Chapitre 9

Dans toutes les peurs réside une part de vérité

Rin prit quelques jours pour gagner les abords de la forêt d'Inuyasha. La pluie avait enfin cessé. Elle avait pu profiter du soleil estival qui tapait chaudement contre son visage, sans pour autant la brûler.

Son cœur était léger et pas seulement parce que Naraku l'avait épargnée de ses remarques acerbes. Elle avait revu Sesshomaru et pour une fois, leur rencontre s'était bien passée. Ils n'avaient pas beaucoup parlé, mais il avait été présent, le jour même de ses seize ans. Il n'avait pas oublié.

Elle s'était sentie remplie de joie lorsqu'il était venu, ce jour-là. Elle avait tenté de contrôler le battement rapide de son cœur quand elle revit Sesshomaru, trempé par la pluie mais toujours aussi royal. C'était bien sûr un effort inutile. Il était… il était… Il est juste Sesshomaru, l'homme que j'aime.

Rin devenait aussi frivole que les jeunes femmes de son âge qui riaient derrières leurs mains quand elles évoquaient les hommes qui les courtisaient. Sesshomaru ne la courtisait évidemment pas. L'idée même paraissait saugrenue et aurait dégoûté Sesshomaru, même si elle aurait voulu… Voulu quoi ? Qu'il me récite des haïkus et m'offre des fleurs ? Ce serait ridicule venant de lui. Il aurait suffit qu'il fût là avec elle, qu'il l'aime… J'en demande peut-être trop.

'Peut-être.

'Naraku ! Sors de mon esprit immédiatement ! C'est une magnifique journée, ne me la gâche pas par ta présence !

'Oh, tu me vexes, compagne de mon âme, fit-il d'un ton moqueur. Moi qui voulait simplement t'aider à résoudre tes doutes.

'Toi ? Tu veux seulement m'empoisonner l'existence !

'Non, seulement te faire voir la vérité. Sesshomaru ne t'aimera jamais.'

Même si c'était Naraku qui parlait, alors qu'elle avait appris à se blinder contre ses remarques dures et mesquines, elle eut mal. Tellement mal. Parce qu'il avait raison.

'Je le sais. Mais je vis, donc j'espère.'

Naraku la laissa alors, et Rin continua à traverser la forêt d'Inuyasha, AhUn à ses côtés. Elle ne pleurerait pas, malgré la douleur qui cherchait à s'épandre, à la dépasser. Ce qu'elle ressentait, cette faiblesse d'aimer un démon, elle qui n'était qu'une humaine, Naraku n'hésiterait pas à l'exploiter pour la faire ployer, pour la briser.

Elle se rendit compte qu'elle s'était arrêtée de marcher quand AhUn hennirent avec inquiétude. Elle inspira. Elle ne devait pas se laisser démonter par les propos de Naraku. Pas aujourd'hui, quand elle rentrait vers son deuxième chez elle, là où tant de gens qu'elle aimait l'attendaient.

Elle se concentra sur les âmes présentes au village. Il n'y avait que Kaede, Kiyoshi et Ren-chan qui s'y trouvaient, et un peu plus loin encore, Kohaku et Shippo. Les autres devaient être partis en mission, comme cela arrivait parfois. C'était alors à Kohaku, Shippo et elle de veiller à la sécurité du village et aux enfants, le tout sous l'autorité de Kaede. Rin avait su apprécier ses moments passés entre 'jeunes' comme le disait Kaede. Les enfants une fois couchés, Kohaku, Shippo et elle passaient des heures à parler au coin du feu.

Elle guida AhUn vers Goshinboku, là où elle avait senti Kaede et les enfants. Ils auraient sans doute encore grandi, Kiyoshi ayant à présent cinq ans et Ren-chan trois ans.

Plus elle s'approchait, plus elle arrivait à percevoir les voix enfantines de Kiyoshi et Ren-chan, et d'autres enfants encore qui chantaient un air qu'elle connaissait bien.

« … Mori no naka, yume no naka… »

Elle entra dans la clairière où les enfants du village étaient assis autour de Kaede, appuyée contre le tronc de l'arbre Goshinboku. Kiyoshi était le seul debout, menant le rythme de la chanson qu'elle leur avait appris, quelques années auparavant. Ils avaient l'air tellement contents et concentrés qu'aucun ne la remarqua, sauf Kaede qui souriait mystérieusement. Lorsqu'ils eurent fini, Rin applaudit faisant sursauter les enfants. Elle leur sourit.

« C'était très bien chanté. Je suis fière de toi Kiyoshi-chan, tu leur as bien appris. »

Le visage de Kiyoshi s'éclaira et il courut vers elle.

« Rin-neechan ! »

Elle eut tout juste le temps de se tenir prête quand il lui sauta dans ses bras. Non seulement il avait grandit, mais en plus Kiyoshi avait pris le poids qui allait avec.

« Tu m'as tellement manqué Rin-neechan !

- Et à moi aussi, Kiyoshi-chan. Tu as tellement grandi, bientôt tu seras un homme.

- Rin-neechan ! »

Rin baissa son regard sur Ren-chan qui s'était jetée contre sa jambe. Elle s'agenouilla, et reposa Kiyoshi par terre pour prendre sa petite sœur dans ses bras.

« Toi aussi tu m'as manquée, Ren-chan.

- Moi, déclara Kiyoshi, j'ai toujours dit que tu reviendrais. »

Rin ébouriffa les cheveux de Kiyoshi qui éclata de rire. Kaede les rejoignit et Rin se leva pour saluer la vieille prêtresse.

« Bienvenue à la maison, Rin. »

Et cette phrase, si tendrement dite, toucha Rin.

« Merci, Kaede-baba.

- Tu es devenue une femme, murmura la prêtresse en l'observant d'un œil critique. Suffisamment belle pour briser plus d'un cœur. Rin, mon enfant, dis-moi comment va ma sœur ? »

Rin se mordit la lèvre. Elle ne voulait pas vraiment parler de ce qui s'était passé entre Kikyo et elle. Kaede serait tellement déçue. La vieille prêtresse était, qui plus est, une descendante de Midoriko, une personne qu'elle aimait mais qu'une prophétie voulait désunir. Comment pouvait-elle lui annoncer qu'elle et Kikyo avaient failli s'entretuer ?

« Nous… nous avons eu un différent. La bonne nouvelle, c'est que maintenant je suis une miko à part entière.

- Un… différent ? »

L'œil inquisiteur de Kaede semblait percer son âme. Mentir à la prêtresse serait la chose la plus stupide que Rin pouvait faire. Un peu comme Sesshomaru, Kaede pouvait sentir un mensonge dès le moment où il franchirait ses lèvres. Que les enfants la scrutaient attentivement n'arrangeait rien. Heureusement, Rin sentait que la rescousse venait à grands pas. Dieu bénisse le jour où Shippo et Kohaku sont devenus mes meilleurs amis.

Un grand renard roux déboula dans la clairière, droit devant elle, et se transforma en un adolescent auquel on aurait donné quatorze ans, bien qu'il fût largement plus vieux.

« Rin ! »

Shippo jeta ses bras à son cou.

« Je suis tellement heureuse de te revoir, Shippo-kun ! » dit-elle en riant.

Elle était incapable de résister aux yeux verts espiègles de Shippo. Derrière suivait Kohaku essoufflé après avoir couru à la suite de Shippo. Même un descendant d'une grande lignée de taijiya, Kohaku ne pouvait pas se mesurer à l'endurance d'un yokai.

« Rin ! appela Kohaku en souriant. Shippo pousse-toi de là. C'est à mon tour de prendre Rin dans mes bras !

- Certainement pas. J'étais là avant toi, Rin reste avec toi. »

Et comme toujours, quand Rin était prise dans ces joutes 'masculines' entre Shippo et Kohaku, elle éclata de rire. Elle se défit des bras de Shippo pour embrasser Kohaku.

Il était devenu un beau jeune homme. Ses mèches brunes, plus longues que la plupart des hommes du village, ne cachaient pas tout à fait son visage et ses yeux tendres. Il avait encore grandit et Rin pouvait sentir la fermeté de ses bras et de son torse. Il pouvait être dangereux, cela Rin le savait, mais tout en lui dégageait de la tendresse et de la bonté. Les seules choses qui lui restaient de son enfance était ses tâches de rousseurs et son passé. Un passé qui le pesait encore aujourd'hui.

Kohaku, quand comprendras-tu enfin que cela n'a jamais été de ta faute ? pensa Rin en posant son visage contre l'épaule du jeune homme. Ils n'en avaient jamais parlé. Tout ce que Rin savait vraiment venait de Shippo qui avait de toute façon laissé certains détails de côté. Rin pensait qu'il s'était déjà confié à quelqu'un, Sango ou peut-être Miroku, mais pourtant il ne guérissait pas. Rin espérait qu'un jour il dépassât son deuil permanent.

Elle se dégagea des bras de Kohaku dont les joues avaient pris une teinte rosée. Elle se trouva vaguement mal à l'aise, mais préféra retourner la situation.

« Kohaku-kun, tu n'es toujours pas marié ? »

Et comme prévu, il rougit plus encore.

« Tu n'imagines pas le nombre de filles au village qui jure que par lui au village, renchérit Shippo amusé. Si ça continue, elles vont toutes se jeter sur lui et demander qu'il devienne le père de leurs enfants. Franchement je ne vois pas ce qu'elles peuvent bien te trouver.

- Shippo, la ferme ! »

Kohaku donna un coup à Shippo qui esquiva de justesse. Rin et les enfants éclatèrent de rire, alors que Kaede les observait avec amusement.

« Aucune d'elles ne te plait, Kohaku-kun ? demanda Rin Je me souviens qu'il y avait beaucoup de jolies filles qui te trouvaient à leur goût.

- Je… euh… j'ai quelqu'un en vue.

- C'est vrai !? s'exclama Rin. Qui ?

- Euh… je préfère ne pas en parler. »

Shippo leva les yeux au ciel, mais il semblait inquiet. Ce sentiment de malaise reparut au fond de Rin, quand Kohaku l'observait avec ce regard. Elle balaya ces pensées-là. Elle avait trop d'imagination. Elle aurait été plus rassurée si le silence de Kaede ne donnait pas l'impression que la vieille miko savait quelque chose que Rin ignorait.

« Il va commencer à se faire tard, dit Kaede aux jeunes enfants qui étaient restés à l'écart. Il est temps de rentrer. »

La poignée d'enfants s'assembla autour de Kaede de façon incertaine en observant avec prudence Rin et surtout AhUn. Rin avait un peu de difficultés à mettre des noms sur les visages de chacun, mais pensait avoir aidé Kaede à la naissance d'un ou deux d'entre eux. Elle leur sourit, même s'ils étaient toujours intimidés, la plupart le lui rendirent, décidant qu'elle n'était pas une menace.

Ils se mirent en marche, Ren-chan et Kiyoshi sur le dos d'AhUn, bien que Ren-chan dût passer le test d'approbation par le dragon, comme son grand frère avant elle. Rin tenait lâchement les rênes d'AhUn, Shippo et Kohaku à côté d'elle, et Kaede et les enfants légèrement en avant.

« Miroku, Sango et les autres ne sont pas au village ? demanda-t-elle aux garçons.

- Non, répondit Kohaku. Un homme est venu il y a quelques jours pour leur demander de l'aide. Un yokai attaquait régulièrement son village.

- Ouais, ajouta Shippo, et on nous a forcé à rester ici pour garder les enfants. C'est dommage, nous voulions y aller avec Kohaku, mais Kaede-baba est trop vieille pour garder Kiyoshi et Ren-chan toute seule.

- J'ai entendu ça, Shippo, » fit une voix mauvaise devant eux.

Ils levèrent la tête et s'aperçurent que Kaede les dévisageait avec sévérité au-dessus de son épaule. Pour être plus précis, elle fusillait du regard un certain kitsune qui déglutit. Rin frissonna. Elle n'aurait pas aimé recevoir le même regard de la part de Kaede. Tous les trois furent soulagés quand Kaede se tourna finalement vers la route devant elle. Ils étaient sortis de la forêt.

« Kagome est partie avec eux ? » demanda Rin pour changer de sujet.

Les garçons échangèrent un regard.

« Non, répondit finalement Kohaku. Il y a eu une dispute entre Inuyasha et elle. D'après Inuyasha, Kagome a déclaré qu'elle ne reviendrait plus.

- C'est plutôt habituel, raisonna Rin.

- Non, c'est différent cette fois-ci, dit Shippo. Personne ne sait ce qui s'est passé. Inuyasha et Kagome avaient disparu pendant plus d'une journée avant qu'Inuyasha ne déboule complètement furieux pour dire qu'elle était repartie dans son époque pour toujours. On voulait savoir le problème, mais Inuyasha n'a rien dit. Quand on essaie de le convaincre d'aller la voir, il refuse.

- Quelqu'un a essayé de passer le puit pour voir Kagome ? demanda Rin.

- On en est tous incapable, dit Shippo, sauf Inuyasha et Kagome.

- Et comment va Inuyasha ?

- Mal, Rin, dit Kaede en se retournant. Je ne l'ai jamais vu comme ça, même s'il cache sa peine derrière sa colère. Il y a quelque chose qui cloche et ça le pousse à faire des choses stupides.

- Oui, dit Kohaku. Comme par exemple la dernière mission. Il s'est précipité dessus comme un homme assoiffé sur une rivière. Il n'a même pas cherché à savoir les raisons, les problèmes. C'est pour ça que Sango et Miroku ont tenu tous les deux à l'accompagner.

- Pour le préserver et le réconforter, » dit Rin.

Kohaku acquiesça, fermant la conversation. Rin ne savait pas quelle opinion avoir. Les disputes entre Inuyasha et Kagome étaient tout ce qu'il y avait de plus normal dans le petit monde de Rin, tout comme celles de Sango et Miroku. Bien sûr elle avait conscience que la tension entre Inuyasha et Kagome était plus profonde, plus amère, ancrée dans leur histoire intriquée à Kikyo. Ce n'étaient pas seulement une démonstration étrange de leur amour.

Rin avait appris à s'y faire. Elle n'avait aucun droit d'interférer dans la vie des autres. Surtout qu'elle n'était pas tout à fait neutre. Inuyasha était le frère de l'homme qu'elle aimait et Kagome sa possible descendante. Ne va pas dans cette direction, Rin. Rien que d'y penser lui donnait déjà mal au crâne.

Ils gagnèrent la maison de Sango et Miroku, tandis que Kaede raccompagnait les autres enfants chez eux. Rin fut souvent arrêtée par les villageois qui lui souhaitaient la bienvenue ou lui faisaient promettre de passer pour prendre une tasse de thé.

A la maison, Rin s'installa dans la chambre qu'elle partageait habituellement avec Ren-chan. Cette nuit-là, Shippo, Kohaku et elle restèrent longtemps éveillés bien longtemps après que Ren-chan et Kiyoshi s'endormirent. Ils évoquèrent leurs souvenirs en riant quand ils ne se taquinaient pas. Le lendemain Rin reprit la routine quotidienne des visites avec Kaede et des ballades avec les enfants et les garçons.

Parfois, elle 'dansait' avec Kohaku et même Shippo qui était tout aussi doué, sous les regards attentifs de Kiyoshi et Ren-chan. Elle eut que peu de démons à éliminer, Sesshomaru et sans doute Shippo et Kohaku veillant à s'en débarrasser avant qu'elle ne le fît. Elle se savait en sécurité à l'ombre de la garde silencieuse de Sesshomaru. Il s'approchait volontiers d'elle, même s'il restait hors de sa vue. Mais il était près, et Rin en était heureuse.

Une après-midi chaude d'été, elle était seule dans un champs de fleurs sauvages où elle faisait des bouquets. Rin avait décliné la proposition de Shippo et Kohaku d'aller à la rivière avec les enfants. Elle se souvenait parfaitement bien de la fois où elle avait été jetée à l'eau toute habillée par Shippo et Kohaku. C'était rafraîchissant, mais elle avait perdu toute sa dignité de miko surtout quand elle s'était mise à pourchasser les deux garçons pour leur faire goûter le même sort. Elle n'était pas aussi forte ou rapide qu'eux et aurait échoué si elle n'avait pas usé de ses pouvoirs pour les jeter dans la rivière. Ou plutôt, jeter la rivière sur eux. Et cette après-midi là, elle espérait être seule pour voir Sesshomaru et Jaken avec AhUn. Ramassant son bouquet de fleurs, elle guida AhUn vers la direction où les deux yokai se trouvaient quelque part derrière la colline, en amont de la rivière. Elle espérait que Sesshomaru ne partirait pas à son approche. Il n'avait pas promis à haute voix qu'ils se reverraient, c'était plus un accord silencieux entre eux. Et elle s'y raccrocha.

