Chapitre 14
L'amitié est un premier pas
Rin était malade. Sesshomaru avait remarqué l'air de décadence sous l'odeur trop familière du sang de Rin. Kagura lui avait apporté cette odeur, étonnant un peu Sesshomaru. Pourquoi l'esprit du vent s'intéressait-elle ainsi au sort de Rin ? Et pourquoi seulement maintenant ? Mais ce n'était pas le plus important, Rin l'était. Il devait la récupérer avant tout. Combien de fois s'était-il trouvé dans une situation similaire ?
La jeune humaine était tellement imprudente, comme si elle ne s'intéressait pas vraiment à sa vie. Comme si elle cherchait à défier la mort, presque. Comment pouvait-elle montrer une telle stupidité ?
Son pas était rapide, forçant Jaken à courir pour tenir son rythme. Sesshomaru aurait pu courir lui aussi. Une partie de son esprit lui ordonnait de la rejoindre au plus vite. Mais sa fierté, ou du moins ce qu'il en restait, le retenait et lui donnait la grâce mortellement royal et méprisante qu'il lui fallait pour pénétrer dans un village humain.
Même s'il n'avait pas été guidé par son odeur, Sesshomaru aurait pu trouver Rin facilement. Elle avait le don d'être le centre des problèmes et justement devant lui, les humains s'étaient assemblés en masse. Ceux qui le virent eurent l'intelligence de s'écarter, les autres… Sesshomaru les fit dégager de son passage du revers de son bras.
Elle était là, inconsciente dans les bras d'une hanyo qui avait dressé une barrière protectrice autour d'elles. Du sang maculait les lèvres de Rin, sa main et la neige. Comment avait-elle pu tomber à ce point malade sans qu'il ne s'en rendît compte ?
La hanyo leva sa tête et le regarda avec surprise.
« Vous êtes… Sesshomaru ? » demanda-t-elle en retirant la barrière.
Il ne prit même pas la peine de lui répondre, mais vint s'agenouiller à côté de Rin et de la hanyo qui semblait protéger Rin. Au moins, il pouvait s'assurer d'une chose. Rin vivait. Il passa sa main sur son visage humide et remarqua la chaleur anormale de son front, alors que ses lèvres, dont il essuya les traces de sang, étaient froides.
« Elles sont en ligues avec un yokai ! cria un des hommes. La sorcière a amené le malheur dans notre village.
- C'est comme ça que vous remerciez la personne qui vous a soigné ? s'écria la hanyo. Malgré son état, elle…
- Par sa faute, ma famille n'est plus ! continua l'home. Elle mérite la même fin que ma femme et mon fils ! Elle mérite de mourir dans les flammes ! »
Sesshomaru gronda. Il en avait assez entendu. L'humain avait choisi sa mort. Il se releva et acheva l'homme d'un coup de fouet empoisonné.
« A…riza… »
C'était son dernier souffle que Sesshomaru entendit malgré les cris d'horreur des villageois. Il ne s'y intéressa pas, mais scruta les autres humains dont il souhaitait aussi répandre le sang pour s'être retourné contre Rin. S'il en avait eut le temps.
« Quiconque voudra s'attaquer à Rin, dit-il froidement, subira le même sort. »
Jaken était arrivé à leur niveau, et regardait avec inquiétude Rin.
« Sesshomaru-sama… cette maladie qui touche les humains… j'ai entendu dire que peu y survivait… »
Sesshomaru bloqua le sens des paroles de Jaken et prit Rin contre lui remarquant pour la première fois qu'elle portait une armure. Un cadeau de Totosai sans doute. C'était mieux ainsi, il ne risquerait pas de la blesser avec sa propre armure.
« Qu'allez-vous faire ? demanda la hanyo. Elle est très malade. Ma mère… ma mère est morte de la même maladie. »
Qu'allait-il faire en effet ? Rin avait un don pour la guérison, et à sa connaissance elle était bien la seule. Peut-être que la miko Kikyo avait des capacités similaires, mais il n'avait aucune confiance en elle. Elle tenterait de tuer Rin, ce que Sesshomaru ne permettrait pas. Il restait l'autre miko, celle venant du futur, Kagome. Rin n'avait-elle pas dit une fois qu'elle étudiait la médecine ?
Oui, Kagome serait la solution. Il fallait faire quelque chose, il ne pouvait pas perdre Rin.
Il s'envola avec Rin contre lui, sans un regard pour la hanyo et Jaken. Il vola vite, bientôt suivi par ces derniers sur le dos d'AhUn. Il ne s'intéressa pas à leur présence, même celle de la hanyo l'indifférait. Tout ce qui comptait, c'était Rin.
Il arriva au village, longtemps après que le soleil, s'il n'était caché par un épais manteau de nuages, eut traversé la moitié de son chemin quotidien. Il se posa dans les abords de la forêt d'Inuyasha, et fut accueilli par Inuyasha et sa miko. Inuyasha avait dû sentir son arrivée.
« Sesshomaru, qu'est-ce qui s'est passé ? » cria Inuyasha.
La miko s'approcha d'eux et commença à examiner Rin. Sesshomaru suivait avidement le moindre de ses gestes. Derrière eux, venaient AhUn, montés par Jaken et la hanyo.
« Inuyasha ! » appela-t-elle.
Inuyasha regarda un instant la hanyo, comme s'il essayait de se souvenir qui elle était. Apparemment il n'eut pas à chercher trop longtemps.
« Shiori !
- Shiori ? répéta la miko qui détourna un instant son attention de sa tâche.
- Oui, c'est moi, sourit la hanyo avant de paraître soucieuse. S'il vous plait, aidez Rin. Elle a la même maladie qui a tué okaasan. »
Sesshomaru voulait faire taire la hanyo, même si à présent, à la demande de la miko elle décrivait les signes de la maladie. Mais pourquoi devait elle rappeler sans cesse que sa mère était morte par la même maladie ? Rin était forte, elle ne pouvait pas mourir! Il ne pouvait l'envisager.
« On dirait une tuberculose, dit enfin la miko. Il vaut mieux ne pas l'amener au village, c'est une maladie trop contagieuse. »
Sesshomaru gronda.
« Pour préserver des pathétiques humains tu la laisserais mourir dans le froid, femme ? »
Son ton sous-entendait qu'il offrirait la mort si la réponse de la miko ne le satisfaisait pas. Inuyasha posa protectivement sa main sur l'épaule de l'humaine. Mais elle le regardait sans trace de peur, droit dans les yeux. Ce qui ne l'étonnait pas d'une fille de la lignée de Midoriko. Une autre humaine dont il se souvenait d'avoir croisée trois fois, deux cents ans auparavant. La première fois avec son père, lorsqu'elle était enfant, la deuxième quand elle était du même âge que Rin à présent, en tant que cousine de l'humaine Izayoi, une jeune apprentie miko rougissante au moindre regard qu'on lui portait, puis une dernière fois lorsqu'elle était une femme mûre et grave que la vie n'avait pas épargnée. Quelques jours avant sa mort, elle était une guerrière capable de lui tenir tête sans peur.
Comme l'avait fait parfois la miko Kikyo, ou la sorcière du vent Kagura. Comme cette fille Kagome le faisait à présent. Comme Rin le pouvait s'il le fallait.
Rin était du même sang, il aurait dû le deviner la première fois qu'il l'avait rencontrée. Et la femme Kagome était la descendante de Rin. Il devait le croire, pour continuer de croire qu'elle survivrait la bataille contre Naraku et Kikyo, même si cela signifiait aussi qu'elle se marierait et aurait des enfants. Et pas avec lui, car il était un démon. Il refusait de faire la même erreur que son père, même si elle était plus que tentante.
« Bien sûr que non, déclara la miko en coupant court à ses pensées. Je veux qu'elle vienne dans mon époque, là je pourrai la soigner correctement. »
Un vide glacé menaça de prendre place en lui. Il ne voulait pas être séparé de Rin. Pas comme la dernière fois. Il se souvenait que trop bien de son absence.
« Non, guéris-la ici.
- Mais ici, je n'ai pas les structures, le matériel qu'il faut, insista fermement la miko.
- Amène-les alors, Rin restera dans son époque.
- Je ne peux pas ! Il faut de l'électricité, beaucoup de médicaments, un endroit salubre, tout ce que le Sengoku Jidai ne peut offrir. Cela peut prendre des semaines pour soigner une tuberculose, voire des mois, même dans mon époque ! Au moins là-bas, j'aurais tous les moyens modernes à ma disposition pour le faire. Ici, je ne suis pas sûre qu'elle survivra. »
Une partie de ce que disait la miko lui échappait, mais il ne s'abaisserait pas à poser des questions pour montrer son ignorance, surtout à une humaine. Toutefois, il doutait. Si… elle avait raison ? Si la seule chance de guérir Rin était quelque part dans le futur ? Là où il ne pouvait pas l'atteindre, être avec elle. Inconsciemment, il serra Rin un peu plus contre lui, regardant son visage pâle et grave, profondément endormi.
« Je sais… je sais qu'elle est importante pour vous, commença la miko.
- Tu ne sais rien ! aboya presque Sesshomaru.
- … que vous redoutez son absence, continua-t-elle indifférente à sa remarque. Mais ne vaut-il pas mieux l'emmener là où elle peut être guérie et vivre ? Là-bas, elle n'aura en plus même pas à redouter une attaque de Naraku dans son état. »
Que pouvait-elle savoir ? Cette humaine ne pouvait imaginer combien il redoutait l'absence de Rin, combien, lui le grand seigneur de l'ouest craignait le vide que son départ créerait. Cette incertitude sur comment elle allait, cette incapacité de sentir sa présence, son parfum, son âme.
« Je ne peux pas aller dans le futur avec elle, murmura-t-il malgré lui. Le puit ne me laisse pas passer.
- Je suis désolée, Sesshomaru, dit la miko avec une compassion que Sesshomaru aurait aimé lui faire avaler, mais c'est la meilleure solution. S'il vous plait, pour Rin. »
Pour toute réponse, Sesshomaru serra Rin toujours blottie contre lui.
« Sesshomaru ? » demanda Inuyasha avec un brin d'inquiétude dans sa voix.
Sesshomaru se mit alors en marche, lentement, essayant d'apprécier un petit peu plus longtemps la sensation de garder Rin contre lui. Il regarda longuement son beau visage, conscient que les autres le suivaient interdits. A chaque pas, il voulait caresser les joues de la jeune femme, ses cheveux, ses lèvres, le reste de son corps… Il voulait voir ses grands yeux bruns si confiants briller de mille émotions qu'elle ne réservait que pour lui. Il voulait entendre sa voix et son rire, tant de choses qui lui était interdites mais qu'il ne pouvait s'empêcher de désirer.
Trop rapidement, il arriva à hauteur du puit. Sa décision avait été vite prise. Rin devait vivre, même si pour cela, il devait s'en séparer.
Inuyasha arriva à ses côtés et d'un commun accord, il prit Rin délicatement entre ses bras. Sesshomaru se permit alors d'écarter une mèche de cheveux qui recouvrait son visage pâle et d'essuyer les quelques flocons tombés sur elle.
« Nous ferons tout pour la ramener en plaine santé, dit la miko. Je vous le promets. Shiori-chan, va au village avec AhUn de ma part et trouve la miko Kaede. Elle te logera et tu lui raconteras ce qui s'est passé. On y va Inuyasha ? »
La miko sauta dans le puit, son odeur disparaissant brusquement de leur monde. Inuyasha hésita encore un instant et lui lança un regard étrange. Il se retourna et sauta à la suite de la miko. Et Sesshomaru prit alors de plein fouet ce sentiment de vide, plus douloureux qu'une dague enfoncée en plein cœur. Les hennissements d'AhUn pleuraient la jeune femme qui ne reviendrait pas de si tôt parmi eux.
Sesshomaru resta longtemps sous la neige d'hiver devant ce puit par lequel Rin avait été emmenée. La hanyo et AhUn étaient partis, et seul Jaken restait à ses côtés en le laissant seul avec ses pensées.
« Sesshomaru-sama, dit-il, votre main… »
Sesshomaru jeta un coup d'œil indifférent aux traces de sang qui tombaient sur la neige puisque ses griffes s'étaient enfoncées sans retenue dans sa paume. Rin lui manquait déjà, et pour la première fois de sa vie, Sesshomaru ressentit un immense regret. Il ne lui avait pas dit au revoir.
Kagome et Inuyasha avaient amené Rin dans l'époque moderne depuis près d'une semaine. Ils l'avaient installée dans une petite maison séparée du reste du temple pour éviter tout risque de contamination. Des risques minimes en fait, Kagome et sa famille étaient vaccinées contre la tuberculose et Kagome veillait toujours à porter un masque lorsqu'elle entrait dans la chambre de Rin. Elle avait comme même déconseillé à sa famille de venir voir Rin, mais Sota n'obéissait pas à la règle. Il était trop inquiet pour son amie.
Malgré le traitement, Rin prenait du temps à se remettre. Kagome avait eu des détails grâce à Inuyasha et Shiori sur la façon dont la jeune femme était tombée malade. Ce qu'elle avait appris n'avait rien de rassurant pour le pronostic de la maladie. Rin avait poussé au-delà de ses limites, devenant la victime de la maladie qu'elle voulait éradiquer. Elle était épuisée, et l'énergie qu'elle avait dépensé avant pouvait lui faire défaut au moment où elle en aurait le plus besoin pour elle-même. C'était ce que pensait Hatori-sensei, et Kagome ne pouvait être que d'accord avec lui.
Elle se souvenait de la détresse morale de la jeune femme avant son départ pour le nord. Elle l'avait remarquée après sa confrontation avec Naraku, mais Sesshomaru ne devait pas être étranger à cela non plus.
Kagome était certaine que Sesshomaru et Rin avaient des sentiments l'un pour l'autre. Pourtant, c'était comme si le taiyokai et Rin faisaient tout pour ne pas les concrétiser. Inuyasha lui avait raconté que c'était Rin qui avait refusé le baiser de Sesshomaru. Elle se demandait bien pourquoi et le silence pensif d'Inuyasha à toutes ses interrogations sur ces deux-là faisait penser qu'il en savait plus qu'elle.
Sango avait été tout aussi perplexe qu'elle, et n'avait pas de réponses non plus. Sango était dans une situation difficile avec les sentiments de Kohaku en jeu. Elle n'appréciait vraiment pas Sesshomaru pour la peine, mais ne pouvait rien faire contre les sentiments de Rin à ce sujet.
Mais peut-être que tout ceci n'aurait plus d'importance à présent. Rin avait semblé renoncer à la vie, elle qui était la vie. Elle renonçait à ce qu'elle était, lentement et inexorablement. Comment en était-elle arrivée à là ?
Kagome ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. C'était elle qui avait ramené le Shikon no Tama dans le Sengoku Jidai. Elle était à l'origine de tout ce chaos, de Naraku, de ce qui arrivait à Rin…
La porte derrière elle, s'ouvrit, coupant net aux réflexions de Kagome. C'était Inuyasha qui revenait du passé. Il s'agenouilla à ses côtés et glissa son bras autour de sa taille.
« Comment va-t-elle ? » demanda-t-il.
