Chapitre 12
Ce que ton cœur désire
Kagome frappa à la porte de la chambre d'invité, devenue depuis trois jours la chambre de Rin. Elle entra quand elle entendit Rin lui dire « entre, Kagome-chan ».
Rin était assise sur son lit, un livre négligemment ouvert entre ses mains. Elle était moins pâle que le jour de son arrivée remarquée dans le futur. Kagome veillait bien à la santé de la jeune femme. Ses blessures avaient été plus impressionnantes qu'inquiétantes. De là où se trouvait Kagome, les seules preuves qu'on voyait étaient le bandage qui ceignait le front de Rin, et les pansements ici et là qui cachaient les égratignures sur son visage.
Inuyasha et Rin avaient eu de la chance. Ils étaient assez puissants l'un comme l'autre pour pouvoir entraîner leur destruction.
« Bonjour, Kagome-chan.
- Bonjour, Rin-chan. Déjà réveillée?
- Je suis plutôt matinale, et je me suis pas encore habituée à cette époque pour dormir trop longtemps dans la matinée. Je devrai pourtant, ton monde est tellement calme. »
L'association entre son époque et le terme 'calme' aurait pu faire rire Kagome. Le XXIème siècle n'avait rien de paisible. Mais pour quelqu'un comme Rin… Kagome sourit, en comprenant ce que disait la jeune femme. Elle savait que la vie au Sengoku Jidai n'était pas de tout repos.
« Je viens changer les pansements, dit Kagome. Après on descend pour le petit déjeuner.
- Bien. »
Kagome suivait les conseils de Hatori-sensei quant à la meilleure façon de soigner les blessures de Rin. Il était le professeur qu'elle admirait le plus parmi ses professeurs en médecine, et elle n'avait pas hésité à demander son avis.
Elle commença par retirer les petits pansements sur le visage de Rin qui grimaça à cause de la sensation désagréable. Au moins elle ne gémissait pas comme l'aurait fait Inuyasha. Les hommes pouvaient être de vrais bébés ! Kagome s'attaqua ensuite à dénouer le bandage au front de Rin qui se mit à sourire malicieusement.
« Alors, toi et Inuyasha ? »
Kagome arrêta ses gestes. Elle se sentait déjà rougir. Elle savait où Rin voulait en venir, mais préféra l'ignorer. Rin était comme même plus jeune qu'elle.
« Alors quoi ?
- Tu sais très bien, Kagome. Je viens peut-être du Sengoku Jidai, mais je comprends ce genre de chose. Kikyo et Sango m'ont expliqué tout ce qu'il y avait à savoir sur ce qui se passe entre un homme et une femme…
- Rin ! »
Rin rit de bon cœur devant son outrage. C'était un rire communicatif, et Kagome ne put retenir un sourire un peu penaud. Elle avait déjà eu une conversation assez… embarrassante avec sa mère sur le sujet. Non embarrassante n'exprimait même pas la moitié de ce qu'elle avait pu ressentir. Kagome-chan, n'oublie pas de prendre ta pilule, tu ne voudrais pas tomber enceinte en plein milieu de tes études. Voilà ce qu'avait dit Mama la veille. Au moins elle semblait approuver.
Sota avait un insupportable regard amusé quand ils se croisaient et Kagome s'était demandée comment elle avait pu faire jusque là pour ne pas l'assommer d'un bon coup. Quant à Ojichan… Il lançait des regards suspicieux à Inuyasha qui en était mal à l'aise. Ses oreilles bougeaient nerveusement à chaque fois qu'Ojichan le surveillait. Kagome soufflait pour l'instant. Il n'avait pas encore demandé à Inuyasha quand lui et Kagome se marieraient. Kagome doutait qu'Inuyasha pût se remettre du choc sans s'étouffer. Parfois, il avait la maturité d'un adolescent.
Toute la maisonnée se doutait qu'il y avait quelque chose entre elle et Inuyasha. Et ils avaient tous raison. Kagome croyait qu'ils étaient discrets, pourtant. Comment sa famille pouvait se rendre compte de ce qui se passait ? Etait-ce à leur façon de se contempler l'un l'autre ? Ou bien à leur façon de rougir lorsque leurs doigts se frôlaient par hasard, ou peut-être pas par hasard finalement, leur rappelant les moments d'intimité de la nuit précédente ?
Inuyasha et elle avaient plutôt rapidement franchi le pas après s'être enfin déclarés. Ils avaient du temps à rattraper. Huit ans déjà et surtout les quatre mois précédents pendant lesquels elle avait cru pouvoir tuer un amour qu'elle n'aurait jamais ailleurs. Les quatre plus longs mois de toute sa vie, les plus durs aussi. Elle avait tant essayé de se convaincre qu'elle ne devait plus aimer Inuyasha, qu'elle aurait mal si elle continuait ainsi. Elle était sûre d'une seule chose à présent : leur séparation avait été la plus grosse erreur de toute sa vie.
Elle s'en rendit réellement compte quand elle vit Inuyasha dans sa forme d'Inu yokai, un magnifique chien blanc, grand comme une maison, fier et bourru. Elle l'avait immédiatement reconnu, par instinct ou amour, elle préférait la seconde option. L'idée que l'homme qu'elle aimait était enfermé dans cette entité nouvelle, tellement étrangère, mais tellement lui aussi, l'avait effrayée. Pas pour elle. Jamais Inuyasha, yokai ou pas, ne lui ferait du mal. Elle avait peur qu'il la haït, qu'il la méprisait ou pire encore qu'il l'avait oublié, car cela aurait voulu dire qu'elle avait cessé d'exister pour lui. Ce qui expliquait son besoin irrépressible de le tenir contre elle, de sentir son odeur et sa force. De l'aimer.
Comme d'autres fois auparavant, son amour pour lui réussit à l'atteindre et à briser le sort qui l'emprisonnait. Rin avait eu raison de le croire, et de penser que même un yokai avide de sang pouvait aimer. Une conviction simple, naturelle venant de l'esprit spontané de Rin, mais complexe aussi parce qu'elle passait outre des lois apparemment ancrées dans la constitution des yokai. Rin était une jeune femme brillante, malgré ses seize ans, quand il fallait aller au-delà des apparences.
Elle avait tenté quelque chose de dangereux aussi, et Kagome ressentait une reconnaissance fautive envers Rin. Elle avait même donné ses dernières forces pour guérir Inuyasha. Rin était ainsi, à penser à ses amis avant elle. Elle était bien le Nigimitama.
Inuyasha avait porté Rin dans la chambre d'ami, et Kagome avait entrepris de soigner ses blessures alors que Mama appelait Hatori-sensei. Son état n'était pas inquiétant avait confirmé le médecin, et Kagome avait rejoint Inuyasha pour lui annoncer la nouvelle. Il s'en était voulu pour Rin. Il lui avait aussi raconté une histoire assez confuse mêlant un prétendant de Rin, Naraku –évidemment – et une poudre ensorcelée.
Le soir venu, quand tous furent rassurés et couchés, Inuyasha à la nouvelle lune s'était transformé en humain. Ses cheveux blancs avaient prit la même teinture que le ciel de la nuit, ses yeux brillants d'amour étaient passés du doré au bleu sombre. Et elle l'avait guidé dans sa chambre. Il avait été incroyablement tendre pour leur première nuit, malgré leur pudeur et leur timidité malgré…
« Kagome-chan ! La Terre appelle la lune ! »
Kagome sortit brutalement de ses pensées pour découvrir un sourire amusé sur le visage de Rin.
« Je sais que tu ne dors pas tellement la nuit en ce moment, mais…
- Rin ! Arrête ça ! On croirait que Sota déteint sur toi !
- Certainement pas, Kagome-chan. Je te faisais juste remarquer que tu devrais essayer de dormir plus. Cela t'éviterait de rêver en plein jour des évènements de la nuit. »
Kagome rougissait une fois de plus. Miroku devait aussi avoir pollué l'esprit de Rin. Sota n'aurait pas pu faire autant de dégâts tout seul et en trois jours. Rin perdit son air espiègle et sourit avec plus de douceur.
« Je suis heureuse pour vous deux, Kagome-chan.
- Merci, Rin-chan. Mais on parle, on parle, et ces pansements ne sont même par refaits ! Je vais laisser ton visage sans bandage. Tu cicatrises bien, et n'aura pratiquement pas de marques. Je m'occupe de ton ventre ? »
Rin souleva légèrement le haut de pyjama que Kagome lui avait prêté. Kagome enleva le bandage sur l'abdomen de Rin quand un détail concernant ce qu'avait dit la jeune femme la frappa. Elle hésita pourtant avant de l'évoquer.
« Rin-chan… Kikyo t'as parlé de… ces choses-là ? »
Une ombre passa sur les yeux de Rin et Kagome se demandait si elle n'aurait pas mieux fait de se taire. Rin finit pourtant par répondre.
« En tant que miko, il est normal de savoir cela. Kikyo m'en a parlé quelques jours après mes douze ans, puis Sango un an après. »
Kagome finit d'enlever les bandages de Rin pour découvrir la blessure que lui avait infligé Inuyasha. Les griffures resteraient sans doute marqués sur son ventre, cinq longs traits rosés sur sa peau pâle. Avec un peu de chance, ils ne se verraient pas dès le premier coup d'œil.