Elle monta lentement la colline, laissant Sesshomaru le choix de l'attendre ou pas. Elle ne voulait rien précipiter entre elle et lui. Elle fut pourtant rassurée quand elle sentit les auras de Jaken et Sesshomaru toujours au même endroit. Déjà, Jaken serait capable de sentir son arrivée. Son cœur se mit à battre plus rapidement. Ils l'attendaient.

Elle accéléra le pas comme si elle craignait que Sesshomaru ne changeât d'avis et retournât dans l'ombre de la forêt. Du haut de la colline elle vit au contrebas près d'un saule, la forme érigée de Sesshomaru qui regardait la rivière suivre son cours. Jaken était à ses côtés et l'aperçut en premier, elle et AhUn.

Ils n'étaient pas seuls, non plus. Kagura était présente, soufflant caressant les cheveux de Sesshomaru avec, ce que Rin reconnut avec réticence, de l'amour. Un sentiment désagréable toucha le cœur de Rin. Elle n'aimait pas quand elle enviait quelqu'un. Kagura en était souvent la cause. Elle avait la chance de rester auprès de Sesshomaru lors des moments les plus importants de sa vie ou les plus banaux. Rin ignorait si Sesshomaru avait conscience de la présence de l'esprit du vent et ce qu'il en pensait si c'était le cas.

La voix stridente de Jaken la fit sortir de ses pensées.

« Riiiiiiiin ! »

Rin s'avança vers eux en faisant des grands signes de la main.

« Jaken ! Sesshomaru ! Vous allez bien ? »

Sesshomaru daigna enfin de la regarder, et elle s'arrêta dans sa course sous ses yeux dorés. Elle se serait perdue dans ses yeux-là si Jaken n'était pas arrivé près d'elle pour la faire sortir de sa transe. Elle se tourna alors vers le petit yokai.

« Bonjour, Jaken ! Tenez, c'est pour vous. »

Rin lui tendit un bouquet de coquelicots. Il le prit un peu surpris. Elle vint alors se poster devant Sesshomaru, mais s'arrêta à nouveau pour une tout autre raison. Kagura s'était mise entre elle et lui.

Rin fronça les sourcils. Kagura essayait de mettre de la distance entre Sesshomaru et elle ? Kagura devait pourtant savoir qu'elle ne ferait jamais de mal à Sesshomaru, même en tant que prêtresse. A moins qu'elle craignait que Sesshomaru et elle devinssent plus qu'ils n'étaient à présent ? Rin et lui n'entretenaient pas de véritables liens d'amitié, mais depuis leur dernière rencontre, leur relation s'était réchauffée. Cependant il n'y avait rien qui pouvait faire évoquer à Kagura qu'elle prenait le cœur du froid taiyokai. Quand bien même Rin le voulait, Sesshomaru restait Sesshomaru.

Ce dernier la regardait curieusement, et Rin se força de quitter ses réflexions.

« Et ce bouquet est pour vous, Sesshomaru. »

Elle tenait le bouquet de boutons d'or, incertaine de ce qu'elle devait en faire. Il y avait peu de chance pour qu'il l'acceptât.

« Jaken, prends-le. »

Rin sourit. C'était mieux que rien. Elle le donna à Jaken qui parut crouler sous les coquelicots et les boutons d'or. Rin éclata de rire.

« Humaine ! Comment oses-tu rire du grand serviteur du magnifique Taiyokai Sesshomaru-sama !

- Grand n'est pas le mot que j'aurais employé, dit Rin en riant. Desolée, Jaken, mais vous paraissez tellement ridicule avec toutes ces fleurs qui vous submergent ! »

Pour ne pas arranger les choses, Jaken qui s'avançaient pour lui énoncer sa façon de penser, ne vit jamais la pierre devant lui et s'étala de tout son long. Rin fit tout son possible pour se retenir de rire, mais c'était une bataille perdue d'avance. Même Sesshomaru paraissait… amusé. Ce n'était pas très évident, mais Rin croyait que c'était l'explication la plus probable pour l'étincelle dorée qui traversa les yeux de Sesshomaru.

L'après-midi passa son cours, Rin racontant sa vie au village, Jaken répondant de temps à autre et Sesshomaru écoutant, debout à leurs côtés. Un peu comme autrefois. C'était agréable comme impression, même si la vigilance constante de Kagura la mettait mal à l'aise.

Le ciel prenait sa teinte orangée du soir quand Sesshomaru se décida enfin à parler.

« As-tu des nouvelles de Naraku ? »

Rin soupira. Elle aurait été surprise s'il n'avait pas évoqué le sujet.

« Non, pas depuis quelques temps. »

Une semaine en fait, mais Sesshomaru n'avait pas besoin de le savoir.

« Il prépare quelque chose, dit Sesshomaru.

- Il prépare toujours quelque chose, dit Rin. C'est juste que je ne suis pas pressée de savoir quoi.

- Comment penses-tu pouvoir être prête si tu ne sais rien de ses plans.

- Je suis toujours prête, Sesshomaru, » dit-elle en souriant.

Kikyo lui avait appris à s'attendre à l'inattendue quand Naraku était concerné. Malgré ce sage conseil, Rin se faisait pourtant souvent surprendre. C'était là où l'improvisation faisait tout le reste.

Sesshomaru la considéra longtemps. De quelle manière, Rin l'ignorait. Elle était à nouveau perdue dans le regard de Sesshomaru de couleur plus ambrée, en accord avec les teintes du ciel crépusculaire. Sesshomaru fut le premier à détourner son regard coupant court à ce qui se passait entre eux. Rin se sentit embarrassée. Naraku avait raison, elle se laissait trop facilement porter par ses émotions. Mais elle était incapable de faire autrement, ni maintenant, ni demain, ni dans dix ans.

Elle se leva.

« Je dois rentrer à présent. Kohaku et Shippo vont s'inquiéter, et ils auront besoin de moi pour préparer le dîner.

- Tu devrais te méfier de l'humain Kohaku, dit Sesshomaru sans la regarder.

- Pardon ?

- Ce n'est pas ton amitié qu'il désire. »

Le sous-entendu flagrant irrita Rin… et fit battre son cœur plus rapidement. La raison évidente pouvant expliquer ce commentaire de Sesshomaru était qu'il ressentait… de la jalousie. Rin, tu te fais des idées… Il… il n'est pas comme ça.

« Qu'est-ce que… qu'est-ce que ça peut bien vous faire, Sesshomaru ? Kohaku est mon meilleur ami. Il… il ne voudrait pas… »

Sesshomaru n'avait pas droit de dire des choses pareilles sur Kohaku… même si parfois Rin pensait… Non !

« Au revoir, Jaken, à une prochaine fois. »

Elle se tourna vers Sesshomaru et lui dit plus sèchement :

« Au revoir, Sesshomaru. »

Elle remonta la colline suivie par AhUn. Il fallait qu'elle prît un bain avant de rentrer. Shippo serait capable de sentir les odeurs de Sesshomaru et de Jaken sur elle. Il poserait dès lors des questions embarrassantes et s'il le faisait en présence de Kohaku… Oh non, je recommence à penser que Kohaku pourrait… Non, non et non !

Elle grimpa résolument la colline puis descendit jusqu'au champs de fleurs. Elle sentit Sesshomaru et Jaken s'éloigner vers la forêt. Pourtant une aura la suivait. Kagura ? Que veut-elle ? Elle s'arrêta pour faire face à l'esprit du vent qui fonçait droit devant elle, rasant l'herbe haute de la colline. Rin avait un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment. AhUn hennirent sentant son inquiétude.

« Kagura ? »

Rin eut juste le temps de sauter sur le côté pour ne pas être touchée par l'attaque de la danse des lames de Kagura.

« Kagura, qu'est-ce qui t'arrive ?! »

Ce n'était pas comme si, miraculeusement, Rin allait obtenir une réponse de l'esprit du vent, morte depuis plusieurs années. Elle se releva rapidement en position défensive, les lames de Totosai sorties de leurs fourreaux.

Rin se concentra sur l'aura de son adversaire qui formait la silhouette féminine de Kagura. Elle ne la voyait pas, elle la devinait. Ses sens avaient été développés par l'habitude. Rin devait se préparer à intercepter le moindre Fuji no Mai de Kagura si elle exposait une faiblesse. Mais avant tout, elle voulait une explication.

« Kagura, est-ce parce que Sesshomaru… »

Rin fut interrompue par une attaque qu'elle contra d'un revers de bras. Donc Sesshomaru était bien le centre du problème. Après s'être battue contre Kikyo, elle devait maintenant affronter Kagura. Rin ne voulait pas perdre une autre amie.

« Kagura, tu sais qu'il n'y a rien entre lui et moi. Il n'y aura sans doute jamais rien. Il ne me voit pas comme ça. »

Une autre attaque percuta son bras, sans la blesser. Le vent tournoyait autour d'elle menaçant de créer une tornade dans laquelle Rin serait prisonnière.

« Je t'en prie, Kagura… »

L'aura de l'esprit du vent émettait une sourde colère, mêlée à une profonde tristesse. Parce que Kagura croyait que Rin obtiendrait quelque chose qu'elle aurait eu si elle vivait encore. Kagura contrairement à Rin était une yokai. Sesshomaru l'aurait acceptée.

« Je l'aime Kagura, c'est vrai. Je ne pourrai pas m'empêcher d'essayer d'avoir quelque chose en retour de sa part…. Je suis tellement désolée… »

Elle pouvait presque entendre Kagura murmurer un Fuji no Mai qui s'écrasa contre une barrière qu'érigea Rin. Mais la volonté de l'esprit du vent n'était plus derrière cette ultime attaque. Rin le savait, elle avait appris à lire les émotions de Kagura.

Sa tristesse et son regret gagnèrent sur sa colère. Le vent tomba pour ne laisser qu'une petite brise humide si étrange en plein été. Kagura pleurait et Rin s'en sentit coupable.

« Je suis tellement désolée… » répéta-t-elle les larmes aux yeux.

Kagura s'envola alors dans la direction de Sesshomaru, l'homme qu'elles aimaient. Et pour une fois, Rin n'envia pas Kagura. Elle n'en avait pas le droit, puisqu'elle vivait.

« Rin ! »

Rin se retourna. Shippo courrait vers elle, un peu paniqué. Il s'arrêta devant elle et AhUn en reprenant sa respiration. Tout à coup il leva la tête vers elle, complètement choqué.

« Tu sens comme… »

Il n'acheva pas sa phrase et Rin comprit pourquoi. Comme Sesshomaru. Elle ne voulait pas que Shippo sût qu'elle revoyait Sesshomaru.

« Il y avait un problème Shippo-kun ? »

Shippo écarquilla ses yeux verts, puis secoua la tête, comme s'il effaçait une pensée désagréable. Il soupira.

« Un étranger est venu au village réclamer notre aide. Apparemment son village est attaqué par des yokai et il espérait qu'Inuyasha et les autres soient là… Kaede veut que tu sois présente parce qu'il est blessé.

- Blessé ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? Dépêche-toi de monter sur AhUn, on y va ! »

Rin n'attendit pas les protestations d'AhUn et de Shippo pour faire monter son ami derrière elle sur le dragon. Ces trois-là avaient au mieux une relation tendue. Rin claqua la langue et AhUn partirent au galop.

« Est-il gravement blessé ? demanda Rin.

- Je ne sais pas vraiment, mais il avait une odeur particulière… comme s'il avait été empoisonné. »

Rin acquiesça et n'ajouta rien d'autre. Cela pouvait être encore un piège de Naraku. Comme elle l'avait dit à Sesshomaru, elle devait s'attendre à tout avec le hanyo, et être prête à tout affronter.

Lorsqu'ils arrivèrent à la hutte de Kaede, Rin et Shippo passèrent Kiyoshi et Ren qui attendaient dehors. Kaede avait été sage de ne pas impliquer les enfants qui étaient trop jeunes. Elle entra dans la hutte et vit au centre un homme aux traits tirés par la fatigue et la douleur. Il ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours et ses yeux étaient fermés. Kaede passait sur sa tête un linge mouillé, tandis que Kohaku se tenait à ses côtés, calme et silencieux. Pourtant la tension de ses épaules faisait dire à Rin qu'il était prêt à bondir à la moindre menace.

Rin s'agenouilla en face de Kaede, et leva la couverture. La vieille prêtresse avait soigné les blessures de l'homme, mais les bandages sur son torse étaient déjà imbibés de sang. Rin remit la couverture et posa sa main sur le front de l'homme. Il était fiévreux. Elle se concentra, appelant à elle une partie de son énergie vitale liée à la force du Shikon no Tama, et la transmit à l'homme, guérissant ses blessures et purgeant son sang de la moindre trace de poison. Le faible youki qu'émanaient les particules empoisonnées confirmait l'attaque par un démon.

L'homme, entouré par un halo de lumière mauve, se détendit. Il guérissait, et Rin soupira quand elle eut fini. Elle avait réussi. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais échoué pour guérir qui ce soit. Un doute planait cependant à chaque fois qu'elle s'y attelait, murmurant que peut-être, peut-être, elle ne pourrait pas sauver la prochaine personne qu'elle soignait. C'était idiot de sa part de réfléchir ainsi, elle avait confiance en ses capacités. Pourquoi échouerait-elle après tout ce temps ?

« Il va mieux maintenant, il a juste besoin de repos, déclara Rin. A-t-il dit comment il avait reçu cette blessure ?

- Un yokai, d'après lui, attaque son village, répondit Kaede.

- Shippo et moi l'avons trouvé aux abords de la forêt, complètement choqué, ajouta Kohaku. Blessé par un yokai, visiblement. Il divaguait, mais on a pu deviner ce qui s'était passé.

- Il a dit d'où il venait ? demanda Rin.

- Non, répondit Kaede. Mais d'après ses vêtements je dirais qu'il vient d'un village bûcheron du sud-ouest.

- Je vous en prie… aidez-moi… » implora l'homme.

Rin se pencha vers lui et essaya de prendre un ton rassurant.

« Vous êtes en sécurité ici, ne vous inquiétez pas. J'ai guéri votre blessure, vous ne risquez plus rien. Il faut juste que vous vous reposiez.

- Non, non… mon village, ma famille… les yokai vont les décimer.

- Nous réglerons cela demain. Pour l'instant, dormez.

- Vous m'aiderez, miko-sama ? Vous le promettez ? »

L'homme la fixait avec des yeux suppliants que Rin ne pouvait ignorer.

« Je vous le promets, » dit-elle en posant la main droite sur sa poitrine.

L'homme réussit à se calmer et commença à s'endormir profondément.

« J'en conclus que tu souhaites y aller, Rin ? demanda Kaede.

- Oui, puisque Inuyasha et les autres ne sont pas là. Je suis tout aussi qualifiée qu'eux pour achever un démon.

- Et si c'est un piège ? demanda Kaede qui la considérait avec précaution.

- Alors le but sera de retourner le piège contre celui qui l'a tendu. Kaede-baba, je sais que c'est risqué, mais quoique je fasse de toute façon je peux tomber dans un piège de Naraku. Si je peux aider quelqu'un, je dois agir. »

Kaede la regarda longuement avant d'acquiescer. Rin soupira de soulagement. Elle se sentait un peu stupide, car avec ou sans l'accord de la miko, elle y serait allée. Elle avait cependant craint le refus de son aînée, comme elle avait craint le refus de Kikyo et de Miroku quand elle avait voulu combattre le kazaana. Elle était une adulte à présent, elle n'avait pas à chercher l'approbation des autres. Mais étrangement elle en sentait le besoin.

« Je viens avec toi, déclara Kohaku.

- Non.

- Et moi aussi, renchérit Shippo.

- J'ai dit non, rétorqua Rin irritée par l'intervention des garçons. Le village a besoin de vous pendant l'absence d'Inuyasha, Miroku et Sango.

- Mais…

- Il n'y pas de mais, Kohaku. Kiyoshi et Ren-chan sont sous votre responsabilité, vous l'oubliez ? Sango et Miroku vous les ont confiés.

- Et s'il t'arrive quelque chose ? demanda Kohaku sur le même ton. Je ne me le pardonnerai jamais. Shippo peut rester au village.

- Hé ! Vous ne me laisserez pas au village tous les deux !

- Je ne serai pas seule, dit Rin en ignorant Shippo. AhUn viennent avec moi.

- Rin ! »

Kohaku la regardait de façon intense. Sa décision était prise. Rin ne voyait pas d'autre solution que d'assommer son meilleur ami pour le retenir au village. Et là encore, dès son réveil, il partirait à sa poursuite.

« Et puis Kaede-baba peut très bien s'occuper du village et des enfants en notre absence, rajouta Shippo.

- Kaede-baba n'est pas assez puissante pour veiller à la sécurité du village, et elle est trop vieille pour s'occuper deux enfants aussi remuants que Kiyoshi et Ren-chan, et tu le sais très… »

Rin jura intérieurement. Ce n'était certainement pas une façon diplomate de s'exprimer.

