Chapitre 15
D'un amour intemporel
Rin découvrit un grand ami en la personne de Tokumi Seiji. Il n'était pas aussi espiègle que Shippo, ou aussi extravagant que Sota, ni même aussi attentionné que Kohaku, mais comme chacun d'eux, il était quelqu'un sur qui elle pouvait compter.
Rin n'avait plus reparlé à Rowena de leur conversation. Elle n'avait plus rien à rajouter, et elle doutait que Rowena voulût bien l'écouter à nouveau. Ce qu'elle aurait aimé savoir, c'était les sentiments de Rowena à propos de son rapprochement avec Seiji. Il semblait que l'amitié naissante entre elle et Seiji convenait à Rowena, mais parfois, à sa façon de les regarder, Rin se sentait coupable et mal à l'aise. Comme si elle créait elle-même la peine dans le cœur de Rowena.
Peut-être que tout aurait pu s'aggraver le jour où ils partirent tous ensemble passer une journée sur la plage. C'était une après-midi chaude de printemps, digne d'été, où Hitomi et Sota avaient lancé l'idée d'aller se baigner. Seiji avait hésité, en jetant un coup d'œil hésitant à Rowena. Ce fut pourtant elle qui parut le plus enthousiaste allant même à surprendre Rin.
Seiji resta assis sur la plage au côté de Rowena. Sota – quand il ne photographiait pas tout ce qui attirait son attention – Hitomi et Rin jouaient avec un ballon dans la mer. Un jeu qui devint plus complexe quand Hitomi et Sota firent équipe, Hitomi montant sur les épaules de son fiancé. Rin faisait de son mieux pour les bombarder avec la balle, mais ses adversaires étaient plutôt doués.
Rin fit signe à Seiji et Rowena sur la plage.
« Rowena ! Seiji ! Vous venez ? C'est amusant ! »
Le couple sembla se concerter, mais au final seul Seiji la rejoignit. Rin se mordit la lèvre.
« Elle ne veut pas venir, murmura-t-elle quand il fut à ses côtés.
- Non, dit-il en se baissant pour lui présenter son dos. Mais elle souhaite que nous soyons équipiers contre Sota et Hitomi. »
Rin hésita avant de grimper sur les épaules fermes de Seiji.
« Elle veut nous rapprocher, » dit doucement Rin lorsqu'elle fut enfin perchée.
Rin était un peu mal à l'aise de sentir la peau de Seiji sous ses jambes. Non, elle était terriblement mal à l'aise. Seiji était son ami, et même s'il était la réincarnation de l'homme qu'elle aimait, il était hors de question que leur relation allât au-delà de l'amitié. Rin savait que si elle s'attachait trop à Seiji, ce qui ne devait pas arriver, arriverait.
« Je sais, dit-il simplement comme une réponse à ses pensées.
- Rin ! Seiji ! appela Hitomi. Vous êtes prêts ?
- Oui ! » répondirent-ils en chœur.
Rin salua Rowena de grands mouvements de bras, alors qu'elle prenait des photos avec l'appareil que lui avait confié Sota.
« Rin, attention ! » dit Seiji.
La balle arriva droit sur elle, et Rin tendit ses bras pour la récupérer. C'était trop tard, et dans un effort désespéré elle bascula son bassin en arrière, entraînant, Seiji dans sa chute.
« Aaah ! »
Avec un grand éclat d'eau, Rin fut engloutie dans une petite vague, buvant l'eau salée à pleines gorgées. Elle nagea pour resurgir à la surface près de Seiji, lui aussi complètement mouillé. Elle toussa toute l'eau de mer qu'elle avait avalée, courbée en deux, ses cheveux tombant devant ses yeux.
« Rin, ça va ? » demanda Seiji en posant sa main sur son dos.
Rin releva la tête, basculant ses cheveux trempés sur son dos et arrosant sans le vouloir Seiji qui n'en avait pas besoin. Il fronça des sourcils et Rin ne put s'empêcher d'éclater de rire. A sa grande surprise, Seiji la suivit dans cette voie. C'était étrange de l'entendre rire, mais Rin trouva ce son chaleureux. Elle aurait aimé le voir rire plus souvent.
Lorsqu'ils se calmèrent enfin, Rin se rendit compte qu'elle s'était perdue dans le regard de Seiji. Elle se reprit. Pour Rowena, et pour moi. Elle lui lança un sourire espiègle. Elle se souvenait de la fois où Shippo et Kohaku l'avait balancée dans la rivière un jour d'été. C'était l'idée qu'il lui fallait.
« Pourquoi ne vas-tu pas chercher Rowena ?
- Tu sais bien qu'elle ne veut pas…
- Force-la. »
Il parut surpris, avant de sourire d'une façon complice. Il s'éloigna pour regagner la plage, et son absence fit remarquer à Rin combien ils avaient été proches physiquement lorsqu'ils parlaient. Elle rougit un peu, heureuse de voir que Sota et Hitomi nageaient vers la plage. Peut-être n'avaient-il rien remarqué.
Rin se laissa tomber en arrière dans l'eau, heureuse de regarder le ciel en étant allongée dans l'océan. Elle se releva quand elle entendit des cris colériques.
« Seiji ! Ramène-moi sur la plage ! Seiji, tu m'entends ! »
Rowena tambourinait ses poings sur les épaules de Seiji. S'il avait mal, en tout cas, il ne se plaignait pas, tenant fermement Rowena contre lui, une main sous cuisses qui cernaient sa taille, et l'autre dans le creux de son dos.
« Seiji ! » continua de crier Rowena alors qu'ils arrivaient à la hauteur de Rin.
Rin les éclaboussa.
« Arrête de te plaindre, Rowena ! Tu ne risques rien dans les bras de Seiji !
- Et de quoi je me mêle ? demanda Rowena les joues en feu, alors que Seiji éclatait de rire. Tu vas voir ! »
Rowena lui lança un jet d'eau. Rin riposta immédiatement, déclarant le début de la bataille. Seiji prit autant d'eau qu'elle et Rowena, et ripostait d'une main avec la jeune femme contre lui. Hitomi rejoignit Rin pour rééquilibrer la partie, qui au final, n'eut ni vainqueur, ni perdant, juste des personnes heureuses d'avoir passer l'une des meilleurs après-midi de leur vie. Rin quitta l'eau avant les autres. Elle était encore facilement essoufflée, et vint s'asseoir auprès de Sota qui photographiait encore tout ce qui lui passait sous la main.
« Ca va Rin ? demanda-t-il un peu inquiet.
- Oui, ne t'en fais pas. Pourquoi tu ne vas pas rejoindre Hitomi ?
- Tu es fatiguée, n'est-ce pas ? demanda-t-il en ignorant sa proposition. Ta maladie n'est pas complètement guérie ? »
Elle posa une main sur l'épaule de son ami.
« Ce n'est rien, ça passera, Sota-kun. Va voir Hitomi-chan, elle t'attend. Moi je vais m'allonger un peu au soleil. »
Sota ne paraissait pas convaincu, mais il suivit son conseil. Rin passa le reste de l'après-midi à somnoler.
Ils rentrèrent avec le crépuscule. Pour une fois, Rowena resta dans les bras de Seiji tandis que Rin poussait le fauteuil vide. La soirée fut joyeuse, Rin et Rowena improvisant même un duo musical. Sota finit par ne plus lui lancer des regards inquiets, caché derrière son appareil photo ou dans les bras d'Hitomi. Seiji vint à paraître plus cordial avec Sota, sans doute grâce à l'influence de Rowena. Sa méfiance semblait fondre et il n'ordonnait plus à Hitomi d'aller se coucher plus tôt quand elle restait trop longtemps auprès de Sota.
Dans les semaines qui suivirent, Rowena préparait un récital qu'elle devait donner dans la petite salle de concert de l'île. Les préparatifs touchèrent toute l'île car Rowena et Seiji, un politicien dont la carrière débutait, étaient des gens connus. Pour cette soirée, Rowena prêta à Rin l'une des ses robes, mauve et élégante, alors qu'elle-même était vêtue d'un bleu sombre. La garde robe apparemment extensive de Rowena fournit aussi la tenue d'Hitomi d'un rose pastel. Seiji eut la gentillesse de prêter l'un de ses costumes à Sota, sans doute sous l'impulsion de Rowena.
Ils furent remarqués à leur arrivée, sans doute à cause de la renommée de Seiji et de Rowena. Après avoir accompagné Rowena dans sa loge, ils gagnèrent leur place dans un des balcons. Rin attendait impatiemment l'entrée de Rowena en scène quand elle arriva enfin. Seiji se raidit alors visiblement. Rowena était portée dans les bras d'un jeune homme que Rin reconnut immédiatement. La réincarnation de Kohaku.
« Qui est-il ? » demanda Sota.
Rin, Hitomi et Sota surveillèrent Seiji en attendant sa réponse. Il ne quittait pas des yeux la réincarnation de Kohaku qui posa délicatement Rowena sur une chaise sous les applaudissements de la salle.
« Tayaku Keitaro. Keitaro est l'attaché de Rowena. Il gère sa carrière depuis le début. Ils suivaient les mêmes cours de musiques durant leurs adolescences. C'est le meilleur ami de Rowena. »
Et visiblement pas le tien, Seiji. Rin se souvenait des quelques commentaires plus ou moins cinglants de Sesshomaru à propos de Kohaku. Les siècles n'avaient pas changé son mépris pour Kohaku.
« Keitaro... n'a-t-il pas quelqu'un dans sa vie ? demanda Rin avec hésitation.
- A part Rowena ? dit Seiji assez sèchement. Non. »
Rin se mordit les lèvres. Kohaku… Pourquoi tout semblait se répéter même après cinq siècles ?
Keitaro quitta la scène pour gagner les coulisses. Le récital commença et pendant une heure, Rin oublia ses problèmes, à l'écoute de la voix belle et pure de Rowena. Elle avait un don, c'était évident, un don que Rin n'avait pas. Rin savait un peu chanter, mais Rowena chantait avec son âme. Et son âme était plus riche que celle de Rin, vibrante de toutes les vies en lesquelles elle s'était réincarnée en cinq siècles, pleines d'émotions que Rin ne connaissait pas.
Trop rapidement la première partie du récital s'acheva et Keitaro reprit Rowena dans ses bras pour l'amener dans les coulisses. Seiji se tendit à nouveau et même Sota et Hitomi le remarquèrent.
« Seiji, annonça Rin en touchant son épaule, allons voir Rowena dans sa loge. »
Il sursauta en sortant des pensées sombres qui l'avaient accaparé et il se leva en silence. Après un rapide coup d'œil sur Hitomi et Sota, Rin le suivit sans bruit, et voyant la manière avec laquelle il ignorait consciencieusement les personnes qui le saluait, elle lui prit le bras. Il ralentit ses grands pas déterminés et la regarda avec plus de douceur.
« Je suis désolé, » dit-il.
Elle était surprise, Sesshomaru n'était pas quelqu'un qui présentait aisément des excuses. Il y avait des différences entre Seiji et Sesshomaru, elle ne devait pas l'oublier. Comme il y en avait entre Rowena et elle.
« Je ne voulais pas te faire courir comme cela, » ajouta-t-il en guise d'explication.
Rin lui sourit puis changea de sujet.
« Je suis sûre que Rowena n'a que des sentiments amicaux pour Keitaro, dit-elle surprenant Seiji à son tour.
- Je… je m'inquiète plutôt des sentiments de Keitaro pour elle.
