et la regardait avec une haine qui choqua Rin. La femme recula brusquement, et partit, comme si elle voulait fuir le regard de son fils.

'Elle s'était montrée faible. C'est ce jour là que je pris la décision de la tuer. Je l'ai fait à l'âge de seize ans après être entré dans un groupe de bandits. Elle fut la première femme que je pris et que je tuai. Si elle ne s'était pas montré si faible, jamais ce ne serait arrivé…'

Naraku l'emmena loin de la pièce, dans un endroit qu'elle apprit qu'il aimait. Un paysage austère, dans une forêt sombre, près d'un étang où se déposait la brume. Un lieu inquiétant, mais où il se savait en sécurité.

'Je suis tellement désolée…

'Pourquoi le serais-tu ? Tu n'étais même pas née, et j'ai assouvi ma vengeance. Tu devrais plutôt t'inquiéter de ton sort, Rin. Je suis ton ennemi.'

Elle resta silencieuse un instant, assise sur ce rocher qui était devenu sa place dans ce monde qui ne lui appartenait pas. Elle se tourna vers son compagnon, debout à côté d'elle. Il fixait calmement l'étendu d'eau devant lui, droit et fier, ses bras croisés.

'Mais pas ici, ' finit-elle par dire.

Elle eut juste le temps de voir une expression de choc apparaître sur ses traits. Il la considéra longuement, d'un regard hautain et brun, et non ensanglanté, comme dans la réalité. Rin ne baissa pas ses yeux sous son examen.

'Non, pas ici,' admit-il.

Il contempla à nouveau le lac embrumé tandis que Rin s'évaporait du monde des rêves pour rejoindre celui de la réalité où Naraku était son ennemi juré.

Elle ouvrit lentement les paupières, s'habituant à la lumière matinale qui éclairait la caverne. De là où elle était, elle pouvait entendre le chant des oiseaux, malgré les ronflements de Jaken et d'AhUn. Rin sourit. Bien des choses ne changeaient pas en quelques années.

Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. Kagome, Sango avec Kirara dans ses bras étaient allongées près d'elle. En face, Miroku était assis en tailleur, endormi.

Rin se mit lentement en position assise et découvrit que Jaken avait pris AhUn comme oreiller. Seuls Sesshomaru et Inuyasha étaient réveillés. Du moins elle le pensait pour Inuyasha qui avait levé un sourcil dans sa direction, ses yeux toujours fermés pour autant.

Sesshomaru se tenait debout à l'entrée de la caverne. Il tourna légèrement la tête vers elle, son regard doré et inexpressif la considérant longuement. Rin lui sourit.

« Bonjour. »

Ce n'était qu'un souffle, elle ne voulait pas réveiller les autres. Sesshomaru acquiesça imperceptiblement de la tête, ce qui fit sourire Rin bien plus encore. Elle savait que c'était stupide de sourire autant pour un homme qui montrait si peu d'émotions. Mais il restait Sesshomaru, quelqu'un de spécial pour elle.

Inuyasha ouvrit complètement les yeux, et lui sourit. Il posa un doigt sur la bouche indiquant du regard ses compagnons autour de lui. Rin se mordit la lèvre. Ils étaient tous fatigués par sa faute. Inuyasha glissa silencieusement près d'elle, enjambant la forme endormie de Kagome, mais surtout en ignorant le regard assassin de son frère.

Rin se demandait s'il l'avait remarqué ou pas. Il y avait de quoi être inquiet sous un regard pareil.

Inuyasha s'assit à côté d'elle.

« T'as bien dormi ? chuchota-t-il.

- Oui, fit-elle à voix tout aussi basse. Je suis désolée de vous avoir tous dérangés.

- Feh, si tu n'avais pas essayé de partir toute seule…

- Inuyasha-sama, ce n'est pas le plus important. Tout est fini à présent, Renei est devenu humain, et…

- Renei est mort. »

Les mots de Sesshomaru firent sursauter Rin, sa voix grave éveillant les autres habitants de la caverne. Inuyasha regarda d'un air dégoûté son frère. Rin se demandait pourquoi Sesshomaru s'était mêlé à leur conversation sans considération pour les autres dormeurs. Il voulait quelque chose, Rin en était sûre, mais elle ignorait quoi.

« Rin-chan !

- Rin ! »

Elle esquiva le regard inquisiteur de Sesshomaru pour voir ses amis autour d'elle. Même Jaken s'était approché après avoir lancé un coup d'œil furtif sur Sesshomaru.

« Jaken-sama ! Vous n'avez pas changé en quatre ans ! »

Rin savait que Jaken prendrait ce commentaire comme un compliment.