Kagome soupira et posa sa tête contre l'épaule d'Inuyasha. Elle s'en sentit immédiatement apaisée, comme si elle devenait plus forte avec lui à ses côtés.
« Toujours pareil. La fièvre est encore présente et elle passe la majorité de son temps à dormir. Parfois quand elle se réveille, on dirait qu'elle est encore en plein cauchemar… Elle ne me reconnaît pas dans ces moments-là… Si Sango serait ici, elle serait bouleversée de la voir ainsi. Et au village, comment ils prennent la nouvelle ? »
Inuyasha resserra légèrement son étreinte.
« Mal. Ils ne peuvent rien faire et pour couronner le tout, ils ne peuvent même pas la voir. Sango serait constamment en train de pleurer si Miroku n'était pas avec elle et ne veillait pas sur les enfants. Ren-chan ne comprend pas tout ce qui se passe, Kiyoshi pose sans arrêt des questions à Miroku à propos de Rin. Kohaku est mort d'inquiétude et Shippo l'aide comme il peut avec Shiori. Sesshomaru rode toujours autour du puit, même s'il est trop fier pour me demander de ses nouvelles, contrairement à ce crétin de Jaken.
- Jaken ?
- Kerps, il est venu me voir avant que je passe dans le puit. Voulait savoir comment allait Rin. Je lui ai dit la vérité. Il était vraiment inquiet.
- Tu penses que Sesshomaru a envoyé Jaken pour obtenir des informations ?
- Feh, c'est pas son genre. Il est trop fier pour ça.
- Mais nous parlons de Rin. »
Inuyasha ne répondit rien. Sesshomaru était fier, mais ils savaient tous les deux que Rin était un cas particulier, une faille dans l'arrogance du Taiyokai.
« Est-ce… est-ce qu'elle se rétablira, Inuyasha ? »
Inuyasha approcha son visage de celui de Kagome, caressant sa joue de son nez. C'était un geste tendre qu'il faisait lorsqu'il voulait l'apaiser.
« Bien sûr… Elle est Rin. Elle ne laisserait pas la satisfaction à Naraku de l'emporter si facilement. Et puis avec toi et toute ta médecine moderne pour la guérir… on a toute les chances du monde. »
Kagome se mordit la lèvre. Elle savait qu'il tentait tout autant de se convaincre que de la convaincre, elle. C'était tellement difficile de le croire lorsque Rin était dans cet état.
« Je ne suis pas une guérisseuse comme Rin. Je ne peux pas sauver les gens en puisant dans mes pouvoirs. C'est ce dont elle aurait besoin en ce moment même. Je n'ai même pas la moitié des capacités de Kikyo dans ce domaine. Parfois je me demande s'il n'aurait pas mieux fallu demander l'aide à Kikyo. J'aurais dû ravaler ma fierté, j'aurais dû…
- Tu as pris la bonne décision, Kagome, dit Inuyasha fermement. Tu te souviens ? Kikyo a tenté de tuer Rin.
- En quoi cela me rend meilleure que Kikyo ? Je suis sa réincarnation, rien ne dit que… »
… je ne tenterai pas de la tuer moi-même.
« Kagome ! On est déjà passé par là. Tu n'es pas Kikyo, réincarnation ou pas. Rien de ce qui s'est passé ne se reproduira. »
Kagome sourit devant l'expression déterminée d'Inuyasha. Ce n'était pas pour rien qu'elle l'aimait. Il avait toujours les mots qu'il fallait semblait-il. Elle se trouva l'envie de le croire.
« Ka…gome ? »
La voix faible de Rin la fit presque sursauter tant elle était inattendue. Ses yeux étaient entrouverts, trop fatigués pour mieux s'adapter à la lumière d'hiver qui traversait la fenêtre.
« Rin, ça va ? » demanda Inuyasha.
Rin resta silencieuse, comme si elle tentait de rassembler ses pensées.
« Qu'est-ce que… je fais ici ? finit-elle par demander.
- Tu es malade, répondit Kagome en caressant des mèches collés sur le front humide de la jeune femme. C'est une tuberculose. Sesshomaru t'a amenée et j'ai souhaité te faire venir dans le futur. Ici, je pouvais mieux te soigner. »
Rin n'ajouta rien et bientôt tomba dans un sommeil réparateur.
A partir de ce jour, Kagome reprit espoir. Rin se réveillait plus souvent, sa fièvre était tombée, et ses quintes de toux devenaient moins sanglantes. Lentement, elle guérissait.
Kagome était heureuse de l'aide d'Inuyasha pendant la maladie de Rin. Il la relayait quand Kagome se reposait ou devait étudier. Malgré ses grands airs de mauvais garçon, Inuyasha prenait à cœur l'état de ses amis, et Rin ne faisait pas exception. Elle était la petite sœur qu'il n'avait jamais eue, et d'une certaine manière, elle l'était réellement, de part sa relation avec Sesshomaru. Si relation il y avait. La présence d'Inuyasha avait été l'une des causes de la guérison de Rin. Il était là pour lui donner ses médicaments, pour lui tenir compagnie.
La phase de contagion s'était terminée. Rin n'était pas encore complètement guérie, et elle paraissait encore fatiguée. Cependant, ils fêtèrent tous ensemble cet avancement dans la petite maison qu'occupait Rin. Toute la famille y participa, avec Hitomi et Inuyasha.
Et ce fut plus festif que jamais avec la déclaration inattendue de Sota qui demanda la main de Hitomi qui accepta. Kagome en resta bouche bée, tout comme Inuyasha. Ces deux-là n'avaient que seize ans ! Rin retrouva alors pendant un court instant son sourire d'antan, alors que Mama et Ojichan pleuraient de joie en utilisant l'appareil photo de Sota. Kagome comprit ce jour-là d'où venait la fascination de Sota pour la photographie.
« J'aimerai vous offrir un cadeau, pour la peine, dit alors Rin.
- Voyons, Rin-chan, dit Mama, ta présence est suffisante. »
Rin sourit presque puis ferma les yeux. Avant que Kagome pût intervenir, la jeune femme concentra son énergie et canalisa… quelque chose à l'extérieur.
« Rin, arrête, tu es épuisée ! »
Mais Rin était une tête de mule, Kagome ne pouvait rien contre cela, et elle continua ce qu'elle entreprit, son visage crispé dans l'effort. Elle s'arrêta brusquement, se courbant légèrement en deux.
« Rin ! » cria Kagome en courant rejoindre la jeune femme qui toussait.
La crise dura plusieurs longues secondes, mais contrairement au début de la maladie, la toux n'était plus sanglante. Rin reprit sa respiration avec son visage pâle et ses traits tirés.
« Rin-chan, tu n'aurais dû faire ça, dit doucement Kagome.
- Mais j'y tenais, répondit-elle. Mon cadeau est dehors. »
Kagome regarda les autres avec perplexité, et Inuyasha se leva pour voir ce qu'il les attendait. Rin s'emmitoufla dans un châle et le suivit avec l'aide de Kagome. Dehors, le spectacle le plus incroyable pour une après-midi enneigée d'hiver les accueillit. Goshinboku fleurissait, et autour, sur les barrières de bois qui l'encerclaient, des roses rouges s'épanouissaient comme en plein été. Des roses rouges, mes fleurs préférées.
« C'est ce qui manque le plus en hiver, dit doucement Rin. Quand les fleurs sont tuées par le vent froid. Mais ce ne sera pas le cas pour Goshinboku et ces roses. Leurs cycles seront à part, indépendant du temps. C'est une chance que Goshinboku soit si réceptif aux fluctuations du temps. »
Quelques flocons tombaient, donnant un aspect féerique au paysage. Ils restèrent longuement à l'admirer, jusqu'à ce que Rin faiblît, obligeant Inuyasha de la porter à l'intérieur.
Les jours suivants, les semaines suivantes même, l'état de Rin stagna. Elle n'était certes plus alitée, mais son état ne s'améliorait pas non plus. Kagome préféra repousser le retour de Rin dans le Sengoku Jidai, le temps qu'elle se reposât.
Pourtant, à voir les gestes d'une lenteur gracieuse de Rin, Kagome se demandait si elle serait un jour complètement guérie. La maladie laisserait des séquelles dans la vie de Rin, une fatigue qui ne partirait peut-être pas aussi rapidement qu'avant et apparaîtrait plus précocement à chaque effort quelle ferait, une fragilité respiratoire aussi.
Elle en avait parlé à Rin qui avait pris la nouvelle avec plus de calme que Kagome aurait cru. Ce n'était pas tout à fait de l'indifférence, mais la réaction de Rin y ressemblait.
Le temps se radoucit à la fin du mois de janvier, mais d'après Inuyasha, le cœur de l'hiver battait son plein dans le passé, faisant repousser la suggestion de Rin d'un retour précoce. La première fois qu'elle en parla, lors d'une promenade autour de Goshinboku, Kagome demanda pourquoi Rin voulait repartir si tôt au lieu de se reposer encore un peu.
« Parce que je n'appartiens pas à cette époque, répondit-elle en regardant les branches fleuries du grand arbre. Parce que tant de personnes me manquent là-bas.
- Sesshomaru ? demanda-t-elle consciente d'avoir déjà eu la même conversation avec Rin auparavant.
- Oui, plus que tout, sourit Rin, mais aussi…
- Mais aussi ?
- C'est étrange… un monde sans Naraku. »
Rin avait déjà dit quelque chose de semblable avant, mais cette fois-ci, Kagome en fut plus troublée. Pourtant, elle n'obtint pas d'éclaircissement sur ce commentaire. Rin s'était enfermée dans son silence, ce bouclier qui la coupait plus du monde qu'il ne la protégeait.
Rin avait repris la chambre d'amis, mais c'était encore insuffisant pour qu'elle retrouvât sa joie de vivre, sa santé. Kagome comprit très vite qu'il fallait un air nouveau pour Rin. Celui hivernal de Tokyo n'était pas le plus propice pour elle. L'occasion ne se proposa qu'en mi-février, comme si le destin s'amusait à concrétiser ses projets dans le chaos.
Sota depuis quelque temps paraissait anxieux, perdus dans ses pensées. Kagome prit du temps pour s'en apercevoir, son attention partagée entres ses études, Rin et Inuyasha. Ce fut Rin un soir, alors que toute la famille était réunie qui souleva le problème.
« Sota-kun, cela fait longtemps qu'Hitomi-chan n'est venue pas au temple. Vous vous êtes disputés ? »
Sota resta silencieux et regarda fixement son assiette. Quelque chose n'allait clairement pas avec son petit frère, et Kagome devait savoir quoi.
« Sota ? poussa un peu Kagome.
- J'ai… j'ai demandé la main d'Hitomi à ses parents, dit-il avec difficultés. Ils… ils ont refusé.
- Quoi !? » crièrent en même temps Kagome et Ojichan.
Mama et Rin avaient des expressions identiques d'inquiétudes. Inuyasha, malgré son air indifférent, était tout aussi attentif à la discussion que les autres.
« Ils disent que nous sommes trop jeunes, que pour eux je n'étais qu'un amour d'adolescent pour Hitomi. Que c'était pour ça qu'ils ne nous avaient jamais pris au sérieux.
- Mais tu leur as expliqué que ce n'était pas pour toute de suite ? demanda Kagome.
- Bien sûr que oui, mais ce n'étaient même pas ça qu'ils les dérangeaient le plus. »
Il s'arrêta un instant comme s'il avait honte de continuer.
« Sota, dit Mama, tu sais que tu peux tout nous dire. »
Sota acquiesça avant de reprendre ma parole.
« La famille d'Hitomi est très riche, l'une des plus puissante du japon. Son père est Tokumi Enishi.
- Le politicien ? s'écria Kagome.
- Hai. Il pense que je ne suis pas assez bien pour Hitomi. Que je n'ai pas assez de pouvoir et d'argent. Que je veux épouser Hitomi pour son argent.
- Quel crétin ! s'exclama Kagome furieuse. Qu'est-ce qu'a dit Hitomi ?
- Elle nous a défendu, bien sûr, dit Sota d'une voix triste. Mais son père a décidé d'emmener Hitomi-chan dans les îles du sud, près d'Okinawa. Il nous a… séparé. »
Le silence tomba sur la petite famille. Kagome était atterrée par l'histoire de Sota. Comment Tokumi Enishi pouvait commettre un tel acte ? Sota et Hitomi était clairement fait l'un pour l'autre, Kagome en avait eu la certitude quand Hitomi avait fait sa déclaration à la petite Hitomi-chan. Et cet amour serait gâché par un politicien véreux ?
« Que comptes-tu faire ? »
Etrangement, c'était Inuyasha qui posa la question, sortant de son mutisme d'observateur. Sota leva rapidement les yeux vers Inuyasha, puis les rabaissa.
« Moi ? Rien, Tokumi-san a raison… Que pourrait donner les revenus d'un photographe pour faire vivre une fille comme Hitomi… Elle mérite mieux, comme vie.
- Alors c'est que tu es stupide, dit Inuyasha. Tu laisses passer la femme de ta vie, et si tu la perds, rien ne pourra te la ramener. »
Kagome sourit. Inuyasha était adorable quand il prenait le temps de jouer le grand frère pour Sota, agissant peut-être comme il aurait aimé voir Sesshomaru le faire.
« Je suis d'accord avec Inuyasha, dit Rin. Il ne nous reste plus qu'à aller dans les îles du sud. »
Sota resta bouche bée, mais se reprit rapidement.
« Mais… comment ? Ce n'est pas comme si on avait les moyens, et puis il y l'école, et…
- Je peux toujours te trouver des excuses pour l'école, dit Ojichan. Après Kagome, ce sera un jeu d'enfant pour toi.
- L'air des îles du sud fera du bien à Rin, ajouta Mama. Nous avons suffisamment d'économie pour vous faire partir. Goshinboku fleuri en plein hiver a attiré beaucoup de monde, et les finances du temple vont plutôt bien.
- Et puis une fois là-bas, dit Rin, je t'apprendrai à camper. S'il le faut, nous chercherons du travail. On ne partira pas de l'île sans Hitomi-chan. »
Kagome hésitait de laisser Rin partir dans un endroit où elle ne pourrait pas veiller sur elle. Et si elle passait effectivement son temps à camper dehors, Sango la tuerait, Kgome en était certaine. Mais Mama avait raison, l'air du sud ne pouvait qu'aider Rin. Elle aurait en plus de quoi s'occuper l'esprit au lieu de se morfondre seule dans sa chambre. Elle soutiendrait Sota, elle qui était de la famille, arrière-arrière-grand-mère ou pas, et Sota s'occuperait d'elle aussi.
Ainsi, il fut décidé que Sota laisserait ses études de côté pour retrouver Hitomi. Rin reprit des forces en préparant leur voyage, comme si un nouveau but, lui permettait d'inhiber sa maladie. Et à la mi-février, la famille et Inuyasha avec une casquette sur la tête, firent leurs adieux à Sota et Rin à la gare principale de Tokyo. Aucun d'entre eux ne savait quelle serait la date de leur retour et comment Inuyasha et Kagome allaient l'annoncer au village sans recevoir les reproches de leurs amis.