« Je peux très bien protéger mon village, jeune fille, dit Kaede sèchement. Cela fait près de cinquante ans que je le fais sans l'aide de personne. »

Rin n'eut même pas besoin de jeter un coup d'œil sur Kaede pour se rendre compte qu'elle était furieuse. Elle maudit silencieusement Shippo, qui avait bien prévu son coup, elle devait le reconnaître. Maintenant elle aurait à convaincre la charismatique Kaede, et ce n'était pas un combat gagné d'avance, loin de là.

« Je sais bien Kaede-baba, mais je suis désolée…

- Assez de tes insultes, jeune fille. Vous trois irez au village de cet homme quand nous aurons plus d'informations et si Inuyasha, Sango et Miroku ne reviennent pas avant. Chacun d'entre vous est capable d'affronter un yokai. A vous trois vous réussirez à déjouer ce qui menace ce village.

- Mais Kaede-baba…

- Rin, assez. Je peux défendre mon village, même sans le pouvoir du Shikon no Tama derrière moi. Et toi tu as besoin de quelqu'un pour surveiller tes arrières. Un yokai et un taijiya ne seront pas de trop. La discussion est close, vous devriez rentrer avec les enfants. Je vous préviendrai s'il se passe quelque chose. »

Rin se leva en silence. Elle était consciente qu'elle avait perdu contre Kaede. Shippo et Kohaku allaient l'entendre, c'était certain.

« Vous venez ? » demanda-t-elle plutôt froidement aux garçons qui étaient toujours assis.

Kohaku s'apprêtait à la suivre, mais Shippo posa sa main sur l'avant-bras du jeune homme.

« Nous te rejoignons, Rin. Kohaku et moi allons encore tenir compagnie à Kaede-baba. Kiyoshi et Ren-chan doivent t'attendre dehors. »

Tu es un kitsune mort, Shippo. Comme s'il avait deviné ses pensées, Shippo lui sourit nerveusement. Elle avait réussi à le terrifier.

Elle sortit pour récupérer Ren-chan et Kiyoshi qui jouaient tranquillement dehors. Ils ne dirent rien sur le chemin du retour sentant son humeur. Elle leur en était reconnaissante d'ailleurs, elle pouvait ainsi faire le point sur ce qui s'était passé.

A la maison, Rin prépara le dîner pour les enfants et elle. Les garçons n'avaient qu'à se débrouiller. Ce n'était pas vraiment une punition. Kohaku était un excellent cuisinier, bien meilleur qu'elle.

Rin prit la peine d'expliquer aux enfants qu'ils devraient peut-être rester avec Kaede, si Shippo, Kohaku et elle se rendait dans ce village étranger. Kiyoshi n'était pas très content et déclara qu'il voulait aussi venir. Ren-chan se mit à pleurer. Il fallut à Rin beaucoup de patience pour convaincre Kiyoshi et consoler Ren-chan. Elle y parvint partiellement en promettant de revenir au plus vite. Rin savait que faire ce genre de promesse était dangereux. Qui savait ce qui se passerait réellement là-bas ?

Kohaku et Shippo n'étaient toujours pas revenus quand elle envoya les enfants au lit. Ils ne reviendraient sans doute pas préférant éviter l'explication qui aurait suivi. Rin profita de la solitude de la maison pour réfléchir.

Elle craignait que cette mission fût un piège de Naraku. Un test, comme il aimait les qualifier. C'était l'une des raisons qu'elle ne voulait pas de l'aide de Shippo et Kohaku. Ils seraient dans la ligne de mire, alors que Naraku était son problème.

Il n'y avait qu'un seul moyen pour obtenir la certitude de l'implication de Naraku ou pas. Elle allait faire quelque chose qu'elle évitait de faire en temps normal. Atteindre Naraku, au-delà du Shikon no Tama.

Rin laissa les braises de l'âtre s'éteindre, mais elle alluma quelques bougies. Elle s'assit à la table, ses jambes repliées sous elle, et ses mains croisées sur ses cuisses. Elle ferma les yeux, sa tête légèrement recourbée, et guida ses pensées vers son cœur, puis au-delà, là où l'esprit sombre de son ennemi résidait.

Elle s'immergea dans l'âme obscure et sans salut de Naraku. Ses sentiments étaient neutres pour une fois et non plein de haine et de colère dont la violence pouvait la faire sursauter lorsqu'elle s'y attendait le moins. Elle pouvait ressentir ses plus fortes émotions sans avoir à communiquer avec lui, tout comme lui y parvenait. Mais contrairement à lui, Rin évitait de visiter son âme pour en savoir les raisons. Il n'avait pas les mêmes scrupules et en tant qu'humaine, elle était plus souvent envahie par ses émotions que lui.

Elle distingua un trouble qu'elle n'avait jamais ressenti dans l'âme de Naraku. Il était préoccupé. Une mission dont le résultat sera ta vie ou ta mort, disait-il, ma fille, toi ma préférée. Toi qui ne trahiras pas.

'De qui parles-tu ?' demanda Rin, curieuse.

Elle n'avait jamais entendu Naraku dire qu'il avait une fille. Elle était au courant qu'il avait des incarnations comme Kagura et Kanna, mais n'avait jamais obtenu de détails de sa part.

'Rin ? demanda Naraku surpris de son intrusion.

'Cette fille, répéta-t-elle avec obstination, qui est-elle ? Et quelle est cette mission ?

'Rin, Rin, Rin, dit-il d'un ton moqueur et vite remis de sa surprise. Naïve comme un moinillon qui se réveille avec l'aube. Crois-tu que je commencerai à te dévoiler mes plans ?

'Donc tu prépares quelque chose. C'est toi qui a attaqué le village de bûcherons, n'est-ce pas ?

'Crois ce que tu veux, fille de Midoriko. Doute autant que tu peux. Tes faiblesses te rendent tellement vulnérables destinant ta vie et ta mort à m'appartenir.'

Rin se retira de l'esprit de Naraku. Il ne lui dirait plus rien d'intéressant. De toute façon elle avait les renseignements qu'elle voulait. Enfin à peu près. Naraku devait être à l'origine de l'attaque subie par le village de l'homme. Il avait ensuite manipulé l'homme pour venir jusqu'ici. La réputation d'Inuyasha, Miroku et Sango était renommée, mais cela n'expliquait pas forcément la volonté de l'homme de parcourir tant de distances pour avoir de l'aide.

Rin avait obtenu une autre clé. Cette fille et sa présence probable là où ils se rendraient. Il chercherait à exploiter ses faiblesses grâce à cette fille, qu'elle fût Kanna ou une nouvelle incarnation. Et il exploiterait ses émotions.

Elle écarquilla les yeux, envahie d'une peur soudaine. Naraku connaissait ses sentiments pour Sesshomaru, même s'il les évoquait peu. Il pouvait à tout moment tenter quelque chose. Non, il n'oserait pas. Il craint Sesshomaru bien plus que moi. Malgré tout, Rin n'arrivait pas à faire taire ce mauvais pressentiment. Finalement, Naraku avait bien réussi à la faire douter.

Rin inspira pour essayer de calmer ses nerfs. Elle avait eu les renseignements qu'elle voulait, même à demi-mot. Elle pouvait aussi bien aller se coucher, sans attendre le retour des garçons. Ils n'oseraient pas rentrer cette nuit-là. Shippo avait dû convaincre Kohaku de rester aussi loin que possible d'elle. Elle les connaissait, ils n'étaient pas ses meilleurs amis pour rien.

Une bougie à la main, elle entra dans la chambre où dormaient déjà Kiyoshi et Ren-chan. Rin espérait qu'ils faisaient des beaux rêves, différents des siens. Elle rêvaient de moins en moins de la mort de ses parents et des loups, mais c'était seulement parce Naraku occupait plus souvent ses nuits. Un compagnon qui l'enfermait dans leur passé, et qui lui promettait sa mort dans le futur. Mais tant qu'il y avait Ren-chan et Kiyoshi à protéger, Rin ne pouvait pas lui permettre de vaincre.

Kiyoshi bougea dans son sommeil, donnant un léger coup à sa sœur qui ne se réveilla pourtant pas. Rin sourit et posa sa bougie au sol. Avec précaution, elle déplaça le bras de petit garçon qui lui rappelait parfois Haruki, et borda sa couverture. Elle pouvait sentir le pouvoir enfermé dans sa main droite, mélange équilibré du sien et de celui de Naraku.

C'était deux forces opposées, mais presque de même nature. Avec le temps, Rin avait appris qu'elle partageait certaines affinités de Naraku, en particulier celle qui concernait la terre. Lui l'utilisait pour la mort, elle pour la vie, une différence aussi étendue que l'océan. Et ces deux forces se battaient encore à l'intérieur de la main de deux enfants et de leur père. Comme Midoriko continuait sa bataille contre les yokai et Taho à l'intérieur du cœur de Rin.

L'enjeu de la bataille entre Rin, Naraku et Kikyo avait dépassé leur vie, et entraînait Kagome, Inuyasha, l'entière famille de Miroku et Sesshomaru même. Dans quelle mesure, Rin l'ignorait. Et elle en était effrayée. La seule solution que lui dictait la raison pour remédier à ses peurs était d'écarter ceux qu'elle aimait. Ils avaient la mauvaise habitude de s'impliquer dans des affaires qui ne les concernaient pas. Pour une fois, Rin avait l'intention de les y empêcher. Même si… même si cela signifiait qu'à la fin, elle serait seule.

Rin secoua la tête. Elle se perdait dans le fil de ses pensées. Elle trouverait bien un moyen, le moment venu d'influer sur le libre arbitre de ses amis, quand bien même elle n'aimait pas cela. Sesshomaru lui avait toujours permis de faire comme elle l'entendait jusqu'à leur séparation. Mais depuis, tout avait changé, et Rin devrait agir alors en conséquence et affronter ses amis et Sesshomaru. Pour leur bien.

Elle se sentait fatiguée. Sesshomaru, Kagura, la venue de l'étranger et Naraku la pesaient. Elle mit son yukata, et souffla la bougie avant de s'allonger près de Ren-chan. Peut-être qu'elle échapperait aux rêves étranges avec Naraku. Elle s'était pourtant habituée à lui et à leurs moments improbables de paix. Mais elle avait besoin d'un sommeil réparateur avant d'avoir à se battre le lendemain.


Sango était épuisée. L'inquiétude qu'elle ressentait depuis le départ du village, n'aidait pas. Même poser le front au creux de l'épaule de Miroku devant elle, tout en chevauchant Kirara, ne suffisait pas à calmer son anxiété. Suivre Inuyasha dans une mission où il était tombé la tête la première n'était pas ce qu'il y avait de plus reposant. Habituel, mais pas reposant.

Dire qu'elle aurait pu être tranquillement chez elle avec son époux. Ren-chan et Kiyoshi s'amuseraient à leurs interminables jeux, Shippo et Kohaku rôderaient dans le village, victimes des regards intéressés des jeunes filles. Peut-être que Rin serait de retour de ses errances initiatiques. La vie aurait un cours normal. Mais non, il fallait qu'Inuyasha fît la tête à Kagome.

Sango soupira.

« Ca va, Sango ? demanda Miroku en tournant son visage contre le sien.

- Oui, ne t'en fais pas. »

Elle vit Inuyasha lui jeter un coup d'œil inquiet mais il se focalisa vite sur le chemin du retour. Peut-être il culpabilisait de les avoir laissés venir. Oh, la mission d'extermination n'avait pas présenté de difficultés particulières, mais Sango aimait sa vie au village, et Inuyasha le savait.

Après la mystérieuse dispute entre Inuyasha et Kagome, il avait été colérique envers les autres et mélancolique lorsqu'il était seul. Plus que d'habitude en tout cas. Quelque chose de grave s'était passé entre eux, Miroku et elle le savaient, mais ils ignoraient quoi. C'était bien là le problème, puisque Inuyasha ne se confiait pas.

Sango se demandait quand Inuyasha et Kagome réussiraient à s'entendre sur leur relation. Ils devaient bien se rendre compte que la situation ne pouvait pas continuer ainsi. Inuyasha devait faire le deuil de Kikyo et penser à faire sa vie avec Kagome. Mais apparemment ils n'étaient toujours pas prêts. Correction, Inuyasha n'est toujours pas prêt. Les yokai – et les hanyo – prenaient trop de temps à comprendre leurs sentiments surtout quand ils concernaient les humains. Ils venaient à oublier que les humains ne pouvait pas attendre autant de temps qu'eux.

Parce qu'ils craignaient l'état actuel de leur ami, Miroku s'était proposé de partir avec Inuyasha, même si le village où ils étaient appelés était assez loin. Sango avait décidé de venir pour aider Inuyasha, c'était vrai, mais aussi pour surveiller son obsédé d'époux. Près de six ans de mariage, elle devait encore empêcher les mains baladeuses de Miroku de traîner trop près des derrières féminins autres que le sien. Et ses propositions indécentes avaient continué aussi. Maudit pervers !

« Tu es sûre que tu vas bien, Sango ? » demanda Miroku.

Il avait dû sentir sa colère.

« Bien sûr que ça va ! Pourquoi ça n'irait pas ?! »

Miroku parut effrayé et se recroquevilla légèrement comme s'il craignait un coup. Elle devait se calmer. Ce n'était pas parce qu'il était un coureur de jupons obsessionnel qu'il l'avait trompée, n'est-ce pas ? Elle l'avait vu même une fois repousser une belle princesse pour elle. Il n'en avait jamais parlé et Sango n'avait jamais révélé qu'elle avait assisté à toute la scène. Il l'aimait, et ne la trahirait pas, elle en était certaine. Mais elle ne pouvait s'empêcher de sentir une pointe de jalousie à chaque fois.

C'était inné chez elle, un besoin de protéger ceux qu'elle aimait, aussi primaire que les instincts de Kirara. Et même en étant avec Miroku, les enfants et Kaede lui manquaient après une semaine de séparation. Elle remarqua vaguement que le terme 'enfants' ne désignaient pas seulement Kiyoshi et Ren, mais aussi Kohaku, Shippo et Rin qui pourtant avaient bien grandi.

Au moins ils arriveraient dans l'après-midi au village. Sango commencerait par embrasser Kiyoshi et Ren-chan et s'assurerait que Shippo et Kohaku s'étaient bien occupés d'eux. Ensuite elle fêterait leur retour avec un magnifique gâteau avec l'aide de Kohaku, en espérant qu'Inuyasha arrêtât de faire la tête et mangerait avec eux. Pour enfin aller dans le monde Kagome et se réconcilier avec elle. Et ainsi tout finirait bien avec la visite tant attendue de Rin, saine et sauve, puis le retour de Kagome.

Malgré ces grands projets, Sango ne se berçait pas d'illusions. La vie lui avait appris autrement. Rien n'arrivait comme elle l'aurait voulu. Naraku se promenait toujours libre comme l'air, et menaçait son bonheur. Et il avait une emprise sur Rin, sa grande fille Rin, prisonnière d'une prophétie qui lui promettait le statut de meurtrière ou de victime.

Elle était la plus indépendante aussi de ses enfants, celle qui suivait la route que lui dictait son cœur. C'est-à-dire vers Sesshomaru. Sango ne voyait rien de bon en cela. Kohaku et sans doute Rin en souffriraient. Leurs histoires étaient devenues trop complexes pour être qualifiées d'amourettes d'adolescents. Tout aurait été plus simple si Rin était tombée amoureuse de Kohaku.

Sango se torturait l'esprit pour rien. La vie n'avait rien de simple, il était inutile d'imaginer le courant des choses autrement. Autant penser à d'autres problèmes plus immédiats.

« Inuyasha, penses-tu que Kagome sera au village à notre retour ?

- Feh, qu'est-ce que ça peut me foutre ? dit-il sans la regarder.

- Tu sais très bien, insista-t-elle.

- Non, vraiment, je ne vois pas de quoi tu parles, Sango.

- Inuyasha, dit Miroku, nous nous connaissons depuis plus de sept ans. Tu n'as plus besoin de rester en dénie par rapport à tes sentiments pour Kagome.

- Mêlez-vous de vos affaires !

- Au moins tu iras la voir dans son époque ? demanda Sango.

- J'ai dit, mêlez-vous de vos affaires ! » cria Inuyasha en se retournant brusquement.

Sango fut surprise de voir à quel point il était furieux. Il marcha ensuite résolument devant eux. Sango échangea un regard avec Miroku. Ils décidèrent tacitement d'arrêter d'harasser Inuyasha. Du moins pour l'instant.

Le reste du trajet se fit dans un silence glacial qui contrastait franchement avec la chaude journée d'été. Quand ils arrivèrent enfin dans les alentours du village, Sango sentit son cœur s'élever. L'idée de revoir ses enfants suffisait pour la rendre heureuse. Elle et Miroku avaient hâte de rentrer. Arrivés au village, ils firent de brefs saluts aux voisins qu'ils croisaient.

Kiyoshi et Ren-chan jouaient devant la hutte de Kaede, et très vite, Sango descendit de Kirara, Miroku derrière elle, pour les rejoindre.