Kagome pouvait distinguer une autre cicatrice, plus ancienne, à moitié caché par le pyjama sous le sein gauche de Rin. Elle avait dû aussi la soigner, deux ans auparavant, après sa rencontre avec le Taiyokai Renei. Le grand-père de Sesshomaru avait laissé trois empreintes de doigts, indélébiles sur la peau de Rin. Ses yeux suivirent alors la dernière marque de Rin, où une fine ligne blanche courait le long de son bras droit. Contrairement aux autres cicatrices, cette dernière avait eu pour but de lui sauver la vie. Sesshomaru en avait été l'auteur.
« C'est ma préférée, » dit subitement Rin.
Kagome fronça des sourcils. Rin l'avait surprise.
« La cicatrice de Sesshomaru, précisa-t-elle. Des trois, c'est celle que je préfère. »
Rin avait donc suivi son regard. Autant pour la discrétion.
« J'espère qu'ils n'ont pas de cousin caché, continua-t-elle. Cela deviendrait ennuyant si c'était une tradition familiale.
- Rin-chan, tu ne devrais pas dire des choses pareilles. »
Rin haussa des épaules, et n'ajouta rien. Kagome nettoya et désinfecta les plaies en silence. Elle n'était pas particulièrement surprise que Rin s'attachât à la cicatrice de son bras. Elle devait lui rappeler Sesshomaru, l'homme qu'elle aimait. Kagome n'en avait pas parlé avec Rin, mais elle était sûre de ce qu'elle avançait.
Le problème venait de Sesshomaru. Sur ce point précis, il était pire qu'Inuyasha, et longtemps Kagome avait considéré le hanyo comme un cas désespéré. Elle avait de la peine pour Kohaku qui aurait été parfait pour Rin. Mais plus le temps passait, et plus les sentiments de Rin s'étaient fait prisonnier du taiyokai. Kohaku en souffrirait, si ce n'était déjà fait.
« Que vas-tu faire cet après-midi ? demanda Kagome pour renouer la conversation.
- Je ne sais pas encore. Regarder la télévision ou lire un livre en tenant compagnie à Inuyasha. S'il ne part pas te rejoindre à la faculté parce que tu lui manques.
- Je ne l'ai jamais vu au campus, dit Kagome surprise.
- C'est parce qu'il ne veut pas que tu t'énerves sur lui dès que tu le verrais. Il se cache quand il te rejoint là-bas. Je lui ai dit que c'était idiot. Avec des lunettes de soleil, une casquette et les vêtements de Sota, il pourrait très bien passer pour quelqu'un de cette époque. C'est à peine s'il m'écoute. Tu devrais lui parler, Kagome-chan.
- Mais il a raison, si quelqu'un s'apercevait qu'il n'est pas humain. Tu sais comment ils réagissent au Sengoku Jidai face à un hanyo. Imagine un peu ici. Ils ne comprendraient même pas ce qu'il est, et l'armée et les scientifiques voudront le capturer et faire des expériences et…
- Kagome, tu n'aurais pas dû voir ce film, hier soir, dit Rin sereinement. Inuyasha sait être prudent, et s'il lui arrive quoique ce soit, il aura deux miko descendantes de la grande Midoriko pour le sauver, non ? »
Kagome sourit. Elle devait faire plus confiance en Inuyasha. Il y avait des obstacles de tailles pourtant. En huit ans, Inuyasha ne s'était pas adapté au monde moderne, contrairement à Rin, qui pour une raison qui lui échappait, avait accepté ce monde sans trop de difficultés.
« Il n'est pas comme toi, Rin-chan. Il ne comprend pas mon monde et ne peut pas s'y intégrer. Parfois je crois qu'il ne souhaite tout simplement pas s'y habituer.
- Les Inuyokai redoute le changement par nature. Sesshomaru est comme ça aussi. Mais je crois que pour toi, Inuyasha le fera. Il t'aime suffisamment pour y parvenir. Il n'a pas besoin de tout comprendre sur l'époque moderne. Moi-même je ne comprends pas grand-chose.
- Alors comment peux-tu être si à l'aise ? La plupart des gens du Sengoku Jidai serait terrifié de se retrouver ici.
- Sans doute. Pour ma part je sais qu'il n'y a rien de maléfique dans tous ces objets nouveaux pour moi, et tellement différents. Il suffit qu'on me dise à quoi ils servent et ça me va très bien. Sota a voulu m'expliquer comment marche le téléphone et honnêtement je ne pense pas pouvoir comprendre son fonctionnement un jour. Ni même l'appareil photo qui est pourtant fascinant. De toute façon il faut bien que je m'adapte si je dois rester au moins deux semaines. »
Kagome grimaça. C'était l'autre problème, le Puit Dévoreur d'Os ou plutôt ce qu'il en restait. Dans sa forme de chien géant, Inuyasha avait complètement défoncé le puit, le réduisant pratiquement en tas de pierre et de bois. Ojichan avait rassemblé les économies du temple pour le restaurer, mais le doute persistait. Est-ce que le puit fonctionnerait comme avant ? Ni Rin, ni Inuyasha ne le montraient, mais Kagome était sûre que la question avait traversé leurs esprits.
Kagome finit enfin de soigner la cicatrice de Rin. Elle était encore un peu sensible, mais en bonne voie de guérison. Rin s'habilla avec des vêtements que lui avait prêté Kagome. Rin pouvait parfaitement passer pour une fille de son époque en jeans et tee-shirt. Kagome aurait aimé voir Sango dans des vêtements modernes aussi. Cela aurait pu être amusant.
Elles rejoignirent le reste de la maisonnée dans la cuisine pour le petit déjeuner. Inuyasha se goinfrait comme à l'accoutumée malgré les remontrances de Kagome. Rin partageait son attention entre les bêtises de Sota et le savoir ancestral d'Ojichan qui ne remarquait pas le sourire amusé de la jeune miko. Mama les surveillait tous d'un air approbateur, contente de cette scène devenue quotidienne depuis l'arrivée de Rin et d'Inuyasha.
Puis la routine forçait Kagome de se rendre à l'université et Sota au lycée, où ils étudiaient jusqu'au soir avant de retrouver la bonne entente familiale. Et enfin il y avait la nuit, où elle et Inuyasha exploraient leur nouvelle vie commune.
Cette vie-là dura plus de deux semaines, le temps nécessaire aux ouvriers de réparer le puit sous les yeux attentifs d'Ojichan et de Rin. L'été empiétait encore sur l'automne, et souvent au retour du campus, Kagome retrouvait Rin en train de lire un recueil de poésie sous l'arbre Goshinkobu. Elle ne lisait plus que ce genre, et refusait les romans et surtout tout ce qui se liait à l'Histoire. Rin disait qu'elle ne voulait pas être influencée par le futur dans ses choix.
Parfois, Kagome trouvait Inuyasha assis le long d'une branche au-dessus de Rin quand ils se tenaient mutuellement compagnie. Kagome jurait qu'il allait devenir un poète à force d'écouter Rin lire.
Kagome avait suivi les conseils de Rin et emmenait plus souvent Inuyasha avec elle. Il avait accepté d'un ton bourru d'emprunter les vêtements de Sota qui lui allait particulièrement bien. Surtout que les vêtements de Sota, plus mince qu'Inuyasha, moulaient parfaitement le corps d'Inuyasha au plus grand plaisir des yeux de Kagome.
Et c'était bien là le souci. Elle n'était pas la seule femme à l'avoir remarqué. Kagome aurait dû immédiatement se rendre compte des problèmes à venir après le commentaire de Rin qui disait qu'elle aurait aimé voir Sesshomaru habillé ainsi. C'était un signe qu'elle n'aurait jamais dû ignorer. Maintenant les filles du campus ne détachaient plus leurs yeux d'Inuyasha. Certaines d'entre elles ne se gênaient même pas pour se retourner sur son passage ou lui demander son numéro de téléphone. Kagome faisait toujours bien attention d'être dans les parages pour faire fuir ses idiotes qui voulaient mettre la main sur son homme.
Il n'y avait pas que des désavantages aussi. Kagome avait pour la première fois l'impression qu'elle sortait avec un garçon et à vingt-trois ans, c'était une sensation plutôt rafraîchissante. Même si ce qu'il y avait entre elle et Inuyasha allait bien au-delà d'une amourette de lycéens. Ils allaient parfois au restaurant, enfin plutôt les fast-foods, c'était le genre de nourriture qu'Inuyasha préférait, ou bien le cinéma. Ils se promenaient en ville pour faire les boutiques – malgré Inuyasha qui s'y ennuyait à mourir – ou dans les parcs en amoureux. Ils profitaient autant qu'ils le pouvaient du magnifique temps de début d'automne.
Pendant ce temps, Rin et Sota s'étaient vite forgés une amitié solide, et parfois ils sortaient ensemble avec Hitomi-chan la petite amie de Sota depuis maintenant huit ans. Ils avaient tous les trois le même âge, il était logique qu'ils s'entendissent aussi bien. Hitomi avait été un peu froide avec Rin au départ, la prenant pour une prétendante de Sota. Ses soupçons avaient été vite apaisés lorsqu'elle apprit qui était Rin. Sota avait était choqué de savoir que cette jeune femme de son âge pouvait bien être son arrière-arrière-arrière et elle ne savait combien de fois arrière grand-mère. Ojichan et Mama avaient été à peine moins étonnés.
Ce n'était qu'une possibilité, mais Kagome espérait secrètement que c'était bien une réalité. De Naraku, Kikyo ou Rin, le choix de l'ancêtre qu'elle désirait était vite fait.