La neige glacée tombait depuis deux mois déjà, étouffant la nature sous un manteau blanc. Sesshomaru ne se souvenait que d'une poignée d'hivers aussi rudes dans les près de ces trois cents ans de vie. Il n'en était pourtant pas gêné, même en sachant que plus d'humains mourraient en cette saison. Froide et mortelle, comme il l'était. Calme mais toujours apte à se transformer en tempête dévastatrice. Cependant, pour la première fois, Sesshomaru détesta profondément cette saison.
La seule personne qui promettait le printemps, avait été chassée par le froid de l'hiver. Elle n'était même plus de ce monde, celui auquel elle appartenait. Rin était dans le futur de la miko Kagome, là où il ne pouvait pas sentir sa présence.
Les premières semaines durant lesquelles elle était partie la première fois avaient été particulièrement difficiles, et cette fois-ci fut pire encore. Son absence traînait depuis plusieurs mois, longs, sans fin, même pour lui un Taiyokai. Une mortelle manquait à un immortel. Quelle ironie.
Il attendait son retour, jour après jour, espérant la voir apparaître de façon inopinée à l'embouchure du puit, mais ce n'était pas encore arrivé. Il était impatient au point que parfois il s'était retrouvé à sauter dans le puit, croyant peut-être qu'il pourrait traverser la porte du temps qui le séparait de la femme qu'il aimait.
Que penserait son père de voir son fils aîné, jadis si méprisant des humains, aimer une femme humaine ? Lui aurait-il ri au nez en lui disant qu'il aurait dû être moins arrogant vis-à-vis de cette race ?
Pas que Sesshomaru avait pour autant une meilleure considération, non. Seule Rin se démarquait véritablement. Les autres humains l'indifféraient, ils pouvaient tous mourir pour le peu que cela lui apportait. Bien sûr, si cela n'aurait pas blessé Rin. Elle était beaucoup trop sensible, gâchant ses émotions sur tout ce qui vivait. Naraku avait abusé de cette faiblesse pour la faire faillir, l'avait exploitée alors qu'elle aurait pu achever la misérable vie du hanyo.
Et lui, Sesshomaru, avait la même incurable faiblesse pour Rin. Sa fierté lui disait de l'abandonner, de retourner sur ses terres. C'était sans compter sur cet indélébile sentiment qui murmurait que sans elle, il n'était plus rien, ni seigneur, ni vivant, une coque vide de tout but valable, de toute âme. C'était aussi simple et clair que l'eau pure d'un ruisseau, lui faisant comprendre qu'elle était la femme qu'il aimait. La seule qu'il avait aimée, la seule qu'il n'aimerait jamais.
C'était l'une de ses seules certitudes. Rin serait celle qui compterait pour lui, indétrônable, même face à ces femmes yokai qu'il avait croisé, fières et impitoyablement belles. Kagura avait été l'une d'entre elles, ce genre de femmes par lesquelles il avait toujours été attiré.
Rin paradoxalement ne correspondait pas à ce genre de femmes. Oh, elle était fière, d'une façon inhérente à sa personne. Même déférente, elle irradiait d'une étrange fierté modeste. Il suffisait de la voir marcher, se mouvoir, d'observer la manière dont elle se tenait droite, presque invulnérable, mais si fragile en fait. Il avait besoin d'elle, de sa force qui semblait maintenir le monde en place, et de sa fragilité aussi, car elle donnait à Sesshomaru l'un des plus grands et délicats buts de sa vie : la protéger.
Pourtant, il ne pouvait se résoudre à demander de ses nouvelles à Inuyasha. Il ne pouvait pas s'abaisser à demander de l'aide presque à son demi-frère. Ce serait embarrassant, et toujours Sesshomaru repoussait à plus tard cette alternative.
Il avait appris que Jaken n'avait pas eu les mêmes scrupules. A l'époque, Jaken l'avait pressé, lui, Sesshomaru, son seigneur, de parler à son hanyo de demi-frère. Sesshomaru avait d'abord ignoré le petit yokai, pour finir par lui ordonner de se taire. Mais pour la première fois de sa vie, Jaken lui avait tenu tête avant d'éclater en sanglots et lui révéler ce que lui et Inuyasha s'étaient dits au sujet de Rin. Sesshomaru était resté impassible, mais les mots de Jaken l'avaient assommé. Rin était toujours malade, gravement malade.
C'était il y avait plus d'un mois de cela, et depuis, Sesshomaru n'avait toujours pas demandé plus d'informations à Inuyasha. Pas seulement parce qu'il ne daignait pas parler à son demi-frère, mais surtout parce qu'il craignait l'annonce d'une dégradation de l'état de Rin. Sesshomaru se sentait devenir lâche.
Le temps passa, et l'envie de savoir, de croire en Rin, devint plus forte. Parler à Inuyasha était toujours hors de question, tout comme envoyer Jaken à sa place. Mais bientôt une solution apparut dans l'esprit de Sesshomaru, moins dégradante, en la personne du moine Miroku.
Il avait dû s'allier une fois à lui, cet homme que Rin considérait plus ou moins consciemment comme son père. Pour ce qu'il en avait pu voir, le moine le lui rendait bien, près à lui donner sa vie s'il le devait. C'était un homme intelligent, et Sesshomaru l'aurait admiré, s'il n'avait pas été qu'un simple humain.
L'occasion de lui parler seul à seul se présenta, une journée froide d'hiver où il se promenait aux abords du puit. Sesshomaru observa le moine un certain temps, conscient que celui-ci était capable de sentir sa présence. C'était presque comme s'il l'attendait. Sesshomaru, ayant ordonné à Jaken de rester à l'écart, décida alors de se révéler. Il s'avança vers le moine, le léger crissement de ses pas dans la neige lui faisant lever la tête.
« Elle vous manque donc aussi, » dit-il en guise de bienvenue un léger sourire s'esquissant sur ses lèvres.
Sesshomaru ne répondit pas, incapable de décider s'il devait attaquer le moine pour ses paroles insolentes mais vraies. Pour l'instant, il vivrait, puisqu'il avait des informations que Sesshomaru voulait. Il ne le tuerait pas avant, et même après cela était impossible. Rin en serait bouleversée.
« Comment va-t-elle ? se résolut-il à demander.
- Mieux, fatiguée, mais mieux. »
Sesshomaru laissa échapper un souffle dont il ne se souvenait pas avoir retenu. Elle vivait encore, et son état c'était amélioré. C'était le plus important.
« Quand reviendra-t-elle ? »
Sesshomaru était satisfait de garder encore un ton ferme et commandeur, au lieu de supplier l'humain de parler plus. Le moine hésita avant de répondre.
« Nous… nous ne savons pas. D'après Inuyasha, elle et le jeune frère de Kagome sont partis dans les îles du sud pour qu'elle prenne un air meilleur, plus estival et plus doux, malgré l'hiver. »
Cette nouvelle ne plut pas à Sesshomaru. En particulier le fait que Rin allait seule en voyage avec un humain. Elle était volontiers trop confiante.
« Pourquoi n'est-elle pas revenue ici ? Si elle avait besoin d'aller dans le sud, son époque aurait bien pu suffire.
- Elle avait des choses à faire dans le futur.
- Quelle genre de chose pouvait bien être plus importante que de revenir dans sa propre époque ? Sa place est ici.
- Sota, le frère de Kagome, avait un problème avec sa fiancée. Vous connaissez Rin, elle est toujours la première à proposer son aide à un ami. »
Sesshomaru n'approuvait pas cette situation.
« La miko aurait dû partir avec elle, et non la laisser seule à seule avec un humain dont on ne connaît rien. »
Le moine éclata de rire, ayant comme effet d'irriter Sesshomaru. De quel droit osait-il se moquer de lui ?
« Vous croyez vraiment que Sota pourrait s'intéresser à sa potentielle aïeule autrement que par amitié ?
- Les humains sont vils, c'est parfaitement plausible.
- Mais peu probable, d'après ce que j'ai entendu dire sur Sota. Ne gâchez pas de la jalousie là où elle n'a pas lieu d'être. Sota n'est pas Kohaku. »
Si le moine pensait avoir calmé sa colère, il avait misérablement échoué. Sesshomaru, Seigneur de l'Ouest, n'est pas jaloux, en particulier d'un vulgaire humain sans intérêt.
« Je me suis souvent demandé ce que Rin pouvait bien trouver en vous, continua le moine sans lui prêter plus d'attention. Tant d'hommes l'ont désirée, que ce soit pour son pouvoir, ou pour sa beauté. Beaucoup d'entre eux sont des hommes bien, capables de la respecter et de l'aimer comme elle le mérite. Kohaku est l'un de ceux-là. Mais par un caprice du destin, son cœur vous a choisi depuis bien longtemps, la privant d'être véritablement heureuse avec un autre home. Or… je veux la voir heureuse.
- Pourquoi me dis-tu cela, moine ? »
Il sourit.
« Elle vous aime, je ne peux rien y faire. Et vous l'aimez, même si vous ne l'admettrez jamais. Rin est ma fille aînée, et il est à moi de veiller sur elle, même si je me rends bien compte qu'elle est indépendante et adulte depuis bien longtemps. Si vous ne seriez jamais venu me voir pour savoir comment elle allait, j'aurais tout fait pour vous séparer. Mais vous êtes là, me prouvant qu'elle compte pour vous. J'ai encore… de l'espoir. »
De l'espoir.
En avait-il lui, Sesshomaru ? Des rêves insensés le poursuivaient aussi bien la nuit que le jour. Des rêves infondés où il la prenait contre lui, où il l'embrassait… Non ! Les démons et les humains vivaient dans deux mondes différents pour une raison simple. Les deux races étaient la perte de l'autre.
« Tes considérations sont déplacées, moine.
- Inuyasha a toujours voulu renier ses sentiments pour Kagome aussi. C'est un trait de famille, semble-t-il.
- Ne me compare pas à Inuyasha, humain ! »
Sesshomaru se retourna préférant partir avant de tuer le moine sur le champ pour ses paroles. Néanmoins, le moine n'avait pas fini ce qu'il avait à dire.
« Si vous voulez des nouvelles de Rin, n'hésitez pas à venir me voir. »
Et bien que Sesshomaru ne répondît pas, il considéra sérieusement la proposition du moine.
Voyager en train rapide était une expérience tout à fait intéressante pour Rin, bien qu'un peu longue. Cela n'avait certainement rien à voir avec AhUn. Quoique… voir le paysage défiler à toute vitesse, AhUn pouvaient le faire aussi, même s'ils n'offraient pas le même confort. Elle éviterait de leur en parler quand elle reviendrait, ils pourraient lui en vouloir d'avoir préféré un autre moyen de transport.
Elle était nostalgique de son époque, de son monde, mais elle savait au fond d'elle-même qu'elle n'était pas encore prête pour y retourner. Sango, Miroku, Kiyoshi, et Ren-chan lui manquaient, tout comme Shippo et Kohaku. Jaken lui manquait, et bien sûr Sesshomaru toujours, et encore lui. C'était une douleur lancinante, un vide perpétuel qui l'accompagnait et qu'elle avait déjà connu lors de son premier séjour dans le futur. A l'époque, cela n'avait duré que trois semaines. A présent, deux mois étaient passés.
Et l'absence de Naraku de l'autre côté du Shikon no Tama n'aidait en rien à apaiser ce sentiment. Elle aurait dû être soulagée que le lien qui les unissait n'était pas intemporel, qu'il n'était pas omniprésent. Et pourtant… elle n'avait pas menti à Kagome, un monde sans Naraku était étrange, irréel presque. Un rêve dans lequel elle marchait sans vraiment savoir où aller, un cauchemar peut-être.
S'était-elle trop habituée à la présence de Naraku au point d'en dépendre ? Etait-ce une nouvelle faiblesse, qui la rendrait incapable de vaincre Naraku à la fin ? Rin devait apprendre à vivre sans lui, et rester dans le futur était la meilleure solution pour y arriver.
Comme elle devait apprendre à vivre sans Sesshomaru. Oui, il fallait qu'elle apprît à l'oublier. C'était la chose la plus raisonnable à faire, n'est-ce pas ? Rin eut envie de sourire. Elle n'était jamais douée quand elle devait agir en fonction de sa tête. Mais elle devait essayer, n'est-ce pas ?
Depuis bien longtemps, Sota et elle étaient assis dans le compartiment. La nuit était tombée, mais ni l'un ni l'autre n'arrivait à dormir. Sota était sans doute trop inquiet pour sa relation avec Hitomi-chan et Rin s'était déjà assoupie durant l'après-midi.
Ce voyage était l'occasion d'échapper à Kagome pendant un instant. Rin s'en voulait un peu de profiter ainsi des problèmes de Sota. Pourtant, c'était vrai, Kagome avait perdu trop de temps à la veiller au lieu d'étudier. Si Inuyasha n'avait pas été là pour la seconder, elle aurait sans doute pris plus de retard qu'elle en avait déjà actuellement.
En plus Rin était habituée à son indépendance, et avoir Kagome toujours à observer le moindre de ses mouvements la gênait. Maintenant, elle pourrait être autre chose que le sujet d'inquiétude de tous. Elle devait s'occuper de Sota et d'Hitomi, devenus un but suffisamment important pour qu'elle s'y investît pleinement.
C'était une chance qu'elle se sentait mieux. Elle toussait plus rarement, et était moins fatiguée qu'avant. Kagome n'avait pas oublié de remplir un sac entier de médicaments en demandant à Sota de surveiller sa prise quotidienne d'antibiotiques et autres remèdes dont Rin ne comprenait pas vraiment l'origine.
En plusieurs heures, ils traversèrent la moitié du Japon, avant d'atteindre les grandes villes côtières du sud. Ils allèrent passer le restant de la nuit dans un hôtel avant de prendre le lendemain un bateau qui faisait la navette entre les îles.
Le temps était plus doux et plus agréable qu'à Tokyo, et l'odeur de la mer avait un effet revigorant.
Sota utilisa son appareil photo, rassurant Rin. Il prenait sur lui, et agissait comme si la vie redevenait normale. Il profita même de l'ennui de Rin pour la prendre comme modèle. Rin avait de la chance pourtant. Sota ne lui faisait pas prendre des poses ridicules comme dans les magazines de mode de Kagome. Rin n'avait pas une tenue particulièrement intéressante pourtant, une robe bleue de Kagome avec un châle sur ses épaules, malgré les rayons du soleil qui la réchauffaient. Sota était vraiment un photographe aux goûts bizarres.
A la fin de la journée, ils débarquèrent au port de la principale île, celle où était bien Hitomi. Rin avait repéré son aura en arrivant. Sota et elle se rendirent là où ils avaient réservé un petit studio qu'ils loueraient durant leur séjour. Une partie des économies de la famille leurs avaient été attribués pour subvenir à leur besoin, mais Rin et Sota avaient décidé qu'ils chercheraient du travail en arrivant. Ils ne savaient pas combien de temps ils allaient rester. Sota avait déjà prévu de photographier les touristes de passage et de leur vendre ses photographies. Rin, elle, devait encore réfléchir à ce qu'elle pourrait faire.
Le petit studio qu'ils louaient était composé du strict nécessaire. Une petite salle avec deux lits séparés par un paravent, une armoire et une commode, un coin cuisine et une salle de bain. Mais ce que Rin préférait, c'était la vue qui tombait sur le port et l'océan, calme et paisible, au-dessus duquel volaient des mouettes.
