Chapitre 13

Pour apprendre à vivre

Ce jour-là, Rin aurait aimé se noyer dans la source d'eau chaude où elle s'était lavée du regard lubrique de Naraku et de la sensation inoubliable du corps de Sesshomaru contre elle. Tout aurait été plus simple, si elle l'avait fait. Plus simple pour elle, plus simple pour Sesshomaru, peut-être aussi. Mais surtout plus simple pour Naraku, ce qu'elle ne pouvait permettre. Cette envie d'en finir avait traversé son esprit, l'espace d'un instant, pour la première fois de sa vie. Même si elle changeât d'avis, cette idée sinistre avait laissé une empreinte indélébile sur son cœur.

La semaine s'était ensuite écoulée, sans qu'elle ne revît Sesshomaru ou entendît Naraku dans son esprit. C'était un soulagement pour elle, parce que ces deux hommes qui avaient accompagné sa vie depuis toujours semblait-il, lui avait donné leur cœur, alors qu'ils l'avaient abandonné depuis bien longtemps. C'était un fait qu'elle ne voulait pas affronter, mais que son esprit ressassait perpétuellement depuis son retour.

Naraku avait déclamé son désir, tombant dans le piège qui condamnait les lignées issues de Midoriko. Taho avait voulu Midoriko comme sienne, puis Onigumo Kikyo, enfin il y avait Naraku et elle. Tout se répétait dans un cercle infernal, et Rin ignorait comment elle pouvait échapper à cette chaîne qui la retenait vers ce destin qu'elle ne désirait pas.

Le Shikon no Tama forgeait leur destinée, forçant cette récurrence d'évènements tragiques. Si seulement la perle pouvait être détruite, si seulement elle était capable d'achever ce que Kikyo avait commencé près de soixante ans auparavant. Elle connaissait le moyen au plus profond de son âme, elle savait comment elle pouvait anéantir la perle. Elle en savait les conséquences pour elle aussi, cette mort définitive, sans espoir de réincarnation, sans âme pour renaître. Car détruire la perle, c'était aussi s'annihiler complètement, à tout jamais.

Et il restait aussi Sesshomaru. Lui qui avait eu la stupide idée de se mettre dans le champ de force entre elle et Naraku, une prouesse qu'elle n'aurait pas cru possible. Elle l'aurait purifié si elle l'avait maintenu. Il avait fait cela pour lui sauver la vie. Et elle avait enfin compris pourquoi.

Tout avait été dans son regard, dans la façon délicate de poser son front contre le sien, de la frôler de ses lèvres avec une douceur si contrastée à la violence de leur dispute juste avant. Il l'aimait, du moins elle le croyait, autant qu'elle pouvait l'aimer. Et là où elle aurait dû être heureuse, elle s'était souvenue qu'ils ne devaient jamais être.

Elle était une fille de Midoriko, destinée à se battre jusqu'à sa mort peut-être. Mais surtout, elle était humaine, une mortelle. Elle ne vivrait pas aussi longtemps que lui, elle ne laisserait qu'un vide pendant des siècles et des siècles. Elle ne voulait pas de cette vie pour Sesshomaru, elle le voulait heureux. Il ne le serait jamais avec une humaine.

Ce qu'il lui fallait, c'était une femme yokai, comme Kagura. Il l'aurait peut-être aimé si elle avait vécue. Et moi, j'aurais été enfin loin de sa vie, un souvenir qu'il aurait fini par oublier.

C'était pourquoi elle avait dit non avant que tout fût perdu. Heureusement il s'arrêta alors, car elle n'aurait pas eu la force de résister dans le cas contraire.

Elle ne savait pas si elle l'avait blessé ou s'il lui en voulait. Elle n'avait pas osé lever ses yeux embrumés par les larmes. Elle n'avait pas prévu la douleur qu'elle ressentit quand il partit. Nous n'avons plus rien à faire ici. Comme si elle n'avait aucune importance, comme si elle n'existait plus vraiment. C'était peut-être mieux ainsi. Il l'avait rejeté à son tour, comme elle l'avait voulu. Alors pourquoi, pourquoi cela faisait si mal ?

Après s'être enfuie vers la source d'eau chaude, elle était rentrée au village au coucher du soleil. Elle força des sourires aux villageois qui la croisaient et demandaient de ses nouvelles. Elle fit un détour pour retrouver AhUn qui lui avaient manqué pendant ces trois semaines. Puis elle rentra avec un simple 'je suis de retour'. Kiyoshi et Ren-chan lui sautèrent dessus et elle sourit presque comme avant. Les autres étaient graves et silencieux, et échangeaient des regards inquiets entre eux. Elle savait qu'elle n'aurait pas à subir de questions embarrassantes, pas en présence des enfants. Elle réussit pendant l'espace d'un instant à se faire oublier quand elle mentionna la nouvelle tournure de la relation entre Inuyasha et Kagome. L'ambiance devint plus joyeuse alors, même si elle ne partageait pas la bonne humeur générale.

Elle n'en avait pas vraiment la force après les confrontations qu'elle avait dû supporter.

Les jours suivants furent marqués par la fraîcheur et la pluie d'automne, presque hivernales. Elle avait appris que Miroku s'était chargé d'annoncer le massacre de son village à Kureno-san. Elle en était soulagée, elle aurait été incapable de le lui dire elle-même. Kureno-san avait eu une famille, des enfants là-bas. Et à cause d'elle, il ne restait plus rien. D'après Miroku, Kureno-san avait quitté ensuite le village, mais il n'avait pas ajouté d'autres détails. Rin savait ce que cela signifiait. Elle s'était faite un autre ennemi.

Pour une raison que Rin ne comprenait pas vraiment, Sesshomaru était encore présent dans les alentours du village. Elle n'avait pas essayé de les revoir, lui et Jaken, et l'inverse ne s'était pas produit. C'était là aussi, la meilleure solution.

Shippo vint lui parler de ce qui avait transpiré entre Sesshomaru et elle. Rin n'avait jamais eu une conversation aussi difficile avec son ami. Il lui avait reproché de repousser Sesshomaru, de repousser son bonheur. Elle pleura un peu, mais resta silencieuse pendant tout le monologue de Shippo qui ne comprenait pas ses raisons. A la fin, il tenta tant bien que mal de la consoler, mais rien n'y faisait. Il essaya même de la faire rire en prenant des formes plus ridicules les unes des autres. Il faisait souvent cela, quand Ren-chan pleurait, et il réussit à lui arracher un sourire, une chose devenue difficile pour Rin depuis quelques temps.

Kohaku la regardait plutôt tristement. Parfois, Rin avait l'impression qu'il voulait lui dire quelque chose, mais toujours il se ravisait. Sango et Miroku veillaient à avoir un œil sur elle, comme s'ils craignaient qu'elle agît de façon irréfléchie. Même Kagome l'observait toujours avec compassion, et Rin cessa d'essayer de décrypter les regards d'Inuyasha sur elle. Elle commençait à étouffer.

Avec cette sensation d'être encagée, naquit un besoin de partir. Elle voulait reprendre ses voyages, et voir où elle en était. Elle voulait chercher des réponses, et elle devait être seule pour cela. Elle ne voyait pas encore comment présenter l'idée aux autres.

Elle envisageait de repartir dans le futur. Kagome n'y verrait sans doute pas d'objection. Son monde offrait plus de sécurité à Rin que le sien, car là-bas, elle ne sentait pas Naraku. Il n'était tout simplement plus là dans ses pensées, ou dans ses rêves. Mais alors qu'elle aurait dû se sentir soulagée de son absence, Rin avait été mal à l'aise. Naraku était une partie de sa vie, de son être qu'elle ne pouvait pas défaire sans se sentir… vide. Non, incomplète plutôt.

Elle aurait pu prendre du repos dans le futur, mais ce n'était pas la solution. Kagome tournerait toujours autour d'elle comme une deuxième Sango. Elle n'avait pas besoin de cela, et encore moins dans un endroit qui n'était pas son époque. Et puis Rin voulait sentir la présence de Sesshomaru là où elle était. Même si elle ne le reverrait plus jamais, elle voulait le sentir vivre. C'était suffisant pour la faire tenir.

Il restait l'option de partir seule de villages en villages comme elle le faisait quand elle vivait auprès de Kikyo. Mais les autres insisteraient pour l'accompagner maintenant qu'ils savaient ce qui s'était produit entre Kikyo et elle. Ils ne voudraient pas lui laisser prendre le risque de rencontrer seule Naraku. Rin aurait alors besoin d'employer tous ses dons de persuasion.

Elle était rassurée aussi que personne ne posa de question sur les raisons qui avaient poussé Rin à Kikyo à se disputer. Elle en était même étonnée. Kagome et Inuyasha la traitaient comme auparavant sans malaise ni rancune alors que techniquement, elle avait presque tué Kagome. L'inverse avait été vrai, certes, mais comme elle évitait depuis son retour d'être seule avec eux, Rin ne savait pas vraiment ce qu'ils en pensaient.

L'un des autres sujets que personne ne mentionnait était la bataille contre Naraku. Shippo avait été le seul à l'évoquer, même partiellement et en se référant seulement à Sesshomaru.

Mais il y avait un autre problème qui avait failli se révéler pendant sa confrontation contre Naraku. Elle s'était aperçue bien après que son échange verbal avec Naraku sous-entendait qu'ils se connaissaient bien mieux que de simples ennemis dont la dernière véritable rencontre s'était déroulée six ans auparavant. Elle avait eu pour l'instant de la chance. Les autres ne se montraient pas aussi insistants que l'aurait pu être Sesshomaru sur le sujet. Du moins pas encore, car le malaise qui résidait entre elle et Miroku parfois présageait que leur silence n'allait pas durer.

Rin passait donc une grande partie de son temps avec Kaede, sans doute parce qu'elle n'avait pas été présente lors de son retour. Bien sûre, elle se savait également surveillée par la vieille prêtresse, mais elle ne disait rien non plus. Et puis elle avait le sentiment d'être utile. Soigner les personnes qui en avaient besoin avait toujours été une activité qu'elle aimait. Elle se raccrochait à cette impression qu'on avait besoin d'elle tout en évitant l'atmosphère pesante chez Miroku, Sango et les autres.

Elle était dans la hutte de Kaede et préparait une infusion de thé quand elle sentit l'approche inopinée de Totosai, Myoga et la monture en forme de bœuf à trois yeux du vieux forgeron, Momo. Elle ajouta un peu plus d'eau pour le thé.