« Ren-chan ! Kiyoshi-chan ! »

Les deux enfants levèrent la tête, surpris, puis se mirent à courir à leur rencontre. Sango tomba à genoux pour les serrer dans ses bras.

« Maman, dit Kiyoshi, tu m'étouffes.

- Maman, tu m'as manqué, dit Ren-chan. Promets que tu m'emmèneras la prochaine fois.

- Et moi aussi ! renchérit Kiyoshi.

- C'est trop dangereux, déclara calmement Miroku. Peut-être quand vous serez plus grands.

- Papa ! » cria Ren-chan en sautant des les bras de son père.

Ren avait toujours eu une préférence pour son père, alors que Kiyoshi se réfugiait plus volontiers auprès d'elle. Sans doute parce que Miroku avait de grandes espérances pour son fils aîné alors que Sango voulait que Ren devînt un femme forte. Peut-être pour cette raison, les deux enfants adoraient Rin, Kohaku et Shippo. Les garçons jouaient avec eux sans en demander d'avantages, et Rin les rassurait avec tendresse en attendant rien en échange. Non, Sango et Miroku n'avaient pas forcément le rôle le plus simple en tant que parents.

« Rin était là, déclara Inuyasha. Son odeur flotte encore dans le village.

- Oui, dit Kaede attirée sans doute par les cris des enfants, mais elle est allée régler un problème dans un village. Kohaku, Shippo sont partis avec elle et Herada-san hier matin.

- Quel genre de problème ? » demanda Miroku.

Il était toujours inquiet quand il en venait à la sécurité de Rin.

« Des yokai attaquent les gens des villages forestiers du sud-ouest. Nous pensons que c'est l'œuvre de yokai maîtres en illusion, si on s'en tient à la version d'Herada-san, le bûcheron qui est venu demander de l'aide.

- Il fallait nous attendre, dit Miroku.

- Oh, ils ont attendu une nuit, le temps pour Herada-san de se rétablir.

- On voulait venir, ajouta Kiyoshi, mais Rin-neechan a pas voulu. Elle était pas contente que Shippo-onichan et Kokaku-onisan viennent avec elle. Elle a dit qu'ils doivent garder moi et Ren-chan, mais moi, j'ai dit qu'on était assez grand.

- Pour sûre qu'elle était en colère, dit Kaede, elle a insisté pour que Kohaku et Shippo restent au village. Elle est bien trop brave, et pas pour son bien, surtout qu'elle est à présent une véritable miko…

- Comment ça ? demanda Inuyasha.

- Elle a eu un problème avec Kikyo, et j'aimerai bien savoir de quel genre. Mais à présent, aucune prêtresse ne lui enseigne quoique ce soit. Elle a le statut d'une miko.

- Ce serait à cause… de la prophétie ? demanda Sango à mi-voix.

- Sans doute, répondit Miroku. C'est difficile de vivre avec quelqu'un potentiellement destiné à vous tuer. »

Sango observa silencieusement Inuyasha. Il était mal à l'aise. Comment ne l'aurait-il pas été ? Il était impliqué dans cette maudite prophétie même s'il n'était pas cité. Rin, Kikyo et Naraku étaient trois personnes qui avaient traversé la vie d'Inuyasha chacune à leur manière, l'une offrant son amitié, l'autre son amour, et le dernier, sa haine.

Finalement, Sesshomaru avait eu raison. Il avait été le premier à deviner ce qui se passerait entre Kikyo et Rin.

« Quelqu'un veut tuer Rin-neechan ? » demanda Kiyoshi d'une toute petite voix.

Il était terrifié. Ren-chan paraissait plus confuse.

« Nous ferons tout pour qu'il ne lui arrive rien, Kiyoshi-chan, dit-elle. Promis. »

Les enfants se détendirent, rassurés. Sango, elle, était toujours inquiète.

« Je vais pister leurs odeurs, dit Inuyasha. Je les retrouverai alors. Mais je pense qu'ils sont en sécurité.

- Qu'est-ce qui te fait dire cela ? demanda Miroku.

- Sesshomaru, il la suit encore. »

Sesshomaru. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à Sango pour comprendre qu'il veillait encore sur Rin. Et qu'elle comptait pour lui. C'était tellement plus net depuis Hakureizan. Comment Rin interagissait avec lui, comment ils se disputaient, en rappelant à Sango les discussions houleuses de Kagome et d'Inuyasha. Comment Sesshomaru s'était tendu quand Rin avait été prise dans les bras de Kohaku ou comment il avait accouru pour la protéger. Comment il avait guéri la main blessée de Rin. Surtout cette scène en fait. Même Miroku n'avait jamais osé être aussi… familier avec elle devant un public.

Sango se souvenait aussi du regard de Rin qui suivait Sesshomaru hors du cratère d'Hakureizan. Sango avait alors été sûre que Rin avait conscience de ses sentiments. Elle les taisait, espérant sans doute ne pas les montrer à Sesshomaru. Elle restait un livre ouvert pourtant, en tout cas pour Sango.

Mais à présent, même avec la présence de Sesshomaru, elle pouvait être en danger.

« Je viens avec toi, Inuyasha, dit-elle.

- Moi aussi, ajouta Miroku.

- Mais Ren-chan et Kiyoshi, coupa Inuyasha.

- Si Rin-neechan est en danger, il faut qu'okasan et otosan vont la chercher, déclara Kiyoshi. Ils sont plus forts que tout le monde. C'est moi qui s'occupera de Ren-chan, je suis son grand frère. »

Sango sourit à son fils. La vérité venait de la bouche des enfants.

« Feh, faîtes comme vous voulez. »

Ainsi, tous les plans de Sango de passer une belle journée d'été avec ses enfants étaient reportés. Il valait mieux cela que de risquer la vie de Kohaku, Shippo et Rin dans une bataille surprise contre Naraku. Ils firent de rapides adieux aux enfants, Miroku et elle leur rappelant pour la énième fois d'être sages et de ne pas embêter Kaede.

Ils voyagèrent à un rythme soutenu, effectuant peu de pauses. Ils espéraient ainsi rattraper les enfants avant leur destination. D'après Inuyasha, ce serait une tâche ardue, Kohaku, Rin et Shippo avaient pris beaucoup d'avance. Ils prirent deux jours entiers avant d'atteindre les forêts du sud-ouest.

Sango n'aimait pas le sentiment qu'elle eut en pénétrant ces forêts. Une aura maléfique était diluée dans toutes l'atmosphère, subtile mais persistante.

« Je n'aime pas cet endroit, déclara Miroku en confirmant l'impression de Sango. Un youki imprègne la forêt… on dirait celui de Naraku. »

Sango fut choquée tandis qu'Inuyasha acquiesçait. Ils étaient bien tombés dans un piège de Naraku.

« Pourtant, dit Inuyasha, je ne sens pas son odeur. Shippo et les autres se sont enfoncés plus profondément dans la forêt.

- Rin aurait dû deviner que c'était un piège, dit Sango. Pourquoi ont-ils continué ?

- Parce que Rin le fait toujours, répondit Miroku. Entrer dans le jeu de Naraku pour mieux le faire échouer. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus raisonnable, mais Rin n'a pas tellement eu le choix jusqu'à présent. Si elle ne faisait rien, Naraku tuerait des personnes sur son chemin, que ce soit nous ou des villageois sans histoire. »

Sango savait que son époux avait raison. Tout en revenait à cette histoire de test entre Naraku et Rin. Rin répondait à chaque défi que lui lançait le hanyo. Même s'ils avaient tous des doutes sur ce qui se passait entre Rin et Naraku, Sango et Miroku n'avaient pas vraiment les preuves pour déterminer s'ils avaient des contacts. Et Sango en était terrifiée. Quelles seraient les conséquences de possibles rencontres entre Rin et Naraku ?

Inuyasha les menait dans une direction bien précise. La nuit était déjà tombée et donnait un aspect plus effrayant aux ombres formées à la lueur des torches. Les branches bruissaient sous la brise nocturne, amenant parfois les bruits étranges des animaux sauvages de la forêt. Enfin, elle espérait qu'ils correspondaient bien à des animaux sauvages.

Inconsciemment, elle posa sa main gauche sur celle de son époux qui maintenait sa taille. Il plaça sa tête au creux de son cou, comme s'il savait qu'elle avait besoin de réconfort.

« Tout ira bien, Sango, murmura-t-il. Ils sont forts. »

Sango ne dit rien. Elle avait entendu l'inquiétude de Miroku dans le léger tressaillement de sa voix ou dans le rythme accéléré des battements de son cœur qui résonnaient dans le dos de Sango. Ils étaient tous inquiets.

« Nous allons droit vers l'origine de la force maléfique, Inuyasha, dit Miroku.

- Je sais, mais c'est par là qu'ils sont allés. »

Sango pouvait sentir la puissance de youki augmenter, alors qu'elle n'avait aucun don de miko. C'était un youki extrêmement puissant. Quelle idée d'aller dans cet enfer. Kirara sentant son malaise accéléra le pas à côté d'Inuyasha. Si cela continuait, ils finiraient tous par être affectés et affaiblis par cette force oppressante.

Lorsqu'ils arrivèrent dans une clairière, Inuyasha s'arrêta.

« Leurs odeurs ne vont pas plus loin, » dit-il.

Sango essaya d'observer la clairière pour comprendre d'où venait le problème. A première vue, la forêt devant eux paraissait normale. Miroku leva son bras droit qui tenait la torche, et Sango comprit ce qui n'allait pas. La lumière ne dépassait pas la première ligne d'arbre.

« Comment… ?

- Une barrière, répondit Miroku en descendant de Kirara. Et une particulièrement puissante. »

Il tâta de sa main gauche le mur invisible.

« Keh, rien que le Tessaiga rouge ne peut défaire.

- Inuyasha… » tenta de prévenir Miroku.

Comme à son habitude, Inuyasha ne l'écouta même pas et dégaina le Tessaiga qui se transforma en une lame rougeoyante.

« Kaze no Kisu ! »

La déferlante de la Morsure du Vent vint se briser avec fracas contre la barrière. En vain.

« Merde !

- C'est ce que j'allais te dire, Inuyasha. C'est une barrière de Naraku et jusqu'ici, seule Rin a été capable de les briser. »

Sango descendit à son tour de Kirara pour rejoindre son époux.

« Qu'allons nous faire alors ? demanda-t-elle. Si les enfants ont traversé la barrière… Et depuis combien de temps sont-ils de l'autre côté ?

- Ca, c'est facile d'avoir la réponse, » déclara Inuyasha.

Il se retourna et porta sa main à sa bouche.

« Oi Sesshomaru ! cria-t-il. Je sais que tu es là ! Montre-toi ! Sesshomaru ! Espèce de bâtard !

- Je ne crois pas qu'en l'insultant… » commença Miroku.

Il ne finit jamais sa phrase, car une charge de youki fonça droit sur Inuyasha. Il l'esquiva de justesse, et le reste de l'énergie vint percuter la barrière. Sango, déjà en tenue de taijiya, lança Hiraikotsu vers l'origine de l'attaque. Elle fut surprise en voyant Sesshomaru entrer dans la clairière, Hiraikotsu en main.

« Je crois que cela t'appartient, taijiya, » dit-il en lui relançant l'Hiraikotsu.

Sango le récupéra avec aisance.

« C'est pas trop tôt, » dit Inuyasha à son frère.

Sesshomaru regarda Inuyasha avec froideur, et leva sa main qui brillait d'un halo vert. Il allait attaquer.

« Je vous en prie, Sesshomaru, s'interposa Miroku. Nous ne sommes pas là pour nous battre contre vous. Nous voulions juste savoir depuis combien de temps Rin et les autres ont passé cette barrière. »

Sesshomaru considéra longuement Miroku, qui ne flancha pas sous son regard. Sango au contraire commençait à s'inquiéter. Il était un taiyokai dangereux, même s'il était attaché à Rin ou avait sauvé son petit frère. Sango ne lui laisserait pas faire du mal à Miroku.

« Rin, AhUn, le kitsune et l'humain ont traversé la barrière ce matin, dit-il finalement. Ils ne sont pas revenus depuis. »

Le cœur de Sango sembla s'arrêter l'espace d'un instant. Depuis ce matin. Il pouvait leur arriver n'importe quoi en une journée. Elle se força à quitter les pensées sombres qui menaçaient de l'envahir et à se focaliser sur des émotions plus violentes mais moins désespérées.

« Son nom c'est Kohaku, vous savez, dit-elle avec rage. Pas humain. »

Sesshomaru la regarda froidement.

« Il en reste encore un misérable humain.

- Rin est une humaine, mais jamais vous ne prononcez son nom avec du mépris. Est-ce parce que vous enviez Kohaku ? Parce qu'il est plus proche de Rin que vous ne le serez jamais ? »

Pourquoi se mettait-elle dans une telle rage ? Les sentiments de Sesshomaru ne la regardaient pas. Mais elle en avait assez de voir Rin vivre un rêve d'un amour impossible avec le taiyokai, tandis que Kohaku espérait un jour lui avouer ses sentiments. Elle aussi tellement effrayée de ne plus voir Rin, Kohaku et Shippo, perdus derrière cette maudite barrière. Et Sesshomaru était juste le meilleur candidat pour passer sa colère sur le moment.

« Je pourrai te tuer, taijiya pour tes paroles, gronda Sesshomaru visiblement furieux.

- Mais vous ne le ferez pas, n'est-ce pas ? dit-elle sur le même ton. Cela attristerait Rin. Vous ne voulez pas la faire souffrir, même si vous ne faîtes que cela ! A moins qu'elle ne meure de l'autre côté de cette barrière par Naraku ou je ne sais quel autre yokai parce que vous avez été complètement incapable de l'empêcher d'aller à sa mort !

- Sango ! dit Miroku en lui tenant fermement les épaules. Calme-toi, ils reviendront.

- J'aimerai le croire, Miroku, dit-elle les larmes aux yeux. Mais j'ai…

- Je sais, mais ne perds pas courage, Sango, mon amour. Tu connais leur détermination. Ils ne sont plus des enfants. »

Sango acquiesça et se réfugia dans les bras de Miroku. Elle avait trop souvent cru perdre Kohaku par le passé pour ne pas angoisser maintenant.

« Sesshomaru-samaaaa ! hurla une voix aiguë qu'elle reconnaissait.

- Manquait plus que le crapaud puant, » dit Inuyasha en levant les yeux au ciel.

En effet, Jaken déboula dans la clairière.

« Sesshomaru-samaaa ! Est-ce que Rin… Vous ! »

Le petit démon, que Sango savait attaché à Rin, parut stupéfait de les voir, mais se reprit vite.

« Je vois que vous avez au moins la décence de ne pas amener l'étrange miko avec vous.

- Mêle-toi de ce qui te regarde, crapaud puant ! dit Inuyasha. Je t'étripe sinon ! »

Jaken alla se cacher derrière la jambe de Sesshomaru qui leva un sourcil.

« En effet, dit-il. On dirait qu'elle s'est aperçue de ta médiocrité, Inuyasha. Quoiqu'en étant une humaine, elle ne devait pas se rendre compte de la différence.

- Quoi ?! Sesshomaru t'es un homme mort !

- J'aimerai voir cela.

- Assez ! ordonna Miroku. On devrait s'attendre à tout moment à une attaque surprise de Naraku, et vous tout ce que vous pensez à faire, c'est continuer vos querelles stupides ! Nous devons être prêts à aider Rin, Kohaku et Shippo, et ce n'est pas en agissant comme vous le faites qu'on y arrivera. Alors on arrête de parler de vos sentiments respectifs pour Kagome et Rin et on se tient prêt ! »

Sango avait rarement vu Miroku aussi furieux. Sesshomaru et Inuyasha allaient rétorquer, sans doute sur le sujet des 'sentiments respectifs pour Kagome et Rin', promettant une dégradation rapide de la situation quand la barrière se dissolut. Dans l'obscurité de la forêt, Sango aperçut une silhouette se détacher tranquillement, à peine éclairée par le lueur bleue du kitsune bi.

La première chose qu'elle entendit, fut la voix enjouée de Shippo.

« Wouah, Rin, un jour faudra vraiment que tu m'apprennes à faire ça. »

Ils étaient sains et saufs.


Shippo apprit bien malgré lui que la colère de Rin était quelque chose de terrible. Tout aussi terrible que celle de Kagome bien que complètement différente. Rin développait une aura froide de rage confondue avec ses pouvoirs de miko. Et surtout, elle ne disait rien. Pas un cri, pas une remarque acerbe, pas de parole. Rien. Enfin presque. Elle parlait avec une gentillesse surprenante vu son état avec Herada-san – qui était presque en adoration devant Rin – et AhUn. Mais elle ne s'adressait jamais à Kohaku ou à lui. C'était à peine si elle faisait signe de les écouter. Et cela depuis la dispute précédant le départ vers le village d'Herada-san.