- Je ne crois pas que tu devrais… »
Rin savait que les choses étaient différentes avec le temps, que la vie de Rowena, Seiji et Keitaro n'était pas celle de Sesshomaru, Kohaku et elle. Elle doutait qu'il y eût quelque chose entre Keitaro et Rowena, pourtant elle ne pouvait pas en être certaine.
Seiji frappa doucement à la porte de la loge et entra quand il entendit l'accord de Rowena à l'intérieur. Rin entra derrière lui en remarquant la raideur dans les épaules de son ami qui resta alors planté au centre de la pièce. Il fixait dangereusement Keitaro du regard. Rin le dépassa et vint prendre Rowena dans ses bras.
« Tu as été splendide, Rowena ! Félicitations !
- Merci Rin. »
Rowena lança un coup d'œil incertain à Seiji qui semblait être pris dans une combat mental avec Keitaro, lui aussi tendu. Rin pensait que la situation allait exploser entre les deux hommes quand Rowena prit la parole.
« Rin, j'aimerai te présenter l'homme qui gère toute ma carrière et mon meilleur ami, Keitaro Tayaku. »
Keitaro se détacha du regard implacable de Seiji. Rin pouvait pour la première fois voir nettement son visage, tellement proche de celui de Kohaku, et tout aussi différent. Il paraissait être métis, ses traits étant un fin mélange d'origines occidentale et japonaise. Ses yeux s'écarquillèrent un instant, puis il lui sourit en lui tendant sa main droite. Rin la serra rapidement.
« Enchanté, dit-il. C'est incroyable combien vous ressemblez à Rowena. »
Seiji émit un bruit de sa gorge qui mit Rin mal à l'aise. Est-ce qu'il devenait… possessif envers elle aussi ?
« Enchantée aussi, » dit-elle poliment en ignorant Seiji.
Elle ne trouva rien à dire d'autres, comme bloquée par la tension qui l'entourait.
« Je remonte, déclara soudainement Seiji. Tu es bien entourée, Rowena. »
Rowena se mordit les lèvres et Rin entreprit de poursuivre Seiji dans le couloir.
« Seiji ! Attends ! » appela-t-elle en lui tenant le bras.
Il lui fit face son visage assombri par la colère. Rin ne recula pas, elle savait affronter Sesshomaru dans un état identique. Elle n'était plus impressionnée.
« Qu'est-ce qui te prend de partir comme ça ?
- Tu l'as vu toi-même. Keitaro est avec elle.
- Et alors ? C'est toi qu'elle aime. »
Seiji resta interdit et Rin se demanda si elle n'en avait pas trop dit. Elle parlait aussi de ses propres sentiments quelque part. Le masque froid de Seiji tomba, révélant sa lassitude.
« Si c'était vrai… Elle ne ferait pas ce qu'elle fait maintenant. Me repousser à chaque fois que je suis près d'elle, me rejeter alors que j'aimerais la prendre dans mes bras… »
Rin sentit son cœur se serrer, un mélange doux-amer de joie et de peine. C'était d'elle qu'il parlait, même s'il évoquait Rowena.
« Tu… tu devrais peut-être l'emmener toi-même sur scène, Seiji, » suggéra-t-elle.
Elle crut que son idée était stupide dès qu'elle l'énonça. L'expression surprise de Seiji lui en donna l'impression, en tout cas. La surprise laissa place à de la détermination, et il fit demi-tour, vers les coulisses à l'entrée de la scène. Là attendaient Rowena sur son fauteuil roulant, et derrière Keitaro. Il s'apprêtait à la prendre dans ses bras quand Seiji le retint, une main posée sur son épaule.
« Puis-je ? »
Le ton de Seiji n'était pas agressif comme l'aurait cru Rin. Keitaro considéra froidement Seiji, son rival. Rowena glissait en va et vient un regard inquiet entre les deux hommes, avant d'agripper doucement la manche de Keitaro.
« C'est bon, Keitaro, dit-elle, s'il insiste je ne vois pas de problèmes. »
Silencieusement, Keitaro s'écarta du fauteuil pour laisser passer Seiji. Ce dernier prit délicatement Rowena dans ses bras, et l'emmena sur scène. A leur entrée, les murmures de la salle s'amplifièrent, interrogateurs et curieux. Le public avait sans doute reconnu le jeune politicien à la carrière prometteuse, Tokumi Seiji.
« Malgré tous mes efforts, dit soudain Keitaro, je n'ai jamais pu avoir le cœur de Rowena. »
Rin le regarda, ne sachant pas vraiment quoi répondre à l'homme qui observait la scène à ses côtés. Son meilleur ami.
Seiji installa Rowena sur la chaise, mais ne se releva pas, son regard maintenant en face de celui de la jeune femme. Il lui murmura quelque chose qui fit écarquiller les yeux de Rowena puis l'embrassa. Rin sourit devant la démonstration de Seiji, et plus encore, quand Rowena passa une main hésitante dans les cheveux de Seiji. Elle l'acceptait enfin. Le public éclata en applaudissements et les flashs des appareils photos scintillèrent dans la salle.
« Je lui ai volé son premier baiser, j'ai été le premier à l'aimer. Mais même ainsi, Rowena l'a toujours aimé, lui. »
Rin regarda Keitaro avec étonnement. Finalement Rowena et lui avait eu une relation. Rin sentit mal à l'aise face à cette idée, mais balaya cette sensation. Keitaro souffrait devant ses yeux. Et elle ne savait pas comment l'apaiser.
« Je suis tellement… désolée, Keitaro-san. »
Il lui sourit avec amertume et continua à parler, comme s'il confessait sa vie, et ses erreurs, ses peines et ses regrets.
« Lorsque Seiji se maria, j'étais heureux, croyant enfin que Rowena et moi pouvions être ensemble. J'étais avec elle dans les premiers temps, la chérissant autant que possible. Mais mon amour n'était pas suffisant, lorsqu'elle se croyait seule, elle pleurait silencieusement, comme si son âme était brisée en deux irrémédiablement. Je ne pouvais rien pour elle, alors que jour après jour, je la voyait échapper à la vie, son sourire forcé faiblir pour ne plus exister. »
Rin n'avait jamais imaginé ce que Rowena avait pu ressentir en croyant perdre Seiji. Et maintenant, grâce à Keitaro, elle pouvait comprendre.
« A la fin, elle a été honnête avec moi, continua Keitaro en se tourna vers elle. Elle m'a avoué qu'elle ne pouvait pas continuer notre relation, que ce masque qu'elle portait ne tenait plus. C'était… difficile… Mais j'avais compris, et la laissai partir. Je n'aurais jamais imaginé qu'elle intenterait à sa vie quelques semaines après… »
Il soupira, son visage se tournant vers le haut, là où il y aurait eu le ciel nocturne et étoilé du sud, au-delà du toit de la salle de concert.
« Etrangement j'ai toujours su qu'elle ne m'appartenait pas, qu'elle avait déjà son âme sœur. J'ai voulu l'ignorer, me mentir pendant toutes ces années aussi longue qu'une éternité… Il serait temps que je la trouve, mon âme sœur. Je suppose que votre cœur aussi est pris ?
- Je… »
Il sourit devant son malaise.
« Cela ne fait rien, Rin, je comprends. Je chercherai ailleurs. J'ai été heureux de vous connaître, même si ce n'était que pour quelques instants. »
Rin le suivit du regard alors qu'il s'enfonçait dans les coulisses. Kohaku-kun… J'espère que tu la trouveras. Elle regarda longuement la direction vers laquelle il avait disparu. Qui sait peut-être même que Kanna renaîtrait du néant. Après tout, Sesshomaru s'était bien réincarné en humain. Elle pouvait toujours espérer. Ton âme sœur…
Elle sentit Seiji approcher derrière elle et se retourna. Il souriait.
« Je lui ai dit que je l'aimais, et j'en suis heureux. »
Rin sourit plus encore à son ami, essayant d'étouffer le léger de sentiment d'envie qu'elle ressentait. Rin s'en voulut de ressentir ce soupçon de jalousie. C'était ridicule d'être jaloux de soi-même, n'est-ce pas ?
« J'en suis heureuse aussi, » dit-elle avec sincérité.
C'était vrai, malgré tout. Elle avait achevé quelque chose qu'elle avait cessé d'espérer dans son époque. Mais ici, dans cette époque, Rowena, elle, pourrait être heureuse.
Seiji insista pour suivre la deuxième partie du récital du bord de la scène, et Rin remonta voir Sota et Hitomi dans leur balcon. A sa surprise, d'autres personnes étaient présentes. Un homme d'un âge mûr, près de la soixantaine, était assis avec eux. A ses côtés, se trouvait une femme d'une dizaine d'années de moins que lui, d'origine occidentale comme Rowena, et dont la douceur des traits maternels inspiraient immédiatement confiance.
A son entrée, l'homme la regarda avec surprise, puis lui sourit avec bonhomie, et lui fit signe de s'asseoir à côté de lui. Rin jeta un coup d'œil sur ses amis juste avant d'accepter. Ils avaient l'air tous les deux gênés.
« Bonsoir, chuchota Rin, je m'appelle Higurashi Rin. »
Le sourire paternel de l'homme fit évaporer les dernières inquiétudes de Rin.
« Bonsoir, jeune demoiselle. Je m'appelle Tokumi Toshi, je suis le père de Seiji. Et voici ma femme, Tokumi Isabel.
- Enchantée, » dit la femme avec un accent similaire à celui de Rowena.
Tokumi Isabel ne devait sans doute pas être la mère de Seiji. Il n'y avait aucun trait commun entre eux.
« C'est à moi de l'être, Toshi-san, Isabel-san.
- Je vous en prie, dit Toshi, le 'san' n'est pas nécessaire.
- Toshi, c'est incroyable la ressemblance que Rin partage avec notre Rowena, tu ne trouves pas ? »
Il acquiesça puis ses yeux scintillèrent d'espièglerie.
« Rin, savez-vous où est mon fils ?
- Il attend Rowena dans les coulisses, répondit-elle.
- Vraiment ? »
Le sourire de Toshi s'épanouit de plus belle.
« Après la prestation qu'il nous a offert tout à l'heure, je n'ai jamais été aussi fier de lui qu'aujourd'hui… Quand s'est-il déclaré ?
- Vous l'avez vu en même temps que moi, Toshi, juste à l'instant. »
Toshi s'esclaffa mais étouffa son rire sous une fausse toux repris par les 'chut' insistants des balcons voisins. La représentation avait commencé depuis un certain temps déjà et leurs attentions se tournèrent vers la scène.
Les applaudissements retentirent bruyamment dans la salle à la fin du dernier morceau. Seiji ramena Rowena dans les coulisses sous les cris enthousiastes du public et en particulier de Toshi. Il était difficile de concevoir cet homme comme le père de Seiji et le chef de la diplomatie nippone. La fonction ne façonnait apparemment pas la personnalité.
Ils descendirent tous les cinq rejoindre la loge de Rowena, laissant l'occasion à Rin de découvrir les parents de Seiji. Ils étaient des gens charmants parlant aisément avec Rin, un parfait contraste avec la personnalité de Seiji. Sans doute existait-il une raison à cela.
La loge était ornée des nombreuses fleurs que Rowena avait reçues. Toshi et Isabel prirent Rowena dans leur bras comme si elle était leur propre fille. Seiji se raidit un peu quand Isabel le serra brièvement contre elle, une réaction qui intrigua quelque peu Rin. Seiji et Toshi n'échangèrent qu'un rapide hochement de tête.