« Nous allons avoir de la visite, Kaede-baba.

- Oh ? »

Rin se leva, et se posta à l'entrée de la hutte en s'enveloppant dans un châle qui ne la protégeait pas complètement du froid. Elle leva les yeux vers le ciel nuageux et commença à apercevoir un point sombre qui grandissait.

« Rin ! appela Inuyasha. Tu les as senti ? »

Inuyasha arrivait avec Kagome, Miroku et Sango. Rin acquiesça seulement et s'écarta de la porte pour faire rentrer Ren-chan et Kiyoshi qu'avaient amené Shippo et Kohaku. Il semblait que tout le monde serait là pour les accueillir.

Un beuglement lui fit à nouveau lever la tête.

« Oh là, Momo ! »

Le bœuf atterrit devant la hutte, et Totosai descendit, ses grands yeux globuleux sur Rin.

« Ah Rin ! Je te cherchais.

- Totosai-sama. Vous allez bien ? Vous boirez bien une tasse de thé ? »

A côté d'eux, Inuyasha se frappa le cou, écrasant alors Myoga. Rin en était désolée pour le petit yokai.

« Inu… yasha-sama…

- Keh, ça t'apprendra pour nous avoir abandonné la dernière fois. »

Totosai s'éclaircit la gorge.

« Ce n'est pas la peine, Rin, nous partons toute de suite. J'ai quelque chose pour toi, de la part de Bokuseno et moi. »

Rin se mordit la lèvre. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait vu Bokuseno-ojisan. Elle l'avait un peu oublié avec tout ce qui s'était passé dernièrement.

Totosai farfouilla dans son sac de tissus et en sortit un plastron en bois.C'était une belle armure, de ce qu'elle pouvait en juger, faite pour une femme et dont les gravures formaient des arabesques simples et gracieuses s'accordant à ses protège-bras. Elle n'était pas aussi imposante que celle de Sesshomaru, mais Rin était certaine qu'elle était solide. Elle pulsait encore du youki de Bokuseno.

« Tu peux la prendre, tu sais, » dit Totosai.

Rin rougit, embarrassée d'avoir été perdue un instant dans la contemplation de l'armure.

« Merci, Totosai-sama. Mais… je ne méritais pas un tel présent.

- Bah, va remercier Bokuseno, fillette, dit-il en se curant l'oreille. Il disait qu'Inuyasha t'avait blessée et qu'il te fallait une armure. Mais j'ai des doutes. Si c'était le cas, Inuyasha aurait été exécuté par Sesshomaru depuis bien longtemps.

- Hé ! s'exclama Inuyasha. Je bats Sesshomaru quand je veux, où je veux…

- C'était pas faute d'essayer, interrompit Shippo. Si Rin n'avait pas été là, Sesshomaru aurait… Aie ! »

Inuyasha avait donné un coup de poing sur le crâne de Shippo. Rin devina la suite des événements.

« Osuwari. »

Le sort de subjection plaqua Inuyasha au sol. Totosai continua comme si de rien n'était.

« Bokuseno disait aussi que je te trouverai plus lasse qu'avant. Il avait raison.

- Je…

- Tu sais que tu peux aller voir Bokuseno quand tu veux, fillette.

- Je... Oui, je partirai avec vous alors. »

L'idée venait de surgir et dès le moment où elle ouvrit la bouche, elle savait qu'elle recevrait des protestations.

« Rin ! C'est peut-être un peu précipité, dit Sango.

- J'irai avec toi, déclara Kohaku.

- J'irai seule.

- Il faut que quelqu'un veille sur toi, insista-t-il.

- Contre qui ? Naraku ? Je peux très bien me débrouiller contre lui.

- Mais Rin…

- S'il te plait, Kohaku ! J'ai besoin d'être seule pendant quelques temps, pour voir où j'en suis. »

Elle aurait aimé être moins suppliante, moins désespérée. Mais elle se sentait toucher le fond. Naraku avait raison. Elle commençait à se briser, et elle voulait le temps nécessaire pour réparer les fêlures que les circonstances avaient gravées en elle.

« Si c'est ce que tu veux, dit Miroku avec tristesse, alors je ne m'y opposerai pas.

- Miroku, pas encore ! s'écria Kohaku. Tu ne peux pas laisser Rin seule quand Naraku la poursuit comme il le fait ! Il la veut corps et âme, ce salaud veut Rin.

- Kohaku, arrête ça immédiatement, » ordonna Sango.

Rin avait fermé les paupières aux mots de Kohaku, dans un effort vain de bloquer les souvenirs du regard de Naraku posé sur elle.

« Rin, pardon, s'excusa Kohaku en posant sa main sur son bras. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoique ce soit, je ne veux pas qu'il… »

Elle ouvrit les yeux, alertée par l'inquiétude de son ami.

« S'il te plait, Kohaku. J'ai besoin de trouver une raison pour continuer. J'ai besoin de trouver une solution à mes problèmes, et une qui me donne à nouveau l'envie de vivre. »

Le choc peiné dans les yeux de Kohaku l'attrista, mais c'était la vérité. Elle était lasse, même si elle aurait aimé que ce ne fût pas le cas.

« Rin…

- J'aimerais être forte, Kohaku, je le voudrais vraiment... mais je suis épuisée, il me faut du temps.

- Je… nous pouvons t'aider. Je ne veux pas t'abandonner, Rin. Je t'aime, je ferai n'importe quoi pour toi…

- S'il te plait, Kohaku, répéta-t-elle en essayant d'ignorer la tristesse que provoquait la déclaration de son ami. S'il te plait. J'ai besoin de respirer, j'ai besoin de changement, et ce n'est pas ici que je trouverai ce que je cherche. »

Le silence tomba et Rin baissa la tête préférant éviter le regard accusateur de Kohaku. Mais il devait comprendre. Ils devaient tous essayer de la comprendre. Leur soutien était important pour elle, même si elle ne changerait pas d'avis quoiqu'ils pourraient en dire.

« C'est ce que tu veux vraiment, Rin-chan ? demanda Sango avec tristesse.

- Oui.

- Alors, reviens-nous en vie, je t'en prie. »

Rin sourit faiblement à Sango, sa deuxième mère, comme l'avait si bien fait remarquer Naraku. Mais elle ne lui fit aucune promesse. Pourquoi faire des promesses qu'on était incertain de tenir ? Elle était au moins heureuse qu'elle acceptât sa décision.

Elle rassembla ses affaires, suivis par Ren-chan et Kiyoshi qui trottaient tristement derrière elle. Elle se prépara rapidement, attelant AhUn et posant ses quelques sacs sur leur dos. Elle serra les deux enfants contre elle, puis se blottit entre Sango et Miroku qui avaient tant fait pour elle. Elle fit des adieux plus rapides aux autres, Inuyasha, Kagome, Shippo et Kaede. Elle ne répondit pas au 'reste' murmuré de Kohaku quand il la serra désespérément contre lui.

Elle monta sur AhUn et fit signe à ses amis, sa famille une dernière fois avant de s'envoler dans les airs derrière Momo qui portait Totosai et Myoga. Il faisait frais pour voler en altitude, mais Rin était habituée et le châle épais qu'elle portait l'aidait à maintenir un peu de chaleur. Au moins, même avec ce ciel couvert, il ne pleuvait pas.

Bien que voyageant côte à côte, ils restèrent longtemps silencieux. Rin laissa son esprit errer, mais pas dans les meilleurs souvenirs. Non, comme toujours, elle pensait à Sesshomaru, à Naraku, et parfois à Kikyo et Kohaku, deux autres difficultés qui avaient sillonné sa vie. En plus il était difficile d'essayer d'oublier Sesshomaru. Elle le sentait, il les suivait à bonne distance.

Momo s'approcha un peu d'AhUn.

« Il semblerait que nous ne sommes pas seuls, dit Totosai d'un air nonchalant

- Je n'ai jamais été… véritablement seule depuis que je connais Sesshomaru. »

Myoga et Totosai échangèrent un regard.

« Rin-sama, dit Myoga, est-ce qu'il y aurait quelque chose entre vous et Sesshomaru-sama que nous devrions savoir ?

- Pas à ma connaissance, répondit Rin en se tendant un peu.

- Rin, si le vieux Bokuseno était aussi inquiet, c'est qu'il y a quelque chose, dit Totosai avec un regard plus perceptif qu'à l'accoutumée. Il a pas été bavard pour ta blessure, mais il nous a quand même demandé de venir te chercher. Et tout ce discours pour convaincre le garçon de te laisser partir…

- Je n'ai pas envie d'en parler.

- Mais, Rin-sama…

- Myoga, la ferme, déclara tranquillement Totosai. On a fait notre boulot, c'est le plus important. Rin tu as tout à fait le droit de garder ça pour toi, si tu peux le supporter. T'es une bonne fille, et c'est pour ça qu'au moindre problème, si je peux t'aider, n'hésite pas à venir me voir. »

Rin sourit au vieux forgeron.

« Merci, Totosai-sama.

- Et fais l'effort de mettre l'armure que je t'ai créée, ça fera plaisir au vieux Bokuseno. Pense aussi à la montrer à Sesshomaru. Je veux qu'il bave d'envie devant mon travail.

- J'y penserai, même si je ne crois pas le revoir de si tôt.

- Et moi, je pense pas comme toi, Rin. Maintenant si tu veux bien m'excuser, mais comme tu connais le chemin et que tu es bien entourée, nous on va retourner à la forge, comme ça on n'y sera avant la nuit.

- Je vais avec Rin-sama, déclara Myoga en sautillant sur l'épaule de Totosai.

- Oh non, Myoga, dit Totosai en attrapant la puce dans sa main. Ils auront des choses à se dire, et ce ne sera pas en ta présence. Au revoir, Rin ! »

Momo vira vers la droite. Rin leva une main en signe d'adieu et porta l'autre à sa bouche.

« Au revoir Totosai-sama ! Au revoir, Myoga-sama ! Merci pour tout ! »

Elle crut entendre Myoga lui dire au revoir, mais Momo et AhUn s'éloignaient vite l'un de l'autre, jusqu'à ce que Momo et Totosai finissent par disparaître complètement de son champ de vue.

Elle fit presser l'allure d'AhUn pour arriver avant la tombée de la nuit. Totosai avait eu raison, Sesshomaru et Jaken la suivaient encore.