Heureusement qu'ils avaient été trois à tenir tête à Rin. Shippo et Kohaku auraient échoué de faire accepter à Rin leur venue s'il n'y avait pas eu l'aide providentielle de Kaede. Enfin pas si providentielle que cela, Shippo avait tendu un piège flagrant à Rin pour s'attirer l'avis de Kaede contre elle. Elle lui en voulait encore, mais le résultat avec été là. Kohaku et lui venaient avec elle.

Les deux jours de trajet avaient été tendus. Shippo en souffrait moins, restant la plupart du temps dans sa forme de renard. Kohaku pour sa part… Il était clair qu'il détestait cette situation et essayait désespérément de parler avec Rin. Qui l'ignorait superbement. Shippo était sûr que c'était un truc qu'elle tenait de Sesshomaru. Kohaku en était affecté parce qu'il aimait Rin. Bien plus qu'un ami devait aimer.

Après avoir grandi auprès d'Inuyasha et Kagome, Miroku et Sango, Shippo était devenu doué pour voir ce genre de choses. Et pour cette raison, il avait vite compris que les sentiments de Kohaku pour Rin étaient une très, très mauvaise chose. Car Rin ne le voyait pas de cette manière. Non, elle était plutôt tombée amoureuse de la dernière personne capable d'aimer à égalité avec Naraku lui-même. Sesshomaru. Le scénario idéal avec Kohaku qui déclarerait sa flamme à Rin qui se mettrait à l'aimer en retour pour finir mariés et heureux avec beaucoup d'enfants, n'arrivait jamais. C'était beaucoup trop simple.

Shippo s'était rendu compte de ce que ressentait Kohaku trois ans auparavant. Mais il se demandait vraiment comment il pouvait être aussi aveugle pour Rin et Sesshomaru. Leurs rencontres, de ce qu'en savait Shippo, étaient plutôt rare, mais il y avait toujours une étincelle particulière entre ces deux-là, d'après les détails qu'il avait pu amasser. Ni leur séparation, ni le temps n'avait changé le potentiel de leur relation. Au contraire, ils l'avaient catalysé.

Shippo avait enfin compris les sentiments Rin pour Sesshomaru à Hakureizan. Et de Sesshomaru pour Rin, même si le taiyokai devait être aussi stupide qu'Inuyasha dans ce domaine pour en prendre conscience. Il prendrait beaucoup de temps avant de s'en apercevoir, suffisamment pour risquer de la perdre. Crétins d'Inuyokai. Inuyasha aussi passait son temps à faire souffrir Kagome, et maintenant elle était partie. Peut-être à jamais. Bien sûr que non ! Même Inuyasha n'est pas assez stupide pour la laisser définitivement.

Maintenant, il connaissait le secret de Rin. Elle revoyait Sesshomaru. Quand il était venu cherché Rin après l'arrivée d'Herada-san, Shippo avait senti l'odeur de Sesshomaru flottant autour d'elle. Elle l'avait rencontré et n'avait visiblement pas envie d'en parler sur le moment. Shippo n'avait pas eu le temps de ramener l'histoire. Trop d'événements s'étaient précipité les uns à la suite des autres.

Les 'discussions' avec Rin, les préparations rapides pour le voyage et le combat qu'ils allaient sans doute mener, tout ceci n'avait pas permis à Shippo d'avoir des explications de la part de Rin. Et les deux jours de voyages avaient été parmi les plus pénibles de sa vie. Tout cela à cause de l'humeur d'une seule personne. C'était un truc de filles, il en était sûr. Kagome et Sango étaient des expertes dans ce domaine.

Le soir du deuxième jour, ils arrivèrent au village d'Herada-san, qui portait encore les traces de l'attaque yokai. Certaines maisons étaient délabrées et gardaient les cicatrices de l'incendie qu'elles avaient subi. Shippo estima que les villageois avaient de chance quand ils leur restaient des ruines sur lesquelles reconstruire.

L'accueil qu'ils reçurent au village surprit Shippo et brisa tous ses rêves d'entrée triomphale réservés aux sauveurs qu'ils étaient.

« Herada ! dit un villageois. Nous avions besoin d'aide, pas d'enfants inexpérimentés ! »

Shippo se vexa très vite. Un enfant ! Il était plus vieux que la moitié de ces villageois ! Et il était Shippo, un des acteurs principaux dans la lutte contre Naraku et autres yokai tout aussi puissants. Bon peut-être pas. Mais il avait de l'expérience. Bien plus que cette bande de forestiers qui ne savait pas faire la différence entre un yokai illusionniste et les autres quand ils se faisaient attaquer par l'un d'eux. Une attaque par des milliers de yokai aurait rasé le village de la carte, et non laissé des maisons intacts, ici ou là. Ils avaient tout simplement démultiplié leurs images.

Shippo remarqua que Kohaku paraissait tout aussi énervé que lui même s'il essayait de le cacher. Rin, elle, ne paraissait pas particulièrement troublée. Elle avait sûrement passé trop de temps à être en colère contre lui et Kohaku.

« Rin-sama est une grande miko, dit Herada-san. Elle m'a sauvé la vie alors qu'on pensait que j'allais mourir.

- Une miko, certes, dit un vieil homme, mais elle est bien jeune… Et ce garçon qui vient à peine de commencer à se raser. Sans parler de ce…

- De ce quoi ? » demanda Shippo de plus en plus en colère.

Il n'aimait pas être jugé parce qu'il était un yokai. Parfois, il était aussi souvent rejeté qu'Inuyasha. Même s'il vivait parmi des humains, même s'il s'était fait des amis parmi eux, beaucoup le considéraient encore comme un monstre.

« Shippo-kun… »

Pour la première fois depuis deux jours, Rin le regardait avec douceur et affection. Elle posa sa main sur son bras comme pour lui rappeler qu'elle restait son amie, malgré leur différence, qu'il fût démon, et elle humaine.

« De toute façon, dit Kohaku avec un ton calme, nous sommes la seule aide qui est venue. Malgré notre âge, nous avons combattu plus de démons que vous souhaiteriez en avoir vu. Nous sommes venus à l'appel d'Herada-san et nous tiendrons notre promesse à son égard. Même si cela vous gène que Shippo et AhUn soient des yokai, nous ne changerons pas pour vous faire plaisir. »

Certains villageois restèrent sceptiques mais ce n'était pas important pour Shippo. Kohaku avait raison, ils étaient là avant tout pour leur mission.

Herada-san s'excusa platement quand il les guida vers sa maison, au point que Rin fut obligée d'interrompre le forestier qui culpabilisait. Ils rencontrèrent sa petite famille, des gens généreux, même s'ils n'avaient pas grand chose à offrir. La femme de Herada-san était une femme souriante qui s'occupait avec patience de leurs trois filles de six ans, Mira, Macha, et Maka. Trois véritables boules d'énergie plus remuantes et espiègles que pouvaient l'être Ren-chan et Kiyoshi. Et c'était dire quelque chose. Rin et Kohaku géraient le mieux les enfants, l'une avec tendresse, l'autre avec une patience hors du commun. Shippo se demandait comment ils y arrivaient.

La hutte de Herada-san n'était pas très grande, mais ils insistèrent à les héberger chez eux. Rin dormiraient avec les filles tandis que Kohaku et Shippo se partageraient la pièce commune. Cette proposition confirma l'opinion de Shippo sur Herada-san et sa famille. C'était des gens biens.

Herada-san avait eu juste le temps de retaper sa maison qui n'avait pas était tellement touché par les attaques avant de partir chercher de l'aide. Il avait été blessé ensuite, lorsqu'il avait coupé par la forêt pour les trouver au village.

Le soir, ils s'assemblèrent autour d'un délicieux dîner, et quand les filles furent couchées, le silence tomba sur la maisonnée. Ils pensaient tous à la mission, aux dangers qu'elle comportait. Des villageois étaient déjà morts à cause de ces yokai qui usaient des pouvoirs de l'illusion. Une pratique dans laquelle Shippo excellait.

« Demain, j'irai seule avec AhUn, dit subitement Rin.

- Rin, commença Kohaku.

- Ce village a besoin de protection. Toi et Shippo resterez, c'est la meilleure solution.

- Pourquoi ce ne serait pas toi qui resterais au village ? demanda Shippo, irrité d'avoir encore à passer par cette conversation.

- Parce que vous ne pourriez rien contre Naraku. »

Naraku. Shippo sentit son sang se glacer.

S'il y avait bien une personne que Shippo ne se sentait pas prêt d'affronter, c'était bien Naraku. Inuyasha et Sesshomaru les deux yokai les plus puissants qu'il connaissait n'y étaient pas arrivé. Comment lui, Shippo, pouvait bien y parvenir ? Mais il aurait dû s'en douter. Là où Rin passait, Naraku suivait, attiré comme un aimant au Shikon no Tama.

« Que veux-tu dire ? demanda Kohaku. Nous savions qu'il pouvait être impliqué, mais il n'y a aucune preuve de sa présence ici.

- La forêt… elle suinte d'un youki malsain que je reconnaîtrai sans aucune hésitation. Naraku est là, et il est mon problème à résoudre.

- Il n'est pas seulement ton problème, Rin, dit Kohaku. Il est aussi le mien. J'ai des comptes à régler avec lui.

- Et que t'apportera la vengeance, Kohaku ? »

Shippo observait silencieusement l'échange entre Rin et Kohaku. Ses deux meilleurs amis avaient toujours eu un lien puissant qu'il ne cernait pas vraiment. Il se manifestait parfois, sans prévenir, comme c'était le cas à présent.

Rin semblait percer l'âme de Kohaku qui se tendit visiblement. Elle avait touché un point sensible chez Kohaku, qu'il n'avait toujours pas su dépasser. Malgré les années, il se sentait encore coupable de la mort de son père, et de tant d'autres innocents après lui. Shippo le savait, tout le monde le savait, même si Kohaku n'en parlait pas à sa connaissance. Peut-être que Sango en savait plus, mais Shippo l'avait déjà surprise posant un regard douloureux sur son jeune frère. Kohaku vivait encore dans le passé, et Shippo se demandait si son meilleur ami réussirait un jour à surmonter les souvenirs qui le hantaient.

Peut-être croyait-il que la mort de Naraku le soulagerait enfin.

« La vengeance est tout ce qu'il me reste, » dit finalement Kohaku en baissant la tête.

Le visage de Rin se contracta, comme si elle essayait de retenir ses larmes. Elle se leva de son côté de table et s'agenouilla près de Kohaku. Il la regarda d'un air interrogateur. Sans un mot, elle enroula ses bras autour de son cou et le serra contre elle en posant sa tête sur l'épaule du jeune homme. Un geste tellement tendre et attentionné que Shippo en resta bouche bée, et Kohaku complètement perdu.

Petit à petit, Kohaku se détendit, serrant à son tour la taille de la jeune femme et enfouissant son visage dans le creux de son cou. Shippo ignorait si Kohaku allait pleurer, et tourna un regard mal à l'aise vers Herada-san et sa femme. Le couple acquiescèrent silencieusement et rejoignirent leur chambre. Shippo préféra sortir dehors pour profiter de l'air nocturne et laisser le temps à son meilleur ami de se retrouver.

C'était une belle nuit d'été, avec un ciel laissant en vue la lune et ses étoiles autour. Le fond sonore était apaisant et n'indiquait en rien que Naraku menaçait de surgir à tout moment de la forêt. Shippo était tout de même inquiet. Si Rin avait effectivement raison… Naraku.

Shippo avait aidé autant qu'il le pouvait dans la bataille contre Naraku, depuis tellement de temps déjà. Il l'avait rencontré souvent, plus souvent encore que Rin. Pourtant contrairement à Rin et Kohaku, il ne se sentait pas prêt à l'affronter. Il n'en était pas capable. Bien sûr, il avait développé des talents au fil des ans, comme ses dons d'illusionniste et son youki. Mais il ne rivaliserait jamais avec le courage d'Inuyasha, l'intelligence de Miroku, l'agilité de Sango ou la détermination de Kagome. Alors que Rin et Kohaku, oui. Ils étaient doués, même s'ils détestaient ce qu'ils faisaient.

Mais peut-être que Rin avait tort, que ce n'était pas Naraku qui avait manigancé un de ses plans dont il tenait le secret. Alors, pour vérifier les suspicions de Rin, Shippo concentra toutes ses pensées vers la forêt, à la recherche du youki qui flottait sur elle. Cela lui demandait un certain effort. Shippo avait toujours été entouré par des gens beaucoup plus entraînés que lui dans ce domaine et n'avait pas eu le besoin de développer ce genre de talents. Il pouvait toujours apprendre maintenant.

En fermant les yeux, il sentit de nombreuses vibrations parasites qui devaient correspondre aux villageois endormis dans leurs maisons. Il distingua pourtant rapidement un youki, proche, très proche même. Il allait paniquer avant d'identifier sa provenance : AhUn. Qui aurait pu croire que ce stupide dragon à deux têtes était aussi puissant. Shippo n'avait jamais pu s'entendre avec eux. Il n'était pas le seul, Inuyasha préférait les ignorer. Peut-être qu'ils toléraient bien Kohaku, à la rigueur. En fait, mise à part avec Kohaku, peut-être Sango et Miroku, Kiyoshi, Ren et bien sûr Rin, AhUn étaient assez antipathiques. Rin disait que c'était parce qu'elle n'avait pas eu le temps de le présenter correctement la première fois quand ils luttaient dans l'urgence contre le kazaana de Miroku.

Shippo n'était pas spécialement convaincu. Il pensait sincèrement que AhUn était un dragon désagréable. Il essaya de se concentrer. AhUn n'étaient pas le sujet du jour.

Il chercha au-delà du village, vers cette forêt sombre et fatalement inquiétante, comme toutes les forêts dès que la nuit tombait, vers cette menace qui les attendait. En tâtant de son youki les profondeurs obscures de la forêt, Shippo finit par ressentir cette force maléfique pesant sur les arbres comme une brume dense et persistante. Il n'avait aucune certitude sur l'identité du possesseur d'un tel youki, indéniablement puisant.

Shippo ne pouvait que faire confiance en Rin et en son jugement. Si elle disait que c'était bien Naraku, alors c'était sûrement le cas.

Lorsque Shippo leva les yeux au ciel, il se rendit compte que la lune avait déjà bien avancé sur sa route nocturne. Il était temps qu'il revînt chez les Herada, en espérant que Rin et Kohaku avaient fini. Shippo ne voulait pas embarrasser Kohaku, et il y avait toujours le risque qu'il interrompit… quelque chose. Du genre Kohaku qui avouerait ses sentiments. Shippo n'avait aucune envie de se retrouver à proximité ce jour-là pour ramasser les morceaux. Avec un peu de chance, Kohaku se défilerait à nouveau.

Shippo s'arrêta devant la petite maison des Herada. AhUn levèrent une de ses têtes, mais en s'apercevant que c'était seulement lui, ils se rendormirent, indifférents à sa présence. Une indifférence que lui rendait gracieusement Shippo.

Il renifla et distingua nettement les odeurs de Kohaku et de Rin parmi une multitude d'autres. Il ne pouvait pas dire s'ils étaient encore ensemble ou pas, son odorat n'était pas aussi affiné que celui d'Inuyasha. Shippo doutait même que le hanyo fût capable de faire la distinction. Peut-être que Sesshomaru le pouvait, mais Shippo ne connaissait pas vraiment le taiyokai. Pas qu'il souhaitait le connaître plus, même pour Rin. Sesshomaru était vraiment trop dangereux.

Il se concentra ensuite sur les auras de ses amis, comme il l'avait fait précédemment sur le youki qui imbibait la forêt. Il trouva facilement Rin, grâce à la perle et parce qu'elle était une miko. Les prêtresses étaient à première vue, des ennemies naturelles des yokai, il était donc naturel pour lui de la repérer.

Trouver un humain ordinaire comme Kohaku était une autre affaire. Il n'avait jamais tenté le coup auparavant, alors pourquoi pas maintenant. Il se concentra encore, cherchant Kohaku, derrière les parois de bois de la maison. Après plusieurs minutes, il crut distinguer quelque chose… des formes faites d'esprit. Rin devait être dans la chambre des filles, s'il analysait bien. Mais où est Kohaku ? Il était pratiquement sûr à présent que Rin et Kohaku n'étaient plus ensemble, mais il s'attardait. Il voulait trouver Kohaku, juste pour s'assurer qu'il en était capable.

Il avait entendu Rin dire une fois qu'elle pouvait ressentir sans trop chercher les émotions des personnes autour d'elle. C'était devenu une habitude chez elle, une seconde nature dont elle n'avait plus vraiment conscience. Shippo voulait savoir le faire comme Rin. Pour pouvoir gérer ce qui allait probablement arriver un jour entre Kohaku et Rin. Et qui sait, peut-être que cette capacité à ressentir les autres, yokai, comme humain, se révélerait être une arme efficace. Peut-être deviendrai-je plus fort, aussi fort que Kohaku et Rin. Aussi fort que Miroku, Sango et Kagome. Aussi fort qu'Inuyasha.

