Chapitre 10
La faiblesse qui était ma force
Sesshomaru malgré les apparences qu'il tenait à garder, n'était pas un yokai patient. Du moins généralement. Il lui arrivait bien d'être obligé de l'être. Il prenait le temps qu'il fallait pour obtenir le pouvoir suprême qu'il recherchait. Naraku le lui avait imposé aussi, vivant caché comme l'araignée qu'il était. Et il y avait Rin. Il répugnait pour une raison inexpliquée à la brusquer. Mais même avec elle, il avait ses limites.
Comme par exemple lorsqu'elle tenait à parler seule à seul avec le garçon Kohaku, derrière une barrière que son ouïe ne pouvait traverser. Cela faisait près de dix minutes qu'ils attendaient, et Sesshomaru se demandait s'il n'allait pas assommer le kitsune qui ne voulait que cela. Ses allers et retours énervaient Sesshomaru.
Les conséquences qui en découleraient étaient simples à deviner. Il y aurait une bataille entre Inuyasha et lui. Sesshomaru pouvait donner tout aussi bien une leçon à son demi-frère. Le moine, le second père que s'était choisi Rin pour il ne savait quelle raison, s'interposerait comme à son habitude. La taijiya aussi, en voyant son époux en danger. En somme, il obtiendrait des complications qui n'en valaient pas la peine.
Finalement, Sesshomaru se contenta de lancer une pierre sur Jaken. Son geste n'était pas aussi satisfaisant que de frapper Inuyasha, mais c'était mieux que rien.
« Maître ? demanda Jaken en se prosternant face contre terre.
- Tu respires trop bruyamment. »
Sesshomaru savait que la raison qu'il avançait était ridicule, mais il était le maître. Il avait le droit de vie et de mort sur son serviteur.
« Sesshomaru, t'es vraiment pitoyable, dit Inuyasha.
- Mêle-toi de tes affaires, Inuyasha, dit Sesshomaru. Je n'ai qu'une envie, c'est de te tuer, alors ne me donne pas l'excuse.
- Si tu crois…
- Kohaku ! » cria la voix bouleversée de Rin.
L'humain courrait devant eux, sans même les voir, lourdement entouré par l'odeur de ses larmes et de celles de Rin.
S'il l'a touchée… Ce sentiment de possessivité envers Rin surprit Sesshomaru, comme toutes les fois qu'il le prenait.
« Kohaku, s'il te plait ! »
Rin pleurait. Kohaku était un homme mort, définitivement cette fois-ci. Le kitsune se plaça devant le jeune homme et le retint par les épaules.
« Laisse-moi, Shippo ! enragea le garçon en se débattant.
- Non ! Pas dans l'état où tu es ! »
Rin arriva à leur hauteur, mais s'arrêta derrière Kohaku comme si elle hésitait à poser ses mains sur les épaules de son ami.
« Tu ne sais même pas ce qui s'est passé Shippo ! cria le garçon.
- J'ai une très bonne idée de ce qui a pu se produire entre vous deux. Je t'avais dit que ce n'était pas le moment ! »
Les autres restèrent à l'écart de la discussion. Il sembla à Sesshomaru qu'ils étaient contents que ce fût le kitsune qui se chargeait de calmer Kohaku. Mais aucun n'allait consoler Rin qui pleurait encore. Même pas moi…
Sesshomaru balaya cette dernière pensée.
« Tu savais, Shippo ? Tu savais, n'est-ce pas ?
- Kohaku, écoute-moi, tenta de raisonner le kitsune.
- Non ! Pourquoi tu lui a dit et pas à moi, Rin ! » cria-t-il avec violence en faisant face à la jeune femme.
Sesshomaru enragea. De quel droit se permettait-il de s'adresser à Rin de cette manière ?
« Kohaku, murmura Rin d'une voix tremblante, je…
- Elle ne m'a rien dit du tout, Kohaku, interrompit le kitsune. C'était aussi évident que le nez sur la figure, sans chercher à te vexer, Rin.
- Mais tu ne m'as rien dit ! Tu aurais pu m'en parler et…
- Et quoi ? Ca n'aurait rien changé dans le cœur de Rin et tu le sais. »
Sesshomaru commençait à détester cette conversation dont il ne cernait pas parfaitement tous les détails.
« Qu'est-ce qu'elle peut bien lui trouver, Shippo ? cracha le jeune homme avec venin. Peut-être que toi tu comprends quelque chose.
- Kohaku, s'il te plait, implora Rin.
- Quoi !? Est-ce que ça te dérange tant que ça que je parle de lui, l'homme de tes rêves et que tu n'auras jamais ! Alors que moi, je ne demande que ça, d'avoir une vie avec toi !
- Kohaku, arrête immédiatement, ordonna la taijiya.
- Et pourquoi ? Autant que tout le monde l'apprenne. On n'aurait plus ce défilé d'hommes à la maison qui réclame la main de Rin. Ecoutez, écoutez tous, Rin aime le dernier être capable d'aimer, j'ai nommé… »
Le kitsune donna un coup de poing en pleine face du garçon, l'empêchant de révéler un nom que Sesshomaru voulait à présent obtenir. Rin aimait un homme. Sesshomaru voulait savoir, répondant à l'instinct de briser et détruire cet homme qui lui avait volé ce qu'il lui appartenait. Il en avait besoin, pour calmer cette rage, cette jalousie qui étaient nées là où il y aurait seulement dû avoir de l'indifférence. Sesshomaru ne savait pas quel était le plus anormal : ses sentiments étranges qu'il ressentait ou cet homme qui empiétait dans la cœur de Rin.
« C'était pour quoi, Shippo ? demanda l'humain Kohaku en se massant la mâchoire.
- Tu n'as aucun respect pour Rin ! Elle est ta meilleure amie, et toi tu la traites comme… »
L'humain donna un coup de pied au kistune en plein ventre. Il serait tombé à la renverse si Rin ne s'était pas mise derrière lui pour le retenir.
« Kohaku, Shippo ! Je vous en prie, arrêtez !
- Comme quoi, Shippo ? » dit froidement Kohaku.
Le kitsune se dégagea de Rin pour frapper une nouvelle fois l'humain. Cette fois, le garçon n'essuya qu'un coup à l'épaule. La taijiya allait intervenir, mais le moine la retint. Inuyasha regardait la scène les sourcils froncés. C'était une chose que les deux femmes ne pouvaient pas comprendre, ce besoin d'évacuer cette rage par la violence.
« Tu le sais très bien et en plus tu es en train de gâcher notre amitié.
- Oh ? Et moi qui croyais que c'était à cause de Rin qu'on en était tous là… et à toi aussi puisque tu prends sa défense. »
Kohaku tenta de donner un coup de poing au kitsune qui l'esquiva de justesse. Rin s'apprêtait à intervenir, mais Inuyasha l'intercepta.
« Laisse-les régler cette histoire tous seuls, dit-il à voix basse.
- Mais…
- Ne t'inquiète pas, Rin. Tout ira pour le mieux. »
Rin arrêta de se débattre de l'emprise d'Inuyasha, mais elle ne paraissait pas convaincue. Elle s'était arrêtée de pleurer, se mordant plutôt la lèvre inférieure. Les deux garçons continuaient de s'affronter, sans se rendre compte qu'ils étaient le centre de l'attention de tous. Ils n'utilisaient aucune technique d'arts martiaux, bataillant un combat chaotique de gamins des rues.
« Te rends-tu compte que tu es en train de perdre la meilleure amie que tu ne pourras jamais avoir ? demanda le kitsune.
- Quelle importance. J'ai perdue la seule femme que je pourrais aimer. »
Rin ferma les yeux, défaite, alors que le kitsune s'arrêta de se battre. Il regardait l'humain avec tristesse.
« J'aurais aimé qu'il en soit autrement, Kohaku. Vraiment. »
Le garçon rendit le même regard au kitsune, et sans une autre parole, s'enfuit en courant hors de la clairière.
« Kohaku-kun !
- Kohaku, appela le kitsune qui s'apprêtait à le suivre.
- Arrêtez, ordonna le moine. Il a besoin d'être seul. »
Rin et le kitsune se résignèrent à laisser le garçon partir.
Sesshomaru était soulagé de voir l'inutile dispute entre les deux garçons se finir. Il pouvait enfin réfléchir à ce qui avait transpiré. Rin était amoureuse d'un homme que tous ses amis semblaient connaître, et que lui aussi pouvait peut-être connaître. Quelqu'un qu'elle n'aurait jamais, avait dit le ningen, quelqu'un incapable d'aimer.
Il se retourna brusquement vers Rin, se rappelant d'une discussion lointaine qu'elle avait eue avec la taijiya sur son lit de convalescence.