« Rin, répondit le petit yokai vert, Je ne peux pas dire la même chose de toi, humaine ! Regarde-toi toute dégingandée que tu es ! On croirait que ces humains ne te donnent pas à manger ! »

Les humains en question auraient sans doute attaqué Jaken, si elle n'avait pas éclaté de rire avant.

« Et je me souviens d'un temps où j'allais chercher seule dans la forêt la nourriture pour un petit yokai et moi-même. »

Jaken parut apeuré devant une hypothétique réponse vindicative de Sesshomaru, et Rin rit de plus belle.

« Idiote, » grommela-t-il.

Sesshomaru leva un sourcil à l'attention de Jaken qui se ratatina sur lui-même. Rin eut pitié de lui, et lui sourit.

« Vous aussi vous m'avez manqué, Jaken-sama.

- Hmph, » marmotta-t-il.

Ses manières bourrues ne gênaient pas Rin. Jaken cachait un cœur d'or si on cherchait bien.

« Rin-chan, tu dois avoir faim, » dit Sango.

Pour toute réponse, le ventre de Rin gargouilla. Rin rougit en plaquant ses deux mains sur son ventre coupable.

« Je suis affamée, oui. »

Sango et Kagome rirent, forçant un sourire un peu gêné à Rin. Kagome fouilla dans son sac, et lui tendit de la nourriture de son époque que Rin mangea reconnaissante.

L'humeur joyeuse suivant son réveil commençait à s'estomper. Personne ne parlait. Rin scrutait furtivement ses amis tout en mangeant. Ils étaient inquiets, suffisamment anxieux pour émettre en vagues des sentiments qu'elle n'avait pas à chercher. L'atmosphère vibrait avec leur inquiétude. Même Sesshomaru était tendu. C'était comme s'ils craignaient de dire quelque chose d'irréparable, quelque chose que Rin n'aimerait pas entendre.

Malgré tout, elle savait que tourner au tour du pot ne rimait à rien. Elle posa son bol près d'elle.

« Que s'est-il passé après m'être évanouie ? »

Ils se tournèrent tous vers elle, mais elle devina que ce n'était pas le problème qui les dérangeait le plus. Miroku regarda avec précaution Sesshomaru avant de prendre la parole.

« Lorsque nous sommes arrivés, Renei t'avait capturée et menaçait de prendre le Shikon no Tama de ses propres mains. Sesshomaru l'a tué avant qu'il n'y réussît. »

Rin se tourna vers Sesshomaru la bouche béante.

« Mais c'était votre grand-père !

- Aurais-tu préféré mourir ? demanda froidement Sesshomaru.

- Non, bien sûr que non. Mais… n'y avait-il pas un autre moyen ?

- Cet homme s'est abaissé au point qu'une enfant ne le transforme en humain. Un membre d'une race faible n'appartient pas à ma famille.

- Je ne suis plus une enfant, déclara-t-elle avec une véhémence qui parut surprendre Sesshomaru. Et les humains ne sont pas faibles ! »

Sesshomaru se reprit immédiatement.

« En effet, j'ai cru comprendre que c'était là une de tes… convictions. »

Rin aurait aimé savoir ce qu'il sous-entendait. Et il voulait en venir. Ne quittant pas Sesshomaru du regard, elle s'adressa à ses compagnons.

« Que s'est-il passé ensuite ? J'ai été empoisonnée… »

Kagome répondit à la place de Miroku.

« Sesshomaru a… transfusé son sang dans le tien pour te servir d'antidote. C'est sans doute ce qui t'a sauvée. »

L'expression de Sesshomaru ne montrait rien alors que Rin était persuadée que la sienne reflétait son choc. Il avait été jusqu'à donné son sang pour la sauver. Pendant toutes ses années, Sesshomaru avait été tellement pour elle, mais que représentait-elle pour lui ? Est-ce qu'il… est-ce qu'elle comptait quand même pour lui, malgré leur séparation de quatre années ? Malgré le fait qu'il avait déclaré qu'elle était un fardeau inutile ?

« Pourquoi ? »

Sesshomaru fut pris au dépourvu par sa question, elle pouvait lire la trace de sa surprise dans ses yeux, avant qu'il ne tournât la tête. Il n'allait pas lui répondre. Encore une question stupide, Rin.

'Je le crois aussi, compagne de mon âme.'

Rin ferma brusquement les yeux. Naraku avait toujours cette détestable habitude d'apparaître quand elle s'y attendait le moins. Elle essaya de l'ignorer, espérant qu'il finirait par partir de son esprit, surtout dans un moment pareil. Elle connaissait Naraku pourtant, et ne se berçait pas d'illusions.

