Chapitre 16
Entretiens avec le diable
La vie reprit son cours pour Rin entre le village et Sesshomaru. Rin en était satisfaite, elle avait ainsi réussi à trouver une place entre le monde des humains et celui des démons. Là où elle avait toujours appartenu.
Son quotidien au village changea un peu, mais pour le mieux. Shiori participait aux tournées de Kaede qui l'avait prise sous son aile. Elle était une élève appliquée, même si ni Rin, ni Kaede ne pouvait l'aider à maîtriser son youki. Pour une raison évidente elle ne pouvait pas purifier les yokai, et Rin ignorait comment elle pouvait lui enseigner la Guérison, comme le souhaitait la jeune hanyo. Cependant, Shiori excellait dans la création de barrière et en apprenant son histoire, Rin comprit pourquoi.
Le trio que Rin formait avec Kohaku et Shippo, devint un quatuor avec l'arrivée de Shiori. C'était un peu étrange au début pour Rin de ne plus être la seule fille de leur groupe. L'attention de Shippo et Kohaku n'était plus focalisée sur elle seule. Les garçons, surtout Shippo en fait, n'étaient pas indifférents à la jeune hanyo. Shiori était une magnifique jeune femme, aussi douce que belle.
Durant ces mois d'absence, un lien s'était formé entre ses trois amis. La gentillesse de Shiori aida Rin à s'adapter à ce changement. Au départ, Rin avait cru que la présence de Shiori aurait détourné les sentiments de Kohaku vers elle. Elle s'en était voulue de penser ainsi, d'espérer manipuler leurs émotions. Naraku déteignait sur elle. Mais elle abandonna vite l'idée en voyant combien Shippo semblait charmé par Shiori. Il y avait certainement une osmose qui naissait entre eux.
L'un des avantages était qu'elle pouvait s'échapper plus facilement pour voir Sesshomaru tout en restant inaperçue. A sa connaissance, seul Shippo était au courant. Cependant, parfois les sourires secrets de Miroku ou les regards inquiets et suspicieux de Sango et d'Inuyasha lorsqu'elle annonçait qu'elle allait cueillir des herbes médicinales dans la forêt, lui donnaient l'impression qu'ils savaient quelque chose.
C'était une excuse qu'elle utilisait facilement, car elle cherchait effectivement des plantes. Elle omettait seulement de dire que c'était en présence de Sesshomaru.
D'autres éléments de sa vie d'autrefois reprirent et pas forcément les meilleurs. Sa relation avec Naraku recommença, ses commentaires plus ou moins cyniques apparaissaient lorsqu'elle s'y attendait le moins. Elle en était habituée, et savait quand il fallait l'ignorer ou encore répondre sur le même ton.
Leurs rêves communs continuaient eux aussi. Décalés de la réalité, révélant une entente qui ne pouvait exister et que Rin désirait pourtant au plus profond d'elle-même. C'était des moments apaisants le plus souvent, où ils restaient côte à côte dans le silence, près du saule de Kanna, derrière leurs paysages, maintenant fusionné en un seul. Rin ignorait comment ils en étaient arrivés à cette situation, et surtout elle ignorait où elle les mènerait.
Leur relation était indéfinissable et en perpétuelle dualité entre les convictions, les raisons qui les forçaient à se battre et la force qui les poussait à être l'un avec l'autre. A croire que les mois qui les avaient séparés, contrairement à ce que Rin avait cru, avait raffermi leur lien, ce besoin de se voir, d'être… juste ensemble. Ce n'était pas de l'amour, Rin aimait Sesshomaru, et ce qu'elle ressentait pour Naraku était différent. De l'amitié alors ? Peut-être bien dans le monde des rêves, mais tellement dégradée par la réalité que le terme amitié devenait incorrect. Qu'étaient-ils l'un pour l'autre ? Ennemis mortels, certainement, et pourtant…
Le vent souffla sur la plaine, un vent qu'elle connaissait bien, et qui la fit sortir de ses étranges pensées.
« Kagura, cela faisait longtemps… »
Elles n'avaient pas été seules depuis un moment. Sesshomaru en avait été la cause, ou plus précisément leurs sentiments respectifs pour lui. Cette fois-ci, Rin ne perçut aucune hostilité de la part de l'esprit du vent qui se trouvait devant elle. Non autour d'elle. C'était la difficulté avec Kagura. Elle était trop libre pour la définir en lieu et place, ses mouvements et gestes dépendant seulement de sa volonté. Il arrivait à Rin de l'envier, elle et sa liberté. Rin se sentait prisonnière de sa vie depuis bientôt sept ans.
« Que me vaut le plaisir de cette visite ? » demanda Rin à l'amie qu'elle avait retrouvée.
Rin sourit quand elle devina les intentions de Kagura. Elle voulait reprendre les affrontements amicaux qu'elles avaient partagés. Vent contre terre. C'était ainsi que Rin s'était entraînée au début.
Rin se releva. Elle regrettait de ne pas être dans une tenue plus pratique que ses vêtements de miko et son armure. Elle se sourit à elle-même, désabusée. Elle s'était trop habituée au confort de l'époque de Kagome. Il était temps qu'une bataille contre le vent la remit en place.
Ses lames sortirent de ses protège-bras, et elle se mit en position. Kagura n'attendit pas une seconde de plus, et lança une attaque que Rin esquiva avant de réattaquer. Les séances avec Seiji n'avaient pas été inutiles, elle s'en rendait compte face à Kagura. Elle frappa à nouveau sa charge d'énergie n'ayant pas atteint son but la première fois, pour être à nouveau prise à partie par un Fuji no Mai. Rin dressa une barrière avant de prendre l'impact. Kagura avait laissé une faille, emportée par son mouvement, et Rin en profita, sa lame frappant l'air sans la blesser. Mais elle avait gagné la manche.
« Une bataille contre le vent… Penses-tu progresser ainsi ? »
Elle avait reconnu la voix de Sesshomaru dès le premier mot qu'il avait prononcé. Elle avait été trop focalisée par le combat pour s'apercevoir de son approche. Il s'avançait vers elle d'un pas mesuré. Elle lui sourit.
« Bien sûr, répondit-elle. Le vent est un adversaire de taille pour moi, je ne maîtrise pas cet élément. »
Il l'observa froidement puis soudain il dégaina Tenseiga qu'elle dévia par réflexe.
« Il te faut un adversaire de chaire et de sang pour réellement progresser et vaincre Naraku, dit-il ses traits calmes comme s'il ne maintenait pas une épée contre elle. Je serai ton adversaire. »
Rin écarta l'épée avec un sourire.
« Si tu insistes, Sesshomaru. »
L'une des choses qui avait changé dans sa relation avec Sesshomaru était qu'elle commençait à le tutoyer. Rin le considérait comme un ami, et en tant que tel, le traitait comme son égal. Il n'était plus le lointain seigneur qui lui avait sauvé la vie lorsqu'elle était enfant. Elle le connaissait mieux que quiconque après tout.
Sesshomaru semblait en être satisfait. En tout cas, il n'avait pas soulevé d'objection.
L'idée de se battre contre Sesshomaru amusait Rin. Elle connaissait sa façon de se battre, à force d'affrontements contre Seiji. La différence serait néanmoins de taille. Rin devait se débrouiller contre les capacités yokai de Sesshomaru. Et elle évita de se rappeler qu'elle n'avait jamais gagné contre Seiji.
L'attaque de Sesshomaru fut fulgurante, et elle para Tenseiga qu'au dernier moment. Il l'avait prise au dépourvue, et Rin ne voulait pas le laisser la surprendre une nouvelle fois. Elle attaqua à son tour, privilégiant son bras droit puisque Sesshomaru ne pouvait attaquer de la gauche. C'était ce qu'il y avait de plus juste, mais Rin trouva très vite Sesshomaru de plus en plus difficile à maîtriser.
Sesshomaru était fort. Rin s'obstina pourtant à n'utiliser qu'une lame, et rengaina même sa lame gauche. Elle crut apercevoir un éclair de colère dans les yeux de Sesshomaru, mais elle n'avait pas le temps de s'y attarder. Sesshomaru lui infligea un coup plus puissant qui déséquilibra Rin. Elle tomba rudement au sol.
« Aie !
- Cela ne serait pas arrivé si tu avais utilisé tes deux bras, dit Sesshomaru avec froideur.
- Mais…
- Je t'ai vu te battre contre le garçon Kohaku, coupa-t-il. Tu n'hésites pas à attaquer avec tes deux lames quand tu es contre lui. Me sous-estimes-tu à ce point ? »
Il gronda presque et Rin se mordit la lèvre. Il n'avait pas complètement tort. Elle l'avait vexé en croyant agir justement. S'il avait eu deux bras, elle n'aurait pas eu les mêmes scrupules.
Cependant, elle n'arrivait pas à prendre cette bataille au sérieux, car elle lui rappelait trop les affrontements contre Seiji. Il n'y avait jamais eu vraiment d'enjeux entre eux, même si Seiji avait été capable de la pousser tout au bout de ses limites. Et comme avec Seiji, Sesshomaru utilisait le Tenseiga. Rin n'avait rien à craindre et ne se sentirait pas assez menacée pour pouvoir attaquer pleinement Sesshomaru.
Elle se releva.
« Peut-être qu'il ne faudrait pas me sous-estimer. J'aime beaucoup le Tenseiga, je lui doit ma vie après tout, mais je sais que je ne risque rien contre cette épée. »
Les yeux de Sesshomaru s'écarquillèrent pendant une seconde. Puis, il rengaina le Tenseiga pour prendre Tokijin.
« Comme tu le souhaites, dit Sesshomaru. Mais cela signifie aussi que tu dois puiser dans tes pouvoirs. »
Tout d'un coup, Rin trouva que l'idée d'affronter Sesshomaru dans un combat amical n'était pas une si bonne idée. Ce qu'il proposait pouvait s'avérer particulièrement dangereux. Elle allait refuser, mais le regard de Sesshomaru l'arrêta. Il ne voulait pas entendre de discussion.
Il était puissant, Rin devait s'en souvenir, il était peu probable qu'elle le purifia facilement. Et il lui offrait une chance d'affronter quelqu'un d'aussi fort que Naraku.
« Bien, » acquiesça-t-elle en se mettant en position défensive.
Sans plus attendre, il attaqua. Rin l'esquiva de justesse pour se préparer à une autre attaque. Tokijin envoya une charge d'énergie que Rin contra en puisant dans ses pouvoirs. Mais Seshomaru n'avait pas fini.
« Tu hésites trop, Rin ! »
Rin voulut lui montrer le contraire en ripostant avec force, mais Sesshomaru l'évita.
« Sois plus rapide ! »
Il ne semblait même pas fatigué par l'effort qu'ils fournissaient alors que Rin commençait à s'essouffler. Elle ne s'arrêta pas, contrant Tokijin entre ses deux lames, puis repoussa Sesshomaru en gagnant pour une fois un peu de terrain. Elle s'en rendit compte à la façon dont leurs armures venaient à s'entrechoquer. Parfois elle croyait sentir l'odeur de Sesshomaru, celle des forêts profondes qui avait toujours su la rassurer, la faire envie de…
Ses pensées divaguaient, et il l'écarta avec force. Rin tomba une nouvelle fois sur son derrière.
«Tu étais déconcentrée, dit-il avec une pointe de curiosité dans sa voix.
- Je… je sais. »
Elle jura mentalement quand elle se sentit rougir. Etre prise sous le regard de Sesshomaru n'aidait en rien à inhiber son imagination. Rin, reprends-toi, tu deviens pire que Miroku.
« Rin ? Tu peux te reposer si tu veux. »
Il s'assit non loin d'elle, et Rin en fut reconnaissante. Sa respiration était encore un peu courte après l'exercice physique qu'elle venait de produire. Mais ce n'était pas la seule raison. Pense à Jaken dans un bikini rose, pense à Jaken dans un bikini rose…
L'image se créa d'elle-même dans son esprit et eut plus d'effet qu'elle ne l'aurait voulu. Rin éclata de rire.
« Qu'est-ce qui te fait rire ? demanda Sesshomaru.
- Je me demandai combien Jaken serai ridicule dans un maillot de bain rose, dit-elle entre deux éclats. Tu ne crois pas ? »
A la surprise de Rin, il sourit. Ce n'était qu'un léger mouvement de ses lèvres, quelque chose que Rin n'avait vu que très rarement au cours de sa vie, et seulement lorsqu'il s'apprêtait à tuer l'un de ses ennemis. Mais ce sourire-là était différent. Elle avait réussi à amuser Sesshomaru.
Quand elle se calma, Sesshomaru se releva puis lui tendit la main.
« On reprend ? »
Rin prit la main qui lui était tendue et il l'aida à se relever.
« Oui. »
Ils continuèrent à se battre jusqu'au soleil couchant.
« Quoi !? »
Inuyasha se moquait bien qu'il criait sur Kaede. Il avait été trop surpris par ce qu'elle lui avait demandé.
« Tu m'as très bien entendue, Inuyasha. J'aimerai que tu m'accompagnes voir ma sœur. »
Ils étaient tous les deux dans la hutte de Kaede. La vieille prêtresse avait envoyé Shiori faire une commission, tandis que Rin était en vadrouille aux alentours du village comme elle le faisait assez souvent depuis son retour. Inuyasha avait de sérieux soupçons sur l'identité de la personne qu'elle allait voir, et cela ne lui faisait pas particulièrement plaisir. Il en avait parlé avec Miroku, mais le moine voulait laisser à Rin la liberté de ses mouvements et de ses choix. Même s'ils concernaient Sesshomaru.
Et ainsi, Kaede en avait profité pour lui demander ce service. Voir Kikyo. La grand-mère était intelligente, Kagome était en ce moment dans une période d'examens, et ne pourrait pas venir dans le Sengoku Jidai pendant au moins une semaine. Sans parler du fait qu'elle m'a pratiquement jeté dehors en prétextant que je la déconcentre pour ses révisions. Je vois pas comment quelques caresses ici et là peuvent déranger, keh.
« Mais pourquoi, Kaede-baba ?
