Chapitre 7

La prophétie des trois lignées

Il fallut plusieurs mois à Rin pour se remettre vraiment. Kikyo aida la jeune fille du mieux qu'elle le pouvait, comprenant une partie de sa peine. Elle laissait à Rin l'occasion de s'immerger dans ce qu'elle faisait le mieux : s'exercer à maîtriser ses pouvoirs. Kikyo était prête à offrir une épaule compatissante aussi, mais Rin ne pleurait plus. Elle s'enfermait dans son silence caractéristique qui suivait les grandes crises qu'elle affrontait.

Kikyo n'avait pas été surprise par les sentiments de la jeune fille pour Sesshomaru. Elle en était déçue non contre Rin, mais contre elle-même. Elle avait échoué de préserver Rin du même destin qu'elle avait dû traverser. Les Inuyokai savaient briser les cœurs des gardiennes du Shikon no Tama, sans même sans rendre compte. Au moins, de ce que Kikyo avait pu comprendre, Rin n'avait pas avoué ses sentiments au taiyokai. Le rejet en aurait été d'autant plus cinglant.

Kikyo, tout comme Rin, était confuse par le comportement de Sesshomaru. Depuis bientôt quatre ans, il les suivait fidèlement, une ombre permanente veillant sur elles. Non, sur Rin seulement. Il la protégeait, sans jamais la voir ou lui parler pour autant. Kikyo en était certaine, Rin comptait pour lui. Dans quelle mesure, Kikyo n'en avait aucune idée.

Malgré elle, Kikyo enviait Rin pour cette raison. Inuyasha ne veillait pas sur elle après toutes ses années, il ne la suivait pas inquiet pour sa vie. Il était loin d'elle, comme s'il voulait la reléguer au rang de souvenir dont on veut faire le deuil. Il était avec Kagome. Rin avait plus de chance qu'elle, même si elle était incapable de s'en rendre compte.

La fin de l'été arriva puis laissa place à l'automne et son temps inconstant secoué par les bourrasques de vent. Et enfin l'hiver froid, mais moins rude que les précédents, humides sans donner de neige. Kikyo le regretta, elle aimait voir danser les flocons autour d'elle, recouvrant la terre, tout comme elle aimait voir les feuilles rouges de l'automne s'envoler, jusqu'au ciel pour atteindre finalement le sol. Elle comprenait ces saisons que les humains redoutaient. Elle s'y identifiait.

Leurs errances, tout comme le temps éternel, continuaient de village en village, de campagne en forêt. Kikyo força l'entraînement de Rin qui se développait au rythme des saisons. Rin se liait à la nature, à tout ce qui vivait. Végétaux, animaux, humains et démons. Pour cette raison, peut-être pour d'autres bien plus sombres aussi, la jeune fille paraissait plus vulnérable quand elle était touchée par la fraîcheur d'automne, puis le froid d'hiver. Elle était forte pourtant, assez pour attendre de renaître avec le printemps.

Ses dons se manifestaient souvent quand elles étaient dans des villages, entourée par d'autres humains. Elle les percevait eux et leurs émotions, assez finement, en les ressentant, alors que Kikyo y parvenait par un raisonnement logique mais toujours juste. Beaucoup de choses les différenciaient l'une de l'autre. Si Rin n'avait pas cette capacité à accepter les autres et ce qui l'entourait, peut-être qu'elles n'auraient jamais pu s'entendre. A la place, elles réussissaient à se compléter.

C'était dans les villages aussi que Kikyo prit conscience que Rin grandissait, mûrissait. Comment n'aurait-elle pas pu remarquer les regards des jeunes gens pour elle ? Rin en avait conscience également, et restait le plus souvent à côté de Kikyo. A croire que Rin pensait qu'ils seraient intimidés par sa présence. Kikyo avait de quoi sourire, car à la vérité le stratagème de Rin semblait fonctionner.

Si Rin avait été une jeune fille comme les autres, Kikyo l'aurait poussée vers eux. Elle aurait alors pu se marier, et fonder une famille comme il était normal dans le parcours d'une femme. Mais c'était impossible. Rin était gardienne du Shikon no Tama et en tant que telle, n'avait pas le droit de connaître le bonheur des autres femmes. Ceux qui voudraient s'emparer de la perle étaient nombreux, et certains n'hésiteraient pas à détruire ce bonheur éphémère qu'elle aurait construit.

C'était une chance que Rin ne semblait pas envisager une vie stable dans l'immédiat. Kikyo pouvait alors se concentrer sur les autres problèmes qui rongeaient son élève.

Le comportement de Rin depuis ses premières retrouvailles avec Sesshomaru et tout ce qui s'en était suivi était pour le moins étrange. Elle avait commencé à vouloir apprendre à se battre, une requête valable. L'archerie était nécessaire pour une miko, mais la porteuse du Shikon no Tama devait savoir combattre toute menace qui l'attaquerait. C'était une capacité qui manquait cruellement à Kikyo.

Quand Rin obtint ses protège-bras armés, elle ne les utilisa pas fréquemment, dépendant essentiellement de son arc et ses flèches. Rin répugnait la violence d'un combat que les lames de katana lui rappelaient irrémédiablement. Mais depuis son retour catastrophique après son combat avec ce Renei, Rin avait entrepris de les porter tous les jours, comme elle le faisait avec son arc. Kikyo put voir que Rin avait progressé dans leur maniement, se mouvant dans une danse mortelle si elle le désirait.

C'était un changement, mais pas celui qui troublait Kikyo. Rin était devenue plus distante et pas seulement à cause de Sesshomaru. Parfois elle paraissait appartenir à un autre monde, immergée dans le fin fond de son âme. Ou ailleurs.

Kikyo n'avait jamais brusqué Rin en l'interrogeant. Rin était têtue et la pousser à donner des réponses aurait été une perte de temps. Elle le comprenait. Il y avait de nombreux sujets que Kikyo ne voulait pas partager, même avec Rin qui était devenue la personne qui la connaissait le mieux, sans vraiment le chercher. Kikyo espérait pourtant qu'un jour Rin eût suffisamment confiance en elle pour lui en parler. Elle voulait espérer qu'elles étaient amies.

Et elles l'étaient comme le découvrit Kikyo en plein cœur de l'hiver.

La pluie glaciale commençait à tomber sur la route campagnarde qu'elles empruntaient ce soir-là avec AhUn. Kikyo espérait atteindre un village dans la soirée, elles avaient déjà passé la nuit précédente dehors. Kikyo en était indifférente, mais il était mauvais pour Rin d'être exposée aussi souvent au froid. Elle ne tombait pas souvent malade, mais Kikyo préférait ne pas jouer avec la santé de la jeune humaine.

Rin était encore prise dans ses pensées et traînait un peu derrière. Tout comme Kikyo, elle ne sentit que trop tard l'attaque. Le démon terrestre surgit de la route boueuse, et frappa Rin de son dard au dos.

« Rin ! »

Kikyo encocha une flèche et pulvérisa le yokai d'un trait. Elle courut rejoindre la jeune fille, dont la respiration saccadée soulevait frénétiquement la poitrine. Elle avait été touchée par le venin.

« Rin ! Est-ce que ça va ? »

Rin hocha la tête avant de tomber à genoux. Kikyo se rapprocha pour examiner la blessure. L'aspect de la plaie ne rassura pas Kikyo. Le poison avait atteint le sang, et la plaie risquait de s'infecter.

Contrairement à Rin, Kikyo n'avait aucun don de guérison. Elle entreprit de laver la plaie et d'y appliquer un onguent à base de plantes. Aucune d'elles ne parla pendant ce temps, mais Kikyo se demandait comment Rin pouvait avoir fait l'erreur de ne pas repérer le yokai. Rin excellait dans les éléments terrestres, une qualité que ne partageait pas Kikyo plus douée pour l'élément de l'air.

« Comment as-tu pu être si inattentive ? demanda Kikyo quand elle eut fini. Tes sens sont plus aiguisés que cela.

- Je suis désolée, Kikyo. »

Kikyo s'était habituée à l'omission de la part de Rin du titre honorifique. Elle n'en était pas gênée. C'était un des nombreux changements qui était venu avec cette autre Rin.

« Ce n'est pas suffisant d'être désolée, déclara Kikyo. Tu pourrais mourir d'une telle blessure. Le poison est déjà dans ton corps.

- Il ne me tuera pas.

- Comment en es-tu certaine ?

- Le sang… de Sesshomaru coule dans mes veines. Je crois que c'est suffisant pour me protéger. Je ne mourrai pas. »

Kikyo soupira. Elle avait peut-être raison, mais il n'y avait aucune preuve. Kikyo n'avait qu'à espérer. Son élève était courageuse, mais surtout, elle était devenue un point d'ancrage à la vie pour Kikyo. Une autre petite sœur qu'elle ne voulait pas perdre.

Elle aida Rin à monter sur AhUn. Elle n'était pas aussi indemne qu'elle le prétendait, sa marche était plus lente, elle devenait fiévreuse. Kikyo devait trouver rapidement un abri. Elle monta derrière Rin, et prit les rênes d'AhUn qu'elle fit courir au galop.

« Tout ça, c'est à cause de Naraku, finit par murmurer Rin.

- Que veux-tu dire ? demanda Kikyo surprise par l'affirmation inattendue de Rin.

- Il m'a déconcentrée, et a fait attaquer le yokai. »

Kikyo tira sur les rênes et descendit du dragon pour faire face au visage baissé de Rin. La pluie froide les trempait, mais Kikyo ne prit plus la peine de s'inquiéter des conséquences qu'elle pourrait avoir sur l'état de Rin. Un problème plus urgent l'accaparait.

« Rin ? »

Rin leva un visage infiniment triste.

« Il est en moi, Kikyo. Je vis avec Naraku dans mon âme depuis plus d'un an, et moi dans la sienne.

- Comment ?

- Le Shikon no Tama. Il nous lie en quelque sorte. Naraku est lié à la perle, comme moi je le suis. »

Leur discussion s'acheva tard dans la nuit, dans une petite hutte abandonnée au bord de la route. Kikyo fut horrifiée d'apprendre que Rin communiquait avec Naraku depuis autant de temps. Le danger était réel, et Kikyo n'avait pas été capable de s'en apercevoir. Elle aurait dû deviner, elle aurait dû parler avec Rin, et non la laisser s'enfoncer seule dans cette impasse de non retour. Les conséquences pouvaient être terribles. Qui pouvait dire où cette relation les mènerait ?

Naraku influait déjà sur le comportement de Rin. Il ne réussissait pas encore à la modeler comme il le désirait, Kikyo en était certaine. Elle ne doutait pas un seul instant que ce fut l'une des ambitions du hanyo. Il ne pouvait pas briser Rin d'un coup, mais il le pouvait peut-être au bout de plusieurs années. Personne n'était invulnérable, pas même le Nigimitama. Le cœur pouvait faillir, comme les trois autres éléments, le Courage, la Sagesse, ou même l'Amour. L'Aramitama, le Kushimitama et le Sakimitama. Le Shikon no Tama pouvait faillir.

Après cette nuit là, une partie des inquiétudes de Kikyo s'estompèrent. Elle avait sous-estimé Rin qui libérée du poids du silence, revivait avec le renouveau du printemps. Elle renaissait avec la nature, les fleurs et le temps. Rin retrouvait son sourire, et son rire, plus riche de sa voix de femme mais plus rare que celui de son enfance.

C'était un progrès, malgré l'ombre de tristesse inquiète qui l'accompagnait là où elle allait. Rin avait parfois ces moments de contemplation silencieuse où elle devait communiquer avec Naraku. Kikyo l'observait plus attentivement alors, craignant sans se l'avouer que Naraku ne parvînt à la contrôler finalement depuis l'ombre de son cœur. Pourtant au fil des jours, Kikyo pensait que ce n'était pas le cas. Du moins, elle voulait le croire.

Souvent Kikyo s'interrogeait sur la nature de la relation entre Rin et Naraku. Pour le peu que le lui avait décrit Rin, elle avait à faire à deux Naraku diamétralement opposés, l'un le jour, l'autre la nuit. Celui qu'elle rencontrait dans le monde des rêves intriguait Kikyo, tant il était difficile d'imaginer un Naraku sans haine. Rin paraissait s'être accommodée de cette situation, évitant de questionner les circonstances qui l'avaient amenée là. Parfois, Kikyo pensait que Rin acceptait trop facilement certaines choses. Mais à dire vrai que pouvait-elle faire d'autres ?

Rin apprenait à connaître Naraku, et Naraku, Rin. Ce qui signifiait que Naraku avait identifié les faiblesses de la jeune fille. Rin pensait qu'il était au courant de ses sentiments pour Sesshomaru, et avait assuré qu'il ne s'en servait pas contre elle. Pas encore. Kikyo savait de quoi il était capable. Elle se souvenait de ce qu'elle avait vécu avec Inuyasha. Comment tout s'était fini.