Les jours suivants, Rin et Sota découvrirent ensemble la ville, et trouvèrent la résidence où vivait Hitomi. Derrière de grandes barrières austères, une maison se cachait entourée par des arbres immenses et des palmiers au cœur d'un jardin sans doute magnifique. Rin avait dû retenir Sota de grimper les barreaux métalliques pour rejoindre Hitomi-chan. Il leur fallait d'abord un véritable plan et non pas entrer en effraction pour finir en prison en perdant Hitomi par la même occasion.
Rin et Sota se promenèrent souvent aux alentours de la résidence, mais ne virent jamais Hitomi, toujours enfermée à l'intérieur. Rin commençait à envisager d'utiliser ses pouvoirs pour mettre les choses en action surtout si la situation n'évoluait pas. Le seul problème était qu'elle ne savait pas encore comment.
Sota commençait à gagner de l'argent, ses photos 'numériques' pour touristes recueillaient une certaine renommée. Rin avait aussi trouvé un petit travail chez une fleuriste. Elle ne gagnait pas une fortune, tout comme Sota, et tous les soirs, ils se retrouvaient à calculer avec minutie et un certain désespoir leurs dépenses quotidiennes. Pourtant, ils avaient réussi à ne pas puiser dans les économies de la famille. Ce n'était pas particulièrement simple, mais Rin appréciait cette vie à peu près normale.
Elle se sentait mieux, le travail qu'elle effectuait lui plaisait et était apprécié. Avec toutes ses activités, ils avaient de moins en moins le temps de se promener le soir que ce fût sur la plage ou dans les bois alentours de la résidence d'Hitomi. Même s'ils ne la voyaient pas, ils aimaient respirer l'air pur de la nature des îles.
Il lui arrivait parfois de tousser en plein milieu de la nuit, réveillant même Sota. Il se chargeait alors de lui apporter un verre d'eau, et Rin s'en voulait d'occuper ainsi l'attention de son ami Elle devait l'admettre, il était un réconfort sur lequel elle s'appuyait et la réciproque était vraie. A force de paraître pour Sota et Rin Higurashi, frère et sœur, devant leur logeuse et les autres personnes qui les connaissaient, ils étaient peut-être venus à se considérer en tant que tels. Personne ne mettait en doute leur mensonge, sans doute parce qu'ils avaient un air de famille.
Un soir de fin de février, Rin se sentit étrangement fébrile, comme si quelque chose allait se produire. C'était un sentiment d'anticipation qu'elle ne ressentait pas souvent, et même si elle essaya de balayer cette idée, elle était mal à l'aise. Sota remarqua son anxiété, et proposa une balade dans la ville, qu'elle accepta.
Et ce fut dehors, qu'elle le sentit. Il était là dans l'île, près du port d'après elle, son aura familière présente non loin d'elle. Sesshomaru. Il était là.
« Rin ? Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda Sota à côté d'elle.
Rin ne s'était aperçue qu'elle s'était soudainement arrêtée dans la rue. Son cœur se mit à battre rapidement, réveillé par sa présence, et quand ses pensées reprirent un semblant d'ordre, elle fit la première chose que lui dictait son cœur. Elle courut, elle courut pour le rejoindre.
« Rin ! »
Elle ignora le cri surpris de Sota, continuant sa course, en esquivant les passants, en ne cherchant même pas à réfléchir sur les raisons de la présence de Sesshomaru près d'elle. Il était là, c'était la seule chose qui comptait. Elle courut, indifférente à la douleur qui étreignait sa poitrine, à sa respiration saccadée. Il fallait qu'elle le vît, il fallait qu'il fît disparaître ce vide qui s'était crée sans lui.
Elle vira à un pâté de maison pour se retrouver au milieu de la rue, alors qu'elle le sentait. Il ne pouvait être que devant elle.
« Sesshomaru ! » appela-t-elle.
Un homme se retourna vers elle, surpris, mais il n'était pas Sesshomaru. Ou plutôt si, même s'il avait des cheveux courts et sombres au lieu d'une longue chevelure argent, des yeux noirs et non dorés, mais tout autant intenses et profonds.
Néanmoins ce ne fut pas cet homme, ce Sesshomaru qui l'étonna le plus, mais la femme assise dans un fauteuil roulant à ses côtés, des cheveux bruns relevés sur sa tête, ses yeux mouvants dans les teintes profondes de l'océan. Cette femme, c'était… Moi ?
« Rin ! » entendit-elle crier, la sortant dans sa torpeur.
Le cri de Sota était trop tardif, une voiture fonçait sur elle. Rin n'eut pas le temps de s'écarter avant de se sentir percuter contre le pare-chocs. La douleur était tout, lorsqu'elle tomba et roula sur le sol rugueux, l'obligeant de fermer les yeux après avoir aperçus des traces de sang courant sur ses bras.
« RIIIIIIIIIINNN ! »
Le cri désespéré de Sota l'accompagna longuement alors que Rin tomba dans les ténèbres de l'inconscience.
Le téléphone sonna alors que Kagome descendait des escaliers.
« Je prends ! cria-t-elle en décrochant le combiné. Allo ?
- Kagome ? »
La voix de Sota paraissait étrange aux oreilles de Kagome qui eut un mauvais pressentiment.
« Sota ? Quelque chose ne va pas ?
- Kagome… C'est… c'est Rin… Elle s'est faite percutée par une voiture… On ne sait pas encore la gravité de son état… »
Kagome laissa tomber le combiné qui cogna le sol bruyamment. Mama et Jichan apparurent à l'embrasure de la cuisine.
« Kagome-chan, tu es pâle. Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Mama avec douceur.
Kagome se jeta dans les bras de sa mère incapable de retenir ses larmes.
« Oh, Mama, c'est Rin. Elle a eu un accident. »
Mama serra son étreinte, tandis que Jichan prenait le combiné son visage calme et ferme. Pendant un instant, Kagome se sentit rassurée malgré sa détresse, comme lorsqu'elle était enfant. Mama et Jichan prépareraient tout pour que la situation ne se transformât pas en chaos.
Inuyasha marchait tranquillement sur le sol froid et humide du village en direction de la maison de Miroku et Sango. Il n'était pas venu depuis un certain temps et il remarqua avec plaisir que cette foutue neige commençait à fondre. L'hiver, cette année-là, avait été dévastateur en durant plus qu'il n'était supportable pour les humains. Le printemps ne pointait toujours pas son museau, mais ce léger redoux était déjà un bon signe. Si le temps s'améliorait, Rin pourrait enfin revenir et Sango, Miroku et les autres n'auraient plus à s'inquiéter. Tout rentrerait dans l'ordre. Ouais, enfin, quand elle aura fini avec Sota et Hitomi.
A la maison, se trouvaient Sango, Shippo, Kohaku, Shiori et les enfants, mais Miroku était absent. C'était étrange d'ailleurs, il avait été particulièrement présent pour sa famille ces derniers mois, devenant le pilier auquel tous s'appuyaient, aussi bien les enfants, les garçons, ou Sango.
« Inuyasha ! dit Sango. Est-ce que ça va ?
- Oui, très bien, dit-il en s'asseyant à côté d'elle. Kagome était en train d'étudier, j'ai préféré vous rendre une petite visite.
- Tu veux dire, dit Shippo, qu'elle t'a jeté dehors parce que tu faisais tout pour la déconcentrer. Aie ! »
Inuyasha avait frappé le kitsune d'un poing sur la tête. Shippo devenait de plus en plus insolent avec l'âge, c'était à se demander de qui il prenait ses mauvaises habitudes. Avant qu'il ne réitérât, Kohaku prit la parole.
« Tu as des nouvelles de Rin ? »
Inuyasha hésita avant de répondre. Malgré les mois de séparations, Kohaku était toujours autant fixé sur Rin. Shippo et Shiori échangèrent un coup d'œil inquiet. De toute façon, Inuyasha se sentait obligé de répondre face aux regards suppliants de Kiyoshi et surtout Ren-chan. Pas étonnant que Miroku la gâte autant, cette gamine.
« Toujours dans le sud avec Sota en train de profiter du soleil et de la mer, répondit-il d'un ton bourru. C'est ce que j'ai entendu dire en tout cas.
- Elle… elle n'aurait pas dû y aller seule avec Sota, » dit Kohaku sans regarder personne.
Inuyasha sentait qu'il abordait un sujet dangereux, surtout avec Kohaku. Il aurait aimé rester à l'écart de ces histoires, mais il devait défendre Sota qui n'avait aucune intention de ce genre-là pour Rin.
« Ne dis pas de telles choses, réprimanda Sango calmement. Sota est le descendant de Rin, ce qu'ils savent très bien tous les deux. »
Malgré les paroles rassurantes de Sango, un certain malaise s'installait autour de la table. Inuyasha préféra de changer de conversation.
« Où est Miroku ? »
S'il avait cru entamer un autre sujet avec art, Inuyasha se rendit vite compte qu'il n'avait rien arrangé dans la tension ambiante. Sango fronça les sourcils et serra Ren-chan un peu plus contre elle.
« Il part parfois de la maison sans rien dire de plus, en ce moment. C'est différent de l'époque où le kazaana le consumait, mais… J'aimerai parfois qu'il se confie plus à moi, même dans les moments difficiles comme ces derniers temps…
- Il… il ne veut pas t'inquiéter pour rien, c'est tout, » répondit Inuyasha maintenant très mal à l'aise.
Il n'était pas le seul. Les garçons, Shiori, et les enfants appréciaient tout autant que lui de se mêler des affaires touchant directement le vie de couple de Miroku et Sango. C'est-à-dire, moins ils en entendaient parler, mieux ils se portaient. Si seulement Kagome ou Rin auraient été là, elles sauraient quoi dire. C'était un truc pour elles.
« Je suis sa femme, Inuyasha. Je suis là pour lui, que cela m'inquiète ou pas, ce n'est pas le plus important.
- Tu en as parlé avec lui ? »
Sango ne répondit pas, faisant croire à Inuyasha qu'ils étaient les premiers à entendre Sango évoquer ce problème. Il se leva alors et se dirigea vers la porte. Il détestait la voir aussi inquiète. Sango était sa meilleure amie, même s'il ne montrait pas à quel point elle était importante, elle et son bonheur. Miroku était aussi son meilleur ami aussi, et en tant que tel, et témoin de leur mariage, il devait quand même intervenir.
« Je vais voir où il est et je te l'amène. »
Il n'attendit pas la réponse de Sango et sortit. Dehors, il renifla l'air. L'odeur de Miroku n'était pas aussi forte qu'il ne l'aurait voulu, indiquant qu'il était parti depuis un certain temps déjà. Il réussit quand même à trouver une piste vers la forêt.
Il se dépêcha, jurant les dents serrées pour en être arrivé à là. Il doutait que Miroku trompait Sango, il était peut-être un coureur de jupons, mais paradoxalement, il était fidèle à sa femme. Toutefois, Inuyasha lui en voulait. Par sa faute, il devait servir de messager entre ces deux-là. C'était le boulot de Kagome, pas le sien !
La piste devint plus nette, le vent se mettant à souffler contre lui. Il fut surpris quand il sentit une autre odeur qu'il n'attendait vraiment pas auprès de Miroku. Sesshomaru ? Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien faire ? Une chance que le vent était de son côté, Sesshomaru ne le repérerait qu'à son arrivée. Et s'il découvrait que Sesshomaru s'en était pris à Miroku… La bataille qui avait tant traîné entre eux finirait ce jour.
Il ralentit et dégaina Tessaiga, prêt à immédiatement frapper Sesshomaru en cas de besoin. Il surgit dans la clairière où se trouvaient les deux hommes, mais retint la phrase menaçante qu'il avait préparé. En effet, Sesshomaru était tranquillement appuyé contre un arbre, tandis que non loin de là, Miroku était assis sur un rocher.
« Oh, bonjour, dit Miroku en le repérant. On se demandait justement quand tu reviendrais pour nous donner des nouvelles de Rin. »
Inuyasha se rendit compte qu'il avait la bouche grande ouverte. Le regard furieux de Sesshomaru lui fit reprendre ses esprits.
« Mais qu'est-ce que tu fous, Miroku ! Pas étonnant que Sango s'inquiète, elle devait se douter que tu étais suicidaire !
- Sango est inquiète pour moi ? dit-il en fronçant des sourcils. Je lui ai rien dit parce que je sais qu'elle ne supporte pas Sesshomaru et qu'elle n'approuverait pas mon idée. Je ne pensais pas qu'elle se rendrait compte de quelque chose, elle a tellement était accaparée par Rin, ces derniers temps…
- Ca répond pas à ma question ! Qu'est-ce que tu fous avec lui ?
- On parlait.
- Parler ? Mais il hait les humains !
- Sauf une, » répondit calmement Miroku.
Les yeux colériques de Sesshomaru se braquèrent sur Miroku. Inuyasha gronda, menaçant son frère au cas où il ferait le moindre geste suspect. Bien sûr il l'ignora, et Inuyasha reprit la parole.
« Ben justement, tu n'es pas Rin ! »
Cette fois-ci Sesshomaru se tourna vers lui, grondant de rage. C'était ce qu'Inuyasha avait voulu. Inuyasha était plus capable de se battre contre Sesshomaru que Miroku.
« Je ne crois pas qu'une bataille mènerait quelque part, déclara sereinement Miroku. Inuyasha est le seul à pouvoir se rendre dans le futur, n'est-ce pas, Sesshomaru ? »
Bizarrement les paroles de Miroku semblèrent faire effet sur son demi-frère. Il y avait une sorte de pacte entre ces deux-là qu'Inuyasha ne comprenait pas vraiment. Puis les mots de Miroku lui revinrent à l'esprit. Inuyasha est le seul à pouvoir se rendre dans le futur. C'était faux, il y avait Kagome, et maintenant Rin. Rin.
« Tu lui as donné des nouvelles de Rin !? » s'écria Inuyasha.
Il était plus surpris qu'en colère. Bien sûr il savait que Sesshomaru éprouvait… quelque chose pour Rin, de l'amour peut-être, même si c'était difficile d'envisager son demi-frère amoureux. Et pourtant… Il en était arrivé à demander à Miroku, un humain, des informations sur Rin… Keh, il en reste un bâtard pour autant. Sesshomaru aurait pu aller le voir, lui, la source des nouvelles. Mais il était trop fier pour cela. Inuyasha n'avait qu'à lui faire payer.
« Sesshomaru, dit Inuyasha en souriant, si tu voulais savoir comment allait Rin, fallait juste me le demander. Un s'il te plait m'aurait suffit.
- Hanyo, tu veux mourir aujourd'hui, dit-il en dégainant Tokijin. Je peux aisément réaliser ton souhait.
- J'aimerai voir ça, frérot.
- Assez ! Tous les deux ! ordonna Miroku, puis sa voix se radoucit. Raconte-moi plutôt comment va Rin.
- Feh, aussi bien que possible, d'après Kagome. Elle prend ses remèdes, respire un air sain et chaud, travaille…
- Travaille ? répéta Sesshomaru. Je croyais qu'elle avait besoin de repos.
- Ouais, ouais, je croyais aussi. Mais avec Sota ils ont des problèmes d'argent, alors elle a trouvé un travail. Elle vend des fleurs, ça doit lui plaire.