« M'a-t-il jamais aimé ? »
Sesshomaru avait été choqué par cette question qui le concernait, même si elle ne lui était pas adressée. Il voulait répondre non, sa fierté de Taiyokai le demandait, mais il ne le pouvait pas.
« Je ne crois pas qu'il soit capable d'aimer.
- Tout le monde sait aimer, même Naraku sait aimer. »
Elle… Elle l'aimait, lui Sesshomaru ? Ou bien était-ce Naraku ? Non, la dernière possibilité était absurde. Mais la première… Il ne savait pas quoi penser des sentiments de Rin à son égard. Que ferait-il si c'était le cas ? Pourquoi continuait-il à ignorer un écho qui résonnait en lui à la mention de Rin ?
Non, il avait peut-être tort. Ils parlaient tous de quelqu'un d'autre. Etrangement ce cas de figure lui plaisait autant que si l'homme était effectivement Naraku. Il aurait à tuer cet homme dès qu'il découvrirait son identité.
« Ca va, Rin ? » demanda le kitsune en faisant sortir Sesshomaru de ses réflexions.
Rin s'était détachée d'Inuyasha, et se tenait à présent aux côtés du renard, les yeux rivés vers la direction qu'avait empruntée le jeune homme.
« Je l'ai perdu, Shippo-kun, murmura-t-elle. J'ai perdu mon meilleur ami. »
Le kitsune se plaça derrière Rin et l'encercla de ses bras en posant son menton sur son épaule. Elle serra de ses deux mains les bras de son ami autour de son cou.
« Non, je te le promets, fit-il. Je ferai tout ce qu'il faut pour que tout redevienne comme avant. Je lui ferai rentrer sans sa petite tête qu'il a été un idiot et il viendra s'excuser platement, tu verras.
- Ai-je tellement tort, Shippo-kun ? Suis-je si monstrueuse que ça de le refuser ? Kohaku a raison, il ne m'aimera jamais, souffla-t-elle, ses épaules s'affaissant. Je pourrai tout autant essayer d'être heureuse avec Kohaku, et lui avec moi.
- Rin, tu sais bien que ça ne marche pas comme ça. Que vivre avec l'ombre… je veux dire avec son ombre entre vous deux vous empêchera d'être heureux. »
La familiarité entre Rin et le kitsune n'était pas du goût de Sesshomaru. Il ne détectait aucune intention déplacée de la part du renard, mais il était certainement plus près de la jeune femme que l'autorisaient les convenances.
« Mais qu'est-ce qu'être heureux ? demanda une voix morne vide d'émotion. Est-ce que le bonheur existe vraiment ? »
Sesshomaru dégaina Tokijin vers l'origine de la voix. Il avait flairé une odeur qui lui rappelait celle de Naraku.
« Kanna ! » lança Inuyasha avec surprise, Tessaiga en main.
Une jeune femme, qui paraissait plus jeune que Rin, sortit d'entre les arbres. Elle avait une silhouette longiforme qui était l'essence même du blanc. Sa peau était pâle, presque translucide, et sa robe tout comme ses cheveux était de la même couleur de la neige, même si elle en avait perdu l'éclat hivernal qu'elle avait habituellement. Ses yeux contrastaient avec son apparence, sombre, sans aucune vie, sans aucune expression. Elle tenait dans ses mains un miroir que Sesshomaru classa immédiatement comme une menace. Il était préférable de se plonger dans les yeux vides de cette jeune fille que de se noyer dans l'abîme du miroir.
Les autres aussi étaient dans une position d'attaque et le kitsune s'était placé devant Rin. Cette Kanna était donc bien un danger.
« Bien sûr que le bonheur existe, dit soudainement Rin. Il suffit de vouloir le vivre. Qui sait, même Kanna, la fille de Naraku, le néant, pourrait apprendre à le connaître. »
Sesshomaru crut voir de la surprise chez la jeune fille. Un semblant d'émotion était passé, aussi vite qu'il était apparu sur le visage de la jeune fille. Il sentit soudainement un froid glacial l'envahir jusqu'à transpercer sa chaire et ses os. La fille l'attaquait lui, un Taiyokai ! Il tenta de bouger pour la faire payer, mais découvrit qu'il était complètement immobilisé. Il ne pouvait même pas parler.
Non loin de lui, les pouvoirs de Rin pulsèrent, brisant les forces qui la retenaient prisonnière. Pourtant elle ne fit rien pour le libérer lui ou ceux qu'elle appelait amis.
« Voilà un acte bien lâche, dit Rin simplement.
- T'attendais-tu à de la bravoure de la part d'un détachement de Naraku ? Il n'est pas comme cela, et ne m'a pas créée différemment. »
Kanna pouvait aussi bien parler du temps qu'il faisait pour toute l'émotion qu'elle instillait dans ses paroles.
« C'est vrai, acquiesça Rin d'un ton étonnement calme après la décharge d'émotion qu'elle avait fait éclaté précédemment. Mais cela ne me dit pas ce que tu fais ici ?
- Je suis… ton dernier test. Celle qui doit peser ton âme et briser tes points forts pour révéler tes faiblesses. Tu en as tellement, Rin. Le miroir me les a montrées, et il ne ment jamais. »
Le regard de Kanna se posa alors sur lui. Sesshomaru espérait pouvoir communiquer tous le mépris et la haine qu'il ressentait à son égard, la créature de Naraku. Là où tant d'êtres, humains comme yokai, auraient fui devant son regard, Kanna s'avança vers lui indifférente. Elle s'arrêta à mi-chemin, une lame posée sur son cou.
« Un pas de plus, Kanna, et tu es morte. »
Le visage de Rin, dont il ne voyait que le profil, était déterminé alors que son bras gauche était tendu presque négligemment vers la fille de Naraku. Sesshomaru était certain que Rin était tout à fait prête à la tuer de sang froid, même si ce n'était pas un acte qui lui allait. Il la savait prête à tout pour…
Une impression étrange toucha Sesshomaru. Rin était en train… de le protéger ? C'était une idée absurde, une humaine n'avait pas à le protéger, lui, Sesshomaru. Il n'y avait pas de doute pourtant. Et malgré sa fierté de Taiyokai, Sesshomaru ressentait une sorte… d'admiration chaleureuse pour Rin, ou quelque chose de plus complexe qu'il ne savait pas identifier.
« Je remarque que tu ne cherches pas à libérer tes amis, » dit Kanna.
Rin observait toujours froidement la jeune fille et ne répondit pas.
« Kanna ? »
Sesshomaru reconnut la voix qui venait des arbres derrière lui. L'humain Kohaku était revenu.
« Kohaku. »
Quelque chose qui ressemblait à une émotion fit trembler la voix de la fille de Naraku, de façon presque imperceptible. Rin aussi l'avait apparemment remarqué, si Sesshomaru pouvait se fier à son léger froncement de sourcil.
« Kanna, demanda le garçon, que fais-tu ici ? »
L'humain finit par entrer dans son champ de vision. Il paraissait inquiet, et Sesshomaru avait l'impression que ce n'était pas seulement pour Rin.
« Kohaku… cela faisait longtemps, » dit la jeune fille.
Rin baissa sa garde.
« Vous étiez amis tous les deux ? demanda-t-elle.
- Je… je suppose, d'une certaine façon, répondit l'humain. Est-ce que Naraku t'a ordonné de venir ?
- Tu… m'as manqué Kohaku. »
Rin parut surprise, et Sesshomaru partageait son sentiment. Les événements prenaient presque une tournure intéressante. L'humain rougit légèrement alors que Kanna semblait attendre quelque chose de la part du jeune homme qui ne répondit pas. Pendant un instant, de la déception passa dans les yeux de la jeune fille, mais elle se reprit. Une charge de youki glacé fonça droit sur Rin qui eut juste le temps de s'écarter, et de se mettre en position, son visage déterminé pour la bataille.
« Kanna, qu'est-ce que tu fais ? demanda le garçon. Laisse Rin tranquille, elle…
- Kohaku, reste en dehors de ça, dit Rin. Tu n'es pas concerné.
- Pas concerné ?! Je ne veux pas que tu sois blessée, jamais ! »
Le youki de la fille aux cheveux blancs s'intensifia comme alimenté par des émotions puissantes que Sesshomaru n'aurait jamais soupçonnées chez elle. L'humain tenta de s'interposer mais le flux de youki et une barrière nouvellement formée par Rin l'en empêchèrent. Kanna et Rin s'observaient sans ciller.
« Je te propose un marché, Rin, dit Kanna. Tu peux passer ton test ici devant tes amis. Tu veilleras sur eux, mais les dommages qu'ils subiront seront peut-être irréversibles. »
L'absence d'émotion dans la voix de la jeune fille qui dictait avec monotonie leur sort énervait Sesshomaru. Et fit frémir Rin, de colère ou de peur, il ne le savait pas.