Le ciel commençait à s'assombrir quand elle atteignit la clairière de Bokuseno. Elle revit enfin, après tant de mois, le yokai séculaire, aux branchages dégarnis de feuilles d'ocres rouges.

« Rin-chan ! Je suis si content de te voir, déclara Bokuseno en souriant.

- Bonjour, Bokuseno-ojisan, dit-elle en se blottissant contre l'arbre. Je suis tellement désolée de n'être pas venue plus tôt.

- Allons, allons Rin-chan. L'important c'est que tu sois là maintenant. Et puis tu avais pleins de choses à faire, je le sais bien. Mais dis-moi, et cette armure que j'ai commandée pour toi, comment elle te va ?

- Elle est très belle, tu me gâtes trop ojisan, merci.

- Alors essaye-la, je veux la voir. »

Rin sourit devant l'impatience presque enfantine de Bokuseno. Elle enfila l'armure qui lui allait à merveille. Totosai l'avait vraiment fabriqué pour elle, et avec un talent d'artiste.

« Et bien, et bien, je suis content du travail de Totosai. Elle te va à la perfection. Te voici donc une vraie guerrière. »

Le sourire de Rin tomba.

« Je n'ai jamais voulu être une guerrière.

- Je sais. Tu es une guérisseuse de cœur et d'âmes qui doit pourtant vêtir une armure pour affronter le destin qui t'attend. Tu dois te battre pour continuer à faire ce que tu aimes, pour ceux que tu aimes.

- Ceux que j'aime… Ils seront heureux sans le Shikon no Tama. Ils apprendront à vivre heureux sans moi.

- C'est un mensonge, Rin. Et surtout, Sesshomaru ne le pourra jamais.

- Sesshomaru est un yokai. Il n'a rien à faire avec une humaine comme moi.

- Même s'il t'aime ? »

Rin se tut sous le choc. C'était la première fois que quelqu'un évoquait si clairement cette possibilité. C'était la première fois que quelqu'un confirmait ses suspicions ou peut-être seulement ses désirs. Qui n'ont pas lieu d'être !

« Ca ne compte pas, dit-elle. Même si je survis la bataille entre les trois héritiers, il ne me restera tout au plus quelques décennies à vivre. Rien de bon ne pourrait arriver, et il le sait parfaitement. Il se gardera de m'aimer pour cette raison et pour préserver sa fierté.

- Pourtant, tu ne peux pas t'empêcher à t'attacher aux papillons le jour, et aux lucioles la nuit en sachant très bien que leur vie est éphémère.

- Et je suis triste quand ils meurent. Si Sesshomaru… m'aimait comme on peut aimer… Je refuse qu'il passe par cette douleur là, ojisan.

- Est-ce à toi de décider pour lui ? »

Rin ne savait pas quoi répondre. Bokuseno avait raison, c'était à Sesshomaru de choisir ce qu'il voulait faire de sa vie. Mais Rin savait qu'il ferait le bon choix. Il savait que c'était la meilleure solution et ne répéterait pas les erreurs de son père. Bien que… bien que Rin ne considérât pas Inuyasha comme une erreur. Non, il y avait des choses remarquables qui naissaient entre les humains et les démons. Les hanyos… Elle secoua la tête. Elle n'allait pas changer sa résolution maintenant.

Bokuseno soupira.

« Tu as beaucoup de chances d'avoir pris le cœur de Sesshomaru, Rin. Midoriko n'y est pas parvenue.

- Comment savez-vous pour Midoriko ? demanda Rin surprise.

- Je vivais à l'époque de Midoriko, je te le signale. Sesshomaru n'avait jamais vu Midoriko comme présentant un quelconque intérêt. Il n'a pas cherché à la connaître. Si cela avait été le cas, sans doute que beaucoup de choses auraient été différentes.

- Il… il aurait aimé Midoriko ? demanda Rin en réprimant une pointe de jalousie.

- Peut-être. Vous avez toutes les deux tant de qualités communes. Midoriko était certes une guerrière mais des trois héritiers, c'est toi qui tiens plus d'elle.

- Vous la connaissiez ?

- Je l'ai rencontrée, une fois.

- J'aurais aimé la connaître.

- Tu l'as déjà rencontrée. Son âme s'est divisée entre deux personnes maintenant.

- Qui ?

- Toi et Kikyo.

- Comment ? »

Rin était surprise, et ne comprenait pas ce que Bokuseno voulait dire. Il prit son temps pour répondre.

« Le Shikon no Tama abrite une partie de son âme. Peut-être que c'est grâce à cette partie de Midoriko en toi que tu as appris à te battre comme une guerrière. Kikyo a… commandé le restant de l'âme de Midoriko enfermée dans son corps sans vie de venir à elle. C'était avant qu'elle te prenne sous son aile.

- Comme les autres âmes perdues des jeunes filles ?

- Je le crois, oui. »

Rin resta silencieuse essayant de donner un sens aux nouvelles informations que lui donnait Bokuseno.

« Pourquoi ne me l'avoir pas dit plus tôt ? finit-elle par demander.

- Parce que tu n'étais pas prête ? Parce que la dernière fois que tu es venue, tu avais besoin avant tout de repos ? Parce que maintenant, tu cherches des pistes vers les réponses qui te diront comment continuer ? »

Rin se tut, et Bokuseno continua.

« Ce qui est ironique, c'est que chacune d'entres vous a hérité d'une partie opposée de son âme et qui pourtant vous correspond au mieux. Midoriko vit encore dans le Shikon no Tama, elle y vit pour se battre perpétuellement contre ses ennemis. Kikyo, elle, porte l'âme défunte de votre ancêtre, plus triste, plus désespérée parce qu'elle porte les blessures béantes de Midoriko. Oui, Kikyo est bien liée irrémédiablement à la mort.

- Je suis aussi morte comme elle, une fois.

- Et tu vis à présent. Kikyo… tu sais bien qu'elle est différente. »

Rin n'avait plus rien à dire, et la conversation s'acheva alors. Elle avait obtenue des réponses, mais qui ne concernaient pas vraiment les interrogations qu'elle avait en arrivant. Au contraire, elles lui amenaient d'autres questions encore, d'autres doutes. Etait-elle toujours Rin, malgré l'âme de Midoriko qui vivait en elle ? Malgré ce destin qu'elle voulait renier mais qui était définitivement le sien ?

Elle resta auprès de Bokuseno, décidant de prendre le temps de choisir sa prochaine destination. Le vieil abri qu'elle avait construit plusieurs mois auparavant lui servait de seconde maison et la protégeait partiellement du froid et de la pluie d'automne. La présence d'AhUn l'aidait beaucoup à ne pas trop en souffrir.

Sous l'attention du vieil arbre de magnolia, dont les dernières feuilles avaient été emportées par le vent, elle s'entraînait aussi bien spirituellement que physiquement. Malgré les années, sa concentration n'était pas parfaite, et la présence lointaine d'un certain taiyokai n'aidait pas. Jaken était avec lui, toujours en fidèle serviteur. Il y avait aussi Kagura avec eux, qui à l'étonnement de Rin, vint leur rendre visite.

La première fois que l'esprit du vent arriva dans la clairière, Rin avait été méfiante, se rappelant leur dernier affrontement pour un homme que ni l'une, ni l'autre ne pouvait obtenir. Pourtant, dès le départ, et grâce à la gentillesse de Bokuseno qui en savait plus qu'il n'en laissait paraître, elles reprirent leur amitié d'autrefois. C'était plus complexe qu'avant aussi, Sesshomaru était une sorte de lien entre elles, à la vie à la mort.

La visite qui la surprit le plus fut celle de Jaken. C'était bien la première fois qu'il faisait l'effort de venir la voir seul. Sesshomaru était de l'autre côté de la forêt, avec un yokai mineur, si les sens de Rin ne la trompaient pas. Elle se demandait si Jaken avait pris sur lui-même de venir la voir, sans en parler à Sesshomaru. Il risquait sa vie si c'était le cas.

« Rin !

- Jaken, comment ça va ?

- Bien, bien et toi ? »

Rin hésita. Jaken était inquiet pour elle. Il avait été présent la dernière fois qu'elle avait parlé, non plutôt affronté, Sesshomaru. Il avait été témoin de ce qui avait transpiré entre eux, et elle n'avait aucune idée de ce qu'il en pensait.

Petit à petit, elle réussit à construire une conversation avec Jaken, malgré son évident malaise causé par la présence de Bokuseno. Ce n'était sans doute pas la seule raison, il paraissait tracassé par ses problèmes. Peut-être appréhendait-il finalement la réaction de Sesshomaru quand le taiyokai sentirait où il était.

Rin ignorait vraiment si Sesshomaru irait jusqu'à venir le chercher. Elle le sentit pourtant s'approcher vers eux. Sans qu'elle ne le voulût, les battements de son cœur s'accélérèrent, entraînés par l'anticipation de le revoir, de lui parler… Et il s'arrêta, quelque part dans la forêt. Elle réprima son regret et sa déception. Elle savait qu'il en était mieux ainsi.

« Comment va Sesshomaru ? » ne put-elle se retenir de demander.

Jaken soupira de soulagement.

« Il… depuis la dernière fois, il est… plus pensif

- Il a toujours été pensif, Jaken, dit-elle s'apercevant du tour que prenait la conversation.

- Mais c'est différent. Je sais de quoi je parle, je suis son serviteur depuis plusieurs décennies. Personne ne le connaît mieux que moi, ajouta-il avec fierté. C'est comme s'il était…

- … mélancolique ? compléta Bokuseno.

- Oui, presque, » avoua Jaken comme si on lui avait enlevé un grand poids.

Rin savait que Sesshomaru n'était pas quelqu'un à tomber dans la mélancolie. Elle se souvenait pourtant d'une époque où il paraissait presque triste. Elle ne connaissait pas les raisons, même si à y réfléchir bien, elle pouvait peut-être l'attribuer à la mort de Kagura. Rin ne voyait pas d'autres causes.

« Mais peut-être que si tu venais…, » commença Jaken.

Elle focalisa brusquement son attention sur le petit yokai.

« Pourquoi dis-tu ça ? Nous savons tous les deux qu'il méprise les humains.