Tout cela à cause d'une prophétie. Une prophétie qui réclamait un lourd tribut à Rin et à Kikyo aussi. Et donc à elle, Kagome, tant que son âme était en proie à la prophétie. Kagome n'avait bien sûr aucun souvenir de ses vies précédentes, et encore moins de celle de Kikyo, mais elles étaient là quelque part en elle.
Les journées d'automne passèrent tranquillement malgré les bruits de travaux ou les sons de l'appareil photo de Sota. Rin était devenue un de ses modèles favoris, bien après Hitomi-chan pourtant. C'était normal après tout. Rin était devenue une jolie femme, qui malgré sa force et son entraînement, paraissait aussi fragile que les premières fleurs du printemps. C'était en ces termes que Sota avait expliqué sa nouvelle fascination pour sa potentielle aïeule. Il avait l'œil pour ce genre de choses, ce n'était pas pour rien qu'il souhaitait devenir photographe.
Kagome depuis son petit nuage de bonheur, et malgré les cours à réviser, pouvait voir que Rin se languissait de son époque. Ses yeux étaient parfois voilés, sa tête tournée le plus souvent dans la direction du puit. Elle suivait attentivement la progression des travaux, son esprit projeté déjà dans le passé. Rin avait sa vie là-bas, et Sesshomaru, du moins Kagome supposait qu'elle pensait à lui.
Kagome aurait voulu en savoir plus sur ce que pensait Rin. Elle aurait aimé gagner la confiance de Rin et l'écouter. Parmi les évènements qui s'étaient produits en son absence, Inuyasha avait mentionné une confrontation entre Kanna et Rin. Elle devait avoir de l'importance si Inuyasha le mentionnait, même s'il ne donnait pas de détails. Il avait seulement dit que Kanna en était morte et que lui et Sesshomaru avaient retrouvé Rin avec Koga et Ayame. Inuyasha n'était pas enclin à dire d'avantage, et Kagome le respectait. Il était loyal envers Rin. Il veillait sur elle, comme il aurait veillé sur une petite sœur.
Les travaux s'achevèrent trois semaines après, au soulagement visible de Rin. Inuyasha en était aussi content, tout comme Kagome, mais il lui semblait que l'important pour lui était d'être avec elle. Et Kagome en était heureuse.
Ils prévirent leur retour vers le passé en une belle journée d'automne. Mama avait insisté pour organiser une petite fête de départ en déjeunant dehors.
Le matin pourtant, Inuyasha et Rin eurent l'idée complètement saugrenue de monter en haut de Goshinboku. Kagome avait eu la peur de sa vie lorsque Rin les avaient appelés à grands cris enthousiastes de la cime de l'arbre sacré. Ojichan avait même failli avoir une crise cardiaque. Surtout quand Rin s'était mise à redescendre. Elle avait glissé plus d'une fois et si Inuyasha n'avait pas été avec elle pour la retenir ou lui donner des conseils, elle se serait sans doute casser le cou dans une chute. Kagome avait réclamé des explications ensuite, et la seule qu'elle obtint était qu'Inuyasha avait promis d'apprendre à Rin de descendre des arbres. Quelle idée avait-il eu pour faire des promesses comme celle-ci ?
Kagome entendait la télévision depuis la cuisine où elle préparait le repas avec Rin. Elle pouvait voir par la fenêtre grande ouverte Inuyasha et Sota arranger la table dehors sous la direction d'Hitomi. Ojichan et Mama étaient ceux qui se reposaient pour une fois, assis devant la télévision.
« Tempête tropicale sur les îles Fiji. Les autorités évaluent les dégâts…
- Il ne faut pas être déprimé pour regarder les informations, dit Rin en découpant les tomates.
- Non, c'est vrai. Comme quoi les temps modernes et leur technologie ne sont pas aussi tranquilles qu'on pourrait le croire… »
Rin sourit mais n'ajouta rien d'autres. Elle portait un tablier blanc sur une robe jaune pâle que lui avait prêté Kagome. Ses cheveux étaient attachés contre sa nuque, mais déjà des mèches s'échappaient de l'élastique qui aurait dû les maintenir.
« Tu as aimé mon époque ? demanda Kagome en profitant du silence de Rin.
- Oui, beaucoup… La vie ici est tellement paisible, plus… reposante. Il n'y a pas de yokai qui veut obtenir la perle. Naraku est absent… même si un monde sans lui est un peu… étrange. Il y a beaucoup d'avantages.
- Mais… ?
- Mais ils me manquent tous.
- Surtout Sesshomaru, n'est-ce pas ? »
Rin sourit d'une manière désabusée.
« Oui, surtout lui. »
La jeune femme ne semblait pas vouloir développer le sujet, et Kagome la laissa tranquille. Elle avait appris que pousser Rin à parler n'était pas vraiment une solution. Elle s'exprimait seulement quand elle le sentait.
« Rowena Alborth, la célèbre chanteuse lyrique anglaise, a tenté de se suicider…
- Autre bonne nouvelle de la journée, dit Rin en mettant la sauce sur la salade.
- … Son état est considéré comme critique. Tokumi Seiji, fils du chef de la diplomatie japonaise,Tokumi Toshi, est parti au chevet de son amie d'enfance, élevée par la famille Tokumi depuis…. »
Tokumi… Kagome croyait avoir vaguement entendu des ragots sur eux. Le genre d'histoire qui était publiée dans des magasines que ses amies lisaient en riant. Kagome n'avait pas le temps pour des choses aussi futiles avec ses études.
« … Sa femme, l'actrice Sara Wilson pense demander le divorce avec…
- Voilà bien une chose stupide de divorcer avec son mari parce qu'il est au chevet d'une amie mourante, » déclara Rin en enlevant son tablier.
Kagome finit de préparer les sandwichs et l'imita. Puis elle se rappela de ce qu'avait dit Eri sur les Tokumi.
« Oh oui, je me souviens. Tokumi Seiji, un politicien je crois, s'était marié avec cette actrice américaine alors que tout le monde pensait qu'il épouserait la chanteuse…
- A tous les coups, dit Rin distraitement, il se rend compte maintenant qu'il aime son amie alors qu'elle est sur son lit de mort. C'est triste, quand même.
- Et tellement typique des hommes, » ajouta Kagome.
Inuyasha en était un parfait exemple.
« J'espère que vous parlez pas de moi ! » cria-t-il de dehors comme s'il avait lu dans ses pensées.
Kagome préféra se taire alors que Rin éclata de rire. La télévision s'éteignit et Mama entra dans la cuisine, son front légèrement plissé.
« Il y a quelque chose qui ne va pas Mama ? demanda Kagome.
- Oh non, non, Kagome-chan, dit-elle en forçant un sourire. Est-ce que le repas est prêt ? Je vais vous aider à l'apporter. »
Kagome se dit qu'elle reposerait sa question un peu plus tard. Sa mère paraissait soucieuse, elle en était certaine. A moins qu'elle regrettait le départ de Rin.
Elles amenèrent le repas sur une table tout aussi prête. Hitomi avait parfaitement dirigé Sota et Inuyasha.
Hitomi avait été mise au courant par Sota de la nature d'Inuyasha et d'où il venait. Elle regardait souvent ses oreilles comme pour s'assurer qu'Inuyasha était bien réel. Ce jour-là, Inuyasha portait une casquette comme toujours lorsqu'il rodait dehors, mais la présence d'Hitomi n'en était pas complètement étrangère. Il n'aimait pas la fascination que les autres avaient pour ses oreilles.
Hitomi allait aussi assister pour la première fois à leur départ à travers le puit. Sota avait insisté pour l'inviter au déjeuner d'adieu, sans doute pour cette raison. Hitomi avait du mal à croire tout ce Sota lui avait raconté sur le puit. Kagome ne lui en voulait pas, c'était assez difficile à concevoir.
Le déjeuner était agréable. Sota mettait l'ambiance comme à son habitude alors qu'Hitomi-chan le grondait affectueusement. La transformation de son petit frère en huit ans était presque incroyable. D'un enfant timide et introverti, il s'était développé en un jeune homme riant et confiant de ses capacités. Un peu trop parfois, mais Hitomi réussissait toujours à le remettre en place. C'était grâce à Hitomi qu'il était devenu ainsi, et à Inuyasha aussi.
Inuyasha lui se goinfrait, et quand Kagome en eut assez, elle lança un osuwari redoutable pour le remettre dans le droit chemin. Il la regarda d'un air boudeur, mais elle resta ferme et ne s'excusa pas. Ils étaient peut-être bien ensemble, mais s'il n'essayait pas de se tenir… Elle sentit une pointe de culpabilité jaillir en elle, et pour la première fois, elle considéra l'idée d'enlever le collier de soumission d'Inuyasha. Elle avait confiance en lui, il n'était plus le démon vindicatif qu'il avait été la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, mais… Mais s'il se mettait en tête d'affronter Naraku sans elle, elle ne pourrait pas l'arrêter… Non, elle devait lui laisser le collier… tant que Naraku vivrait.
« Kagome ? » murmura Inuyasha alors que les autres riaient.
Il était inquiet. Elle était restée trop longtemps dans ses pensées. Elle pressa doucement sa main pour le rassurer, et il lui sourit avec hésitation. Il ne dirait rien pour l'instant, mais elle aurait sans doute droit à une discussion avec lui. Peut-être qu'il oublierait avant, mais elle n'y croyait pas trop.
