Chapitre 17

La mort d'une miko

Rin avait cru qu'une partie de son monde s'était écroulée le jour de la mort de Kaede. Si elle avait été seule, cela aurait sans doute été le cas. Cependant, Sesshomaru avait été présent et l'avait réconfortée pendant longtemps, sans se plaindre, sans rien dire, en communiquant simplement son soutien et sa chaleur. Rin aurait pu rester jusqu'à la fin de sa vie auprès de la force tranquille et rassurante de Sesshomaru qui ne l'avait pas lâchée même si elle était humaine et frêle. Même s'il était le taiyokai le plus puissant du pays et qu'il serait considéré comme un traître par sa propre race s'il avait été vu en compagnie d'une humaine, une miko qui plus est.

Il avait été là, et Rin en avait été heureuse même dans son deuil.

Pendant les jours qui suivirent, Rin crut que le lien entre Sesshomaru et elle avait pris une profondeur supplémentaire. Ils ne parlaient pas de la mort de Kaede ou des événements qui l'avaient entourée. Ils étaient souvent ensemble, parfois avec Jaken, à s'entraîner ou à parler. Bien sûr, Sesshomaru était toujours aussi réservé et c'était à Rin ou à Jaken de faire la plus grande partie de la conversation. Pourtant, à sa façon de se tenir plus près d'elle sans jamais la toucher, elle avait l'impression que quelque chose dans leur relation était différent.

Lors des funérailles, il avait été là, quelque part dans la forêt, un soutien lointain mais qui lui permit de se tenir droite malgré ses larmes. Elle pleura bien sûr, Kaede méritait qu'on pleurât pour elle, mais elle ne s'effondra pas.

Kikyo aussi avait été présente, en lointaine spectatrice des funérailles de sa sœur unique. C'était la place de Kikyo que Rin avait prise ce jour là, auprès du corps sans vie de Kaede, en allumant le bûcher funéraire. Kikyo aurait dû remplir ce rôle et Rin lui en voulut de ne pas être aux côtés de Kaede. Elle avait tenté de remplir dignement cette fonction qui ne lui appartenait pas, mais elle n'était pas sa sœur, tout juste une lointaine cousine. Elle ne remplacerait jamais Kikyo.

Ils avaient tous étaient réunis pour donner un dernier hommage à Kaede. Shippo ne quittait pas la pauvre Shiori qui voyait encore une personne qu'elle avait considérée comme appartenant à sa famille mourir. Bien sûr Kaede avait été une grand-mère pour tous, mais le choc avait été plus rude pour la jeune hanyo, encore fragilisée par la mort de sa mère. Qui aurait pu dire qu'un lien aussi fort se serait construit aussi rapidement entre Kaede et Shiori.

Inuyasha aussi avait été particulièrement affecté. Il ne le montrait pas vraiment, son visage grave masquant tant bien que mal qu'il était sur le point de s'effondrer. Rin pouvait le sentir, et elle pouvait le voir à la façon dont il agrippait la main de Kagome, comme si sa vie en dépendait. Rin ne s'inquiétait pas pour lui, pourtant. Il savait que Kagome l'aiderait, et Kagome s'appuierait de la présence d'Inuyasha en retour car elle aussi en avait besoin.

Sesshomaru n'était pas la seule présence pour aider Rin. Miroku avait réussi à rendre la cérémonie de Kaede digne. Il était respecté de tous, et les prières qu'il énonçait avaient plus de convictions que celles qu'aurait dites Rin si elle aurait dû diriger la cérémonie.

Elle fut donc assez étonnée quand, quelques jours après les funérailles, les villageois se réunirent pour lui demander d'être la miko du village. Rin ne sut que répondre. Elle ne se sentait pas prête d'assumer le rôle attitré de la miko d'un village. Elle finit par accepter temporairement, pour donner aux villageois le temps de trouver une véritable remplaçante. Rin avait déjà son idée pour la candidate potentielle. Shiori était la personne idéale.

Elle aimait le village et elle aimait aider les gens. Elle commençait parfaitement à s'intégrer, même si elle était une hanyo. Cela venait en partie d'Inuyasha qui avait su se faire respecter depuis longtemps. Les villageois avaient beaucoup moins de préjugés qu'ailleurs. Pourtant, il restait encore du travail pour faire pleinement partie de la communauté du village. Shiori était dans la bonne voie, et parfois, Rin pensait que la hanyo y était mieux parvenue qu'elle-même.