- Mais pas toi… Tu as toujours été différente… »

Rin serra les poings en entourant ses genoux de ses bras. Elle avait été une exception, elle ne le niait pas. Sesshomaru l'avait tolérée, protégée même. Ses raisons à l'époque lui paraissaient obscures, et Rin ne se posait pas vraiment de questions tant qu'elle était avec lui. Cela ne servait à rien de trouver les explications là où la logique n'avait aucune raison d'être.

Rin écoutait le plus souvent son cœur, la raison ne l'aiderait pas, pas dans ce cas-là. Son amour pour Sesshomaru, et ce qu'il ressentait pour elle étaient. En savoir la cause ne changerait rien au fait que leur relation ne devait jamais être.

« Il est tard, Jaken. Sesshomaru se posera des questions si tu ne pars pas plus tôt.

- Mais Rin…

- S'il te plait, Jaken. Il ne faut plus que lui et moi nous nous revoyions. »

Bokuseno et Jaken ne cachèrent pas leur surprise, et Rin se leva en veillant à leur tourner le dos. Elle entendit Jaken soupirer puis lancer un 'au revoir' avant de s'enfoncer dans la forêt.

Bokuseno et elle restèrent longtemps silencieux, ouverts à la vie discrète de la forêt d'automne, mais plongés dans leurs esprits.

« Es-tu sûre que c'est le meilleur choix, Rin ?

- Je le crois.

- Tu cherches seulement à te détacher de ceux que tu aimes pour trouver la force d'anéantir le Shikon no Tama, et ta vie par la même occasion, n'est-ce pas ? »

Rin fit face au vieil arbre qui la considérait avec tristesse.

« Comment… ?

- Je me souviens d'une conversation portée par le vent… Une où tu croyais t'adresser à ta mère Kisara, sous l'effet de la fièvre, mais véritablement à ta mère Sango. Tu disais que tu détruirais la perle avant que Naraku te tue. Tu as toujours su que c'était la solution qui t'éviterait d'affronter Naraku dans un combat au résultat incertain. Mais avant, ce n'était qu'une idée en passant, un dernier recourt si l'espoir t'abandonnait. Et maintenant que tu renonces peu à peu à une vie heureuse auprès de Sesshomaru…

- J'en ai assez entendu, Bokuseno…

- … tu penses anéantir ton âme et le Shikon no Tama par la même occasion. »

Rin retint sa respiration. Il y avait une certaine violence dans le fait de recevoir son plan en pleine figure ainsi.

Mais elle s'en savait capable. Elle le pensait du moins. Si Midoriko avait pu créer le Shikon no Tama, Rin pouvait le détruire. Elle pourrait ainsi achever l'histoire qu'avait entamée son ancêtre. Ses ébauches d'idée, qui l'avaient toujours accompagnées depuis qu'elle commençait à maîtriser le Shikon no Tama, s'étaient transformées en résolution en quelques mois. Bokuseno le savait, et il essayerait de la faire flancher. Elle devait s'en aller au plus tôt.

« Demain, je partirai avant l'aube, déclara-t-elle sans croiser son regard.

- Si c'est ce que tu veux, Rin-chan. Mais je t'en prie, si tu dois prendre une décision, prend celle que te dicte ton cœur. »

Elle ferma les yeux. Elle n'avait plus le temps d'écouter son cœur. Pour l'instant elle avait besoin de raison. Bokuseno reprit la parole.

« Au nord d'ici, avant les montagnes, s'élève une colline où se trouve un village abandonné de taijiya. Je crois que tu connais deux personnes qui viennent de ce village.

- Kohaku et Sango ?

- Oui, mais ce que tu ignores peut-être, c'est que dans une grotte à proximité, les corps de Midoriko, Taho et les yokai qui s'étaient alliés à lui, sont à jamais figés dans leur dernière bataille. Peut-être es-tu curieuse de voir où tout a commencé, même si c'est un commencement parmi tant d'autres. »

Rin considéra l'idée de Bokuseno. C'était un endroit comme un autre pour débuter un voyage.

« Oh, et fais bien attention, Rin-chan. Je sens que l'hiver sera précoce et plus rude que d'habitude. Prends bien soin de toi pendant cette période.

- Oui. Merci, Bokuseno-ojisan. »

Le principal avait été dit, et le lendemain, Rin était prête pour une nouvelle destination. Elle fit ses adieux à Bokuseno, espérant qu'elle le reverrait encore.

Elle s'envola avec AhUn vers le nord, à la recherche du village de Kohaku et Sango. Elle ne savait pas où était leur village, mais elle refusait de rentrer pour demander des informations à Kohaku ou Sango. Rin ne voulait pas leur faire évoquer des souvenirs douloureux et préférait éviter les questions qui auraient suivi. Elle aurait eu alors toutes les peines du monde pour convaincre à nouveau Kohaku de ne pas partir avec elle alors qu'il avait tous les droits de revenir dans son village natal.

Le voyage dura quelques jours, et Rin pour passer le temps, entraînait AhUn à la rattraper en plein vol, comme plusieurs années auparavant. Elle cessa vite car non seulement AhUn détestaient cet exercice, mais Sesshomaru semblait alors vouloir se rapprocher dans ces moments précis. Elle ne se sentait pas vraiment prête de le rencontrer.

Elle commença à se demander si elle prenait la mauvaise direction, mais Kagura entreprit de la guider. Elle était reconnaissante de l'aide de l'esprit du vent, car le froid précocement hivernal commençait à l'affecter.

Elle arriva finalement aux abords d'une haute colline isolée. Derrière, la chaîne des montagnes du nord des ookami s'érigeait à perte de vue. Peut-être qu'elle prendrait un moment pour rendre visite à Ayame et les autres ensuite.

Elle piqua avec AhUn vers le sommet de la colline sur laquelle elle commençait à distinguer de hauts remparts de bois, entourant le village abandonné. AhUn se posèrent sur ce qui ressemblait à la place principale.

Rin frissonna quand elle descendit d'AhUn. Malgré les deux cents ans qui étaient passés depuis la dernière bataille de Midoriko, des forces résiduelles à la fois bénéfiques et maléfiques suintaient dans le village. Rin n'était pas vraiment confortable, et regretta vraiment l'absence de personne dans les alentours. S'il y avait eu de la vie, ce sentiment de malaise aurait été moins puissant.

Elle préféra d'abord marcher dans le village plutôt qu'aller immédiatement dans la grotte d'où venaient ces auras du passé. C'était retarder ce qu'elle ferait de toute façon, mais Rin préférait se sentir vraiment prête avant d'affronter Taho et Midoriko, morts ou pas.

Le village tombait en ruine. Les maisons de bois avaient été au cours des années frappées par les intempéries et menaçaient de s'effondrer. Rin se demandait si son ancien village avait subi le même sort après l'attaque des loups de Koga, ou bien si des survivants l'avaient fait renaître de ses cendres. La première possibilité était la plus probable. Qui aurait voulu reconstruire à partir de pierres imbibées de sang ?

Sango et Kohaku revenaient parfois sur leurs terres natales pour honorer les tombes de leurs voisins, amis et familles. Rin les respectait pour cela. Elle n'était elle-même jamais revenue dans son village voir les ruines où reposaient les cendres de sa famille depuis qu'elle avait rencontré Sesshomaru.

Rin, accompagnée par AhUn, trouva facilement les tombes. Elle s'y agenouilla, contemplant pendant un instant les bougies d'encens qui ornaient chacune d'elles. Rin ferma les yeux et offrit une prière silencieuse, espérant que leurs âmes avaient pu trouver le repos. Elle l'espérait, même s'il lui était difficile de croire que le repos pouvait exister pour ceux qui avaient été victimes de Naraku.

Elle releva ensuite la tête, puis tourna son attention vers l'entrée de la grotte qu'elle ne voyait pas, par-delà les fortifications. Elle était attirée, appelée même.

« AhUn, attendez-moi là, j'en ai pas pour longtemps. »

Ils hennirent avec inquiétude, mais obéirent. C'était suffisant pour Rin qui sortit alors du village. Elle le contourna et atteignit l'entrée de la grotte où elle s'arrêta. Elle leva sa main gauche qui se mit à luire d'une lumière blanche et pénétra dans la caverne sombre, d'un pas lent et délibéré.

Elle atteint le cœur de la grotte et inspira bruyamment. Toutes les histoires qu'elle avait entendues n'auraient pu la préparer à la scène figée par la mort et le temps qui s'y tenait depuis deux cents ans. Au centre, surplombant la grotte, se tenait Midoriko, son corps sans vie, son bras droit enfoncé dans la gueule du monstre hybride qui l'avait tuée. Dans la poitrine de Midoriko, un trou béant délimitait l'emplacement où était né le Shikon no Tama. Dans le cœur de Midoriko. Rin posa distraitement sa main droite sur sa poitrine. Naraku n'avait pas fait preuve d'originalité.

Elle suivit du regard le reste du monstre. Elle s'écarta un peu sur le côté, attirée par les pulsations malsaines qui faisaient écho au Shikon no Tama. Elle le trouva alors, son autre ancêtre, Taho, prisonnier du miasme de démons avec qui il avait pactisé puis fusionné. Il était pétrifié dans une expression d'horreur. Peut-être que contrairement à Naraku, Taho n'avait pas su maîtriser sa nouvelle forme. Peut-être regrettait-il ce qu'il avait fait à Midoriko. Peut-être bien.

Elle serra son poing contre son cœur. La perle vibrait dangereusement, et Rin ignorait si c'était un bon ou un mauvais signe. Le Shikon no Tama restait toujours pur, mais elle préférait ne pas s'éterniser plus longtemps.

Elle commençait à s'éloigner, mais son regard s'arrêta encore sur Midoriko. Bokuseno avait raison, son ancêtre avait tout d'une guerrière, gardant sa force même après sa mort. Elle avait dû être une belle femme, un peu du style de Kikyo. Mais ce n'était pas ce qu'il y avait de plus remarquable chez Midoriko. Non, c'était son courage.

Sa dernière bataille avait duré sept jours et sept nuits. Une bataille acharnée, comme le montrait son bras gauche qui avait été amputé, comme celui de Sesshomaru. Elle sonda le corps de Midoriko, en cherchant d'autres traces de la férocité du combat. Malgré son sentiment de profanation, elle persista, mais ne trouva pas exactement ce qu'elle voulait. Il y avait une blessure particulière à l'épaule droite de Midoriko, ancienne. Plus ancienne encore que la confrontation contre les yokai de Taho.