« Ou bien ? » dit Rin d'une voix calme.
Kanna lui tendit sa main droite.
« Ou bien tu peux venir avec moi.
- Non, Rin, cria le garçon. Ce serait stupide ! »
Pour une fois, Sesshomaru était d'accord avec lui. Kanna était puissante, elle réussissait à le maintenir hors d'état de nuire. Elle était une menace alors qu'elle n'avait pas même utilisé son miroir.
Cependant, Rin paraissait considérer la proposition.
« Rin ! » cria Kohaku.
Elle l'ignora.
« De toute façon, dit-elle, il faut que cela finisse enfin ! »
A son horreur, Sesshomaru vit Rin marcher fermement vers Kanna, sa main droite tendue vers celle de la fille de Naraku. Leurs mains se touchèrent et une décharge d'énergie éclata de leurs doigts créant un vent, non une tornade qui battait les vêtements de Rin et soulevait ses cheveux, sans pour autant toucher Kanna. Le sol vibra autour de Rin, confrontée à la bataille entre youki et senki. Elle ne cilla pas, elle ne flancha pas, elle se tenait droite.
Et leur opposition ne se résumait pas en la nature même de leur pouvoir. L'une était pâle comme la lune, l'autre sombre née du soleil. L'une le néant, l'autre le tout. Leurs forces se heurtaient dans un parfait équilibre, dont aucune ne pouvait véritablement briser.
Rin !
Elles furent complètement englobées, englouties, par leurs pouvoirs. Au sommet de leur énergie, elles disparurent, emportées comme une étoile filante de youki mêlée à la pureté du Shikon ne Tama.
Sesshomaru pouvait enfin bouger et décida immédiatement de prendre la direction dans laquelle Rin et Kanna s'étaient échappées.
« Sesshomaru, je viens avec toi ! » déclara Inuyasha.
Sesshomaru se força à s'arrêter pour considérer froidement son demi-frère.
« En quoi un hanyo comme toi pourrait m'être utile ? cracha-t-il.
- Parce que Rin compte pour moi aussi, répondit-il avec un calme qui ne le caractérisait pas. Parce que j'ai le Tessaiga qui me permet de protéger les humains. Et parce que je ne te laisse pas le choix.
- Je ne t'attendrai pas si tu traînes derrière.
- Je ne traînerai pas.
- Moi aussi, je viens. »
Cette fois-ci, Sesshomaru crut vraiment qu'il allait céder à la colère.
« Kohaku, dit la taijiya, je ne crois pas…
- Et pourquoi, humain, tu viendrais ?
- Rin est la femme que j'aime ! entonna haut et fort le garçon en lui donnant envie de l'égorger. Même si… même si elle ne ressent pas les mêmes sentiments, je peux l'aider. Comme dans la forêt où nous avons affronter nos plus grandes peurs.
- Tais-toi Kohaku, dit le kitsune. Ca ne regarde personne ce qui s'est passé là-bas. »
Même pressé par le temps, Sesshomaru se trouva intéressé par ce que disait le garçon. Leurs plus grandes peurs. Quelle était celle de Rin ?
« Elle est terrifiée par son destin, continua le garçon sans faire attention à personne, et encore au moins au kitsune. Elle essaie tellement de le prendre de face, mais elle est terrifiée… Elle a peur de ce que Naraku voudrait lui faire faire… ce qu'il voudrait qu'elle devienne…
- Kohaku, la ferme ! interrompit le kistune. Tu en as déjà assez fait pour aujourd'hui. Laisse ses peurs à Rin au lieu de les déballer à tout le monde ! C'est pas leur problème ! »
L'humain sembla sortir alors de ses pensées. Sesshomaru en fut un peu déçu, il aurait aimé avoir plus de détails sur ce qui s'était passé. Il ne chercha pas à comprendre les raisons de sa curiosité. Une partie de lui-même ne voulait pas le savoir.
« Mais je peux l'aider, affirma Kohaku, je suis sûr que je le peux.
- Après l'avoir fait pleurer, tu oses déclarer pouvoir l'aider, la protéger ? Tu en as été incapable juste à l'instant, dit Sesshomaru avec mépris.
- Parce que vous en avez été capable ?! cria-t-il alors. Parce que vous, vous ne l'avez pas fait souffrir depuis toutes ces années par votre indifférence ? Vous n'avez pas plus le droit de la protéger que moi !
- Kohaku, la ferme, » lança le kitsune entre ses dents.
Sesshomaru préféra se détourner ou il aurait tué l'humain sans plus d'hésitation. Son insolence dépassait les bornes de l'acceptable, et pire encore, il avait raison. Bien que Rin se portât bien jusqu'à présent, Sesshomaru avait plus d'une fois failli à sa sécurité. Mais peut-être depuis le jour où il croisa pour la première fois son chemin, il avait ressentit ce besoin de la protéger. Il avait une excuse, qui n'expliquait pas tout, mais aussi pathétique qu'elle fût, c'était une excuse.
« Je lui ai redonné la vie. C'est à moi de veiller à ce qu'elle ne gâche pas la chance que je lui ai offerte. »
Pathétique aussi ce besoin de se justifier devant ce garçon pleurnichard.
L'humain ne fut pourtant pas celui qui rétorqua, mais bien le kitsune qui l'observait avec une certaine perplexité.
« Mais vous vous moquez bien de ce que pourrait faire Kohaku avec sa vie n'est-ce pas ? Vous l'avez fait ressuscité, tout comme Rin, mais c'est différent, n'est-ce pas ? Rin est différente pour vous. »
Les mots du kitsune réveillèrent une certaine chaleur dans sa poitrine. Bien sûr que Rin est différente ! Elle est… Sesshomaru secoua la tête comprenant avec surprise ce que sa pensée allait énoncer. Il préféra se concentrer sur sa colère contre le kitsune, contre Inuyasha, contre l'humain. Contre Naraku. Cette rage-là, il pouvait la gérer, il pouvait l'affronter pour affronter sa source. Mais Rin…
« J'espère que vous avez fini de parler, déclara Inuyasha. Parce que pendant ce temps, Rin est je ne sais où avec Kanna et peut-être même cet enfoiré de Naraku. »
AhUn hennirent et se mirent à suivre Inuyasha.
« AhUn, aboya presque Sesshomaru. Restez ici. »
Les deux têtes du dragon retroussèrent leurs lèvres en signe de défiance. Sesshomaru se demanda alors à quel moment il avait perdu toute autorité sur eux. AhUn étaient restés trop longtemps auprès de Rin.
« Jaken, occupe-toi du dragon en l'absence de Rin, ordonna-t-il. Je n'ai pas besoin d'autres incompétents à mes talons. »
Sesshomaru s'envola alors en se transformant en boule d'énergie. Inuyasha le suivait en courant et en sautant, mais il sema bien vite le hanyo. Sesshomaru se moquait au final si Jaken et les humains retiendraient le dragon en l'assommant ou pas. Rin était en danger et il ne voulait pas d'autres témoins à la prise de conscience de ce qu'était Rin pour lui. Il devait la sauver.
Car elle est ma vie.
Kanna était une adversaire puissante, comme Rin en avait rarement affronté. Renei en avait été un, et Inuyasha aussi, même si leurs combats n'avaient toujours été qu'amicaux. Peut-être Kanna était-elle à la mesure de Sesshomaru et de Naraku, aussi. Elle ne pouvait pas vraiment juger, elle ne les avait jamais vraiment affrontés.
Kanna était complexe, car elle était sa parfaite réflexion. Là où elle était le vide, Rin devait être le tout pour garder l'équilibre entre les forces qu'elles instauraient. Kanna n'avait aucune difficulté à contrôler ses pouvoirs, alors que Rin trébuchait de plus en plus. Elle devait être tellement de choses qu'elle ne connaissait pas, la vie et la mort, la haine et l'amour, tout ce qui faisait le monde et bien plus qu'elle n'était elle-même pour remplir le vide qu'était Kanna.
La fille de Naraku avait subrepticement imposé ce rythme et Rin n'avait compris que trop tard qu'elle empruntait un chemin de non retour. Depuis l'instant même où elle avait touché les doigts glacés de Kanna pour être transportée, quelque part, dans cette vallée étroite entre deux falaises à peine éclairée par la pleine lune. Ces hauts pans de montagnes semblaient l'enfermer dans la fosse d'un tombeau.
Au moins Rin avait résisté à la tentation de regarder à l'intérieur du miroir de Kanna qui l'appelait inlassablement à lui. La question restait à savoir si elle succomberait à l'épuisement ou à la perte de son âme happée par le miroir du néant. Rin devait trouver une diversion, et rapidement.