Rin aimait le village bien sûr, mais elle n'y était pas aussi à l'aise. Elle avait peut-être passé trop d'années à l'écart des être humains. Elle préférait une vie errante où elle pouvait étendre ses bras et danser sur les routes, libre de toute contrainte. C'était la vie qu'elle avait connue auprès de Sesshomaru, mais qu'en tant que miko, elle devait abandonner. C'était la raison principale de ses réserves, un simple désir d'être libre de responsabilités.

En attendant, elle continuerait à protéger le village, et à guérir ceux qui en avaient besoin. Elle ignorait si elle était capable d'absoudre leurs erreurs ou de leur donner espoir, mais pour un temps, elle essayerait de prier avec eux. Elle essayerait.

Rin ne sut jamais définir la réaction de Sesshomaru quand elle lui annonça sa nouvelle position. Jaken passa de l'étonnement à de la joie forcée alors que Sesshomaru maintint un masque impassible et froid en ne faisant aucun commentaire.

La conséquence de ses nouvelles fonctions que regretta le plus Rin était qu'elle ne pouvait pas voir aussi souvent qu'elle le souhaitait Sesshomaru. Elle avait des responsabilités prenantes, comme visiter les malades, encadrer Shiori, prendre soin du temple, enseigner aux enfants et protéger le village. Elle laissait les aspects spirituels plus facilement à Shiori ou Miroku. Elle culpabilisa par la suite de consacrer la majorité de son temps libre à Sesshomaru plutôt qu'à Kohaku, Shippo et Shiori, surtout quand Kohaku la suivait de ses grands yeux tristes.

De ce fait, Kohaku l'accompagnait plus souvent lors de ses tournées, avec parfois Shiori et Shippo. C'étaient des moments précieux pour Rin, surtout quand ils étaient avec les enfants du village. Shippo pouvait faire rire n'importe lequel d'entre eux, et Kohaku montrait une tendresse de père.

Avec la fin de l'été, des jours meilleurs se profilaient. La température moins chaude, promettait l'arrivée de l'automne et de son festival. Les préparatifs furent difficiles à organiser, et l'absence de Kaede se faisait encore sentir. Rin essaya de faire de son mieux, de sourire, comme l'aurait fait Kaede à sa place. Le travail ne manquait pas car comme chaque année le nombre d'étrangers venant au village pour le festival augmenterait sans doute. Ils avaient une réputation à perpétuer.

Depuis la mort de Kaede, Rin avait eu droit au silence de Naraku. Elle n'était pas sûre que ce fût réellement une bonne chose. Il pouvait préparer encore un de ses plans dont lui seul avait le secret. Ses longs silences n'avaient jamais présagé rien de bon. Elle n'eut pas le temps de s'y attarder avec les préparatifs de la fête, sinon, elle aurait puisé l'énergie nécessaire pour l'atteindre au-delà de son cœur.

Une semaine avant le début des festivités, Rin reçu un cadeau magnifique en la forme de deux kimono, l'un clair, l'autre mauve, brodé de feuilles d'érables. Elle n'avait jamais vu d'aussi beaux kimonos de sa vie, digne d'une princesse, à la texture soyeuse et légère, la laissant libre de ses mouvements. Elle les avait trouvés près de la source d'eau chaude où elle se baignait le plus souvent. Elle n'avait pas vu le donateur, mais avait senti la présence de Sesshomaru. Il avait attendu qu'elle rentre dans l'onsen pour poser les deux kimonos près de ses autres affaires.

Il n'avait laissé aucun message avec, mais elle en fut reconnaissante. Elle rentra dans la hutte de Kaede, ces deux kimonos soigneusement pliés et serrés contre sa poitrine, heureuse comme une jeune fille amoureuse sans doute.

Elle vivait à présent dans la hutte de Kaede. C'était l'un des arrangements qu'elle aimait le moins d'ailleurs, mais elle avait dû s'y plier. La hutte était plus accessible pour les villageois que la maison excentrée de Miroku et Sango, et elle restait ainsi près du temple. Elle regrettait de partir de chez Sango et Miroku. Ils étaient sa famille. Mais peut-être, était-elle devenue trop dépendante d'eux aussi. Alors son déménagement n'était pas une si mauvaise chose, n'est-ce pas ?

Kiyoshi et Ren-chan protestèrent, mais elle réussit à les rassurer en leur promettant de les faire venir dormir chez elle de temps à autre. Kohaku aussi n'avait pas été enchanté, et peut-être aussi Miroku et Sango.