- J'espère pour toi et ta femme qu'elle ne se fatigue pas trop, Inuyasha. S'il arrive quelque chose à Rin à cause d'un défaut de surveillance de votre part…
- Inuyasha ! »
Le cri de Kagome coupa la suite de la menace de Sesshomaru. Inuyasha se retourna dans la direction de la jeune femme. Quelque chose dans l'intonation de sa voix lui révéla qu'il y avait un problème en vue. Un gros problème, même.
« Inuyasha ! »
Elle débarqua d'entre les arbres et se jeta contre sa poitrine, son visage en larmes.
« Kagome, qu'est-ce qui se passe ? »
Il la serra dans ses bras, alors qu'elle étouffait ses sanglots contre son haori.
« Kagome ? » répéta-t-il avec douceur.
Elle leva ses yeux bruns vers lui et essuya ses larmes. Elle inspira profondément.
« Sota a appelé… Rin, elle a eu un accident.
- Un accident ? répéta Miroku, un léger tremblement dans la voix.
- Oui… elle courait dans la rue et n'a pas vue la voiture arriver. Le conducteur a freiné trop tard, et elle a été percutée. Sota ne savait pas encore ce qu'elle avait, il a appelé toute suite après… »
Inuyasha sentit un froid le toucher de l'intérieur. Ceci n'aurait jamais dû arriver, pas quand Rin allait mieux, pas quand elle se remettait à vivre… Pas quand tout rentrait dans l'ordre.
Il voulut serrer son étreinte autour de Kagome, mais une main l'agrippa par le cou, et le plaqua contre arbre. Ses pieds ne touchaient même plus le sol. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il croisa le regard rouge sang de Sesshomaru qui frôlait dangereusement la folie. Inuyasha ne pouvait même pas se débattre. Il commençait à suffoquer.
« Sesshomaru, arrêtez ! » cria Miroku qui était déjà à leurs côtés et tentait de faire détacher l'étreinte mortelle de Sesshomaru sans succès.
Kagome, avec son inconscience habituelle tenait la fourrure de Sesshomaru.
« Sesshomaru, s'il vous plait ! cria-t-elle. Relâchez-le !
- Vous avez échoué de préserver Rin du danger, rugit-il. Ne t'en fais pas miko, je te tuerai ensuite pour que tu rejoignes ton amant.
- Sesshomaru, Rin n'est pas morte ! persista-t-elle. J'ai besoin d'Inuyasha pour voir comment elle va, pour l'aider ! Elle est dans une résidence là-bas et sa situation dans le futur est assez difficile. Je pourrai l'aider avec Inuyasha. Il est le seul à pouvoir m'y amener rapidement. »
La main de Sesshomaru relâcha un peu la pression. Il écoutait, malgré le sang de yokai qui devait bouillir sa raison. Inuyasha vit la seule chance qu'il lui restait.
« Dès que j'aurais plus de nouvelles de Rin, je viendrais te voir, Sesshomaru, promit-il.
- Et si elle est morte ? »
Sa voix paraissait neutre au premier abord, mais Inuyasha pouvait entendre une détresse dessous.
« Je reviendrai quand même, et tu pourras me tuer si ça t'amuse. Tu as ma parole.
- Inuyasha, non ! dit Kagome.
- Qu'est-ce que vaut la parole d'un hanyo ? »
Inuyasha sentit sa propre colère monter, mais il se retint.
« Je te le jure, sur ma mère, et sur le même sang qui coule dans nos veines, celui de notre père ! »
Sa promesse toucha quelque chose chez Sesshomaru. Ses yeux perdirent le reflet ensanglanté qui les avaient habités pour prendre la couleur plus habituelle d'un or glacial. Inuyasha crut distinguer une émotion chez Sesshomaru qu'il ne put clairement identifier, car Sesshomaru le laissa tomber sans aucune délicatesse sur le sol.
Kagome vint s'agenouiller à côté de lui ses grands yeux bruns menaçant à nouveau de laisser échapper des larmes.
« Inuyasha, est-ce que ça va ? »
Il ne répondit pas, suivant du regard la silhouette de Sesshomaru qui s'éloignait. Il s'arrêta et sans les regarder déclara d'une voix froide:
« N'oublie pas ta promesse, Inuyasha. »
Sans attendre de réponse, il s'enfonça dans la forêt. Inuyasha savait que Sesshomaru le tuerait s'il était arrivé quelque chose de grave à Rin. Il savait qu'il avait mis sa vie sur une balance précaire qui n'était pas en sa faveur.
Des douleurs lancinantes parcouraient le corps de Rin, suffisamment forte pour l'appeler dans le monde profond de l'inconscience. Un monde connu et transitoire, pas loin entre la vie et la mort, le rêve et la réalité. Dans l'un des côtés des ombres attendaient comme toujours quand elle se retrouvait ici, trop éloignées pour l'atteindre, mais ils attendaient, toujours plus nombreux que les fois précédentes. Rin savait que si elle devait un jour revenir dans cet endroit, ils seraient encore plus nombreux, car depuis longtemps, elle leur échappait.
Malgré la douleur, Rin se sentait attirée par la direction de son origine, où des lueurs bien plus familières que les créatures de la mort la veillaient. Elles connaissaient ces deux êtres près d'elle, mieux que quiconque, pourtant son esprit obscurci ne l'aidait pas à se rappeler qui ils étaient.
Elle alla vers ces lueurs, sa conscience rejaillissant dans le monde des vivants, dans la réalité. Elle ouvrit ses yeux avec difficultés, laissant échapper en même temps un gémissement de douleur. Son corps lui rappelait de façon bien brutale qu'il était vivant.
« Est-ce que ça va ? » demanda une voix familière.
Oui, elle croyait connaître cette voix, même si l'entendre avait un effet étrange sur elle. Et pas parce qu'elle avait un léger accent. Anglais, si elle ne se trompait pas, elle en avait déjà entendu à la télévision.
Rin se tourna vers la propriétaire de cette voix, et écarquilla les yeux de surprise en s'apercevant que c'était son propre visage qui la regardait. Enfin si elle avait des traits européens avec des yeux bleus sombres et paraissait approcher la trentaine. Quand elle comprit qui était cette femme qui la regardait, Rin se sentit frappée par un mal de tête puissant. Elle était nez à nez avec sa réincarnation.
« Seiji, elle se réveille, » dit-elle à une autre personne non loin d'elle.
Rin suivit le regard de la femme, sa réincarnation, pour voir assis à côté d'elle un homme, sans doute grand. Celui qu'elle avait pris pour Sesshomaru. Lui aussi, derrière ses yeux et cheveux aussi sombres que la nuit, était la réincarnation de Sesshomaru. Pourtant, les yokai ne se réincarnent pas. Ils n'avaient pas d'âmes à proprement parler, en tout cas pas comme celle des humains. Mais apparemment, Sesshomaru s'était réincarné et vivait en tant qu'humain. Mon Dieu, dîtes-moi que je ne suis pas en train de devenir folle !
« Où… où est Sota ? finit-elle par demander.
- Avec Hitomi, répondit la femme. Vous dormiez depuis trois jours et Sota pensait avoir le temps de chercher vos amis au port avant votre réveil. Vous nous avez fait bien peur. »
La migraine de Rin semblait empirer.
« Hitomi ? Notre Hitomi-chan ? »
La femme sourit alors que l'homme, Seiji, se raidit.
« Oui, la fiancée de Sota, répondit la femme.
- Comment est-ce possible ? demanda Rin qui commençait à se sentir perdue.
- Hitomi est ma cousine, dit Seiji avec froideur. Vous êtes dans la résidence des Tokumi.
- Seiji, réprimanda la femme, ne sois pas aussi hautain avec Rin. »
La femme prit la main de Rin dans la sienne, et une sensation étrange courut le long de l'échine de Rin à son contact, comme de l'électricité. Si sa réincarnation ressentit la même chose, elle ne le montra pas.
« Je sais ce que c'est que de sortir d'un accident et de se réveiller ensuite complètement perdue avec des douleurs qui parcourent le corps… J'étais petite et c'est ainsi que j'ai pourtant vraiment connu Seiji. Mais… Nous nous sommes même pas encore présentés. Je m'appelle Rowena Alborth, et voici Seiji Tokumi. »
Rin pensait vaguement avoir déjà entendu ces noms quelques part.
« Je m'appelle Rin… Higurashi Rin.
- Vraiment ? demanda Seiji assez sèchement.
- Seiji, commença Rowena.
- Rowena, excuse-moi, mais cette fille nous cache quelque chose, et ce n'est pas en l'accueillant ici pour la protéger des autorités que…
- Nous avons tous quelque chose à cacher, Seiji-san, interrompit Rin.
- En prenant une fausse identité ? demanda-t-il.
- Je suis de la famille de Sota, si c'est ce que vous voulez dire. »
Rin ne mentait pas, elle était une parente de Sota. Arrière-arrière-grand-mère ou pas, cela restait à voir. Elle se demandait comment Seiji pouvait se douter qu'elle avait emprunté une fausse identité. Sota ne lui aurait rien dit, pourtant.
« Je suis sûre qu'elle dit la vérité, déclara Rowena. Ne l'écoutez pas Rin, Seiji dit cela parce que vous et moi nous nous ressemblons tellement. Il ne trouve pas cela normal.
- Je comprends parfaitement, Rowena-san. »
Le silence s'installa alors. Rin détourna la tête espérant que Sota arriverait vite et qu'il l'emmènerait à la maison le plus rapidement possible. Cette situation devenait très vite ingérable, surtout avec ce mal de crâne qui persistait.
« Pourquoi m'avez-vous appelé Sesshomaru ? »
Rin fut surprise que Seiji lui adressât la parole. Parce que c'était votre nom, il y a bien longtemps. Bien sûr, ce n'était la réponse que Rin allait lui donner. Seiji et Rowena l'enverraient sans doute dans une maison de fous.
« Je croyais que vous étiez quelqu'un que je connaissais.
- Et le résultat est là, dit doucement Rowena. Une côte fêlée, vous avez eu une chance incroyable, Rin. Vous devez aimer profondément cette personne pour n'avoir prêté aucune attention à ce qui vous entourait, pour l'avoir appelé avec une telle force. »
Rin glissa ses yeux sur Seiji, puis murmura doucement un 'oui' en détournant son visage. Elle était embarrassée d'évoquer ses sentiments devant Seiji et Rowena, surtout Seiji en fait. Le silence retomba, et Rin en profita pour observer du coin de l'œil les deux réincarnations.
Rowena lui ressemblait certainement, malgré ses traits européens et ses yeux bleus. Pour un peu, elles auraient pu passer l'une pour l'autre. Elle était assise dans un fauteuil roulant et Rin se demanda comment Rowena était devenue handicapée, ou si elle l'avait toujours été.
Seiji était vraiment le portrait craché de Sesshomaru en humain. Il en avait même l'air froid et impassible. Sa main était posée négligemment sur le dossier du fauteuil de Rowena et jouait avec les mèches rebelles qui s'étaient échappées de son chignon. Il y avait tant d'affection et de familiarité dans ce geste que Rin se sentit touchée par une lueur d'espoir.
« Vous êtes mariés ? demanda-t-elle.
- Non, répondit Rowena dont les yeux semblaient avoir été recouvert par un voile de tristesse.
- Oh, » dit Rin un peu déçue.
Même dans le futur, où la barrière entre humain et démon n'existait plus, il semblait que Sesshomaru et elle ne pouvait pas être.
« Mais nous sommes ensemble, annonça étrangement Seiji.
- Enfin, pas tout à fait, rectifia Rowena.
- Je… je vois, » dit Rin.
En fait, elle ne voyait pas du tout. Leur histoire paraissait bien compliquée. Rowena reniait sa relation avec Seiji, contrairement à lui qui la revendiquait. Rin se demandait quels genres d'obstacles s'étaient imposés entre eux. Ils avaient pourtant tout pour être heureux. Rin les enviait pour ne pas avoir Naraku, ou les différences entre humains et démons pour les empêcher d'être ensemble. Et elle se sentait furieuse qu'ils ne profitaient pas de leur vie.
Ses pensées arrêtèrent de tourner autour de Seiji et Rowena, quand elle sentit Sota, Hitomi, Kagome et Inuyasha arriver. Elle était étonnée. Elle ne se serait jamais crue aussi mal, au point de faire venir Inuyasha et Kagome jusqu'ici.
« Rin ! » appela Kagome en ouvrant brusquement la porte.
Rin essaya de se mettre en position assise, en ignorant la douleur que cela créa. Kagome se précipita à son chevet et la serra fort contre elle. Très fort, même. Aie…
« Rin-chan, j'ai eu tellement peur pour toi !
- Kagome-chan, dit Rin entre deux grimaces, je suis vraiment heureuse de te revoir… mais tu me fais mal… »
Kagome la relâcha, un peu désolée, et ses yeux se mirent à l'examiner de la tête aux pieds. Rin adorait Kagome, mais parfois, elle pensait qu'elle pouvait être plus mère poule que Sango. Ce qui était vraiment une notion effrayante.
Inuyasha et Sota rejoignirent Kagome, alors qu'Hitomi s'approcha timidement de Seiji. Elle leur sourit, heureuse de revoir ses amis.
« C'est étrange cette couleur d'yeux, dit soudainement Seiji. Est-ce des lentilles de contacts ? »
Kagome et Inuyasha se retournèrent vers eux, et Rin vit leur stupéfaction quand ils virent Rowena et Seiji. C'était la première fois qu'ils remarquaient la ressemblance frappante entre Rowena et elle, et Seiji et Sesshomaru. Avec un peu de chance, ils fermeraient tous les deux rapidement leurs bouches grandes ouvertes par l'effet de surprise et ne diraient rien de compromettant. Inuyasha sa casquette en tête, fut le premier à se remettre et croisa ses bras contre lui, près à l'attaque s'il le fallait. Rin sentait déjà l'hostilité d'Inuyasha autour de lui pour la réincarnation de Sesshomaru.
« Keh, c'est ma couleur habituelle. Ca te pose un problème ?
- Inuyasha ! » menaça Kagome.
Rin se demandait si elle se retenait de lancer un osuwari pour faire taire Inuyasha. Rin en aurait eu sûrement envie à sa place. Mais ce n'était pas le moment, pas devant Seiji et Rowena. Les yeux d'Inuyasha avaient déjà levé la puce à l'oreille de Seiji, tout comme ses cheveux blancs sans doute. Un sort de soumission ne ferait qu'empirer la situation.
« Excusez notre impolitesse, dit calmement Kagome, mais nous étions inquiet pour Rin. Je suis Higurashi Kagome, et voici Inuyasha.
- Ce n'est rien, sourit Rowena avec douceur. C'est plutôt à Seiji de s'excuser, mais c'est sans doute peine perdue avec lui, il est bien trop fier. Je suis Rowena Alborth, et voici Seiji Tokumi. Je pense qu'Hitomi vous a déjà prévenu et que vous nous avez reconnus, contrairement à notre chère Rin ici présente.
- Reconnus ? » demanda Rin à mi-voix.
Elle était sensée les connaître ? Kagome lui lança un rapide coup d'œil pour lui commander de se taire pour le moment. Elle lui expliquerait plus tard, apparemment.