Rowena avait encore les joues rosies. Avec un peu de chances, elle avait à son tour déclaré ses sentiments à Seiji. Si seulement Rin avait un moyen de le savoir discrètement.
« Alors, Seiji, dit Toshi, tu as enfin eu le courage de faire ce que tu avais à faire avec notre Rowena.
- Père, je…
- Avec tout de même pas mal d'années de retard, il faut bien l'avouer. »
Seiji lança un regard assassin sur Toshi qui ne sembla pas s'en soucier. Rowena résolut le problème en éclatant de rire. Rin la rejoignit très vite, suivie par le reste de leur groupe, y compris Seiji qui embrassa Rowena. Il scellait enfin leur relation. Ils étaient enfin ensemble, et Rin en était heureuse.
Les jours suivants, si ce n'était la compagnie de Toshi et Isabel, Rin se sentit un peu seule. Seiji et Rowena étaient dans leur monde, et Rin évitait parfois de se retrouver en leur présence. C'était difficile pour elle. Elle était heureuse pour eux, mais elle n'était pas parvenue à occulter complètement ce sentiment de jalousie qui l'habitait.
Sota et Hitomi profitaient autant qu'ils le pouvaient des moments seuls, comme si c'étaient les derniers. La menace de leur séparation s'était éclipsée au fil des dernières semaines, et l'arrivée de Toshi, l'oncle d'Hitomi, leur avait rappelé que leur situation était encore précaire. Rin et Rowena avaient plaidé leur cause auprès de Toshi, mais il gardait un certain scepticisme. Il était encore influencé par les échos désapprobateurs de son frère. Pourtant, il se laissait le temps pour juger Sota et avait promis de ne pas appeler son frère avant.
Kagome leur téléphona une fois pour avoir de leurs nouvelles et leur apprendre que Sesshomaru laissait le bénéfice du doute à Inuyasha quant à la santé de Rin. L'expression fit sourire Rin. Sesshomaru l'avait apparemment citée mot pour mot. Elle rassura Kagome sur sa santé qui s'était nettement améliorée. Elle savait qu'elle ne serait peut-être plus aussi endurante que par le passé. Il lui fallait encore un peu de temps.
Et ce temps, elle aimait le trouver sur cette île du sud du Japon, avec Seiji, Rowena, Sota et les autres. Elle préférait ignorer cette partie d'elle-même qui lui susurrait qu'elle ne quittait pas la résidence des Tokumi pour une raison tout autre que sa santé. Pour une raison qui était Tokumi Seiji.
Rin passait une grande partie de son temps libre à lire, en piochant des livres de la bibliothèque des Tokumi. Une pièce qui recélait bien des trésors, comme deux épées qu'elle connaissait bien. Tenseiga et Tessaiga étaient suspendues sur la cheminée en croix. Sesshomaru et Inuyasha auraient été horrifiés s'ils savaient ce qu'étaient advenus des deux crocs de leur père.
Mis à part la lecture, elle parlait beaucoup avec Toshi et Isabel, et quand Seiji travaillait dans son bureau, Rowena lui consacrait un peu de son temps pour lui enseigner de la musique.
Un jour, alors que Rin travaillait consciencieusement sa partition à la flûte, elle se remarqua le regard languissant de Rowena pour le grand piano à queue du salon.
« Rowena ? » demanda Rin quand elle eut fini.
Rowena sursauta puis parut coupable.
« Je suis désolée, Rin. J'étais un perdue dans mes pensées.
- Tu veux jouer du piano, c'est ça ? »
Rowena sourit tristement.
« Oui, le piano me manque, mais je ne peux plus y jouer comme avant. Ca serait comme si je ne lui faisais pas honneur en reniant une partie de son potentiel. »
Rin hésita. Elle considéra la possibilité de guérir Rowena, maintenant.
« Mais c'est idiot de ruminer tout cela, dit Rowena d'une voix plus ferme. Je suis heureuse à présent. Seiji m'aime comme je suis. Je n'ai pas le droit d'en demander plus à la vie.
- Parfois, des miracles peuvent arriver, tenta Rin.
- Possible, mais je n'en attends pas un. »
Elle souriait à nouveau, son moment de regret étant passé aussi vite qu'il était venu. Il reviendrait, Rin en était certaine, et pour cette raison, elle fit la chose la plus égoïste qu'elle pouvait faire. Elle décida de guérir Rowena.
Elle posa sa main sur le genou de la jeune femme et canalisa ses pouvoirs et le Shikon no Tama, à travers les corps de Rowena. Elle frissonna, mais Rin continua cherchant à réparer les dommages qui avaient été faits, ces zones qui semblaient mortes, incapables de permettre à Rowena de marcher, et de vivre pleinement comme elle l'entendait. Elle redonna la vie, là où il y en avait plus, reconstruisant ce qui avait été détruit, pour ne laisser aucune séquelle.
Elle avait fini.
« Pourquoi n'essaies-tu pas de te lever ? demanda Rin à sa réincarnation. Peut-être qu'il suffit seulement de le vouloir ? »
Les yeux de Rowena s'écarquillèrent, peut-être grâce à la sensation qu'elle devait ressentir dans ses jambes. Rin relâcha la pression de sa main et s'écarta de Rowena qui obéit. Elle se leva puis fit quelques pas. Son expression d'abord figée de surprise rayonna de joie.
« Rin, je… »
Des larmes brillaient au coin des yeux de Rowena et Rin lui sourit.
« Pourquoi ne préviens-tu pas Seiji ? »
Rowena lui rendit le même sourire et appela de toute ses forces.
« SEIJI !
- Tu va effrayer toute la maison avec un cri pareil, » dit Rin en riant.
En effet, des pas précipités résonnaient dans les couloirs. La porte s'ouvrit avec fracas pour révéler un Seiji paniqué.
« Rowena ! Qu'est-ce que… »
Il s'interrompit quand il aperçut Rowena debout devant lui.
« Seiji, je marche ! »
Elle s'avança vers lui, réveillant ainsi Seiji de sa transe. Il courut à sa rencontre et la prit dans ses bras en la soulevant du sol. Toshi et Isabel arrivèrent ensuite qui, quand ils s'aperçurent de la guérison de Rowena, la félicitèrent bruyamment. Rowena insista pour attendre Sota et Hitomi avant de raconter ce qui s'était produit. Rin en était contente, elle pouvait réfléchir à ce qu'elle pourrait bien dire.
Sota et Hitomi, partis dans l'une de leurs innombrables balades en amoureux, rentrèrent une heure après. Ils la félicitèrent à leur tour, et Rowena raconta le dialogue qu'elle et Rin avait eu. Sota lui lança un rapide clin d'œil sachant qu'elle était la cause de son rétablissement. Rin nia qu'elle avait eu un quelconque effet quand Rowena la remercia. Rin évita le regard inquisiteur de Seiji, ayant comme l'impression qu'il ne la croyait pas. C'était une sensation absurde, Rin savait que les personnes du XXIe siècles étaient trop pragmatiques pour croire en ce genre de choses.
Ils fêtèrent la guérison de Rowena tous ensembles. Rin pourtant se sentait un peu gênée par la reconnaissance de Rowena et s'éclipsa rapidement en prétendant être fatiguée.
Le lendemain Seiji la prit à part. Il voulait son avis sur le choix d'un cadeau pour Rowena en ville. Rin trouvait qu'il n'avait pas vraiment besoin de son aide, Seiji connaissait Rowena aussi bien qu'elle. Elle finit par accepter. Elle n'avait pas vraiment eu de moment seul avec son ami depuis que Rowena et lui étaient officiellement ensembles. Or, il lui manquait. Cette partie égoïste au fond d'elle qui voulait encore Sesshomaru, voulait aussi avoir un tout petit peu de Seiji, de cet homme qu'elle aimait.
C'était l'occasion de se promener en ville aussi, un endroit qu'elle appréciait. Seiji l'emmena dans une bijouterie où ils choisirent une croix en argent avec une chaîne.
Ils déambulèrent ensuite côte à côte, visitant les rues les plus reculées avant de gagner la résidence par la grande route, juste contents d'être ensemble entre amis.
Tout aurait pu paraître anodin si une voiture noire ne les suivait pas depuis qu'ils étaient sortis de la bijouterie. Même un arrêt chez le fleuriste n'avait pas fait dévier la direction de la voiture.
« Nous sommes suivis, » annonça Rin tranquillement quand ils se dirigeaient hors de la ville.
Seiji se raidit et lui prit la main protectivement.
« Je te promets qu'il ne t'arrivera rien, Rin.
- Je ne m'en fais pas, » sourit-elle.
La voiture accéléra alors, et les dépassa avant de piler devant eux, les pneus crissant. Quatre hommes vêtus de façon élégante en sortirent, armés de pistolets, des armes qu'elle n'avait vu que dans des films et sur quelques policiers. Dans son époque, Rin avait vu rarement des fusils portés par des milices de samouraïs prospères.
« Quatre contre deux, murmura-t-elle. Voilà qui est équilibré. »
Seiji ignora son commentaire et se plaça devant elle, comme s'il voulait la cacher de l'ennemi. Il était arrivé que Sesshomaru agît de la même manière, mais Rin en était presque étonnée. Elle n'était plus habituée à avoir Sesshomaru devant elle pour la protéger du moindre de danger. Voir Seiji le faire, pour elle… elle s'en sentit touchée.
« Qu'est-ce que vous voulez ? demanda Seiji d'une voix menaçante.
- Le patron n'est pas très content, Tokumi, dit l'un des hommes. Les affaires prennent du retard. »
Rin ne comprenait pas vraiment de quoi ils parlaient, mais apparemment Seiji avait des contacts avec eux. Elle se demandait bien quelle idée il avait eu de fréquenter des hommes pareils. Elle n'aimait pas cela, pas du tout.
Elle se décala de derrière Seiji pour être à sa hauteur.
« Et il faut une petite démonstration de force pourrait arranger les choses ? » demanda-t-elle calmement.
Elle avait affronté des démons plus dangereux que ces hommes dont le seul point fort résidait dans leurs armes. Ce qui était une faiblesse, les points forts devaient être inhérents à une personne.
« Rin, reste en dehors de cela, » ordonna Seiji.
Rin l'ignora.
« Rin ? dit l'un des hommes. Nos informations avaient dit que c'était la chanteuse qui comptait pour toi, Tokumi. Ce n'est pas grave, le patron comprendra si on joue avec cette petite poupée à la place. »
Rin leva un sourcil alors que Seiji perdait son calme.
« Elle n'est pas concernée par nos affaire ! Ne la mêlez pas à tout cela !
- Mais c'était ce que voulait le patron, qu'on te donne un petit aperçu de sa colère. »
L'un des hommes leva son arme et tira, mais pas assez rapidement. Rin construisit une barrière qui les protégea elle et Seiji. Elle se lança alors à l'attaque, appliquant les prises et frappes de combats qu'on lui avait enseigné. Seiji apparut à ses côtés attaquant les hommes avec une technique irréprochable. Il pratiquait les arts martiaux. A deux, ils vinrent facilement à bout des quatre hommes, qu'ils laissèrent inconscients au sol. Finalement la balance avait penché de leur côté.
« Il faut appeler la police, déclara Rin.
- Non ! C'est mon problème.
- Et s'ils viennent attaquer Rowena ? demanda Rin en laissant poindre sa colère. Elle est une cible, tu les as bien entendus. Je doute qu'elle sache se défendre contre eux. »
L'entêtement qui avait habité Seiji semblait s'effondrer, ses épaules tombèrent d'impuissance.