Midoriko aurait dû perdre cette bataille et être engloutie corps et âme par le yokai qui en serait devenu plus puissant. Pourtant, elle avait réussi à établir un terrible statu quo entre eux, en enfermant leurs âmes dans une perle. Une perle qui traversa le temps jusqu'à entrer dans le cœur de Rin. Et maintenant, c'était à elle de faire un choix, celui de détruire la perle ou d'essayer d'obtenir le même statu quo que Midoriko avant elle. Car maintenant, Rin doutait qu'elle pouvait battre Naraku. Il était devenu trop fort au cours des années. Plus fort peut-être que Taho après sa fusion avec les yokai.

Lorsqu'elle entendit AhUn l'appeler de l'entrée de la grotte, Rin s'aperçut qu'elle était restée longtemps à contempler la forme sans vie de Midoriko. Elle se dépêcha alors de sortir, consciente que si elle était venue chercher des réponses sur la tombe de la dernière bataille de Midoriko, elle ne les avait en tout cas pas trouvées. Pourtant, elle avait le sentiment qu'elle avait accompli quelque chose de nécessaire, même si elle ne pouvait pas le définir.

Lorsqu'elle rejoignit AhUn, Rin fut surprise de constater que la lumière du jour avait baissé et que les premiers flocons de neige de l'année commençaient à tomber. Elle décida de passer la nuit dans le village de Sango et de Kohaku, avant de repartir le lendemain pour les montagnes de Koga et d'Ayame.

Pour une nuit, elle essayerait de ne pas être hantée par les souvenirs du passé, par cette caverne où reposaient les corps de ses ancêtres, par les fantômes qui semblaient errer dans le village abandonné. Elle essayerait de penser au renouveau du printemps qui suivrait le rude hiver qui naissait, et d'imaginer qu'un jour, elle aurait le droit d'aimer comme elle l'entendait. C'était un rêve inutile qu'elle cessait de croire à chaque flocon de neige qui touchait sol, même veillée par la présence vigilante de Sesshomaru.

Le lendemain, elle quitta le village qui enfermait une partie de son histoire. AhUn volaient rapidement vers les montagnes peut-être conscients que la neige froide affectait Rin. Surtout lorsque les quelques flocons se multiplièrent puis se transformèrent en tempête. Ils eurent beaucoup de difficulté pour atteindre les cavernes d'Ayame et de Koga, et auraient sans doute échoué sans l'endurance d'AhUn et les pouvoirs de Rin.

Contrairement au climat, l'accueil de Koga, d'Ayame, Ginta, Hakkaku et les autres loups fut chaleureux. Même les remontrances d'Ayame pour avoir traversé un temps pareil n'étaient pas suffisantes pour démonter les rires de Ginta et Hakkaku ou le sourire de Koga. Quand Ginta et Hakkaku partageaient leurs bonnes humeurs, il était impossible de rester en colère ou triste.

La soirée se déroula tranquillement au coin du feu. Rin prit un instant pour fuir toute cette activité en se postant à l'entrée de la caverne. La tempête de neige ne s'était pas calmée et elle pensa à Sesshomaru et Jaken qui étaient toujours dehors, quelque part.

« C'est une bien terrible tempête, » vint murmurer Ayame en glissant un bras sous le sien.

Les hommes derrières continuaient à discuter bruyamment.

« J'espère que personne n'est coincé dehors, continua-t-elle.

- Je l'espère aussi. »

Elles restèrent un moment silencieuses à contempler la neige qui tombait, encore et toujours.

« Dis-moi, toi et Sesshomaru… il y a quelque chose de nouveau entre vous ? »

Rin se tendit.

« Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit-elle.

- Bien, bien. Si tu ne veux pas en dire d'avantage, je ne te forcerai pas. Mais tu sais, tu comptes énormément pour lui. Ca se voit à la façon dont il te regarde.

- C'est un taiyokai. Il ne considérerait jamais un humain autrement que comme de la vermine.

- Peut-être, mais il semble qu'il a fait exception pour toi.

- J'aimerai… qu'on arrête de dire ça.

- Pourquoi ? As-tu si peur de la vérité ?

- Non, murmura Rin. J'ai peur de la peine que ça créerait si jamais cela devait arriver. »

Ayame ne répondit pas mais la considéra avec inquiétude. Le même genre d'inquiétude que Sango, Miroku et les autres lui réservaient au village. Et comme toujours, cela lui donnait envie de fuir. Ils ne devaient pas s'inquiéter ainsi pour elle, ils ne devaient pas avoir autant de sentiments pour elle. Elle était pratiquement condamnée.

Quand les neiges s'arrêteraient de tomber, elle repartirait. Oui, c'était préférable de tout quitter pour ne pas s'attacher trop aux autres, pour ne pas laisser une trace indélébile sur leur vie. Elle était retenue par beaucoup trop de liens qui l'empêchaient de prendre des décisions froides et nécessaires.

« Oy, Ayame-neesan, Rin-neesan ! Venez écouter la blague de Ginta ! » appela Hakkaku.

Elles se rapprochèrent du feu et Rin aperçut le regard soucieux de Koga. Il avait dû entendre toute la conversation entre Ayame et elle, confirmant la décision de Rin. Elle devait repartir au plus vite.

Malheureusement ou heureusement, elle ne pouvait pas trancher, la neige tomba violemment pendant plusieurs jours encore, la retenant à l'intérieur de la caverne. De ce qu'elle pouvait ressentir, Sesshomaru et Jaken étaient restés au même endroit depuis qu'elle était arrivée, ce qui lui faisait penser qu'ils avaient trouvé un abri. Elle se souvenait que c'était ce qu'ils avaient fait quand elle avait passé ces deux hivers avec eux. Elle ignorait si c'était par un simple traitement de faveur pour sa condition d'humaine. Contrairement à Sesshomaru qui n'était pas affecté par le temps qu'il faisait, Rin aurait pu mourir en passant ces nuits d'hiver dehors. C'était toujours le cas à présent.

Le séjour avec les ookami n'était pas si désagréable. Ginta et Hakkaku ne se rendaient pas compte qu'elle n'était pas particulièrement… épanouie. Ils continuaient leurs pitreries qui parfois la faisaient sourire. Ils lui rappelaient Shippo. Koga et Ayame n'étaient pas si aveugles, même s'ils ne posaient pas tellement de question.

Ayame prit une semaine avant de lui demander ce qui avait suivi l'affaire avec Tomoeda. Rin dut à contrecœur lui résumer ce qui s'était passé. Le village massacré, Inuyasha se transformant en yokai, sa fuite dans le futur pour rejoindre Kagome, leur retour. Oui, surtout cela, car tout ce qui concernait Naraku intéressait Koga. Pourtant elle donna le moins de détails possibles sur leur confrontation, et surtout, elle n'évoqua pas une seule fois Sesshomaru.

« Cet enfoiré de Naraku ! jura Koga. Si seulement j'avais été là, je l'aurais massacré.

- Koga, ça fait huit ans que tu cherches à le tuer, raisonna Ayame, et pour l'instant tu n'y as pas réussi. Je ne crois pas que tout seul, tu pourras le vaincre.

- Et pourquoi ? s'offusqua-t-il. Ne me dis pas que ce crétin d'Inuyasha es plus capable que moi !

- Non, mais il me semble qu'il faudrait plus d'une personne pour arriver à l'achever. Une alliance parmi tous ses ennemis, peut-être…

- Je ne m'allierai pas avec ce con d'Inuyasha !

- C'est trop te demander de mettre ta fierté de côté pour une cause commune ? » demanda Ayame son regard perçant dans celui de son époux.

Les paroles d'Ayame marquèrent Rin, mais elle balaya l'idée immédiatement. Si elle devait s'allier à quiconque pour vaincre Naraku c'était bien Kikyo, et cette possibilité n'était pas envisageable à l'heure actuelle. Les autres n'avaient pas à interférer dans leurs histoires.

Les jours passèrent, et finalement la tempête commença à faiblir. Quelques flocons tombaient de-ci de-là, comme déterminés à ensevelir la terre sous un linceul blanc.

Elle décida de se promener dehors, voulant s'éloigner un instant de ses amis, même si, elle le savait, Koga avait toujours un œil sur elle.

Elle se souvenait d'un temps où elle aimait la neige, danser, rire sous cette douce pluie froide et blanche qui tombait du ciel. Elle se souvenait quand Haru et elle se laisser tomber dans la neige en riant, les bras écarter pour créer des anges aux ailes déployés. Elle se souvenait des batailles épiques et mouvementées qu'elle et son frère inventaient à partir de grandes forteresses de glace, parfois même aidés de leurs parents. C'était ce qu'il y avait de plus amusant, les équipes de deux contre deux, mouvantes à chaque bataille, et forgeaient les liens puissants, uniques, de leur petite famille.

Elle adorait encore la neige en ces temps lointains, car elle était capable de lui faire oublier que peut-être la nuit, ils n'auraient pas de riz à manger, les récoltes ayant été mauvaises. Ces problèmes ne comptaient pas, tant que sa famille était unie. Otosan allait pêcher dans les rivières quelques poissons qu'Okaasan préparait alors avec soin. Otosan racontait une histoire qu'il inventait sur le tas, et Okaasan chanterait une mélodie toujours nouvelle de sa voix douce. Le feu dans l'âtre faisait oublier le froid d'hiver, mais plus encore, l'amour de ses parents tenait chaud pendant toute la saison.

C'était avant. Maintenant la neige lui rappelait cette nuit là, où Naraku était pour la première fois entré dans sa vie. Une nuit d'hiver, une nuit de neiges glacées, à partir de laquelle elle ne ressentit plus cette chaleur familière en plein cœur de l'hiver.

Elle sourit, désabusée. C'était un peu faux. Il y avait eu Sesshomaru qui parfois l'avait laissée se blottir contre sa fourrure certaines nuits d'hiver. Il avait été inconfortable à chaque fois, et pourtant, elle avait sentit une chaleur, une sensation touchant à un bonheur serein. Le monde entier lui aurait ri au nez s'il savait ce qu'elle avait ressenti à partir du froid taiyokai. Et peut-être, aurait-il eu raison.