Le temps semblait vouloir se répéter pour Rin, offrant les mêmes prémices du drame à venir. Kikyo le voyait mais était impuissante pour arrêter la marche du destin. Il n'y avait qu'à espérer que Rin ne fît pas les mêmes erreurs qu'elle, et que son cœur restât pur.

Ainsi passa le printemps calme et réparateur pour Rin, malgré Naraku, malgré les démons qui n'avaient de cesse de la pourchasser, malgré la présence distante de Sesshomaru. Ainsi le printemps passa pour Kikyo, trop long et cruel pour lui rappelait que la vie renaissait toujours après l'hiver, et qu'elle en était étrangère. C'était encore un autre printemps sans Inuyasha.

La brume matinale commençait à disparaître sous l'effet de la brise de l'aube. Elles étaient déjà éveillées, Rin aimant regarder le lever du soleil quand le croissant de lune s'effaçait parmi ses étoiles. Rin resta longtemps silencieuse à contempler les rayons d'or rouge et orangé qui éclairaient la plaine devant elle. Kikyo se demandait si elle parlait avec Naraku en ce moment même. Rin paraissait certainement plus lointaine qu'à son habitude.

Rin avait affirmé que Naraku s'était absenté de ses pensées depuis un certain temps. Kikyo ignorait si elle devait le voir comme un bon ou mauvais présage. Naraku pouvait préparer n'importe quoi.

« Kikyo, demanda subitement Rin, sommes-nous… destinés à nous battre, vous et moi contre Naraku ?

- Pourquoi me demandes-tu cela ? »

Kikyo connaissait Rin. Quelque chose l'avait fait réfléchir. Ou plutôt quelqu'un.

« Est-ce Naraku ?

- Oui, soupira Rin. Après tout ce temps, il est revenu me parler. Il disait… quelque chose d'étrange… Que nous étions liés à la perle… que nous étions ses héritiers… »

Kikyo fit un effort pour ne pas montrer sa surprise. Qu'avait encore inventé Naraku ?

« Je n'ai pas de réponses, Rin.

- Bokuseno en aura peut-être une. »

Rin avait visiblement besoin d'éliminer les doutes qu'avaient instillé Naraku. Si le vieil arbre que Rin semblait tant aimer pouvait la rassurer, Kikyo était prête à partir sur le champs le voir. Elle n'avait pas la confiance absolue de Rin pour lui. La seule fois où Kikyo l'avait rencontré, elle était restée assez dubitative. Il ne leur avait pas apporté les réponses qu'elles étaient venues chercher. Peut-être qu'il pourrait les aider cette fois-ci. Kikyo avait l'expérience d'avoir connu des yokai très imprévisibles, à commencer par Inuyasha.

Kikyo et Rin n'arrivèrent que le jour suivant à la clairière de Bokuseno. Le yokai, ses branches couvertes de fleurs, les accueillit avec bonhomie.

« Rin, Kikyo ! Je suis tellement content de vous revoir !

- Bonjour, ojisan ! Comment vas-tu depuis la dernière fois ?

- Oh, très bien, très bien. L'hiver ne fut pas spécialement rude cette année et mes vieilles branches n'ont pas eu à souffrir du froid. Et toi, ma belle Rin, tu as certainement bien changé. »

Rin parut perplexe, mais Kikyo comprenait ce que voulait dire Bokuseno. Le temps posait sa marque sur la jeune fille qui devenait jeune femme. Rin atteignait pratiquement la taille de Kikyo qui n'était pas spécialement petite. Ses cheveux, toujours un peu en bataille malgré le malheureux ruban qui essayait de les retenir, avaient poussé pour cascader jusqu'à sa taille. Ses traits enfantins s'étaient affinés sans perdre la douceur qui s'y dégageait, et ses formes étaient celles d'une femme.

Ces changements physiques ne reflétaient pas entièrement les véritables modifications chez Rin. Elles étaient avant tout d'ordre moral.

« Tu trouves ojisan ? demanda Rin en essayant de se scruter sous tous les angles qu'elle pouvait atteindre. Je n'en ai pas vraiment l'impression…

- Et je vois que tu portes mon cadeau et celui de Totosai… Te sont-ils utiles au moins ?

- Oui, ojisan… »

La voix de Rin perdit son ton enjoué.

« Je ne compte plus le nombre de fois où ces protège-bras m'ont sauvé la vie… »

Si Kikyo savait bien lire sur les traits ridés de Bokuseno, elle aurait dit qu'il était peiné. Il avait raison, Rin, pour une jeune fille de son âge, menait une vie bien dangereuse. Kikyo était habituée, et n'y prêtait plus attention. Il n'y avait rien de plus à dire sur ce sujet.

« Bokuseno-sama, dit Kikyo, nous sommes venues chercher des réponses aux questions de Rin.

- Oui, répondit-il, on m'avait prévenu.

- Prévenu ? demanda Rin. Mais comment ?

- C'est un secret qu'elle veut bien partager avec vous, sourit mystérieusement Bokuseno. Tu la connais Rin. Kagura.

- Kagura ? »

Rin surprise, se tourna brusquement quand le vent vint balayer les cheveux contre son visage. Kikyo fixa la direction d'où provenait la brise, et elle y fixa toute son attention. Très vite, elle distingua… quelque chose, une forme, entourée par la courant de brise, non créée par ses courants. Son affinité pour l'air lui permit de visualiser une silhouette qu'elle reconnut. Oui, c'était bien l'esprit de Kagura qui étaient devant elle, la fille de Naraku, et qui pourtant leur avaient rendu plusieurs fois visites.

« Kagura ! s'écria Rin. Mais comment est-ce possible ? »

Rin s'approcha de la silhouette de pur air, et tendit la main comme si elle tentait de la toucher. Elle n'atteint que du vide.

« Comme tu le sais sans doute, commença Bokuseno, Kagura a été créée à partir de Naraku. Elle était en sa… possession…

- Mais elle voulait être libre, dit Rin à mi-voix. Elle avait demandé de l'aide à Sesshomaru…

- Et il ne répondit pas à son appel. Kagura obtint sa liberté avec son cœur, mais Naraku lui prit sa vie en échange.

- Je… ne savais pas. »

Kikyo aussi l'ignorait. Elle n'en était pas surprise. Naraku n'avait aucun scrupule, même pour ces êtres qui étaient ses enfants, ses créatures.

« Kagura n'a pas oublié que tu as été la première personne à lui témoigner un peu de compassion, dit l'arbre, et vient me donner de tes nouvelles de temps à autres. Et puis sa fin ne fut pas aussi malheureuse que tu ne le penses. Elle n'était pas seule, Sesshomaru était avec elle.

- Il ne m'en a jamais rien dit… L'aimiez-vous ? »

La question directement posée à Kagura amena un silence pesant dans la clairière. Kikyo pouvait sentir la douleur de l'esprit du vent, qui se leva brusquement et avec violence, secouant les fleurs de magnolia de Bokuseno. L'esprit du vent s'était envolé.

« Je n'aurais jamais dû poser cette question, murmura Rin qui glissa distraitement une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Sans nul doute, Rin, dit l'arbre. C'est pour cette raison que tu n'as pas reçu de réponse. Même si la question qui t'intéresse vraiment est si Sesshomaru l'aimait. »

Kikyo observa cette conversation avec intérêt, bien qu'elle ne se sentît pas concernée. Bokuseno savait donc véritablement bien des choses. Il avait aussi la qualité indéniable de lire le coeur Rin comme un livre ouvert. Bien plus facilement que le pouvait Kikyo.

Rin se mordilla la lèvre, une mauvaise habitude qu'elle prenait quand elle avançait sur un terrain inconnu.

« Quand elle était venue blessée demander l'aide de Sesshomaru, dit Rin, même si elle était trop fière pour l'admettre… J'ai su qu'elle… »

Elle secoua la tête.

« Je ne savais pas ce qu'en pensait Sesshomaru à l'époque, et je ne sais encore moins ce qu'il ressent aujourd'hui pour elle.

- Pourtant, Rin, tu es celle qui le cerne le mieux, » déclara Bokuseno.

Rin parut étonnée, puis éclata de rire. Un rire bien amer.

« C'est bien triste alors, car je ne le comprends vraiment pas. Mais ojisan nous ne sommes pas venu pour parler de Sesshomaru.

- Je sais, tu veux en apprendre plus sur le lien qui t'unit à Naraku. Qui vous unit à lui. »

Rin fit un signe de tête pour confirmer les dires de Bokuseno, et Kikyo attendit. Il ferma ses paupières de bois, comme s'il recherchait des souvenirs au plus profond de son esprit.

« C'est une histoire ancienne, bien plus que ta vie, Rin, ou celle de Kikyo. Je ne l'ai comprise pleinement que récemment, à vrai dire depuis près de cinq ans. Quand le Shikon no Tama entra dans ton cœur, Rin. Ce jour fut sinistre et magnifique à la fois, faisant trembler les éléments et vibrer la nature, conscient que les rouages du destin s'étaient enclenchés.

- Si vous saviez depuis autant de temps, demanda Kikyo, pourquoi ne nous en avoir pas parlé plus tôt ?

- Parce que ce que j'ai à vous dire n'a rien d'agréable. J'avais la prétention de vouloir préserver Rin, ma petite-fille que je n'ai jamais eu. Mais personne ne peut protéger les gardiennes du Shikon no Tama des dangers qui parcourent leur vie inlassablement. De leur destin… »

Kikyo ne savait pas quoi penser de voir les traits, habituellement si joviaux de Bokuseno, se tirer avec gravité. Rin alla vers l'arbre, et posa sa main sur son tronc ridé, comme pour le rassurer.

Kikyo comprenait le sens des paroles de l'arbre. Beaucoup, dont elle-même, avaient cherché à protéger Rin. C'était inhérent à Rin, cet impression qu'il était nécessaire de la protéger, elle qui pouvait paraître aussi frêle et fragile qu'une fleur solitaire en hiver. Mais ils étaient tous tombés dans le piège des apparences, elle, Inuyasha et ses amis, Sesshomaru. Rin avait appris à se défendre seule.

Bokuseno sortit de ses pensées au contact de Rin.

« Vous connaissez sans doute toutes les deux l'histoire de Midoriko. Sa bataille incessante contre les yokai qui gouvernaient les terres et torturaient les humains. Comment elle créa le Shikon no Tama en faisant face à l'une des plus grandes alliances de démons mineurs que le monde eut connu. Peu de personnes savent qu'elle avait eu trois enfants. Trois enfants nés d'un viol odieux perpétré par Taho, son ami d'enfance qui l'aimait d'un amour fou et sans retour. C'est lui, son ancien ami, devenu plus tard son ennemi, qui accepta de donner son corps et son âme à l'alliance de yokai devenant la perte de Midoriko. »

Kikyo se sentit mal à l'aise. Elle portait la partie de l'âme de Midoriko qui avait été enfermée dans le corps momifié de la prêtresse. Les Shinindamashu l'avait escortée jusqu'à elle, cette âme torturée qu'elle avait acceptée pour pouvoir se donner un atout contre Naraku. Kikyo n'avait pas cherché à savoir les raisons qui pesaient sur l'âme de Midoriko. Elle avait la réponse à présent.

L'autre partie de l'âme de Midoriko continuait sa bataille éternelle contre Taho et ses yokai dans le Shikon no Tama. Dans le cœur de Rin.

En jetant un coup d'œil sur Rin, Kikyo s'aperçut qu'elle écoutait tout aussi attentivement l'histoire de Bokuseno, sa main droite serrant sa poitrine.

« Mais à la mort de Midoriko et de Taho, une prophétie fut dite par l'un de leurs anciens maîtres :

Les trois lignées du Shikon no Tama

S'entredéchireront entre la vie et la mort.

Un seul Héritier persistera, dernière union entre humain et démon,

Engendrant au-delà du temps la dernière fille du Shikon no Tama.

Ciel, Terre, et Enfer

S'affronteront à la frontière indistincte de la haine et de l'amour

Car un seul vivra. »

Le silence tomba, comme si la prophétie avait tué tout autre son.

« Ce n'est pas très poétique pour une prophétie, remarqua Rin.

- En effet, répondit Bokuseno en riant un peu. Mais elle en est quand même une.

- Elle a l'air bien terrible ojisan, mais en quoi elle nous concerne ? »

Contrairement à Rin, il ne fallut pas longtemps à Kikyo pour trouver la corrélation.

« Nous sommes les héritiers des trois lignées, déclara-t-elle. C'est bien cela, Bokuseno-sama ? Naraku, Rin et moi ?

- Je le crois, en effet, dit Bokuseno. Tous les trois avez gardé le Shikon no Tama pendant un certain temps, et vous avez maîtrisé la perle à des niveaux variables. La lignée du Ciel serait la votre Kikyo, descendante de Mariko, mère de la lignée de prêtresses. Kenri, le seul garçon des trois enfants, tomba dans le banditisme et engendra la lignée de l'Enfer qui donna Onigumo, ou Naraku. Et enfin, la plus jeune des trois, Sayara épousa un paysan et engendra la lignée de la Terre. Ta lignée, Rin.