« J'ignorais que toi et Kohaku étiez amis, dit-elle. Il ne m'en avait jamais parlé auparavant. »
Rin ne choisissait pas le sujet par hasard. Elle avait remarqué que Kanna semblait ressentir… quelque chose pour le jeune homme. Elle n'en était pas tout à fait sûre. Même Sesshomaru était plus expressif que Kanna.
Et en effet, une étincelle d'émotion passa dans les yeux froids et neutres de la jeune fille. C'était un éclat faible mais qui se répercuta dans les ombres informes du miroir, de ce que Rin apercevait du coin de l'œil.
Une partie d'elle-même méprisa ce qu'elle faisait. Elle utilisait les sentiments de Kanna pour Kohaku. Une chose que Naraku aurait pu faire sans scrupules.
« Il était… notre allié à une époque.
- Contre son gré, ajouta Rin.
- Je sais. »
Etait-ce du regret qui perçait la voix de Kanna ? Rin en était presque certaine, et pour la première fois, l'équilibre des forces balança en sa faveur.
Un bourdonnement détourna un instant son attention. Les Saymyochos. Naraku les espionnait… Avait-il perdu confiance en sa fille préférée ? Elle évita de se poser trop de questions. Elle pouvait s'estimer heureuse qu'il n'était pas entré dans son esprit pour l'instant. Elle ne pouvait pas se permettre d'être déconcentrée.
« Kohaku n'est pas le problème, » dit Kanna en se reprenant.
Les Saymyochos semblaient avoir donné un signal quelconque à Kanna. Elle était sortie de la mélancolie dans laquelle elle avait été plongée.
« Sesshomaru est le problème.
- Sesshomaru ? demanda Rin surprise. Que vient-il faire là-dedans ?
Rin se rendit compte que Kanna utilisait la même tactique qu'elle. Comme elle avait mentionné Kohaku, Kanna se servait de Sesshomaru. Elle savait. Kanna savait qu'elle aimait Sesshomaru.
« Tout, dit-elle avec monotonie. Ton avenir impossible avec lui, ce que tu rêves et que tu n'auras jamais…
- Pourquoi cela t'intéresse ? coupa Rin. Ou plutôt pourquoi cela intéresse Naraku ? »
Sans qu'elle ne le voulût, Rin regarda dans le miroir de Kanna, attirée par l'image qui se formait lentement. Sesshomaru. Il courrait, son visage marqué visiblement par l'inquiétude. Pour être aussi visible, Sesshomaru devait être terrifié, quand bien même il était impossible dans le cœur de Rin d'associer la peur au taiyokai. Mais pourquoi ?
« Il te cherche avec Inuyasha, répondit Kanna comme si elle lisait dans ses pensées. Ils ignorent encore que c'est une quête perdue d'avance. »
Le cœur de Rin se mit à battre violemment contre sa poitrine. Est-ce que Sesshomaru pouvait… l'aimer ? Non, bien sûr que non, il était tellement différent. Kanna reprit l'équilibre, en regagnant sur ses doutes. Rin devait reprendre confiance, mais Kanna n'avait pas encore fini.
« Ton histoire est bien étrange, Rin, dit Kanna. Un taiyokai, pour une raison inconnue, se prit d'affection pour une enfant humaine, une race qu'il méprisait plus que n'importe quelle autre. Elle seule parvint à le toucher au plus profond des murs glaciaux qui l'entouraient. Comme un rayon de soleil printanier fait fondre doucement la neige de l'hiver. »
Rin réussit à détacher ses yeux du miroir, mais elle ne pouvait pas parler. L'image de Sesshomaru et les paroles de Kanna la poursuivaient.
« L'enfant humaine, bien que fille de paysans, n'était pas comme les autres. Elle était à elle seule, l'essence même d'un des quatre éléments du Shikon ne Tama, le Cœur, le Nigimitama. Ce fut l'une des raisons qui poussa l'ennemi juré du Taiyokai à enlever l'enfant, elle qui était devenue son plus grand point faible. En tant qu'élément pur du Shikon no Tama, elle suffisait pour démultiplier la puissance de la perle au-delà de tout autre pouvoir, humain ou démon. Mais un détail, imprévisible à l'époque, défit à lui seul le plan de l'ennemi du Taiyokai. L'enfant humaine était l'une des descendantes de Midoriko, la créatrice de la perle. En tant que telle, elle était immune au sacrifice que la perle réclamait. L'ennemi fut affaibli et l'enfant humaine devint la gardienne du Shikon no Tama. Elle fut abandonnée par le Taiyokai puis recueillie par une autre descendante de la perle. »
Rin commençait à en avoir assez. Kanna gagnait sur elle, et Rin regardait de plus en plus souvent le miroir.
« Je connais parfaitement mon histoire, Kanna, cria-t-elle avec désespoir. Quelle importance elle peut avoir !
- Elle est importante pour te comprendre… L'enfant humaine grandit et mûrit, devenant une prêtresse hors pair, enviée de tous même par celle qui l'avait recueillie…
- C'est faux, dit Rin doucement. Kikyo n'a jamais envié mes pouvoirs…
- Au fil du temps, continua Kanna comme si elle n'avait pas parlé, elle devint aimée aussi, une femme capable de créer le chaos entre les hommes qui la désiraient, elle et le Shikon no Tama. Pourtant elle n'en voulait qu'un seul, aveuglée par son égoïsme de petite fille humaine… Elle voulait le Taiyokai qui lui avait redonné la vie lorsqu'elle n'était qu'une enfant, le seul qu'elle ne pourrait jamais avoir… »
Les genoux de Rin s'affaissèrent. Elle perdait, envahie par le froid glacé du miroir, qui la vidait, la faisait ressembler au néant qui lui parlait avec la neutralité d'un abîme sans fond.
« Le monde se résolvait autour d'elle, mais elle ne voulait pas le monde. Elle voulait l'amour d'un yokai éternel, cruelle qu'elle était, incapable de comprendre que si elle l'obtenait, comme elle avait si facilement obtenu ce qu'elle désirait avant, elle le condamnerait à une éternité de peine lorsqu'elle deviendrait vieille et serait transformée en poussière par le temps et la mort. »
Rin plaqua sa main sur sa bouche. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Qu'ai-je fait ? Kanna avait raison, elle n'avait jamais vraiment réfléchi sur les conséquences pour un yokai d'aimer une humaine.
Elle comprenait maintenant cette loi immuable dans le cycle de la vie qui voulait séparer les humains et les démons. Elle périrait pour ne devenir qu'un souvenir lointain, un mirage s'effaçant avec le passage des siècles pour ne laisser qu'une douleur languissante et infinie à la place du bonheur.
« Sesshomaru-sama !
- Qu'y a-t-il ?
- Si Rin venait à mourir… est-ce que vous vous souviendrez toujours de moi ?
- … Ne dis pas des choses stupides. »
Elle l'avait toujours su pourtant, depuis qu'elle était toute petite. Depuis qu'elle avait rencontré ces moines qui voulaient la ramener dans le monde des humains. Elle était restée avec Sesshomaru à l'époque, c'était ce qu'elle voulait. Mais s'il arrivait qu'un jour, Sesshomaru apprît à l'aimer, comme elle pouvait l'aimer, cela signifierait qu'à la fin, il serait seul avec sa douleur. Rin ne serait pas capable de surmonter cette peine, si les situations étaient inversées, si elle devrait survivre des centaines d'années sans lui.
« Ai-je été si égoïste, Kanna ? Comment ai-je pu être si aveugle ? »
Kanna parut surprise, mais Rin s'en moquait. Elle se moquait bien que la fille de Naraku, et Naraku lui-même connaissaient sa plus grande faiblesse. Elle se moquait que le froid du néant l'entourait complètement, éteignant avec une lenteur pénible la flamme de sa vie. Etait-ce là son destin finalement ? Mourir dans le vide crée par la fille de Naraku ?
Dans les limites de son champ de vision, elle entrapercevait les messagers de la mort, plus nombreux que les fois précédentes, prêts à l'emmener dans leur monde. Elle sourit presque. Il était normal qu'ils s'assemblassent déjà autour d'elle, elle leur avait échappée tant de fois. Aujourd'hui, il n'y aurait pas de Sesshomaru pour gêner leur sombre tâche, il n'y aurait personne…
« L'amour est égoïste et aveugle, dit une voix neutre venu de nulle part. C'est dans le court des choses. »
Rin ouvrit les yeux. Kanna se tenait toujours devant elle. Rin était vaguement surprise alors qu'elle reprenait conscience de la réalité. Est-ce que la jeune fille lui avait sauvé la vie ?
« Etre généreux en amour, peu de personne y arrive voire aucun. Même le Nigmitama ne peut pas y arriver. »
Rin considéra longuement la jeune fille, essayant de cerner ce qu'elle pensait. Et la réponse lui vint, simple et certaine.