« Tu ne comprends pas.
- Alors explique-moi ! »
Il la considéra de ses yeux sombres puis inspira.
« J'ai fait des affaires avec les hauts patrons de la mafia de Tokyo.
- Tu… quoi !? »
La mafia. Des gens qui n'hésitaient pas à tuer pour l'argent et le pouvoir. Elle croyait qu'elle n'existait que dans les films, ou en tout cas, loin, bien loin de sa vie. Et encore plus loin de celle de Rowena et Seiji.
« Quand on est politicien, c'est l'un des meilleurs moyens pour gagner plus de pouvoirs rapidement.
- Ton père est politicien, Seiji ! Comment peux-tu penser…
- Mon père et moi ne partageons pas les mêmes convictions. Il ne m'offre aucun soutien à ma carrière, et c'est mieux ainsi. Je préfère prouver que je suis capable de faire partie des plus grands sans l'aide de mon père. Je veux prouver que je peux le dépasser.
- En t'appuyant sur la mafia !? Seiji, ils n'ont aucun scrupule !
- Je sais, c'est pour cette raison que j'ai coopéré avec eux. »
Rin était complètement atterrée. Bien sûr elle savait que Sesshomaru n'hésitait en rien pour obtenir plus de pouvoir, mais Seiji… Elle avait fini par croire que les siècles l'avaient assagi. Certaines choses ne changeaient visiblement pas.
« C'est pourquoi je ne veux pas les renvoyer aux autorités, dit-il. Ils me dénonceront et je n'ai aucune envie de commencer ma carrière en prison.
- Ou de laisser Rowena t'amener des oranges quand tu y seras, » dit-elle sèchement.
Il parut s'en vouloir, mais cela ne suffisait pas à Rin. Il méritait vraiment d'aller en prison pour ce qu'il avait fait, c'était ce qu'il y avait de plus juste pour résoudre cette affaire. Mais… elle ne pouvait pas le dénoncer. Elle ne le voulait pas.
« Ma carrière, dit tristement Seiji. Oui, c'est en partie pour une des raisons pour laquelle j'ai préféré épouser Sara. Je ne voulais pas impliquer Rowena dans mes affaires, elle serait une cible tellement facile pour m'abattre… Je… je ne pouvais pas le permettre… »
Il était dans une impasse, Rin le voyait. Et quand bien même elle en détestait l'idée, elle connaissait un moyen pour l'en sortir.
« Je vais leur effacer la mémoire, soupira-t-elle.
- De quoi tu parles, Rin ?
- Je suis une miko, et je crois être capable de modifier les souvenirs de ces hommes. Ce serait les manipuler, mais tu ne me laisses pas vraiment le choix. »
Seiji la regarda comme si elle était folle. Elle n'y prêta pas attention et se pencha sur chacun des hommes, un par un. Elle atteignit leur esprit et le dirigea de façon à leur trouver un nouveau but dans la vie, loin de celle de Seiji ou des patrons pour lesquels ils travaillaient. Elle n'eut aucune difficulté pour y parvenir et elle en était terrifiée. Elle partageait un don commun avec Naraku. Peut-être même, que ses années à l'avoir au fond de son cœur l'avait influencée à utiliser cette option. Mais pour Seiji et Rowena, elle ferait le nécessaire.
« C'est donc bien toi, pour Rowena, dit soudainement Seiji. Et pour ces balles qui ne sont jamais arrivées sur nous…
- Nous en reparlerons après, » dit Rin en s'occupant du dernier homme.
Une partie d'elle-même était toujours livide contre Seiji. Il risquait de gâcher sa vie avec Rowena pour ses affaires. Lorsqu'elle eut fini, et elle marcha résolument vers la résidence, abandonnant derrière elle les hommes qui se réveilleraient bien assez tôt.
« J'ignorais que tu savais te battre, dit-il en marchant à ses côtés.
- Je te rends la pareille, » dit froidement Rin.
Elle lui en voulait encore, elle ne pouvait pas s'en empêcher, même devant ses efforts pour entamer une conversation avec elle. C'était un fait rare chez Seiji.
« Quand Rowena faisait de la musique, j'avais des séances d'entraînement de karaté et de kendo, continua-t-il.
- Ca ne m'étonne pas. »
Son ton sec obligea finalement Seiji à se taire. Elle ne l'accusait pas de pratiquer des arts martiaux, pourtant. Elle n'était tout simplement pas surprise, Sesshomaru était un véritable guerrier.
Arrivés à la résidence, Rin analysa les environs à la recherche des autres. Pas qu'elle souhaitait les rencontrer maintenant, au contraire. Elle devait à tout prix les éviter. Elle trouva en premier Rowena, quelque part dans le salon, sans doute en train de réviser une partition. Rin choisit alors d'aller dans la bibliothèque dont elle verrouilla la porte derrière Seiji.
Il avait repris une façade froide et calme, mais Rin pouvait sentir son malaise.
« Un jour nous pourrons nous entraîner, dit-il d'un ton conversationnel en regardant les deux épées accrochées sur la cheminée. Je prendrai le Tenseiga, des deux, c'est ma préférée. Je te laisserai le Tessaiga. »
Rin fut tellement étonnée qu'elle en oublia sa colère. Elle ne savait pas que Seiji avait connaissance du nom des deux épées. Elle avait vu tellement de faits et d'histoires de son époque tomber dans le mythe voire l'oubli. Mais surtout… Il préfère Tenseiga ? Sesshomaru avait toujours dit mépriser cette épée et il pourchassait le Tessaiga sans relâche. Enfin, plus maintenant à bien y réfléchir.
« Pourquoi ? demanda-t-elle. Pourquoi préfères-tu le Tenseiga ?
- Elle est mieux entretenue malgré les siècles et… »
Il la considéra longuement avant de continuer.
« Je ne sais pas comment l'expliquer. Elle m'est importante et familière, au-delà de toutes ses années où je l'ai vue suspendue ici. C'est comme… c'est comme la fois où tu m'as appelé Sesshomaru. »
Le cœur de Rin se mit à battre furieusement. Il se souvenait. De façon restreinte et vague, mais bien plus que Rowena par exemple. Sans le vouloir, il essayait de se rappeler de sa vie en tant que Sesshomaru. C'est ma présence peut-être. Il se force à souvenir parce que je suis là pour réveiller son ancienne vie.
« Et puis il y a ces rêves étranges qui me hantent parfois la nuit. Je suis quelqu'un d'autre, quelqu'un de différent, et pour autant, je te vois toi Rin, et pas Rowena, dans des vêtements appartenant au passé, dans une armure que je n'ai jamais vue. Ce n'est pas une coïncidence, pas après ce qui s'est passé tout à l'heure. Qui es-tu Rin ? Et qui est ce Sesshomaru ? »
Il l'avait eue, il avait réussi à retourner la situation contre elle. Elle était celle qui était mal à l'aise à présent. Que devait-elle lui dire ? La vérité ? Ou lui mentir ? Elle soupira, défaite. Il la prendrait pour quelqu'un ayant perdu la raison, elle en était certaine.
« Tu me croirais pas si je te disais la vérité.
- Essaie toujours, » fut sa réponse.
Elle pouvait en effet essayer. Elle pouvait commencer par le plus simple, même s'il n'y avait rien de simple dans leur histoire qu'elle allait lui relater. Saleté de voyage dans le temps !
« Sesshomaru est… l'homme que j'aime. Il te ressemble beaucoup, bien plus moralement que physiquement d'ailleurs. Tu n'as jamais pensé à te laisser pousser les cheveux ? »
C'était un effort inutile pour changer le cours de la conversation. Surtout face à Seiji.
« Tu es sa réincarnation, dit-elle sans détour.
- Je ne comprends pas, dit-il son visage sans expression.
- Je suis une miko venant du passé. Kagome m'a amenée dans son époque parce que j'étais tombée malade. C'était elle qui avait commencé à voyager entre nos deux époques, ici et ce que vous appelez le Sengoku Jidai.
- Et Inuyasha serait… ?
- Un hanyo, avoua-t-elle en se rendant compte qu'il avait depuis le début considérer Inuyasha et les autres avec suspicion. Il est aussi le demi-frère de Sesshomaru qui est un taiyokai. Tu dois me prendre pour une folle maintenant. »
Ses yeux noirs la considérèrent longtemps. Puis il répondit.
« Non.
- Non ? demanda Rin. Mais pourquoi ?
- Parce que Rowena est… ta réincarnation, je me trompe ?
- En effet.
- Cela explique… beaucoup de choses. »
Rin ne savait pas ce qu'il entendait par beaucoup de choses, mais ne demanda pas plus de précisions. Il ne semblait pas sur le point d'en donner. De toute façon elle avait un autre sujet de préoccupation.
« Assez parler de ma vie, Seiji. Qu'est-ce que tu comptes faire pour ces mafieux ?
- Achever ce que j'ai à faire pour eux.
- Tu te moques de moi ? Ils se vengeront, ils te tiennent en tenaille.
- Je sais, mais j'ai mes armes aussi.
- Et Rowena ? Ton couple ?
- Pourquoi veilles-tu tellement à la vie de notre couple, Rin ? Est-ce que toi et Sesshomaru n'avez pas…
- Ne change pas de sujet, Seiji ! s'exclama Rin les joues en feu. Qu'est-ce que tu choisis ? La vie de Rowena ou tes affaires ? »
Seiji ne répondit jamais à cette question, mais Rin en était certaine, il choisissait Rowena. Néanmoins, le connaissant, il essayerait de trouver une solution intermédiaire.
Le soir, il donna le cadeau que Rin et Seiji avaient choisi à Rowena. Ils ne reparlèrent plus des affaires de Seiji, mais Rin restait inquiète. En tout cas, un lien nouveau s'était forgé entre eux, venant de leurs secrets partagés. Elle se sentait plus proche de lui. En même temps, un malaise se créa entre Seiji, Rowena et elle.
Ce n'était pas vraiment évident au début. Parfois lorsque Seiji appelait Rin, Rowena répondait avec elle. L'inverse était vrai aussi, c'était comme si leurs deux identités commençaient lentement à fusionner. Et puis souvent, quand l'une semblait s'entendre mieux avec Seiji, l'autre s'éclipsait presque. Rin entrait dans un engrenage dont elle n'était pas sûre de trouver l'issue.
Rien ne s'arrangea ensuite car Seiji et Rin restèrent plus souvent ensemble. Sous l'impulsion de Seiji, ils entamèrent des séances d'entraînement, parfois devant leurs amis, Tenseiga contre Tessaiga.
Les deux épées dans les mains humaines étaient identiques à des vulgaires épées. Seiji maniait à la perfection le Tenseiga. Rin, elle, ne pouvait pas en dire autant. Elle avait toujours eu du mal à manier l'épée, ses armes de prédilection étant les deux lames forgées par Totosai. Elles demandaient des mouvements spécifiques des poignets que Rin avait acquis contrairement aux mouvements requis pour les épées.
Durant ses séances, lorsqu'ils étaient seuls, Rin devenait plus proche physiquement parlant de Seiji. C'était facilement une source de déconcentration pour elle. Elle l'aimait, elle le désirait, et lui non plus n'était pas indifférent à elle. Du moins, c'était ce qu'elle pensait. Rin tombait, cédait à ce chemin qu'elle ne voulait pas emprunter. Elle recommençait le même cycle vicieux qu'avaient traversé Kikyo, Kagome et Inuyasha.