Le déjeuner dura jusqu' en milieu d'après-midi, puis Rin rassembla ses affaires pour leur départ. Elle n'avait pas grand-chose à ramener, ses vêtements de miko étaient devenus irrécupérables après sa bataille contre Inuyasha. Elle portait seulement ses protège bras et un petit sac de vêtements que lui laissaient Kagome. Kagome elle portait son éternel sac à dos jaune dans lequel elle avait rangé le restant de nourriture du déjeuner et des affaires pour Miroku et Sango.
Rin embrassa tour à tour Mama, Ojichan, Sota et Hitomi, murmurant des mots de remerciements et souriant aux promesses de toujours l'accueillir au temple quand elle en aurait envie. Ils prirent le temps nécessaire, mais finalement Rin se détacha de la famille de Kagome.
Rin et Kagome s'apprêtaient à descendre dans le puit, mais Inuyasha fit une chose galante qui étonna même Kagome. Il leur présenta son dos, et elles montèrent toutes les deux. Il les portait sans difficultés, mais après tout, il était aussi fort que n'importe quel yokai.
« On y va ? » demanda-t-il.
Kagome regarda avant de répondre, le visage déterminé de Rin qui acquiesça.
« Oui. »
Inuyasha les maintint plus fermement et il sauta dans le puit, vers le passé.
Cela faisait plus de trois semaines qu'elle était partie. Trois semaines pendant lesquelles Sesshomaru ne sentait plus son parfum, sa présence, son aura. Le vent ne lui apportait plus le son de sa voix lorsqu'elle chantait aux fleurs et aux arbres, sa silhouette ne se promenait plus entre la forêt et la campagne dans des balades paisibles. Elle n'était plus là. Elle était hors de sa vie, dans un autre monde au delà du temps, où elle était blessée, morte peut-être. Et toujours quand il considérait cette dernière possibilité, une douleur l'assaillait, capable de lui faire perdre son calme et sa sérénité. Rin lui manquait, plus maintenant que par le passé.
Après sa disparition dans le puit, un immense vide était né en lui. Il ne pouvait pas la rejoindre, le puit l'en empêchait. Il ne pouvait pas la protéger du monstre qu'était devenu son bâtard de demi-frère. Il ne pouvait que crier cette peine qu'il n'aurait dû jamais ressentir.
Il voulait faire disparaître ce vide, le remplir avec d'autres sentiments qu'il connaissait mieux. De la colère qui vira presque en folie meurtrière. Et il trouva un coupable, parmi tant d'autres, le moine qui avait permis qu'une telle aberration se produisit. Le moine avait autorisé Rin à agir comme elle l'entendait. Une chose particulièrement stupide devant le manque de discernement de Rin prête à sacrifier sa vie pour la médiocrité d'un hanyo. Cette vie qu'il lui avait accordée une seconde fois, sa précieuse vie.
Le moine n'avait pas une fois cillé devant sa rage, donnant avec un remarquable calme des explications sur la nature du puit. Il acceptait sa mort sans rechigner. Sesshomaru ne l'avait pas tué finalement, le kitsune lui disant que la mort du moine blesserait Rin. Et il avait cédé devant cet argument qui le faisait toujours faillir dans sa volonté et sa détermination. Non, il ne voulait pas la rendre malheureuse, il ne voulait pas la rendre orpheline une seconde fois.
Ainsi allaient ses faiblesses. Il y aurait quelques années, il n'aurait jamais hésité à tuer quelqu'un avec ou sans raison. Mais lorsque Rin était plus ou moins directement concernée, il recalculait ses actes, sans même vraiment sans apercevoir.
D'ailleurs depuis trois semaines, n'attendait-il pas son retour près du puit? Il guettait jour et nuit, indifférent au temps qu'il faisait, espérant qu'elle surgît enfin du puit. Il espérait aussi revoir au plus tôt Inuyasha. Il lui infligerait la plus douloureuse correction possible. Il payerait d'avoir oser toucher Rin, de l'avoir blessée et d'avoir abusé de son amitié.
Car l'idiote avait préféré mettre sa vie en danger pour sauver le hanyo. Elle n'avait pas voulu voir la raison et qu'il valait mieux le tuer. Il s'était aperçu en même temps qu'elle le moment où ils avaient perdus Inuyasha définitivement. Il avait sentit le moment précis où l'odeur d'Inuyasha avait drastiquement changé quand il était devenu un monstre sans âme.
Sesshomaru avait ressenti une certaine… tristesse alors, plus pour la détresse de Rin que pour le sort de son demi-frère, même si… Oui, il avait eu pitié d'Inuyasha. L'espace d'un instant il avait eu de la compassion pour lui. Mais Rin avait été la priorité. Il devait la convaincre d'abandonner alors que c'était la dernière chose qu'elle ferait. Il en était même allé jusqu'à ravaler sa fierté et à lui supplier d'arrêter. Sesshomaru n'était jamais allé jusque là, et pourtant cela n'avait pas suffi. Elle se battait jusqu'au bout. Elle tirait cela de lui, avait-elle dit.
Il n'avait jamais été autant frustré qu'à ce moment-là. Cette petite humaine lui résistait, allait contre sa volonté et il ne pouvait strictement rien faire pour l'en empêcher. Il n'avait pas été assez fort, il était impuissant devant cette femme qui lui avait donné son cœur.
Elle n'avait jamais rien demandé en retour, après ce désastreux combat contre Kanna. Elle s'était même éloignée, comme si elle craignait qu'il lui en voulût. Ce n'était pourtant pas le cas. Sesshomaru avait été surpris quand elle lui avoua à demi-mot ses sentiments. Et plus surpris encore quand quelque chose de chaud l'avait touché, quelque chose qu'il préférait ne pas comprendre. Comment souvent avec Rin.
Il se souvenait encore de l'odeur des larmes après. Il avait été présent lorsqu'elle avait éclaté en sanglots dans les bras d'Inuyasha. Il avait été là, incapable de bouger, même s'il en avait eu envie. Il ne savait pas s'il voulait être à ce moment-là, loin d'elle ou près d'elle. Pendant qu'elle pleurait, frêle et épuisée, les paroles de l'ookami Ayame s'étaient répétées dans son esprit. Elle aura besoin d'aide, de toute l'aide possible.
Pendant plusieurs semaines elle ne lui rendit plus les visites qu'ils avaient tous les deux inauguré, un jour pluvieux correspondant à ses seize ans. Il se mit à désirer de la revoir, d'entendre sa voix. Rin était absente, et il ne pouvait pas se défaire de la sensation que quelque chose d'essentiel manquait à sa vie. Jaken fut le premier à pâtir de sa frustration, avec ces yokai sans importance qui rodaient autour du village de Rin.
Ironiquement, ce fut Jaken qui servit à Sesshomaru d'amener Rin à lui. Il savait que le petit yokai manquait à Rin, et il l'avait laissé seul un instant pour pouvoir attirer la jeune femme. Un stratagème qu'il n'avouerait jamais d'avoir planifié, mais efficace, comme il l'avait prévu. Lorsqu'il s'approcha, Rin essaya plus ou moins subtilement de s'échapper. Il l'avait retenue avec des excuses, qu'elle seule savait percevoir comme telle, et qu'elle tairait comme toujours.
A son grand soulagement, Rin avait choisi de rester, et leurs vies prirent un cours normal. Elle venait les voir, et il l'écoutait parler, apaisé par le son de sa voix et par sa présence. Il n'avait jamais évoqué les sentiments de Rin à son égard, et Rin ne les mentionnait pas non plus. C'était mieux ainsi, il n'avait pas à s'embarrasser d'une discussion qu'il ne voulait pas avoir.
Beaucoup de femmes, yokai comme humaine, avaient jeté leurs cœurs à ses pieds pour un simple regard de sa part. Il les avait toutes méprisées à un moment ou à un autre, parfois prenant leur corps qu'elles offraient volontairement, parfois les tuant pour leurs avances déplacées. Aucune de celles ayant vécu, ne l'avaient occupé plus d'une nuit. Kagura aurait peut-être duré plus d'une nuit. Peut-être bien. Aucune humaine n'avait vécu, elles le répugnaient. Rin était l'exception. Elle était différente, il ne pouvait pas la tuer. Et pour une raison qu'il n'expliquait pas, il ne pouvait pas la repousser non plus.
Comment en était-il arrivé à là ? Qu'une simple humaine changeât tant de ces convictions était inconcevable. Son père rirait bien s'il était toujours vivant. Sesshomaru n'avait jamais caché son mépris pour Izayoi. Et une question le frappa dès lors. Est-ce que tout est en train de recommencer ?
Il ne savait pas s'il voulait vraiment s'appesantir sur ce problème, et Kagura apporta le prétexte parfait pour éviter ce genre de réflexion. Une odeur qu'il détestait parvint à ses narines, une odeur qu'il avait rarement sentie ces dernières années. Naraku était dans la forêt d'Inuyasha, et se dirigeait vers le Puit Dévoreur d'Os. Rin.
Sesshomaru sauta de la cime de l'arbre, en ignorant les appels de Jaken qui avait attendu patiemment au pied du tronc. En quelques sauts, il était devant le puit, prêt à intercepter le hanyo. La question était de savoir s'il affronterait une réplique ou bien Naraku lui-même. A sa dernière prestation dans le cœur d'Hakureizan, Sesshomaru avait été incapable de faire la différence.