- J'aimerai lui parler de Rin. Elle était son élève, et je regrette qu'elles se soient à ce point détacher l'une de l'autre, prophétie ou pas. Ensemble, elles pourraient vaincre Naraku sans aucun problème, elles sont toutes les deux de formidables miko. Leur amitié… ne mérite pas d'être gâchée ainsi. »
Inuyasha n'avait pas eu tellement de détails sur la… dispute qui avait eu lieu entre Rin et Kikyo. Seulement les éléments qui avaient transpiré entre Naraku et Rin, il y avait déjà un certain temps. Ce qu'ils avaient laissé entendre était tout sauf rassurant. Elles avaient failli s'entretuer, comme le voulait la prophétie.
« Et puis, ajouta Kaede en le fixant de son œil valide, peut-être que tu aimerais parler avec Kikyo. »
Cette remarque se grava dans l'esprit d'Inuyasha. La vieille avait raison. Kikyo avait le droit de savoir pour lui et Kagome. Il était le seul à pouvoir lui en parler, il lui devait bien cela.
« Qui s'occupera du village en notre absence ? demanda Inuyasha comme pour repousser l'alternative de voir Kikyo.
- Tu oublies que Rin est une miko, elle pourra s'en occuper avec l'aide de Shiori, et de Miroku s'il le faut. Pour la sécurité du village, Shippo et Kohaku peuvent à eux seuls s'en charger, ce sont des garçons capables. Et nous savons très bien que Sesshomaru rode autour du village. »
La vieille Kaede avait décidément tout prévu, semblait-il. Inuyasha ne pouvait que s'incliner et partir avec elle.
Ils se mirent en route dans l'après-midi, après avoir signalé à Miroku et Sango la raison de leur départ. Sango était intriguée, mais Miroku la retint de poser plus de questions que nécessaires.
Inuyasha prit Kaede sur son dos et il courut dans une direction sud, là où d'après elle, Kikyo se trouvait. La vieille miko avait utilisé ses pouvoirs pour localiser sa sœur, et Inuyasha dut se forcer à ne pas énoncer ses doutes. Kaede n'était pas vraiment une miko puissante, comme Rin ou Kikyo, mais la froisser dès le début du voyage n'était pas une bonne idée. Elle demanderait à Kagome de lui lancer des osuwari à la chaîne pour se venger. Inuyasha aurait aimé avoir l'aide de Rin, mais Kaede voulait éviter les explications qui auraient fatalement suivi avec la jeune femme. Non, il fallait qu'il se fiât en leur capacités respectives, son flaire et les dons de Kaede à percevoir les âmes qu'elle connaissait.
Ils voyagèrent jusqu'à la tombée de la nuit, puis décidèrent de monter un camp. Le lendemain, ils repartirent tôt, mais finirent pas retrouver les traces de Kikyo. Elle n'était pas si éloignée que cela du village, à bien y réfléchir. La seule raison qu'Inuyasha trouvait pour l'expliquer était peut-être que la lutte contre Naraku obligeait Kikyo à rester dans les régions environnantes du village. Plus précisément, non loin du lieu où se trouvait Rin, la cible privilégiée de Naraku.
Elle avait subi des attaques impressionnantes et pratiquement fatales de la part de Naraku, même si c'était en nombre limité. Non, le problème quotidien pour Rin n'était pas Naraku et ses attaques, mais plutôt tous ces démons mineurs qui rodaient près d'elle en quête de la perle. Et encore, avec une famille de taijiya, un moine, Inuyasha lui-même et Sesshomaru, le village était le lieu le plus sûr de tout le pays. Naraku n'oserait jamais s'y approcher. Du moins Inuyasha voulait le croire.
Le flaire d'Inuyasha et les capacités de Kaede les menèrent dans une forêt. La piste était bonne, des porteurs d'âmes convergeaient dans la direction qu'ils suivaient. En traversant une barrière de fougères, ils la trouvèrent enfin, assise contre un arbre centenaire. Elle fermait les yeux et ne fit aucun signe qu'elle s'était aperçue de leur présence. Inuyasha ne se laissa pas prendre. Il savait qu'elle les ignorait volontairement.
Kaede descendit du dos d'Inuyasha et s'approcha de quelques pas.
« Onee-sama, il y a bien longtemps que l'on ne s'était vue. »
Kikyo souleva ses paupières et fixa sa sœur.
« En effet Kaede. Je suis heureuse de voir que tu te portes bien. Mais tu n'es pas seulement venue pour me rendre une visite de courtoisie, n'est-ce pas ? »
Kikyo agissait comme s'il était absent. Inuyasha en était énervé, mais il se retint de les interrompre. Kaede et Kikyo avaient des choses à dire. Il n'avait qu'à attendre son tour.
« C'est exact, répondit Kaede, je voulais te parler de Rin. »
Kikyo ne répondit pas immédiatement, profitant du silence pour admirer la danse des Shinindamanshu autour d'elle.
« Rin… Par deux fois son aura a disparu de ce monde, murmura Kikyo sans les regarder. Comment va-t-elle ?
- Grâce aux Dieux, elle va bien, répondit Kaede. En fait… j'étais venue te demander si tu pouvais considérer une alliance entre toi et Rin ? Vous avez tellement à gagner l'une et l'autre si vous vous décidiez de vous unir contre Naraku. Comme… avant.
- Avant… Avant que cette prophétie apparaisse dans nos vies. Celle qui dit que les enfants des lignées de Midoriko s'entretueront pour en laisser plus qu'un. Celle qui promet la mort d'au moins l'une de nous pour que l'autre vive.
- Onee-sama…
- Comment peut-on s'allier avec quelqu'un qui ne peut devenir que son ennemi ? »
Kikyo les regardait froidement, mais il y avait de la rage brûlante enfermée dans la femme qu'il avait aimé.
« Kikyo, dit Inuyasha, je sais que ce n'est pas facile, mais Kaede-baba a raison. Si toi et Rin vous vous alliez, Naraku n'aura aucune chance.
- Qu'est-ce que tu en sais, Inuyasha ? demanda Kikyo avec une passion qui surprit Inuyasha. Tu as choisi depuis longtemps laquelle de nous deux devait vivre, n'est-ce pas ? »
Inuyasha était choqué du sous-entendu de Kikyo. Elle se trompait il n'avait jamais eu une telle pensée. Lui aussi se sentit en colère pour être si injustement accusé.
« Bien sûr que non ! Je veux que toutes les deux vous viviez. Rin est mon amie, et toi tu es… »
Il s'arrêta, incertain de ce qu'il allait dire. La femme que j'aimais, et que j'aime encore. Mais il ne pouvait pas l'énoncer à haute voix, pas maintenant qu'il était avec Kagome.
« Je suis ton passé, acheva Kikyo. Tu es avec Kagome maintenant. »
Elle savait d'une façon ou d'une autre, elle l'avait appris. Il se força pourtant à répondre.
« Oui, Kagome est… »
La femme de ma vie. Mais Kikyo l'était aussi, et il devait lui expliquer pourquoi il avait choisi Kagome. Il connaissait la raison, il l'avait comprise quand il avait été transformé en démon. La réponse était simple et précise.
« … mon futur. »
Ce n'était qu'un murmure mais aussi bien Kaede que Kikyo l'entendirent. La conversation entre lui et Kikyo avait commencé abruptement. Il aurait aimé le lui annoncer autrement, au lieu d'entrer dans une dispute avec elle.
« C'est pourquoi à la fin tu soutiendras Rin, dit Kikyo, tu espéreras que ce soit elle qui survive. Il sera plus facile pour toi de l'envisager comme l'ancêtre de Kagome que si c'était moi ou Naraku. »
Il comprit ce qu'elle lui disait. Auparavant, il n'avait jamais réfléchi aux conséquences de la prophétie. Il n'avait même pas cru qu'elle prédisait vraiment la mort de Rin ou de Kikyo, voire même les deux. Il n'avait pas voulu le croire. Rin pouvait bien être l'ancêtre de Kagome, et Kikyo continuerait à vivre normalement. Voilà ce qu'il avait souhaité.
Toutefois les souhaits avaient la mauvaise habitude de ne pas se réaliser quand il était concerné. Et au fond de lui-même, il s'était mis à préférer la mort de Kikyo pour que Rin devînt l'ancêtre de Kagome. Il préférait sacrifier son ancien amour pour pouvoir vivre celui de Kagome. Il se détestait pour cela.
Bien sûr il ne voulait pas affronter une nouvelle mort de Kikyo. Il l'avait déjà perdu deux fois, la dernière étant toujours la pire. Les longues années de séparation et sa relation avec Kagome n'avaient rien changé. Il ne supporterait pas de la perdre une troisième fois. Mais pour être avec Kagome, je le devrai…
« Je la tuerai, dit soudainement Kikyo le regard à nouveau froid, vide de vie.
- Quoi ? demanda Kaede
- Rin, précisa-t-elle. J'essaierai du moins, comme je l'ai fait avant que nos chemins ne séparent.
- Rin a dit que Naraku vous avez influencé…
- Oh ? dit Kikyo avec un sourie amer. Rin vous a fait partager ses peines ?
- Onee-sama, tu sais bien que Rin n'est pas ainsi.
- C'est parce que Naraku a commencé à en parler, dit sombrement Inuyasha. Elle n'est jamais entrée dans les détails ensuite. Elle… elle ne se confie pas souvent. »
Kikyo parut surprise, puis son visage s'adoucit, calme et mélancolique.
« Non, c'est vrai. Elle s'enferme dans le silence au moindre problème. Il est tellement rare de l'en sortir qu'on croirait la perdre un petit peu plus à chaque fois. Pourtant…je veux vivre, Inuyasha, ajouta Kikyo avec des yeux presque suppliants. Je veux vivre, même si je suis déjà morte. Pourquoi Rin aurait plus le droit de vie que moi ? Pourquoi je ne pourrais pas être heureuse avec l'homme que j'aime et qu'elle le pourrait ? As-tu la réponse Inuyasha ? »
Inuyasha ne l'avait pas. Tout ceci était injuste, mais il ne savait pas quoi faire pour contrer cette foutue destinée. Rien ne collait comme il le devrait, et c'était ainsi depuis le début. A cause de personnes qu'il n'avait jamais connues, Midoriko, Taho, et d'autres encore sans doute.
« Kikyo, je… »
Kikyo se leva brusquement et leur tourna le dos.
« Nous nous sommes dit tout ce qu'il y avait à dire. Adieu. »
Inuyasha s'avança pour la rattraper mais Kaede le retint par la manche de son haori en hochant la tête. Kikyo avait raison, ils n'avaient plus rien à se dire. Il resta longtemps sur place, longtemps après que Kikyo disparut dans les profondeurs de la forêt. Quelque part, Inuyasha avait la certitude qu'il avait définitivement tourné la page concernant Kikyo.
Jamais il n'aurait cru qu'il aurait eu si mal.
Rin en voulut un peu à Inuyasha et Kaede d'être partis précipitamment, sans même un au revoir. Elle pouvait pallier l'absence de Kaede en tant que miko du village, surtout avec l'aide de Shiori et Miroku, mais ce n'était pas un rôle dans lequel elle excellait.
Beaucoup des villageois cherchaient avant tout des conseils, outre ses pouvoirs de guérison, mais ce n'était pas le problème principal. Une grande majorité d'entre eux lui demandait une aide plus spirituelle. Miko ou pas, elle n'était pas la première à rendre hommage aux dieux ou à chercher des réponses dans la religion. Elle était imprégnée par les différentes théologies et philosophies grâce à Miroku, mais cela n'allait pas plus loin. C'était à se demander comment sa réincarnation était devenue pratiquante.
Heureusement, Shiori la relayait bien dans ce rôle, de sorte qu'à elle deux, elles réussissaient à compléter le travail pour le mieux. Miroku était aussi présent pour les aider à la moindre difficulté.
' Tu crains de prendre des responsabilités, Rin. Cela ferait de toi une mauvaise commandante.
' Je n'ai jamais voulu commander, Naraku. Ce n'est pas mon ambition.
' Ambition ? Notre pure Rin en a-t-elle même ?
' Celle d'en finir avec toi me semble suffisante.'
L'éclat de rire de Naraku résonna dans le cœur de Rin de façon désagréable. Naraku était devenu une partie inhérente à Rin qu'elle ne pouvait pas se défaire à présent. Il était là en elle, comme le Shikon no Tama était la fusion et la fission de deux entités totalement opposées, fondée sur le principe des quatre âmes. Oui, elle et Naraku était identique au fonctionnement du Shikon no Tama qu'elle comprenait parfaitement à présent. Comment aurait-elle pu faire autrement après avoir passé près de sept ans en tant que sa gardienne ?
'Deux forces opposées mais qui travaillent ensemble pourraient être capable de dominer le reste du monde, dit calmement Naraku. Toi et moi sommes les représentants directs de ces deux forces…
' Naraku, ne me parle pas de cette ridicule alliance…
' Ce n'est pas une simple alliance que je te propose Rin, c'est une place à mes côtés comme mon égale. Ce que tu rêvais d'avoir avec Sesshomaru mais qu'il ne t'offrira jamais.
' Tais-toi j'abandonnerai jamais mes convictions !
' Mais qu'abandonneras-tu pour ceux que tu aimes ?'
Rin s'arrêta de marcher prise par la question de Naraku. Où voulait-il en venir ?
« Rin-chan ? Quelque chose ne va pas ? » demanda Shiori.
Rin secoua la tête, ses mèches brunes venant recouvrir son visage. Elle aurait dû les attacher, surtout quand elle cherchait des plantes médicinales.
« Ne t'inquiète pas, Shiori-chan. Continuons ? »
Rin perçut à l'horizon à changement qui attira son attention. Les auras de Kaede et d'Inuyasha approchaient rapidement.
« Kaede et Inuyasha reviennent, déclara Rin à son amie.
- Vraiment ? » s'exclama Shiori avec enthousiasme.
Shiori s'était vite attachée à la vieille miko qui l'hébergeait et l'avait prise comme élève.