Tout risqua de balancer pour le pire, une après-midi de fin de printemps. Seiji et Rin se battaient comme ils en avaient pris l'habitude. Les lames sœurs se heurtaient dans un fracas métalliques à chaque coup que l'un frappait pour être contré par l'autre. Ils ne se retenaient pas, Rin utilisant sa vitesse et son agilité pour faire face à la force de Seiji. Elle avait de la chance que Sesshomaru se fût réincarné en humain. Elle n'aurait jamais pu tenir aussi longtemps s'il avait été un yokai. Elle para l'une de ses attaques quand il parla.
« C'est étrange. »
Rin fronça des sourcils en le repoussant.
« Qu'est-ce qui est étrange ? »
Il réattaqua et Rin esquiva, en se demandant pourquoi il lui parlait si subitement. Etait-ce un subterfuge pour la déconcentrer ? Naraku utilisait facilement cette technique. Mais pas Sesshomaru…
« Rowena n'a jamais cherché à apprendre à se battre. Elle a toujours détesté cela. »
Rin fonça sur Seiji.
« Je la comprends. »
Il para.
« Je n'ai jamais aimé me battre. »
Elle s'élança, puis s'aperçut distraitement de la proximité du corps de Seiji contre le sien.
« Je n'ai pas eu vraiment le choix, » acheva-t-elle.
Il l'arrêta dans sa progression et la repoussa avec force. Elle perdit l'équilibre en arrière, et s'agrippa à la première chose qui lui venait sous la main, c'est-à-dire la chemise de Seiji. Ils tombèrent tous les deux à la renverse, le sol devenant d'autant plus dur pour Rin qui fut écrasée par le poids de Seiji.
« Aie… » gémit-elle.
Elle ferma ses yeux, son dos se rappelant apparemment d'une bataille ancienne contre Renei.
« Ca va ? »
Rin ouvrit ses paupières pour plonger dans le regard inquiet de Seiji. La douleur diminuait. Elle lui sourit.
« Oui, » murmura-t-elle.
Ses yeux perdirent leur reflet inquiet pour être gagnés par d'autres émotions que Rin comprit lorsqu'il resta contre elle, son corps doucement posé sur le sien. Son cœur commença à battre violemment, en écho contre celui de Seiji retentissant dans sa poitrine. Elle sentit ses joues rougir alors qu'une chaleur la parcourait entièrement. Elle se perdait, ses lèvres caressées par le souffle expiré par Seiji. Elle s'était déjà retrouvée dans cette situation et comme à cette époque là, elle cédait. Elle était avec l'homme qu'elle aimait, et plus rien ne compta quand Seiji approcha finalement son visage du sien pour capturer ses lèvres…
« Seiji ! »
Rin reprit conscience de la réalité et ouvrit brusquement ses paupières qui avaient commencé à se fermer. Elle écarta Seiji avec plus de violence qu'elle ne l'aurait voulu, ses deux mains repoussant les épaules de l'homme qui avait failli l'embrasser. Ils se retrouvèrent tous les deux assis, le souffle un peu court, alors que Toshi arrivait l'air furieux.
Seiji se releva avec une froide détermination ne laissant rien transparaître de ce qui s'était produit entre eux. Non, il semblait sur le point d'affronter son père. Rin, elle, était nettement plus embarrassée. Elle s'était promise de ne pas arriver à ce résultat, et voilà où elle en était.
« Seiji ! demanda Toshi. Qu'est-ce que tu fais ?! »
Seiji ne répondit pas à la colère de son père qui continua à débiter ses reproches.
« As-tu pensé à Rowena ? As-tu pensé à ses sentiments ? »
Rin aperçut la culpabilité traverser le visage de Seiji, une culpabilité que Rin ressentait également. Elle se mordit la lèvre quand Toshi braqua son regard sur elle.
« Et toi, Rin. Je ne m'y attendais pas. Tu ressembles tellement à Rowena que j'en étais arrivé à te considérer comme ma fille, toi aussi. Comment as-tu pu faire cela, Rin ?
- Père, laissez Rin en dehors de cela. Nous n'avons rien fait.
- Et ce que vous alliez faire n'était rien, peut-être ? »
Seiji se tut. Il n'y avait aucune excuse pour leur conduite et ils le savaient tous les trois. Toshi reprit la parole.
« Si je n'étais pas intervenu, qu'est-ce qui ce serait passé, à ton avis ? Et puis non, ne réponds même pas à cette question. Il vaudrait mieux pour tout le monde que Rin parte.
- Père ! Certainement pas ! »
Rin savait que Toshi avait raison. Sa place n'était pas ici et elle n'arrangerait rien si elle restait auprès de Seiji et de Rowena. Elle devait partir, mais avant, il lui restait une chose à régler.
« Je partirai, dit-elle, mais à une condition.
- Rin, non ! »
La force dans les paroles de Seiji prit Rin de court, mais elle récupéra de son étonnement. Elle devait continuer.
« Un chantage ? demanda Toshi avec un soupçon de déception. Tu veux de l'argent ?
- Non, je veux que vous parliez avec votre frère en faveur de Sota. Vous l'avez côtoyé, vous savez que Sota est quelqu'un de bien et qu'il est fait pour Hitomi, qu'il pourra la rendre heureuse.
- Je ne puis interférer dans les affaires de mon frère et de ma nièce, Rin, même si ce que tu me demandes est louable.
- Alors je resterai le temps qu'il faut avec Sota pour que leur histoire s'accomplisse. »
C'était le but originel de ce voyage dans les îles du sud. Elle devait bien cela à Sota, son possible descendant, le dernier de la lignée. Si Toshi refusait sa requête, il resterait encore une solution à Rin pour le convaincre. Le manipuler, lui et ses pensées, comme elle l'avait fait pour ces hommes qui voulaient s'en prendre à Seiji et à elle. Elle le ferait même si elle ne voulait pas en arriver à là.
Toshi la considéra longuement, forçant Rin à se tenir droite, puis il acquiesça.
« Je ferai tout mon possible, Rin. »
Rin courba légèrement la tête.
« Merci, Toshi. »
Toshi fit un léger signe de la main, puis lui présenta son bras, ordonnant tacitement de venir avec lui. Loin de Seiji. Elle se retint de soupirer et s'approcha du bras qui lui était tendu, mais Seiji lui attrapa la main.
« Père, je voudrais parler avec Rin, seul à seule. »
Toshi fronça les sourcils visiblement contre la demande de son fils. Seiji ne flancha pas pour autant, mais Rin pouvait voir une certaine détresse dans ses yeux. Ils avaient bien le droit à un instant entre eux, ils étaient amis avant tout.
« Toshi, je vous le promets, rien n'arrivera entre nous. Jamais je n'aimerais blesser Rowena par mes actions. »
Toshi hésita puis sans un regard pour Seiji, il s'en alla. Il avait pris la parole de Rin devant celle de son propre fils. Leurs relations étaient au mieux tendues. Désaccord et rivalité étaient leur quotidien, et Rin ignorait si cela changerait un jour.
Seiji la ramena hors de ses pensées en tirant la main qu'il n'avait toujours pas lâchée. Il la guida vers l'endroit où leur amitié s'était nouée, plusieurs semaines auparavant, mais cette fois-ci, leurs yeux ne se portèrent pas sur l'océan ni sur les mouettes qui criaient sur la ligne d'horizon.
« Je ne veux pas que tu partes. »
Rin hésita devant cette soudaine déclaration.
« Je le dois… ma place n'est pas ici, et encore moins auprès de toi.
- De Sesshomaru, peut-être ? » demanda-t-il avec venin.
L'étonnement de Rin atteint son comble. Il était jaloux de lui-même ? La situation était devenue grotesque, mais Rin le comprenait. Combien de fois avait-elle envié Rowena ?
« J'en doute, répondit-elle. Mais en tout cas, j'appartiens à mon époque, Seiji. J'ai mes batailles à mener, dont l'une plus importante que mes désirs ou ma vie.
- C'est pour cela que tu as appris à te battre ?
- Oui.
- Je ne veux pas te perdre, Rin.
- Tu ne me perds pas Seiji. Rowena est avec toi. »
Rin tenta d'esquisser un sourire mais l'expression de Seiji, d'habitude si impassible, ne masquait pas la panique qu'il devait ressentir. Sans qu'elle ne put s'y préparer, il la prit dans ses bras, la serrant fort contre sa poitrine.
« Seiji ? demanda-t-elle sa voix étouffée contre sa poitrine.
- Je ne veux pas… Je ne veux pas que cela arrive.
- Mon départ ? » demanda-t-elle avec hésitation.
Son ton faisait soupçonner Rin qu'il évoquait une peur plus profonde encore. Il s'écarta un peu d'elle pour pouvoir la regarder dans les yeux.
« Ces rêves… ces rêves que je fais de toi, de moi, de cette époque lointaine qui est la tienne… je ne veux pas qu'ils se réalisent.
- Ce ne sont que des rêves, Seiji, essaya-t-elle de rassurer.
- Non, tu ne comprends pas. C'est comme s'ils étaient réels, et à chaque fois… je te vois mourir, Rin, et je suis complètement impuissant. A cause de cet homme aux yeux rouges, cet homme qui te veux tout autant que moi. Et je ne peux rien faire alors qu'il te détient et que tu disparais à tout jamais. Dans ton époque, j'ai échoué. Je n'ai pas su te protéger… tant de fois… Il n'y a qu'un vide après, un vide immense… J'étais terrifié quand j'appris que Rowena était entre la vie et la mort, mais à l'époque il y avait encore un espoir. Et aussi… quand la première fois que je t'ai rencontré dans cette rue et que tu t'es fait percuter par cette voiture… Je ne te connaissais pas, j'aurais dû être indifférent à ton sort comme je l'aurais été pour n'importe quel inconnu et pourtant, j'ai cru que mon cœur cesserait de battre si tu mourrais. Mais là encore, il y avait de l'espoir quand j'ai vu en courant vers toi ta poitrine se soulever au rythme de ta respiration… Mais ces rêves… ils sont bien pire que toutes ces épreuves-là.»
Sa voix semblait mourir. Rin ne savait vraiment pas quoi répondre. Peut-être que ces rêves étaient pliés et influencés par ses peurs les plus profondes. Peut-être aussi qu'il rêvait bien de ce qui s'était produit par le passé. Peut-être qu'il lui annonçait sa mort prochaine. Elle s'était préparée à cette possibilité depuis que Bokuseno lui avait récité la prophétie. Elle avait appris à vivre avec, elle devait maintenant apprendre à Seiji d'en faire autant.
« Ce vide est temporaire, Seiji. Rowena est avec toi.
- Oui, mais…
- Et nous n'avons pas le droit de changer le destin, ajouta-t-elle en l'interrompant. Cela pourrait nuire à toi et Rowena. Sesshomaru a toujours été là pour me protéger, je ne crains rien, ne t'en fais pas. »
Il ne répondit pas, son visage toujours grave, et elle continua.
« Je suis heureuse, tu sais, dit-elle en s'asseyant face à l'océan. D'avoir passé du temps avec vous deux. Cela m'a redonné espoir car quoiqu'il arrive entre Sesshomaru et moi, je sais qu'il y aura un nous dans le futur, même s'il sera alors Seiji et moi Rowena. »
Rin savait que ses chances de survies étaient minces, et avant de venir dans cette époque, elle avait commencé à renoncer à la vie, elle qui aimait tellement vivre. Mais sa rencontre avec Seiji et Rowena l'avait sauvée, en lui réapprenant une leçon qu'elle avait oubliée. En attendant son heure, elle devait profiter de chaque seconde, chaque moment que la vie lui offrait. Il lui avait fallu traverser les siècles pour s'en rendre compte.