Le hanyo était son modèle, même si jamais Shippo ne l'avouerait. Il en était ainsi depuis le tout début. Il voulait être aussi fort qu'Inuyasha et peut-être un jour le surpasser. Ce n'était pas un but facile à accomplir. Shippo n'avait pas de Tessaiga pour se défendre. Il ne lui restait plus qu'à développer ses propres talents. Miroku l'avait beaucoup aidé, après une discussion d'homme à homme, qu'il aurait peut-être eu avec son propre père.

C'était l'avantage de vivre avec Sango et Miroku. Ils formaient une famille. Shippo considérait toujours Kagome comme une mère, mais elle était souvent absente. Alors il recréait comme il pouvait sa place dans ce cocon familial atypique. Il n'était pas le seul, Rin aussi avait une place toute aussi particulière.

Mais là, il se perdait au fil de ses pensées. Kohaku, je cherche Kohaku. Il se fixa sur l'ensemble des formes qu'il ressentait, s'attelant à trouver une qu'il lui paraissait familière. Petit à petit, il se centra sur l'une d'elles, emplie de tristesse et de confusion, vagues et brumes de sentiments qui tournoyaient dans une danse lente. Il reconnut Kohaku, non pas par sa peine ou son regret qui l'enserraient, mais par sa patience et sa détermination enveloppant son aura. C'était ces deux qualités qui lui faisaient toujours penser à un roc de stabilité même dans le plus profond gouffre de la bataille.

Shippo était plutôt fier de son premier essai et décida finalement d'entrer. Il resta silencieux préférant ne pas réveiller Kohaku s'il dormait.

« Shippo, tu peux entrer, dit Kohaku allongé sur le dos. Rin est allée se coucher. »

Donc Shippo n'avait pas été aussi silencieux qu'il l'avait cru. C'était assez vexant, même si Kohaku avait l'entraînement approprié d'un taijiya.

Il ne répondit pas, et vint rejoindre son futon, près de celui de Kohaku. Il n'avait aucune difficulté de se déplacer dans l'obscurité, sa vision de renard l'aidait bien. Il s'allongea lui aussi sur le dos, ses mains sous sa tête.

Pendant longtemps, ils restèrent silencieux. Shippo était assez curieux de savoir ce qui s'était passé entre Kohaku et Rin. Il hésitait de le demander, ce n'était pas vraiment ses affaires…

« Je l'aime, dit soudainement Kohaku.

- Huh ?

- Rin, je l'aime.

- Je… euh… je sais.

- Tout le monde est au courant ? demanda Kohaku surpris.

- Je crois… à part Rin peut-être.

- Oh. »

Le silence retomba, rendant Shippo mal à l'aise. Cette discussion n'allait pas dans un sens favorable.

« Est-ce que tu penses…. qu'elle m'aime aussi ? »

Pas du tout favorable.

« Je… Tu connais Rin… Elle… »

Shippo savait qu'il s'empêtrait.

« Tu peux tout me dire Shippo. »

Shippo inspira profondément. Il devait la vérité à son meilleur ami. Enfin, une partie, il valait mieux laisser de côté Sesshomaru pour l'instant.

« Je ne crois pas, Kohaku… Elle t'adore, mais pas comme ça.

- Je devrais peut-être la courtiser, dit Kohaku après un instant de réflexion. Ou au moins le lui dire… pour qu'elle s'en rende compte… et qu'elle veuille bien de moi…

- Kohaku… »

Kohaku s'assit brusquement et se tourna vers lui, même s'il ne pouvait sans doute le voir.

« Je n'envisage pas ma vie sans elle, Shippo. Je veux qu'elle soit à mes côtés, toujours, qu'elle devienne ma femme. J'aimerai qu'elle soit la mère de mes enfants. »

Shippo devinait que Kohaku devait rougir avec cette dernière affirmation. Elle ressemblait tellement à quelque chose qu'aurait pu dire Miroku.

« Elle est radieuse, douce et courageuse. Avec elle… je serai heureux. »

Mais le serait-elle ? Serait-elle capable de vivre avec un homme qui n'était pas Sesshomaru ?

« Shippo ?

- Il est tard, demain il faudra nous lever tôt.

- Tu… tu n'as pas de sentiments pour elle ? » demanda Kohaku avec une suspicion gênée.

Shippo faillit tousser sous le choc. Heureusement que non ! Rin était sa sœur, même si ce n'était pas de sang. Comme Kohaku était son frère.

« Bien sûr que non, réussit-il à dire d'un ton neutre.

- Alors…

- Bonne nuit, Kohaku. »

Il tourna le dos pour conclure la discussion. Tandis que Kohaku se rallongeait, Shippo ferma les yeux, essayant d'ignorer cette petite voix qui murmurait 'lâche' dans son cœur.

Le lendemain, ils se levèrent avant l'aube. Kohaku ne reparla pas de la discussion de la veille ce qui satisfaisait tout à fait Shippo. Rin était grave, son regard brun perdu quelque part au fond de ses pensées. Shippo se demandait parfois ce qu'elle ruminait dans ces moments-là, où elle semblait être complètement coupée du monde. Il fallait alors l'appeler au moins trois fois pour la ramener dans la réalité.

Après avoir pris laborieusement congé d'un anxieux Herada-san et de sa famille, Rin montée sur AhUn, Kohaku, et Shippo dans sa forme de renard, s'enfoncèrent profondément dans la forêt.

Dire que la forêt était glauque était un euphémisme. L'atmosphère du voyage s'en ressentait. Plus ils s'avançaient, moins les chants des oiseaux se faisaient entendre, effrayés par le mal qui rongeait les bois. Et dans cet environnement inquiétant, Shippo perçut une force puissante qui les suivait de près. Extrêmement puissante.

« Il y a un yokai qui nous suit, dit calmement Kohaku en préparant sa faucille à chaîne. Un yokai puissant.

- Je ne m'en inquiète pas, répondit Rin sans se retourner. Notre ennemi est devant. »

Shippo se demandait si elle savait qui les suivaient. Il décida que c'était le cas, Rin n'était pas n'importe quelle miko. Mais qui cela pouvait-il bien être ? Une petite brise inattendue lui apporta la réponse. Sesshomaru. Apparemment, il les avait suivi depuis le village. Dans cette forêt maudite, lui aussi devait être inquiet, en particuliers pour la sécurité de Rin. C'était pour cette raison qu'il était aussi près d'eux.

Shippo commençait par se demander si les sentiments de Sesshomaru…

« Une barrière, » murmura Rin en descendant d'AhUn.

Kohaku la rejoignit, permettant alors à Shippo de reprendre sa forme habituelle, moins fatigante. Sa forme de renard était l'une de ses plus grandes fiertés car elle représentait un domaine où il avait dépassé Inuyasha.

Il vint près de Rin et de Kohaku et regarda devant lui, assez perplexe. Une barrière ? Comment pouvait-elle voir cela ? Rin avança ses mains, comme si elle caressait un mur invisible. Kohaku et Shippo mimèrent ses gestes. En effet. Il y avait bien une barrière solide.

« C'est une barrière de Naraku, il n'y a aucun doute, dit Rin. Je ne connais personne d'autre capable de créer une barrière aussi complexe et puissante à la fois.

- Tu peux la briser ? » demanda Kohaku.

Rin sourit.

« Oui. »

Sans se faire prier plus, Rin plaça ses mains sur le mur devant eux. Shippo n'eut pas le temps de se préparer à la décharge d'énergie qui s'amplifia avant de frapper la barrière. Elle éclata brusquement pour disparaître comme si elle n'avait jamais existé.

« Wouah, Rin, un jour faudra que tu m'apprennes à faire ça, » dit Shippo épaté.

Elle lui lança un clin d'œil accompagné d'un de ses sourires espiègles dont elle avait le secret. Sacrée Rin. Shippo savoura ce petit instant de détente qu'il partageait avec Kohaku et Rin, si rafraîchissant malgré la situation actuelle.

Kohaku, comme toujours le premier à redevenir sérieux, fit un pas dans la forêt suivi par Rin, AhUn, et enfin à contrecoeur Shippo. Il sentait que les ennuis allaient dès lors commencer.

Rin se retourna précipitamment.

« La barrière a été remise en place.

- Quoi ?! cria Shippo.

- Un piège, dit calmement Kohaku. Nous le savions déjà.

- Je peux toujours briser la barrière, dit Rin. Vous pourrez ainsi repasser de l'autre côté tandis que je continuerai la mission.

- Nous avons déjà eu cette discussion, Rin…

- Je sais Kohaku, et j'ai été idiote de vous laisser vous impliquer jusque là.

- Nous ne pouvons pas faire marche arrière maintenant, contra Kohaku.

- Vous n'avez même pas essayé ! »

Shippo suivait l'échange entre Rin et Kohaku avec une certaine fascination. Il y avait de quoi, Kohaku gagnait le duel oral en gardant un calme imperturbable, alors que Rin devenait de plus en plus exaspérée. Et Kohaku n'avait pas fini.

« En plus Rin, même si tu parais aussi confiante, tu n'es pas prête à affronter Naraku seule. Nous ne t'abandonnerons pas. »

Shippo retint sa respiration au coup particulièrement bas que Kohaku avait porté. Shippo comprit alors qu'il avait raison. Rin avait besoin d'eux, même si ni lui, ni Kohaku malgré sa soif de vengeance, n'étaient prêts. Et puis, c'était à eux de la protéger. Kohaku et lui s'étaient jurés de la protéger avec leur vie, depuis la naissance de leur amitié.

Rin s'écarta un peu d'eux, ses bras contre sa poitrine comme si elle avait soudainement froid.

« Je ne me le pardonnerai jamais, s'il devait vous arriver quelque chose, » finit-elle par murmurer.

Kohaku fit les quelques pas derrière elle, et posa sa main sur son épaule.

« Alors, il ne nous arrivera rien. »

Rin acquiesça sans un mot, son dos toujours tourné. Shippo nota qu'il devait demander le truc à Kohaku pour convaincre Rin. Si cela marchait avec Rin, il y avait des chances que cela fonctionnât avec toutes les autres filles du pays. Et même du monde. C'est pas le moment ! Ma meilleure amie est en pleine détresse et voici que je pense qu'à séduire toute la gente féminine du monde. Je suis pire que Miroku !

Kohaku avait toujours la main posée sur l'épaule de Rin. Shippo crut un instant que le jeune home allait finalement la serrer contre lui, mais ce n'était sans compter l'intervention des yokai.

Une explosion de youki jaillit droit sur eux, les forçant à s'écarter les uns des autres. C'était une chance qu'ils avaient tous d'excellents réflexes. Mais leurs réflexes n'étaient pas suffisants pour déjouer le but des yokai : les séparer. La fumée de poussière venue à la suite de l'explosion empêchait Shippo de localiser Kohaku et Rin. Il essaya de se concentrer, de ressentir leurs âmes, mais un autre éclair de lumière le frappa. Il se retrouva dans un autre monde.

Les frères de l'orage, Hiten et Manten, regardaient cruellement le père de Shippo qui essayait de protéger son fils. Sa fourrure rousse, si belle jadis, était tachée de sang, salie par les coups qu'avaient portés les deux démons.

« Alors, père renard, dit Hiten le plus beau et plus cruel des deux frères, tu ne t'avoues pas vaincus ? »

Shippo vit avec fierté son père grogner de défiance, mais une partie de lui-même, plus vieille de huit années, lui disait que c'était un combat perdu d'avance.

« Oh, Manten, tu as vu ? Il miaule. Il devrait se cacher derrière le minable renardeau, dit Hiten.

- Je ne suis pas un minable renardeau ! » cria Shippo.

Les rires moqueurs d'Hiten et de Manten résonnèrent douloureusement en lui. Il en souffrit d'autant plus parce qu'il savait exactement ce qui allait suivre, incapable de changer le cours des choses.

« Hiten, laisse-moi m'occuper du renardeau, dit Manten. Je te laisse le père renard.

- Affaire conclue, frangin ! »

Avant que l'un des frères pût faire quoique ce soit, le père de Shippo sauta à la gorge de Manten.

« Otosan ! appela Shippo en pleurant.

- Sauve-toi Shippo ! »

C'était les derniers mots de son père, avant que Hiten ne frappât une nouvelle fois le grand renard roux. Shippo regardait impuissant la scène de dépeçage, incapable de réagir. Un témoin extérieur aurait pu croire que Shippo était mort, s'il n'y avait pas cet incessant flot de larmes qui glissaient sur ses joues.

« Oto… san… »

Hiten et Manten rivèrent leur attention sur lui. Shippo savait qu'il devait se mettre à courir. Comme huit ans auparavant, Manten et Hiten ne se donneraient même pas la peine de le poursuivre. Mais cette fois-ci tout changeait. Il était paralysé, incapable de s'enfuir.

« A ton tour, petit renardeau, » dit Manten.

Shippo croyait qu'il allait mourir, mais des voix retentirent derrière lui.

« Il faudra nous passer sur le corps, avant, » dit Kagome.

Shippo se retourna pour voir tous ses amis, sa famille, réunis. Kagome, Inuyasha, Miroku, Sango, Kirara, Rin et Kohaku. Il y avait même Kaede, Ren-chan et Kiyoshi présents. Ils étaient tous là, prêts à mourir pour lui. Pitié, non…

Une bataille étrange se mit immédiatement en place. Hiten et Manten faisaient éclater la foudre sur terre et sur ses amis. Les enfants furent les premiers tués, malgré les cris désespérés de Sango et Miroku, puis vint Kaede. Les autres subissaient les coups, quand ils n'arrivaient pas à les parer, ils tombèrent tous un par un, qu'importent leurs forces et leurs talents. Ils mourraient et Shippo ne pouvait rien faire. Que tout s'arrête, que ce cauchemar s'arrête, pitié !

Shippo écarquilla les yeux. Cauchemar ? Mais bien sûr, ce n'était qu'une illusion ! Il devait trouver le ou les yokai qui les emprisonnaient dans cette vision ou il tomberait dans la folie.

Concentre-toi, concentre-toi ! Je dois les trouver.

« Sauve-toi Shippo ! » cria Sango en prenant un coup fatal.

Shippo ferma les yeux et se força de bloquer les cris de ses amis hors de ses pensées, quand bien même c'était la chose la plus difficile qu'il eût à faire de toute sa vie.

Où peuvent-ils bien être ?

« Shippo, sauve… »

Kohaku était mort.

Shippo enfonça ses griffes dans sa main au point d'en avoir mal. Du sang coulait le long de ses doigts, mais il s'en moquait. Son esprit scannait les environs à la recherche d'un youki. Allez, plus vite.

« Shippo ! »

Le cris agonisant de Rin mêlé aux rires de Manten et Hiten lui perça le cœur. Des larmes coulaient sur ses joues, sans lui laisser une chance de se remettre. Jamais il n'y arriverait seul.

« Shi… »

Non, pas Kagome…

« Jamais je n'y arriverais seul ! » cria-t-il de toutes ses forces.

Soudain un rayon d'énergie pulvérisa Manten et Hiten.

« Huh ? »

Le paysage de cauchemar de son enfance changea, pour redevenir la forêt dans laquelle ils avaient tous atterris. A ses côtés se tenaient son, ou plutôt ses sauveurs : AhUn.

« AhUn ?! »

Jamais Shippo n'avait été aussi heureux de voir le dragon. Ils avaient l'air furieux, plus que furieux, et Shippo fut soulagé de voir que ce n'était pas contre lui.

« AhUn, je retire tout ce que j'ai pu dire de mesquin sur votre compte. »

L'espace d'un instant, Shippo crut que le dragon parut amusé, mais à dire vrai, il n'y avait que Rin capable de comprendre AhUn. De toute façon, d'autres préoccupations étaient plus urgentes.

« Où sont Rin et Kohaku ? »

Ah, ou peut-être Un, gronda, et ils firent demi-tour, l'ordonnant ainsi de le suivre. Toujours aussi autoritaires, hein ? Shippo s'abstint de commenter. Même s'il avait des soupçons que le dragon avait d'abord tenté de sauver Rin, puis Kohaku avant de venir le voir, il leurs était reconnaissant d'être tout de même venu à son aide.

Pour sortir d'une illusion, la première étape consistait à savoir qu'on en était prisonnier. Shippo était un maître en la matière, et pourtant, être enfermé dans ses peurs les plus profondes aurait pu lui coûter la vie. Rin, avec tous ses pouvoirs de miko, et Kohaku étaient peut-être encore plus en danger qu'il ne l'avait été.

AhUn le guida vers une boule de lumière rouge sang, dans lequel il sentit l'aura de Kohaku. Shippo s'étonna que le dragon l'amenât d'abord vers Kohaku et non pas Rin, mais il ne s'attarda pas à trouver de réponse. Les deux têtes crachèrent des rayons d'énergie, qui n'eurent aucun effet sur la barrière ensanglantée.