« Nous devrions nous dépêcher de cueillir ces plantes, continua-t-elle. Il faut préparer leur retour
- Nous avons encore plusieurs heures devant nous, Shiori-chan. Ramène les plantes que nous avons cueillies. Je vais faire un bouquet pour Kaede pendant ce temps.
- D'accord ! »
Shiori se releva de la plaine herbeuse. Elle lui fit un petit signe d'adieu et prit la direction du village. Elle allait sans doute prévenir tout le monde et préparer quelque chose pour leur retour.
Rin soupira, soulagée pendant un instant de se retrouver un peu seule avec ses pensées. Elle en avait besoin après la discussion étrange qu'elle avait eu avec Naraku. Et puis elle pouvait se concentrer sur les saymyochos qui circulaient dans les parages.
Naraku les utilisait de plus en plus souvent pour l'épier. Il était rare que l'un des insectes s'approchât réellement près d'elle. Elle les aurait purifiés sans le moindre état d'âme. Pourtant Naraku semblait vouloir préserver ses armes, quelque chose d'étonnant de la part d'un être qui n'avait pas hésité à sacrifier un nombre important de ses alliés dont sa propre fille.
Rin soupira encore une fois. Qu'est-ce que je fais ? Naraku lui laissait un moment de répit et voilà qu'elle se mettait à penser à lui, comme si ce n'était pas suffisant de l'avoir avec elle en permanence de l'autre côté de son coeur. Depuis trop longtemps, elle vivait avec lui. Il avait occupé une partie trop importante de sa vie. Une partie qu'il serait temps de changer. Seule ou pas était la question qui se posait. Inuyasha et Kaede auraient la réponse à la suite de leur rencontre avec Kikyo.
Rin avait été surprise d'apprendre les intentions de Kaede et d'Inuyasha en rentrant de sa rencontre avec Sesshomaru. Elle savait que les raisons de Kaede étaient justifiées. Rin se savait capable de vaincre Naraku avec Kikyo. Elles étaient toutes les deux suffisamment puissantes pour rivaliser avec le hanyo.
Mais pourraient-elles laisser de côté leur querelle, leur besoin de vivre aux dépends de l'autre ? Rin l'ignorait vraiment, elle ne savait même pas comment elle réagirait si elle devait faire face à présent à son ancien mentor. Elle tenait à Kikyo, autant qu'elle pouvait tenir à Kagome. Rin la respectait pour ses capacités et ses qualités, pour son histoire et ce qu'elle était. Elle lui avait tant appris, et pas seulement à contrôler ses pouvoirs. Sans elle, Rin n'aurait jamais était si indépendante. Elle n'aurait pas su se débrouiller seule face au danger qu'elle encourrait.
Kikyo était une personne importante dans la vie de Rin. Et elle était la seule aide que Rin accepterait face à Naraku, parce qu'elle était tout autant impliquée qu'elle, si ce n'était plus. Elle avait le droit d'affronter Naraku, tout comme elle, en tant que fille de Midoriko.
En évaluant les auras de Kaede et d'Inuyasha, revenus sans Kikyo, Rin abandonna l'idée de retrouver l'amitié qu'elle avait eu à une époque avec la miko. Kikyo avait sans doute refusé. Rin pouvait se tromper bien sur, mais elle en doutait.
Elle se contenta de marcher pour rejoindre un pré fleuri qu'elle affectionnait tant. Elle avait un bouquet à former au lieu de laisser ses pensées divaguer. Très vite, elle créa sa composition florale de fleurs sauvages ajoutant juste la touche de pouvoir nécessaire pour leur donner aux fleurs la longévité nécessaire qu'elles auraient eue si elles n'avaient pas été cueillies. Ce n'était pas sans raison qu'elle avait choisi la profession de fleuriste dans le futur. Elle inspira l'odeur des fleurs, plus épicées que d'habitude, puis se dirigea vers le village.
Elle salua plusieurs habitants du village, sans réussir à s'habituer aux 'Rin-sama' qu'ils lui réservaient. Au moins, les jeunes enfants avaient fait l'effort de l'appeler 'Rin-neesama' mais n'osaient pas être aussi familiers que Ren-chan ou Kiyoshi.
C'était l'un des éternels problèmes de son rôle de miko. Les villageois avaient tendance à la mettre sur un piédestal alors qu'elle souhaitait seulement être considérée comme leur égale.
Arrivée à la hutte de Kaede, Rin vit les plantes médicinales de Shiori posées à la va vite près de l'entrée. Elle avait dû se dépêcher d'annoncer la nouvelle à Sango et Miroku. Non, aux garçons d'abord, se reprit-elle en la sentant auprès de Shippo et Kohaku. Et à Shippo en premier lieu. Rin sourit. Si cela continuait ainsi, Shippo et Shiori seraient bientôt mariés. Ils faisaient un beau couple et avaient tout pour être heureux.
Rin sortit un vase d'argile qu'elle remplit d'eau, puis déposa son bouquet en l'arrangeant au mieux. Elle se lava les mains puis se rendit chez Miroku et Sango pour les prévenir. Là-bas, son armure une fois retirée, elle aida Sango et Miroku à préparer le dîner. Kohaku, Shiori et Shippo arrivèrent peu après. Rin berçait Ren-chan sur ses genoux, et Kiyoshi racontait un de ses rêves, étranges et regorgeant d'aventures. Rin lui sourit tout le long de son récit. Il avait beaucoup d'imagination.
« Ils arrivent, » dit subitement Rin quand elle sentit Inuyasha et Kaede aux abords du village.
Rin souleva Ren-chan qui voulait être portée dans ses bras, et suivit les autres à l'entrée de la maison. La nuit commençait à tomber mais ils distinguèrent très vite la silhouette d'Inuyasha avec Kaede qui descendait de son dos.
« Kaede-baba ! » appela Shiori en allant à leur rencontre.
Elle fut devancée par Kiyoshi qui courrait devant elle.
« Inuyasha ! Kaede-baba ! cria le garçon. Vous m'avez apporté un souvenir ?
- Kiyoshi, dit sévèrement Miroku. Laisse-les tranquilles, ils viennent à peine de rentrer.
- Non, dit Inuyasha en soulevant Kiyoshi dans ses bras. La prochaine fois, promis. »
Kiyoshi ne parut pas en vouloir à Inuyasha, qu'il admirait grandement. Inuyasha le lui rendait bien d'ailleurs. Il adorait les deux enfants de Sango et de Miroku, même s'il ne l'admettrait jamais. Shippo disait que ce n'était pas normal en se référant à toutes les fois où il avait reçu un coup de la part du hanyo, alors qu'il était un enfant innocent. Ce jour-là, Rin, Kohaku et Shiori avaient bien ri du terme 'innocent' aux dépens de Shippo.
Ils rentrèrent tous à la maison, et quand ils s'installèrent autour de la table, Miroku prit la parole.
« Alors ? »
Il sembla à Rin qu'Inuyasha évitait son regard.
« Nous avons échoué, répondit Kaede. Kikyo a refusé notre proposition. »
Rin fixa ses mains posées devant Ren-chan qui somnolait contre elle. Elle ne savait pas quoi dire, ni définir ce qu'elle ressentait exactement. Elle avait espéré cette alliance, mais n'était pas surprise par le refus de Kikyo. Elle était déçue tout en étant soulagée de ne pas être forcée à l'affronter. Elle se sentait lâche parce qu'en ne voulant pas revoir Kikyo, elle admettait ne pas vouloir admettre que l'une d'elle mourrait peut-être par la main de l'autre, si elles n'étaient pas tuées par Naraku avant.
« C'est… peut-être mieux ainsi, dit-elle enfin en s'apercevant que tous attendaient une réponse de sa part. Nous ne risquerons pas de faire la même erreur.
- La même erreur ? » demanda Sango.
Rin étreignit un peu plus Ren-chan contre elle, mais ne répondit pas. Celle de tenter de tuer l'autre, avec ou sans l'influence de Naraku.
' Sage décision, Rin.
' Laisse-moi, Naraku. '
Il sembla respecter son ordre. Rin en fut étonnée, car depuis son retour, Naraku la laisser plus volontiers tranquille quand elle lui demandait. Pas toujours, certes, mais bien plus que précédemment. Elle ignorait si c'était un bonne chose ou pas. Les relations normales entre ennemis étaient plus formelles, n'est-ce pas ? Pas que ce qui se passait entre elle et Naraku avait été un jour normal ou pouvait se résumer en une relation saine d'ennemi à ennemi, si une telle disposition existait.
« Rin ? »
Rin leva brusquement la tête. Miroku l'observait d'une façon étrange, inquiète presque.
« Ca va ? demanda Sango. Tu étais perdue dans tes pensées.
- Oui, désolée. Vous disiez quelque chose… »
Tous la considéraient pensivement. Elle devait faire attention, ils commençaient à se méfier. Ren-chan avait fini par s'endormir au cours de la conversation tandis que Kiyoshi essayait de mettre du sens dans ce que les grands disaient.
« C'est bizarre, dit Inuyasha en brisant le silence qui les mettait tous mal à l'aise. Quand tu étais dans le futur, tu n'avais jamais ces pertes d'attention. Seulement ici… »
Rin se raidit et força son esprit à trouver une excuse. Rapidement.
« Je n'ai pas les mêmes problèmes dans le futur qu'ici. Maintenant, je vais mettre Ren-chan au lit et aller me coucher moi-même. Il se fait tard. »
Elle prit Ren-chan dans ses bras en veillant bien à ne pas la réveiller. Elle ne jeta pas un dernier regard sur ses amis, conscients qu'ils attendaient son départ pour évoquer librement son étrange comportement. Elle ferma la porte de la chambre derrière elle et Kiyoshi qui l'avait suivie. Elle plaça Ren-chan dans son futon.
« Dis, Rin-neechan ? appela Kiyoshi.
- Quoi donc ? demanda Rin en bordant la petite sœur, la sienne aussi quelque part.
- Si… Tu nous le dirais si tu avais un problème, pas vrai ? »
Rin était heureuse d'avoir le dos tourné. Kiyoshi ne voyait pas son expression choquée née de ses paroles. Comment un petit garçon comme lui pouvait avoir de telles interrogations ? Où était passée sa précieuse insouciance d'enfant ?
Elle respira, puis se tourna vers Kiyoshi dont les grands yeux sombres attendaient, non suppliaient une réponse. Elle le prit tendrement dans ses bras, comme elle avait vu Sango le faire lorsqu'il avait besoin d'être consolé, et murmura dans ses cheveux.
« Kiyoshi… il est temps que tu ailles dormir. »
Les poings du petit garçon se crispèrent sur sa blouse.
« Je ne veux pas neechan ! Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose de mal ! Il t'arrive toujours quelque chose de mal… Pourquoi il ne te laisse pas tranquille ? Pourquoi neechan ? »
Kiyoshi pleurait ouvertement maintenant, et Rin chuchota doucement des mots de consolations à l'oreille de son petit frère. Rien n'y fit, ses larmes coulaient toujours.
« Promets-moi que tu restera toujours avec nous, neechan ! »
Rin prit le visage de Kiyoshi entre ses mains pour qu'il pût la regarder dans les yeux à la faible lueur de la bougie.
« Je ne peux pas te le promettre, Kiyohi-chan, pardon. Mais quoiqu'il arrive, je ferai tout pour revenir à la maison. Je ne t'oublierai jamais et je me battrai jusqu'au bout pour toi, je te le promets. »
Ses paroles n'apaisèrent pas complètement Kiyoshi qui continuait à étouffer ses sanglots contre son haori. Elle le berça en fredonnant une berceuse que sa mère lui avait apprise quand elle était toute petite, jusqu'à ce qu'il s'endormît enfin. Puis comme elle l'avait fait pour Ren-chan, elle le borda.
C'était dans des moments comme ceux-ci, qu'un lointain regret, un besoin aussi étreignait le cœur de Rin. S'occuper de Ren-chan et Kiyoshi lui donnait envie de fonder sa propre famille, d'avoir ses propres enfants, élevés avec l'homme qu'elle aimait. Elle balayait le plus souvent ce genre de pensées hors de son esprit. Rien dans sa vie ne lui lassait espérer la possibilité d'un tel rêve. Aussi bien la prophétie, le Shikon no Tama, Naraku ou même Sesshomaru.
Tant que Naraku vivrait, elle ne pouvait pas envisager d'avoir sa famille à elle. Et puis Sesshomaru… Même si Seiji l'aimait dans le futur, qui pouvait décrire ce que ressentait Sesshomaru pour elle ? De l'amour ? De l'amitié ? Quelque chose dont il était le seul à comprendre ? Et dans le cas hypothétique où Rin se déciderait d'être avec lui malgré la barrière de son immortalité, elle ne pourrait pas avoir d'enfant avec lui, il ne l'accepterait pas. Kohaku avait raison, il n'accepterait jamais d'engendrer des hanyos.
Elle soupira en se rendant compte que ses pensées ne menaient à nulle part. Elle se releva pour se changer dans son yukata de nuit. Elle s'allongea ensuite, en veillant à souffler sur la bougie. Alors qu'elle s'endormait, elle trouva l'aura de Sesshomaru non loin, et malgré tout se mit à espérer.
Les ténèbres prirent formes autour d'elle, suffisamment obscures pour l'empêcher de bouger. Elle n'avait pas peur pourtant, elle se savait physiquement en sécurité. Seul son esprit pouvait se perdre dans le monde près de la frontière des rêves, si elle ne connaissait pas le chemin. Mais elle le connaissait, pour l'avoir emprunté tant de fois aux cours de ces dernières années, et elle savait qu'elle y était attendue.
Les ténèbres devinrent pénombres, et la pénombre jour. Un jour aussi éclatant que les rêves le permettaient, emplis d'ombres dans les coins de son champ de vision. Elle se trouvait dans un village, dans une rue désertée de toute âme vivante.