« Heu… en effet, avoua Kagome. J'ai entendu parlé de vous par des amies, car dans la famille nous ne suivons pas vraiment les médias… Sinon, nous n'aurions pas été aussi surpris de voir combien vous ressemblez à Rin et à… Enfin, vous me comprenez.
- A ce fameux Sesshomaru, vous voulez dire ? demanda Rowena. Celui à cause de qui nous sommes tous là aujourd'hui ? C'est un nom familier, même si je ne crois pas l'avoir rencontré, dans cette vie du moins. Seiji ? Tu ne connaîtrais pas cet homme auquel tu ressembles tellement par hasard ? Seiji ? »
Seiji et Inuyasha n'avaient pas fini de s'échanger des regards meurtriers. Rin se retint de soupirer. Ces deux-là ne changeaient donc jamais.
« Seiji ! » appela Rowena.
Il détacha son regard d'Inuyasha et se tourna vers Rowena.
« Qu'y a-t-il ? demanda-t-il avec une douceur surprenante.
- Rien, soupira Rowena. Je pense qu'on devrait les laisser seuls. Tu viens Seiji ? »
Seiji sembla hésita puis acquiesça.
« Hitomi, tu viens avec nous.
- Mais, Seiji-san, ce sont mes amis !
- Hitomi, tu es sous ma responsabilité ici en l'absence des tes parents, répondit froidement Seiji. Je considère que tu devrais avoir d'autres amis. Ton père avait parfaitement raison de t'éloigner.
- Seiji, dit Rowena sur un ton de reproche, tu n'as pas le droit de juger.
- Hitomi… si tu ne sors pas de cette pièce, je ferai un rapport à ton père. Il te fera sans doute partir en Europe après cet incident.
- Seiji ! » s'écria Rowena.
Il ignora Rowena, inflexible dans sa décision. Hitomi lança un regard désemparé à Sota qui le lui rendit.
« Vas-y, Hitomi-chan, murmura-t-il. Je trouverai un moyen, je te le jure. »
Hitomi acquiesça, et, les yeux emplis de larmes, se précipita dehors. Rin se mordit les lèvres pour s'empêcher de jeter une remarque cinglante à Seiji. Rowena de toute façon s'en chargea pour elle.
« Tu es injuste avec elle, Seiji ! Elle pleure maintenant.
- Je ne crois pas devoir m'expliquer devant des étrangers.
- Alors tu vas m'expliquer dehors, » répondit-elle en poussant son fauteuil roulant.
Seiji se leva et se chargea de pousser le fauteuil pour elle. Quand ils fermèrent la porte derrière eux, Inuyasha ne put s'empêcher de jurer.
« Toujours un bâtard, celui-là. »
Kagome soupira tandis que Sota vint s'asseoir de l'autre côté du lit. Rin lui prit la main.
« Ca va, Sota ?
- Oui, bien sûr… J'ai fait une promesse à Hitomi, et je la réaliserai, même si je dois affronter toute sa famille. »
Il sourit faiblement, mais c'était déjà cela. Kagome prit la parole, pour changer la conversation.
« Ce sont bien vos réincarnations, à toi et à Sesshomaru, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est pour ça que j'ai couru dans la rue. Je croyais avoir senti Sesshomaru…
- Keh, tu comptes trop sur ce bâtard, Rin.
- Je l'aime, répondit Rin simplement. Même si c'est la chose la plus stupide au monde. Je ne peux pas changer ça.
- Ce n'est pas si stupide que ça, dit Kagome doucement. Regarde Seiji et Rowena, ils s'aiment, c'est évident. »
Rin se mordilla la lèvre.
« Je ne les comprends pas vraiment… Ils sont ensembles ?
- Oui et non, répondit Sota, d'après Hitomi-chan.
- Tu te souviens le jour de ton départ lors de ton premier séjour dans mon époque ? demanda Kagome. Il y avait leur histoire à la télévision. »
Rin se concentra puis comprit l'histoire à laquelle Kagome faisait allusion.
« Oui, Rowena, une chanteuse, avait tenté de se suicider et… »
La voix de Rin se tut. Elle pouvait à peine imaginer ce que Rowena avait dû ressentir pour en arriver à une telle extrémité. Pourtant, elle se souvenait… de cette envie de tout abandonner, de céder tout ce qui avait compté avant que l'obscurité étreignît son cœur, là où à une époque résidait l'espoir…
« C'est ça, continua Kagome, et Seiji qui était pourtant marié est venu à son chevet. Là, il est en procédure de divorce avec sa femme.
- Pour Rowena ? demanda Rin.
- Sans doute, dit Kagome avec un rire sans joie. Tu le disais toi-même, il a fallu qu'il la perde presque définitivement, pour se rendre compte combien il l'aimait. »
Rin soupira en massant ses tempes. Sa migraine reprenait de plus belle. Seiji et Rowena, Sesshomaru et elle. Tout ceci devenait trop compliqué. Encore heureux que Seiji se montrait méfiant à son égard, sinon pour peu Rin pourrait tomber amoureuse de lui, ce qui ne simplifierait rien.
« Tout ceci ne nous regarde pas, décida Rin.
- Mais Rin, dit Kagome, ils sont ton futur.
- Et peut-être la seule possibilité de mon âme à avoir une vie avec Sesshomaru. Mais j'insiste. Ce n'est pas à moi d'y veiller. Je ne suis pas impartiale, je ne suis pas dans mon époque, je n'ai pas le droit d'intervenir.
- C'est peut-être ton destin, Rin, contra Kagome. J'ai souvent pensé ça quand j'étais dans le passé… que tout ce qui arrivait… à cause de moi n'était pas dû au hasard.
- Et puis tu interviens pour Hitomi et moi, ajouta Sota.
- Ce n'est pas pareil, dit Rin.
- Bien sûr que ça l'est, » assura Kagome.
Rin n'ajouta rien. Les convictions de Kagome étaient inébranlables, et ce n'était pas Rin qui avait le pouvoir de les modifier. Bien sûr, elle voulait voir quelque chose arriver entre Seiji et Rowena, c'était certain. Elle pouvait sentir, presque palper, l'affection entre eux. Elle venait à se demander si Sesshomaru ressentait pour elle la même chose que Seiji pour Rowena. Elle en aurait été heureuse, bien plus qu'elle ne pouvait l'imaginer. C'était encore un rêve improbable et dangereux. Trop de problèmes en découleraient.
Et surtout, la priorité était Sota et Hitomi. C'était la raison qui les avait amené ici avant tout.
« Nous ne sommes pas venus pour ça de toute façon, déclara fermement Rin. On doit trouver un moyen pour convaincre la famille d'Hitomi des bonnes intentions de Sota et avoir leur bénédiction.
- C'est pas gagné avec ce crétin de Sesshomaru comme cousin, dit Inuyasha.
- Osuwari. »
Les paroles d'Inuyasha avaient abattus Sota qui paraissait déconfit. Pour une fois, Rin approuvait complètement le sort lancé par Kagome et ignora les geignements d'Inuyasha.
« Nous avons une alliée, dit Rin à Sota. Rowena. Je crois qu'elle serait prête à nous aider.
- Comment peux-tu en être aussi sûre ? demanda Sota qui hésitait à reprendre espoir.
- Parce que je suis Rowena. Elle et moi sommes la même personne à quelques réincarnations près. Elle n'a peut-être pas les pouvoirs d'une miko, mais je ne pense pas qu'il y ait tellement plus de différences entre elle et moi. Elle acceptera. »
Il ne leur restait plus qu'à former un plan. Rin s'en chargerait plus tard, ou elle improviserait, plus probablement.
« Bon, avec tout ça, moi je vais retourner au village, dit Inuyasha. T'es en pleine forme, Rin, c'est suffisant.
- Déjà ? demanda Rin un peu déçue.
- Ben oui. Faut bien rassurer tout le monde au village, en comptant en plus ce crétin de Sesshomaru.
- Sesshomaru ? »
Rin était de plus en plus perplexe.
« Inuyasha, coupa Kagome. Rien ne nous dit qu'il te croira, tu connais Sesshomaru.
- De quoi parlez-vous ? » insista Rin.
Inuyasha fit enfin attention à elle.
« Quand Kagome nous a annoncé que tu avais eu un accident, Sesshomaru était présent avec Miroku. Ouais, faut admettre que Sesshomaru était fou de rage, j'ai bien cru qu'il allait me tuer, ce salaud. Mais… je lui ai promis que si tu étais morte, je le laisserai en finir avec moi. »
Rin prit quelques minutes à digérer cette nouvelle information. Et les premières pensées à surgir dans sa tête n'avaient rien de flatteur.
« Idiot ! Voilà la promesse la plus stupide que tu as dû prendre de toute ta vie.
- C'est ce que je lui répète tous les jours depuis notre départ, dit Kagome.
- Hé, je vous permets pas, se renfrogna Inuyasha.
- Le problème est que je doute qu'il veuille bien croire Inuyasha à notre retour, confia Kagome inquiète.
- Ben s'il ne me croit pas, je le tuerai avant qu'il essaye de me toucher.
- Peut-être que si je lui écrivais une lettre, dit Rin en ignorant la remarque d'Inuyasha.
- Hé, arrêtez de faire comme si j'existais pas, essaya de couper Inuyasha en croisant les bras.
- Sesshomaru connaît ton écriture ?
- J'en doute, il ne m'a jamais vu écrire. J'ai un peu appris les kanji avec Jaken, mais c'était surtout avec Miroku et Kikyo que j'ai su correctement lire et écrire. Mais cela pourrait marcher.
- Et moi, je prendrais une photo de Rin quand elle ira mieux, ajouta Sota. Comme ça, il ne pourra que le croire, et Inu-oniichan ne risquera rien.
- Feh. »
Ils adoptèrent ce plan, malgré les réticences d'Inuyasha qui aurait sans doute préféré une confrontation face à son frère. Avant de rassembler tout ce qu'il fallait, Inuyasha et Kagome profiteraient du beau temps des îles.
Rin se rétablissait vite durant les jours qui suivirent grâce aux bons soins de Kagome et de Rowena. Rowena l'ignorait, mais elle utilisait de façon frustre ses pouvoirs de guérison. Rin n'en parlait pas, le potentiel de Rowena ne s'était jamais vraiment développé. Que pouvait-il lui apporter maintenant ? Bientôt, Rin se sentit suffisamment en forme pour faire des allers et retours entre la résidence et le parc.
Rowena avait convaincu Seiji de les héberger chez eux, permettant ainsi à Hitomi et Sota de rester ensemble un peu plus longtemps. Rin devint très rapidement amie avec Rowena, elle la comprenait parfaitement après tout. Rowena, comme Rin l'avait pensé, accepta immédiatement de l'aider à laisser une place à Sota dans la famille Tokumi. Elle ne promit rien, elle-même n'était pas un membre à part entière dans cette famille. Elle ne connaissait pas vraiment le père d'Hitomi par exemple. Mais Rowena pouvait tout au moins s'occuper de la menace que pouvait être Tokumi Seiji qui ferma les yeux sur le jeune couple.
Rin avait appris par Kagome comment Rowena était devenue paralysée aux jambes. C'était le résultat de sa tentative de noyade. D'après Kagome, le manque d'air avait abîmé les zones du cerveau permettant à Rowena de marcher. Rin considérait la possibilité de la guérir, pourtant elle hésitait. Rowena n'abordait jamais ce sujet, et Rin voyait mal comment entamer une conversation dessus.
Seiji étaient souvent avec elles, plus pour être auprès de Rowena que pour participer à leurs conversations. Rin le sentait, Seiji se méfiait d'elle, il était toujours sur ses gardes lorsqu'elle était à proximité, et Rin faisait de même. Rowena se rendait compte du malaise qui existait entre eux, mais ne disait rien, et Rin n'allait sûrement rien faire pour changer sa relation avec Seiji. Elle avait du mal de l'envisager autrement que comme la réincarnation de l'homme qu'elle aimait.
Certains détails en plus lui faisait tellement rappeler Sesshomaru, et pas dans ses meilleurs moments. Seiji détestait Inuyasha qu'il était le seul à ne pas ignorer avec Rowena, Hitomi et d'une certaine façon Rin. Il y avait pour une raison ou pour une autre une rivalité et une antipathie tacite entre les deux.
Au bout de quelques jours joyeux et sous le soleil du sud, Kagome décida de repartir avec Inuyasha, pour ne pas prendre plus de retard dans ses études. Elle disait qu'elle et Inuyasha avaient suffisamment profité de ces vacances dans les îles du sud. Sota choisit la photographie qui devait prouver à Sesshomaru qu'elle était bien en vie. Rin y riait, tout en tirant le haori d'Inuyasha qui ne voulait pas apparaître dans le champ de l'objectif à ce moment là, l'océan derrière elle. Kagome pensait que la photo était parfaite car elle ne montrait pas suffisamment d'Inuyasha pour excéder Sesshomaru.
Rin eut beaucoup de difficultés pour écrire une lettre à Sesshomaru. Elle s'endormit dessus la veille du départ de Kagome et d'Inuyasha. Lorsqu'elle se réveilla avec l'aube, elle dut l'écrire d'un jet, avant d'accompagner ses amis au port. Le résultat ne donnait pas quelque chose de structuré et de logique, mais au moins elle pensait avoir été sincère. Peut-être même trop. Elle espérait qu'elle avait été assez convaincante pour défendre Inuyasha. Elle espérait aussi trouver une paix avec Sesshomaru, un compromis dans leur relation instable.
Ils étaient tous présents au port pour le départ d'Inuyasha et de Kagome, même Seiji. Il venait sans doute s'assurer qu'ils les quittaient bien. Rin prit longuement ses deux amis dans ses bras en leur murmurant la promesse d'un retour prochain. Elle fut triste quand le bateau leva l'ancre, la séparant de ses liens avec le Sengoku Jidai, et elle resta longtemps après que sa silhouette eut complètement disparu de la ligne d'horizon bleue.
Depuis ce jour, elle vécut auprès de Sota et Hitomi et Seiji et Rowena. Le plus souvent, elle et Rowena passaient leur temps à occuper Seiji quand Hitomi et Sota voulaient être seuls. Même si Seiji avait conscience de leur plan, il se laissait faire par Rowena. Elle avait un don que Rin enviait, elle était incapable de faire la même chose avec Sesshomaru et encore moins avec Seiji. Comme Rin l'avait pensé, Rowena était une excellente alliée, et son enthousiasme pour Hitomi et Sota aidait beaucoup.
Au fil du temps, Rin commençait à comprendre ce couple qui à ses yeux, étaient tout ce dont elle rêvait le plus au monde. Rien n'était parfait entre eux. Rin ne comprenait pas pourquoi Rowena semblait freiner ce qui pouvait se passer entre elle et Seiji. Il lui faisait à sa façon la cour, se montrant affectueux par des gestes simples et attentionnés. Et Rin ne pouvait se résoudre à voir Rowena fuir sa relation avec Seiji. Elle s'était promise de ne pas intervenir, mais la tentation était là, à chaque regard triste qui passait dans leur couple, quand Rowena détournait sa tête dans la direction opposée à celle de Seiji.