Elle n'était pas seule vivre dans la hutte. Elle la partageait avec Shiori qui y était chez elle avant l'emménagement de Rin. Elles s'entendaient bien, donc il n'y eut pas de problèmes de vie commune entre elles. Rin avait été un peu surprise qu'Inuyasha vînt dans la hutte les nuits où Kagome disait vouloir réviser un examen. Il restait alors assis dans son coin, les yeux fermés, mais toujours en alerte en cas de problèmes.

Il dormait le plus souvent dans le futur avec Kagome, mais Rin la connaissait, et comprenait les raisons d'Inuyasha pour venir dans le Sengoku Jidai. Kagome pouvait devenir une menace quand elle voulait du calme pour réviser, même pour Inuyasha. Surtout pour Inuyasha en fait. Il était un élément perturbateur pour Kagome.

Rin l'accueillit avec plaisir, même si les premières nuits, il paraissait embarrassé. Shiori lui avait confié qu'à son arrivée, Inuyasha avait pris aussi un peu de temps pour se faire à sa présence. D'après Shiori, il prit plus de temps avec Rin pour une raison qui leur échappait à toutes les deux. Mais au fur et à mesure, leur situation devint routinière et aussi naturelle que le reste de leurs habitudes.

Quand elle en parla un jour avec Sesshomaru, Rin fut étonnée de le voir en colère. Ce n'était pas flagrant avec lui, juste des remarques cinglantes sur ce qui était décent ou pas. Elle lui avait répondu qu'il était ridicule de montrer de la jalousie pour si peu, et il s'était tut alors. Rin avait touché Sesshomaru au cœur du problème. Ni l'un ni l'autre n'évoquèrent plus le sujet.

La veille de la fête, Rin se coucha tôt, sans attendre le retour de Shiori qui se promenait avec Shippo. Elle se réveilla ensuite d'une nuit sans rêve avec l'aube, se préparant silencieusement pour ne pas réveiller Shiori. Elle enfila rapidement son kimono clair et en noua l'obi, puis s'attacha les cheveux en une queue haute, espérant sans trop y croire que son ruban retiendrait ses mèches volantes.

Elle sortit alors aidant les villageois déjà levés pour les derniers préparatifs. Beaucoup la complimentèrent pour sa tenue, et ceux qui ne dirent rien la suivirent du regard assez longtemps. Elle ignorait s'ils approuvaient ou pas, une miko de village n'était pas censée porter des vêtements comme ceux-là. Mais elle ne chercha pas à se justifier. Elle voulait profiter de la fête au mieux.

Déjà, des étrangers allaient et venaient dans les petites allées entre les différents comptoirs de la fête. Elle les évitait, préférant ne pas répéter les évènements avec Tomoeda. Elle commençait à se sentir mal à l'aise dans cette foule partiellement inconnue, mais lorsqu'elle aperçut Kagome et Inuyasha, main dans la main, elle fut rassurée. Ils étaient tous là d'ailleurs, sauf les deux tourtereaux, Shiori et Shippo qui avaient dû rentrer vraiment tard la veille.

« Rin-neechan ! Rin-neechan ! » appela Ren-chan en courant à sa rencontre.

Rin récupéra la petite fille dans ses bras, la soulevant dans les airs, alors que Kiyoshi dansait autour d'elles.

« Rin-neechan ! dit-il. Tu es jolie !

- Merci Kiyoshi-chan, mais tu n'es pas mal non plus. »

Kiyoshi rit de bon cœur, et serra ses jambes.

« Plus tard, je me marierai avec toi, même si Otosan a dit que je peux pas. J'ai voulu avec Okaasan, mais il a pas voulu non plus.

- Voyons, Kiyoshi-chan, quand tu seras grand, moi je serai très vieille tu sais.

- Comme Kaede-baba ? »

Rin perdit son sourire, un pincement au cœur l'empêchant de répondre immédiatement. Elle n'avait pas le droit de se morfondre, pas quand les grands yeux de Kiyoshi la regardaient avec une telle innocence.

« Oui, comme Kaede-baba. »

Kiyoshi la serra un peu plus fort, déstabilisant un peu Rin qui menaçait de tomber avec Ren-chan dans ses bras.

« Kiyoshi, appela Miroku, tu en as assez fait. »

Kiyoshi lâcha prise, et Rin reprit son équilibre. Kiyoshi parut un peu penaud et Rin lui sourit de façon rassurante.

« Ce n'est pas grave, Kiyoshi-chan. »

Elle reposa Ren-chan par terre et ébouriffa la tête du petit garçon.