« Kohaku, » murmura Rin.
Kanna la regarda intensément.
« Tu l'aimes, » continua Rin.
Aussi étrange que cela pouvait paraître pour des personnes qui ne s'étaient pas revues depuis plus de six ans, Kanna aimait Kohaku. Kanna leva son visage au ciel, là où les Saymyochos les observaient toujours. Elle tourna alors vers elle, comme si elle avait pris une décision.
« Pendant toutes ses années, dit-elle, Naraku reprenait les forces qu'il avait perdu, ses pensées fixés sur un seul but ou plutôt deux. Le Shikon no Tama et toi. J'appris vite quel était le lien qui vous unissez, cette croisée au niveau de vos esprits où vous vous rencontriez. Tu devins vite le centre de sa vie, et moi… je gagnais une certaine liberté… celle d'utiliser le miroir comme je l'entendais, voir qui je voulais… le seul être que j'avais presque pu considérer comme ami, Kohaku. Je l'observais dans sa vie de tous les jours, le voyant grandir et devenir un homme, le voyant tomber amoureux de toi. Je me rendis compte que je l'aimais, et que je n'aurais aucune chance. »
Une grande tristesse transpirait de la voix de Kanna, suffisante pour serrer le cœur de Rin.
« Tu n'en sais rien, dit Rin. Peut-être que si tu essayais… Pas pour l'instant, c'est vrai, mais… Kohaku aura besoin de quelqu'un de bien à ses côtés. Je ne suis pas cette personne-là, Kanna, malgré tout ce qu'il pense… Je ne suis vraiment pas celle qu'il devrait aimer. »
Malgré ses paroles rassurantes, Kanna paraissait tout aussi désespérée.
« Tu es celle qu'il ne se résoudra jamais à cesser d'aimer. Tu es sa vision de femme idéale.
- Kanna, je t'en prie, si tu viens au village avec moi…
- Tu ne comprends rien. »
Rin échappa de justesse à la décharge de youki que lui lança Kanna. Une autre forme de combat avait commencé. Rin devait exceller, même si l'espace d'un instant elle avait cru trouver une paix avec Kanna.
Rin dégaina les deux lames de Totosai, ses bras devant son visage en position de protection. La danse reprit, et Rin canalisa ses pouvoirs pour créer une barrière parant une nouvelle attaque de Kanna. Elle la considéra un instant comme si elle laissait à Rin le temps de contre-attaquer. Rin n'en profita pas pourtant.
Elle hésitait après les aveux de Kanna sur ses sentiments. Trop connaître ses ennemis fait naître des doutes, avait dit une fois Sango après un retour de mission. A l'époque Rin avait demandé comment Sango pouvait tuer sans hésitation les démons qu'elle affrontait. Sango n'était pas lié à ces yokai inconnus qu'elle devait exterminer et Rin comprenait enfin ce qu'elle avait voulu dire. Si elle hésitait maintenant face à Kanna, Rin ne savait pas comment elle réagirait contre Naraku.
« Si tu n'attaques pas plus que cela Rin, tu mourras. »
Le bourdonnement des saymyochos était le seul son qui lui répondit, et Rin para une nouvelle attaque sans rien dire de plus. Quelque chose n'était pas normale dans cette bataille. Kanna voulait qu'elle frappât mais la raison échappait à Rin. Peut-être était-ce un piège ? Mais ce regard…
Une autre décharge de youki vint percuter sa barrière, puis Rin se jeta sur Kanna, préférant utiliser les arts martiaux à ses pouvoirs. Elle plaqua la jeune fille au sol qui sous le choc fit tomber son miroir. Il roula jusqu'à la paroi de la falaise, mais Rin n'y prêta pas attention. Elle tenait fermement l'épaule de Kanna contre le sol, sa lame droite touchant légèrement la peau pâle de la jeune fille, comme avant lorsqu'elle menaçait de s'en prendre à Sesshomaru. Mais cette fois-ci Rin n'était pas déterminée à tuer la jeune fille. Comme elle avait refusé de tuer Kikyo lorsqu'elles s'étaient retrouvées dans la même posture.
« Pourquoi ne finis-tu pas ton travail, Rin ? demanda Kanna avec un semblant d'indifférence qui heurta Rin.
- Donc tu veux mourir ? »
De la surprise apparut dans les yeux de Kanna. Rin avait vu juste. Elle roula sur le côté, et elles s'assirent l'une à côté de l'autre. Rin suivit le regard de Kanna en direction des Saymyochos. Rin comprit le message silencieux et concentrant son énergie, elle abattit un à un les insectes volants.
« C'est trop tard, dit Kanna avec lassitude. Certains sont partis pour rapporter ma trahison à Naraku.
- Kanna…
- Et tu ne me laisses même pas mourir en plein combat, continua-t-elle d'une voix morne. J'aurais pu lui apporter cela, un semblant de gloire… Mais tu ne me laisses même pas cela…
- Kanna, ne dis pas cela. Viens au village avec moi, tu seras en sécurité… Et Kohaku sera présent aussi. »
La jeune fille rit sinistrement, glaçant le cœur de Rin.
« Même si c'était vrai, même si je pouvais voir la vie que j'aimerai, moi le néant, Naraku n'aurait de cesse de me poursuivre et de détruire tout ce dont je tiens.
- Je sais, mais ensemble…
- Tu crois trop en l'espoir et en la vie, Rin. C'est naturel pour toi. Mais Kohaku et moi ne serons jamais ensemble et je ne me remettrai jamais d'avoir trahi Naraku…
- Naraku ? Mais…
- Il est mon créateur… Il comptait pour moi. »
Rin ne dit rien cherchant des arguments pour convaincre Kanna de venir avec elle et de ne pas tout abandonner.
« Comment as-tu su… que je voulais en finir ? »
Kanna regardait sereinement la pleine lune. Rin, elle, se sentait plus que mal à l'aise.
« Je… Parfois quand Kohaku se croit seul et que ses pensées s'éloignent, répondit Rin doucement, il a un regard triste, désespéré qui m'a toujours effrayé… Je croyais le perdre à chaque fois qu'il avait ce regard là, comme tout à l'heure, il… Tu avais le même regard.
- Pourrais-tu donner mon miroir à Kohaku ? demanda-t-elle après un instant de silence.
- Je… euh…
- Ne t'inquiètes pas, il est brisé. Il n'a plus aucun pouvoir. »
Le cœur de Rin manqua un battement l'espace d'une seconde à cette révélation.
« Le miroir est brisé… Tu es mourante Kanna ! »
Kanna ne répondit pas, son regard toujours perdu dans la nuit. Rin courut récupérer le miroir, malgré la douleur et l'épuisement, et le prit dans ses mains avec précaution. Elle vit trois zébrures tremblantes se rejoignant au centre du miroir confirmant les dires de Kanna. Qu'ai-je fait ?
Rin savait contrôler la vie, la faire se développer, mais pas réparer un miroir ! Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour avoir une once de talent de forgeron de Totosai !
Elle se tourna vers la jeune fille, miroir en main, et contempla les changements qui s'opéraient sur son apparence. Des zébrures naissaient sur son corps, elle perdait de sa réalité. Kanna n'y prêta aucune attention.
« Que devient-on quand on meurt, Rin ?
- Je… je vais te guérir, dit-elle en ignorant la question. Je vais trouver un moyen.
- Tu sais bien que ma forme de vie est… différente. Tu es incapable de guérir ce qui n'est pas naturel.
- Je peux essayer, je peux…
- Quand Kagura est morte, elle est devenue libre. Elle était avec Sesshomaru quand c'est arrivé, elle souriait… J'aurais aimé que Kohaku soit présent pour moi…
- Kanna…
- Laisse-moi parler, s'il te plait. Nous ne sommes pas à une minute près, n'est-ce pas ? Kagura s'est transformé en vent… Est-ce que tu crois que je deviendrai alors le néant ? »
Rin était horrifiée par le ton neutre de Kanna. Pourquoi ne se battait-elle pas ? Pourquoi ne pleurait-elle même pas, alors que Rin ne pouvait s'en empêcher ? Elle ne voulait pas laisser Kanna mourir, même si elle était la fille de Naraku.
« Naraku ! s'exclama Rin. Il peut te sauver s'il t'a créée ! »
Kanna posa sa main sur le bras de Rin.
« Tu pourrais polluer la pureté du Shikon no Tama si tu es trop au contact de Naraku.
- Ne t'en fais pas, je ne risque rien. »
Rin n'en revenait pas vraiment de ce qu'elle avait l'intention de faire. Elle allait demander de l'aide à Naraku. Mais elle ne voyait pas d'autres solutions.
Elle chercha donc de l'autre côté de son âme, vers celle familière et inconnue à la fois de Naraku.