Comme un signe, à la fin de sa promenade, la neige cessa. Elle pensait que c'était simplement provisoire, mais elle doutait qu'elle aurait encore à affronter une autre tempête comme les jours derniers. Lorsqu'en rentrant elle annonça qu'elle partait, elle fut accueillie par des exclamations de surprises, puis des protestations. Ayame était la plus virulente, et elle lui demanda de rester au moins jusqu'à la fin de l'hiver. Comme avec Sango, Miroku et les autres, Rin résista, ferme dans sa décision. Elle accepta seulement de passer une dernière nuit avec eux, avant de partir le lendemain.

Le soir précédent son départ, Ginta et Hakkaku insistèrent pour faire une fête d'adieux. Et se faisant, les deux ookami réussirent à rendre le cœur de Rin plus léger. Le clan des loups, qui pourtant l'avait tuée une fois, allait lui manquer. Ils étaient devenus si rapidement amis.

Quand elle repartit avec AhUn, elle n'était pas particulièrement sûre de la direction à prendre. Elle choisit le nord est, un peu par hasard, et commença la vie d'errance de village en village qui avait été la sienne quand elle vivait encore avec Kikyo. Elle proposait son aide aux villageois, en échange d'un abri pour elle et AhUn, et d'un souper. Ils se montraient hospitaliers pour une miko, dans la limite de leur moyen, et même dans son cas, alors qu'elle était accompagnée d'un yokai aussi inquiétant qu'AhUn.

Elle atteignit rapidement les plaines anguleuses du bord de l'océan. Elle avait entendu dire qu'il y avait beaucoup de villages de pêcheurs et de marchands qui s'étalaient dans cette région. C'était une occasion de rencontrer de nouvelles personnes qui surtout ne la connaissaient pas. Elle doutait que les rumeurs à propos d'une miko guérisseuse eussent traversé les montagnes du nord.

Le premier village de la région qui l'accueillit accepta immédiatement l'aide d'une miko itinérante. C'était un problème récurrent dans les petits villages qui ne pouvaient pas se permettre d'avoir en permanence une miko ou un moine pour veiller sur leurs vies. Rin avait déjà reçu des propositions de rester en tant que miko de village. Elle avait toujours refusé, non seulement à cause de Naraku qui ne lui donnait aucun répit, mais aussi parce qu'elle préférait une vie errante. Si tout finissait avec Naraku, peut-être qu'elle choisirait une vie moins nomade. Peut-être bien.

Rin guérissait les maux de l'hiver qui frappaient les jeunes enfants et les vieillards, mais aussi les accidents de la vie qui touchaient les hommes plus durs. Rin aimait s'occuper des autres, inlassablement. Elle arrivait alors à s'oublier, et évincer de son esprit les problèmes qui la pesaient.

La neige recommença à tomber alors qu'elle continuait son voyage. Les autres villages étaient tout aussi accueillants, et même si certains d'entre eux étaient assez grands pour avoir un hoshi ou une miko pour les guider, elle n'était pas rejetée. Non, même dans les temps durs d'un hiver trop précoce suivant des récoltes médiocres, elle était accueillie et elle en était reconnaissante.

Toutefois, elle ne restait jamais trop longtemps dans les villes ou villages menés par un prêtre ou une prêtresse. Certains n'avaient pas vraiment de capacités spirituelles développées et la traitaient de manière condescendante parce qu'elle était jeune. Ils ne la gênaient pas vraiment, en tout cas moins que ceux vraiment capables de ressentir le pouvoir qu'elle portait. Ils la laissaient généralement passer sans trop poser de question, mis à part l'un d'eux qui tenta de s'emparer de la perle. Elle l'avait assommé avant de le rendre au villageois, espérant qu'avec un peu de chance le coup qu'elle avait asséné avait suffi à lui faire perdre la mémoire.

Au fil des semaines, la neige continuait de tomber, sans même encore arriver à la date officielle de l'hiver. Des rumeurs d'épidémies sans précédent circulaient, et avec le temps l'accueil se fit plus froid dans les villages. Une méfiance envers les étrangers se développait, et la diminution des réserves pour tenir l'hiver expliquait la crainte qui se répandait aussi sûrement que les rumeurs d'épidémies.

Rin n'avait pas vraiment peur de ce qui pourrait arriver si les villageois se retournaient contre elle. Elle avait AhUn et même si elle ne voulait pas le reconnaître, elle avait aussi Sesshomaru et Jaken qui n'étaient jamais bien loin.

Elle découvrit que les rumeurs de l'épidémie mortelle, n'étaient pas seulement un mythe inventé par les craintes de l'hiver, mais bien la réalité. Elle trouva un village, enfoncé à la lisière d'une forêt, ravagé par la maladie. C'était bien une terrible épidémie qui frappait hommes, femmes et enfants, sans aucune distinction. Les fièvres et les sueurs nocturnes n'empêchaient pas les frissons glacés de faire trembler les membres affaiblis. Les toux sanglantes éreintaient les corps. C'était une maladie rude qui attaquait sans pitié les poumons, imbibant d'un sang impur l'air qu'ils respiraient. Même pour Rin, il était délicat de guérir les malades et elle devait puiser dans son énergie.

Elle prit du temps à soigner les malades et quand elle eut fini, elle apprit l'existence d'autres foyers de la maladie. Son voyage venait à peine de commencer.

De villages en villages, elle rencontra d'autres personnes touchées, certaines si près de la mort que Rin pensait les perdre véritablement. Pourtant, elle parvint à les ramener, encore et toujours par elle ne savait quel miracle. Par elle ne savait quelle volonté qui dirigeait le Shikon no Tama.

Elle gagnait une certaine renommée dans les régions du nord. Lorsqu'elle arrivait dans certains villages, elle était reconnue avant même de se présenter et appelée de façon révérencieuse en tant que 'Rin-sama', un titre dont elle ne se faisait toujours pas.

Toutefois, ce qu'elle faisait avait un prix sur sa propre santé. Les nuits passées à veiller sur les malades l'avaient accablée de fatigue. Des quintes de toux la secouaient lorsqu'elle n'était plus capable de se retenir. Elle comprit que la maladie l'avait finalement frappée à son tour quand un jour elle cracha un léger filet de sang après une quinte particulièrement violente.

AhUn hennirent d'inquiétude et s'arrêtèrent en pleine marche, alors que Rin se courbait contre leur encolure.

« Ce n'est rien, AhUn, » dit-elle en reprenant avec difficulté sa respiration.

Les deux têtes du dragon n'étaient visiblement pas convaincues par sa façade de bravade. Ils firent demi-tour et il fallut à Rin un certain moment pour comprendre où ils voulaient l'emmener. Vers Sesshomaru.

« AhUn ! Arrêtez ! »

Rin ne savait pas quelle serait la réaction de Sesshomaru s'il la voyait dans cet état. Mais elle était sûre d'une chose, il ne l'aiderait sûrement pas à soigner d'autres personnes.

AhUn n'étaient visiblement pas enclin à l'écouter, et Rin dut descendre en marche pour arrêter le dragon. Ils la regardèrent avec une défiance qui ne masquait pas leur appréhension. Rin savait qu'elle n'arriverait pas à faire flancher le dragon, pas cette fois-ci. Mais elle pouvait toujours essayer de trouver un compromis.

« Si vous voulez, nous allons dans cette petite hutte que nous avons croisée toute à l'heure. Je m'y reposerai quelques jours le temps de me soigner avec les herbes qu'on m'a données. Sesshomaru n'a pas besoin de savoir. »

Il y avait toujours de la méfiance dans les regards d'AhUn, mais ils semblaient prêts à la suivre. Après tout, AhUn en voulaient encore à Sesshomaru. Elle gagnait un peu de temps, un peu de repos, même si la maladie elle, continuerait de se répandre. Mais les derniers jours avaient été réellement difficiles. Qu'elle le voulût ou non, elle devait prendre une pause.

Elle resta trois jours dans la petite hutte forestière abandonnée qui lui servait d'abri. Elle préparait des mixtures à partir d'herbes qu'elle avait récoltées lorsqu'il faisait encore bon. C'était d'ailleurs le moyen utilisé par les miko ou les docteurs pour traiter les maladies. Même si ce n'était pas particulièrement efficace, beaucoup avaient tenu grâce à ces remèdes. Néanmoins, Rin regrettait que son don de guérison ne fût pas plus courant. Les remèdes à bases de plantes pouvaient se révéler insuffisants pour elle. Elle pouvait même en mourir.

Quoique… Seul Naraku ou Kikyo pouvaient la tuer, n'est-ce pas ? Elle n'avait pas à craindre d'être achevée par une maladie, du moins pas pour l'instant.

Au bout du troisième jour, elle se sentit mieux. Elle avait passé une grande partie de son temps à dormir, même si elle se réveillait ensuite en sueur. Elle avait trouvé une sorte de repos délicat et fragile, mais suffisant pour continuer. Malgré les réticences d'AhUn, elle reprit la route vers le village suivant, s'enfonçant un peu plus dans les terres.

L'épidémie n'avait pas disparu en trois jours, et toujours elle trouvait des villages atteints, la mort ayant fauché de plus en plus de vies au fur et à mesure qu'elle avançait. Rin n'aurait pas su trancher si elle avait pris du retard ou touchait la source de l'épidémie.

L'énergie qu'elle avait sauvegardée s'épuisa vite. Lorsqu'elle était seule elle se retrouvait pliée en deux par des quintes de toux douloureuses amenant parfois du sang à sa bouche. Parfois, elle interrompait ce qu'elle faisait pour se cacher derrière une maison et tousser de tout son saoul. Elle s'assurait toujours qu'AhUn ne la verraient pas s'affaiblir si drastiquement.

Elle commençait à éviter les personnes saines et les regards anxieux du dragon. Elle se savait malade, et elle n'ignorait pas qu'aucun guérisseur n'était assez compétent pour la sauver du jour au lendemain. Avec un peu de chance, elle tiendrait jusqu'à la fin de l'épidémie, et pourrait ensuite s'isoler. Peut-être près de la mer.

Rin aimait voir l'océan, immense et infini comme le ciel qu'il reflétait. C'était un paysage qu'elle ne comprenait pas vraiment, mais qu'elle ressentait, qui l'apaisait, elle qui était née de la terre. Même la neige qui recouvrait les plages aussi loin que ses yeux portaient avait quelque chose de calmant pour Rin, pour la première fois depuis la mort de son frère et de ses parents. Oui, quand tout serait fini, elle irait près de la mer.