Il dégaina Tokijin alors que Naraku entrait dans la clairière. Il était toujours le même depuis Hakureizan. Ses yeux rouges de haine, ses cheveux serpentant autour de lui, son armure laissant derrière lui des tentacules tendus à l'attaque. Son sourire sardonique, qu'il aurait tant aimé effacer d'un coup de griffes.
« Sesshomaru, quel plaisir de te voir.
- Tu es venu pour ta mort, Naraku. J'accorderai ton souhait avec joie. »
Naraku rit à gorge déployée, et Sesshomaru se retint de gronder. Le hanyo osait se moquer de lui. Il allait le faire taire, mais Naraku avait encore des choses à dire.
« Non, je sais que tu ne seras pas celui qui me tuera. Ainsi parle la prophétie. Je suis venu chercher Rin. Elle a été… absente, ces derniers temps. »
Sesshomaru ne dit rien. Il cru percevoir de l'inquiétude dans le ton de Naraku. Craignait-il d'avoir perdu à tout jamais le Shikon no Tama ? Ou bien… Un soupçon glaça Sesshomaru. Ou bien craint-il d'avoir perdu Rin ?
Comment pouvait-il savoir qu'elle était absente ? La seule raison envisageable était qu'il y avait bien eu des contacts entre Rin et Naraku. Mais de quelle façon ? Sesshomaru n'aurait pas pu manquer de s'en apercevoir à un moment donné. Et surtout, quelle… relation entretenaient-ils l'un avec l'autre ?
Sesshomaru devint livide d'une rage glaciale. Peu importe ce qu'il y avait entre Rin et Naraku. Le hanyo n'avait aucun droit de s'approcher de sa précieuse Rin.
Sa précieuse Rin ? Son esprit s'égarait encore. Il était inconcevable pour lui d'envisager Rin de cette façon. Même si… Non ! Tout en revenait à Naraku qui lui faisait réfléchir sur des terres qu'il avait toujours évitées. Autant tuer le hanyo immédiatement et se débarrasser des pensées inutiles.
Sesshomaru amplifia son youki pour se préparer à détruire la barrière de Naraku. Jusqu'à présent ni lui, ni même Inuyasha avec le Tessaiga rouge n'avaient réussi à briser les barrières de Naraku. Mais Rin, l'humaine qu'il avait vu grandir, qu'il avait protégé, y était parvenu. Il pouvait alors bien le faire, lui, Sesshomaru, le plus puissant Taiyokai du pays.
Sans prévenir, Sesshomaru lança son youki à travers Tokijin puis frappa la barrière. Il pourrait enfin prouver au monde que les prophéties n'étaient que des tissus de mensonge avec la mort de Naraku. Et ainsi… Rin serait préservée d'un destin qui n'était pas le sien.
La lumière bleue de son youki fracassa celle mauve polluée de Naraku, dans un éclat aveuglant et malsain. Sesshomaru ne pouvait plus voir Naraku, et il ne sentait pas de faiblesse apparaître dans la barrière. Paradoxalement, son énergie s'amplifiait, mais Sesshomaru ne contrôlait plus rien. Tokijin agissait de son propre chef. La lame, forgée à partir d'un détachement de Naraku, le trahissait-elle ?
Sesshomaru se concentra sur le youki sauvage et enragé de Tokijin pour obtenir des réponses. Il ne pouvait pas comprendre l'épée composée d'instincts primaux sans aucune capacité de raisonnement. Tokijin suintait d'un besoin de destruction et de sang que Sesshomaru avait toujours su utiliser à son avantage. Mais cette fois-ci, il semblait que l'épée puisait dans le youki de Sesshomaru pour le transmettre à la barrière de Naraku.
Sesshomaru cessa donc son attaque. Tokijin hurlait de façon bestiale, un son que seul Sesshomaru pouvait entendre, mais il l'ignora. Il rangea Tokijin à sa ceinture puisque l'épée s'était avérée inefficace contre Naraku. Tokijin préférait servir Naraku. Il aurait dû se douter que la trahison de son épée arriverait un jour.
Leurs énergies s'estompèrent, révélant un Naraku indemne, avec son éternel sourire narquois aux lèvres. La barrière ne présentait même pas une fissure.
Des odeurs familières parvinrent jusqu'à Sesshomaru. Ils auraient à présent des spectateurs. Jaken était déjà un fardeau, mais si les amis de Rin s'y mêlaient… Les deux groupes arrivèrent en même temps dans la clairière, Jaken, le moine, sa femme, le kitsune, et l'humain Kohaku.
« Sesshomaru-sama ! hurla Jaken de sa voix insupportable. Je vous ai cherché partout ! Quoi !? Na… Na…
- Naraku ! » cria le moine, achevant les balbutiements de Jaken.
Les autres se remirent de leur choc rapidement. La taijiya lança son Hiraikotsu sur la barrière, mais n'obtint pas plus de résultats que lui. Le moine s'apprêta à ouvrir sa main droite, mais des bourdonnements d'insectes se firent alors entendre. Les Saymyochos vinrent entourer Naraku. Même en le cernant, ils étaient tous dans une impasse où ils ne pouvaient qu'attendre la prochaine action de Naraku.
Le hanyo rit aux éclats. Sesshomaru gronda.
« N'est-ce pas pitoyable, Sesshomaru ? Il est normal que ces humains ne soient pas capables de briser ma barrière. Mais toi, tu es aussi impuissant qu'eux, alors que notre très chère Rin, une humaine, peut y arriver sans même réfléchir. »
Sesshomaru n'aurait su dire ce qui l'enragea le plus. La vérité dans les paroles de Naraku ou bien qu'il employa le terme 'notre très chère Rin'.
« Que viens-tu faire ici, Naraku ? » demanda le moine avec force.
Naraku devint sérieux, sa malice disparaissant derrière de la gravité.
« Je veux Rin. Elle n'a plus été présente depuis plusieurs semaines, ce qui s'explique d'une seule façon. Elle a franchi le puit vers le futur. Elle ne peut pas être morte, je l'aurais su, et Inuyasha est trop faible pour réussir à la tuer. Même après le… cadeau que je lui ai offert.
- Donc Rin avait raison, dit le garçon Kohaku. C'était bien toi qui étais à l'origine de la transformation d'Inuyasha en yokai !? »
Naraku jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, là où était posté Kohaku.
« Kohaku, cela faisait longtemps, mon ancien serviteur. J'ai toujours droit de mort sur toi, je ne l'ai pas oublié, surtout maintenant. Mais il est vrai qu'il est plus amusant de te voir encore vivre, ou plutôt survivre… J'ai entendu dire que tu avais des sentiments pour Rin… La vie n'était-elle pas cruelle, Kohaku ? Tu as tué ton père et un nombre incalculable d'innocents pour moi. Et à présent que tu es libre, tu nous ne trouves que de l'indifférence venant de la femme que tu aimes. Elle qui te délaisse pour un rêve qu'elle ne peut même pas réaliser… »
Sesshomaru réprima avec difficulté un grondement au fond de sa gorge. Il fut choqué par la colère et la douleur du garçon qui explosa violemment.
« Tais-toi ! Je vais te tuer, Naraku ! Tu entends !? Je te tuerai jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter ! Je…
- Kohaku, appela la taijiya, calme-toi je t'en prie ! »
Avant que le garçon ne fît quelque chose d'irrémédiablement stupide, le kitsune le retint par les épaules.
« Kohaku, murmura le kitsune à l'oreille de son ami, ça n'arrangera rien si tu te fais tuer maintenant, et encore moins Rin. »
Le garçon ne semblait pas vraiment calmé par les paroles du renard. Il était toujours prêt à sauter contre la barrière de Naraku au moindre relâchement de son ami.
Et à ce moment précis, il la sentit, son doux parfum fleuri qu'il lui avait tellement manqué. Il y avait aussi les odeurs de l'autre miko et d'Inuyasha, mais ils n'avaient aucune importance. Il se retourna, ne manquant pas d'apercevoir un sourire étrangement soulagé de Naraku, et regarda derrière lui, attiré par cette aura unique qui pulsait à nouveau dans leur monde.
Le temps ralentit presque lorsque jaillit du puit Inuyasha, avec perchés sur son dos la miko Kagome, et elle, Rin, celle sans qui le monde s'était arrêté dans une pause douloureusement longue.
« Naraku ! » s'écria Inuyasha choqué.
Les deux femmes avaient les yeux écarquillés par la surprise. Pour aucune, il ne lisait de la peur sur leur visage. Rin fut la première à se remettre. Elle descendit rapidement du dos d'Inuyasha et posa sa main sur celle du hanyo pour l'empêcher de dégainer Tessaiga. Inuyasha la contempla d'un air étonné, mais elle était focalisée sur Naraku seul, son beau visage figé dans une expression ferme.
Sesshomaru ressentit un immense soulagement en la voyant saine et sauve. Elle portait des vêtements étranges, sans doute originaires du futur. C'était une sorte de kimono jaune qui ceignait les moindres courbures de sa poitrine exposée par un léger décolleté, jusqu'à ses hanches, avant de tomber lâchement au niveau de ses genoux. Elle était radieuse, comme elle l'avait toujours été. Si ce n'est… oui, elle émanait une certaine lassitude, la même qui était née après sa rencontre face à la fille de Naraku.
Inuyasha comprit qu'il n'obtiendrait rien de Rin, et il fixa un regard haineux et défiant sur Naraku.