Une femme apparut de nulle part. Rin la reconnut même si elle ne l'avait jamais rencontrée. Midoriko. Elle était vêtue comme une miko, un haori blanc sur un hakama rouge. Elle avait en main un bouquet de fleur, des lys tigrés, riche de vie, comme Midoriko l'était. Elle était belle, et ressemblait plus à Kikyo qu'à Naraku ou elle-même comme le montrait son maintien de tête fier et haut, presque royal, ses longs cheveux sombres et soyeux. Mais Midoriko avait une expression que Rin n'avait jamais vu se refléter sur le visage ou dans les yeux de Kikyo. Elle était heureuse.
' C'est un trait que tu es la seule à avoir hérité de Midoriko, dit soudainement son compagnon présent depuis début. Parmi les trois lignées, tu es la seule à te souvenir du bonheur.
' Peut-être est-ce une malédiction qui frappe les trois lignées ? Cet oubli progressif de ce qu'est être heureux ?'
Midoriko s'approchait lentement en fredonnant.
'Une malédiction qui commença ce jour-là quand Midoriko perdit sa joie de vivre, et son innocence.'
« Taho, tu es là ? »
Un homme que Rin n'avait pas aperçu au départ sortit de l'ombre et vint à la rencontre de la jeune femme. Taho, son ancêtre aussi. Il pouvait facilement être considéré comme un bel homme, ses cheveux bruns à peine ondulés et ses yeux sombres faisant contraste avec la chevelure sombre et raide de Midoriko et ses yeux bruns. Il ressemblait un peu plus à Naraku, mais Rin pouvait deviner des traits communs entre elle et Taho aussi.
L'autre caractéristique qui marqua Rin était que Taho était habillé comme un hoshi.
« Oui, tu es enfin revenu du mariage, » dit-il d'une voix profonde.
Le même timbre que Naraku. C'était troublant de voir combien lui et Taho se ressemblaient.
« Oui, et c'était bien, répondit Midoriko d'une voix enjouée. Izayoi était splendide, et Toga l'était également. Je suis si contente pour elle. »
Rin resta interdite, elle se souvenait que Midoriko et Izayoi avaient été cousines, mais ne connaissait pas vraiment les détails. Naraku s'apercevant de son trouble précisa les détails qu'elle ne saisissait pas.
'Midoriko et Izayoi étaient plutôt proches pour des cousines, même si Izayoi avait quelques années de plus. Elles n'étaient pas liées par le même destin. Izayoi avait été élevée en parfaite princesse, étant la fille aînée du chef de leur clan. Midoriko était la fille du fils cadet de la maison et d'une servante morte en couches. Pour cette raison Midoriko rodait facilement avec les enfants de serviteurs comme Taho.
' Comment Midoriko et Taho sont donc entrés dans une vie monastique ?
' Un moine qui avait été hébergé dans le shiro du clan avait repéré leur potentiel…'
Rin n'obtint pas d'autres informations car la conversation reprenait entre Taho et Midoriko.
« Tu te souviens de Sesshomaru ? » demanda la jeune miko à son ami.
Ami avant qu'il ne la trahît. L'expression de Taho s'assombrit à la mention de Sesshomaru. Un mauvais pressentiment parcourut froidement l'échine de Rin.
'C'est étrange que la lignée des Inuyokai semble à l'origine de la prophétie, dit son compagnon. Ils l'ont alimenté aussi pendant plus de deux siècles. En sont-ils son aboutissement ?'
Rin ne prêta pas attention à Naraku, écoutant la réponse de Taho avec une anticipation fébrile.
« Oui, et ?
- Ne fais pas cette tête Taho, je ne lui ai pas vraiment parlé. Ce n'était pas faute d'essayer, mais il était tellement distant. Oh, mais tu vois ces fleurs ? Elles étaient avec lui et ils les avaient laissé. Je les ai prises, elles sont belles n'est-ce pas ? Tu crois qu'il les a cueilli ? »
Midoriko inspira doucement le parfum des lys tigrés.
« Il est plus du genre à cueillir des fleurs pour mieux les tuer, répondit sombrement Taho. Ou pour les écraser.
- Ne dis pas des choses pareilles, Taho ! Surtout quand elles sont infondées. Tu crois que si je rends visite à Izayoi, je pourrais le revoir et…
- Je t'interdis de le revoir ! »
Taho avait plaqué avec violence la jeune Midoriko contre le mur en la tenant fermement par les épaules.
« Aie ! Mais qu'est-ce qui te prend ?
- Ce sont des démons, nous n'avons rien à faire avec eux.
- Mais Taho… Sesshomaru, je… je l'aime. »
Rin sut immédiatement que Midoriko avait fait une erreur en ouvrant son cœur à Taho. La plus grosse erreur de sa vie.
Il l'embrassa avec force. Midoriko essaya de se débattre mais elle n'était pas suffisamment forte pour s'échapper. Les fleurs de lys qu'elle tenait tombèrent par terre.
« S'il te plait, Taho ! supplia-t-elle quand il la libéra pour reprendre son souffle. Arrête !
- Non, » répondit-il en embrassant furieusement Midoriko.
Rin remarqua la main de Midoriko se diriger vers sa taille où se trouvait une dague. Elle la dégaina et frappa Taho qui, plus rapide, attrapa sa main et la plaqua contre le mur. Ils émanaient tous les deux une colère profonde, mais là où celle de Taho était teintée par un désir malsain, l'environnement de Midoriko hébergeait de la crainte.
« Pourquoi ? Pourquoi fais-tu cela ? demanda-t-elle d'une voix qui ne cachait pas sa peur.
- Parce que tu m'appartiens. Ce n'est pas un démon qui t'a toujours méprisé qui t'offrirait ce que moi je te donnerai. »
Taho embrassa les larmes qui coulaient sur le visage de Midoriko avec une certaine tendresse. Midoriko cherchait à s'échapper, mais n'y parvint pas. Elle cracha sur le visage de son agresseur, son ancien meilleur ami.
L'action de Midoriko enragea visiblement Taho qui avec un cri de colère, prit la dague de Midoriko et la planta dans l'épaule droite de la jeune femme.
Midoriko cria sous le coup et Rin se mit à pleurer avec elle, consciente qu'elle ne pouvait rien faire pour changer ce qui allait arriver, ce souvenir de ce qui s'était déjà produit. La naissance des trois lignées.
Le sang ruisselait de la blessure de Midoriko. Elle avait cessé de se débattre, paralysée par la douleur que Taho accentuait en enfonçant ses doigts dans l'épaule meurtrie de la jeune femme. Il commença à faire glisser le haori ensanglanté de Midoriko de ses épaules et Rin ferma les yeux. Elle savait ce qui allait se produire.
' J'en ai vu assez ! '
Elle crut entendre pendant longtemps les sanglots de Midoriko, mais ce n'était en fait qu'un écho dans son esprit qui se répétait inlassablement. Dès le début de sa requête désespérée, Naraku l'avait emmenée loin de son souvenir dans un lieu plus neutre qui les appartenait près du saule mourant de Kanna. Au bord du lac silencieux aux eaux sombres où se posaient les pétales colorés mais mornes des arbres fleuris printanniers. Leur monde entre la vie et la mort.
Naraku était debout, son visage perdu dans l'horizon brumeux qui n'existait pas, alors qu'elle était assise près de lui.
'Par deux fois, j'ai infligé cette même blessure à Kikyo en croyant la tuer définitivement. Y arriverai-je une troisième fois ?
' Taho ne tua pas Midoriko à ce moment là…
' Non, répondit Naraku sans la regarder, pas physiquement du moins. Midoriko tomba enceinte, et devint une autre personne. Déterminée, mais froide et morte dans son cœur. Elle ne vécut ensuite que pour apprendre à se battre, tuer, et purifier les démons. Elle excellait en cela, n'hésitant pas abandonner ses trois enfants dans un monastère pour continuer ce qui devint sa vocation. Elle ne s'intéressa pas à ses enfants, les laissant sans le savoir forger leur destin qui se résumerait à un éternel recommencement de ce qu'avaient produit Taho et Midoriko.
' Est-ce le destin que tu nous réserves, Naraku ? A Kikyo et à moi ?
' Oui.
' Pourquoi ?!'
Rin se leva brusquement pour faire face à Naraku qui paraissait indifférent qu'ici et là, il dévoilait son objectif final. Comme si le monde des rêves mettait en doutes les réserves de la réalité.
' Parce que comme Taho, je ne peux pas vous voir aimer un autre. Qu'ils soient tous les deux de la lignée des Inuyokai est une malheureuse coïncidence.
' Ou l'ironie du destin ?'
Il ne répondit pas, mais Rin savait qu'il approuvait sa remarque. Ils restèrent ensuite silencieux, jusqu'au lever de l'aube.
Lorsque Rin ouvrit les yeux, la lumière du jour n'avait pas encore envahi complètement la chambre. Elle se leva en remarquant au passage la forme allongée de Shiori dans un futon supplémentaire. Shippo avait dû la convaincre de rester dormir à la maison. Cela arrivait parfois quand ils restaient tard le soir à discuter.
Rin s'habilla en silence, puis sortit de la chambre. Personne n'était encore levé dans la maison. Rin en profita pour faire une ballade matinale dans le village. Certains villageois vaquaient déjà à leurs occupations journalières ou se préparaient pour travailler dans les champs. Rin les salua lorsqu'elle les croisait.
Elle se souvenait quand ses parents faisaient la même chose. Ils travaillaient dur pour obtenir des récoltes qui les nourrissaient à peine pendant l'hiver. Ce n'était pas toujours simple, mais ils arrivaient le plus souvent à avoir de quoi manger. Avec Miroku et Sango, Rin n'avait jamais connu ce genre de problèmes. Les missions d'extermination de yokai, bien que dangereuses, rapportaient plus qu'une vie de paysan.
Rin se demandait si Kaede était déjà réveillée. Elle souhaitait lui rendre une visite matinale, mais hésita. Kaede serait bien capable de lui demander plus de détails à propos de son comportement étrange après la discussion de la veille. Oh, et tant pis ! Kaede avait manqué à Rin. Elle trouverait la parade nécessaire comme elle l'avait fait depuis tant d'années.
Elle fit demi tour vers la hutte de Kaede, mais étrangement ne sentit pas son aura là-bas. Ni dans les alentours d'ailleurs… Ni au-delà. Rin ne sentait strictement rien qui ressemblait à l'âme de Kaede. Son cœur se mit à battre plus fort. Ce n'était pas normal. Peut-être… peut-être que Kaede avait traversé le Puit Mangeur d'Os. Rin était incapable de sentir l'aura de Kagome et le youki d'Inuyasha lorsqu'ils étaient de l'autre côté. Mais… Kaede n'avait aucune raison d'aller dans le futur, n'est-ce pas ?
Elle pressa inconsciemment son pas dans le village pour se retrouver devant la porte de la hutte le cœur battant et le souffle court. Avait-elle couru ? Pourquoi hésitait-elle à entrer à l'intérieur subitement ? Elle se reprit et entra.
Rien n'aurait pu la préparer à ce qui l'attendait à l'intérieur. Rien ni personne.
« KAEDE ! »
Elle cria le nom de la prêtresse comme jamais elle n'avait crié auparavant. C'était sans espoir, jamais plus Kaede ne lui répondrait. Elle était morte, étendue sur le plancher de la hutte.
Rin fit les quelques pas qui la séparaient de la vieille prêtresse et tomba à genoux. D'une main tremblante, elle posa la tête de Kaede sur ses genoux en se berçant doucement d'avant en arrière. Des larmes coulaient le long de son visage pour tomber sur celui de la vieille prêtresse. Longtemps, laissant la peine la dévorer de l'intérieur.
'Pleurs, Rin-chan, pleurs car tu es autant coupable que moi,' se moqua Naraku dans son esprit.
Rin ouvrit brusquement les yeux, sous le choc que lui infligeaient les paroles de Naraku dans son esprit.
'Que… que veux-tu dire ?
'Regarde autour de toi,' fut la seule réponse qu'elle obtint.
Rin obéit, ignorant les villageois qui s'assemblaient à l'entrée, alertés par son cri.
« Rin-sama ? demanda l'un d'eux.
- N'entrez pas ! » ordonna-t-elle sans les regarder, sans même prendre le temps d'essuyer ses larmes.
Elle cherchait frénétiquement la pièce des yeux, essayant de repérer un indice, n'importe lequel, qui lui aurait permis de répondre à l'énigme posée par Naraku. Elle comprit enfin quand elle vit les fleurs qu'elle avait cueillies la veille. Elles étaient fanées.
Rin posant la tête de Kaede sur le sol avec autant de délicatesse possible, se releva. D'un pas trébuchant, elle s'avança vers le bouquet mort.
' Les fleurs…
' N'était-ce pas une idée grandiose, Rin-chan ? Empoisonner le pré où tu cueilles quotidiennement tes fleurs ? J'espérais que plus d'une personne soient touchée par le poison, mais la vieille est une victime de choix, je ne m'en plains pas. A nous deux nous avons tué un membre de la lignée du ciel…'
Le parfum des fleurs n'était plus, le poison avait consommé leur vie, et celle de Kaede en même temps. Rin n'avait rien pu faire pour l'empêcher. Elle ne s'était doutée de rien, et avait tué Kaede par la même occasion. Je l'ai tuée… Mon Dieu, non, non…
Naraku riait.
Elle tomba à genoux et plaqua sa main contre sa bouche. Ses sanglots silencieux redoublèrent, plus violemment encore.
« Rin-sama ! » entendit-elle crier.
Ces voix n'avaient aucune importance, elles étaient trop lointaines pour faire taire le rire de Naraku ou l'écho qui résonnait dans son esprit. Je l'ai tuée, je l'ai tuée… Encore et encore.
« Rin ! »
Elle sentit des bras l'encercler, sa tête bascula contre un torse ferme et réconfortant. Familier, et paternelle. Otosan. Rin leva la tête. C'était Miroku qui la tenait ses traits tirés par l'inquiétude et la peine.
Rin se pressa un peu plus contre Miroku quand elle entendit le cri de choc de Shiori puis ses sanglots étouffées. Shippo et Kohaku étaient là aussi, elle les sentait eux, et leur peine. Tout ceci par ma faute…
« Miroku… Je l'ai tuée…, » bredouilla-t-elle.