Si ce jour arrivait enfin. Les villageois lui avaient dit que l'épidémie avait commencé dans les grands villages côtiers du nord avec les premières neiges. Elle prit cette direction, espérant qu'en agissant à la source, elle pouvait sauver ce qu'il restait à préserver. A force de rencontres et d'avis différents, elle trouva la présumée source, le village de Kazube, un grand village pêcheur de la côte.

Elle attendit longtemps devant un barrage de fortune en arrivant dans les alentours de Kazube. Les villageois ne voyaient apparemment pas d'un bon œil une étrangère, miko ou pas, en pleine période d'épidémie. Il devait y avoir des malades, Rin en était pratiquement sûre, mais une sorte de honte retenait les habitants de Kazube de la laisser entrer. Que se passait-il derrière ces grands piliers de bois, pour créer une telle méfiance envers une miko ? Les temps durs pouvaient rendre les hommes cruels, mais était-ce seulement cela ?

« Laissez-la entrer ! cria une voix d'homme qu'elle pensait connaître. Elle peut nous aider ! »

Rin chercha du regard l'homme qui avait parlé et le reconnut dès qu'elle le trouva. Kureno-san. L'homme qui avait été attaqué par Tomoeda. A cause d'elle et de Tomoeda, Kureno-san n'avait plus de famille ni de village. Il n'avait plus rien. Il avait apparemment choisi de s'exiler dans les lointaines régions du nord, sans doute pour oublier, pour tout recommencer. Et il a fallu que je le rattrape ici, avec son passé.

Les grandes portes du barrage s'ouvrirent et Rin et AhUn pénétrèrent dans la ville de Kazube. Des hommes l'attendaient, formant un demi-cercle, les yeux fatigués, les traits tirés. L'épidémie avait fait des victimes, ici aussi.

Kureno-san s'avança vers elle.

« Rin-sama, je ne pensais pas vous revoir un jour.

- Moi non plus, Kureno-san. »

Elle hésita avant de continuer.

« Je… je suis désolée pour votre village et votre famille. »

Une étincelle d'émotion scintilla dans les yeux de l'homme recouvert soudain par un voile de tristesse.

« J'ai… j'ai perdu ma femme et mon jeune fils…

- Si je pouvais changer ce qui s'est passé, je le ferai, Kureno-san. »

Il lui tourna brusquement le dos. Rin ne s'en offusqua pas. Elle pouvait comprendre qu'il préférait ne pas se souvenir de la douleur qu'elle lui rappelait par son arrivée. Elle comprenait, elle avait aussi perdu sa famille.

« Rin-sama est une guérisseuse, déclara-t-il d'une voix forte aux autres hommes. Elle pourra éradiquer la maladie. »

Il s'en alla alors, sans un autre regard pour elle, son dos disparaissant dans la foule. Un vieil homme, le chef du village, vint à elle pour l'accompagner chez lui. Rin n'écouta qu'à moitié ses plaintes, trop soucieuse pour Kureno-san.

Elle se rendit alors compte de la présence d'une aura particulière, celle d'un hanyo. La source venait d'une jeune fille de son âge peut-être, voire plus jeune, à la peau mate, aux cheveux mauves et yeux tristes et méfiants qui la soupesaient. Le chef du village s'aperçut alors que son attention était fixée ailleurs que sur son discours et s'adressa à la jeune fille.

« Shiori, idiote ! Ne regarde pas avec cet irrespect Rin-sama ! Elle devrait te purifier ! Au moins la source de nos ennuis n'existerait plus ! »

La jeune fille se tendit sous les insultes du villageois. Rin aurait aimé qu'il se tût. Elle ne supportait pas ce genre de discours. Elle se souvenait comment Shippo pouvait être rejeté par les humains parce qu'il était yokai. Le problème de Shiori était similaire, peut-être même pire, car elle vivait dans ce village. Inuyasha, lui n'avait pas subir ce genre de discrimination chez eux.

« Tu es une hanyo, n'est-ce pas ? demanda Rin doucement.

- Ca te pose un problème ?

- Shiori, espèce de… »

Rin fit un geste de la main pour faire taire l'homme. Elle n'en voulait pas à Shiori. La jeune hanyo avait dû affronter bien des épreuves pour laisser transparaître autant de rancœur dans sa voix qui aurait dû être douce. Rin tenta de lui sourire.

« Bien sûr que non. L'un de mes amis est un hanyo. Il s'appelle Inuyasha.

- Inuyasha ? répéta-t-elle d'une voix plus légère. Tu connais Inuyasha ?

- Oui, et toi aussi j'ai l'impression. »

Shiori sourit presque mais avec une immense tristesse.

« Il m'a beaucoup aidé une fois quand j'étais petite. Moi et ma mère. »

Le visage de Shiori se contracta soudain, comme si elle allait pleurer, et elle se sauva.

« Shiori-chan ! appela-t-elle inquiète d'avoir dit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû.

- Laissez, Rin-sama, dit le chef du village. Elle a perdu sa mère à cause de l'épidémie. Et puis, c'est une hanyo…

- Et alors !? ragea-t-elle contre l'homme. Les hanyos sont des êtres tout aussi sensibles que les humains ! Ils sont une merveilleuse preuve d'amour entre humain et yokai, malgré les peurs et la stupidité des deux races !

- Si vous le dîtes, Rin-sama. »

Tout chez le vieil homme laissait entendre qu'il ne partageait pas le même avis. Si elle n'avait pas été une miko, il l'aurait sans doute fait enfermer en l'accusant de folle ou de blasphème.

Elle soupira de dépit, et regretta immédiatement de l'avoir fait. Elle avait encore du mal à respirer normalement.

Elle commença à soigner les personnes les plus proches de la mort, gagnant alors rapidement la confiance des villageois dans ses capacités. Elle ne put s'occuper qu'une poignée de personnes, facilement drainée par l'effort qu'elle avait fourni.

Le soir, elle se retira de la maison du chef du village où elle logeait pour se promener sur la plage enneigée sous le clair de lune, loin des regards calculateurs des villageois qui la voyaient comme un dernier espoir. Elle n'aimait pas ressentir les responsabilités que les autres faisaient peser sur ses épaules. Et puis, elle ne voulait pas non plus recevoir de remarques sur son aspect maladif.

Elle préférait être seule à écouter le son des vagues qui s'échouaient sur la plage ou le crissement de ses pas dans la neige. Elle s'arrêta quand une quinte de toux lui déchira la poitrine, suffisamment douloureuse pour la mettre à genoux. Elle porta sa main à sa bouche.

« Toi aussi, tu es malade, » dit la voix douce de Shiori.

La jeune hanyo s'avança lentement vers elle d'un pas hésitant. Rin essuya du revers de main le coin de ses lèvres tachées de sang.

« Ne t'en fais pas Shiori. Quand j'aurais fini de guérir les villageois, je partirai. Je n'ai pas l'intention de m'éterniser. »

Shiori s'agenouilla devant elle.

« Mais toi, qui te guériras ?

- Les herbes restent une bonne vieille méthode, sourit Rin.

- Mais elles sont inefficaces… Si c'était le cas, Okaasan serait encore en vie.

- Je suis désolée pour ta mère. Je sais ce que c'est d'être orpheline. »

Un silence inconfortable s'installa entre elles, avant que Shiori ne prît l'initiative de le briser.

« J'ai entendu ce que tu as dit sur les hanyo. Tu ne penses pas que je suis à l'origine de l'épidémie comme les autres.

- Ils disent ça parce que tu n'es pas tombée malade. Je suppose que c'est ton sang yokai qui t'a préservée. Mais les hommes, quand ils ont peur, cherchent à accuser n'importe qui pour avoir un visage à ce qu'ils ne comprennent pas. C'est stupide mais c'est dans la nature humaine. Ont-ils essayé de s'en prendre à toi ? »

Shiori eut un rire amer.

« Non, ils me redoutent trop.

- Alors pourquoi ne quittes-tu pas le village ? »

Et sans prévenir, Shiori se mit à pleurer sur les genoux de Rin. Elle ne s'attendait pas à une réaction aussi violente de la part de la jeune fille. Elle se reprit et caressa ses cheveux mauves.

« J'ai… j'ai encore des souvenirs d'okaasan ici, finit-elle par articuler. Si seulement, si seulement j'avais su la guérir comme tu le fais… elle serait encore vivante. Est-ce que… est-ce que tu voudrais bien m'enseigner à guérir… ? »

Rin resta interdite devant la demande de Shiori. Elle ne savait pas comment le lui enseigner. La guérison, comme le concevait Rin, était plus un don que quelque chose qui s'apprenait effectivement. Et surtout comment pouvait-elle enseigner un pouvoir de miko à une personne qui contrôlait un youki ? Mais peut-être que Shiori souhaitait seulement trouver une échappatoire.

« Je ne sais pas si je pourrais te l'apprendre, mais je veux bien essayer. »

Shiori se releva, et Rin sentit son aura devenir plus légère. Elle ne le voyait pas avec le contre jour du claire de lune, mais Rin pensait que Shiori souriait. Elle lui tendit une main et aida Rin à se mettre debout.

« J'en serai heureuse, dit Shiori. Mais il faut rentrer. Ce froid ne t'aidera pas à te rétablir. »

Elles rejoignirent le village ensemble, chacune ayant la certitude qu'elle avait trouvé une amie en l'autre. Rin en était contente, il était rare qu'elle prît le temps de connaître des filles de son âge même au village. Dans ses moments libres, elle était toujours entourée de Shippo et de Kohaku. Aucune des filles du village s'était approchée d'elle pour chercher son amitié et l'inverse ne s'était pas vraiment produit non plus. La plupart était maintenant mariées d'ailleurs et avaient des problèmes qui dépassaient le quotidien de Rin. Hitomi-chan avait été une des rares amies de son âge.

Les jours suivant, Rin emmena Shiori avec elle dans ses visites, expliquant du mieux qu'elle le pouvait ce qu'elle faisait. Mais comment décrire la sensation des flux de vie et son action sur son cycle en l'accélérant ou en défiant un temps soit peu son cours ? Shiori ne percevait pas ce qu'elle décrivait et finit par en être frustrée, et Rin désolée.

La solution résidait peut-être dans le sang yokai de Shiori. Rin était incapable de l'aider dans ce domaine et elle ignorait si des yokai étaient capables de guérir grâce à leur youki. Sesshomaru pouvait soigner des blessures et les faire se cicatriser, mais Rin doutait que ses capacités guérison s'étendissent jusqu'aux maladies.