'Naraku ! Naraku !'
Le silence lui répondit.
'Naraku ! J'ai tué ta fille unique !'
Rin grimaça à la vérité qu'elle énonçait mais se força à continuer.
'Ne feras-tu rien pour elle ?'
Rin s'immergea plus profondément encore dans le monde obscur de Naraku, et fut surprise de plonger dans des émotions qu'elle ne connaissait pas chez son ennemi. Déception et peine. Elle eut presque pitié de lui.
'Naraku, s'il te plait !
'Kanna m'a trahi. Elle ne mérite pas ma considération.
'Naraku !'
Malgré ses appels, il l'ignora.
« Il m'a abandonnée, n'est-ce pas ? »
Rin se retourna vers Kanna et retint son souffle en la voyant. Les zébrures de vide se répandaient encore. Ses pouvoirs faiblissaient aussi. C'était à peine si Rin pouvait sentir le youki de Kanna diminuer, dodeliner comme une flamme sous la brise.
« Ce n'est pas grave, je m'y attendais. J'ai une dernière chose à te demander. Si… si Sesshomaru et toi ne devez jamais être… est-ce que tu pourrais considérer une vie avec Kohaku une fois que tu vaincras Naraku ? Je sais que tu ne l'aimeras jamais de cette manière, mais peut-être que ce sera suffisant, qu'il pourra être heureux quand il oubliera même pendant un instant que Sesshomaru habite ton cœur…
- Kanna, je… je vais…
- Promets le moi, Rin. »
Rin se mordilla la lèvre. Elle ne s'était jamais retrouvée acculée de cette façon. Elle était incapable de refuser la demande de Kanna. Pas maintenant.
« Je… je te le promets, à condition que tu me laisses te guérir. Je peux peut-être y arriver. »
Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontrée, Rin vit Kanna sourire, d'un véritable sourire qui éclairait son visage triste.
« Oui, mais n'insiste pas trop. Je suis déjà si fatiguée. »
Rin la fit s'allonger délicatement, posant sa tête sur ses genoux. Elle plaça sa main sur le front de la jeune fille et appela ses pouvoirs pour la guérir. Rin sentait l'inutilité de son don. La mort ou plutôt le néant se répandait sur la jeune fille. Des larmes tombaient des joues de Rin sur le visage de Kanna qui regardait l'infini absolu de la nuit étoilée.
« Pitié, Kanna, reste avec nous… »
Rin puisa alors dans la perle du Shikon no Tama, son dernier atout, le plus puissant de tous, qui ne lui avait jamais fait défaut. Ses dons de guérison ne l'avaient jamais trahie avant non plus.
« Rin… il faudra un jour que tu apprennes à abandonner. Car même tes plus grandes faiblesses peuvent devenir tes grandes forces… »
Rin ne comprenait pas vraiment où Kanna voulait en venir, trop immergée à puiser dans le Shikon no Tama pour sauver ce qu'elle ne pouvait pas sauver. Kanna avait abandonné bien avant elle et disparaissait entre ses bras pour ne plus être.
L'épuisement moral et physique envahit alors Rin. Sans s'en rendre vraiment compte, elle prit le miroir de Kanna dans ses mains. Ses larmes tombaient sur sa surface froide, silencieusement, puisqu'elle avait tant perdu en cette nuit de pleine lune.
Son meilleur ami, Kanna, ses espoirs égoïstes, sa foi en son invulnérabilité. Kikyo avait eu raison, elle était devenue trop fière de ses capacités. Je suis… si fatiguée. Est-ce qu'un jour je serai enfin en paix ?
Rin s'affaissa vaguement consciente des youki de deux démons qui venaient vers elle à une vitesse incroyable.
« Je la sens, elle est ici, dit une voix masculine.
- Il faut la mettre en sécurité, répondit une voix de femme cette fois-ci. Qui sait ce qui est arrivé pour qu'elle soit dans cet état. Tu la portes, Koga.
- Quoi !? Pourquoi moi, Ayame ? »
Le reste de leur conversation échappa à la conscience de Rin. Koga. Elle connaissait ce nom. Elle allait peut-être mourir tuée par les loups, finalement.
Rin se réveilla d'une nuit sans rêve, dans une caverne qu'elle ne connaissait pas. Le soleil s'était levé depuis bien longtemps et Rin se trouva allongée sous des fourrures. A côté d'elle, une femme yokai était assise. Ses yeux étaient d'un vert brillant et ses cheveux roux flamboyants étaient ornés de deux iris mauves.
« Bonjour, Rin. Je me présente, je m'appelle Ayame. Je suis la femme de Koga même s'il te déclarera qu'il attend toujours Kagome. Tu as bien dormi ?
- Koga ? »
Rin était prise par une peur instinctive. Elle se souvenait parfaitement bien de sa mort. Elle s'assit brusquement pour voir la présence de trois autres yokai, dont Koga, et d'une meute de loups.
« Hé, du calme, dit Ayame. Personne ne te fera de mal ici…
- Ayame, dit l'un des yokai qu'elle ne connaissait pas. C'est que les loups l'ont tuée il y a huit ans.
- Comment ça, Ginta ? Tu vois bien que Rin est aussi vivante que toi et moi.
- Oui, dit l'autre inconnu. Mais Koga cherchait des fragments du Shikon no Tama et ensuite il a laissé les loups dévorer les habitants de ce village… ils ont pourchassé Rin et l'ont tuée. Et puis Sesshomaru est arrivé et voilà, elle est vivante.
- Hakkaku, merci pour tes précisions, dit Ayame. KOGA !! »
Rin sursauta au cri d'Ayame.
« Hé, c'est bon, je ne suis pas sourd, dit Koga à sa femme. Pourquoi tu cries comme ça ?
- Je veux que tu présentes tes excuses à cette jeune fille immédiatement !
- Mais Ayame…
- Il n'y a pas de mais ! Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? »
Koga parut embarrassé. Il se tourna vers Rin les bras croisés et marmonnant quelque chose d'inintelligible.
« Je n'ai rien entendu, dit Ayame.
- Désolé ! Voilà on va pas en parler toute la journée ! »
Ayame lança un regard dangereux à Koga qui préféra se taire. Rin ne fit qu'acquiescer, incertaine devant cette scène. Quelques loups s'approchèrent alors, et Rin se recroquevilla près d'Ayame. Les loups s'arrêtèrent anxieux de sa réaction.
« Ne t'en fais pas, Rin, dit Ayame avec douceur. Ils ne veulent pas de mal. Ils voudraient juste s'excuser. Tu peux même les caresser…
- Non, non…
- Allons, comment pourrais-tu vaincre ta peur si tu ne l'affrontes pas ? »
Ayame prit la main de Rin dans la sienne et la guida vers la fourrure du loup le plus proche. Rin trembla au contact quand ses doigts frôlèrent son pelage, mais elle commença à se détendre. C'était vrai que l'animal ne se montrait pas agressif. Ayame lâcha sa main et Rin continua à caresser le loup. Elle n'était pas vraiment à l'aise, mais petit à petit, elle apprivoisa sa peur.
D'autres loups vinrent ensuite, certains léchèrent sa main en toute camaraderie. Elle appréciait ses animaux sauvages qu'elle n'avait jamais vraiment compris. Ils ne seraient jamais parmi ses animaux favoris, mais elle pouvait apprendre à s'entendre avec eux.
« Et maintenant toute la meute est sous son charme, déclara Koga. J'en perds ma crédibilité.
- Koga, dit Ayame, arrête de bougonner. Ne t'inquiète pas, Rin, Koga n'est pas toujours aussi insupportable. Il se languit juste du temps où il avait encore les fragments de la perle pour courir plus vite. »
Rin porta sa main à son cœur.
« Je le lui rendrai, si je pouvais. »
Et c'était vrai. Le Shikon no Tama l'avait abandonnée quand elle en avait eu le plus besoin, et lui avait empoisonné l'existence depuis qu'elle le portait en son sein. Elle n'avait jamais désiré l'obtenir. Pourquoi devait-elle la garder ? Pourquoi ne pas l'arracher de son cœur une bonne fois pour toute ? Pour protéger ceux incapable d'y résister. C'était l'une des nombreuses raisons qu'avait avancé Kikyo dans les premiers temps de leur vie commune.
Elle pouvait détruire la perle aussi, mais cela voulait aussi dire qu'elle y perdrait fatalement la vie.
« Comment m'avez-vous retrouvé ? demanda Rin pour s'éloigner du chemin sombre que menaient ses pensées. Et où sommes-nous ?