- Ce qui signifie, dit Rin, que nous sommes tous les trois de la même famille… Naraku est mon cousin ?!

- C'est l'un des détails de la prophétie, oui. Au cours du temps, ces trois lignées se sont croisées, rarement dans des circonstances heureuses.

- 'Les trois lignées du Shikon no Tama s'entredéchireront entre la vie et la mort', cita Kikyo. C'est ce que vous voulez dire, n'est-ce pas ? Que Naraku, Rin et moi sommes destinés à nous entretuer jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un.

- Oui, Kikyo.

- Non ! s'emporta Rin. Jamais je n'essayerai de tuer Kikyo !

- Même si ta vie était en jeu ? demanda Kikyo. Même si… ton bonheur était en jeu ? C'est sans doute l'interprétation qu'on peut donner à la ligne 'dernière union entre humain et démon'. Celui qui en sortira vivant créera une lignée, peut-être en s'alliant à des yokai comme Naraku, ou en enfantant un hanyo. »

Rin la regarda horrifiée, mais Kikyo resta impassible. Elle devait lui faire comprendre les enjeux de cette prophétie, pour leur vie, pour leurs espoirs. Des générations d'hommes et de femmes s'étaient sans doute affronter pour les mêmes raisons. C'était à eux, Naraku, Rin et elle d'achever cette bataille centenaire, et d'atteindre peut-être le bonheur.

Kikyo ne pouvait pas y renoncer, elle ne pouvait pas perdre tout espoir de retrouver Inuyasha, de fonder une famille avec lui. Elle était morte, mais portait l'âme d'une femme, dans un corps d'argile et de cendres. Rien que le Shikon no Tama ne pouvait changer. Elle pouvait redevenir humaine si elle le souhaitait, grâce à la perle.

Il y avait encore une chance, comme le promettait la prophétie qui ne désignait pas de vainqueurs prédestinés. Elle pouvait vivre, et devenir… heureuse. Même si Kikyo aimait Rin comme sa petite sœur, même si cela signifierait de la perdre finalement. Qui était capable de renoncer au bonheur ?

« Je ne pourrais jamais être heureuse si je vous tuais, Kikyo. »

Rin lui tournait le dos, ses bras la serrant comme si elle avait soudainement froid. Elle ne vit jamais l'expression de choc que Kikyo était sûre de porter sur son visage. Kikyo aurait compris Rin si elle avait dit le contraire, si elle réfléchissait avec la logique nécessaire à cette situation. Et elle n'aurait alors pas eu à tenter de comprimer le sentiment de culpabilité devant son propre égoïsme.

« Ecoute toujours ton cœur, Rin-chan. »

Rin virevolta pour faire face à Bokuseno qui la regardait avec douceur. Elle lui rendit un sourire plein d'affection.

« Oui, ojisan. »

Comme un commun accord, Kikyo et Rin continuèrent à mener leur vie d'antan, toutes deux conscientes qu'elles devaient s'allier pour vaincre Naraku. Jamais, elles ne rediscutèrent de la prophétie, laissant peser un lourd silence sur elles. Car chacune n'ignorait pas que la vie de l'une, dépendait de la mort de l'autre.


L'été culminait dans ses journées brûlantes lorsque le soleil s'élevait à son zénith. Mais Sesshomaru n'était pas affecté, ou du moins ne le montrait pas. Les alentours d'Hakureizan étaient bien plus agréables au printemps. La raison qui avait amené Rin et la miko dans cette région échappait à Sesshomaru. Peut-être qu'il n'y en avait pas. Elles ne faisaient qu'errer à travers le pays, sans aucun but particulier. Et il allait partout où Rin allait.

Jaken supportait bien moins la chaleur. Il se traînait d'une façon lamentable derrière lui. S'il ne lui était pas loyal et quelque fois utile, Sesshomaru se serait déjà débarrassé du crapaud. Jaken le ralentissait, et Sesshomaru se retenait de le punir sachant qu'en le frappant, il perdrait encore plus de temps. Peut-être aussi par pitié.

La pitié. Un sentiment inutile ressenti par des êtres faibles. Mais qu'il avait un jour appris quand il vit tué par une meute de loups le corps d'une petite fille muette. Cette scène venait parfois le hanter pour une raison qu'il n'expliquait pas. Pourtant avec les années ce n'était plus l'enfant Rin qu'il voyait étendue dans une marre de sang, mais une jeune femme, comme elle était apparue ce matin-là face à lui dans la caverne.

Quelque chose d'important s'y était produit, il en était certain, et non pas parce que Rin avait refusé de lui donner les réponses qu'il voulait sur Naraku. C'était plus profond que cela, touchant directement leur relation et capable de changer le cours de leur existence. Sesshomaru ignorait où cela le mènerait, et il détestait perdre le contrôle sur sa propre vie.

Rin n'était plus la petite fille qui obéissait à ses ordres. Elle lui tenait tête, elle luttait contre lui, comme s'il était un étranger. Ce n'était pourtant pas le plus marquant. Non, c'était ses émotions qui l'intriguaient le plus. Complexes, uniques qui rayonnaient de ses yeux bruns. Il avait été… touché par elles et par ses paroles hors contexte, plus des fragments de pensées qui s'étaient échappés de ses lèvres. Plus que tout. Il y avait un sens qu'il ne parvenait pas à comprendre, comme tout ce qui accompagnait Rin. Il s'en sentait immensément frustré.

Pour la première fois, il vit également ce jour-là ce que les jeunes humains voyaient en Rin selon les dires d'Inuyasha. Elle était une jeune femme en plein épanouissement, radieuse de son pouvoir, certes, mais pas seulement. Fière sans arrogance, simple mais forte, Rin était beaucoup d'ambivalences et de contradictions qu'il en comprenait pas, parce qu'elle était si différente de lui. Leur différence avait été ce qui l'avait le plus intrigué lors de leur première rencontre.

Elle était même différente de sa propre race. Elle qui était frèle et fragile, n'avait qu'à peine hésité pour venir l'aider, lui, qui était craint de tous, humain comme yokai. Mais pas par elle. Jamais elle. Rin était venue à lui, malgré son refus d'aide, elle avait été là jour après jour pour lui apporter de la nourriture qu'il ne voulait pas. Pourquoi ne l'avait-elle pas laissé ? Pourquoi n'avait-elle pas eu peur ? Que voulait-elle ? Que désire-t-elle ?

Aucune réponse qu'il pouvait inventer n'arrivait à le satisfaire. Rin, la seule humaine qu'il connaissait, restait un mystère pour lui, alors que le reste de la race humaine n'était qu'un amas insignifiant de vies grouillantes.

Penser à Rin fit renaître un sentiment de culpabilité dont il n'avait pris conscience que lors de sa dernière rencontre avec Rin. Il se sentait coupable d'avoir laissé Rin, et de l'avoir blessée. Ce sentiment ne devait pas être, un Taiyokai n'était coupable de rien, mais il ne pouvait pas changer la vérité. Et ses mots durs l'avaient encore atteinte ensuite, sa colère fut remplacée par une tristesse digne. Il s'en voulait d'en avoir été la cause.

Il se souvenait de l'odeur de ses larmes qui teintait encore les lieux qu'elle avait traversé. Sesshomaru détestait cette odeur devant n'importe quelle autre.

Et il restait ces questions, les pourquoi de Rin qui l'accompagnaient à chaque fois qu'il pensait à elle. Pourquoi continuait-il de la suivre ? Pourquoi la sauvait-elle ? Il n'avait pas de réponses, celles qui lui permettraient de se libérer de cette emprise. Ou qui le lieraient à elle plus inextricablement encore.

Suivre Rin était une seconde nature. Sesshomaru se serait moqué de tout autre personne qui se comporterait de la même manière. Il suivait Rin sans jamais l'atteindre, conscient qu'elle et la miko savaient qu'il était là. Cette situation était pathétique, grotesque.

Elles étaient parties voir Bokuseno, pour une raison qu'il ignorait. La manière la plus simple de le savoir aurait été de demander les réponses à Bokuseno. Sesshomaru n'avait pas pris la peine d'envisager sérieusement cette possibilité. Bokuseno montrait un manque de coopération flagrant quand Rin était concernée. Sesshomaru aurait eu beaucoup de mal de ne pas réduire le vieil arbre en petit bois malgré le respect qu'il lui devait.

Pourtant, l'envie de le voir, ne manqua pas à Sesshomaru. Savoir ce que Rin faisait, et ce qui la poussait à agir était le seul moyen pour réussir à la comprendre, et ainsi comprendre peut-être pourquoi il agissait de façon irrationnelle.

Un bruit familier, mais qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps, attira l'attention de Sesshomaru. Un bourdonnement d'insectes traversait la plaine. Les Saymyochos. Sesshomaru vira de direction, marchant d'un pas lent et délibéré et ne manquant pas de piétiner Jaken qui ne s'était pas écarté de son chemin. La dernière apparition des insectes de Naraku datait de la bataille entre Rin et les yokai que Naraku lui avait envoyé. Sesshomaru ne manqua de remarquer que les insectes volaient dans la direction opposée du lieu où était Rin.

Etait-ce un piège ? Sans nul doute. Mais quel était le but de Naraku ? Atteindre Rin sans sa présence ? Ou au contraire le capturer lui, le plus grand Taiyokai du pays ? Naraku était rusé, les deux possibilités étaient valables. La question de savoir si Sesshomaru risquerait la sécurité de Rin par son absence ? Mais la réponse fut rapide à trouver. Il ne pouvait pas laisser s'échapper la seule piste qu'il avait de Naraku. Et rester près de Rin aurait signifié qu'il avait perdu son indépendance.

Son choix fait, il pressa le pas.

« Sesshomaru-sama ! » cria Jaken.

Sesshomaru regarda par-dessus son épaule son vassal qui traînait derrière. Il n'avait pas dû sentir les Saymyochos, ses sens étant peu développés.

« Naraku prépare quelque chose, » fut tout ce qu'il dit.

Jaken prit le pas de course, pour s'accrocher à la fourrure de Sesshomaru. Il le laissa faire étonné de voir son serviteur se montrer inexplicablement courageux, même au risque de confronter Naraku.

Sesshomaru s'envola lentement.

« Sesshomaru-sama, est-ce que… est-ce que Rin est concernée ? »

Un sentiment d'ennui qui aurait pu virer en colère si Sesshomaru n'avait pas mieux à faire, l'envahit. De quel droit son serviteur se permettait de penser que lui, Sesshomaru, se précipitait auprès d'une humaine au moindre danger qu'elle encourrait ?

« Non. »

Sa réponse était sèche mettant fin à tout autre improbable commentaire qu'aurait murmuré le crapaud. Jaken se contracta mais se garda bien de répondre. Il devait à présent regretter d'être venu. Car il s'était proposé parce qu'il croyait Rin en danger. Intéressant. Jaken était encore loyal à Rin. Il n'avait fait que se plaindre d'elle et de la critiquer pendant les deux ans qu'elle avait vécu parmi eux. A croire que Rin avait réussi à toucher le cœur égoïste et bourru de Jaken.

Sesshomaru déviait, et refocalisa ses pensées sur les Saymyochos qui avaient accéléré l'allure. Ils se dirigeaient au nord ouest, là où s'érigeait le volcan éteint d'Hakureizan. Naraku, as-tu perdu toute ton originalité ?

La barrière sacrée qui avait entouré la montagne l'empêchant de passer n'existait plus. Il ne risquerait pas de perdre ses forces ou pire, d'être purifié. Pourtant en s'approchant du volcan, Sesshomaru pouvait sentir des vibrations correspondants aux forces démoniaques et sacrées qui s'y étaient combattues sept ans auparavant. Il n'était pas vraiment affecté mis à part une sensation de malaise de laquelle il ne pouvait pas se détacher.

En avoisinant la montagne, les Saymyochos ralentirent. Le mont Hakurei était libre de la brume magique qui l'avait enfermé dans une robe sacrée. La lave refroidie avec les années donnait une couleur ocre sanguine aux murs de pierre de la montagne autrefois recouverte d'une végétation disparate. Mais Sesshomaru le sentait, la montagne reprenait vie malgré les sévices que lui avait infligé Naraku.

Les Saymyochos tournèrent autour de la montagne et s'engouffrèrent dans une caverne. Il était sur ses gardes plus que jamais, conscient qu'à tout moment le piège pouvait se refermer sur lui. Quand Sesshomaru s'y posa et que Jaken descendit de sa fourrure, il renifla l'air. Même sa vision de Taiyokai ne lui permettait pas de percer l'obscurité de l'antre, et son flaire était… altéré. Il fit quelques pas et heurta un mur invisible. Une barrière ?