Un éclair d'émotion passa dans les yeux sombres de Miroku. Elle chercha à y échapper en pressant son visage contre lui. Et même si elle était coupable, elle se sentait mieux quand il passa doucement sa main dans ses cheveux, comme un promesse que tout irait mieux. C'était un mensonge, le même genre de mensonge que les parents offrent à leurs enfants pour les rassurer, mais à cet instant, Rin s'y raccrocha comme si sa vie y dépendait.
Elle n'arrivait pas à retenir ses larmes. Elle n'était pas aussi forte que pouvaient l'être Sesshomaru ou Kikyo. Naraku avait toujours eu raison, elle suivait aveuglément ses émotions même les plus dévastatrices.
Longtemps, Miroku la tint ainsi, et Rin aurait continué pendant longtemps si elle n'avait pas été réveillée de sa torpeur par la voix d'Inuyasha.
« Mais qu'est-ce qui se passe ici ? Kaede-baba ? Kaede-baba ! »
Rin se détacha du soutien de Miroku pour voir Inuyasha se recueillir auprès du corps sans vie de Kaede.
« Comment est-ce arrivé ? » demanda-t-il, sa voix enrouée par l'émotion.
Miroku la regarda d'une façon indéchiffrable. Peut-être Rin aurait pu le comprendre à un autre moment, mais pas maintenant, pas à la suite de la mort de Kaede.
« Shippo, dit-il calmement, tu emmènes Shiori à la maison. Kohaku, tu vas prévenir Sango et l'aider avec les enfants.
- Mais pourquoi ? demanda-t-il. Je veux rester avec Rin.
- Kohaku, dit Miroku d'un ton autoritaire qu'elle ne lui connaissait pas, fait ce que je te dis. »
Kohaku, fendit la foule en colère, sans se retourner. Shippo le suivit, guidant Shiori toujours inconsolable dans ses bras, et prenant soin de fermer la porte derrière lui. Ils n'étaient plus que quatre, elle, Miroku, Inuyasha et le corps sans vie de Kaede.
« Rin que s'est-il passé ? » demanda Miroku avec douceur.
Elle essaya d'inspirer profondément pour pouvoir répondre le plus clairement possible.
« Les fleurs… elles étaient empoisonnées. »
Inuyasha se leva pour renifler brièvement les fleurs fanées dans leur vase d'argile.
« Saymyochos, cracha-t-il, il y a encore leur puanteur dessus.
- Naraku a donc empoisonné ces fleurs, dit Miroku.
- Le pré, même. Et je les ai cueillies et amenées ici. J'ai tuée Kaede. »
Miroku prit la tête de Rin entre ses mains pour qu'il la regardât droit dans les yeux.
« Ce n'est pas ta faute, Rin ! C'est Naraku qui a voulu tuer Kaede.
- Il ne visait même pas Kaede, dit-elle à mi-voix. Il voulait seulement la mort de quelqu'un qui m'était cher. Parfois, j'aimerais juste n'avoir jamais existé. Parfois… j'aimerai tout juste disparaître pour ne plus jamais être. Il aurait été préférable que je meure avec mes parents, cette nuit-là…
- Ne dis pas cela, Rin !
- C'était déjà à cause de moi que Tomoeda a exterminé ce village, continua Rin s'en faire attention à ce que disait Miroku. Qui sera la prochaine victime ? Sango parce qu'elle a tellement de points communs avec ma mère ? Les enfants ? Toi, Miroku ? Ou bien Kohaku ou Shippo ? Il continuera… jusqu'à ce que l'un de nous ne meure.
- Et ce ne sera pas toi, déclara fermement Miroku. N'oublie pas, sans toi, le kazaana m'engloutirait et condamnerait Kiyoshi et Ren-chan. Tu n'as pas le doit d'abandonner maintenant. »
Les paroles de Miroku eurent un effet radical sur Rin, celui d'arrêter ses larmes. Elle se sentait toujours coupable pour Kaede, mais elle se força d'arrêter de se morfondre. Elle oubliait trop souvent que de sa vie dépendait le devenir du kazaana et le sort de ses amis… sa famille. Miroku avait raison, elle ne pouvait pas abandonner.
Inuyasha la raccompagna chez Sango et Miroku, tandis que ce dernier voyait pour les préparatifs des funérailles de Kaede. En temps normal, c'était la responsabilité de Rin de s'en charger, mais Miroku l'avait doucement écartée. Rin en était reconnaissante, elle ne se sentait pas capable d'y parvenir.
Ils firent un détour par la prairie où Rin avait cueilli les fleurs. Rin pouvait au moins faire une action contre Naraku. Le prévenir d'empoisonner d'autres personnes par ces mêmes fleurs. Avec l'aide du flair d'Inuyasha, ils délimitèrent la zone du pré qui était polluée, puis Rin puisa dans ses pouvoirs et dans la terre pour enterrer ce qui avait été un magnifique champs de fleurs. Maintenant détruit et sans vie, comme une tombe sinistre et sombre tout juste creusée.
A la maison, elle retrouva une ambiance plus accablée que celle de ses pensées. Shiori pleurait encore, malgré les efforts de Shippo et de Sango pour la consoler. Rin se demanda quelle serait la réaction de Shiori si elle apprenait la part qu'elle avait eue avec Naraku dans la mort de Kaede. Aurait-elle ensuite perdue son amie ?
A leur entrée, Kohaku se leva, ses grands yeux bruns inquiets.
« Alors ? demanda-t-il avec douceur.
- Alors on en reparlera plus tard, » déclara Inuyasha avec un ton qui ne commandait aucune discussion.
Sango les rejoignit, et à mi-voix, pour ne pas déranger Shiori et Shippo :
« Il faudrait prévenir Kikyo. »
Kikyo. Rin avait réussi à l'oublier.
« Aucun problème, dit Inuyasha.
- Non, coupa Rin, j'irais. Toi tu vas prévenir Kagome.
- Ca va pas, Rin ? On fait le contraire et…
- J'irai voir Kikyo, déclara Rin avec fermeté. C'est à moi de le faire en tant que descendante de Midoriko.
- Nous allons peut-être demander l'avis de Miroku, » suggéra Sango.
Rin aurait presque pu sourire. La manœuvre de Sango n'était pas stupide, elle savait que Rin écoutait toujours l'avis et les conseils de Miroku.
« J'ai pris ma décision, Sango. Je ne la changerai pas et j'irais seule, » ajouta-t-elle pour devancer Kohaku ou Inuyasha.
Kohaku allait protester, mais Inuyasha avec un soupir posa sa main sur le bras du jeune homme.
« Il faut que tu saches une chose avant, dit Inuyasha. Quand avec Kaede on a parlé avec Kikyo, elle nous a dit qu'elle n'hésiterait pas à te tuer si elle te voyait. »
Rin n'aurait pas dû être surprise par cette information, mais elle l'était. Et elle lui fit mal.
« Qu'elle essaie, » dit Rin plus durement qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle inspira une fois pour reprendre un minimum de calme.
« Je doute qu'elle le fera pourtant, dit-elle. Kaede ne l'aurait pas souhaité. »
Avec réticence, Inuyasha acquiesça. Il n'en fallut pas plus à Rin pour se lever et préparer les quelques affaires dont elle aurait besoin. Avec la vitesse d'AhUn, elle verrait sans doute Kikyo avant la fin de la journée.
'Je ne manquerai votre rencontre pour rien au monde.'
Rin pouvait presque voir le sourire victorieux de Naraku.
Sesshomaru avait dû se forcer à écraser ses instincts quand il entendit Rin crier. Elle appelait à l'aide même si c'était avec le nom de Kaede, la vieille miko du village. Quelque chose était arrivé, et même des abords de la forêt d'Inuyasha, il pouvait entendre les pleurs silencieux de Rin. Néanmoins, il ne se risqua pas de retrouver Rin et de la prendre dans ses bras pour la calmer de son chagrin. Il en avait envie, mais le peu de fierté de Taiyokai qu'il lui restait l'en prévenait, lui répétant sans cesse qu'elle n'était qu'une humaine.
De là où il était, masqué entre les arbres, il avait une très bonne vue de la petite hutte où vibrait l'aura de Rin riche du pouvoir du Shikon no Tama. Elle en sortit finalement, soutenue par Inuyasha. Sesshomaru était irrité qu'elle s'appuyât autant sur le hanyo. Il l'enviait, il le reconnaissait. Sesshomaru aurait aimé être celui sur lequel Rin pouvait compter. Même si elle était humaine.
Les humains. Des être inférieurs et méprisables. C'était ce qu'il avait toujours cru jusqu'au jour où elle entra dans sa vie. Sa considération pour la race humaine n'avait pas changé, mais Rin était devenue une exception à la règle qu'il s'était forgé. Elle avait donné d'autres sens au terme humain, soulignant leur fragilité, leur… mortalité.
Quand elle n'était qu'une enfant, il lui arrivait de l'observer sans mot dire. Elle était dans un perpétuel épanouissement, si riche de vie, qu'il était à peine croyable que bientôt, elle disparaîtrait, alors que les forêts, elles ne cesseraient pas d'exister.
D'autres humains étaient ensuite montés dans son estime. Le moine Miroku par exemple, un homme particulièrement intelligent derrière ses habitudes perverses. Sesshomaru n'aurait pas aimé s'en faire un ennemi. Surtout parce qu'il était la personne avec qui Sesshomaru avait le moins de réticence pour parler de Rin.
Et justement, il voulait parler avec lui de Rin et de ce qui s'était passé. Miroku sortit à son tour de la hutte. Il s'adressa à plusieurs villageois. Des femmes se mirent à pleurer. Sesshomaru commençait à perdre patience et canalisa son youki, pour l'amplifier rien qu'un instant. Miroku se tourna dans sa direction, fixant les arbres derrières lesquels se trouvaient Sesshomaru, et vint vers lui. Le moine avait apparemment compris qu'il l'avait appelé.
Sesshomaru sauta de son arbre, et attendit le moine qui débarqua entre deux buissons.
« Bonjour, Sesshomaru. Que me vaut l'honneur de cette visite matinale ? »
Le ton du moine était sec, mais Sesshomaru l'ignora.
« Que se passe-t-il ? J'ai entendu Rin crier…
- Alors pourquoi n'êtes vous pas venu la consoler !? demanda-t-il un éclair de colère jaillissant dans ses yeux sombres. Pourquoi, quand je suis arrivé, elle était seule à pleurer sur le cadavre de Kaede ? Est-ce que votre foutue fierté vous empêche de vous occuper de la femme que vous aimez ! Même Inuyasha avait assez de sens pour prendre Kagome dans ses bras quand elle en avait besoin ! »
Dire que Sesshomaru était choqué par l'éclat de colère du moine était un entendement. Personne ne s'adressait de cette manière à lui Sesshomaru, le grand Seigneur des terres de l'ouest. Enfin presque personne. Inuyasha s'était déjà montré insultant par le passé, mais la vulgarité du hanyo ne valait pas la peine de s'y arrêter. Il y avait eu Rin aussi. Il n'avait jamais été à l'aise quand elle lui parlait avec colère. Et maintenant le moine Miroku. Sesshomaru aurait pu le tuer pour ce qu'il disait. Surtout parce qu'il évoquait des vérités pour le moins… gênantes.
Le moine inspira profondément, cherchant à reprendre le contrôle sur ses émotions.
« Le pire pour Rin, c'est qu'elle se sent coupable.
- Coupable ? Mais de quoi ?
- Les fleurs qu'avaient cueillies Rin étaient empoisonnées. Nous savons tous les deux que Rin est immune aux poisons. Votre sang qui coule dans ses veines depuis la bataille contre Renei en est la raison je suppose. Inuyasha a flairé l'odeur des saymyochos sur ces fleurs fanées. Nous pensons…
- Que Naraku est derrière tout cela, finit Sesshomaru. Il s'en prend aux sentiments de Rin, et non directement à elle. Il veut la fragiliser.
- Exactement. C'est la deuxième fois qu'il agit ainsi, sauf que maintenant il a touché une personne qui comptait pour Rin. Il veut la blesser, et je dois dire qu'il a réussi. »
Sesshomaru n'ajouta rien, digérant au mieux la nouvelle. Rin était puissante, et même si elle n'était pas une miko, elle avait eu un entraînement suffisant pour se débarrasser d'un adversaire. Elle n'avait pas de failles sur ce point de vue-là, et tous le savaient. Comme ils savaient que sa plus grande faiblesse dépendait de ceux qu'elle aimait. Elle s'attachait beaucoup trop à ses amis, et Naraku ne se privait pas pour la manipuler ensuite.
Soudainement, Sesshomaru prit conscience que l'aura de Rin s'éloignait rapidement du village, une chose que ne manqua pas de noter Miroku à en juger par son expression.
« Où va-t-elle ? demanda Sesshomaru. A-t-elle dit qu'elle avait quelque chose à faire ?
- Non, et surtout pas après la mort de Kaede. Je l'ai écartée de tout préparatif. Peut-être… peut-être cherche-t-elle à être seule un instant ? »
Sesshomaru savait que ce n'était pas la raison de ce départ précipité. A en voir la tête de Miroku, le moine n'était pas convaincu par sa propre excuse.
« J'y vais, » déclara Sesshomaru.
Il ne partit pas immédiatement. Le vent lui avait apporté l'odeur d'Inuyasha venant dans leur direction. Quand il débarqua à leurs côtés, Inuyasha le soupesa longuement. Sesshomaru lui rendit son regard, le défiant silencieusement.
« Sesshomaru, j'aurais dû m'en douter. Tu voulais des nouvelles de Rin ? Il aurait peut-être fallu que tu ailles la voir quand elle pleurait. »
Sesshomaru ne releva pas et se retint de frapper son demi-frère. C'était la deuxième fois qu'il recevait ce genre de commentaire. Le moine et Inuyasha feraient mieux de s'occuper de leurs affaires et le laisser tranquille, surtout quand Rin était concernée.
« Tu voulais me dire quelque chose, Inuyasha ? demanda Miroku voulant sans doute tempérer la discussion.