« Il faut que Kohaku se rende compte qu'il est dans une illusion. Je vais essayer d'y entrer. Vous, vous agirez quand la barrière s'affaiblira et quand vous verrez le yokai qui construit l'illusion. »

Shippo posa ses deux mains sur les parois de la boule rouge. Il pressa, se sentant fusionner avec l'illusion, puis s'enfonça lentement à l'intérieur, comme on se noie dans des sables mouvants. Comme s'il allait à sa mort. Et la scène qui l'attendait à l'intérieur en tout cas le confirmait dans cette impression.

Des corps ensanglantés gisaient ici et là sur le sol, comme s'ils indiquaient un chemin. Des corps qu'il connaissait que trop bien. Dont un, en particuliers. Moi. J'ai été tué dans cette illusion. En suivant la trame des cadavres, Shippo reconnut Inuyasha, Miroku et enfin Sango. Au-delà, se tenait Kohaku, sa faucille couverte du sang de ses victimes. Kohaku, non… Le jeune homme s'avançait d'un pas lourd vers la dernière personne encore debout malgré ses blessures, la femme qu'il aimait.

« Kohaku, je t'en prie, » supplia Rin en larmes.

A chaque pas que Kohaku faisait, elle reculait. Il allait la tuer, elle aussi.

« Kohaku, arrête ! cria-t-il finalement. Ce n'est qu'une illusion ! »

Il courut à leur rencontre, mais n'osa pas s'approcher de plus près. Si Kohaku était déjà atteint par la folie induite par l'illusion, Shippo rejoindrait son double par terre.

« Kohaku, c'est moi, Shippo ! »

Kohaku tourna vers lui son visage humide du flot incessant de larmes qui tombait de ses yeux, donnant un répit à la fausse Rin. Quand il vit les larmes de Kohaku, Shippo sut qu'il n'avait plus de temps à perdre, il devait convaincre son meilleur ami, en essayant de ne pas imaginer l'état de Kohaku.

« Shippo ? Mais… je… je t'avais tué.

- Ce n'était pas réel, Kohaku, je t'en prie, crois-moi.

- Naraku… il m'a fait tué tout le monde, les enfants, Aneue… Il m'a obligé à te tuer. Et il veut que je te tue encore, Shippo… »

Shippo se força de ne pas plonger dans l'horreur. Il devait garder la tête froide, à la place de Kohaku. Il devait tenir.

« Bats-toi, Kohaku ! Ce n'est pas Naraku qui te force, c'est un yokai !

- Kami, il veut que je tue Rin, aussi…Mais… je…je ne veux pas la perdre… Aide-moi, Shippo, je t'en prie. Ne me laisse pas tuer ma Rin… »

Ce fut le déclic pour Kohaku, qui parut se réveiller. Le monde autour d'eux commença à fondre, délavé par la prise de conscience du jeune homme. Mais la fausse Rin, recroquevillée derrière eux sourit cruellement, et tenta de se jeter sur eux, devenant une forme indéfinissable. Le yokai !

Des rayons d'énergie apparurent de nulle part, et fit éclater en mille morceaux le yokai. Kohaku respirait de façon saccadée et ne prit même pas la peine d'essuyer les larmes de ses yeux.

« Rin ? » demanda-t-il vers la provenance de leur aide.

AhUn hennirent, décevant sans doute Kohaku pour la peine, et les appelèrent à leur suite. Sans une autre parole, ils suivirent le dragon. Il ne leur fallut pas longtemps pour trouver où était Rin. Au détour de deux chênes, une boule noire absorbait le peu de lumière qui filtrait entre les branches des arbres.

« Kami, demanda Kohaku horrifié, Rin est là-dedans ?

- Oui, je sens encore le Shikon no Tama pur à l'intérieur. Elle est encore en vie… mais ses peurs les plus profondes… elles doivent être si maléfiques… »

Kohaku s'avança vers la boule noire, mais Shippo le retint par le bras.

« Non, Kohaku, j'y vais seul, j'ai plus d'expérience. Si Rin est tombée dans la folie de l'illusion et qu'elle s'en prend à moi, tu agiras alors.

- Non, je viens ! Elle… elle est trop importante pour moi…

- Justement, si tes émotions sont trop intriquées dans l'illusion…

- Tu ne m'en empêcheras pas ! »

Maudit taijiya entêté ! Mais que pouvait-il faire face à la détermination de Kohaku ? Sans ajouter une parole, Shippo se dirigea vers la boule noire, et comme précédemment enfonça ses mains dans la paroi visqueuse. Kohaku l'imita, et avant de pénétrer complètement à l'intérieur, Shippo eut le temps de s'adresser à AhUn.

« On fait comme toute à l'heure ! »

Le hennissement approbateur d'AhUn fut la dernière chose qu'il entendit avant de disparaître complètement dans l'illusion.

Même s'il savait qu'il devait s'attendre à voir le pire dans l'illusion de Rin, Shippo n'aurait jamais pu penser sentir autant de terreur dans les peurs de Rin. C'était une nuit sans lune et sans étoile qui donnait pourtant au monde l'éclairage blafard et malsain des cauchemars. Ce n'était pas l'environnement qui terrifia Shippo, ni même les cadavres mutilés de Kikyo et d'Inuyasha, plus loin. Non, c'était la petite forme de Rin aux prises à celle tellement plus imposante de Naraku qui lui tenait les mains. Comme un amant tenant les mains de la femme qu'il aimait. Naraku plongeait son regard dans celui horrifié de Rin. Et, contrairement à des amants, leurs mains étaient recouvertes de sang.

« Toi et moi gouvernerons le monde, fusionnerons nos deux lignées, au-delà de tout autre puissance sur terre, disait Naraku d'une voix grave et profonde. La force du Shikon no Tama sera notre.

- Non, non… répondit faiblement la petite voix de Rin qui sanglotait.

- Si, ma Rin, ma douce compagne de mon âme. Tu as tué Kikyo pour y parvenir, et moi Inuyasha. Nous éliminerons les autres obstacles sur notre chemin. »

Rin semblait vouloir se recroqueviller devant le hanyo. Naraku souriait d'un sourire étrange, empli de cruauté, et quelque chose d'autre qui ressemblait à de la tendresse. Le pire était que Shippo se sentait incapable de se mouvoir, comme dans sa propre illusion, mais pour une toute autre raison. Bien malgré lui, il était fasciné par la scène qui se déroulait devant ses yeux, comme Kohaku à ses côtés. Nous sommes en train de la perdre… Shippo essaya d'articuler une parole mais n'y parvint pas.

C'est à cause du yokai. Il est plus puissant que les deux autres.

« Nous nous partagerons nos autres ennemis. Regarde, ma douce compagne de mon âme… Le kitsune et le ningen Kohaku sont là pour que tu les tues.

- Kohaku-kun… Shippo-kun…

- Je m'occuperai des autres, la famille du moine…

- Je… je ne veux pas…Pitié, non. »

Naraku tenant d'une main celles de Rin, et amena son autre main vers le visage de Rin. Il essayait d'essuyer ses larmes mais ne fit que tracer des lignes sanglantes sur ses joues pâles. Naraku approchait dangereusement son visage de celui de Rin, ses lèvres s'arrêtant à quelques centimètres de celles de Rin.

« Chut… Tu verras, douce compagne de mon âme… Tout ira pour le mieux, et à la fin, je te laisserai tuer Sesshomaru… »

Rin se tendit soudainement, comme frappée par un coup de fouet. Elle leva son visage vers celui de Naraku.

« Plutôt mourir, » cracha-t-elle.

L'illusion se brisa d'elle-même en éclat. Le démon devant Rin perdit son apparence de Naraku, mais il s'apprêta encore à attaquer Rin.

« Rin, attention ! » cria Kohaku.

Le jeune homme courut s'interposer entre Rin et le démon. Protégeant Rin de son corps, il prit le coup de dard du yokai dans le dos, initialement destiné pour Rin. Il cria de douleur alors que Rin tombait sous son poids.

Avant qu'il ne lançât une autre attaque, Shippo projeta son kitsune bi sur le yokai, en même temps qu'AhUn crachaient ses rayons de youki. Ils pulvérisèrent le démon jusqu'à ce qu'il ne devînt que des cendres.

« Kohaku ! » cria Rin.

Elle se dégagea du corps du jeune homme inconscient et alla vérifier sa blessure. Shippo la rejoignit rapidement.

« Est-ce qu'il… ? demanda-t-il effrayé.

- Non, seulement empoisonné, dit-elle en s'affairant autour de Kohaku.

- Seulement ?

- Je peux guérir ça, Shippo, réprimanda Rin. Mais il lui faudra du repos. Si seulement il ne s'était pas interposé.

- Tu serais morte, Rin, » dit doucement Shippo.

Il avait passé un accord avec Kohaku. Leur vie devant celle de Rin, elle qui de toute façon pouvait les guérir.

« Non, je ne crois pas, » répondit-elle.

Elle ne prêta pas attention à la surprise de Shippo, et entreprit de guérir la blessure de Kohaku. Elle appela ses pouvoirs de miko, devant un Shippo mal à l'aise, mais bientôt la blessure se referma complètement. Elle était réellement douée.

Lorsqu'elle eut fini, elle essuya son visage mouillé de larmes depuis l'illusion et elle se tourna vers lui.

« Nous avons achevé notre mission, Shippo. Je ne sens plus d'autres yokai dans les parages.

- Oui, mais il y a toujours la présence maléfique de Naraku.

- Je sais, elle imprègne la forêt. Mais je doute qu'il soit vraiment là. De toute façon nous ne pouvons rien faire avec Kohaku dans cet état. »

Shippo acquiesça. Il aida Rin à mettre Kohaku sur AhUn entre elle et lui. Shippo était trop fatigué pour voyager à pied. Qui ne l'aurait pas été après tout ce qu'ils avaient vécu ? D'ailleurs il pouvait ainsi maintenir fermement Kohaku qui dormait confortablement, sa tête posée sur l'épaule de Rin devant lui. Très confortablement.

« Rin…, murmura Kohaku dans son sommeil.

- Et bien, c'est qu'il ravagerait ton épaule s'il le pouvait, se moqua Shippo pour détendre l'atmosphère.

- Shippo, la ferme, » fut la réponse de Rin qui ne daigna même pas le regarder.

Shippo pouffa un peu de rire. Son cœur n'y était pas vraiment, pas après tout ce qui s'était passé. Il avait dû affronter tour à tour ses peurs, puis celles de ses meilleurs amis. Comment Rin pouvait continuer avec des peurs si effrayantes ? Parce que ce ne sont que des peurs… Elles ne sont pas réelles, n'est-ce pas ?

« Shippo-kun, demanda Rin en le faisant sortir des ses pensées, est-ce que tu crois que Kohaku aurait… des sentiments pour moi ? »

Donc elle s'était aperçue de quelque chose. C'était difficile de rien voir.

« Oui, répondit-il, mais bien sûr, je ne t'ai rien dit. »

Rin soupira.

« Comment je vais gérer ça, Shippo-kun ? Que lui dirai-je si… s'il me demandait… ?

- Je sais, et je n'en ai aucune idée… Tu feras ce que tu as toujours su mieux, faire… improviser. »

Rin tourna légèrement la tête et lui sourit, avant de se focaliser sur la route devant eux.

Le soir était tombé et Shippo était obligé de lever sa main pour éclairer le chemin de son kitsune bi. Le silence retomba alors, mais Shippo, profitant du sommeil de Kohaku, posa la question qui lui brûlait la langue depuis plusieurs jours.

« Tu revois Sesshomaru ? »

Rin se tendit et ne répondit pas immédiatement.

« Oui, nous nous sommes vu deux fois déjà. La première fois seul à seule au début de l'été.

- Et la deuxième fois, il y a trois jours, compléta Shippo. Tu portais son odeur.

- Je me doutais que tu avais deviné.

- Tu l'aurais caché combien de temps ?

- Autant de temps que possible, répondit-elle. Ne te méprends pas Shippo, ce n'est pas comme si je n'avais pas confiance en toi ou quoique ce soit. Vous avez tous quelque chose contre Sesshomaru, et je ne remets pas ça en cause non plus. Il peut-être tellement…

- Arrogant ? Méprisant ? Antipathique ? »

Rin lui lança un sourire par-dessus son épaule.

« Tout ça et pire encore… Je ne voulais pas que vous me regardiez bizarrement et aussi… C'était mon secret. Je gagnais l'amitié de Sesshomaru. »

Il restait une question à Shippo, la pire de toute, celle qui allait enlever tous les doutes.

« Tu l'aimes ?

- Oui, » souffla-t-elle d'une voix à peine audible.

Ils étaient sur la case de non retour. Rin aimait Sesshomaru pour le meilleur et pour le pire. Comment en étaient-ils arrivés tous à cette situation ? Et avec Kohaku qui s'en mêlerait un jour ou l'autre…

Rin s'était tendue à son aveu, et Shippo essaya de la rassurer. Elle était sa meilleure amie, ce qu'il voulait, c'est qu'elle fût heureuse, même avec Sesshomaru s'il le fallait.

« Bien sûr, tu as des goûts bizarres Rin, permet-moi de te le dire, mais il faut avouer que c'est assez commun. Regarde Kagome, elle est complètement dingue de ce crétin d'Inuyasha et je n'ai toujours pas compris pourquoi. Ca doit être quelque chose dans le sang de chien. Nous les renards n'avons plus la cote. »

Rin rit un peu, pas de ce rire chaleureux qui assurait que tout irait pour le mieux, mais un rire quand même. Shippo avait accompli sa plus importante mission.

AhUn marchaient lentement dans la forêt, puis s'arrêta enfin.

« La barrière ?

- Hai, répondit Rin. Je vais l'éliminer. »

Shippo sentit les pouvoirs de Rin s'assembler puis frapper la barrière invisible. Prends ça, Naraku ! La barrière se dissolut complètement.

« Wouah, Rin, un jour faudrait vraiment que tu m'apprennes à faire ça, » dit-il d'un ton enjoué.

Cela lui apprendrait à ce crétin de Naraku.

« Shippo, Rin, Kohaku ! » cria une voix féminine qu'il connaissait bien.

Shippo leva sa main qui tenait son kitsune bi, d'un air éberlué.

« Sango ? »

Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Et qu'est-ce que Miroku, Inuyasha, avec Sesshomaru et Jaken faisaient tous là ? Shippo se rendit compte que Rin était mal à l'aise, et un regard entre Sesshomaru et elle, lui fit comprendre pourquoi. Kohaku était toujours affalé sur l'épaule de Rin. Ca présage rien de bon.

« Qu'est-il arrivé à Kohaku ? » cria presque Sango quand elle vit l'état de son jeune frère.

Shippo descendit à terre pour récupérer son meilleur ami et éviter ainsi plus d'embarras pour Rin.

« Il se repose, expliqua Rin en descendant aussi. J'ai dû le guérir du poison d'un yokai.

- Je crois que vous nous devez de plus amples détails, » dit Miroku d'un ton sévère.

Shippo était sidéré. Les prenaient-ils pour des enfants ? Il allait leur montrer sa façon de voir, mais Rin parla en premier.

« Un villageois est venu chercher notre aide. Des yokai illusionnistes attaquaient son village. Vous n'étiez pas là, il fallait bien que quelqu'un y aille. J'y serais partie seule mais Shippo et Kohaku ont insisté pour venir. Kohaku a été blessé par mon imprudence, mais sans eux, je serais sans doute morte. »

Shippo fit un effort surdémoniaque pour ne pas rester bouche bée devant les compliments de Rin. Elle cherchait à prendre la responsabilité de l'affaire et de leur éviter des problèmes. Cette fille est vraiment incroyable, c'est pas pour rien qu'elle est ma meilleure amie. Shippo se sentit fier.

Miroku regardait toujours Rin gravement.

« C'était dangereux, surtout pour toi, Rin. Vous auriez dû nous attendre.

- Miroku a raison, ajout Sango, si Naraku était derrière cette affaire… Qui sait ce qui aurait pu arriver. Sans parler du fait que vous avez laissé Ren-chan et Kiyoshi seuls avec Kaede.

- Aucun de vous n'étiez resté au village, je crois, riposta Rin. Nous n'allions pas laisser ces villageois mourir. Même Kikyo me laissait plus de liberté !

- En l'absence de Kikyo, c'est à moi et à Sango de veiller à ta sécurité, dit Miroku. C'était ce que j'avais convenu avec elle, il y a quatre ans.

- Quoi ? Et vous ne m'en avez jamais parlé ?

- Tu n'avais pas besoin de le savoir, répondit-il. Nous l'aurions fait, même sans la demande de Kikyo. De plus, ce n'est pas la question du jour. Te rends-tu compte que tu aurais pu mourir, Rin ?

- Mais ce n'est pas le cas, dit-elle. Je vais bien, Shippo va bien, même Kohaku ira mieux que moi après une bonne nuit de sommeil. »

Shippo se sentit obligé de soutenir son amie.