« Sesshomaru-sama, dit Jaken en s'approchant à son tour, comment allez-vous traverser cette barrière ? »

Sesshomaru remarqua parfaitement bien que Jaken ne s'incluait pas pour cette expédition. Il prit le petit yokai et le lança contre la barrière. Heureusement pour Jaken que elle n'était pas puissante. Le choc aurait été plus douloureux pour lui, mais au moins il apprendrait peut-être à ne pas se défiler.

Sesshomaru entra à son tour laissant la barrière se reconstruire derrière lui, plus résistante encore. Sesshomaru comprit pourquoi. La barrière ne faisait que masquer le chaos qui régnait dans le cœur d'Hakureizan.


Kagome décocha une flèche purificatrice sur les plus proches yokai qui s'aventuraient près d'elle. Elle se battait dos à dos avec Inuyasha, ayant déjà perdu Sango, Miroku, Kirara, Kohaku et Shippo dans le chaos de la bataille.

Ils avaient su que c'était un piège, que suivre les Saymyochos les attirerait inévitablement dans un endroit préparé spécialement par Naraku. Cependant, ils n'avaient pas hésité, sachant que c'était leur seule chance de trouver Naraku. Il les avait amenés droit dans le cœur d'Hakureizan, et peut-être à leur mort. Non, il n'y arrivera pas !

Une fois la barrière franchie, l'option de faire marche arrière s'était avérée impossible. Naraku les avait enfermés dans la montagne avec des centaines de démons, des milliers peut-être, que les Kaze no Kisu d'Inuyasha n'arrivaient pas à enrayer. La bataille était sans merci, et tout ce qu'ils pouvaient faire était insuffisant. Bientôt Kagome n'aurait plus de flèches et devrait compter sur Inuyasha pour la maintenir en vie. Elle avait confiance en Inuyasha, tant qu'il serait là avec elle, elle n'aurait rien. Mais elle détestait être un poids pour lui, quand bien même il dirait le contraire.

Kagome empala encore plusieurs démons alors qu'Inuyasha enchaînait un à un des Kaze no Kisu contre leurs ennemis. Les yokai les considéraient prudemment, certains se tenaient à l'écart. Ils commençaient à comprendre qu'ils risqueraient leur vie s'ils s'approchaient encore un peu plus. Au moins, Kagome et Inuyasha pouvaient avoir un répit même s'il n'était que temporaire.

« Sesshomaru est là, dit Inuyasha entre deux respirations.

- Lui aussi a été attiré dans le piège ? Que veut Naraku ?

- Tous nous tuer en une seule fois, voilà ce qu'il veut ce salaud ! »

Kagome n'en était pas aussi sûre.

« Je ne sais pas, murmura-t-elle. Ses raisons n'ont jamais été simples…

- Feh, on s'en fout de toute façon. Notre problème c'est de sortir de ce merdier. Même avec Sesshomaru dans le coin, on est mal barré. Si ça continue, Miroku va se sentir obliger d'utiliser le kazaana et avec tous ces foutus Saymyochos qui se baladent... Faut espérer que Sango soit encore avec lui pour le retenir. »

Kagome savait qu'Inuyasha avait raison. La situation ressemblait trop au jour où le kazaana de Miroku était devenu incontrôlable. Le nombre de yokai autour d'eux ne diminuait pour une raison que Kagome ne comprenait pas. Bientôt ils ne pourraient plus résister. Ils avaient besoin d'aide, et tout de suite.


Rin était sur sa rive du grand lac des rêves. Debout les bras croisés contre sa poitrine, elle observait l'eau calme. Contrairement à la rive de Naraku, la sienne était éclairée, autant que les rêves pouvaient offrir de lumière au monde qu'ils créaient. La forêt derrière elle était florissante et les pétales de fleurs tombaient sur l'eau pure du lac.

'Nos paysages sont identiques, et pourtant si différents,' dit son compagnon.

Il regardait comme elle l'étendue d'eau dont les ondes se propageaient en douce vagues, initiées par la pluie de pétales multicolores qui touchait sa surface. Elle lui jeta un coup d'œil rapide, son profil fier et fort assis sur un rocher à sa droite, une jambe étendue devant lui, et l'autre relevée en accoudoir pour son bras droit. Ses cheveux ondulés cascadaient au-delà de ses épaules, sombres, absorbant toute lumière.

Rin fixa de nouveau l'étang sans lui répondre.

'Tu sais pour la prophétie.'

Naraku ne lui posait pas une question, mais elle lui répondit comme si c'en était une.

'Oui, nous sommes liés par deux cents d'histoire.

'Taho, Midoriko. Ceux par qui tout commença, dit-il d'une voix morne. Mais aussi la lignée des Inuyokai.

'Les Inuyokai ?'

Elle se tourna vers lui. Elle ne comprenait pas où il en venait. Il lui rendit un regard sans haine, teinté du même brun que ses propres yeux.

'La lignée des Inuyokai qui déclencha tout et croisèrent tant de fois nos lignées. Toga, Sesshomaru et Inuyasha.'

Le regard de Rin devait toujours être aussi confus parce qu'il lui tendit sa main droite.

'Veux-tu que je t'emmène ? Vers le souvenir de Taho ?'

Sans un mot, Rin prit la main de son compagnon, et le monde changea, les couleurs se dissolvant pour renaître dans un nouveau paysage, une clairière parsemée de neige. Rin connaissait cet endroit.

« Midoriko, attends moi ! » cria une voix enfantine.

Rin côte à côte avec son compagnon, vit un petit garçon aux cheveux ondulés déboula dans la clairière, et vint rejoindre une petite fille de sept ou huit ans à genoux à son centre. Elle fixait le sol intensément, mais quand elle leva la tête, Rin retint sa respiration. La couleur des yeux de la petite fille… Ils étaient du même brun riche qu'elle avait vu chez Kikyo, Kagome… et Naraku et elle-même.

« Taho, dépêche-toi, dit-elle. J'ai bientôt fini ! »

Rin vit que la petite fille, Midoriko, creusait un trou dans le sol. Taho vint s'accroupir à ses côtés, juste à temps pour la voir planter au fond du trou un plan d'arbre que Rin identifia : une banche de magnolia.

« Tu crois que ça va marcher ? demanda le petit garçon à son amie.

- Bien sûr que oui, répondit la petite Midoriko. Toga-sama me l'a donnée après m'avoir sauvée. Il a dit que ça marcherait !

- Mais c'est un démon ! Il pouvait te mentir…

- Non, il est très gentil… Il a dit que la branche venait d'un arbre yokai et c'est pour ça que l'arbre poussera même en hiver !

- Tu parles toujours de lui, Midoriko. A croire que t'es amoureuse !

- C'est même pas vrai ! Je préfère de toute façon Sesshomaru-sama… »

La petite fille plaqua sa main sur sa bouche alors que ses joues rougissaient pas seulement sous l'effet du froid. Le petit Taho parut en colère.

'Il l'était, dit son compagnon. Taho se mit à jalouser Sesshomaru dès cette époque.'

« Il t'a même pas sauvé, lui, remarqua le petit garçon furieux. Il te regardait même méchamment !

- C'est pas vrai ! Et en plus il est très beau ! »

Elle reprit immédiatement la parole avant que Taho n'ouvrît la bouche pour répliquer.

« Viens, j'ai fini ! On rentre au village ? »

Sans attendre une réponse, elle partit en courant hors de la clairière suivie de près par Taho.

Son compagnon reprit la parole.

'Et comme le démon Toga l'avait promis à Midoriko, l'arbre poussa à travers le temps, plus rapidement que tout autre arbre, parce qu'il était d'origine yokai.'

Rin voyait l'arbre s'épanouir, à chaque visite que les deux enfants effectuaient dans la clairière.

'Cet arbre fut connu plus tard sous le nom de…

'Goshinboku…' murmura Rin à la place de Naraku.

Rin vit une jeune femme regarder l'arbre devant elle, sa main posée sur son tronc. Elle était perdue dans ses pensées, une vague tristesse touchant ses traits. Cette femme n'était autre que la même petite fille plusieurs années après. Midoriko. Dans un fourré, elle était surveillée par un Taho lui aussi devenu adulte, dont le désir pour la jeune femme brûlait dans ses yeux sombres.

'Plus tard, Midoriko rencontra à nouveau Sesshomaru, continua son compagnon. Même s'il n'éprouvait que de l'indifférence pour elle, Midoriko tomba amoureuse de lui. Taho fut rongé par la jalousie… peut-être que je te montrerais cette histoire une autre fois…'

Les deux formes de Midoriko et de Taho se dissipèrent pour ne laisser que l'arbre Goshinboku, témoin silencieux du drame du Shikon no Tama. Rin se tourna vers Naraku.

'Comment sais-tu cette histoire ? Comment peux-tu avoir les souvenirs de Taho ?

'Peut-être que les démons auxquels je me suis alliés étaient les rescapés de la dernière bataille entre Midoriko et Taho, conservant les souvenirs de Taho. Peut-être suis-je la réincarnation de Taho et que toi ou Kikyo êtes celle de Midoriko. Peut-être que le temps souhaite se répéter ?'

Rin ne répondit pas et resta longtemps à contempler l'arbre séculaire. Naraku l'avait quittée depuis bien longtemps, quand elle se décida de regagner le monde réel.

Ce rêve resta gravé dans l'esprit de Rin, même lorsque rien n'aurait dû lui faire penser à Naraku ou à la prophétie. Elle ne se confia pas à Kikyo, et garda ce rêve pour elle, comme tant d'autres secrets qu'elle ne préférait pas partager avec la miko. Depuis la révélation de Bokuseno sur la prophétie, un malaise s'était installé entre elles, et Rin ne savait pas comment arranger la situation. AhUn aussi étaient affectés par cette atmosphère, en se montrant réticents envers Kikyo comme s'ils se méfiaient d'elle.

Elles n'en parlaient jamais. Elles n'évoquaient plus Naraku ni ses plans, bridées par la tension entre elles. Rin n'ignorait pas que Kikyo repensait tout le temps à la prophétie, comme elle le faisait.

Rin était persuadée d'une chose, elle tiendrait parole. Jamais elle ne s'attaquerait à Kikyo, jamais elle ne la tuerait, quand bien même sa propre vie était en jeu. Quand bien même Kikyo n'avait rien dit qui pourrait aller dans le même sens. Rin se posait des questions d'ailleurs. Est-ce que Kikyo tenterait de la tuer ? Elle se mettait à douter, blessée que la miko n'eut pas affirmé le contraire.

Ce n'était pas le problème de toute façon. Rien n'indiquait que Kikyo allait s'en prendre à elle. La priorité était de vaincre Naraku. De cela, elles en avaient toutes les deux conscience. Après… après Rin n'aurait qu'à improviser.

L'été battait de son plein, chaud et caniculaire. Rin n'aimait pas ce temps. La chaleur étouffante la faisait transpirer et la fatiguait. Kikyo au contraire paraissait aussi affectée que si c'était une douce après-midi de printemps. Rin aurait pu envier Kikyo si elle avait ignoré quel était le prix qui en découlait.

Si au moins une brise de vent pouvait remuer l'air, mais Kagura ne semblait pas d'humeur à avoir pitié d'elle. Elle n'était même pas là, à dire vrai. Peut-être se trouvait-elle auprès de Sesshomaru.

Non pour la première fois depuis que Rin connaissait le sort de l'esprit du vent, elle ressentit une pointe de jalousie. Kagura était sans doute le plus souvent auprès de Sesshomaru, veillant sur lui, sur sa vie dont elle en était le témoin, jour après jour. Kagura l'aimait encore, c'était une évidence, mais Sesshomaru ? Il devait savoir qu'elle était près de lui, qu'elle ne le quittait que rarement. L'aimait-il ? Vivait-il encore avec le souvenir de cette femme qu'il avait appris à respecter ? Enfin Rin croyait qu'il y avait eu une sorte… d'osmose entre Kagura et Sesshomaru, même si elle n'en était pas sûre. C'était difficile à dire avec Sesshomaru et elle avait été si jeune à l'époque.

Rin remarqua soudain que l'aura de Sesshomaru s'éloignait. C'était rare, mais toujours dans ces moments-là, Rin se sentait inconfortable. De toute façon avec Sesshomaru, elle était soit mal à l'aise, soit confuse, soit… Elle soupira. Elle était tellement de choses quand il était concerné.

'T'ai-je manqué, Rin ?'

Rin réprima l'envie de lever les yeux au ciel. Il ne manquait plus que le retour de Naraku dans son cœur.

'Tu n'imagines pas à quel point.

'Tss, sarcasme, sarcasme, Rin. Où est passée l'enfant que j'effrayais si facilement ?

'Elle est au-delà de ton cœur, Naraku. Je suis toujours la même, même si j'ai grandi.'

Elle ne pouvait pas dire qu'elle avait peur de Naraku, pas exactement. Elle craignait ce qu'il pouvait faire. Il n'avait pas besoin de savoir cela. Ou peut-être était-il déjà au courant. Leur relation avait des règles propres que ni l'un ni l'autre ne comprenaient parfaitement.

'Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de cette visite, Naraku ?

'J'ai remarqué que cela faisait un certain temps que je ne t'avais pas testé, compagne de mon âme…

'Et ?

'Des démons t'attendent au cœur du mont Hakurei. Bien sûr, ils sont plus nombreux que la dernière fois.

'Tu crois vraiment que je vais aller m'amuser à purifier des démons pour que tu me 'testes' ?

'Non, je ne sous-estimes pas ton intelligence, et tu ne devrais pas sous-estimer la mienne. Si tu n'y vas pas, beaucoup de personnes que tu aimes mourront.'

Rin arrêta la marche d'AhUn. Un sentiment glacé avait pris son cœur.

« Rin ? » demanda Kikyo.

Rin ne répondit pas et gagna la place où résidait la voix de Naraku.

'Que veux-tu dire ?

'Oh, on est plus intéressée par mon honnête proposition d'un seul coup ?

'Parle, Naraku !'

Naraku éclata d'un rire profond et malveillant, n'ignorant pas qu'il irritait Rin par la même occasion.

'Inuyasha, sa bande d'ami et… Sesshomaru ont volontairement foncé dans la toile que je leur ai tendue. Ils ne peuvent plus s'en sortir, à moins d'y laisser leur vie.

'Espèce de…'

La seule chose qu'elle pouvait entendre était le rire malsain de Naraku. Rin s'arracha de son âme et reprit conscience du monde qui l'entourait.

« Kikyo, nous faisons demi-tour, pour Hakureizan. »

Kikyo la regarda froidement, obligeant Rin à s'expliquer. Elle se retint de répondre à la miko avec sécheresse. Elle ne pouvait pas se défaire de l'impression qu'elle perdait de précieuses secondes.

« Naraku m'a prévenu qu'il a pris au piège Sesshomaru, Inuyasha et les autres au cœur d'Hakureizan.

- Il peut t'avoir menti, répondit Kikyo. Cela pourrait être un piège.

- C'en est un, mais je ne crois pas qu'il ment. En tout cas, je ne vais pas courir le risque de perdre qui que ce soit parce que je ne veux pas que Naraku me teste. De plus Sesshomaru est parti dans la direction du mont Hakurei, il y est en ce moment même. »

Rin pouvait sentir une interférence se dresser entre elle et Sesshomaru. Une barrière. Elle était douée pour les défaire, Naraku allait l'apprendre.

Kikyo monta derrière elle, et Rin guida AhUn vers la montagne. C'était à Hakureizan, que Naraku était devenu ce qu'il était à présent, d'après ce que lui avait raconté les détails incohérents de Jaken, et surtout Kikyo. A l'époque, Sesshomaru n'avait pas pris la peine de lui expliquer ce qui s'était produit.

C'était là aussi qu'elle avait retrouvé Kohaku après leur malheureuse première rencontre. Il lui avait sauvé la vie en l'écartant des yokai qui n'auraient fait qu'une bouchée d'elle, pour plus tard être à nouveau sauvée par Sesshomaru et Kikyo. Surtout par Kikyo en fait, qu'elle rencontra pour la première fois. Si elle n'avait pas été là à l'époque, Rin aurait été tuée par l'homme Suikotsu.

Ce jour amenait une autre bataille, une où elle serait l'un des combattants et non la victime innocente. C'était sa bataille, comme tant d'autres avant elle et à venir depuis qu'elle possédait le Shikon no Tama. Jusqu'au jour où elle tuerait Naraku ou qu'il la tuerait. Ou Kikyo, comme le susurrait une voix insidieuse qui ressemblait à celle de Naraku.

Le mont Hakurei se détachait de l'horizon, un pic solitaire et sinistre, alors qu'avant il dégageait une sérénité en harmonie avec la vie et la nature. Naraku avait le don de détruire ce qu'elle aimait.

Dire que Rin était en colère n'était pas assez fort pour exprimer ce qu'elle ressentait vraiment. Elle était livide contre Naraku qui s'en prenait à ceux qu'elle aimait. Elle embrassa cette colère, pour mieux la contrôler et surtout pour étouffer le sentiment froid de peur qui voulait percer. Elle ne pouvait pas les perdre. Elle devait avoir confiance en leurs capacités, jusqu'à leur entrée dans la bataille. Elle devait faire ce qu'elle avait toujours fait avant, croire en Sesshomaru.

Elle fit faire le tour de la montagne à AhUn, cherchant un passage qui la mènerait à l'intérieur d'Hakureizan. Elle en aperçut un et fit piquer le dragon rapidement vers une caverne encastrée sur le flanc de la montagne. Elle senti la barrière avant de la voir, qu'elle brisa immédiatement d'une flèche. AhUn galopaient maintenant, suivant les instructions précises de Rin sur les galeries qu'ils empruntaient. Si Rin n'avait pas ses sens de miko pour repérer les autres, elle se serait perdue. Certains yokai traînaient en groupe, mais Kikyo les anéantissait d'une flèche purificatrice.

Les autres paraissaient être tous dans les profondeurs du volcan éteint, là où la masse de youki était la plus importante. Elle commençait à percevoir les sons bestiaux des démons.

« Nous approchons, » dit Rin.

Rin laissa les rênes d'AhUn préférant le guider de ses talons alors qu'elle et Kikyo préparaient leur arc. AhUn et Rin étaient en parfaite synchronisation, ils avaient travaillé dans ce sens. La danse allait bientôt commencer.

La lumière arrivait à leur parvenir du bout du tunnel, là où Rin avait senti les yokai de Naraku et les autres. Ce n'était pas de la surprise qu'elle ressentit quand ils déboulèrent dans l'immense caverne en dessous infestée par plus de yokai qu'elle aurait pu s'en débarrasser d'une flèche. Voire même une dizaine. Naraku avait entraîné ses amis dans ce chaos. Il était allait trop loin.

'Je te tuerai, Naraku ! dit-elle en atteignant l'autre côté de la perle.

'N'est-ce pas le but ?' demanda-t-il avec cynisme.

Elle ne chercha même pas à lui répondre, tirant une flèche purificatrice droit devant elle. Kikyo derrière elle faisait la même chose en tirant sur les côtés. Rin aurait aimé utiliser son potentiel au maximum, mais elle risquerait de purifier par la même occasion Sesshomaru, Inuyasha, Shippo et Kirara. Il fallait trouver une autre solution, et vite, alors qu'elle continuait à distribuer la mort autour d'elle.

L'Hiraikotsu de Sango déchira plusieurs yokai près d'elle. Rin fit virer AhUn d'un mouvement de talon vers son origine.

« Rin ! » appela Sango.

Elle était sur Kirara. Miroku derrière elle lançait des offudas sur les yokai les plus proches. L'un deux fit l'erreur d'être sur le chemin d'AhUn et finit pulvérisé par les faisceaux d'énergie des dragons.

« Sango, Miroku, vous allez bien ? demanda-t-elle.

- Il y a trop de démons, cria Miroku. Nous ne tiendrons pas ! Il faut que j'utilise le kazaana, Saymoyochos ou pas !

- Non ! » crièrent Sango et Rin en même temps.

Rin devait improviser rapidement, et heureusement une idée se construisait dans son esprit.

« Allez voir Kohaku et Shippo, et dites-leur de s'envoler le plus rapidement possible.

- D'accord ! »

Rin ne s'attendait pas à ce que Sango et Miroku fissent virer Kirara sans discussion. Depuis quand avait-elle gagné une telle confiance ? Elle secoua la tête se débarrassant des questions superflues pour le moment. Elle devait rejoindre Sesshomaru et Inuyasha avant d'accomplir ce qu'elle avait à faire.

« Quel est ton plan, Rin ? demanda Kikyo en décochant une flèche sur un amas de démons.

- J'ai l'intention de purifier tout ce qui touchera terre dans cette maudite caverne. Sesshomaru, Inuyasha et les autres ne doivent pas être au contact du sol à ce moment-là. »

Une sorte de gros serpent ailé, tenta de l'attaquer, mais Rin le trancha d'un revers de lame. Elle fit faire demi-tour à AhUn, tandis que Kikyo tirait une autre flèche.

« Tu es consciente que si tu puises trop de pouvoir…

- Je sais, je l'ai toujours su. »

Sa réponse était sèche, mais Rin n'avait pas besoin d'entendre ce discours que Kikyo lui avait tant de fois répété. Elle n'avait pas le temps.

Rin se focalisa sur l'aura de Sesshomaru, mais en reconnut une tout aussi familière qui lançait des flammes sur la foule de yokai qui le cernait. Jaken ne s'en sortirait pas seul.

Rin accrocha son arc à son épaule et fit piquer AhUn vers le petit yokai. Ils rasèrent la masse de yokai au sol, qu'elle tranchait avec les lames de Totosai. Elle s'assit ses jambes pendantes d'un seul coté du flanc d'AhUn qui crachaient toujours ses faisceaux lumineux pour débarrasser leur trajet. Puis elle bascula son corps en arrière, tenant fermement la selle sous ses genoux, ses cheveux battant les démons que ses lames terrassaient.

« JAKEN ! » cria-t-elle pour avertir le démon.

Avant qu'il n'ouvrît la bouche, ses yeux globuleux écarquillés par la surprise, elle attrapa dans ses mains Nintojo, son bâton de feu et remonta sur la selle, tirant Jaken par la même occasion. AhUn s'élevèrent plus haut dans les airs, les portant hors d'atteinte des yokai qui ne pouvaient pas voler.

« R…Rin ? »

Rin arriva à sourire devant l'air éberlué de Jaken.

« Heureuse de vous revoir, Jaken ! Même à un moment pareil. »

Elle dirigea AhUn vers Sesshomaru qu'elle finit par apercevoir au centre d'une troupe de démons.

« Je vais rester avec Sesshomaru, dit Rin à l'intention de Kikyo. Pendant ce temps, allez trouver Inuyasha et Kagome. Ils sont ensembles et par là-bas. »

Rin pointa l'opposé de la caverne avec son doigt d'où s'échappa une lueur violette qui guiderait Kikyo. Elle n'en avait peut-être pas besoin pour trouver Inuyasha, mais Rin n'avait pas le temps de s'en assurer.

« Rin, qu'est-ce que tu vas faire ? demanda Jaken d'une voix effrayée.

- Sauver la mise à tout le monde, » répondit-elle avec un léger sourire pour le rassurer.

Si seulement elle pouvait être aussi confiante que ses paroles. Elle laissait le soin à Kikyo de s'occuper d'Inuyasha et de Kagome. Elle savait que la miko réussirait à les prévenir à temps.

Rin approcha AhUn du sol, et quand elle arriva à son niveau, elle sauta derrière Sesshomaru.


Les blessures qu'avait prises Sesshomaru l'indifféraient. Tout comme la présence d'Inuyasha et sa bande d'amis ou même le fait d'être lamentablement tomber dans le piège de Naraku. D'autres choses le préoccupaient, bien plus que la horde infinie de démons cherchant à le tuer. Une aura familière, un parfum familier s'infiltraient dans son esprit. Rin était là, au cœur d'Hakureizan, l'antre de l'enfer. Elle venait vers lui, avec AhUn, Jaken et la miko si son odorat ne le trompait pas. Et jamais il ne le trompait. Quelle idiote !

AhUn le survolèrent, et Sesshomaru tout en décapitant un yokai, eut à peine le temps de voir Rin sauter du dragon, et se récupérer au sol avec grâce. Elle était alors dos à dos avec Sesshomaru, sa chaleur corporelle arrivant à le frôler.

Il remarqua que l'arrivée de Rin changeait la donne. Le cercle de démons autour d'eux arrêta sa progression, sans doute impressionné par la vision que lui et Rin formaient. Un puissant Taiyokai allié à une miko porteuse du Shikon no Tama.

Sesshomaru la maudissait cependant pour s'être interposée dans sa bataille. Ne voyait-elle pas qu'elle serait un fardeau ? Que pour la protéger, il devait maintenant diviser son attention entre elle et les démons qui les entouraient ?

Les yokai sortirent de leur stupeur et s'élancèrent vers eux. Avant qu'il ne fît quelque chose de stupide pour préserver Rin, la jeune fille – non, jeune femme – trancha de deux lames ancrées dans ses protège-bras deux démons qu'elle purifia dans un éclat d'énergie. Sesshomaru en profita pour achever d'autres qui avaient la prétention de vouloir le vaincre.

Cette attaque lui permit de masquer sa surprise devant les performances de Rin. Elle avait appris à se battre ? Et où s'était-elle procurée de telles armes ? Les protège-bras dégageaient une aura familière de yokai… ce qui signifiait que Bokuseno et Totosai s'étaient encore alliés pour créer une arme. Sesshomaru pensa distraitement qu'il devait rendre une petite visite à Totosai pour des explications… et obtenir un sabre digne de lui, puisque le vieux forgeron sénile s'amusait à équiper une humaine.