« Tu le gâtes trop, Rin, » dit Miroku en regardant sévèrement son fils.

Kiyoshi déglutit, mais Miroku lui sourit.

« Mais je dois dire que mon fils à très bon goût, il doit tenir cela de moi. Tu es radieuse Rin.

- Bon goût, hein ? Tu n'as pas intérêt à lui léguer tes mauvaises habitudes, » dit Sango en attrapant l'oreille de son mari.

Sur le coup, Miroku paraissait certainement moins fier d'avoir passer ses… qualités à son fils.

« Et toi Kohaku, reprit Sango, ferme au moins ta bouche. Ca t'évitera d'avaler une mouche. »

Kohaku s'exécuta avec un claquement de dents. Ses joues se tintèrent de rouge, et Rin se pressa de changer de conversation pour ne pas ajouter plus d'embarras à la situation.

« Kagome-chan, dit-elle en souriant plus que nécessaire, est-ce que tu participeras au concours d'archerie ? J'ai toujours rêvé d'affronter une adversaire comme toi.

- Bien sûr, Rin-chan, dit Kagome comprenant où elle voulait en venir. Dis-moi, il parait que tu participeras à d'autres activités ?

- Oh, pas vraiment. Le concours d'archerie et je jouerai de la flûte lors des soirées. Je danserai un peu comme tous les ans. Inuyasha, tu voudras bien m'accorder une danse ?

- Keh, et me faire buter par Sesshomaru. Ouais, bien sûr, répondit-il avec sarcasme.

- Tu ne vas pas me dire qu'il te fait peur ?

- Bien sûr que non !

- Alors qu'est-ce qui t'empêche de danser ? »

Inuyasha paraissait tellement outragé que Rin éclata de rire. C'était amusant de taquiner Inuyasha sur sa fierté. Rin se vengeait un peu de l'arrogance de Sesshomaru par la même occasion, même si c'était un peu injuste de sa part pour Inuyasha.

« N'insiste pas Rin, dit Kagome avec un air contrarié, il refuse même de danser avec moi. Pas fichu de faire un effort.

- Keh !

- Osuwari ! »

Rin ne fut pas la seule à rire. Le reste de la journée se passa dans la bonne humeur, surtout après l'arrivée de Shiori et Shippo. Kagome, Rin et d'autres firent quelques démonstrations de tir à l'arc en attendant le concours du lendemain.

Le reste du temps, Rin rodait dans les allées avec ses amis. Elle s'était rendue compte que certains villageois s'insurgeaient de son insouciance, mais elle s'en moquait. Elle riait, comme elle ne l'avait pas fait depuis la mort de Kaede, et cela lui suffisait.

Son seul regret, et non des moindres, venait de l'absence de Sesshomaru au festival. Rin ne se berçait pas d'illusions, Sesshomaru participant au festival avait tout de grotesque. Elle aurait aimé qu'il fût présent, pourtant, auprès d'elle et non quelque part à errer dans la forêt avoisinante. Elle voulait partager sa joie de vivre avec lui. Elle se força à ne pas trop s'appesantir sur la question. Elle n'avait pas vraiment le droit de désirer plus de l'amitié de Sesshomaru qu'elle avait à présent.

La journée passa bien vite et vint finalement le soir. Rin joua de la flûte et sa prestation fut appréciée. La soirée de danse battit ensuite son plein. Kagome contre toute attente, réussit à convaincre Inuyasha de danser pour la première fois de sa vie peut-être. Rin et les autres applaudirent ce miracle mettant mal à l'aise Inuyasha qui rougit. Sango tenta sa chance, puis Rin qui découvrit qu'Inuyasha était un bon partenaire. C'était à croire qu'il s'était entraîné avant.

« Dommage que tu n'aies pas ramené ta chaîne hi-fi portable, Kagome-chan, dit Rin après avoir danser avec Inuyasha. J'aurais bien aimé danser sur de la musique moderne.

- Rin, tu es trop sortie avec Sota et Hitomi, dit Kagome en riant. Ici tu réussirais seulement à faire fuir tout le monde qui crierait que tu es finalement posséder par un démon ! »

Rin savait que Kagome avait raison, mais elle avait envie de s'amuser autant qu'elle l'avait fait dans le futur. Elle se souvenait que quelques jours avant l'anniversaire de Seiji, Sota, Hitomi et elle avaient été désespérés pour lui trouver un cadeau. Ils n'avaient pas beaucoup d'argent, et Seiji était un homme aux goûts difficiles à cerner. Ce fut Sota qui trouva l'idée qu'il leur fallait, farfelue, mais tellement digne du bon vieux Sota qu'elle connaissait : préparer une chorégraphie sur la musique d'un vieux groupe, les Village People. Rin avait applaudi la notion, Hitomi avait pâli, et Rowena qui passait par là se proposa de participer avec enthousiasme.