« C'est vrai, Kohaku est en pleine forme. Il n'y a qu'à voir la façon dont il lavait l'épaule de Rin dans son so… »

Shippo déglutit sous les regards assassins de Rin et de Sesshomaru, alors qu'Inuyasha ricanait. Il aurait tellement mieux fait de se taire.

Miroku soupira, et Sango vint prendre la main de son époux.

« Nous étions inquiets, dit Miroku. Pour vous trois. Je sais… je sais que je ne suis pas ton père, et que Sango n'est pas ta mère, Rin. Nous n'avons pas d'autorité sur tes décisions… mais nous espérions que nous étions une famille. »

La colère que contenait Rin tomba.

« Je suis désolée, dit-elle, je ne voulais pas vous inquiéter.

- Alors ne le refais plus, c'est tout ce que je te demande, Rin. »

Rin regarda tristement Miroku et Sango mais ne leur répondit pas.

« Rin… » tenta de raisonner Shippo.

Tous la regardaient la poussant à promettre de ne plus partir dans ses combats solitaires. Elle le faisait trop souvent.

« Me promettez-vous de ne pas intervenir contre Naraku ? demanda-t-elle.

- Rin arrête ton entêtement, murmura Shippo.

- Non, Rin, parce que Naraku est aussi notre problème.

- Alors je ne peux pas vous promettre de vous parler de mes actes et de mes intentions. Je suis sincèrement désolée. »

Dire que Miroku paraissait abattu était un entendement. Rin en parut plus attristée encore.

« Je comprendrais… si vous vouliez que je quitte la maison et le village.

- Ne dis pas des choses stupides, réprimanda Sango en prenant Rin dans ses bras. N'est-ce pas Miroku ? »

Miroku sourit tristement puis engloba dans ses bras, Rin et Sango. Shippo crut entendre Sesshomaru murmurer quelque chose sur la sentimentalité humaine. D'après le regard dégoûté d'Inuyasha sur son frère, l'insulte qu'il avait entendue était exacte. Shippo se demanda encore ce que Rin pouvait bien trouver en Sesshomaru. Ca doit être le côté clébard, je vois que ça.

« Rin… »

Shippo se courba auprès de Kohaku qui se réveillait, sans doute d'un très beau rêve avec Rin, ce qui en l'occurrence n'était pas le moment. Surtout en présence de Sesshomaru. Le vieux clébard s'était montré plus d'une fois possessif envers Rin.

Sango et Rin s'agenouillèrent au chevet de Kohaku avec une rapidité qui donna envie à Shippo. Lui aussi aurait aimé une attention pareille. Kohaku entrouvrit les yeux et sourit quand il aperçut Rin.

« Suis-je au paradis ?

- Idiot ! Tu es aussi vivant que Sango et moi ! »

Finalement il peut se la garder toute cette attention. La colère de Rin n'était pas quelque chose que Shippo aimait se prendre de plein fouet au réveil.

« Pourquoi tu t'es mis devant moi ? demanda Rin. C'était stupide !

- Je… je ne voulais pas que tu sois blessée.

- Je ne risquais pas d'être empoisonnée, Kohaku. Les poisons n'ont aucun effet sur moi.

- Qu'est-ce que tu en sais ? » demanda Sesshomaru en faisant sursauter tout le monde.

Il n'avait rien dit jusqu'à présent. Rin le regarda avec perplexité.

« J'ai été empoisonnée, il y deux ans. J'étais inattentive ce jour-là, mais le poison n'a eu aucun effet.

- Comment est-ce arrivé ?

- C'était un jour de pluie, » dit simplement Rin.

La réponse de Rin ne rimait à rien, et pourtant elle sembla satisfaire Sesshomaru. Ces deux-là étaient vraiment bizarres. En plus la façon dont ils ne se quittaient pas des yeux… Ouais, il y a bien quelque chose entre eux.

Kohaku se mit en position assise, attirant à nouveau les regards sur lui.

« Comment voulais-tu que je le devine ? demanda Kohaku en se massant les tempes. J'ai cru que tu allais mourir, et après cette illusion avec ce faux Naraku… Rin j'ai cru te perdre. Je n'aurais jamais pu le supporter…

- Kohaku…

- Non, laisse-moi parler. Même si c'est devant tout le monde, même si Sesshomaru et Jaken doivent y assister… Il faut que…

- Kohaku, interrompit Shippo, je ne crois pas que c'est le moment. »

Shippo voyait très bien où il allait en venir. Rin commençait à paniquer alors que Sesshomaru soupesait le jeune home d'un air… furieux ? Non, meurtrier. Les autres paraissaient tout aussi au courant de ce qui allait suivre.

« Tu sais combien c'est important pour moi, dit calmement Kohaku, sans se rendre compte de la tension autour de lui. Rin, je…

« Kohaku, coupa Rin, viens avec moi. »

Elle se leva et tendit ses mains à Kohaku qui les prit et se releva aussitôt. Rin le mena au détour d'un arbre et ils disparurent.

« Où… ? demanda Inuyasha en clignant des yeux.

- Rin a construit une barrière, répondit calmement Miroku. Elle ne veut pas être dérangée. »

Shippo essaya de tendre l'oreille vers là où se trouvaient ses deux meilleurs amis.

« J'entends rien, déclara-t-il frustré, Inuyasha ?

- Pareil, elle est sacrément douée, notre Rin. Sesshomaru, t'entends quelque chose ? »

Sesshomaru, visiblement concentré sur la barrière, ne leur répondit pas. C'était mieux ainsi, il les aurait sans doute insulté.

Shippo commença à faire de grands pas. Il craignait ce qui se passait à l'intérieur. Il savait que cela allait arriver depuis un bout de temps, et dire qu'il détestait la situation ne décrivait pas la moitié de ce qu'il ressentait.

« Shippo, dit Miroku qui alla s'asseoir près d'un arbre, cela ne sert à rien de s'impatienter. Ils sont assez grands pour s'en sortir tous seuls.

- Tu rigoles, Miroku ! Ils vont en sortir totalement dévastés, et tu le sais très bien !

- Nous serons là pour les aider, dit Sango, aussi bien Rin que Kohaku.

- Mais pourquoi maintenant ? Quand il est là ? »

Shippo avait pleinement conscience de son manque de subtilité, mais il n'avait pas envie de jouer les diplomates.

« Ma présence t'indispose à ce point, kitsune ? » demanda dangereusement Sesshomaru.

Inuyasha posa sa main sur le pommeau du Tessaiga, comme s'il s'attendait à une attaque imminente de Sesshomaru, sur lui, Shippo.

« Est-ce parce que tu as honte pour ton ami quand ses sentiments seront rejetés par Rin ?

- Vous êtes la dernière personne après Naraku avec qui j'ai envie de parler de ça, » grinça Shippo.

Ca doit être le côté clébard… Il doit lui rappeler un chiot, à Rin ou un truc dans le même genre. Ou c'est peut-être la fourrure sur l'épaule…

« Sache, kitsune, que j'obtiens toujours ce que je veux.

- Ben vous ne l'obtiendrez pas de moi ! »

Inuyasha se mit définitivement entre lui et Sesshomaru. C'était ce qu'il y avait de plus prudent. Avec l'inquiétude qui l'étouffait, Shippo pourrait bien être assez stupide pour s'attaquer à Sesshomaru.

En attendant, il ne lui restait plus qu'à espérer que l'amitié entre Kohaku, Rin et lui, ne fût pas complètement gâchée.


Kohaku tenait encore la main de Rin quand elle s'arrêta enfin. Elle ferma les yeux et un frisson passa à travers le dos de Kohaku comme à chaque fois qu'elle canalisait ses pouvoirs. Quand elle rouvrit les yeux, triste et tendre à la fois, Kohaku ne put s'empêcher de serrer la main de la jeune femme, cherchant un peu plus de courage. Car il en aurait besoin.

« Kohaku…

- Je t'en prie, Rin, écoute-moi un instant. Je… je sais que peut-être tu me vois seulement comme un ami ou un frère, mais… »

Il inspira lentement.

« Je… je veux te dire que tu es bien plus pour moi…

- Kohaku, s'il te plait…

- Je t'aime Rin, et je ferai n'importe quoi pour obtenir ton amour. »

Ca y est. Il l'avait dit. Il se sentait soulagé avant qu'une nouvelle appréhension naquît dans son cœur. Il attendait sa réponse.

« Kohaku, je ne peux pas te rendre les mêmes sentiments. »

Bien sûr, il s'était attendu à une réponse pareille, mais il eut quand même mal. Et le regard triste de Rin n'aidait pas.

« Juste… donne moi une chance, c'est tout ce que je te demande. Essaye d'envisager que toi et moi pourrions être heureux ensemble, que… Peut-être que tu apprendras à m'aimer comme une femme peut aimer un homme. Comme moi je t'aime. »

Kohaku se sentait rougir. Il n'était pas un homme de parole, mais plutôt d'actes. Cela lui suffisait d'habitude. Mais ce qu'il faisait là, n'était pas habituel, n'est-ce pas ?

« Kohaku, je ne peux vraiment pas, je suis désolée, » dit-elle les larmes aux yeux.

Ce qu'il détestait la voir pleurer.

« Pourquoi ? Rin, dis-moi pourquoi ? Est-ce que… est-ce parce que j'ai été un meurtrier pour Naraku ? Que… que j'ai tenté une fois de te tuer ? »

Lui aussi se sentait l'envie de pleurer. Son passé était toujours un poids mort qui l'empêchait d'avancer. Et aussi d'être pleinement heureux.

« Non, bien sûr que non ! Tu sais bien que ton passé n'a jamais été entre nous…

- Alors pourquoi ? Pourquoi tu ne me laisses pas une chance de te prouver qu'on pourrait être heureux, tous les deux ? »

Rin lui tourna le dos, ses bras croisés contre sa poitrine.

« Parce que ce n'est pas vrai, nous ne serons jamais véritablement heureux, Kohaku. Et pas à cause de toi, jamais à cause de toi. Tu es l'homme le plus adorable et idéal qui puisse exister. Mais bien à cause de moi.

- Tu parles de ta bataille contre Naraku ? demanda-t-il perdu. Je le tuerai moi-même. Je… j'attendrai que tout soit fini pour que nous puissions fonder une famille… Je trouverai un moyen.

- Ce n'est pas ça, Kohaku. »

Elle inspira profondément puis lui fit face.

« J'aime quelqu'un d'autre. »

S'il avait cru avoir mal avant, quand elle le repoussa une première fois, ce n'était rien comparé à ce qu'il ressentait à présent. Et d'autres sentiments dont il n'était pas habitué apparurent dans son cœur plein de peine. De la colère et de la jalousie. De la haine pour cet autre.

« Qui est-ce ? Shippo ? » demanda-t-il plus durement qu'il ne l'aurait voulu, surtout avec Rin.

Pourquoi se mettait-il à accuser Shippo ? Parce qu'il pouvait être aussi proche de Rin qu'il l'était lui-même. Un petit son qui aurait pu être un rire s'il n'était pas étouffé par des sanglots, s'échappa de la gorge de Rin.

« Non, quelle idée ! Shippo… c'est comme un frère.

- Alors qui ?! Quelqu'un du village ? Quelqu'un que tu as rencontré au cours de tes voyages ?

- Kohaku… pourquoi cherches-tu à savoir ? Cela n'a pas d'importance qui il est. Kohaku, s'il te plait, calme toi. Tu… tu m'effraies. »

L'ironie des paroles de Rin le frappa amèrement. Il l'effrayait, elle la plus puissante miko de tout le pays ? Une partie de lui se recroquevilla au fond de lui, écoeuré de faire souffrir Rin de cette manière. Ses grands yeux bruns, noyés dans un rideau de larmes, l'imploraient de retrouver sa sérénité habituelle. Il l'ignora pourtant, la rage étant plus forte, et semblait-il, moins douloureuse.

« Dis-moi qui c'est, Rin ! »

Il avait besoin de savoir, d'avoir un nom qu'il pourrait maudire, haïr. Rin restait obstinément enfermée dans son silence. Kohaku prit ses deux mains dans les siennes, les serrant fort, et espérant la faire parler. Ce fut alors, en regardant ses grands yeux bruns, tristes et déterminés à ne rien dire, qu'il eut l'idée la plus saugrenue qu'il fût. C'était absurde, cela ne pouvait pas être lui, tout sauf lui. Mais il y avait tant de petits détails qui se rejoignaient et concordaient. L'illusion de Rin, et bien sûr, Hakureizan.

« C'est Sesshomaru, c'est ça ?

- Kohaku…

- Réponds !

- O… oui, » finit-elle par souffler entre deux sanglots.

Qu'était-il en train de lui faire subir ? Il la relâcha et fut choqué de la voir faire quelque pas en arrière. Il essaya de se calmer, et de réunir un minimum de raison.

« Pourquoi lui, Rin ? Il t'a abandonnée, il méprise les humains.

- Je sais… mais je… je n'ai aucune explication…

- Il est tellement différent de toi… froid, arrogant, cruel… Comment peux-tu aimer un être pareil, Rin ? »

Elle ne répondit pas, ses épaules secouées par des sanglots et forçant Kohaku à continuer sa tirade contre le démon qui avait pris le cœur de la femme qu'il aimait.

« Tu n'es plus une enfant, Rin ! Tu dois bien voir qu'il te détruira avec ses grands airs de seigneurs. Il n'a pas de cœur.

- Et pourtant, pendant toutes ses années, il m'a protégée. Il n'avait aucun intérêt de le faire, puisque je suis humaine… mais il a été là, dit-elle d'un murmure à peine audible.

- Il devait avoir une raison. Il ne fait rien gratuitement. »

Rin secoua la tête.

« Il y a… quelque chose de bon en lui…

- Sors de tes rêves de petite fille, Rin, il ne t'aimera jamais ! »

Un sanglot plus violent sortit de la gorge de Rin, qui plaquait sa main devant sa bouche. Kohaku inspira une nouvelle fois. Il devait être patient, elle avait le cœur tout aussi brisé que le sien.

« Rin… Je t'aimerai autant que tu le mérites. Tu as le droit d'avoir une famille… Sesshomaru ne t'offrira jamais cela, il tuerait à la naissance le hanyo qu'il pourrait engendrer. »

Kohaku posa ses mains sur les bras de Rin, qui à son soulagement ne s'écarta pas.

« Pourquoi voudrais-tu d'une femme qui ne penserait qu'à un autre, qui n'aimerait qu'un autre ? demanda-t-elle en levant les yeux vers lui.

- Parce que je t'aime, répéta-t-il, parce que je réussirai à me faire aimer par toi, et tu l'oublieras… Cela prendra le temps qu'il faudra, mais je… nous y arriverons. »

Rin ne répondit pas, et Kohaku crut qu'elle considérait ses propos. Elle paraissait pensive, ses yeux toujours tristes. Elle mordillait sa lèvre inférieure, comme à son habitude. Kohaku approcha sa tête de celle de la jeune femme, guidé par cette envie soudaine de goûter l'arôme de ses lèvres, lentement, si lentement, pour ne pas la brusquer. Le souffle de Rin contre ses lèvres s'était arrêté, comme si elle retenait sa respiration, et quand il allait enfin la frôler, des doigts s'interposèrent doucement posées sur sa bouche.

« Kohaku, ne faisons pas quelque chose que nous pourrions tous les deux regretter, » murmura-t-elle contre ses doigts.

La douleur qui s'était apaisée reprit de plus belle, comme si un couteau avait transpercé sa chaire. Même quand Naraku avait retiré le fragment de la perle du Shikon no Tama de son dos, il n'avait pas eu aussi mal. Kohaku avait l'impression d'avoir été si près de convaincre Rin.

« Jamais je n'aurais regretté de t'avoir embrassé. »

Il l'aurait prit, ici même, sans cérémonie de mariage ou autre bénédiction, comme sienne, il ne l'aurait pas regretté. Mais c'était fini, n'est-ce pas ? Il n'y avait plus d'espoir. Kohaku la relâcha la jeune femme et tourna son visage vers la paroi de la barrière. Il ne voulait pas qu'il la vît pleurer.

« Kohaku, murmura-t-elle, en frôlant son bras.

- Dissous cette barrière.

- Kohaku…

- S'il te plait ! » cria-t-il, faisant ensuite face à Rin qui sursauta.

La voir pleurer et souffrir comme lui, ne le soulageait même pas.

Elle ne dit rien, mais Kohaku sentit le frisson familier qui lui indiquait qu'elle faisait ce qu'il lui disait. Et quand la barrière disparut enfin, Kohaku se mit à courir droit devant lui, pour fuir la douleur qui le brisait et la femme qu'il avait perdue. Comme quoi, les plus grandes peurs finissaient toujours pas se réaliser.


Voilà, Yuki-chan, la scène que tu attendais. Ca va, pas trop traumatisée?

Et oui, l'Ecosse était grandiose. Très beau pays.