Les yokai devant cette démonstration de force, hésitèrent à lancer une nouvelle attaque, et les observèrent avec précaution. Sesshomaru pouvait voir qu'ils étaient terrifiés. Rin en profita pour s'adresser à lui avec une voix basse qu'il était le seul à pouvoir entendre.

« Je vais purifier le champs de bataille. Quand je compterais jusqu'à trois, envolez-vous dans les airs. Je concentrerai mon pouvoir à travers le sol. »

Le dos de Rin, posé contre le sien d'une façon presque apaisante, s'échappa alors, pour ne laisser qu'une sensation étrange de vide. Elle s'élançait droit devant elle, et Sesshomaru n'eut pas le temps de l'empêcher d'accomplir son stupide plan. Rin risquait sa vie pour rassembler suffisamment de pouvoir capable de purifier les démons de la caverne.

Quand il se retourna pour la rattraper, il fut presque surpris de la voir fendre la masse de yokai en courant. Elle concentrait en même temps qu'elle tuait les démons sur son passage, une quantité d'énergie purificatrice qu'il avait rarement vue dans le courant de sa vie.

« Un ! »

Rin commençait son décompte sans jamais ralentir, sans jamais se retourner, tranchant les démons pas assez rapides pour l'éviter. A chaque pas qu'elle faisait son pouvoir augmentait. Sesshomaru reprit ses esprits et tenta de la poursuivre, mais des yokai se mirent sur son chemin, le retardant dans son avancée.

« Deux ! »

Sesshomaru décapita un autre yokai, de formes indiscernables, et regarda Rin. Elle purifia d'un geste précis de sa lame un autre démon et s'arrêta brusquement, en tournant d'un mouvement ample et gracieux qui emmenait autour d'elle ses cheveux sombres et ses vêtements. Sesshomaru aurait presque pu croire qu'elle dansait.

Son regard brun et chaud croisa le sien, au-delà du chaos qui les séparait. La détermination et la gravité que ses simples yeux d'humains contenaient, se muèrent en d'autres émotions qu'il ne comprenait qu'avec peine. Peut-être était-ce de la tendresse. Elle esquissa un sourire et ferma ses paupières, ses mains, privées de ses lames meurtrières rétractées dans leurs fourreaux de bois, rejoignirent sa poitrine comme si elle priait.

« Trois. »

Ce seul murmure porté par un improbable souffle de vent poussa Sesshomaru à s'envoler. Il avait senti la vibration du sol, prélude à la vague de pouvoir qui se répandit à travers la terre.

Il vola plus haut encore, au dessus de la lumière rose et mauve qui rayonnait de la silhouette bientôt trop éblouissante de Rin. La lumière se réfléchit dans toute la caverne, rebondissant sur les parois, envahissant le cœur d'Hakureizan. Le peu de démons qui essayaient d'en réchapper étaient abattus par Inuyasha et ses amis, et parfois par Sesshomaru lui-même quand l'un d'eux était devant sa vue, son unique inquiétude, Rin.

La lumière finit par s'estomper, laissant la caverne vierge de démon. Des traces sur la roche indiquaient qu'une bataille avait eu lieu, mais pas un corps de yokai n'était là pour le prouver. La lumière autour de Rin s'éteignit brusquement, et il la vit. Rin tituba un peu, mais elle se reprit pour se maintenir droite et fière.

Sesshomaru vint se poser non loin d'elle, suivi par les autres à l'exception du kitsune et du garçon Kohaku. Ils étaient en vie, Sesshomaru pouvait renifler leurs odeurs perdues quelque part dans les galeries d'Hakureizan. Sesshomaru en fut presque déçu en particulier pour l'humain. Il ne lui aurait pas manqué s'il avait été tué.

Rin se tourna vers eux. Elle leur offrit un sourire qui réveilla quelque chose à l'intérieur de Sesshomaru. Elle était simplement victorieuse.

« J'ai réussi ! Vous avez vu, Kikyo ? J'ai réussi ! »


Après avoir embrassé – et guéri – Miroku, Kagome, Sango et Inuyasha qui grogna quand elle le prit brièvement dans ses bras, Rin s'attaqua au pauvre Jaken dont les morsures, bien qu'impressionnantes n'étaient pas mortelles. Il rouspéta un peu mais se laissa faire. Rin le savait reconnaissant de son aide à sa façon de ne pas vouloir le montrer.

Rin avait laissé le plus dur pour la fin, Sesshomaru. Ses blessures n'étaient pas catastrophiques. Inuyasha avait été dans un état bien plus inquiétant. Mais Rin se devait d'essayer de le soigner. Il fallait faire outre la fierté du yokai, une barrière difficile à franchir. Rin n'y était jamais arrivée avant, mais cela n'allait pas l'arrêter.

« A votre tour, Sesshomaru. »

Rin le regarda, ses mains posées sur ses hanches comme elle avait vu faire Sango à plusieurs reprises quand elle devait gronder Kiyoshi ou s'en prendre à Miroku. A y réfléchir bien, Kagome faisait souvent la même chose quand elle allait lancer un 'osuwari' bien placé pour Inuyasha. Sesshomaru leva un sourcil hautain.

« Je n'ai pas besoin d'être guéri.

- Vous êtes tout sauf stupide, Sesshomaru. Ces blessures guériront sans doute avec le temps, mais autant le faire maintenant, non ? »

Il ne daigna même pas répondre et tourna la tête. Ce qui signifie dans le langage ô combien expressif de Sesshomaru-sama, non catégorique. Rin était tout à fait prête à ignorer son air arrogant et elle marcha jusqu'à lui. Elle se mit sur la pointe des pieds et leva ses mains vers le visage du taiyokai. Il l'esquiva avec grâce.

« Non.

- Ce n'est pas en restant aussi têtu qu'une mule que vous réussirez à me décourager.

- J'ai dit non, Rin. Ne me force pas à me répéter.

- Parce que le grand Seigneur de l'Ouest ne se répète pas ? Epargnez-moi ce genre de discours, Sesshomaru. Vous m'en voulez toujours depuis notre dernière rencontre, c'est ça ? »

Il resta prévisiblement silencieux, mais il se tourna vers elle, son regard chargé de colère. Excellent, il réagit. Il y aurait quelques années, Rin aurait été horrifiée de s'attirer les foudres du taiyokai. C'était avant. Avant qu'elle ne se rendît compte qu'elle l'aimait. Maintenant du moment qu'elle obtenait une réaction de sa part et non sa froide indifférence coutumière, elle en était heureuse. Cela signifiait qu'elle existait et c'était suffisant. Enfin presque.

Rin allait reprendre ses efforts, mais elle fut interrompue.

« Rin ! »

Elle se retourna pour voir un Kohaku plutôt mal au point, mais souriant et sauf sur une immense balle rose volante.

« Kohaku-kun ! Shippo-kun ! Ca va ? »

Kohaku sauta prestement au sol laissant Shippo reprendre sa forme habituelle. Il se précipita vers Rin et il la pressa presque possessivement contre lui. Rin était trop surprise pour pouvoir dire quoique ce soit.

« Rin, dit Kohaku, tu m'as tellement manqué… »

Il la souleva dans les airs, obligeant Rin à poser ses mains sur les épaules du jeune homme dont les yeux brillaient de joie. Et d'un autre sentiment aussi. Un sentiment qu'elle ne voulait pas lire dans les yeux de son meilleur ami, pas pour elle. Pas ce sentiment.

« Et tu es devenue tellement belle. »

Rin resta bouche bée. Non, Kohaku ne me dis pas ça avec ce regard là.

Il la fit tournoyer dans les airs en riant. Et malgré ses inquiétudes, elle fut vite gagnée par la joie communicative de Kohaku. C'était tellement rare de le voir si heureux. Elle essayait de ne pas le montrer, et pas seulement parce que l'aura de Sesshomaru s'assombrissait à chaque seconde.

« Relâche-moi, Kohaku !

- Pour que tu t'échappes comme la dernière fois sans nous donner de nouvelles pendant un an ? Jamais ! »

Il arrêta de la faire virevolter et la plaça comme un sac de riz sur son épaule. Rin se retrouva la tête et les bras pendants sur le dos de Kohaku.

« Kohaku ! Dépose-moi par terre !

- Non, tu y es, tu y restes !

- Kohaku ! » cria-t-elle en se débattant en vain.

Il la tenait fermement et la seule façon pour Rin de s'en sortir était d'utiliser ses pouvoirs, ce qu'elle ne ferait pas. Pas contre Kohaku.

Le regard espiègle de Shippo clignait d'amusement, un amusement partagé des autres à en juger par leurs auras. Sauf pour Kikyo, calme et posée, Jaken dégoûté, et Sesshomaru… Elle tenta de l'apercevoir, mais sa position ne le lui permettait pas. Mais son aura… Sesshomaru était envahi par la rage… Pourquoi… ?

Elle devait descendre voir ce qui n'allait pas, pour voir ce qui avait pu créer un sentiment aussi fort chez Sesshomaru, comme s'il s'apprêtait à tuer. Kohaku s'approcha à reculons de Shippo et avant que le kitsune pût dire osuwari, elle l'agrippa.

« Aide-moi, Shippo ! »

Malheureusement, Shippo ne s'y attendait visiblement pas, et il perdit l'équilibre, tombant sur Kohaku et Rin. Le contact avec le sol fut rude, même si les bras de Kohaku amortirent le choc jusqu'à un certain point, mais pas les poids de Kohaku et Shippo.

« Aïe, gémit Shippo. La prochaine fois que toi et Rin voulez vous retrouver, faites le sans moi, s'il vous plait. Et prenez vous une chambre ! »

Rin se dégagea des bras de Kohaku, rougissante, et alla frapper Shippo sur le crâne.

« Crétin !

- Hé, tu m'as fait mal ! »

Rin n'était pas la seule à rougir, Kohaku était dans un état plus critique. Ils se regardèrent tous les trois un instant, puis ils éclatèrent de rire ensemble. Cela faisait du bien de les revoir.

Quelqu'un applaudit et le rire de Rin mourut brusquement. Elle avait senti le pouvoir de Naraku.

« Voilà qui était très réjouissant, Rin. »

La voix de Naraku résonna contre les parois de la grotte. Elle vit dans les airs une parfaite réplique de Naraku, éclairée par la lumière du jour qui tombait sur eux du haut du cratère. La réplique était entourée par une barrière. Une barrière particulièrement puissante.

« Naraku ! » gronda Inuyasha.

Il dégaina le Tessaiga et vint se placer devant Kagome et Kikyo. Miroku le visage ferme faisait de même pour Sango. Sesshomaru, Tokijin en main, s'était positionné juste devant Rin qui n'avait pas eu le temps de le voir arriver. Il cherchait encore à la protéger ? Kohaku et Shippo le rejoignirent, sortant Rin de sa transe.

Elle se releva lentement et secoua la poussière de son hakama.

« Ne vous fatiguez pas, dit-elle sans regarder personne. Ce n'est qu'une réplique.

- Rin, appela Kikyo.

- Oui, on y va. »

Elle ramassa d'un air nonchalant son arc et son carquois et se dirigea avec Kikyo vers AhUn non loin de là.

« Oh, mes très chères cousines, on cherche à montrer sa supériorité ? Vous savez que je vous tuerai à la fin.

- Tais-toi Naraku ! aboya Inuyasha. Arrête de prendre tes rêves pour des réalités!

- Tsk, tsk, Inuyasha. Une seule personne connaît mes rêves et les partage. Et ce n'est pas toi. »

Rin se raidit. Elle crut un instant que Naraku allait révéler aux autres la nature de leur relation. Malgré sa crainte, elle continua à marcher aux côtés de Kikyo.

« Ils ignorent tout, n'est-ce pas Rin ? As-tu honte de ce que nous sommes l'un pour l'autre ? Renies-tu celui qui t'a offert le Shikon no Tama ?

Rin sentait sa colère monter mais le murmure de Kikyo la calma.

« Ne lui réponds pas, il veut te provoquer, rappela-t-elle à voix basse.

- Oui. »

Rin serra le poing sur son arc, mais continua son trajet.

'Tu es emportée par tes émotions, incapable de les contrôler. Ce sera ta perte, dit Naraku à l'intérieur d'elle.

'Va en enfer, Naraku.'

« Oh ? dit la réplique de Naraku. Et maintenant des mots d'amour, Rin ? Je t'apprendrai à me servir.

- La ferme Naraku ! rugit Inuyasha. Illusion ou pas, je vais en finir avec toi.

- Fais attention, Inuyasha, cria Kagome. Il a érigé une barrière !

- Keh, aucun problème.

- Non, Inuyasha ! » cria Kikyo en se retournant.