Elle ne pouvait pas les laisser se séparer. Et surtout, elle ne pouvait pas se laisser tomber sous le charme de Seiji. Elle le sentait, petit à petit, elle cédait, même si rien dans leur comportement ne le montrait. Ils étaient toujours aussi détachés l'un de l'autre. Mettre Rowena avec Seiji était le meilleur moyen pour que Rin ne pas se perdît dans des sentiments non voulus pour Seiji. Elle ne pouvait pas se permettre de créer une parodie de la vie de Kikyo, Kagome et Inuyasha.
Mais pour favoriser l'histoire entre Seiji et Rowena, Rin devait s'allier à Seiji et faire cesser la barrière de méfiance qui les séparait. Elle hésitait à le faire, à se rapprocher de lui. C'était jouer avec ses sentiments, et Rin n'était pas encore prête à en affronter les conséquences. Pourtant, comme à chaque fois où elle hésitait, le destin lui força la main.
Rin lisait dans le grand salon, une pièce qu'elle aimait, éclairée par de grandes fenêtres et donnant sur le parc et l'océan. La particularité résidait aussi en la présence de nombreux instruments de musique. Quand Seiji travaillait dans son bureau, Rowena lui enseignait à jouer à certains d'entre eux. Rin préférait la flûte traversière, même si cela lui donnait plus d'effort. Elle n'avait pas retrouvé le souffle qu'elle avait avant sa maladie, mais elle pensait que la flûte l'aidait. Rin aurait aimé apprendre à jouer au piano, mais l'état de Rowena l'empêchait de demander.
Ce jour-là, était un dimanche matin, et Rin se retrouvait seule. Rowena, étant pratiquante, était partie au temple avec Seiji, alors que Sota et Hitomi se promenaient sur la plage. Rin avait décliné les invitations des deux couples à les accompagner, elle aimait être de temps en temps seule.
La matinée était douce, et les grands rideaux blancs se balançaient légèrement sous l'effet de la brise marine. Elle tourna la page du recueil de poésie que lui avait prêté Rowena, quand elle entendit du fracas venant de l'extérieur. Rin se leva. Elle avait senti l'aura de Rowena dans l'entrée.
« Rowena ? » appela Rin en sortant du grand salon.
A sa grande surprise, Rowena était étendue au sol, son fauteuil retourné sur le côté.
« Rowena ! »
Rin courut près de la jeune femme, la relevant pour voir son visage. Rowena pleurait, silencieusement.
« Rowena, réponds-moi ! As-tu mal quelque part ? »
Rowena agrippa son chemisier et Rin la serra contre elle, laissant à la jeune femme la possibilité d'écouler sa peine. Rin avait du mal à ne pas s'effondrer avec sa réincarnation qui était pourtant de plus de dix ans son aînée. Elle ressentait ses émotions de plein fouet.
« Rowena, je vais aller chercher Seiji…
- Non, je t'en prie, finit-elle par dire. Laisse-le en dehors de cela et aide-moi à remonter dans mon fauteuil. »
Rin s'exécuta, mais hésitait encore pour Seiji. Il était capable d'aider Rowena mieux qu'elle ne le pouvait. Elle guida ensuite le fauteuil, vers l'ascenseur puis prit la direction de la chambre de Rowena, à côté de celle de Seiji. Là, elle aida la jeune femme à s'allonger sur son lit.
Rin vérifia rapidement que Rowena n'était pas blessée, et elle en déduit que le problème était plus moral qu'autre chose. Elle tenta de calmer sa réincarnation en caressant doucement ses cheveux bruns.
« Rowena, que s'est-il passé ? »
Elle continuait à pleurer, et Rin attendit qu'elle pût s'exprimer. Rin savait qu'il fallait être patient, car Rowena enfermait ses peines dans le silence, comme Rin pouvait le faire. Elle attendit, puis enfin, Rowena releva la tête et essuya distraitement ses yeux.
« Je suis désolée, je ne voulais pas t'embêter.
- Tu ne m'embêtes pas, Rowena.
- C'est que Seiji et moi avons eu une dispute, et je suis tellement fatiguée…
- Tous les couples se disputent de temps en temps, tenta Rin de rassura.
- Nous ne sommes pas un couple, » dit Rowena, un sourire amer aux lèvres.
Rin resta interdite, essayant de rassembler des arguments imparables. Elle entrait dans un terrain dangereux où elle n'avait pas le droit à l'erreur.
« Mais vous vous aimez… Seiji t'aime plus que tout, il a tout laissé de côté pour être avec toi.
- Et pour quoi ? »
La force dans la voix de Rowena prit Rin au dépourvu.
« Pour quoi ? répéta-t-elle. Regarde-moi, Rin ! Je suis paralysée ! Un fardeau ! C'est à peine si on peut me considérer comme une femme ! Comment pourrait-il désirer une chose comme moi ? Il fait seulement cela parce qu'il se sent coupable ! C'est de quelqu'un comme toi qu'il aurait besoin. J'ai vu comment il te regarde quand il croit que personne ne l'observe… »
Rin gifla Rowena, aussi stupéfaite que l'était Rowena. Mais elle ne voulait pas l'entendre se dégrader ainsi. Elle ne voulait pas que Rowena perdre toute notion de son –leur – identité. Et elle refusait d'entendre la suite…
« Il t'aime, Rowena, comme rarement j'ai vu quelqu'un aimer une autre personne. Tout ce qu'il fait pour toi, c'est par amour, et seulement pour ça. Tu n'as pas le droit de te dénigrer comme ça, paralysée ou pas. Tu ne peux pas imaginer la chance que tu as de l'avoir près de toi à t'aimer ainsi. Ne gâche pas la seule possibilité de bonheur qui t'est offerte alors que tant d'autres n'en auront jamais. »
Rin ne cachait plus sa frustration, son envie dans ses paroles, et elle s'en moquait. Elle voulait que l'histoire entre Seiji et Rowena se concrétisât. Elle voulait croire à une chance de bonheur.
« Quant à Seiji et moi, continua Rin plus calmement, nous ne sommes pas destinés l'un à l'autre, contrairement à vous deux. »
Rin avait été surprise d'apprendre que Seiji la regardait. Bien sûr, elle faisait la même chose quand il n'y prêtait pas attention… Mais cela n'avait rien à voir. Elle ressemblait à Rowena, il était normal qu'il fût intrigué par son aspect.
L'expression de Rowena refléta du regret.
« Je resterai un fardeau pour lui, aussi bien à la maison où il doit toujours m'aider que dans sa vie publique. Il ne mérite pas cela. Je l'aime trop pour lui laisser une vie pareille.
- Et lui t'aime trop pour passer une vie sans toi. »
Rowena tourna son visage vers la fenêtre qui donnait sur l'océan, son regard de perdant parmi les vagues. Elle se rallongea, montrant son dos à Rin.
« J'aimerai être seule, » dit-elle.
Rin soupira, mais quitta la pièce sans faire d'autres commentaires. Rowena avait besoin de temps pour réfléchir et prendre la bonne décision.
Il restait une chose à faire pour Rin, et pas la plus simple. Elle inspira et expira profondément. Elle devait aller voir Seiji et lui parler. Il fallait d'abord le trouver mais pour Rin, ce détail ne présentait pas de difficultés, surtout qu'il s'agissait de l'âme de Sesshomaru.
Rin sortit de la résidence et rejoignit les falaises herbeuses non loin du parc, celles contre lesquelles venaient s'échouer les vagues avec fracas. Elle le trouva au sommet de l'une d'elle, à l'ombre d'un arbre. Silencieusement, elle vint s'asseoir près de lui, malgré son regard froid. Elle était déjà rassurée qu'il ne la repoussât pas, et prit le temps qu'il lui fallait pour entamer la conversation. C'était la première fois qu'elle se retrouvait avec lui seul à seule, et elle était un peu mal à l'aise. Il l'était tout autant, et elle se força à parler.
« Vous me détestez parce que je ressemble à Rowena ? » demanda-t-elle.
Elle avait conscience qu'elle tournait autour du pot. Elle aperçut du coin d'œil une expression de surprise passer sur le visage de Seiji. C'était discret et rapide. Elle supposait qu'en tant que politicien, il avait dû s'entraîner à paraître le plus froid possible. Toutefois, Rin ne se laissa pas prendre, elle était habituée avec Sesshomaru.
« Pas du tout, répondit-il. C'est juste que vous êtes quelqu'un d'étrange. »
Rin sourit presque au choix des mots de Seiji qui confirmait bien son malaise à son égard.
« Je ne vous déteste pas, » finit-il comme un aveu.
Rin se tourna en lui offrant un sourire éclatant, et il le lui rendit légèrement. Rin en fut étonnée, elle n'avait jamais réussi à faire sourire Sesshomaru. Peut-être que le temps et Rowena avaient adouci son cœur. Peut-être que c'était l'un des effets de l'humanité.
Elle se reprit. Elle devait parler de ce qui l'avait amenée ici.
« J'ai vu Rowena, » dit-elle enfin.
Seiji se raidit visiblement. Le vent se leva, berçant doucement les voiles de la jupe de Rin et ses cheveux dans ses yeux, alors qu'elle regardait la résidence.
« Elle ne m'a pas dit la nature de votre dispute, mais tout ce que je sais, c'est qu'elle est bouleversée. Nous avons parlé un peu, et je l'ai laissée dans sa chambre.
- Peut-être devrai-je aller la voir ? demanda Seiji avec hésitation.
- Pas avant que je parle avec vous. »
Rin fit face à Seiji, assise sur ses genoux, elle plongea ses yeux dans ceux sombres de la réincarnation de Sesshomaru. Même s'ils n'étaient pas dorés, Rin savait qu'elle risquait de s'y noyer. Elle ferma brusquement ses paupières. Pour Rowena ! Ses pensées se perdaient dans un territoire qu'elle n'avait pas le droit d'explorer. Elle inspira profondément et regarda Seiji avec plus de détermination qu'elle n'en ressentait.
« Elle se sent inutile, Seiji, diminuée. Elle croit être un poids pour vous.
- C'est absurde, pourquoi penserait-elle cela ?
- Parce qu'elle a perdu une partie de son indépendance ? C'est sans doute la raison pour laquelle elle se… refuse à vous. »
Rin hésitait à évoquer cette partie-là de leur relation, mais elle devait le faire. Seiji esquissa un sourire amer.
« Je n'arrive pas à croire que j'ai cette discussion avec une adolescente.
- Mais si ce n'était pas avec moi, qui l'aurait fait à ma place ? raisonna-t-elle.
- Sans doute personne. Vous semblez être la seule personne à comprendre Rowena pleinement, et avec Rowena… à me comprendre. »
Seiji la jaugeait d'un air inquisiteur, mais Rin préféra changer de sujet. Elle ne pouvait pas parler de Sesshomaru après tout.
« Rowena en est allée jusqu'à dire que je serais parfaite pour vous », ajouta Rin en évitant de croiser le regard de Seiji.
Ce n'était pas un sujet qui la mettait en confiance, mais il fallait bien qu'il sût tout ce qui s'était dit entre elles.
« Que lui avez-vous répondu ?
- Que vous ne m'étiez pas destiné, répondit-elle simplement. Que vous et elle étiez faits l'un pour l'autre.
- Je vois. Vous croyez au destin, Rin ? »
Elle sourit.
« Oui, trop de coïncidences me sont tombées dessus. Bien sûr, je crois aussi qu'on peut choisir son destin, le modifier en prenant telle ou telle décision. Il suffit de le vouloir.
- Et vous, à qui êtes vous destinée, Rin ? A ce… Sesshomaru ? »
Rin se tendit.
« Peut-être, peut-être pas. Mais là n'est pas la question, Seiji. Je veux vous aider pour Rowena. Et pour cela, il faut lui permettre de s'accepter telle qu'elle est.
- Pourquoi le feriez-vous ?
- Je veux qu'elle soit heureuse, sourit Rin. Oh, ne vous méprenez pas. C'est purement égoïste, car si elle est heureuse, je le serai aussi. Si nous travaillons ensemble pour lui donner le goût de vivre, nous pourrons y arriver, Seiji. »
Il la considéra longuement d'un regard indéfinissable, même pour Rin, puis se leva. Rin crut qu'elle avait échoué, qu'il s'en allait en rejetant sa proposition, mais il s'arrêta devant elle en lui tendant sa main droite. Rin la prit avec hésitation, et ne put s'empêcher de remarquer la chaleur de sa paume contre le sienne. Le vent souffla encore, faisant valser leurs cheveux et cristallisant leur face à face.
« Amis ? » demanda-t-il en gardant sa main dans la sienne.
Rin lui sourit lentement. Elle ne savait pas si elle pouvait se considérer comme une amie de Sesshomaru, quand bien même elle le voulait maintenant. Ils étaient quelque chose, ils avaient une relation qu'aucune définition humaine ou démon ne pouvait expliquer. Peut-être que Sesshomaru refuserait d'être un jour son ami, peut-être bien. Mais elle avait réussi cet exploit avec sa réincarnation, et cela lui apporta une chaleur au fond de son cœur.
« Amis, » acquiesça-t-elle.
Sesshomaru attendait le retour d'Inuyasha avec fébrilité. Dire qu'il en était arrivé à là, à attendre les nouvelles que son crétin de demi-frère pourrait bien lui apporter. Si bien sûr, Inuyasha n'avait pas été suffisamment lâche pour se désister. Sesshomaru doutait que ce fût effectivement le cas. Inuyasha était certes beaucoup de choses déplaisantes, mais il n'était pas un lâche. Non, il avait du courage à revendre, un trait hérité de leur père bien sûr, mais aussi de l'humaine Izayoi, dut-il reconnaître.
Elle était une des rares femmes à ne pas avoir tremblé à son approche. Il y en avait d'autres encore, Midoriko et sa descendance, Rin, les miko Kikyo et Kagome, la taijiya Sango. Une poignée à la vérité, mais chacune liée aux autres. Pourquoi fallait-il qu'il dût les affronter d'une façon ou d'une autre ?
Bien qu'il ne neigeât plus, l'hiver était toujours en place, forçant la nature à rester endormie, comme morte. Le temps s'écoulait avec lenteur et les paroles inutiles de Jaken n'y changeaient rien.
Sesshomaru vint à apprécier d'une certaine manière les conversations avec le moine Miroku. Il était un homme intelligent, et même s'ils avaient tous les deux des opinions différentes sur les humains et les yokai, Sesshomaru trouva qu'il ne s'ennuyait pas avec lui, qu'il parlât de théologie, de ses enfants et de sa femme ou de Rin. Sesshomaru retrouvait toujours un peu de Rin dans ce qu'il disait. Il ne le considérait pas comme un ami pour autant. Peut-être, au mieux, comme un allié.
Sesshomaru n'avait pas d'ami, même Rin était… Il n'aurait su dire comment il se rattachait à elle. Il l'aimait, c'était certain, mais que dire d'autre ? Son esprit errait encore, toujours à chaque fois qu'il était loin d'elle. Ils étaient, il n'y avait rien de plus à ajouter.