Les villageois ne voyaient pas d'un très bon œil l'amitié entre elle et Shiori. Ils ne disaient rien car Rin les soignait malgré tout. Ils le faisait ressentir, commençant à excéder Rin par leurs attitudes envers la jeune hanyo. Elle essayait de continuer sa tâche comme si de rien n'était, mais un fossé se formait entre les villageois et elle surtout à partir du jour où elle emménagea chez Shiori.

Rin aurait aimé être plus rapide pour guérir les malades et quitter le village avec Shiori si elle réussissait à la convaincre. Pourtant, malgré l'attention de Shiori et les herbes qu'elle prenait, Rin se sentait vite drainée de son énergie. La façade tenait encore grâce à la jeune hanyo, mais Rin se demandait comment elle pourrait continuer sans flancher. Les villageois, eux, ne s'intéressaient pas à son aspect ou faisaient semblant de ne rien voir, tant qu'elle les guérissait.

Elle n'avait pas que des mauvaises relations avec les villageois. Beaucoup de personnes qu'elle avait veillées étaient attachants et montraient leur reconnaissance du mieux qu'elles le pouvaient. L'opposition silencieuse contre Rin venait d'un noyau dur d'hommes dont l'influence n'était pas négligeable, mené par Kureno-san. Il semblait qu'il avait transposé sa peine et sa rancœur contre elle. Rin comprenait, elle se sentait responsable de la mort de sa famille, et lui ne le voyait pas autrement non plus.

Lui et ses amis la surveillaient, veillant au moindre faux pas qu'elle pourrait faire, pesant une pression difficile à supporter à Rin, surtout dans l'état où elle était. Le soutien de Shiori l'aidait, mais Rin savait qu'elle n'était pas à l'abri d'une erreur.

« Il y a un démon puissant qui rôde autour du village, dit un soir Shiori.

- Je sais, ne t'en fais pas. Il ne nous attaquera pas.

- Même avec le pouvoir que tu détiens ? Il pourrait attirer la moitié des yokai de la région. Je me demande comment on a réussi à ne pas se faire encore attaquer.

- C'est le Shikon no Tama, précisa Rin en amenant sa main sur sa poitrine. C'est une longue histoire qui ne vaut pas la peine qu'on la raconte de long en large. J'en suis la gardienne depuis six ans déjà, un peu malgré moi.

- Et ce yokai dehors, tu le connais ?

- Oui, c'est le demi-frère d'Inuyasha, Sesshomaru. Il m'a sauvée quand j'étais petite. Nos voies se sont séparées depuis.

- Si c'est un ami, il pourrait venir ici au lieu de rester dehors.

- Il n'aime pas les humains, Shiori.

- Mais tu es humaine, Rin. Pourquoi il…

- Il est tard, il y a encore du travail demain, dit Rin en posant sa tasse de tisane. Nous ferions mieux de dormir. »

Elle savait qu'elle avait coupé la conversation de façon peu subtile, mais elle ne voulait pas penser à Sesshomaru alors qu'elle cherchait à tout prix de l'oublier. C'était peut-être impossible, même lorsqu'elle s'occupait des autres, il apparaissait toujours dans son esprit, lui qui ne l'avait jamais quitté même à cette distance qui les séparait.

Sans un autre regard, Rin vint s'allonger dans son futon, s'emmitouflant dans la masse de couvertures qui en temps normal auraient suffi pour la tenir bien au chaud. Elle allait passer encore une nuit sans rêve, inconfortable, réveillée par la sensation désagréable de l'humidité de sa transpiration sur son corps.

Le lendemain, elle se réveilla avec difficultés par une puissante quinte de toux qui la fit se recroqueviller sur elle-même. Elle détestait cette maladie qui la tuait si lentement. Pourquoi ne disparaissait-elle pas plus rapidement ? Pourquoi continuait-elle à lutter ?

Shiori était déjà à ses côtés, son regard empreint de panique. Rin s'en voulait de faire vivre sa maladie à la jeune fille. Elle devait lui rappeler les jours où elle veillait sa mère mourante.

Shiori l'aida à s'asseoir, et lui fit boire une concoction apaisante. La douleur diminua, sa respiration se fit moins laborieuse, mais Rin gardait toujours l'impression qu'elle expirait son dernier souffle.

« Rin-chan, aujourd'hui, il vaudrait mieux que tu te reposes. Les personnes les plus touchées sont hors de danger à présent.

- Tu sais que Kureno et les autres n'attendent que le moment où ils me trouveront inutile. Je ne peux pas me reposer maintenant.

- Mais Rin…

- Shiori, tu t'inquiètes trop. Il faut plus qu'une simple épidémie pour me mettre en échec. »

Rin tenta de sourire du mieux qu'elle le pouvait et Shiori acquiesça. C'était une petite victoire qu'elle espérait suffisante. Il ne lui restait plus que quelques jours à attendre, n'est-ce pas ? Après, elle prendrait le temps de se reposer.

La journée commençait rudement et ne promettait rien de mieux. Dès la première femme qu'elle guérit, Rin prit plus de temps qu'il n'aurait fallu. C'était une femme qui n'était pas à un stade avancée pourtant, elle n'aurait pas dû avoir autant de difficultés. Comme d'habitude de nombreuses personnes étaient venues assister à la guérison, par émerveillement ou simple curiosité. Kureno, le chef du village et les autres hommes qui les soutenaient étaient aussi présents.

« Rin-sama, déclara Kureno après qu'elle eut fini, vos dons de guérison semblent moins puissants qu'auparavant. A moins que vous espérez prolonger votre séjour parmi nous pour être mieux payée par la suite.

- Rin est fatiguée ! s'écria Shiori avec véhémence. Si…

- Shiori, » coupa Rin pour la faire taire.

Elle tourna son attention vers Kureno.

« Kureno-san, dit-elle avec une froide politesse, je ne demande pas à être payée pour mes services. »

Elle se releva lentement, obligée de prendre appui sur l'épaule de Shiori. Ce détail ne fut pas manqué par Kureno et les autres, mais Rin continua à agir comme si de rien n'était, comme si la tension entre Kureno et elle ne promettait pas d'éclater à n'importe quel moment. Ce fut dehors qu'elle flancha, quand une quinte la secoua, plus douloureuse que les précédentes.

« Rin-chan ! »

Rin avait vaguement conscience de la jeune hanyo qui la soutenait, mais la douleur irradiant du centre de sa poitrine était tout. Elle étouffait, incapable de reprendre un souffle récupérateur, secouée par des spasmes qui semblaient la déchirer. Sa vision s'assombrissait et quand elle rouvrit les yeux, ce n'était que pour voir des traces de sang qui s'égouttaient de sa main sur la neige blanche. Mon Dieu…

Elle entendit la voix de Kureno et se força à lever la tête, elle était maintenant tombée à genoux.

« Voyez ! Elle est malade, elle aussi ! Elle veut nous la transmettre en restant ici, elle veut être notre perte !

- C'est faux, cria Shiori avec force. Sans elle, combien d'entre vous serez déjà morts ? Elle vous a sauvé la vie !

- Elle pactise avec les démons ! Elle n'est pas une miko, elle n'est qu'une sorcière ! Elle vous détruira, comme elle a détruit tout ceux de mon village ! »

Rin avait du mal à réfléchir, sa vision se brouillait en alternance entre la lumière aveuglante de la neige et l'obscurité de ce qui ressemblait à la mort. Non, ce n'était pas tout à fait la mort, mais son antichambre, un lieu qu'elle connaissait bien et où elle était comme toujours attendue. Elle sentit Shiori dresser une barrière autour d'elles, alors que des villageois amenaient des torches. Ils voulaient les brûler.

« Je me charge de nous protéger, » murmura Shiori.

Rin voulut sourire à son amie, mais c'était au-delà de ses forces. Les ténèbres rongeaient l'éclat de la neige, et au bord de son horizon obscur, Rin apercevait ces formes indistinctes qui s'apprêtaient à la prendre, dès qu'elle arriverait à leur niveau. Les messagers de l'au-delà.

Elle allait donc peut-être mourir ce jour-là. Non pas à cause de Kikyo, ni même Naraku, mais à cause d'une maladie que personne ne savait vraiment guérir. Les prophéties étaient donc un tissu de mensonge. Elle en était satisfaite. Elle détestait l'idée de devoir réaliser celle des trois lignées.

Sans le vouloir, elle sentit l'aura de l'homme qu'elle aimait accourir vers elle. Cela n'aurait pas dû avoir de l'importance pour elle, pas maintenant, et pourtant… Elle ne pouvait réprimer ce sentiment de joie de le sentir avec elle.

Elle se laissa envahir par l'obscurité de l'anti-chambre de la mort, quand un doute surgit, lui susurrant que peut-être, peut-être cette mort là n'était pas aussi accidentelle qu'elle le semblait. Que ses causes étaient inscrites dans le sang de Midoriko et Taho.

'Etait-ce toi, Naraku ?'

Avant de quitter définitivement le monde de la vie et de la conscience, elle entendit un dernier murmure, celui effrayé de son pire ennemi qui paradoxalement parfois était son meilleur ami.

'Rin ?'


Lyxa: Bravo pour le marathon que tu fais! Lire tout ça et faire une review en prime à chaque chapitre! Oui, bravo. Que dire sinon, les chapitres se suivent régulièrement parce que j'ai fini cette fanfiction il y a environ deux ans. Je recorrige (pour la énième fois ^^") les chapitres à présent avant de les poster sur . Et j'adore Kohaku. Non vraiment c'est un personnage que j'adore, même si parfois il est irritant et trop entété pour tourner la page. C'est dur pour lui après tout.

Kanon-and-milo: Malheureusement, je ne charge pas mes chapitres tous les jours, tavaille oblige, mais j'espère que j'arrive à faire assez régulier

mary: j'espère que la suite te plait encore, même si je trouve ce chapitre comme étant le plus faible de toute cette histoire. Il y aura du mieux dans le futur tout de même.

arwen: olala! désolée d'engendrer tant d'impatience! Au pire, en s'inscrivant sur on peut avoir des alertes par email quand une ff qu'on suit est mise en ligne. Ca t'éviterait peutêtre d'être déçue de ne rien trouver?

memelyne: Sesshomaru est sympa à écrire, mais ce n'est pas forcément évident de le faire évoluer sans être top dans le cliché. Mais j'essaye, j'essaye.