« Rin… »
Seiji soupira, quelque chose qu'elle ne pouvait imaginer chez Sesshomaru, tant Seiji parut humain. Il s'assit à ses côtés, ses genoux lui servant d'accoudoirs, et regarda la mer avec elle.
« Pourquoi penses-tu que Sesshomaru et toi ne pouvez pas être ensemble ?
- Pourquoi cette question ? demanda-t-elle surprise par le changement de conversation.
- Tu m'as aidé pour Rowena, c'est à mon tour de t'aider pour Sesshomaru, dit-il en souriant presque. Après tout, je le connais bien. »
Rin lui sourit. Il avait enfin cédé. Il avait accepté son départ. Elle pouvait bien lui parler de Sesshomaru pour la peine.
« C'est… compliqué. Tout est incertain entre lui et moi. Déjà j'ignore si je vivrais assez longtemps pour pouvoir penser à une vie stable avec quelqu'un. Je dois d'abord affronter Naraku.
- L'homme aux yeux de sang ? demanda-t-il son expression à nouveau grave. Pourquoi ne laisses-tu pas d'autres personnes s'en charger ?
- Une prophétie me destine à me battre contre lui, jusqu'à l'un de nous ne meurt.
- Une prophétie ? Tu ne vas pas me dire que tu crois en ce genre de choses.
- Les mentalités de mon époque sont plus sensibles à ce genre de choses, comme tu dis. Ce n'est pas de la superstition, Seiji. Tout dans ma vie fait en sorte pour qu'elle s'accomplisse.
- Tu es douée d'un libre arbitre, Rin. Tu peux choisir ta destinée, c'est toi qui me l'as même dit.
- Ce n'est pas aussi simple, Seiji. Et j'ai choisi. Je me battrai contre Naraku, quoiqu'il m'en coûte. »
Seiji émit un bruit de frustration avant de reprendre la parole.
« Bien, mais supposons que tu gagnes cette bataille. Rien n'empêche que toi et Sesshomaru… »
Si elle gagnait… Naraku était puissant et rien ne laissait présager une victoire de Rin, encore moins les rêves de Seiji. Rin se retint de les lui rappeler.
« Lui et moi sommes très différents… Plus différents encore que toi ou Rowena. Comme tu le sais, il est un yokai, et je reste humaine. Il vivra des siècles et des siècles après moi, et s'il m'aimait autant que tu aimes Rowena et que nous soyons effectivement ensemble… Seiji, il me verrait vieillir et mourir alors que le temps qui passe ne l'affectera pas. Comment puis-je imposer cela à quelqu'un que j'aime ? »
Seiji la soupesa du regard mais Rin ne cilla pas. Il se détourna en premier et leva son visage vers le ciel.
« S'il t'aime autant que j'aime Rowena, et je suis sûr que c'est le cas, cela ne posera pas de problèmes pour lui.
- Mais, Seiji…
- Tu dois lui laisser la décision ! s'exclama-t-il en lui faisant face. Il prendra sans doute un certain temps pour se rendre compte que sa vie ne vaut pas la peine d'être vécue sans toi, mais crois-moi à la fin, il comprendra. »
Rin resta choquée par la passion derrière les paroles de Seiji. Avec réticence, elle finit par acquiescer. Cette décision ne lui appartenait pas, mais de toute façon il n'y avait pas vraiment de chance entre elle et Sesshomaru. Elle serait déjà heureuse de percer une faille dans la fierté de Sesshomaru et de devenir son amie. Elle aurait une petite place dans son cœur et dans ses souvenirs, aussi infime fût-elle.
Ils rentrèrent ensuite en silence et furent accueillis par une Hitomi rayonnante de joie. Elle sauta au cou de Rin en lui annonçant que Toshi avait appelé son père pour le convaincre du bien fondé des sentiments de Sota. Et surtout qu'il avait accepté de donner une chance à Sota.
« J'en suis heureuse, Hitomi-chan, répondit Rin en serrant son amie dans ses bras. Comme ça, je pourrais repartir tranquille.
- Quoi ? demanda Rowena en entrant dans la pièce. Pourquoi pars-tu déjà, Rin ?
- Je suis restée suffisamment longtemps, sourit-elle, je dois reprendre le cours de ma vie.
- Mais tu as ta place ici, Rin…
- Non, ma place n'est pas ici, Rowena. Elle ne l'a jamais été.
- Comment peux-tu dire cela ? Rin, je…
- Rowena, interrompit Seiji, c'est le choix de Rin. Tu dois le respecter.
- Mais Seiji…
- Rowena, crois-moi, j'ai essayé de convaincre Rin avant toi, et sur ce point, elle est plus entêtée que toi. »
Rowena n'insista plus, mais elle semblait le regretter. Rin doutait qu'elle regretterait son départ si elle savait ce qui avait failli se produire entre Seiji et elle. Dans la salle, Toshi, Isabel et Sota s'étaient assemblés.
« Quand reviendras-tu nous voir ? » demanda Rowena d'une voix presque suppliante.
Rin grimaça. La réponse n'allait sans doute pas plaire à son amie.
« Je ne crois pas que nous nous reverrons un jour. »
Seul Seiji ne parut pas surpris de sa réponse.
« Rin, voyons, dit Isabel, tu es la bienvenue ici, ou dans n'importe quelle autre de nos résidences. N'est-ce pas Toshi ?
- Oui, bien sûr, répondit-il. Rin, je ne crois pas que couper complètement les ponts soit bien utile.
- Pourquoi veux-tu sortir de notre vie, Rin ? demanda Rowena.
- Je ne sortirai jamais complètement de votre vie, vous vous souviendrez de moi. Sota vous fera parvenir de mes nouvelles de temps en temps. Je pense partir après-demain, le temps de prévenir Kagome et de préparer mes affaires et mon voyage. »
La date de son départ fut une autre nouvelle prise avec des protestations, mais Rin maintint sa position. Sota était mal à l'aise à son tour, et Rin devina vite pourquoi. Il voulait rester encore quelques temps avec Hitomi. Rin lui assura qu'elle pouvait rentrer seule. Contrairement à Inuyasha, elle savait se débrouiller dans l'époque moderne.
Le lendemain, tout en préparant ses affaires, Rin essaya de remonter le moral de ses amis. Ce n'était pas facile, mais la bonne humeur renaquit dans la maison. Au téléphone, Kagome avait été enthousiaste par son retour et promit de prévenir tout le monde de son arrivée dans le Sengoku Jidai.
Le soir de son départ, dans la résidence des Tokumi, ils improvisèrent une petite fête, oubliant presque que le lendemain au matin, elle partirait.
Rin eut du mal à s'endormir cette nuit-là. Une partie d'elle-même ne voulait pas quitter Seiji. Elle étouffa ses sentiments, sachant très bien qu'il ne lui appartenait pas. Quand le sommeil la gagna enfin, c'était pour tomber dans les cauchemars de son enfance. Non, c'était même pire que cela.
Rin courait pour échappait aux loups qui aboyaient derrière elle. Elle courait dans l'obscurité de la nuit, pieds nus dans cette forêt enneigée. Elle pénétra dans une clairière, les rugissements bestiaux la poursuivant toujours même si elle ne les voyait pas. Mais Rin ne prêta plus attention aux loups qui sauteraient d'un moment à l'autre sur elle, pour la terrasser.
Naraku était là, devant elle, un de ses tentacules planté dans le cœur de sa mère. Non, non, pas encore…
Son père et son frère étaient déjà morts, leurs cadavres éparpillés autour de Naraku. Otosan, onichan…
Naraku retira d'un mouvement sec le tentacule de la poitrine de sa mère qui s'affaissa au sol, elle aussi morte. Okaasan… Naraku se tourna alors vers elle en lui souriant. Un sourire effrayant contrastant avec ses yeux rouges sangs si froids.
« Cela faisait longtemps, Rin. Tu m'avais manqué. »
Naraku marcha sur le corps de son frère avant d'arriver à sa hauteur. Rin remarqua vaguement qu'elle pleurait, mais trop assommée par la douleur qu'elle ressentait, elle n'y prêta pas attention. Elle voulait que la peine qui étreignait son cœur cessât enfin, elle voulait échapper à cette souffrance qui menaçait de l'étouffer.
Elle dégaina ses deux larmes et lança son assaut sur Naraku. Toujours il garda son imperturbable sourire, tandis qu'elle continuait à pleurer des larmes aussi froide que la neige. Et il frappa en plein cœur au même moment où elle enfonça sa lame droite dans la poitrine de Naraku.
Elle avait tellement mal devant le sourire glacé de son ennemi, alors que pourtant, pourtant, dans ses yeux tachés de sang, elle lisait toute la détresse d'un ami. Cette même faiblesse qui se reflétait sans doute dans ses yeux bruns. Ils avaient tous les deux perdus, et dans un éclat de sang, leur sang, Rin disparut pour ne plus être, elle et le Shikon no Tama.
Rin se réveilla en sursaut, sa respiration courte, difficile, son cœur battant. Elle n'avait jamais fait un cauchemar pareil. Généralement son passé et Naraku étaient distincts. Ce n'était pas l'influence de Naraku, il ne pouvait pas l'atteindre à travers le temps et elle savait faire la différence.
Alors un rêve prémonitoire ? Non, c'était absurde. Rin ne faisait pas de rêve prémonitoire. Peut-être que les rêves de Seiji finissaient par hanter les siens. Il était temps pour elle de rentrer dans son époque. Elle ne se rendormit pas ensuite, et attendit silencieusement l'aube de son départ.
Ils l'accompagnèrent tous à l'aéroport de l'île. Seiji et Toshi avaient insisté pour lui offrir le voyage de retour dans le jet privé de la famille Tokumi malgré ses protestations. Seiji avait habilement su la convaincre en pointant le fait que c'était sans doute la seule chance de Rin de prendre l'avion. Elle n'eut pas besoin de plus pour être convaincue.
Elle fit ses adieux sur la piste de l'aéroport et reçut par la même occasion de magnifiques cadeaux. Isabel et Toshi lui donnèrent deux recueils de poésie, l'un de Shakespeare l'autre contenant des haïkus. Rin ne put s'empêcher de sourire dans leur choix de recueils, reflétant à tous les deux leurs cultures d'origine. Sota et Hitomi s'étaient associés dans la formation d'un album photo, souvenirs de ses deux séjours dans l'époque moderne et parcheminés de commentaires et de dessins de Sota et d'Hitomi. L'une des photos surprit Rin car elle représentait Sesshomaru et Jaken. Sota lui murmura que c'était Kagome qui l'avait prise pour leur montrer le fonctionnement d'un appareil photo. Rowena lui offrit une flûte traditionnelle, élégante dans sa simplicité.
Enfin, vint le tour de Seiji. L'homme qu'elle aimait, et pas seulement parce qu'il était la réincarnation de Sesshomaru. C'était bien plus complexe que cela, car elle n'avait pas cessé d'aimer Sesshomaru non plus. Elle comprenait pour une fois ce que devait ressentir Inuyasha pour Kagome et Kikyo.