Rin eut juste le temps d'apercevoir le Tessaiga rouge heurter la barrière, sans la briser. Inuyasha fut violemment repoussé contre le sol. Il n'en fallut pas plus à Naraku, ou plutôt sa réplique, pour entrer en action et foncer droit vers Rin et Kikyo. Kikyo se mit devant elle, prête à tirer.

« Kikyo, non ! »

Comme l'avait pressenti Rin, la flèche de Kikyo n'eut aucun effet. La barrière percuta Kikyo et la projeta par terre sans arrêter sa progression. Droit sur Rin.

Rin se tendit, prête au choc. Je n'échouerai pas, pensa-t-elle en fixant le sourire corrompu de Naraku. Quand elle allait être frappée par la masse qui fonçait sur elle, elle coupa la barrière et la réplique du tranchant de sa main droite et de son arc. L'illusion éclata dans un flot de lumière mauve. Elle sentit une douleur vive à sa main, mais ce n'était pas le plus important.

Sesshomaru était devant elle, Tokijin en main. Il avait été sur le point d'attaquer la réplique. Pour la protéger ? Et non pour la première fois, Rin espérait que cela signifiait qu'elle comptait un peu pour lui. Ses yeux dorés portaient de la surprise, mais aussi… du soulagement ?

« Kikyo ! » cria Inuyasha brisant l'étrange enchantement qui était tombé sur elle et Sesshomaru.

Rin se détacha du regard du démon, presque à regret, et courut près de la forme allongée de Kikyo. Elle souleva sa tête et sans un mot, elle entreprit de guérir son corps. Guérir Kikyo ne lui donnait pas la même sensation que guérir un autre être humain. Heureusement que les blessures de la miko étaient sans gravité et restait dans les cordes de Rin.

« Pourquoi êtes-vous intervenue, Kikyo ? demanda Rin quand elle eut fini.

- Je ne voulais pas que Naraku te teste une nouvelle fois.

- Quelle importance cela peut-il bien faire ? J'ai réussi, il ne connaît pas encore mes limites.

- Je sais, mais cette épreuve aurait pu en montrer une.

- Mais ce n'est pas le cas. »

Kikyo s'assit lentement, encore affaiblie par le youki qui l'avait frappée. Elle se mit à sourire légèrement, quelque chose que Rin n'avait pas souvent vu ces derniers temps.

« Parfois, j'aimerais juste que tu cesses de répondre quand tu crois faussement qu'on doute de tes capacités.

- Oh. »

Rin rougit un peu. Kikyo avait raison, ce n'était pas la première fois qu'elle agissait ainsi.

« Rin, ta main ! » dit Kagome avec horreur.

Rin se rappela de la douleur à sa main droite, et quand elle la regarda, elle se retint de pousser un cri de surprise. Ses doigts et le tranchant de sa main étaient rouges et irrités, comme si elle avait plongé sa main dans le feu.

« C'est quand tu as détruit la barrière de Naraku, n'est-ce pas Rin ? » demanda Miroku.

Rin ne préféra pas répondre. Etait-ce là une de ces limites que Naraku cherchait depuis tout ce temps ?

La barrière de Naraku était puissante, plus puissante que ceux crées par Kikyo qu'elle pouvait dissoudre, même si elle était incapable d'en ériger de tel. Rin était à peine plus douée que Miroku dans ce domaine. Mais elle n'aurait jamais dû recevoir une blessure comme celle-ci. Il n'y avait pas eu de précédent avec les barrières de Kikyo. Mis à part la douleur, Rin n'avait rien senti de particulier en détruisant la barrière de Naraku. Alors comment ?

A la surprise de Rin, Sesshomaru prit son poignet droit et la porta sa main à sa bouche.

« Que… ? »

Sa voix mourut dans sa gorge quand elle comprit ce qu'il allait faire. Son cœur se mit à battre violemment contre sa poitrine. Oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu… Sesshomaru léchait sa main ! Jamais Rin ne sentit aussi embarrassée de toute sa vie ! A tel point qu'elle était incapable de prononcer une parole. Elle n'était pas la seule à être pétrifiée dans le silence. Shippo et Inuyasha gardèrent la bouche grande ouverte sous le choc.

Sesshomaru, les yeux fermés et complètement inintéressé par les autres, nettoyait sa plaie. Rin l'avait déjà vu faire une fois, un jour où il revenait légèrement blessé d'une bataille contre Naraku. Rin avait été effrayée de voir son bras ruisselant de sang qui tâchait son haori. Mais après qu'il avait léché la fine plaie qui courrait le long de son bras, pas même une cicatrice n'était restée et Rin avait fini par sécher ses larmes.

Sesshomaru n'avait pas cessé de soigner les marques sur sa main. Les picotements que la langue du démon laissait sur sa main n'étaient pas agréables. Et pourtant… C'était presque comme s'il embrassait sa main, langoureusement, sensuellement… Oh mon Dieu… Si Kohaku s'était montré possessif juste avant, Sesshomaru la clamait ouvertement comme sienne.

« Prenez-vous une chambre ! » déclara Inuyasha écoeuré.

Il était le premier à sortir de la torpeur dans laquelle ils avaient tous été plongés par l'action de Sesshomaru.

Oh mon Dieu… C'était la deuxième déclaration de ce genre qu'elle recevait en une journée, et cette fois-ci, elle crut qu'elle allait se transformer en tomate. Ou en soleil levant. Sesshomaru ne s'arrêta pas même si Rin avait vaguement noté que sa main était guérie, et que ce qu'elle ressentait à présent n'était pas des picotements désagréables. Loin de là. Kami… Elle se mordilla la lèvre pour retenir le moindre son qui aurait pu s'échapper de sa gorge.

Après un temps infiniment long, mais tellement court aussi, Sesshomaru relâcha sa main. Son visage était calme et impassible, mais ses yeux portaient un éclat amusé. L'humeur – particulière – de Rin vira alors à la colère. Je devrais le frapper pour son air arrogant, je devrais… Mais il l'avait guérie, non ? Sa main était intacte d'une blessure qui l'aurait sans doute handicapée à vie, sans parler des cicatrices qui seraient restées.

« M…merci, Sesshomaru. »

Il se releva avec grâce, puis la regarda avec sérieux.

« Maintenant tu vas peut-être m'expliquer quelle est cette histoire de 'test', Rin. »

Le torrent d'émotions que contenait Rin balança alors irrémédiablement vers la colère. Elle se leva pour regarder le taiyokai droit dans les yeux, le maudissant silencieusement d'être aussi grand.

« C'est seulement pour ça que vous m'avez guérie ? Pour avoir des renseignements en échange ?

- Pour quelle autre raison croyais-tu que je l'avais fait ? » demanda-t-il en levant un sourcil.

Je voulais croire que je comptais pour vous ! Voilà la raison ! Kikyo se chargea de calmer Rin et aussi de priver Rin de gifler Sesshomaru. Elle se serait sentie tellement mieux.

« Rin, ils ont le droit de savoir, » dit Kikyo.

Ce qui ne plut pas à Rin. Mais pas du tout. Elle doutait que Kikyo irait jusqu'à révéler son lien avec Naraku, mais même ainsi, les informations qu'elles pouvaient partager touchaient de trop près ce que Rin ne voulait pas révéler. Toutefois, en tant qu'ennemis de Naraku, ils avaient le droit de savoir.

Rin croisa ses bras en se détournant.

« Si vous le dîtes. »

Kikyo, toujours assise à côté d'Inuyasha, soupira. Elle ne commenta pas l'apparente mauvaise volonté de Rin, sans doute parce qu'elle la comprenait.

« Nous avons découvert que Naraku cherchait à tester les capacités de Rin. Il veut savoir ses limites dans la maîtrise du Shikon no Tama, et cela depuis le jour où il a envoyé cette horde de yokai contre Rin.

- Oui, je m'en souviens, dit Inuyasha. Rin s'était enfuie après… »

Rin lança un regard furieux sur Inuyasha réussissant effectivement à le faire taire. Elle n'avait pas envie de se souvenir de ce jour-là. Elle n'était pas la seule cause qui avait rendu Inuyasha silencieux. Sesshomaru semblait sur le point de s'en prendre à son frère s'il ajoutait un mot de plus.

« Ensuite, continua Kikyo en ramenant l'attention sur elle, il y eut le taiyokai Renei. Il avait été conseillé par Naraku, ce qui fit naître nos hypothèses. Il y a eu d'autres escarmouches depuis, et enfin cette bataille-ci.

- Comment savez-vous sur pour cette bataille ? demanda Sesshomaru. Vous n'auriez jamais pu sentir notre présence de là où vous étiez. »

Rin savait dans quelle direction Sesshomaru voulait les mener, et elle n'aimait pas cela.

« Nous avons reçu… un message de Naraku, répondit Kikyo avec hésitation.

- Quel genre de message ?

- Comment saviez-vous où nous étions, Sesshomaru ? interrompit Rin. Est-ce que le sort de deux humaines vous intéresse au point d'épier leurs faits et gestes ? »

Sesshomaru lui lança un regard particulièrement froid. Rin avait tenté un coup bas : toucher la fierté du taiyokai. Il n'admettrait jamais qu'il les suivait depuis toutes ses années, encore moins devant Inuyasha et les autres. Elle avait gagné et esquissa un sourire malicieux. La tournure que prenait sa relation avec Sesshomaru était pour le moins intéressante. Rin arrivait presque à comprendre pourquoi, Sango et Miroku, Kagome et Inuyasha passaient leur temps à se disputer.

Rin prit soudain conscience qu'elle et Sesshomaru recevaient des regards étranges de ses amis. Shippo n'avait même pas la délicatesse de fermer la bouche.

« Quoiqu'il en soit, reprit Kikyo, jusqu'à présent Rin a été capable de s'en sortir et de montrer à Naraku qu'elle était une adversaire de taille.

- Mais Kikyo, demanda Kagome, pourquoi Naraku se donne tant de mal pour 'tester' Rin ? Pourquoi ne s'en prend-il pas directement à toi, Rin-chan ? Après tout, il est puissant… plus puissant que tous les ennemis qu'il t'enverrait.

- Pour plusieurs raisons, dit Rin avec hésitation. Il tient à amasser autant de pouvoir que possible avant de reparaître au grand jour, mais ça, vous le saviez déjà. En plus il aime bien s'amuser à m'envoyer des 'cadeaux', sans parler du fait qu'il est fasciné par la façon dont j'utilise le Shikon no Tama. Lui et moi avons une conception et une emprise totalement opposées. Mais je crois… qu'il veut utiliser une autre méthode pour m'atteindre.

- Une autre méthode ? demanda Miroku.

- Il croit… que je suis plus faible émotionnellement… et il a sans doute raison.

- Rin-chan, dit Sango, il a toujours cherché à manipuler nos émotions. Mais avoir des sentiments n'est pas une faiblesse, Rin-chan. C'est notre plus grande force contre Naraku. »

Rin sourit tendrement à Sango. Elle avait toujours les mots pour la réconforter, car elle disait vrai. Il suffisait de regarder ses compagnons. Seuls Jaken et Sesshomaru ne paraissaient pas convaincus. Surtout Sesshomaru.

« Comment en es-tu sûre ? demanda-t-il sans transition.

- Sûre de quoi ? demanda Rin perplexe.

- Qu'il cherche à atteindre tes sentiments, » précisa-t-il.

Rin se retint de crier d'exaspération. Il n'abandonnait donc jamais ! Mais Rin non plus, et il s'en apercevrait bien un jour. Elle ne lui donnerait pas les réponses qu'il demandait sur Naraku et elle. C'était final. S'il y avait bien une chose qu'elle ne voulait pas qu'il apprît, c'était cela. Oh, et les sentiments qu'elle avait pour lui.

« J'ai rencontré Naraku, il y a peu de temps, » déclara Kikyo.

Rin fit un effort surhumain pour retenir sa surprise. Kikyo avait menti, et avec plus de convictions que l'aurait fait Rin.

« Kikyo, est-ce qu'il t'a fait mal ? demanda Inuyasha.

- Non, il n'a fait que lancer des paroles en l'air, » rassura-t-elle.

La ruse de Kikyo semblait avoir convaincu tout le monde sauf bien sûr celui qu'il aurait fallu convaincre. Sesshomaru allait rétorquer, mais Kagome le devança, comme si elle voulait interférer sur le moment entre Kikyo et Inuyasha.

« Ce que j'aimerai savoir, c'est pourquoi Naraku vous a appelé cousines ? »

Rin échangea un rapide coup d'œil avec Kikyo. Rin soupira. Cette journée devenait un véritable interrogatoire sur des sujets qu'elle voulait éviter. Mais ils aussi le droit de savoir cela, surtout Kagome.

« C'est à cause d'une prophétie, finit-elle par dire.

- Une prophétie ? » demanda Miroku.

Rin se dévoua pour réciter la prophétie des trois lignées de la perle. Leur prophétie, à Naraku, Kikyo et elle. Elle ne l'avait écouté qu'une seule fois, mais elle la connaissait par cœur. Quand elle eut fini, elle crut que seuls Miroku et Sesshomaru avaient compris les implications de la prophétie. Rin se força à les clarifier, elle avait eu le temps pour y réfléchir.