« Naraku, espèce de salaud, qu'est-ce qu tu fous ici !? »
Naraku ne prêtait même pas attention à Inuyasha. Sesshomaru commençait à croire que Rin hypnotisait le hanyo. Mais il finit par lui offrir un sourire plein de malices, et d'autres sentiments que Sesshomaru n'aimait pas.
« Rin, dit Naraku en guise de salutation.
- Naraku, répondit Rin sèchement.
- Tu m'as… manqué, tu sais.
- Voilà un sentiment qui n'est pas réciproque.
- J'avais presque oublié ton répondant, ma douce compagne de mon âme, » dit Naraku en souriant de plus belle.
Sesshomaru se demandait ce qui le retenait d'hurler de rage. Naraku était indécemment familier avec Rin. Sesshomaru qui surveillait aussi bien Rin que Naraku, remarqua qu'elle semblait indifférente au comportement du hanyo. Mis à part… oui, elle se tenait plus droite que d'habitude.
« Espèce de…, commença le jeune homme Kohaku, alors qu'Inuyasha grondait, la main de Rin toujours sur la sienne.
- Et je vois que tu es vêtue de façon intéressante, continua Naraku comme si Rin était la seule personne présente. Je ne me plains pas, d'ici, j'ai une vue particulièrement réjouissante. »
Sesshomaru gronda audiblement quand les yeux de Naraku parcoururent le corps de Rin, le caressèrent. Des tâches de sang troublèrent sa vue, et son youki fouetta l'air autour de lui. Il voulait la chaire de Naraku entre ses crocs, il voulait…
« Est-ce pour cette raison que tu es venu ? demanda Rin en posant sa main gauche sur sa hanche. Parler chiffon ? Parce que si tu veux on peut continuer sur la lancée des discussions frivoles. Par exemple, tu connais la fascination des trois lignées de Midoriko pour celle des Inuyokai. Moi, Kikyo, Midoriko, Kagome, Kagura, et j'en passe… Je me suis toujours demandé lequel t'intéressait le plus, Naraku ? Sesshomaru ou Inuyasha ? Ou bien les deux ?
- Rin ! » s'écria Inuyasha avec une horreur que partageait pleinement Sesshomaru.
Où avait-elle bien pu dénicher une idée pareille, si… écoeurante ? En tout cas, Sesshomaru devait admettre l'efficacité de son commentaire. Le sourire narquois de Naraku s'était effacé. La victoire de Rin fut de courte durée. Sesshomaru sentit le youki de Naraku battre, mais un petit cri de douleur le braqua sur Rin. Elle avait un visage contracté et sa main gauche agrippait sa poitrine, là où dans son cœur se cachait le Shikon no Tama.
« Rin, qu'est-ce qu'il y a ? demanda Inuyasha qui bien que le plus proche de Rin, semblait incapable de l'aider.
- Qu'est-ce que tu lui fais, Naraku ? » demanda la taijiya dont la colère ne masquait pas sa peur,
Ni Naraku, ni Rin n'étaient prédisposés à donner une réponse. C'était comme s'ils étaient seuls face à face. Rin inspirait profondément alors que Naraku esquissait un sourire cruel.
« Tu souffres, lui dit-il.
- Et ? »
Elle ne niait pas son état. Sesshomaru se força alors de trouver un stratagème pour en finir avec la situation. Mais il ne trouva rien, paralysé par cette scène étrange si proche de dénouer la relation particulière entre Rin et Naraku. Le hanyo sourit de façon plus cruelle encore.
« Tu es en train de perdre, » dit-il.
Rin leva un sourcil interrogateur.
« Vraiment ? »
Une charge puissante provenant de Rin et du Shikon no Tama, entoura la jeune femme, faisant s'élever un vent mystique, impalpable pour Sesshomaru, qui souleva ses cheveux détachés en l'air. Mais le but de Rin n'était pas seulement pour impressionner le hanyo qui en eut le souffle coupé. Il était pris dans des filets d'énergie purificatrice qui l'atteignit à en croire sa posture, identique à Rin, une main contre sa poitrine.
« Tu pourrais tenir longtemps ainsi, dit Naraku en se reprenant un peu. En fait, jusqu'à notre mort. »
Rin leva son visage vers le ciel bleu et ferma un instant les yeux, comme si elle savourait la sensation de chaleur que procurait les rayons lumineux qui tombaient sur elle. Puis elle regarda Naraku un sourire triste aux lèvres.
« C'est une belle journée pour mourir. Aujourd'hui, nous irons tous les deux en enfer, Naraku.
- Quoi ?!
- Rin ! »
Sesshomaru était stupéfait. Même Naraku paraissait pour la première fois effrayé. Et il y avait de quoi. Rin avait décidé de se tuer avec Naraku. L'idiote !
Sesshomaru essaya de se placer entre le Rin et Naraku, mais le champ d'énergie alimenté par la jeune femme était trop puissant pour le bloquer. Inuyasha, toujours en contact avec Rin, tenta de bouger, mais ses efforts étaient inefficaces, même avec l'aide de la miko Kagome. Rin l'avait aussi emprisonné dans un sort.
« On ne peut rien faire, dit le moine. Rin n'a pas dressé une simple barrière. Elle s'est scellée avec Naraku en fusionnant leurs deux énergies.
« Rin-chan ! cria la taijiya. S'il te plait ! »
Rin ne les écoutait toujours pas.
« Tu laisserais Kikyo vivre ? demanda Naraku avec violence. Elle qui a trahi ton amitié en essayant de te tuer ? »
Les humains étaient choqués mais beaucoup moins qu'Inuyasha et sa miko. Visiblement les plus naïfs de la bande. Sesshomaru savait que les deux femmes se battraient en ayant au dessus de leur tête cette prophétie qui condamnait l'une d'elle. Il regrettait seulement que Rin n'eût pas tué la miko Kikyo.
« C'est bien ironique de ta part de me dire ça, Naraku, dit calmement Rin. Combien de fois as-tu intenté à ma vie ? Et puis tu sais bien que ce jour-là, c'était moi qui allais tuer Kikyo. Tu étais suffisamment impliqué dans cette histoire.
- Donc tu as choisi ? demanda Naraku. Tu choisis notre mort. Tu es comme ta mère qui préféra sa mort devant le destin que je lui avais arrangé.
- Laisse ma mère en dehors de ça ! »
Rin éclata pour la première fois sous l'effet de ses émotions, mais Naraku continua.
« Je lui ai permis de mourir, mais ce n'est pas une erreur que je ferrais une seconde fois. Vous vous ressemblez tellement, toi et elle. Vous si égoïstes. Elle n'était pas assez forte pour accepter sa défaite, et choisit de mourir devant sa fille. Toi aussi tu désires montrer ta mort en spectacle à tes prétendus amis.
- Okaasan était plus forte que tu ne le seras jamais ! »
Rin parcoura du regard les autres témoins avec tristesse. Sesshomaru crut qu'elle l'observa plus longtemps que les autres, le frôlant d'émotions et de sentiments qu'elle ne réservait qu'à lui seul. Son expression douce s'effaça derrière un masque de fermeté qu'elle adressa à Naraku.
« Ils apprendront à être heureux sans moi, sans toi ou le Shikon no Tama pour leur empoisonner l'existence. Comme moi je l'ai été, après avoir rencontré Sesshomaru. »
Sans qu'il ne le voulût, des émotions douces et chaudes envahirent Sesshomaru et amenèrent des souvenirs lointains de leur première rencontre. De sa mort et de sa résurrection. Elle l'avait ensuite suivi, puis avait recouvré la voix. Sesshomaru. C'était la première chose qu'elle avait dit en s'éveillant d'un cauchemar. Un murmure, enroué mais mélodieux, qui l'avait attiré malgré lui. Une voix nouvelle, mais si naturelle aussi. Lorsqu'il avait découvert la petite fille en pleurs, il lui avait simplement ordonné de se rendormir. Après un de ses sourires radieux, elle s'était exécutée. Le lendemain elle avait reparlé, et parlé… à n'en plus finir. L'incessant flot de paroles lui avait donné un début de migraine et il ordonna à Rin de se taire.
Mais à présent, Sesshomaru se rendit compte qu'il ne voulait pas ne plus entendre sa voix. Il ne voulait pas voir disparaître cette chaleur qui l'envahissait lorsqu'elle était là, emportée en enfer par Naraku. Non, il ne voulait pas qu'elle mourût.
Il devait la faire changer d'avis. Cela n'aurait posé aucune difficulté lorsqu'elle était enfant, mais maintenant… Il devait espérer que, si elle avait suffisamment de sentiments pour lui, elle l'écouterait.
La taijiya agit avant lui, en lançant son Hiraikotsu sur le champ de forces entre Rin et Naraku. Il ne fit que le percuter avec un craquement avant de retomber par terre. Naraku se détacha du regard de Rin.
« Il semblerait que ta seconde mère souhaite mourir comme la première, Rin, » sourit Naraku.
Sesshomaru devinait que le hanyo avait un plan. Vu la tension dans les épaules de Rin, elle le savait aussi. Ou s'inquiétait-elle pour la taijiya ?
« Sango, laisse, dit le moine en commençant à découvrir sa main droite, il n'y a qu'un seul moyen.
- Miroku, non ! » cria Rin.
La taijiya observait son époux les yeux humides. Le moine caressa la joue de sa femme, de sa main gauche.
« Je veux un avenir où toi et les enfants ne craignent pas un monstre comme Naraku. Je refuse que le prix à payer soit la vie de notre grande Rin.