Il lui offrit un collier d'or blanc, pratiquement identique à celui qu'elle avait choisit avec lui pour Rowena, mis à part le motif du pendentif. Il représentait un croissant de lune de couleur argent. Rin ne savait pas si c'était Seiji ou Rowena qui l'avait choisi, mais elle fut touchée. Il lui rappelait tellement Sesshomaru. Seiji le lui mit autour de son cou, comme il l'avait fait pour Rowena quelques semaines auparavant. Elle frissonna légèrement quand ses doigts frôlèrent sa nuque aussi doucement que la caresse d'une plume.
Elle serra ses amis un par un, restant plus longtemps dans les bras de Sota et de Rowena. Elle avait hésité pour Toshi, tendant plutôt sa main en premier qu'il prit avec réticence, avant de la tirer contre lui dans une embrassade paternelle. Il ne resta plus que Seiji devant lequel elle resta plantée un instant avant d'agir. Elle aurait aimé le prendre dans ses bras, mais y renonça malgré ce souhait qu'ils partageaient tous les deux. Elle lui tendit sa main qu'il finit par serrer. Ils seraient toujours et avant tout amis.
« Merci pour tout, Seiji.
- Merci à toi, Rin. »
Il semblait sur le point de dire autre chose, mais Rin se dépêcha de monter dans le jet. Elle pourrait se faire convaincre de rester s'il le demandait.
Elle les salua avec des grands signes de mains, et quand elle décolla, en perdant de vue les formes de plus en plus minuscules de ses amis, Rin s'affaissa, sa tête sur ses bras appuyés sur la tablette devant elle, et pleura silencieusement. Elle quittait une partie importante de sa vie, en laissant des histoires suivre leur cours. Keitaro trouverait-il son âme sœur ? Rowena et Seiji se marieraient-ils après la prononciation définitive du divorce de Seiji ? Auraient-ils des enfants ? Seiji réussirait-il à s'entendre avec son père et sa belle-mère ? Résoudrait-il ses affaires ? Tant de question dont elle n'apprendrait peut-être jamais les réponses. Mais c'était peut-être mieux ainsi.
Adieu, mes très chers amis.
Quelques heures plus tard, après un voyage plutôt agréable qui pouvait faire concurrence avec un vol sur le dos d'AhUn, le jet atterrit à l'aéroport de Tokyo, là où l'attendait Kagome, Mama et Jichan. Kagome manqua de l'étouffer dans ses bras, mais Rin commençait à être habituée. Elle aussi était heureuse de la voir.
Kagome lui raconta comment en allant annoncer son retour au village, elle s'était littéralement percutée contre l'armure de Sesshomaru. Apparemment il avait guetté de ses nouvelles pendant son absence. Rin en était touchée bien sûr, mais elle se demandait si Kagome ne voulait pas la convaincre de façon plus ou moins subtile des sentiments de Sesshomaru à son égard. En tout cas, c'était ce que Rin pensait devant l'insistance de son amie sur le sujet.
Elle passa la nuit au temple des Higurashi avant de revenir à son époque. Elle souhaitait connaître un certain calme avant de retrouver sa famille, ses amis, Sesshomaru et Naraku. Elle n'appréhendait pas pour autant. Elle avait retrouvé la sérénité qu'elle avait perdue.
Le lendemain, elle fit ses adieux à Mama et Jichan, puis avec Kagome en ce beau matin de fin de printemps, elle sauta dans le Puit Dévoreur d'Os. Un véritable comité d'accueil l'attendait de l'autre côté. Kohaku fut le premier à la faire tournoyer dans les airs, pus vinrent Shippo, Shiori, Sango et Miroku, Kiyoshi et Ren-chan qui avaient encore grandi, Kaede et AhUn. Elle serra aussi Inuyasha dans ses bras, lui qui était trop fier pour se montrer affectueux en public même devant ses meilleurs amis. Il protesta bien sûr, prétextant qu'elle l'étouffait, mais il lui rendit gentiment son accolade. C'était bon de les revoir après tous ces mois de séparation.
Elle se concentra alors sur lui, Sesshomaru, dont le youki approchait rapidement.
« Je dois y aller, déclara-t-elle soudainement en se détachant d'Inuyasha. J'ai quelque chose à faire.
- Mais Rin, dit Sango, tu viens juste de rentrer. »
Miroku posa sa main sur l'épaule de sa femme, comme pour la rassurer avec un sourire secret. Shippo lui lança un clin d'œil complice, ayant deviné qui elle allait voir. Inuyasha fronçait des sourcils tandis que les autres semblaient perplexes.
« Je reviendrai avant le soleil couchant, promis ! dit-elle en courant déjà. A toute à l'heure ! »
Elle s'éloignait déjà quand une voix profonde résonna au fond d'elle.
'Rin, tu es de retour…
' Pas maintenant, Naraku !'
Elle fut vaguement étonnée quand Naraku lui obéit et la laissa seule. Ce n'était pas ce qui lui importait le plus de toute façon. Elle pressa sa vitesse, indifférente au fait qu'elle se fatiguait déjà. Elle retira ses sandales pour être plus à l'aise en courant. Sesshomaru avait lui aussi augmenté son allure pour la rejoindre. Elle s'arrêta brusquement quand elle vit un éclair blanc devant ses yeux. Sesshomaru se retrouvait à quelques pas devant elle.
Sa respiration était laborieuse et son cœur battait contre poitrine, mais elle s'en moquait. Il était là devant lui, magnifique et royal, comme il l'avait toujours été, ses yeux aussi dorés que le soleil, brillaient d'une lumière si particulière qu'elle savait être la seule à pouvoir voir. Il lui avait manqué, plus qu'elle ne s'en était rendue compte. Elle laissa tomber son sac et ses sandales et fit la première chose que lui dictait son cœur.
Elle se jeta à son cou.
Sesshomaru resta bouche bée quand Rin blottit son visage dans le creux de son cou, la pointe de son nez chatouillant doucement sa peau. Ses bras encerclaient sa nuque tandis que l'une de ses mains glissait dans sa chevelure. Ce simple geste sortit Sesshomaru de la stupeur dans laquelle le mouvement audacieux de Rin l'avait plongé. Il se rendit vaguement compte que le corps de Rin était suspendu contre le sien, ses pieds se balançant sous ses genoux sans toucher terre. Il posa sa main au niveau de son dos, la maintenant contre lui, et approchant son visage du creux de son épaule. Il respira son parfum, doux et frais de fleurs printanières qui poussaient sous le soleil.
Elle lui avait manqué. Tellement manqué. Ce petit bout de femme humaine était devenue un pilier essentiel à sa vie. Elle était là, enfin, après ses quelques mois d'absence. Elle était revenue. Il pouvait enfin être lui-même.
Il l'avait attendue depuis tellement longtemps, désespéré au point d'arrêter l'humaine Kagome et lui demander quand Rin revenait. Quand elle lui avait annoncé qu'elle serait bientôt de retour, Sesshomaru s'était senti soulagé, bien plus qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Une anticipation anxieuse l'avait mis dans un état d'impatience agité, mais il attendit à nouveau de sentir son aura et son parfum vibrer encore dans ce monde. Son instinct avait agi à sa place, il s'était élancé pour la retrouver.
Il se sentit enfin en paix maintenant qu'elle était contre lui, son souffle caressant son cou. Il se perdait en elle, lentement, mais il ne dit rien, ni n'essaya de s'échapper.
« Vous m'avez tellement manqué. »
Ses mots étaient à peine murmurés, mais réussirent à le faire frissonner tant ils faisaient échos à ce qu'il avait ressenti lui-même. Il la pressa un peu plus contre lui. Sesshomaru cédait ses dernières résistances rapprochant ses lèvres de sa gorge exposée. Plus rien ne comptait à présent mis à part elle et ses rêves insensés qu'il ne souhaitait que réaliser malgré la logique et la raison qui imposaient à juste titre une barrière entre yokai et humain.
Elle se détacha alors et Sesshomaru se retint de gémir son manque. Sa respiration était lourde, et Rin portait une teinte rosée à ses joues colorées par le soleil. Un appel fit comprendre à Sesshomaru la raison qui avait poussé Rin à se retirer de leur embrassade.
« Sesshomaruu-samaaaaaaaaa ! »
Jaken. Sesshomaru aurait dû le prévoir. Le petit yokai avait un don pour tout gâcher. Sesshomaru lui en serait sans doute reconnaissant plus tard, il l'avait empêché de succomber à une humaine. Mais dans l'immédiat, il aurait bien voulu tuer son serviteur. Rin leva un regard d'ennui amusé, une combinaison qu'il ne connaissait pas sur le visage de Rin, mais qui lui donna envie de sourire.
« Sesshomaru-sama ! Je vous ai cherché partout ! »
Sesshomaru lança un regard par-dessus son épaule pour se rendre compte que son serviteur débarquait d'un buisson en haletant. Jaken n'avait toujours pas aperçu Rin, cachée par la forme plus imposante de Sesshomaru. Elle se pencha sur le côté, juste assez pour montrer sa tête au niveau de son bras. Sesshomaru remarqua qu'elle était à nouveau proche de lui, une de ses mains agrippant la manche de son haori. Depuis quand était-elle devenue aussi à l'aise physiquement avec lui ? Il aurait dû s'écarter, mais trouva que ce nouveau rapport entre eux, ne le dérangeait pas.
« Bonjour, Jaken !
- Rin !? Tu es revenue ! »
Tout en tenant encore son haori, Rin se décala, en se penchant à la hauteur de Jaken.
« Oui, et cela me fait plaisir de vous revoir après tout ce temps !
- Tu as l'air d'aller mieux, » dit Jaken en l'observant de la tête aux pieds.
Sesshomaru prit le temps de regarder attentivement Rin. Jaken avait raison. Elle était radieuse, plus qu'elle ne l'avait été auparavant. Son teint avait pris la couleur dorée que donne le soleil et ses yeux avaient perdu la mélancolie dans laquelle ils avaient été enfouis. Sa santé était revenue, du moins Sesshomaru voulait le croire, malgré l'essoufflement marqué de Rin à la suite de sa course.
Elle portait les vêtements étranges du futur qui lui allaient plutôt bien. Une robe simple et longue, blanche et brodée de fleurs, laissait voir à son décolleté un pendentif en forme de croissant de lune. Sans vraiment le vouloir, Sesshomaru le prit entre ses doigts, fasciné par cet objet pour une raison qui lui était inconnue. Peut-être parce qu'il représentait le même motif que la marque de son front.
« C'est un ami qui me l'a offert, » dit Rin en posant sa main sur la sienne.
C'était un simple geste, réconfortant et chaleureux, qui parvint presque à lui faire oublier que le pendentif était un cadeau d'un ami.
« J'ai tellement de choses à vous raconter, continua-t-elle en ramassant les affaires qu'elle avait laissé tombées. Vous venez ? On va s'asseoir près de la rivière ? »
Elle s'avança un peu puis s'arrêta pour les attendre. Jaken la rejoignit en premier, puis Sesshomaru se mit à marcher à la gauche de la jeune femme. Elle parlait de choses et d'autres avec Jaken, mais, si doucement, elle glissa sa main vers la sienne, jusqu'à entremêler leurs doigts. Sesshomaru ne protesta pas, et tout comme Rin agit comme si de rien n'était. Comme s'il était naturel pour eux d'être ainsi l'un avec l'autre. Leur geste passa inaperçu pour Jaken qui continuait à parler de sa voix criarde.