- Keh. Sango voulait absolument que ce soit moi qui te dise que Rin est partie voir Kikyo…
- Quoi ? s'exclama Miroku. Pourquoi ne l'as-tu pas retenue ? »
Sesshomaru regarda Inuyasha qui paraissait en colère, mais plus contre lui-même.
« Tu la connais, elle est comme Kagome. Quand elle a une idée derrière la tête, c'est presque sans espoir pour la faire changer d'avis.
- Mais tu avais dit que Kikyo la tuerait si elles se rencontraient, répliqua le moine apparemment en colère. Elle est en danger, tu aurais dû l'arrêter par n'importe quel moyen. »
Sesshomaru sentit la même colère monter en lui contre Inuyasha. Le moine avait raison, il avait laissé bêtement Rin partir affronter la miko Kikyo.
« Tes sentiments pour cette miko t'ont complètement aveuglé, dit-il avec venin. S'il arrive quelque chose à Rin…
- Ne sois pas stupide, Sesshomaru, rétorqua Inuyasha. Kikyo ne s'en prendra jamais à Rin après qu'elle lui annonce la nouvelle. En souvenir de Kaede. C'est pour ça que je l'ai laissé aller. Rin avait un point.
- Tu laisses trop facilement convaincre par Rin, déclara Miroku.
- Et c'est toi qui dis ça, » rétorqua Inuyasha.
Ils allaient sans doute commencer une dispute, mais Sesshomaru ne souhaitait pas s'en préoccuper. Il avait d'autres priorités.
« A mon retour, dit-il, nous reparlerons de cette histoire Inuyasha. »
Il n'attendit même pas la réponse de son demi-frère, et prit son envol en se transformant en une boule lumineuse. Oui, il déciderait du sort de son crétin de frère à son retour.
Il se focalisa sur Rin. Non pour la première fois, il regretta de lui avoir laisser AhUn. Elle utilisait la vitesse du dragon sans restriction, et réduisant à néant tout espoir de la rattraper. Maudit dragon, maudite Rin. Il pouvait pourtant maintenir le même rythme et ne pas se laisser distancer plus qu'il ne l'aurait voulu. Il était un Tayokai.
Ils survolèrent le pays pendant des heures sans ralentir ni faire de pause. Ce fut seulement lorsque le soleil commençait à frôler l'horizon à l'ouest, que Rin et AhUn entamèrent leur descente. Bien après eux, Sesshomaru gagna une forêt reprenant sa forme habituelle et suivit l'odeur de Rin dans les bois.
A chaque pas qu'il faisait, il percevait plus nettement la voix de Rin.
« … je suis tellement désolée. »
Il jaillit entre les arbres et se plaça entre Rin et la miko qui était debout, les yeux calculateurs et froids.
« Sesshomaru, demanda Rin derrière lui, qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis venue te ramener. Viens, nous partons. »
Il ne quittait pas la miko des yeux, veillant au moindre signe d'attaque. Elle était trop dangereuse pour être ignorée.
« Non. »
Il détacha son regard de la miko pour observer Rin par-dessus son épaule. Elle se tenait droite, les bras croisés, l'expression ferme, presque froide. Il aurait juré qu'elle l'avait empruntée à Kikyo. Ce n'était pas vrai, pourtant, il savait que Rin pouvait maintenir ses convictions face à lui depuis bien longtemps. Il n'était pas étonnant qu'Inuyasha ou même le moine n'avaient aucun appui sur ce qu'elle pouvait faire.
Il était surpris mais se força à ne pas le montrer. Rin avait refusé d'obéir à son ordre, mais surtout, pour la première fois de leur vie, elle avait refusé de le suivre.
« Et pourquoi cela ? demanda-t-il d'un ton cinglant.
- Je suis venue pour parler avec Kikyo. Je te serai reconnaissante si tu nous laissais seules.
- Pour qu'elle puisse te tuer ? Le bon sens que tu as acquis au cours des années t'échappe, Rin. Dis-lui que sa sœur est morte et partons. »
Rin ne fit pas un geste à son attention, pas un mouvement vers la direction opposée. Elle paraissait en colère aussi, contenant ses émotions qui ne demandaient qu'à s'échapper. Pendant un instant, Sesshomaru crut qu'elle allait le gifler, mais le coup qu'il attendait n'arriva jamais.
Elle inspira en fermant les yeux, puis le regarda.
« Pars devant, je te rejoindrai. Ma décision est finale Sesshomaru. »
Il restait encore une solution pour Sesshomaru. L'assommer et l'enlever contre son gré. Il récolterait les foudres de la jeune femme ensuite, ce qui n'était pas quelque chose qu'il voulait voir de si tôt. C'était tout ce qu'il pouvait faire.
Il fit complètement face à Rin, ignorant cette fois-ci la miko qui n'était plus si importante que cela. Pourtant il hésita. Il n'avait jamais frappé Rin auparavant. Même pendant leurs entraînements, il prenait soin à ne pas lui faire mal ou de ne pas s'attaquer à elle avec plus de violence qu'il ne le faudrait. La seule fois où il avait perdu contrôle et l'avait mise en danger, était lors du premier retour de Rin du futur. Et même ce jour-là, il n'avait pas achever sa tâche, ce qui ne serait pas arrivé contre n'importe qu'elle autre personne.
Il devait le faire, cependant. C'était pour son bien, n'est-ce pas ?
« Sesshomaru, s'il te plait. »
Sa voix était douce, son ton plus efficace qu'un ordre donné de façon autoritaire. Elle était agaçante quand elle employait ce ton avec lui, il se sentait obligé de lui obéir. Mais il ne partirait pas sans rien dire. Sa fierté lui laissait la possibilité de négocier, une infime victoire dans cette bataille de volontés perdue d'avance.
« Je resterai non loin d'ici. Si j'entends le moindre problème, je viendrai te tuer, miko, » ajouta-il en jetant un regard par-dessus son épaule.
Rin soupira, alors qu'il s'en allait à regret.
« Merci, Sesshomaru. »
Il ne dit rien et s'enfonça dans les fourrés, se demandant encore s'il avait pris la bonne décision. Il restait un homme de parole, et ne reviendrait pas sur ce qu'il avait dit. Il se posta au sommet d'un arbre, un endroit d'où il apercevait les deux mikos et les Shinindamanshus qui entouraient l'aînée des deux. Le vent lui apportait le moindre bruit qui pouvait parvenir des deux femmes, mais elles ne disaient rien. Elles s'observaient en silence longtemps avant que la miko Kikyo ne prît enfin la parole.
« Sesshomaru te suit toujours, remarqua Kikyo avec ce qui ressemblait à de l'indifférence.
- Il… il est mon ami.
- Je… vois. Tu gardes toujours la protection des Inuyokai. Tu es leur favorite dans notre querelle familiale.
- Kikyo, ne dites pas des choses pareilles, je…
- Tais-toi ! »
La colère de la miko vibrait même dans son aura. Sesshomaru arrivait à le sentir de là où il était. Il dégaina Tokijin et se raidit prêt au combat.
« Tu ne sais pas ce que je peux ressentir ! cria presque la miko. L'homme que tu aimes se bat pour te garder en vie ! Tes amis feraient n'importe quoi pour te protéger ! Même Inuyasha qui serait capable de se retourner contre moi s'il le fallait pour rester avec Kagome. Que me reste-t-il ? Je voudrais simplement vivre… et être heureuse. Pourquoi n'aurai-je pas le droit à cela contrairement à toi ? Nous avons toutes les deux été tuées puis ressuscités. Qu'est-ce qui nous différencie l'une de l'autre ? »
Le silence retomba. Kikyo ne sembla pas sur le point de s'attaquer à Rin pour le moment. Peut-être qu'Inuyasha avait finalement raison et qu'elle ne tenterait rien en la mémoire de la vieille miko. Peut-être, mais la vigilance était de rigueur. Sesshomaru n'avait aucune confiance en la miko Kikyo.
Pendant un instant, il regretta le lieu qu'il avait choisi pour surveiller leur conversation. Il aurait aimé voir le visage de Rin, au lieu de ses cheveux sombres cascadant sur son dos.
« Rien ne dit que je serai celle qui survivra, dit Rin tranquillement. Et puis vous vous trompez, Kikyo. Je sais exactement ce que vous pouvez ressentir. »
Elle vint s'asseoir sur les racines d'un vieux chêne et leva la tête vers le ciel du crépuscule masqué par les branches au-dessus d'elle.
« Quand je suis allée dans le futur, à l'époque de Kagome, j'ai rencontré un homme Tokumi Seiji. Je l'ai reconnu avant même de l'avoir vu, je savais qu'il était Sesshomaru ou plutôt sa réincarnation. »
Sesshomaru se rendit vaguement compte qu'il avait retenu sa respiration.
« Au début, il ne m'appréciait pas beaucoup. Ce n'était pas très étonnant, la première fois que j'ai rencontré Sesshomaru, il avait tout fait pour m'éloigner. Pourtant, petit à petit, je gagnai la confiance de Seiji et nous devîmes amis. Très vite, je tombai amoureuse de lui. »
Sesshomaru réprima le sentiment de jalousie qu'il ressentait. Un sentiment stupide, Seiji était lui, Sesshomaru.
« Ou peut-être que je l'aimais déjà en fait, vous savez ? Je l'aime tout ce qui fait essentiellement lui. »
La gorge de Sesshomaru se serra. C'était la première fois qu'il entendait Rin en parler de façon si directe, même si ce n'était pas en face de lui.
« Mais bien sûr, je n'avais pas le droit de l'aimer, même si je ne pouvais rien faire pour changer mes sentiments. Seiji appartenait déjà à ma réincarnation.
- Qu'est-il arrivé ?
- Je suis partie avant qu'il ne se passe vraiment quelque chose que Seiji ou moi regretterions. Maintenant, peut-être que Rowena et lui fondent une famille et sont heureux. Je l'espère vraiment, car c'est une belle satisfaction de savoir que quoiqu'il arrive maintenant pour moi, je serai heureuse dans le futur. Que je survive cette prophétie ou pas. »
Elles restèrent silencieuses encore une fois. Rin lui avait dit plus ou moins la même chose lors de son retour du futur. La réentendre sur le sujet remuait des sentiments qu'il ne souhaitait pas explorer.
« Sesshomaru tient à toi dans le présent, dit la miko. Tu as une raison pour survire toutes les batailles contre Naraku. »
Rin secoua la tête.
« Il est un yokai et je reste une humaine. Même si je survis, il mérite mieux que cela. »
Sesshomaru fut choqué de voir que Rin avait fait d'elle-même la délimitation entre humain et yokai. Elle n'en parlait jamais, il ne s'était jamais douté de son opinion sur le sujet. Il n'aurait pas cru qu'elle avait le même avis que lui sur la question, elle qui était entourée de yokai, hanyo ou humain sans faire de distinction. Mais c'était ce qu'il y avait de plus raisonnable à penser. Humains et démons vivaient dans des mondes différents, c'était aussi simple que cela.
Alors pourquoi voulait-il détourner cette règle immuable quand il était avec Rin ? Parce qu'elle est entrée dans mon monde.
« Naraku doit être heureux de la tournure des évènements, dit alors la miko. Même s'il doit regretter que ce jour n'est pas celui où l'une de nous tuera l'autre.
- Ou répondit Rin avec tristesse. Même dans le chaos qu'il a crée, il reste encore des liens qu'il ne peut détruire, entre frères, entre sœurs. Il n'a pas complètement gagné.
- Kaede… me manque, déclara soudainement la miko à voix basse.
- A moi aussi. Haru me manque aussi, malgré toutes ses années. Ce vide, son absence, rien ne le remplace, ni les joies de la vie, ni ceux que nous aimons. Il suffit qu'une seule personne soit absente pour qu'on devienne incomplet.
- Haru ?
- Haruki, en fait. Mon grand frère. Il a été tué par Naraku… »
La voix de Rin s'éteignait. Jusqu'à présent, Sesshomaru avait toujours ignoré le nom du frère de Rin. Elle ne parlait pas souvent de sa famille, comme si elle faisait encore le deuil de leur mort. Tous tués un par un par Naraku. Sauf sa mère apparemment qui avait choisi de se suicider. Comme la mère de Sesshomaru. La différence était qu'il avait été possible de la faire revivre grâce au Tenseiga, si son père n'avait pas choisi Izayoi.
C'est peut-être mieux ainsi.
Cette pensée surprit Sesshomaru, mais il en trouva vite la cause. Sesshomaru n'avait jamais pardonné l'indifférence de sa mère à son égard, l'indifférence pour l'amour de son propre fils. Il avait été faible à l'époque, car il était encore jeune. Mais ce n'était certainement pas le moment de se remémorer les erreurs de sa mère et les siennes, ces histoires d'un passé révolu.
« Viendrez-vous aux funérailles de Kaede ? demanda Rin.
- Peut-être. »
La miko se retourna alors en s'éloignant sans un signe d'adieu. Leur discussion était close. Rin se leva et épousseta son hakama tandis que Sesshomaru vola la rejoindre. Elle montait sur AhUn quand il arriva à sa hauteur.
« Si nous partons maintenant, dit Rin, nous arriverons sans doute au village demain dans la matinée. Je souhaite ménager AhUn et prendre mon temps pour y arriver.
- Les humains ont besoin de repos, répondit-il. Tu pourrais trouver un endroit pour dormir cette nuit.
- Je n'arriverai pas à dormir. Autant que j'utilise ce temps pour rentrer au plus vite. »
Sesshomaru n'ajouta rien. Il aurait préféré qu'elle se repose. Elle en avait besoin après les évènements de la journée. D'un autre côté, laisser de la distance entre Rin et la miko le rassurait, et le plus tôt serait le mieux.
Le soleil était couché quand ils sortirent de la forêt. Ils prirent la direction du village, et bien que Sesshomaru volât près de Rin, pas une fois ils n'échangèrent de parole. Elle avait le regard perdu dans l'obscurité de la nuit. Sesshomaru respecta son silence, long de quelques heures, un fait qui n'était pas caractéristique de Rin. Un fait effrayant presque, mais qu'il ne pouvait pas briser.