« Rin, dit Miroku, il y a quelque chose dont nous aimerions parler. »

Ainsi la discussion allait commencer. Rin laissa le temps à Miroku de s'exprimer. Pour une fois, il semblait mal à l'aise. Rin sentait qu'elle n'allait vraiment pas aimer ce qu'ils avaient à lui dire.

« Est-ce que… est-ce que Naraku est impliqué dans la mort de tes parents ? »

Rin fixa Miroku avec surprise. Comment avaient-ils pu deviner ? Sango tenta de l'apaiser.

« Rin-chan, tu as eu beaucoup de fièvre, et tu as évoqué la mort de ta famille en donnant l'impression que Naraku était responsable… Mais si tu ne veux pas en parler... »

Rin baissa les yeux sur ses mains qui étaient agrippées à la couverture. Elle avait donc déliré pendant qu'elle luttait contre le poison. Elle craignait d'en avoir trop dit sur Naraku. Elle ne souhaitait pas que la relation entre Naraku et elle se sût, même par ses amis. En fait surtout par eux.

Elle se reprit. Ils ne pouvaient pas savoir. S'ils étaient au courant que Naraku communiquait avec elle par le Shikon no Tama, ils en auraient parlé plus tôt. Peut-être qu'elle pouvait leur dire pour sa famille.

« L'un des bandits était Naraku, dit-elle à mi voix. Il a tué otosan et onichan. Okaasan… s'est tuée avant qu'il… »

Sa voix mourut, étouffée par un poids qui emprisonnait sa gorge. Elle déglutit.

« Il a brûlé la maison ensuite, et je m'en suis sortie. »

C'était tout ce qu'il y avait à raconter, si elle voulait être concise. Cela faisait toujours mal, même avec le temps et les années qui s'étaient écoulés. Elle ne leva pas la tête. Elle ne voulait pas croiser la pitié dans les yeux de ses amis. Sesshomaru serait le seul à ne pas en avoir, il n'était pas du genre à montrer de la compassion.

« Je suis tellement désolée, » souffla Sango.

Rin se força à affronter le regard de Sango, ayant la vague impression d'avoir déjà eu la même conversation, autre part, dans un rêve.

« Pourquoi le seriez-vous ? Vous n'étiez même pas là. »

Le silence tomba, lourd et difficile. La tristesse était palpable dans l'air, et Rin sentait qu'elle ne venait pas seulement d'elle.

« Est-ce que Naraku sait que c'était ta famille ? » demanda calmement Sesshomaru.

Rin observa le taiyokai. Il voulait obtenir des réponses précises, elle en était certaine. Il n'hésitait pas à l'emmener sur un terrain dangereux où elle devait veiller à ne pas glisser.

« Je crois… oui.

- Tu as eu des contacts avec lui ? »

Son ton était ferme, il exigeait une réponse d'elle. Sango tenta à nouveau de calmer la tension qui naissait.

« C'est que… lorsque tu parlais de Naraku, tu semblais le connaître personnellement Rin-chan… »

L'esprit de Rin s'enclencha rapidement pour trouver une réponse adéquate. Il fallait improviser, et alors que Rin ne savait pas établir des plans et des réflexions à long terme, elle excellait dans l'improvisation. Elle ne voulait pas parler de sa relation avec Naraku. Ils la rejetteraient ou pire, essayeraient de la sauver.

« Je délirais, dit-elle d'une voix calme. Vous l'avez dit vous-même.

- Rin, ne mens pas, » déclara Sesshomaru avec une trace de menace dans sa voix.

Et ce fut le comble pour Rin. Déjà, elle disait la vérité, même si elle ne parlait pas de ce qu'elle voulait cacher. Et surtout, il n'avait pas le droit de s'imposer dans sa vie après en être sorti aussi brutalement ! Pas comme cela, pas comme un ennemi.

Rin se leva brusquement pour faire face à Sesshomaru, et le regretta immédiatement. La violence du mouvement lui donna des vertiges qu'elle calma en respirant profondément. Elle fixa alors Sesshomaru qui restait impassible.

« De quel droit croyez-vous pouvoir me donner des ordres ! »

Rin fut presque surprise de s'entendre crier.

« Si Naraku est concerné, dit-il d'un ton glacial, j'ai le droit de savoir de quoi il en est. »

Rin traversa les quelques pas qui les séparaient, et s'arrêta devant lui. Lorsqu'elle rencontra les yeux dorés de Sesshomaru, elle se rendit compte qu'ils brûlaient de la même colère qu'elle-même ressentait.