- Nous sommes dans les montagnes du nord, territoires des loups, répondit Ayame. Koga a senti le pouvoir du Shikon no Tama, et il a pensé que tu devais être en danger. C'est ainsi que nous t'avons trouvée, seule avec ce miroir cassé entres tes mains. »
Rin suivit le regard d'Ayame à côté d'elle où se trouvait un petit paquet circulaire. Le miroir de Kanna sans doute. Elle ne fit qu'acquiescer et laissa le silence s'installer. Elle n'avait pas envie d'évoquer ce qui s'était passé, même si les ookami la regardaient avec curiosité. Elle se sentait lasse.
« Il faut que tu te reposes, Rin, dit finalement Ayame, tu es fatiguée. Tu peux rester le temps que tu voudras ici, tu es la bienvenue. »
Rin se recoucha sans une autre parole, indifférente aux regards inquiets que s'échangeaient les quatre yokai.
Elle passa deux jours auprès de Koga, Ayame, Ginka, Hakkaku et leur meute de loups. Ayant surmonté sa peur, Rin devint facilement amie avec eux, même avec le caractériel Koga qui derrière ses grands airs de mauvais garçon, était quelqu'un d'adorable. Un peu comme Inuyasha, même si des deux, Rin aurait dit que le hanyo était le plus bourru.
Elle reprenait des forces sous les soins d'Ayame qui la forçait à manger, mais lentement, plus lentement qu'auparavant. Rin ne s'était pas rendue compte que la bataille contre Kanna avait été aussi éprouvante.
Elle leur expliqua en quelques mots ce qui s'était passé, puisqu'elle était logée chez eux. Grâce à Ayame, Rin n'eut pas à répondre à des questions embarrassantes.
Parfois, Rin se demandait comment Ayame réussissait à être partout à la fois. Elle ne paraissait pas plus vieille que Rin, même si c'était un critère plutôt relatif avec les yokai, et pourtant elle avait une autorité impressionnante sur toute la meute. Aussi bien en utilisant de la gentillesse –pour tout le monde sauf Koga – ou de la colère – pour Koga seulement.
C'était amusant de voir Ayame et Koga se disputer à longueur de journée, et Rin pouvait voir que Koga n'était pas si dérangé que cela de perdre toujours face à Ayame. Ils étaient bien plus passionnés dans leur dispute que Kagome et Inuyasha, d'une certaine façon, surtout quand Koga mentionnait Kagome. Malgré cela, ils s'aimaient réellement. A croire que leur dispute n'était qu'une preuve de cet amour, car quoiqu'il arrivait, ils étaient assez forts pour toujours se réconcilier.
Ginta et Hakkaku étaient les deux troublions de la meute, ceux qui envers et contre tout s'étaient fixés comme but de la faire rire. Ils se donnaient du mal avec des pitreries plus ingénieuses les unes que les autres. Rin souriait parfois, maigre récompense de leurs efforts, mais elle ne pouvait pas faire plus. Elle n'y arrivait plus. Comme toujours dans les moments difficiles qui avaient parcouru sa vie, il lui fallait du temps pour se remettre.
Au deuxième jour, Rin reçut la visite d'une personne qu'elle espérait être encore son amie. Kagura. L'esprit du vent ne resta pas longtemps et s'envola rapidement, sans doute pour prévenir Sesshomaru. Rin le prit comme un signal. Il était temps de rentrer au village.
Lorsque Ayame et les autres apprirent sa décision, ils tentèrent de la convaincre de rester encore, prétextant qu'elle n'était pas encore remise. C'était peut-être vrai, Rin ne pouvait pas marcher bien longtemps sans se sentir fatiguée. Mais elle avait pris sa décision, prétextant que les autres au village devaient être inquiets, et qu'un simple message de Koga ne suffirait pas à les rassurer. Autant qu'elle partît au plus vite.
Ayame et Koga se proposèrent de la raccompagner. Koga eut même la gentillesse de la porter sur son dos pour voyager au pas de course. Ginta et Hakkaku promirent de lui rendre visite au village.
Rin, le miroir de Kanna enveloppé dans ses mains, somnolait sur l'épaule de Koga, bercée par le rythme de leur course. Alors qu'elle s'endormait, elle prenait conscience qu'ils allaient à la rencontre de deux personnes qu'elle connaissait bien.
Inuyasha détestait ce voyage.
Il ne savait pas où il allait, il ne savait pas ce que son crétin de demi-frère avait en tête, il ne savait pas comment ils trouveraient Rin et si cette tête de mule d'humaine allait bien. Il y avait beaucoup de choses qui n'allait pas, et supporter Sesshomaru n'était pas le pire.
Rin avait été stupide, et pas pour la première fois. Quelle idée elle avait eu de suivre Kanna pour se battre ? Il aurait été tellement plus simple de les libérer du sort et d'attaquer la fille de Naraku ensemble. Où cette gamine avait la tête ? Elle était pire que Kagome parfois.
Kagome… Non, il n'allait pas encore se mettre à penser à elle. Il avait d'autres priorités qui n'étaient pas cette dispute inutile et tout ce qui avait suivi ensuite. C'est ça… Rin était la priorité pour l'instant.
Suivre Sesshomaru pendant ces quelques jours, n'avaient pas été une partie de plaisir. Inuyasha se demandait comment Rin avait fait pendant les deux ans où elle avait vécu avec lui. Bon, d'accord, elle avait AhUn déjà à l'époque, et Sesshomaru ne devait pas être si pressé que cela d'habitude.
Comme il l'avait promis, Sesshomaru ne l'attendait pas. Inuyasha était heureux d'avoir du sang yokai. Il n'aurait pas tenu le rythme soutenu et sans pause de Sesshomaru.
Le bon côté du voyage était qu'il n'avait pas à parler à cet imbécile qui volait au dessus de lui. Cela aurait sans doute envenimé la situation entre eux, ou peut-être cela l'aurait rendue moins ennuyeuse. Une bataille avec Sesshomaru aurait fait passer le temps s'ils en avaient eu à perdre.
Depuis la matinée, Sesshomaru avait pris une nouvelle direction, comme s'il avait trouvé une piste. Inuyasha savait qu'ils se dirigeaient vers le territoire des ookami yokai, et de ce crétin de Koga. Merveilleux ! C'était tout ce qu'il lui fallait maintenant, revoir cet imbécile de Koga. Comme s'il n'en avait pas suffisamment avec Sesshomaru.
L'après-midi d'été était bien avancée quand Sesshomaru regagna le sol et reprit sa forme habituelle. Inuyasha se dépêcha de le rejoindre. Sesshomaru avait peut-être trouvé un indice qu'il allait lui faire partager.
Lorsque Inuyasha arriva à hauteur de son demi-frère, il eut l'extrême satisfaction de voir Sesshomaru un peu essoufflé. Pas autant que lui, il devait l'admettre. L'important, c'était qu'il n'était pas aussi puissant et invulnérable comme il voulait le montrer.
« T'as senti quelque chose ? demanda Inuyasha en reniflant un peu. A part le loup puant, je veux dire. On voit vraiment qu'ils marquent leur territoire.
- Flaire mieux, Inuyasha. Même ton pathétique odorat de hanyo pourrait les sentir. »
Inuyasha préféra pour l'instant ignorer l'insulte. Il se concentra sur les odeurs que mentionnait Sesshomaru. Le vent se leva vers lui, portant une légère fragrance familière qu'il ne parvint pas à placer. Mais c'était au-delà de cette odeur, qu'il en reconnut trois distinctes.
« Koga, Ayame et Rin, dit Inuyasha. Ils viennent vers nous. »
Sesshomaru se contenta pour toute réponse de dégainer Tokijin.
« Oy, Sesshomaru, je connais Koga et Ayame. Ils ne sont pas un danger.
- Tu oublies que Rin détient le Shikon no Tama. Yokai, humain et hanyo perdraient leurs misérables fragments d'honneur pour l'obtenir.
- Feh, me fais pas rire. »
Inuyasha s'abstint de répondre à la nouvelle pique de Sesshomaru et de mentionner Renei, son grand-père de sang, qui était tombé dans le panneau. Pour un peu, c'était peut-être un défaut héréditaire.
Inuyasha n'avait pas le temps de se battre avec Sesshomaru. S'il ne voulait pas comprendre que Koga serait inoffensif pour Rin, malgré sa débilité profonde d'ookami, Inuyasha n'allait pas se fatiguer.
Ayame était, elle, une fille sensée, sauf dans ses choix d'homme, en l'occurrence Koga. Toutes les femmes étaient bizarres de toute façon, sauf Kaede et Ren. Et encore, Inuyasha pensait que Ren tournait comme toutes les autres. Il n'y avait qu'à voir la façon dont elle observait ses oreilles, comme si elle voulait les toucher. Il en frémit rien que d'y penser.
Il attendait tranquillement auprès d'un Sesshomaru tendu ce qui changeait pour une fois agréablement. Deux silhouettes se profilaient sur la route qu'Inuyasha distingua facilement comme Koga et Ayame. Rin dormait sur le dos de Koga. Quand ils arrivèrent, Ayame sourit et Koga grimaça en parfait contraste.