- Je sais, murmura la taijiya.
- Miroku, dit doucement la miko du futur.
- Miroku, ne sois pas stupide ! » appela Rin en lançant un coup d'œil inquiet sur le moine.
Ainsi, le moine voulait aspirer Naraku malgré les Saymyochos qui s'assemblaient autour du hanyo. C'était un plan qui convenait parfaitement à Sesshomaru, la vie du moine lui importait peu. Pourtant… Rin serait bouleversée.
L'éclat de rire de Naraku ne présageait rien de bon.
« N'est-ce pas touchant, Rin ? Ton deuxième père souhaite mourir de ma main, comme le premier. Car pour être honnête, même s'il réussit à m'absorber, il mourra rapidement. Le venin des Saymyochos coule dans mes veines. »
Comme pour prouver ses dires, un saymyocho se posa sur la main tendue de Naraku et le piqua de son dard. Le moine hésita.
« Que choisis-tu alors, Rin ? Presser notre mort alors que tu sais bien qu'il te faut encore un certain temps avant de nous épuiser complètement. Laisser le moine mourir à ta place ? Ou… me relâcher ?
- Espèce de salopard ! » aboya Inuyasha.
Et il y avait de quoi. Le hanyo avait trouvé un stratagème simple et efficace en se servant parfaitement bien des émotions si manipulables de Rin pour son entourage.
« Tu es en plein dilemme, ma douce compagne de mon âme. Je me rends compte qu'en certains aspects, celui de ta mère était plus simple. Surtout que cette fois-ci, je ne ferai pas les mêmes erreurs avec tes nouveaux parents. Je me réjouirais de leurs souffrances et de leurs morts plus intensément encore…
- Je serai là pour t'en empêcher !
- Je l'espère bien, Rin. Sans toi, je ne m'amuserai pas autant. Je réussirai à te faire faillir, toi, belle, fière et indomptable… comme toutes les femmes de la lignée de Midoriko… »
Les yeux de Naraku traînèrent une nouvelle fois sur Rin d'une façon méprisable, puis firent de même sur la miko Kagome.
« Comme toutes les femmes de la lignée… »
Inuyasha gronda et Rin qui avait suivi le regard de Naraku éleva sa voix.
« Je ne suis pas Kikyo ! Ne me confonds pas avec elle ! »
Naraku retourna son attention sur Rin. Il lui sourit au grand déplaisir de Sesshomaru.
« En train de protéger notre progéniture, Rin ? Comme c'est émouvant… En effet, tu n'es pas Kikyo, ni même Midoriko ou ta propre mère, malgré vos destins qui s'entrecroisent et se ressemblent. Midoriko, Taho l'a cueillie, brisée, et aimée. Kikyo, je l'ai cueilli et brisé… il ne me reste plus qu'à l'aimer. Mais toi, Rin, tu as été épargnée. Tu es différente, n'est-ce pas ? Tu te tiens droite, comme une fleur de printemps que le vent ne peut pas courber. Pas encore, du moins. Tu t'effrites, peu à peu des fêlures apparaissent sur la façade de porcelaine que tu voudrais de pierre. Dis-moi Rin, douce compagne de mon âme, dis-le moi. Qui te cueilleras ? Qui te briseras ? Qui… »
Le regard de Naraku parut se perdre dans celui de Rin, sa main gauche se soulevant doucement vers elle, comme s'il essayait de caresser sa joue.
« … t'aimera ? »
La voix de Naraku s'était fini en murmure audible de tous, plus insupportable que n'importe quel autre partie du hanyo. Sesshomaru tira Tokijin, qu'il plaqua avec toute sa volonté sur le champ de force. Il ne sut jamais comment il parvint à le franchir et à s'interposer, tant la colère qu'il ressentait écrasait son sens de raisonnement.
Derrière lui, il entendit Rin retenir sa respiration. Puis le champ de force désagréable dans lequel il s'était installé cessa. Sesshomaru allait en profiter pour attaquer, mais le moine le précéda en ouvrant son kazaana pour aspirer Naraku.
« Miroku, non ! »
Rin se précipita devant la barrière de Naraku en faisant face au moine. Elle commençait à être attirée par le vide d'air, ses cheveux masquant son visage. De ses mains, s'échappa un halo d'énergie qui créa un vent opposé au vide du kazaana, retenant les Saymyoshos qui allaient être absorbés. Le moine se tétanisa alors que Rin avançait inexorablement malgré ses pouvoirs vers le gouffre que contenait sa main droite.
« Miroku ! »
Le cri de la taijiya réveilla le moine de sa stupeur. Il referma son poing, déséquilibrant Rin qui vint percuter contre lui. Ils seraient tous les deux tombés si la taijiya n'avait pas bloqué son époux.
Le rire de Naraku retentit. Il s'échappait vers le ciel.
« A notre prochaine rencontre, Rin. Je me ferai un plaisir d'être le dernier être que tu verras avant de mourir. »
Il disparut alors dans les airs. Sesshomaru s'apprêtait à le suivre, mais la voix de la miko Kagome le retint.
« Rin-chan, ça va ? »
Rin ne répondit pas, son visage levé au ciel. Elle expira puis se pencha vers le sol, ses mains sur ses genoux, en se détachant des bras du moine.
« Ce que je déteste quand il fait ça, » murmura-t-elle.
Elle se releva brusquement et affronta le moine avec de colère.
« Pourquoi es-tu intervenu, Miroku ?! J'allais gagner sur Naraku ! Tout aurait été fini !
- Nous tuerons Naraku, Rin, répondit-il calmement mais je ne laisserai pas la vie d'une de mes filles en échange. »
Le visage de Rin s'adoucit et un sourire hésitant naquit sur ses lèvres.
« Ce qui est inquiétant, déclara Inuyasha, c'est que si une illusion peut faire autant de dégâts, de quoi est capable Naraku lui-même ? »
Sesshomaru n'eut jamais autant honte de partager le sang de son père avec Inuyasha qu'à se ce moment-là. Comment pouvait-il être passé complètement à côté de la scène ? Sesshomaru avait eu un doute au départ, mais qui fut vite levé avec l'arrivée de Rin. L'intensité de leur confrontation avait été plus qu'explicite. A voir les autres, il n'y avait qu'Inuyasha qui n'avait rien compris de ce qui s'était passé. Rin se retenait de sourire.
« Je peux au moins te rassurer sur ce point, Inuyasha, dit-elle. C'était bien Naraku.
- Quoi !? Et pourquoi tu n'as rien dit ? Tu aurais pu briser la barrière et je lui aurais défoncé sa gueule ! »
Sesshomaru était en partie d'accord avec Inuyasha. Là où leurs avis différaient, c'était bien sur l'identité de la personne qui tuerait effectivement Naraku. Sesshomaru y serait parvenu bien avant son demi-frère.
« Parce qu'il y aurait eu bien plus de morts que maintenant, répondit Rin en lançant un regard en direction du moine et de la taijiya. Et puis…
- Ne pars pas dans les conneries comme quoi c'est ton affaire seulement, interrompit Inuyasha. J'ai ma part à avoir quand ce salaud est dans une histoire. T'as vu comment il a regardé Kagome ? Comment… il t'a regardé… »
Avec désir. C'était ce qu'il y avait de plus flagrant dans le regard de Naraku. Rien que de s'en remémorer, Sesshomaru sentait son sang bouillir.
« Je sais, soupira Rin. Mais… ne t'en fais pas, Inuyasha. Kagome n'est pas sa priorité, tant qu'il y aura Kikyo ou moi.
- Mais, Rin, dit le kitsune, et toi ? »
Elle serra ses bras contre elle.
« J'ai besoin d'un bain brûlant, murmura Rin en se sauvant.
- Je vais avec elle, » déclara la taijiya en la rattrapant.
Sesshomaru hésita à la poursuivre. Elle avait tant d'explications à donner. Toutefois, il ne se sentait pas l'envie de l'affronter immédiatement, pas lorsqu'elle était dans cet état-là. Il pouvait le voir, tout autant que Naraku. Elle semblait sur le point de se briser.
Il lui restait en plus une chose à terminer. Faire payer Inuyasha.
Il donna un coup de poing puissant à Inuyasha qui fut projeté au sol avec violence. Le hanyo était trop lent, comment avait-il pu, un seul instant lui confier même inconsciemment, la vie de Rin ? Inuyasha cracha du sang, et le regarda avec défiance, même à terre.
« Je crois l'avoir mérité celle-ci. »
Sesshomaru fut étonné, mais il n'avait rien perdu de sa colère. Il prit Tokijin.
« Sesshomaru, s'il vous plait, » supplia la miko qui aidait Inuyasha à se relever.
Sesshomaru ne s'intéressa pas le moins du monde de la miko et leva Tokijin qui réclamait son sang. Il souhaitait donner une correction à Inuyasha, une qu'il n'oublierait pas de si tôt. Mais c'était sans compter sur l'intervention de Rin qui bloqua Tokijin d'un revers de lame, dans un claquement métallique.
Sesshomaru jura mentalement. Trop concentré sur sa tâche, il n'avait pas senti Rin revenir. Il s'écarta rapidement craignant de blesser Rin par la force de son bras. Il reprit le contrôle de ses émotions pour paraître froid.
« Otes-toi de mon chemin, Rin.
- Non ! Je ne vous laisserai pas lui faire de mal !