Où allait vraiment sa vie ? Il cherchait Naraku un hanyo qui ayant disparu de la circulation depuis plusieurs années poursuivait la femme, l'humaine, qui l'aimait, lui, Sesshomaru. Il attendait le retour de son demi-frère hanyo avec des nouvelles de la dite femme. Il écoutait un autre humain, un moine qui plus est, parler de sa vie de couple. Il aimait une humaine. Au moins, il pouvait penser avec fierté qu'elle n'était pas n'importe quelle humaine. Aucune femme yokai qu'il avait connue n'arrivait sa mesure. Rin était l'une des plus puissantes miko, capable de purifier n'importe quel yokai, et peut-être même un Taiyokai comme lui. N'avait-elle pas vaincu Renei ?
Sesshomaru aurait dû être méfiant envers elle, une miko avec un tel potentiel n'était pas à prendre à la légère. Yokai et miko étaient des ennemis naturels depuis la nuit des temps, deux forces tellement opposées en perpétuel affrontement. Ainsi allait le monde, et malgré ces règles universelles, Sesshomaru voulait les enfreindre, lui qui les avait toujours respectées.
Il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir confiance en elle. Elle, une humaine, une miko. Celle à laquelle il avait donné une seconde vie. Celle à laquelle il était prêt à offrir sa propre vie. Son absence lui avait fait prendre conscience de cela. Rin était sa plus grande faiblesse, parce qu'elle était sa plus grande force. Pour elle, il était prêt à tout affronter, à tout vaincre, à tout céder.
Etait-ce ce qu'avait ressenti son père pour l'humaine Izayoi ? Etait-ce ce que ressentait Inuyasha pour les miko Kagome et Kikyo ? Etait-ce une malédiction qui courrait dans leur sang, les compliant aux femmes de la lignée de Midoriko ?
Ainsi ses pensées divaguaient alors qu'il marchait dans la forêt dite d'Inuyasha. Méprisable de nommer une forêt d'après son demi-frère, mais cela prouvait combien les humains pouvaient être impressionnables. Un simple hanyo réussissait à leur faire peur. Même si Inuyasha était plus qu'un vulgaire hanyo. Il était le fils du grand Toga, l'Inu no Taisho.
Kagura lui amena soudainement l'odeur d'Inuyasha et de son humaine Kagome. Ils étaient de retour et avec eux les nouvelles de Rin. Sesshomaru marcha résolument vers eux, suivi de Jaken qui avait remarqué son changement brusque de direction.
« Où allons-nous, Sesshomaru-sama ? Le hanyo est-il revenu ? »
Sesshomaru ne prit pas la peine de répondre à son serviteur. Il verrait bien de lui-même. Ses oreilles étaient plus concentrées sur le couple qui apparemment se disputait, comme souvent.
« Osuwari ! Je reste avec toi !
- Ka-go…me… j'affronterai Sesshomaru tout seul. J'ai pas besoin de ton soutien. Je le bats quand je veux, où je veux.
- Vraiment Inuyasha ? » demanda Sesshomaru en arrivant près du couple.
Le peu qu'il avait entendu de leur conversation avait glacé Sesshomaru. Tout portait à croire que quelque chose de grave était arrivé à Rin, qu'elle était peut-être…
« Sesshomaru, dit froidement Inuyasha en se plaçant devant sa humaine. On vient te dire que Rin va bien. »
Un poids se souleva du cœur de Sesshomaru, mais il doutait encore. Inuyasha pouvait très bien mentir.
« Pourtant tu craignais de m'affronter, Inuyasha.
- Je crains rien du tout !
- Osuwari ! »
La tête d'Inuyasha s'écrasa contre le sol. Sesshomaru aurait souri si les circonstances avaient été différentes. La miko avait certainement un pouvoir intéressant sur le hanyo. Elle s'adressa à lui tandis qu'Inuyasha essayait de se relever.
« Nous savons tous que vous et Inuyasha passez votre temps à vous battre, expliqua-t-elle. Je voulais prévenir cela.
- Il n'empêche que nous n'avons aucune preuve que Rin va bien ! » rétorqua Jaken.
Sesshomaru fut presque surpris de la remarque de son vassal. Il n'était pas aussi inutile qu'il le pensait.
« Nous vous avons ramené une lettre de sa part avec une photographie. Inuyasha ? »
Le hanyo fouilla d'un air grincheux dans son haori et tira une enveloppe blanche.
« Une quoi ? demanda Jaken.
- Une photographie ou photo si vous préférez, reprit la miko. C'est une image des paysage ou des personnes que nous pouvons prendre grâce à une petite boîte qu'on appelle appareil photo. J'ai le mien, si vous voulez j'en prends une de vous et je la ferai développer à mon retour. J'en enverrai même un exemplaire à Rin. »
Sesshomaru n'écouta qu'à moitié les explications de la miko qui sortit une petite boîte noire de sa poche. Elle la mit devant son visage.
« Maître, dit Jaken d'une voix effrayée en reculant de deux pas, et si c'était une arme ? »
Un piège ? C'était possible mais l'air vaguement ennuyé et inintéressé d'Inuyasha lui faisait penser le contraire.
« A trois, il y aura un flash, dit la miko. Un, deux, trois. »
Un éclair lumineux jaillit de la boîte prenant un peu Sesshomaru au dépourvu. Jaken criait comme s'il avait vu la mort passer, agaçant Sesshomaru. Il asséna un coup de pied sur le crâne de Jaken, l'assommant directement. C'était le meilleur moyen de le faire taire.
« C'est pas trop tôt, dit Inuyasha. Encore un peu et je l'aurais tué moi-même. »
Sesshomaru ne répondit pas mais s'avança sur Inuyasha qui se raidit. Il s'arrêta devant lui, appréciant particulièrement le détail qu'il était plus grand qu'Inuyasha et qu'il pouvait ainsi regarder son demi-frère de haut. Sesshomaru tendit sa main, ordonnant d'un geste de récupérer la fameuse lettre de Rin. Avec mauvaise grâce, Inuyasha s'exécuta.
La lettre en main, Sesshomaru la regarda longuement avant de l'ouvrir. Elle avait l'odeur d'Inuyasha, mais si Sesshomaru faisait bien attention, il pouvait percevoir le parfum fleuri de Rin en dessous. Une partie de ses inquiétudes s'effacèrent alors.
Il défit l'enveloppe et sortit l'image, ou plutôt la photographie en premier. Il inspira brièvement se rendant compte combien elle ressemblait à Rin. Il avait vu un nombre incalculable de tapisseries ou peintures durant sa vie, mais aucune d'elles n'avaient capturé une image si saisissante et vraie des personnes et paysages qu'elles représentaient. C'était comme si Rin était réellement dans cette photographie et qu'à tout moment elle allait se mettre en mouvement et prendre vie sous ses yeux.
Rien de cela n'arriva bien sûr. Comme l'avait dit la miko ce n'était qu'une image, qui après tout ne reflétait que l'ombre de ce qu'était réellement Rin. Pourtant, même si ce n'était qu'une ombre, elle était belle. Sa peau avait la couleur saine que donnait le soleil à la fin d'un printemps. Elle riait, un sourire presque identique à celui des jours heureux. Ses yeux la trahissaient comme toujours, laissant glisser un certain regret, une mélancolie. Dans sa main, elle tenait ce qui ne pouvait qu'être le haori rouge d'Inuyasha. Sesshomaru avait au moins la satisfaction de ne pas avoir son demi-frère sur l'image. Derrière, il y avait la mer, à perte de vue, que Rin avait toujours admiré. Il était soulagé de la savoir dans un lieu qu'elle appréciait.
Il glissa l'image dans le creux de son haori puis prit l'autre feuille de parchemin et la déplia. Il ne connaissait pas l'écriture de Rin et ignorait même qu'elle avait appris à écrire. Jaken avait été un piètre professeur. Sans doute était-ce une volonté de la miko Kikyo ou du moine Miroku. Peu de personnes savaient les rudiments de l'écriture, et encore moins les femmes. Rin appartenait à une élite, même si elle ne s'en vantait pas. Elle avait d'ailleurs une écriture élégante quoique petite, tout en restant parfaitement déchiffrable.
Cher Sesshomaru, avait-elle écrit,
Je ne sais pas vraiment par où commencer. Il y aurait peut-être tellement de choses à dire, mais ce n'est pas tellement le moment je crois. Pour commencer quelque part, je vais bien. Ce n'est donc pas la peine de vous en prendre à Inuyasha. Il est mon ami, tout comme l'est Kagome. Elle ne mérite pas de le perdre, n'est-ce pas ? Au moins laissez-leur le bénéfice du doute.
La résidence où j'ai été recueillie après l'accident est proche de l'océan, et ma fenêtre donne directement dessus. Seiji et Rowena, les personnes qui nous hébergent, sont sympathiques, en fait surtout Rowena. Seiji est plus froid à mon égard, sans être agressif pour autant, mais à vrai dire ce n'est pas très étonnant. Il vous ressemble beaucoup.
Je reprends jour après jour des forces. C'est un petit paradis par ici, surtout quand l'hiver frappe partout ailleurs. Il y fait bon et ensoleillé, l'air de la mer soignerait toutes les maladies.
Je voulais vous remercier pour avoir été là quand il fallu me ramener au village. Pour avoir été là pour veiller sur moi, même à distance. Merci pour toute la sollicitude que vous avez montré, même si nous sommes souvent en désaccord. Rien n'a jamais été simple entre nous, n'est-ce pas ? Peut-être qu'un jour nous apprendrons à être amis ?
Vous me manquez, avec tout mon amour,
Rin.
Quand Sesshomaru eut fini de lire, il resta longtemps silencieux à contempler sans trop la voir la lettre qu'il avait en main. L'intonation de la lettre lui rappelait la sincérité sans détour de Rin. Il pouvait facilement la visualiser s'adresser à lui ainsi.
« Alors ? demanda Inuyasha en le sortant de sa rêverie. Qu'est-ce qu'elle raconte ?
- Inuyasha, s'écria la miko, je t'ai déjà dit que ça ne nous regardait pas !
- Elle dit qu'elle n'a que faire de vos vies, mentit Sesshomaru irrité par leur interruption.
- Quoi ! s'exclama Inuyasha. Rin ne dirait jamais un truc pareil !
- Et pourquoi pas ? demanda Sesshomaru en soulevant un sourcil.
- C'est pas parce qu'elle aime un bâtard comme toi qu'elle en est forcément une !
- Inuyasha !
- Quoi qu'est-ce que j'ai… dit… »
Les yeux d'Inuyasha s'écarquillèrent en comprenant ce qu'il venait de dire. Avec tout mon amour. Il avait clairement parlé des sentiments de Rin, ceux qu'elle n'avait avoué qu'à demi-mot à la suite de la malencontreuse bataille contre Kanna, la dernière fille de Naraku. C'était la deuxième fois après le moine que Sesshomaru entendait parler des sentiments de Rin pour lui.
Ses nouvelles étaient rassurantes, c'était le plus important. Sesshomaru était intrigué par les personnes qui hébergeaient Rin, en particulier ce Seiji. Il vous ressemble beaucoup. Sesshomaru sentit instinctivement un rival en cet homme qu'il ne connaissait pas mais dont Rin avait parlé de façon presque insistante. Un homme froid envers Rin, mais s'il lui ressemblait… Aucun homme ne pouvait rester indifférent à Rin, et le Shikon no Tama n'était qu'une explication partielle à phénomène. Elle devenait si facilement le centre de l'attention de tous, trop puissante pour ne pas influencer les autres.
Il aurait sans doute demandé des informations à Inuyasha et sa miko s'il n'y avait eu sa fierté sur son passage. Il ne voulait pas se montrer plus impliqué par cette histoire qu'il ne l'était déjà.
« Je te laisse la vie sauve pour cette fois, Inuyasha, dit-il en se retournant.
- Tu nous crois ? » demanda Inuyasha avec surprise.
Sesshomaru jeta un coup d'œil par-dessus son épaule à son frère.
« Disons que je vous accorde le bénéfice du doute. »
Il reprit sa marche sans attendre de réponse.
« Sesshomaru, attendez ! appela la miko. Vous ne pouvez pas laisser Jaken comme ça ?
- Il peut dormir là, son sort m'indiffère. »
Sesshomaru n'avait pas daigné s'arrêter. Il voulait du temps pour être seul et relire la lettre qu'il tenait toujours en main.
La dernière question de Rin le poursuivit longtemps après. Il s'était isolé pour y réfléchir le soir, perché à la cime d'un arbre pour observer le ciel nocturne d'hiver qui pour une fois dévoilait la lune et ses étoiles. Peut-être qu'un jour nous apprendrons à être amis ?
Pour la première fois de sa vie, Sesshomaru envisageait d'accepter une humaine en tant qu'amie. Là où sa fierté de démon l'interdisait de l'aimer, avoir une vie sans elle n'était pourtant pas envisageable. Il n'y avait aucun risque à prendre à accepter son amitié, n'est-ce pas ? Alors… Oui, Rin finalement pourrait bien être sa toute première amie.
Je sais, tout ça pour en arriver à là! Diversion dans le futur peut-être pas nécessaire mais que j'avais beaucoup apprécié d'écrire. Sinon, merci pour toutes les reviews d'un coup! J'étais surprise! (surtout pour ce chapitre, je m'y attendais pas ^^')
CassiopeeW: Oui, c'est une histoire finie depuis belle lurette que je reprends avant de la poster sur (au cas où mon dernier ordi me lâche comme mon portable). Il y a en tout 21 chapitres, donc bonne nouvelle, on est plus près de la fin que du début.
Memelyne: Salut. Sesshomaru ne se pose pas de son côté la question de la mortalité de Rin. Du moins, pas autant que cette dernière. Il est plus bloqué par les préjugés envers l'infériorité de la race humaine qu'il a toujours eu. C'est dur pour lui de refondre ses convictions en quelques années seulement.
Arwen: deux reviews, c'est trop d'honneur! Désolée, les retrouvailles auront été de courte durée. Quoique, dans le futur... Donner Shiori pour Kohaku? Naaaan, trop simple. Tout s'éclaicira juste bientot, là dessus. Pour nous consoler du froid (et du verglas qui a fracturé le péroné à ma mère), un petit tour dans les îles du sud... Ca fait du bien au moral de parle de palmier!
Kanon-and-Milo: Contente que ça continue de te plaire.
the world of inuyasha: Merci de recommander ma fic, c'est super sympa. Sesshomaru est en pleine mutation dans ce chapitre, peut-être même un peu trop, en relisant le tout. J'espère que ça reste tolérable.
mary: Pour savoir si Sesshomaru et Rin finissent ensemble, je crois qu'il va falloir patientr le dernier chapitre, je le crains.
Lyxa: Hellow aussi! Désolée, la relation Rin/Naraku sera minimale dans ce chapitre et celui à venir, même si j'ai beaucoup aimé jouer sur cette ambiguité. Ne t'inquiète pas, elle reviendra dans l'avenir. Je pense que tu auras plusieurs chapitres aussi si tu attends la fin du mois (à moins que moi aussi je glisse sur le verglas... mais ce serait franchement pas une bonne idée...), alors à la prochaine.
Yuki-chan: Désolée, je suis bien obligée de couper quelque part! J'aurais des chapitres de 2km de long sinon (alors qu'ils font déjà un bon nombre de pages...). Kikyo va réapparaitre bientôt, mais pas au prochain chapitre. Tout vient en temps et en heure.