« Inuyasha, dit Ayame doucement, cela faisait longtemps. Et je suppose que vous êtes Sesshomaru ? »
Sesshomaru acquiesça puis rangea Tokijin, s'étant enfin rendu compte que les deux ookami ne présentaient pas de danger. Inuyasha leva les yeux au ciel devant la stupidité de son demi-frère.
« Comment va-t-elle ? » demanda Sesshomaru d'une voix neutre.
Donc il était bien inquiet. Voilà qui était intéressant. Ayame perdit son sourire en regardant rapidement Rin.
« Elle est épuisée, dit-elle. Je lui ai proposé de rester avec nous le temps qu'elle se repose. L'air des montagnes lui aurait fait du bien, mais elle souhaitait rentrer. »
Ayame sourit à Sesshomaru.
« Elle est obstinée dans son genre.
- A-t-elle dit ce qui s'est passé ? »
Inuyasha savait que Rin gardait pour elle ce qui lui posait problème. Il était un peu pareil lui aussi. Mais peut-être qu'en présence d'étrangers, elle s'était plus étendue. Ayame secoua négativement la tête. Encore des faux espoirs.
« Rin nous a raconté qu'après l'une de vos missions, elle a été transportée par Kanna dans nos montagnes. Kanna est morte, et Rin garde avec elle son miroir brisé. Elle n'a pas donné plus de détails. »
Elle baissa ensuite sa voix.
« Rin ne va pas spécialement bien, moralement j'entends. C'est à peine si on peut lui arracher un sourire ou la faire manger. Quelque chose de grave a dû se produire, quelque chose qui l'a blessée, mais… »
Ayame s'arrêta brusquement et Inuyasha comprit pourquoi. Rin se réveillait.
« Au fait clébard, demanda Koga, où est Kagome ?
- Tu vois bien qu'elle est pas là, » répondit Inuyasha avec plus de hargne qu'il ne le voulait.
Bien sûr il savait que Koga avait changé de sujet à cause de Rin, mais il n'avait pas à parler de Kagome.
« Elle t'a quitté ? Enfin ! Je me propose pour la consoler…
- Koga… »
Le ton menaçant d'Ayame refroidit immédiatement Koga. Inuyasha sourit. Cette petite tenait bien le loup puant sous son joug.
« Inuyasha… Sesshomaru… »
La voix fatiguée de Rin le surprit, et il se tourna vers elle. Elle paraissait en effet épuisée. Et ses yeux… Qu'est-ce qui avait bien pu arriver pour qu'elle paraisse si… triste ?
« Alors, princesse, on a bien dormi ? » demanda Koga par-dessus son épaule.
Inuyasha n'avait pas l'habitude de voir Koga aussi affectueux avec une jolie fille sans qu'il ne parût avoir d'arrières pensées. Rin n'était pas Kagome, mais elles se ressemblaient un peu. Ayame avait dû réussir à l'assagir.
Ou peut-être était-ce à cause de Rin, et ce côté chez elle fragile qui demandait une protection, une sécurité. Inuyasha et Miroku s'étaient faits prendre, et Sesshomaru aussi bien avant eux. Pourquoi pas maintenant Koga.
« Oui, répondit-elle avec un faible sourire. Merci Koga. »
Elle descendit du dos de Koga, mais ne lâcha pas le bras de Koga, comme si elle avait besoin d'un appui. Sa main gauche tenait un petit paquet enveloppé dans un linge. Le miroir de Kanna sans doute.
« Koga, Ayame, merci encore pour tout ce que vous avez fait pour moi et je suis désolée pour le dérangement. Inuyasha va me ramener à la maison maintenant. »
Bizarre. Inuyasha avait l'impression que Rin ignorait volontairement Sesshomaru. Non, je me fais des idées.
« De rien, dit Ayame en serrant Rin dans ses bras. Et ne t'excuse pas, ça a été un plaisir de te recevoir. Pense à nous rendre visite quand tu veux, même si je pense que Ginta et Hakkaku viendront d'abord te voir. Et si tu as le moindre problème, n'hésite pas à nous demander de l'aide.
- Merci Ayame. »
Koga acquiesça et Rin vint le serrer brièvement dans ses bras. Sesshomaru gronda un peu, mais pas assez fort pour être entendu de Rin. Les deux ookami et Inuyasha avaient parfaitement entendu. Koga lui lança un regard interrogateur, et Inuyasha haussa les épaules. Ce n'était pas de sa faute si son crétin de demi-frère était en plein dénie. Ayame surveillait attentivement Sesshomaru.
Rin marcha lentement vers lui, mais Sesshomaru la retint, sa main ayant capturé le bras droit de la jeune miko. Oh, oh, ça sent le roussi.
« As-tu tué Kanna ? »
Rin tenta de se débattre, mais il était évident qu'elle n'en avait pas la force.
« Sesshomaru, grogna Inuyasha. Fous-lui la paix ! »
Il ne l'écouta pas, comme d'habitude. Rin non plus d'ailleurs, elle fixait intensément les yeux de Sesshomaru.
« Oui, finit-elle par murmurer, et je le regrette plus que tout.
- Elle était ton ennemie, tu n'as rien à regretter, dit Sesshomaru d'un ton à peine moins dur.
- C'est faux, elle ne méritait pas ça. Comme Kagura avant… Kanna ne méritait pas de mourir comme ça. J'ai échoué, je n'ai pas pu la guérir. Je n'ai pas pu la sauver… »
Ce qui surprit Inuyasha. Jamais Rin n'avait échoué à guérir qui que ce soit avant. Sesshomaru la relâcha.
« Au moins, dit Sesshomaru, Naraku ne connaît pas tes faiblesses. »
Rin eut un rire amer.
« Il les connaît depuis toujours… Mais il n'osera jamais s'y attaquer.
- Pourquoi cela ? » demanda Sesshomaru perplexe.
Rin posa sa main droite sur sa poitrine, là où battait son cœur en fermant les yeux puis les rouvrit, pour guider sa main sur le torse de Sesshomaru.
« Parce que ma plus grande faiblesse est le taiyokai le plus puissant que je connais. »
Ce fut la première fois qu'Inuyasha vit son demi-frère aussi surpris. Son expression n'était rien comparée à celle que devait avoir en ce moment même Inuyasha. Elle lui avait avoué ses sentiments ! Pas aussi explicitement qu'un 'je t'aime' mais tout aussi éloquent. Inuyasha n'en revenait pas, Koga non plus d'ailleurs, et Sesshomaru… Sesshomaru encore moins. Ayame, elle, paraissait être sur le point de pleurer. Les femmes !
Rin s'arracha du regard de Sesshomaru, un triste sourire se reflétant sur ses lèvres, sa main languissant sur l'armure de Sesshomaru pour le quitter définitivement. Elle se tourna alors vers Inuyasha.
« Inuyasha, je veux rentrer à la maison. »
Le ton implorant de Rin serra presque la poitrine d'Inuyasha qui présenta son dos à la jeune femme. Elle fit les quelques pas qui les séparaient lentement, craignant peut-être de tomber. Il s'agenouilla et la laissa s'asseoir à son aise. Il salua de la tête Koga et Ayame, et s'en alla. Il parvint à entendre les derniers mots d'Ayame pour Sesshomaru, il semblait.
« Elle aura besoin d'aide, de toute l'aide possible. »
Inuyasha n'entendit pas la réponse de Sesshomaru, mais le connaissant, il était sans doute resté silencieux.
Déjà, l'odeur des larmes de Rin qui tombaient sur son épaule se répandit, effaçant l'odeur de Koga qu'elle portait juste avant. Les sanglots silencieux de la jeune femme secouaient ses épaules et il courut plus vite encore, voulant respecter le désir inexprimé de Rin d'être loin de Sesshomaru à cet instant.
Où étaient Kagome et Sango quand on avait besoin d'elles ? Même Miroku aurait pu faire l'affaire. Inuyasha ne savait pas gérer les filles en pleurs, il n'aimait pas cela.
Le soir tombait, quand il vint s'asseoir au bord de la route déserte d'une forêt. Il fit pivoter Rin pour la tenir maladroitement dans ses bras et la laisser pleurer autant qu'elle en avait besoin. Inuyasha savait qu'ils n'étaient pas seuls et Rin aussi devait en avoir conscience.
Car non loin de là, Sesshomaru observait les pleurs silencieux de la femme dont il avait pris le cœur sans même le savoir.
Voilà le chapitre de Noel!
Bon réveillon à tous.
Yuki-chan: Pauvre Kohaku, tout de même. Je lui en ai fait voir de toutes les couleurs.