« Bokuseno-ojisan en a conclu que les trois héritiers étaient Kikyo, Onigumo, et moi. Nous descendons tous les trois de Midoriko, ce qui expliquerait notre capacité à contrôler la perle.

- Midoriko a eu des enfants ? demanda Sango.

- Elle a été… violée par l'homme qui plus tard la tua en faisant un pacte avec des yokai, dit Kikyo. Elle eut un garçon et deux filles. Le garçon tomba dans le banditisme et engendra la lignée d'Onigumo. L'une des filles, matriarche de la lignée de Rin, se maria et vécut une vie paisible dans la campagne. Je viens pour ma part d'une lignée de prêtresse.

- L'enfer, la terre et le ciel, énuméra Rin. Naraku, moi et Kikyo. Et oui, cela fait de nous des lointaines cousines de Naraku. »

Le lien de parenté n'était pas le point le plus important, Rin le savait. Et surtout, Sesshomaru le savait.

« Donc toi, la miko et Naraku êtes destinés à vous entretuer jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un ?

- Basiquement, oui, répondit Rin.

- On peut donc se demander pourquoi toi et la miko restez encore ensemble. Qui sera la première à tuer l'autre ?

- Je ne tuerai pas Kikyo, » déclara Rin.

Elle n'était pas intéressée par une vie au prix du sang de Kikyo sur ses mains. Elle ne se le pardonnerait jamais. Sesshomaru semblait soupeser Kikyo qui ne cilla pas sous son regard inquisiteur. Et comme en présence de Bokuseno, elle ne dit rien.

« Alors, c'est que tu es stupide, Rin, finit-il par dire.

- Peut-être bien, répondit-elle simplement.

- Non ! s'écria Kohaku. Rin tu ne peux pas te permettre de mourir. »

Rin ne pensait pas que son meilleur ami était si affecté. Il l'était plus qu'elle.

« Kohaku-kun…

- Si tu te bats, tu vivras ! Tu n'as pas le droit d'abandonner !

- Je n'abandonnerai pas Kohaku, mais à la vérité cela n'a pas d'importance qui gagnera ou pas. Parce que dans le futur de Kagome, Naraku n'est plus.

- Ce qui signifie qu'il a échoué, murmura Kagome.

- Pas forcément, dit Rin. Il peut très bien nous survivre pour mourir après. Sa lignée s'achèvera alors avec vous, Kagome.

- Moi ?

- Vous êtes la dernière porteuse de la perle, Kagome, dit Rin. Celle par qui tout recommence pour mieux s'achever. Vous êtes une descendante de Midoriko, et celle de Naraku, Kikyo ou moi. Il est même plus probable que ce soit Naraku.

- Ce… ce n'est pas possible, murmura Kagome.

- Rin et moi n'avons ni l'une ni l'autre des enfants, dit Kikyo. Contrairement à Naraku dont certains détachements sont encore en vie. Et c'est un hanyo ce qui vérifierait la ligne sur le dernier lien entre démon et humain.

- Mais elle pourrait aussi signifier que l'une de vous s'unit à un démon pour engendrer le reste de la lignée, remarqua Sesshomaru.

- Ou à un hanyo, » ajouta Miroku presque à regret.

Tout le monde présent savait quel était le plus probable candidat, et avec qui il finirait. Il y avait toujours eu quelque chose entre Inuyasha et Kikyo, même avec le temps et la distance, que même la mort n'avait pu détruire. Inuyasha détourna son visage, s'éloignant un peu de Kikyo et Kagome. Rin avait juste eu le temps de voir qu'il était troublé.

« Ou un hanyo, » acquiesça Rin.

Elle s'en voulut d'avoir confirmé les paroles de Miroku quand elle jeta un coup d'œil à Kagome. Elle paraissait tellement triste. Elle la comprenait, autant qu'elle pouvait imaginer être dans la même position. Pourtant Kagome n'était pas quelqu'un qui acceptait facilement les preuves.

« Je n'ai pas de youki, dit-elle, aucun trait caractéristique d'un démon.

- Le sang de démon s'est dilué au fil des générations, raisonna Rin. Si je me concentre, je peux ressentir une trace de youki. Faible, mais présente… peut-être même… familière…

- Tu peux l'identifier ? demanda Miroku.

- Non, je ne pense pas.

- Je peux sentir cette trace aussi, déclara Sesshomaru. C'est grâce à cela qu'elle a pu prendre le Tessaiga dans la tombe de Chichue, et non parce qu'elle était entièrement humaine. »

Rin était un peu étonnée d'entendre Sesshomaru évoquer comment il avait perdu le Tessaiga. Lorsqu'elle était petite, Jaken lui avait raconté ce qui s'était passé, une version très biaisée à y réfléchir à deux fois. Il avait récolté une pierre sur le crâne, lancée habilement par Sesshomaru. Sesshomaru était fier, et Rin n'aurait pas cru voir le jour où il parlerait d'une défaite qu'il avait essuyée.

Rin n'était pas convaincu par l'argument de Sesshomaru, mais ne dit rien. Il devait être inquiet ou perplexe. Il était particulièrement loquace pour une fois. A voir de plus prêt, il ne s'était adressé qu'à elle, comme si les autres étaient absents.

« Je ne peux pourtant pas croire que Naraku est mon ancêtre, dit Kagome. Je ne lui ressemble même pas. Je ressemble plus à Rin, et à Kikyo bien sûr… mais c'est parce que… »

Kagome soupira. Rin pouvait concevoir pourquoi Kagome préférait qu'elle fût son ancêtre. Naraku restait Naraku, aucune personne saine d'esprit n'aurait aimé être son descendant. Et bien sûr il restait Kikyo. Rin ne préféra pas vraiment imaginer ce que cela donnerait. Il y avait de quoi en avoir la migraine. Inuyasha devait en être tout aussi horrifié. Mais c'était une possibilité, et il était nécessaire que Kagome s'en rendît compte. Rin détestait être celle qui héritait de la tâche.

« Nous avons les mêmes yeux, dit Rin, la même couleur du moins. Vous, Kikyo, Naraku et moi.

- Mais Rin, dit Shippo, Naraku a les yeux rouges.

- Maintenant oui, répondit-elle. Mais lorsqu'il n'était qu'Onigumo, ses yeux étaient bruns, du même brun que ceux de Midoriko… Je l'ai vu dans un rêve. »

Rin aurait dû éviter ce dernier commentaire. Ils la regardaient tous étrangement. Avec un peu de chance, ils s'imagineraient qu'elle avait un quelconque don dans le domaine des rêves. Ce qui était peut-être vrai, après tout.

« Ce qui est important Kagome, continua Rin, c'est que vous n'interveniez pas dans notre bataille. Vous ne voudriez pas risquer de tuer votre propre ancêtre. »

Kagome acquiesça, avec résignation cette fois-ci. Rin se mordit la lèvre, elle se sentait vraiment coupable. Kagome ne méritait pas cela. Rin, au moins, avait eu plus de temps pour s'adapter à la prophétie qu'elle.

« Rin, que vas-tu faire pour Naraku ? » demanda Sesshomaru soudainement.

La question prit Rin au dépourvu. Elle considéra longuement le regard calme et doré de Sesshomaru. Puis elle sourit. La réponse était facile.

« Ce que vous auriez fait à ma place : me battre jusqu'au bout. »

Ce fut au tour de Sesshomaru de paraître surpris, comme le montra l'étincelle qui traversa ses yeux avant qu'il ne lui tournât le dos. Il se mit à marcher.

« Partons, » dit-il sans se retourner.

Jaken se mit immédiatement en marche et Rin instinctivement les suivit sur quelques pas, les habitudes anciennes qu'elle croyait avoir oublié ressurgissant du plus profond de sa mémoire. Elle s'arrêta consciente que les autres la regardaient et que Sesshomaru l'avait entendue. Elle n'y prêta pas attention pourtant, trop envahie par le regret et la nostalgie, alors qu'elle se trouvait incapable de détacher son regard du dos du taiyokai et de Jaken qui trottait derrière.

Cette vie là lui manquait encore. Courir à travers les plaines et les forêts en criant 'Sesshomaru-sama !' à chaque nouvelle fleur qu'elle découvrait, à chaque chant d'oiseau qu'elle entendait pour être reprise par Jaken qui voulait la faire taire. C'était la vie qu'elle aurait dû être la sienne encore aujourd'hui, celle qu'elle voulait puisqu'il lui manquait. Des larmes qui n'avaient pas coulées depuis le jour où elle avait éclaté en sanglot dans les bras de Kikyo, emplirent ses yeux.

Le vent se leva alors, faisant virevolter ses cheveux devant son visage, elle qui devait ressemblait à une triste image de veuve solitaire. Kagura, pourquoi cherches-tu à me consoler ? Rin ferma les yeux, refoulant ces larmes qui ne lui serviraient à rien, et sourit tristement à l'esprit du vent. Kagura avait raison. Cela ne l'amènerait à rien de se morfondre, car demain le soleil brillerait peut-être sur un nouvel horizon, sur un nouveau destin. Et si ce n'était pas demain, ce serait le jour suivant, ou l'autre encore.

Rin inspira profondément et écarta ses bras comme si elle allait s'envoler, comme si elle embrassait cette amie étrange qu'était l'esprit du vent libre, Kagura, prisonnière pourtant des sentiments qu'elle avait pour le yokai devant ses yeux. Tout comme moi. Rin se détourna d'un mouvement de danse qu'elle affectionnait depuis son enfance, ses bras flottant encore dans les airs.

Avant de reprendre son chemin vers les autres, elle jeta un regard par-dessus son épaule vers la silhouette blanche et argent de Sesshomaru, et murmura d'une voix douce :

« Ce n'est qu'un au revoir. »

Un écho venant de Sesshomaru résonna jusqu'à Rin, et elle en fut heureuse. Il l'avait entendue, et peut-être, qu'il chercherait à la revoir, au lieu d'errer aussi loin d'elle, lui qui était devenu son gardien. Peut-être qu'ils deviendraient amis.

Rin appela AhUn et aida Kikyo à monter sur le dragon. Kikyo la considéra pensivement, une trace de tristesse assombrissant ses yeux. Elle était devenue le centre de l'attention de ses amis qui la pesaient et soupesaient. Mais Rin ne s'attacha pas à deviner ce qu'ils pensaient. Elle était fatiguée.

Kohaku fut le premier à sortir de ses pensées et tenta un sourire hésitant.

« Rin, je t'en pire, rentre avec nous au village. Tu me… tu nous manques tellement à Kiyoshi et Ren-chan. »

Rin jeta un coup d'œil à Kikyo avant de répondre. Elle voulait vraiment revoir les enfants, mais Kikyo avait été blessée. Elle avait besoin d'elle. Kagome sembla comprendre son dilemme.

« Kikyo, vous êtes invitée si vous le souhaitez. »

Kikyo ne s'attendait visiblement pas à cette proposition, surtout de la part de Kagome. Parfois, si Rin ne sentait pas les similarités entre les deux jeunes femmes, elle n'aurait jamais cru que Kagome était la réincarnation de Kikyo. Elles pouvaient être tellement différentes.

Kikyo parut considérer l'invitation de Kagome. Elle observa Inuyasha avec mélancolie, son regard appartenant à une personne qui désirait quelque chose qu'elle n'aurait jamais. Etait-ce avec ce regard-là que Rin avait fixé la silhouette de Sesshomaru qui s'éloignait ? Etait-ce cette même tristesse, ce même amour désespéré qui l'avaient suivi jusqu'à ce qu'il sortît du cœur d'Hakureizan ?

« Kikyo ? » demanda Rin avec douceur.

Kikyo se retira de sa contemplation silencieuse, laissant un Inuyasha anxieux de savoir sa réponse. Que pouvait-il bien penser, Rin ne pouvait que l'imaginer. Il était encore partagé par ces deux femmes, qui étaient essentiellement une et même personne.

Kikyo hocha la tête négativement et Rin fronça ses sourcils. Elle renonçait à une chance d'être avec Inuyasha ? Rin ne fit qu'acquiescer et se tourna vers ses amis.

« Merci, Kohaku-kun, mais nous allons encore voyager pendant un certain temps. J'essayerai de passer pour voir les enfants, Kaede-baba et les autres villageois à l'automne. »

Rin fit de rapides adieux à tout le monde, serrant chacun dans ses bras. Kikyo ne dit rien, laissant Inuyasha tout aussi interdit. Rin soupira et pris les brides d'AhUn pour le guider hors du mont Hakurei. Elle fit signes à ses amis, et un sourire renaquit sur ses lèvres. Car ce n'était vraiment qu'un au revoir.


Yuki-chan: La déclaration de Kohaku n'est pas pour toute suite. Mais elle vaut son détour dramatique...

A la prochaine!