« Est-ce tout ? dit-elle. Naraku. Toujours et encore Naraku ! Il n'est plus votre problème, mais le mien !

- Et c'est en te laissant mourir par ses mains que tu penses résoudre ce problème ? Tu n'es pas de taille de le vaincre, Rin.

- Parce que je suis une humaine ? Faible et inférieure à tout ce qui détient un peu de sang de démon, et… »

' Il est normal de haïr, Rin.

' Naraku, laisse-moi !'

Sesshomaru prit le poignet gauche de Rin avec force. Elle crut un instant perdre pied, noyée dans la violence de ses émotions qui emmêlaient les deux situations devant elle. Sesshomaru et Naraku. Elle vit sans trop y prêter attention que Miroku et Inuyasha tentaient d'écarter Sesshomaru, mais il les ignora.

Rin lut une étrange émotion dans ses yeux, peut-être de la perplexité ? Non, c'était quelque chose de plus complexe encore. Mais Naraku continuait son discours, l'empêchant de comprendre ce qu'il en était.

' Haïr ne serait que justice, Rin.

' C'est faux. La haine ne mène jamais à rien.

' Oh, vraiment ? Pourtant, ils t'abandonnent tous. Ils se tournent contre toi, essayant d'obtenir ce que tu ne veux pas leur donner.

' Je suis incapable de haïr, Naraku.

' Même Sesshomaru ? Il t'a rejetée quand tu avais le plus besoin de lui.

' Surtout lui…'

Un sentiment de surprise envahit Rin. Sesshomaru la regardait toujours de cette étrange façon.

'… parce que…'

« Rin, » dit Sesshomaru.

'… je l'aime…'

« …plus que tout, » finit-elle par murmurer.

Elle ne savait pas ce qui la retint d'éclater en sanglot. Peut-être était-ce le choc. Elle l'aimait, aussi simple que cela. Et quand beaucoup de jeunes filles de son âge riaient de bonheur pour une telle révélation, Rin en fut désespérée. Parce que jamais, jamais, il ne partagerait ses sentiments. Jamais il n'aimerait une humaine. Jamais, elle ne serait heureuse.

« Relâchez-moi, Sesshomaru. »

Sa voix était calme, un sentiment qu'elle ne ressentait pas. Elle nota la surprise de Sesshomaru lorsqu'elle n'ajouta pas le titre honorifique. Elle n'aimait pas un seigneur, mais bien Sesshomaru, qu'elle voulait traiter en égal. Une chose qu'il ne verrait jamais.

Pourtant, il la libéra, et Rin se massa distraitement le poignet. Elle se sentait sonnée par la douleur d'une blessure qui s'ouvrait et saignait au fond de son cœur.

« Rin, commença Jaken de sa voix criarde, montre plus de respect au Seigneur Sesshomaru ! Comment oses…

- Merci pour tout, coupa Rin en se tournant brièvement vers ses amis. AhUn, on y va. »

Sans attendre les protestations qui allaient suivre, Rin se tourna vers l'entrée et sauta dans le vide, vite rattrapée par AhUn. Elle crut entendre quelqu'un l'appeler, mais elle s'en moquait. Elle voulait être loin, le plus loin possible de cette caverne, de Sesshomaru. Ils volèrent longtemps, et enfin des larmes silencieuses coulèrent des yeux de Rin. AhUn hennirent avec inquiétude, mais Rin ne se sentait pas capable de les rassurer.

« Nous rentrons voir Kikyo, » fut tout ce qu'elle put dire tout au long du voyage.

Savoir que Sesshomaru entreprit de la suivre encore à distance ne soulageait pas Rin. Elle était confuse, elle ne le comprenait plus.

Elle guida AhUn vers l'aura de Kikyo, sans rien dire. Le soleil avait fait la moitié de son chemin quand ils arrivèrent à la clairière où se reposait Kikyo des iris mauves, ses fleurs préférées, dans ses mains.

« Vous revenez plus tôt que prévu, » dit-elle simplement.

Rin descendit d'AhUn et se jeta contre Kikyo en pleurant. Elle eut beaucoup de difficultés pour trouver la force de s'expliquer.

« Est-ce que… est-ce que cette douleur au cœur finit par partir, Kikyo ? »

Kikyo laissa échapper le souffle qu'elle avait retenu, puis elle posa ses bras autour des épaules de Rin. Elle caressa ses cheveux emmêlés d'une manière réconfortante.

« Avec le temps, Rin, avec le temps… »