Ils prirent du temps pour revenir, et l'ambiance pesante qui entourait Rin affectait Sesshomaru. Il ne se souvenait pas de l'avoir vue un jour aussi… triste. Et comme toutes ses émotions, sa tristesse irradiait autour d'elle, et le touchait, lui qui aurait dû être indifférent à des sentiments si… humains.
Le jour se levait quand ils commencèrent à survoler les régions plus familières qui entouraient le village. A leur approche, Sesshomaru prit conscience que leur voyage, côte à côte allait toucher à sa fin, et même si une partie de lui voulait rester auprès d'elle, il devait se résoudre à la quitter. Il n'avait aucune envie d'être vu dans le village et ne savait pas comment l'annoncer à Rin.
Comme si Rin avait lu dans ses pensées, elle lui donna l'opportunité de s'échapper.
« Nous arrivons bientôt, dit-elle. Merci de m'avoir raccompagnée, Sesshomaru. »
Sesshomaru aurait aimé voir son expression pour pouvoir jauger son état, mais elle regardait fixement droit devant elle. Il hésita encore devant le renvoi diplomatique de Rin. Il pouvait le sentir, elle n'était pas remise. Elle avait besoin d'aide… de réconfort. Elle aura besoin d'aide, de toute l'aide possible. Les paroles de l'ookami yokai. Une aide et un réconfort qu'il ne savait pas donner.
« A… plus tard, » fut tout ce qu'il put dire.
Il vira sur le côté vers la forêt quand elle acquiesça. En s'éloignant, il continuait de suivre des yeux Rin qui rejoignait le village, son visage enfermée dans la douleur, dans le deuil. Elle aura besoin d'aide.
Il se força de changer d'idées. Et il trouva un moyen immédiat et efficace. Il devait résoudre certains détails avec Inuyasha qu'il flairait près du Puit Dévoreur d'Os avec sa miko Kagome.
Sesshomaru se posa sans bruit devant le hanyo qui l'accueillit une main sur le Tessaiga. La miko, elle, sursauta à son arrivée et amena sa main sur son cœur battant. Sesshomaru s'intéressa plus à Inuyasha.
« Sesshomaru, c'est vous, dit la miko visiblement mal à l'aise. Vous m'avez fait peur. Vous allez bien ? »
Sesshomaru ne daigna même pas de lui répondre.
« Rin va bien ? demanda calmement Inuyasha.
- Elle est rentrée au village, pas grâce à toi, » rétorqua-t-il.
Sans plus attendre, il dégaina Tokijin. Inuyasha fit de même avec Tessaiga et se plaça devant sa miko.
« Ecarte-toi Kagome, dit-il sans la regarder. C'est un truc entre lui et moi.
- Quoi ?! Qu'est-ce que vous croyez faire ? Ce n'est pas le moment de vous battre ! »
Sesshomaru se moquait royalement de ce qu'avait à dire la miko et Inuyasha ne parut pas y prêter attention non plus. Ils avaient tous les deux besoins de déchaîner les frustrations accumulées par les événements récents. Et la violence était le meilleur moyen.
Au même moment, ils s'élancèrent à l'attaque, leurs deux épées se fracassant dans une charge de youki. Tenseiga murmura à sa hanche, si proche de son épée sœur, comme un appel au calme qui pouvait le déconcentrer s'il y faisait trop attention. Il écarta Inuyasha d'un revers de bras, mais le hanyo repartit immédiatement à l'attaque. Il s'était visiblement amélioré au cours des années, mais sa technique était encore trop frustre, trop impulsive et chaotique dans certains aspects.
« Rin va parfaitement bien, dit subitement Inuyasha. Je ne vois pas pourquoi tu es en colère. »
Sesshomaru retint de justesse une expression de surprise. Inuyasha tentait de tempérer le combat ?
« Elle n'aurait jamais dû partir voir la miko. Tu as été incapable de la protéger. »
Sesshomaru repoussa Inuyasha et contre-attaqua directement. Inuyasha esquiva, et Sesshomaru trancha un arbre en deux au lieu de son demi-frère.
« Arrêtez ! » cria la miko.
Aucun d'eux ne fit signe qu'il avait entendu son ordre.
« Protéger Rin, dit Inuyasha en frappant son épée contre le sienne, son visage pris par la colère. Elle refuse toute protection depuis que tu l'as abandonnée. Tu peux parler de protection ! »
Sesshomaru gronda, sa vision devint rouge. Il allait se transformer, sa colère attisant sa haine et son youki. Mais sa voix l'en empêcha.
« Qu'est-ce que vous faites !? »
Rin.
Malgré sa présence, il n'arrêta pas le combat. Il ne se laissa pas emporter pas sa forme de youkai complet, mais sa colère ne s'était pas apaisée.
« Que peut savoir un misérable hanyo comme toi ! »
Sesshomaru aperçut un reflet rouge sang dans les yeux d'Inuyasha. Lui aussi perdait contrôle lentement sur sa colère, même avec le Tessaiga.
« Inuyasha, arrête ! cria la miko.
- Vous êtes tous les deux complètement stupides pour vous battre ainsi !
- Reste en dehors de nos affaires, Rin, dit Sesshomaru. Elle ne te concerne pas. »
Rin ne pouvait pas comprendre, elle ne savait pas ce qu'était avoir un frère comme Inuyasha, inférieur, indigne de leur sang. Elle ne pouvait pas comprendre qu'il ne pouvait pas lui pardonner sa naissance, qu'il ne pouvait pas lui pardonner d'avoir été la déchéance de son père, de sa famille. Elle ne pouvait pas comprendre qu'il le haïssait pour ces raisons, et qu'il le haïssait à présent pour être de ceux qui avaient le droit de la protéger, elle, Rin, parce qu'il n'avait pas cette fierté qui le coupait du monde des humains.
Ils s'entretueront peut-être dans cette ultime attaque, et Sesshomaru pourrait enfin enterrer cette épine de sa main qu'avait toujours été Inuyasha.
Ils coururent l'un vers l'autre, brandissant leurs épées devant eux. Inuyasha allait lancer un Kaze no Kisu avec plus de force qu'il n'en avait jamais puisé depuis qu'il connaissait cette technique et Sesshomaru répondrait avec la même violence. Frères ou pas.
« KAZE NO KISU ! »
Les deux épées percutèrent de plein fouet le fer, dans un éclat éblouissant de youki. Mais quelque chose n'était pas normal. Une autre force s'était introduite dans la bataille entre lui et Inuyasha. Rin était entre leurs deux épées, les lames de Totosai contrant les leurs et parcourues par une énergie purificatrice qui les rejeta violemment loin l'un de l'autre.
Sesshomaru réussit à ne pas tomber à la renverse, mais il s'en fallut de peu. Inuyasha n'acheva pas cet exploit et s'étala sur le sol.
« Inuyasha ! »
La miko vint s'agenouiller aux côtés du hanyo et l'aida à reprendre une position assise.
Sesshomaru préféra tourner son attention sur la plus jeune miko, toujours debout, mais dont la respiration était marquée, comme l'était celle de Sesshomaru ou celle d'Inuyasha. Et pour cause, Rin avait arrêté deux attaques yokai parmi les plus puissantes jamais connues. Sesshomaru avait fait une grave erreur d'appréciation. Il aurait dû prévoir que Rin était suffisamment idiote pour intervenir. Il aurait dû la sentir arriver aussi, et l'empêcher d'agir ainsi.
Il ne pouvait pas voir son visage, Rin avait la tête baissée derrière le rideau de ses cheveux. Ses épaules étaient recourbées et ses bras pendaient apparemment sans force à ses côtés. Jamais on aurait pu dire en la voyant qu'elle ressortait victorieuse de la bataille.
« Qu'est-ce qui vous prend !? »
La gorge de Sesshomaru se serra. Il pouvait sentir l'odeur des larmes de Rin. Et sa fureur. Elle leva ses yeux bruns humides sur lui.
« Pourquoi est-ce que vous vous battez !? Vous êtes frères ! Vous êtes l'un pour l'autre le dernier lien de sang qu'il peut vous rester, et tout ce que vous pensez à faire c'est de vous entretuer ! Vous n'imaginez pas à quel point vous êtes chanceux. Kikyo a perdu sa sœur, hier. J'ai perdu mon frère, et je donnerai n'importe quoi pour le revoir, que ce soit ma vie ou le Shikon no Tama. Et vous, vous battez ! »
Elle pleurait franchement maintenant à présent, ses larmes se répandaient dans un flot que rien ne retenait. Et Sesshomaru en était la cause.
« Rin… »
Elle partit avant qu'il ne réussît à formuler ses pensées vagues qui voulaient arrêter ses larmes. L'odeur de ses larmes la suivait dans sa fuite.
Sesshomaru fixa la direction qu'avait empruntée Rin, indécis de ce qu'il allait faire par la suite. Il l'avait blessée à nouveau, par la colère et la haine qu'il ressentait pour Inuyasha. Non, peut-être que haïr était un mot trop puissant en y réfléchissant après coup. Il ne l'aimait pas, certes, mais ce n'était pas de la haine.
Maintenant, à cause de sa… mésentente avec Inuyasha, Rin était encore dans un état instable, perdue entre ses émotions qu'elle ne savait pas contrôler. Etrangement, leur combat lui avait rappelé la mort de son frère Haruki, et peut-être même celle de ses parents. Après la mort de la miko Kaede puis la rencontre avec Kikyo, il n'aurait pas dû être étonné. Toutefois, elle devait savoir que lui et Inuyasha auraient donné beaucoup pour clamer au monde qu'il n'y avait aucun lien de parenté entre eux. Elle devait savoir qu'elle ne pouvait pas se comparer à eux.
Rin était humaine et aspirait à une vie paisible. Une qualité louable, mais qu'elle transférait trop facilement sur les autres, humains et yokai, alors que ce n'était pas dans leur nature. Elle le sait, pensa-t-il brusquement, mais elle en a assez. Elle est épuisée. Elle a besoin… d'aide.
Sans un regard pour Inuyasha et sa miko, il partit rejoindre Rin, écoutant ce que lui dictait son instinct.
Rin ne contenait plus ses larmes de colère et de tristesse alors qu'elle courait dans la forêt. Pourquoi Sesshomaru et Inuyasha étaient aussi stupides ? Pourquoi ne faisaient-ils pas un effort pour s'entendre ?
En cette période de deuil, Rin se sentait plus fragile émotionnellement qu'à l'accoutumée, et des détails qui n'auraient pas dû être importants, prenait une place plus grande, plus dangereuse aussi pour elle, en lui faisant rentrer dans un cercle de peines d'où elle ne pouvait pas sortir.
La mort de Kaede ravivait les morts de ceux qu'elle avait connus, ces êtres qu'elle avait aimé mais ne reverrait jamais plus. Son grand frère Haru et ses parents. Kanna aussi.
'Au moins, nous ne serons plus les seuls orphelins, dit Naraku avec amusement. Kikyo est au même point que nous.
'Tais-toi !'
Rin essayait de courir plus vite encore, comme pour fuir cette voix qui la poursuivait au fond de son cœur. Mais elle savait très bien que c'était impossible.
'Tu aurais dû tuer Kikyo quand tu en avais l'occasion, ajouta-il. Cette trêve que vous avez toutes les deux instaurées pour la mort de la vieille fut une erreur de ta part, compagne de mon âme. Tu aurais dû la tuer.'
Elle se souvenait de la présence de Naraku dans son esprit quand elle faisait face à Kikyo. Son murmure permanent hypnotisant. Tue-la, tue-la, avait-il répété sans relâche. Elle ne savait pas comment elle avait réussi à l'ignorer pendant tout ce temps. Ou plutôt, si, elle le savait. C'était pour Kaede. Elle le devait pour Kaede.
'Pourquoi tu t'en es pris à Kaede ! Elle n'avait rien à faire dans nos histoires, elle n'était pas concernée par la prophétie !
' Elle était une descendante de Midoriko et Taho. Elle ne pouvait qu'être impliquée, un jour ou l'autre.'
Rin courait sans regarder devant elle et elle débarqua hors de la forêt, près de la rivière. Là où elle s'était si souvent retrouvée avec Sesshomaru.
'Un lieu qui t'es familier ? Où tu étais… heureuse ? Pourtant maintenant tu es seule… Il ne te reste plus que moi. '
Elle fut parcourue d'un frisson glacial aux paroles de Naraku. Elle ne le voulait pas, mais elle le croyait. Depuis toutes ses années, il avait été là pour la sortir de sa solitude. Elle n'avait jamais été seule, et en était presque reconnaissante par sa présence même. Ce n'est pas normal… Ce n'est pas normal. Elle ne devait pas se sentir soulagée de la présence de Naraku au fond d'elle. Ce n'est pas normal…
Rin s'assit au bord de l'eau, en posa sa tête sur ses genoux qu'elle serrait contre elle. Elle ne pouvait pas retenir les sanglots qui la secouaient, même en présence de Naraku. Surtout en sa présence.
'C'est à moi de te consoler, compagne de mon âme, puisque je reste ton seul ami, ton seul allié. Je pourrai un jour devenir ton seul amant, aussi.
'Tu as tuée Kaede, s'écria-t-elle horrifiée, une personne qui comptait pour moi ! Comment peux-tu imaginer une telle chose ?
'Sa mort était dans ton intérêt aussi, compagne de mon âme. Dans notre intérêt. Je suis le seul à ne pas t'abandonner.
' Non, non…'
C'était plus un souhait qu'une réalité ou une conviction à laquelle elle croyait sans le moindre doute, sans la moindre hésitation. Car sans Naraku, qui faisait partie intégrante de sa vie maintenant, de son être même, elle se sentirait seule. Terriblement seule. Et cela depuis qu'elle était devenue la gardienne du Shikon no Tama. Depuis Sesshomaru.
Elle leva la tête brusquement quand elle sentit le taiyokai venir dans sa direction. Elle ne se retourna pas quand il surgit de la forêt derrière elle, ni fit l'effort d'effacer ses larmes qui ne cessaient de tomber. Il s'arrêta, et elle resta silencieuse, attendant de savoir ce qu'il voulait ou de le sentir partir, dégoûté de l'humaine qu'elle était. Faible et blessée.