Arrivés à la rivière, Rin s'assit près du saule, attirant Sesshomaru avec elle, alors que Jaken s'installa du côté droit de Rin. Sesshomaru ressentit du regret quand elle lui lâcha la main pour chercher dans son sac. Il pouvait voir à l'intérieur une boite en bois finement taillée et longue, et trois livres. Elle en choisit un, et l'ouvrit. Il montrait des photographies où étaient représentés la miko Kagome avec des personnes qu'il ne connaissait pas. En dessous il y avait une inscription :
A la meilleure arrière-arrrière-arrière…grand-mère du monde. Sota.
Sota. Le frère de la miko s'il se souvenait bien.
« Qu'est-ce que… qu'est-ce que c'est ? demanda Jaken d'une voix effrayée.
- Une photo, dit-elle comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. C'est une capture d'image si vous préférez. Là, il y a Kagome, Sota, Mama et Jichan.
- De la magie noire qui emprisonne les gens ? demanda-t-il avec plus de frayeur.
- Bien sûr que non, Jaken. C'est de la science. »
Elle tourna la page où se trouvaient deux photos. L'une d'elle le représentait lui Sesshomaru avec Jaken, prise par la miko Kagome. Sur l'autre, on pouvait voir Rin lire assise contre un arbre.
« Je ne savais pas que Kagome vous avait pris en photo. C'était une belle surprise quand je l'ai découvert. »
L'autre page révéla deux photographies qui dégoûtèrent Sesshomaru, dont l'une le mit hors de lui. Qu'Inuyasha embrassât sa miko était une scène qu'il ne préférait jamais revoir de si tôt, mais que Rin fît de même avec un humain… Le pire était qu'elle regardait l'image avec tendresse. Pourtant, c'est moi qu'elle…
« Rin, s'écria Jaken, tu fais ça avec un humain ! C'est écoeurant ! N'as-tu pas honte !? »
Rin éclata alors de son rire clair.
« Ce n'est pas moi, Jaken, dit-elle en se calmant un peu. C'est Rowena avec Seij. »
Elle tourna plusieurs pages pour arriver sur une image qui la représentait avec cette femme, cette Rowena qui ressemblait à s'y méprendre à Rin.
« Est-elle ta descendante ? demanda Sesshomaru en se rendant compte que c'était les premières paroles qu'il lui adressait depuis son retour.
- Non, répondit-elle avec un sourire. Elle est ma… réincarnation. »
Sesshomaru n'était qu'a moitié surpris d'une telle rencontre. Rin avait ce genre de don pour se retrouver dans des situations improbables.
« Et cet homme, demanda Jaken en pointant une autre photographie, qui est-il ? Il me semble familier, mais je ne vois pas qui il peut bien être. »
Sesshomaru n'avait aucune difficulté pour le reconnaître, lui qui avait le regard lointain et le profil fier. Cet homme, cet humain, lui ressemblait, à lui, Sesshomaru, un taiyokai. Ce qui impliquait quelque chose de complètement impossible.
« Il s'appelle Seiji, » dit Rin en caressant distraitement du bout des doigts le visage de l'homme sur la page.
Sesshomaru sentit une pointe de jalousie surgir en lui.
« C'est mon ami. C'était lui qui embrassait Rowena. Je suis heureuse qu'ils soient ensemble. »
Jaken resta un moment stupéfait, puis commença à lancer des regards hésitants entre lui et Rin. Sesshomaru ingurgitait ce que Rin lui dévoilait sur le futur… leur futur.
« Les démons ne se réincarnent pas, dit-il en lui faisant clairement entendre qu'il avait deviné que Seiji était sa réincarnation.
- Je sais, acquiesça-t-elle simplement. Toutefois, ce qui était normalement impossible s'est produit avec Seiji, pour une raison ou pour une autre. Et cela me suffit de savoir qu'un jour je… Rowena a une chance de vivre heureuse avec l'homme qu'elle aime et qui lui rend les mêmes sentiments. Quoiqu'il advienne de ma vie. »
Elle ne le regardait pas quand elle parla et Sesshomaru fixait l'image incapable de détacher son regard de l'image de ce Seiji. Elle disait qu'il y avait une histoire qui les attendait quelque part dans le futur. Une histoire qui ne pouvait être imbibé par l'obstacle de leur appartenance à deux races si différentes. Se réincarner en humain. Voilà un concept qui lui déplaisait pourtant, trop ridicule à imaginer, à tolérer même.
Une image de Seiji et Rowena passa entre les mains de Rin qui tournait les pages. Ils avaient l'air tellement… heureux.
Une inspiration bruyante leur fit tourner la tête vers Jaken qui avait la même expression que s'il avait vu un mort.
« Vous… vous voulez dire que ce… cet … humain est… est…»
Sesshomaru trouva les balbutiements de Jaken lassant.
« Jaken, silence. »
Le petit yokai ferma immédiatement sa bouche. Au moins il n'allait pas dire à haute voix ce que Sesshomaru ne voulait pas vraiment entendre tant il avait de peine à y croire.
Rin tourna une autre page, cette fois la représentant avec Seiji. Ils étaient tous les deux dans la mer, Seiji torse nu, portait Rin sur ses épaules alors qu'elle portait une combinaison peu décente. La photo elle-même était indécente et le faisait bouillir d'une rage contenue. Comment Rin osait s'asseoir sur les épaules de ce Seiji ainsi ?
« Rin ! Comment peux-tu te montrer aussi familière avec un homme ? cria Jaken en faisant échos à ce que pensait Sesshomaru. Et dans une telle tenue ! »
- Voyons, Jaken, se défendit-elle, Seiji est un ami, et nous faisions que jouer au ballon contre Hitomi et Sota. »
Elle tourna la page où en effet, Rin toujours sur les épaules de Seiji, tombait à la renverse en essayant de récupérer une balle qu'on lui avait lancée. La photographie suivante les représentait dans les moments suivants la chute, avec un Seiji plus proche de Rin que Sesshomaru aurait voulu.
« Et puis mon maillot de bain était tout à fait convenable, dit-elle tranquillement à Jaken. C'est ce qu'on porte dans le futur quand on va à la plage. »
Elle leur montra d'autres images encore, beaucoup la représentant elle, soit le visage sérieux ou mélancolique, soit souriant, nageant dans l'océan, soit se promenant dans un jardin fleuri ou sur le pont d'un bateau. Il s'émerveillait de la voir dessus, se rendant compte combien elle pouvait être belle, même figée dans une image glacée. Beaucoup la représentaient avec Rowena et Seiji, aussi. Sesshomaru pouvait voir qu'une complicité avait existé entre le couple et Rin. Entre Seiji et Rin surtout. Il n'en aimait pas l'idée, il n'aimait pas la familiarité qui existait entre eux, alors que lui s'interdisait presque de la toucher.
Il y avait d'autres personnes aussi, dont un couple qui intrigua Sesshomaru. Toshi et Isabel, le père et la belle-mère de Seiji. Comme si les histoires du passé recommençaient indéfiniment.
Rin commenta chacune des images, ajoutant des anecdotes, ici et là. Jamais Sesshomaru ne l'interrompit, laissant Jaken poser les questions nécessaires. Il l'écouta avec intérêt, content d'entendre sa voix enjouée, parfois teintée d'une douceur triste, qui lui avait tant manqué.
Quand elle referma le livre, Sesshomaru se décida enfin de parler.
« Jaken, laisse-nous. »
C'était un ordre simple que Jaken obéit après avoir lancé un regard incertain sur Rin. Elle tourna vers lui une expression perplexe qui tirait ses traits. Sesshomaru se retint de caresser la joue de la jeune femme dans le but d'apaiser sa mine soucieuse. Il devait lui parler. De ce Seiji, en particulier.
« Quelque chose ne va pas Sesshomaru ?
- Seiji est donc ma réincarnation ? demanda-t-il sans transition.
- Oui, j'en suis certaine.
- Y a-t-il eu quelque chose entre lui et toi ? »
Rin baissa les yeux sur son livre, son album, comme elle l'avait appelé. Sesshomaru prit doucement son menton pour ramener son regard sur lui.
« Réponds-moi.
- Oui et non, finit-elle par dire. Nous sommes devenus amis, même si nos sentiments étaient plus complexes que… de l'amitié. Surtout lorsqu'il apprit qui j'étais et d'où je venais. Mais je suis partie avant que quelque chose arrive entre lui et moi, quelque chose qui aurait blessé Rowena. Cela aurait été ironique, n'est-ce pas ? J'aurais pu gâcher mon propre bonheur à venir. »
Sesshomaru relâcha Rin. Elle s'appuya contre le tronc du saule et leva les yeux vers les branches au-dessus d'elle. Elle sait. Elle savait pour ses sentiments, du moins elle devait en avoir une idée, si elle avait côtoyé Seiji. Elle n'en dit rien pourtant. Sesshomaru en était reconnaissant, il n'aurait pas su répondre si elle l'avait confronté sur ce sujet. C'était plus simple d'agir comme si de rien n'était. Ils ne toucheraient pas la barrière entre yokai et humains qui les séparaient.
« Vous souvenez-vous de la lettre que je vous ai fait parvenir ? demanda-t-elle en observant toujours le ciel à travers les branches du saule.
- Oui, bien sûr, » dit-il.
Il n'était pas certain de la direction qu'elle souhaitait prendre.
« Je vous demandai si vous vouliez être mon ami, précisa-t-elle. Ma proposition tient toujours. »
Elle croisa son regard, attendant sa réponse. Elle le lui demandait, avec une telle douceur, un tel espoir que Sesshomaru ne pouvait ni refuser ni ignorer. Il n'avait aucune envie de rejeter sa demande, elle qui était humaine et sa perdition. L'amitié… était la seule façon de la gardait sans perdre sa fierté, sans détruire les lois fondatrices séparant les yokai des humains.
« J'en serai… honoré. »
Rin lui sourit, et s'approcha de lui en posant un baiser sur sa joue aussi court qu'il n'était venu. Elle plaça ensuite sa tête contre son épaule et sa fourrure, et retourna dans sa contemplation céleste.
« Merci, Sesshomaru. »
Sesshomaru se détendit et glissa son bras autour de la taille de Rin pour regarder le ciel bleu avec elle. Même s'il ne pouvait pas la proclamer comme sienne, pas dans ce monde, il pouvait au moins garder son amitié chaleureuse au plus profond de son cœur.
Arwen: Ah au fait, j'ai la statue d'Arwen qui trône à côté de celle de Galadriel sur une de mes étagères! ^^ Rn va être physiquement un peu plus épargnée pendant un temps, , c'est juste que lorsque les soucis arrivent ils viennent généralement en nombre.(y'a qu'à voir mon mois de janvier 2009...)
the world of inuyasha: Contente que les thèmes de cette fics te plaisent. Bon, je crois que je vais m'arrêter pour l'introduction de nouveaux personnages, sinon, ça devient trop compliqué... Ah quoique vite fait, y'en aurai quelques uns dans un autre chpaitre...
Kanon-and-milo: Bon encore des personnages en plus, mais pas trop quand même. Et on en revient à Sesshomaru et Rin sur la fin. Ca change progressivement leur relation à tous les deux, de traverser toutes ses épreuves.
Memelyne: pardonne-moi, j'ai failli t'oublier! Ca fait du bien à Sesshomaru d'être un peu tout seul, ça le laisse ruminer sur ses sentiments et voir où il en est sans Rin. J'ai aucune pitié pour lui. Seiji a un caractère difficile, c'est vrai, mais pas autant que Sesshomaru. L'humanité joue beaucoup, mais aussi, il est bien obligé de se montrer plus aimable dans le monde de la politique. Tout est une question de communication et d'image, et cela, Seiji sait montrer la façade pour le job.