- Il a tenté de te tuer. Tu devrais désirer sa mort pour cela.
- Et pourquoi ? Je suis encore en vie, non ? C'est tout ce qui compte ! »
Derrière elle, Inuyasha s'assit avec l'aide de la miko.
« Rin… »
Elle l'ignora. Sesshomaru croyait qu'elle ne regardait que lui, avec ses yeux emplis d'émotions vives et complexes. Il se demanda si c'était avec ce regard là qu'elle avait affronté Naraku lorsqu'elle protégeait le garçon Kohaku, six années auparavant. Et si c'était le cas, comment Naraku avait pu y résister ? Comment avait-il évité d'y être complètement assujetti. Là où il y avait tant de peines dans ces grands yeux profonds, tant de…
« Il t'a blessé, insista Sesshomaru en préférant abandonner le cours de ses pensées. Tu en porteras la cicatrice le restant de tes jours.
- Et alors ? Vous m'en avez déjà donné une aussi.
- C'était pour te sauver la vie.
- Et votre grand-père, avant vous ! Et si vous avez un autre parent, je vous en prie, faites ! J'ai encore de la place sur mon dos !
- Rin, arrête…
- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire, Sesshomaru ?! coupa-t-elle avec fougue. Qu'est-ce ça peut bien représenter pour vous ?
- Je t'ai redonné une vie. C'est à moi de veiller à ce que tu ne gâches pas ce que je t'ai offert. »
Une excuse qu'il avait déjà utilisé avant, mais qui sonnait encore plus creux face à Rin.
« Alors pourquoi vous ne vous occupez pas de Kohaku ? Ou de ce Yokai que vous avez ressuscité d'après Shippo ? Ou même Jaken ? Pourquoi moi, une humaine ? »
Sesshomaru ne savait pas quoi répondre, et même s'il l'avait su, il n'aurait sans doute rien dit. L'interrogatoire de Rin le troublait, c'était certain. Pourquoi les protéger ? avait-il demandé à Inuyasha à propos des humains. Une question dont inexplicablement, il commençait à déterminer le sens.
Rin ferma les yeux et inspira profondément pour reprendre son calme. Elle ne contrôlait encore qu'imparfaitement ses émotions qui se reflétaient toujours dans ses yeux bruns.
« Qu'est-ce que vous voulez, Sesshomaru ? Dites le moi, qu'est-ce que vous voulez ? »
La détresse qui imprégnait la voix de Rin l'atteignit de plein fouet, lui, Sesshomaru, le Taiyokai, seigneur de l'ouest. Le sentiment de culpabilité qu'il en ressentit était ridicule, il était temps pour lui de partir.
Il tourna donc le dos à Rin, sans un autre regard, et se mit en marche. Il ne prit pas la peine d'appeler Jaken qui suivrait de toute façon.
« Ou faîtes ce que vous avez toujours fait, fuyez comme un lâche. »
Sesshomaru s'arrêta, blessé plus par l'amertume de Rin que par ses paroles insultantes. Il ne souhaitait pas sentir ces émotions, tellement… humaines qu'il méprisait. Il se raccrocha alors à ce qui faisait moins mal, cette insulte sur son honneur, étouffant la peine par la colère.
Il fit face à Rin, qui le défiait la tête haute avec un regard aussi perçant qu'une flèche purificatrice qu'elle aurait décoché. Elle n'avait pas le droit d'avoir cet effet-là sur lui. Et sans un mot ou un grondement, il se jeta sur elle et la plaqua contre l'arbre séculaire Goshinboku, remarqua-t-il distraitement. Il la maintenait fermement par la gorge, ses yeux fixant les siens écarquillés.
« Sesshomaru, laisse-la, espèce de salaud !
- Rin ! appelèrent plusieurs humains.
- Restez tous en dehors de ça, dit Rin sans le quitter des yeux. C'est quelque chose entre lui et moi. »
Rin était à sa complète merci. Elle aurait dû avoir peur, mais elle continuait à le défier. Il aurait pu la tuer, mais elle ne le craignait pas. Elle ne l'avait jamais craint.
« Ne me traites pas de lâche ! »
Il remarqua que leurs respirations à tous les deux étaient laborieuses.
« Est-ce ce que vous voulez, Sesshomaru ? Ma mort ? Car si c'est ça, je le ferai. Je réaliserai votre souhait à la fin. Je suis tellement fatiguée de tout ça, de vous, de Naraku… Si c'est ça, je le réaliserai… »
Les paroles de Rin l'assommèrent, et il relâcha la pression sur la gorge de Rin. Un katana en plein dos aurait été moins douloureux. Rin lui sacrifierait sa vie, s'il le désirait. Sans aucune résistance.
Pourquoi s'en languir ?
Elle était pourtant un élément immuable de sa vie. Jamais il n'aurait voulu sa mort, jamais…
« Ne redis plus jamais cela, Rin, » murmura-t-il en posant son front sur celui de la jeune femme.
Avant qu'elle ne baissât ses paupières, il vit ses yeux s'adoucir. Il s'en sentit apaisé, et ferma ses yeux à son tour pour savourer la sensation de son front tiède contre le sien, de son nez, frôlant le sien, de sa respiration caressant ses lèvres. De son odeur, de son âme, sans qui, il n'avait été que l'ombre de lui-même.
« Alors, murmura-t-elle contre lui, qu'est-ce que votre cœur désire, Sesshomaru ? »
Qu'est-ce qu'il voulait réellement ? Au-delà de tout interdit, de toute cette couche de glace qui le tenait à une distance hautaine avec le monde qui l'entourait ?
Il rouvrit les yeux pour découvrir le regard chaud de Rin plonger dans le sien. Cette chaleur l'encerclait, douce et apaisante, comme un baume, comme tout ce qui concernait Rin. Qui n'aurait pas voulu s'y immerger complètement, sentir toujours cette assurance que tout irait pour le mieux ?
Mais sa question restait sans réponse que Rin pouvait mieux connaître que lui, elle qui était le cœur du Shikon no Tama.
« Et toi, qu'est-ce que ton cœur désire, Rin ?
- Je veux que vous soyez heureux. »
Rin… Il n'aurait pas dû être étonné par sa réponse tant elle était caractéristique de sa précieuse Rin. Pour une raison qu'il ne cernait pas, elle le passait en premier. Il n'avait rien fait pour mériter cela, pour mériter l'amour inconditionnel de cette femme qui ne demandait rien en retour. Elle qui était si cristalline, si rayonnante d'émotions. Ils étaient tout aussi différents que la lumière et l'obscurité, et pourtant ils s'étaient rapprochés. Et pourquoi cela ? Pourquoi il sentait ce besoin irrépressible d'être avec elle, quoiqu'il advînt ?
Pourquoi… les aimer ?
De cet amour qu'elle lui donnait mais qu'il ne pouvait pas connaître. Pourquoi, en effet, un démon aimerait une humaine ? Pourquoi la tendresse de cette femme l'envelopperait ainsi, commandant son instinct de caresser de ses lèvres la bouche de la seule personne capable de lui faire ressentir ce qu'était l'humanité. Quelle importance qu'elle fût humaine et lui démon.
Il l'aimait.
Il inclina légèrement sa tête de côté, frôlant les lèvres tièdes de Rin, dont les mains étaient posées délicatement contre lui. Cette fleur humaine dont le parfum se teintait de la fadeur des larmes, l'obligeant à s'arrêter sur sa progression. Elle pleurait ?
« Non, » souffla-t-elle sur ses lèvres.
La réalité le frappa d'un grand coup, brisant à tout jamais cet instant qui aurait radicalement changé leur monde. Il s'écarta et observa Rin qui gardait la tête baissée. Elle l'avait rejeté, et la froide partie de son être susurra que le pire avait été empêché, que son honneur était sauf.
Et pourtant elle pleurait, des larmes silencieuses, cachées derrières des mèches brunes sauvages. Il fallut un effort colossal à Sesshomaru pour ne pas tendre sa main et effacer ses larmes indignes qu'il ne comprenait pas, mais qui ne lui appartiendraient jamais. Elle ne restait qu'une humaine et Sesshomaru refusait de faire la même erreur que son père.
Même par amour.
Il tourna son dos et regarda droit devant lui. Il ignora les expressions stupéfaites du kitsune et d'Inuyasha qui étaient sans doute les seuls à avoir tout entendu. Les autres avaient des degrés divers de surprise, sauf le garçon Kohaku qui retenait sa colère. Mais lui non plus n'avait pas vraiment d'importance.
« Jaken, nous n'avons plus rien à faire ici. »
Un sanglot étouffé lui parvint, et Sesshomaru fit tout son possible pour ne pas flancher sous le désespoir contenu de la jeune femme qu'il aimait, et qui l'envahissait comme la mer d'hiver, les nuits de grandes marées, pouvait recouvrir le sable glacé. Il se mit en marche, entendant le kitsune rejoindre avec hésitation Rin.
« Rin, pourquoi tu… ? »
Il n'y eut pas de réponse, seulement l'écho des pas de Rin qui se lança dans une course effrénée dans la direction opposée.
« Rin-chan ! » appela la taijiya.
L'aura de Rin battit et elle érigea une barrière pour ne pas être suivie. Sesshomaru pressa le pas, souhaitant échapper à l'odeur injustement ineffaçable des larmes de la seule personne qu'il désirait.
Bonne année à tous et toutes!
Et merci pour vos reviews, je suis contente que ça vous plaise! :)
A la prochaine.