Finalement, après un long moment, elle l'entendit s'agenouiller derrière elle et doucement, délicatement, son bras vint l'encercler autour de ses épaules. Rin expira le souffle qu'elle avait retenu, choquée par le geste de Sesshomaru qui pour une fois initiait le contact entre eux. Elle inspira à travers ses larmes quand il posa son front dans le creux de sa nuque, laissant le temps à Rin de se décrisper quand elle comprit ce qu'il faisait. Il était là pour elle.
Naraku se tut. Il avait finalement tort. Elle n'était pas seule dans la réalité. Longtemps, ils restèrent ainsi, longtemps, elle laissa ses larmes couler dans le silence à peine dérangé par le murmure de l'eau ou le chant des oiseaux, jusqu'à ne plus en avoir à verser. Elle savait qu'elle avait quelqu'un qui la laisserait toujours éclater ses peines et la consolerait.
Elle voulait y croire, désespérément. Elle voulait croire qu'à la fin, il ne lui resterait pas seulement Naraku.
L'été passa finalement, même pour Kikyo qui avait perdu depuis des années le fil du temps. Son errance éternelle, solitaire malgré les Shinindamashu, portait à présent le deuil de sa petite sœur Kaede, tuée par Rin et Naraku, tuée par une prophétie. Une douleur sourde toucha son âme et son cœur, languissante et cruelle, jouant avec ses souvenirs perdus.
Kikyo était allée aux funérailles de Kaede, plusieurs semaines auparavant. Cachée dans la forêt, elle y avait assisté de loin. Elle avait vu la cérémonie conduite par le moine Miroku, les villageois assemblés autour du corps de sa petite sœur… Rin enflammant l'amas de bois funéraires d'une flèche précise qui toucha son but sans dévier.
Rin avait pleuré silencieusement tandis que les flammes montaient cers le ciel et consumaient à jamais Kaede. Beaucoup avaient pleuré. Mais pas Kikyo.
Elle avait oublié depuis longtemps ce qu'était pleurer, ce corps d'argile et de cendres, une copie conforme de celui d'un humain, ne lui permettait pas de pleurer, d'évacuer la douleur de la mort de Kaede. Peut-être aussi était-ce qu'elle avait été brisée sans espoir d'être reforgée en la personne qu'elle avait été autrefois. Peut-être parce qu'elle n'était plus véritablement humaine.
Kikyo ne se souvenait plus vraiment combien de temps elle était restée dans la forêt. C'était bien après que les villageois partirent chacun de leur côté alors que Rin, Inuyasha, Kagome et leurs amis restèrent seuls à contempler le bûcher funéraire qui s'éteignait. Kikyo pensait que Rin avait senti sa présence. Elle avait une fois levé son visage dans sa direction comme si elle essayait à la voir.
Elles n'avaient pas cherché à se parler pourtant ou fait le moindre signe de reconnaissance à la présence de l'autre. Trop de temps s'était écoulé depuis leur séparation. Un fossé s'était créé entre elles et rien ne pouvait le renflouer. L'une mourrait peut-être par la main de l'autre. Comment pourraient-elles redevenir les amies – les sœurs – qu'elles avaient été autrefois. L'avaient-elles même été réellement ?
Après les funérailles, Kikyo reprit la vie qui avait été la sienne depuis tant d'années, errant de village en village, pour offrir son aide et purifier les yokai qui pullulaient dans le pays. Il y avait de quoi faire. Leur nombre s'était accru depuis quelques temps, et lentement, une ère d'insécurité et de chaos réapparaissait. Kikyo en savait la signification. Naraku gagnait en pouvoir et le faisait savoir en installant petit à petit la terreur qu'il avait déjà crée avant sa défaite.
L'été s'achevait. Kikyo ne s'en serait pas rendu compte si elle n'avait pas traversé un village où les préparatifs du festival de l'automne battaient de leur plein. Elle y assista pendant les deux premiers jours, les villageois ayant eu la gentillesse de l'y inviter.
Elle en restait seulement une spectatrice, et même ainsi, le festival lui rappela des souvenirs qu'elle avait cru oublier. Lorsqu'elle était enfant, le festival de l'automne était sa fête préférée. A l'époque où leurs parents vivaient encore, elle et Kaede se promenaient avec eux dans les allées du festival.
Quand à treize ans, elle fut choisie pour devenir miko, elle oublia les joies de la fête, s'attelant à ses études et ses nouvelles responsabilités. Elle devint une miko confirmée rapidement, et en tant que telle, n'avait pas le droit de s'amuser dans des fêtes autant qu'elle le faisait lorsqu'elle était enfant. Autant qu'elle le souhaitait. Son père mourut d'un accident de chasse en plein hiver, puis sa mère le suivit frappée par une épidémie, forçant Kikyo à s'occuper de sa petite sœur, qu'elle guida sans le vouloir vraiment dans une vie austère de miko.
Une partie d'elle-même, irrépressible enviait les autres jeunes filles. Elles pouvaient garder des considérations futiles et banales sur l'homme qu'elles souhaitaient épouser ou le kimono qui leur irait le mieux pour le festival. Kikyo avait renoncé à ce genre de vie en devenant miko, et bien plus quand elle devint la gardienne du Shikon no tama.
Puis Inuyasha entra dans sa vie, et Kikyo rêva de nouvelles aspirations. Elle était une femme avant tout, même si elle avait tenté de l'oublier et de le cacher. Elle désirait être avec l'homme qu'elle aimait, et pour cela, elle était prête à renoncer aux fonctions et aux pouvoirs qu'elle avait gagnés avec le temps. Elle avait voulu qu'Inuyasha devînt humain, elle savait dès lors que c'était la meilleure solution pour eux. Ainsi, ils pourraient être... ensemble. Plus jamais seuls.
Cela n'avait été qu'un rêve. Un rêve que même à présent elle ne s'était pas vraiment résignée à abandonner. Même lorsque Inuyasha vivait heureux, en tant que hanyo avec Kagome, sa réincarnation, qui réussissait là où elle avait échoué. C'est une belle satisfaction de savoir que quoiqu'il arrive maintenant pour moi, je serai heureuse dans le futur. Que je survive cette prophétie ou pas.
Les paroles de Rin avaient une certaine sagesse et la poursuivaient encore aujourd'hui. Mais elles ne calmaient ni sa douleur ni sa jalousie. Kikyo était de raison, mais pour une fois, elle voulait suivre son cœur, ses émotions. Elle aimait encore Inuyasha et ne pouvait pas se résoudre à être seulement son passé. Elle n'était pas suffisamment inhumaine pour y parvenir.
Au matin du dernier jour du festival de l'automne, elle sentit aux abords du village une présence maléfique qu'elle connaissait trop bien. Naraku était dans les parages et l'appelaient dans un défi silencieux, elle qui était la descendante de Midoriko. Et Kikyo releva ce défi puisque c'était son destin. Naraku avait été depuis trop longtemps la source de la fatalité qui les avait frappées, elle, Rin et tant d'autres sans doute. Il était temps qu'il payât et une alliance avec Rin n'était pas nécessaire pour y parvenir.
Elle marcha hors du village, sans un mot pour ceux qui l'avaient accueillie. Son but était trop important. Naraku l'attendait là-bas, dans la plaine herbeuse qui s'étendait à perte de vue, riche encore de la force de l'été. Elle prit son temps, elle savait qu'il ne partirait pas avant leur rencontre, avant que tout se jouât enfin. Elle prit lentement son arc et une flèche qu'elle décocherait au moindre problème.
Elle le trouva plus rapidement qu'elle ne l'aurait aimé, sa forme sombre étalant presque son ombre maléfique sur toute la plaine. Son aura mettait mal à l'aise toute vie qui résidait dans ce lieu, maintenant maudit par sa simple présence. Kikyo avait bien l'intention de changer cela, une bonne fois pour toute.
Naraku avait un sourire suffisant qui énerva Kikyo. Elle n'en montra rien. C'était une règle d'or que Rin n'avait jamais su maîtriser parfaitement : ne jamais montrer à son ennemi qu'il l'affectait. En s'approchant, elle se rendit compte que c'était bien Naraku devant elle, et non une simple marionnette comme il lui avait envoyé le printemps précédent. Elle avait failli mourir lors de cette bataille, si elle n'avait pas réussi à pulvériser la barrière du hanyo en puisant dans toutes ses forces. Rin n'était pas la seule capable à défaire une barrière de Naraku.
Elle distinguait ses traits, beaux et attirants, d'une façon effrayante. C'était une attirance malsaine qui se dégageait de lui, comme tout ce qui faisait Naraku. Elle s'arrêta en balayant ses pensées et se mit en position de tirer.
« Oh, dit Naraku, pas même un bonjour, très chère Kikyo ? »
Le sourire de Naraku insupportait de plus en plus Kikyo, mais elle ne faiblit pas sa prise sur son arc.
« La politesse est inutile entre deux ennemis comme nous, Naraku.
- Vraiment ? Quel dommage, moi qui aurais voulu conclure une petite alliance avec toi. As-tu remarqué à quel point notre Rin semblait s'en sortir ? Elle tue ta sœur, arrange Inuyasha avec sa Kagome, et vit elle-même une grande histoire d'amour avec Sesshomaru. N'est-ce pas affligeant ? »
Les mots de Naraku blessèrent une partie reculée de l'âme de Kikyo. Celle qui enfermait ses souvenirs et ses espérances.
« Tu l'as aidée à tuer Kaede, j'ai entendu dire.
- Crois-tu vraiment tout ce que peux te raconter Rin ? Elle est ton ennemie, tout autant que moi, voire plus car elle a été ton amie une fois. Elle t'a trahie et te trahiras encore. Une alliance entre toi et moi, le temps de l'éliminer, elle et Sesshomaru, serait la meilleure solution possible.
- Tais-toi ! Ta proposition est encore plus médiocre que celle de Rin. Je ne t'aiderai pas à assumer ta vengeance contre Rin et Sesshomaru. Car c'est bien cela n'est-ce pas ? Le problème ne se simplifie plus à Inuyasha et à moi. Tu n'es pas indifférent à Rin, n'est-ce pas ? »
Dès que les mots sortirent de la bouche de Kikyo, elle sut qu'elle avait raison. Elle se demandait comme une telle situation était arrivée. Naraku avait écarté son cœur pour ne plus sentir d'émotions humaines. Malgré cela, quelque chose s'était nouée entre Naraku et Rin qui tenait le hanyo sous son joug. L'explication venait sans doute de ce lien que Rin avait évoqué par le passé, cette capacité de communiquer par leurs pensées. Une relation particulière, inqualifiable, était née entre Naraku et Rin. Le résultat était sous ses yeux.
« Tu dis des choses complètement saugrenues, Kikyo. »
Son ton, la tension dans sa voix, confirma les suspicions de Kikyo.
« Rin n'est juste qu'un obstacle dans ma recherche de pouvoir, et de…
- … bonheur ? » acheva Kikyo à mi-voix.
Naraku acquiesça.
Le désir d'être heureux. C'était la raison pour laquelle Rin et elle s'étaient presque entretuées. La raison pour laquelle, il ne resterait plus qu'un à l'issu du combat entre elle et Naraku. Car un seul vivrait et perpétuerait la lignée. Chacun voulait être celui-là, même Rin, la plus fataliste, mais qui construisait son bonheur parmi ses amis et avec Sesshomaru. Ce que ni Kikyo, ni Naraku ne parvenaient à faire.
« Le bonheur, dit doucement Naraku. Voilà bien un grand mot pour désigner seulement notre besoin de vivre. Car Rin a raison. Rien ne dit que celui qui vivra sera heureux.
- Mais au moins, il aura plus de chance que les morts.
- Alors, et ma proposition ? » demanda-t-il avec un sourire, brisant à tout jamais leur moment de calme partagé.
Une alliance avec Naraku. Comme si Kikyo ferait un acte aussi inconsidéré. Rin aurait été une bien meilleure alliée que Naraku.
« Va au diable, Naraku. »
Il sourit.
« Etrangement, je m'attendais à cette réponse. »
Kikyo décocha une flèche quand il envoya une charge puissante de youki. La bataille avait commencé.
Oui, c'est le début de la fin. Même si on ne retrouve pas Kikyo toute suite. Prochain chapitre, attention aux âmes sensibles, c'était un chapitre que j'avais du mal à écrire de part la violence qu'il sous-entend. Et pourtant, c'est l'un des premiers passages qui mettaient venu à l'esprit.
Arwen: Je suis contente que cette fic te plaise, même à la deuxième relecture ^^'. Je ne spoilerai pas sur la mort ou pas de Sesshomaru et Rin, juste wait and see. Les réponses arrivent promis. Et si Rin a eu du repos, c'est malheureusement bien fini pour elle.
Petite-Atlante: Merci pour tes félicitations. J'espère que l'évolution de Sesshomaru te satifaira jusqu'à la fin. ^^
Yuki-chan: Sesshomaru le prend bien parce qu'il ne réalise pas comment il peut être devenu humain. Je le comprends, cela dit (bien que je me verrais bien ours ou marmotte dans une autre vie... ouais, pour hiberner l'hiver...)
the world of inuyasha: Naraku est vraiment soulagé de voir Rin, c'est certain. D'où son retour en force dans ce chapitre. Deux chapitres sans lui ça fait étrange, non?
Lyxa: Ne pleure pas! Naraku est de retour plus que jamais! En force et motivé pour arriver à ses fins! Ah et la petite famille avec Jaken... Ca me rappelle que j'ai lu dernièrement une fanfic avec Rin qui jouait à Papa-Maman avec dans le role du bébé désobéissant: Jaken! C'était bien sympathique.
Cassiopeew: Désolée, je crois que la partie mélo va arriver incessamment sous peu... Les rebondissements ne font que commencer jusqu'à arriver au grand final. Miroku garde toujours son role, ici, engueuler son potentiel futur gendre. Il a bien raison.