Le résultat avait eu de l'effet. Isabel et surtout Toshi les applaudirent avec entrain. Seiji, lui, était resté sans voix, et pas parce qu'il était émerveillé par leur numéro. Rin, Rowena, Sota et Hitomi avaient tellement ri ensuite, que la réaction de Seiji ne les toucha pas vraiment. Cela faisait du bien d'être ridicule de temps en temps. Elle regrettait de ne pas pouvoir se le permettre à présent.

Le lendemain fut tout aussi mémorable. Sango arriva en seconde position du concours de cuisine. La première place revint à Kohaku qui accepta après des grands efforts de supplication de la part de Rin et Shippo à y participer. Le concours d'archerie se déroula dans l'après midi, et comme l'avait prédit Rin, Kagome était une adversaire de taille. Elles étaient toutes les deux finalistes, une place jamais prise par une femme durant les années précédentes. Elles mirent un certain temps pour se départager, leurs flèches atteignant toujours avec précision le centre de la cible. L'expérience l'emporta finalement, et Kagome remporta le concours.

La nuit vint rapidement. Malgré la nuit claire et douce, Rin frissonna. Elle se sentit envahie par un mauvais pressentiment, même si elle n'aurait su définir sa provenance. C'était comme si quelque chose qui ne lui plairait certainement pas, allait se produire.

Au petit matin, elle se promena seule pour évacuer l'anxiété qui l'avait tenue pendant toute l'année. C'était peut-être aussi parce qu'elle souhaitait juste un instant fuir le regard constant de ses amis. Pendant ces deux derniers jours, à cause de la fête et des visiteurs inconnus, elle était restée sous leur surveillance et bien qu'elle sût que c'était pour son bien, elle commençait à étouffer.

Son envie de liberté n'était qu'un rêve, irréalisable, pour une gardienne du Shikon no Tama. Sa vie avait été façonnée sans lui offrir vraiment d'échappatoire. L'un de ces échappatoires était la mort, que ce fût de la main de Naraku, Kikyo ou en annihilant le Shikon no Tama et son cœur par la même occasion. Mais elle se retint de réfléchir sur la question plus longtemps. C'était une période de fête. Elle devait se laisser à l'insouciance pour un temps.

Rin avait choisi le kimono mauve que lui avait offert Sesshomaru ce jour-là, même s'il était encore un peu humide. La nuit n'avait pas été suffisamment chaude pour le sécher après qu'elle l'avait lavé la veille au soir. La sensation de fraîcheur sur sa peau ne la dérangeait pas, elle avait connu bien pire. Si Kagome ou Sango la voyaient, elle risquerait de recevoir des critiques acides, comme si elle était une enfant de cinq ans et non une femme de dix-sept ans. Elle était tombée une fois malade, c'était vrai, mais Rin était capable de prendre soin d'elle-même.

Elle privilégia une balade aux abords de la forêt d'Inuyasha. Peut-être pourrait-elle voir Sesshomaru un instant. Après deux jours, il lui manquait déjà. Il n'était pas si loin d'elle, elle pouvait le sentir, et elle désirait le voir, le toucher même comme pour s'assurer qu'il allait bien. Elle sourit amèrement. Ses pensées prenaient encore un tour inutile. Elle ferait mieux de s'en tenir à son idée de départ et de marcher sans but. Enfin, si elle n'était pas suivie par un homme.

Rin avait senti rapidement sa présence, mais avait préféré l'ignorer. Ce n'était ni un yokai, ni un puissant moine, elle ne risquait pas grand-chose. Mais c'était un détail qui échappait à l'homme. Elle s'arrêta brusquement décidant de lui faire face et de savoir ce qu'il lui voulait. Avec un peu de chance, il cherchait seulement l'aide d'une miko pour le guérir d'une écharde dans le pouce. Avec un peu de chance, et si ce mauvais pressentiment ne lui disait pas le contraire.

Elle n'attendit pas longtemps avant de voir débarquer un homme d'une trentaine d'année, armé et protégé d'une armure. Un mercenaire. Non, plutôt un garde d'un des nombreux marchands venus pour le festival. Son visage sombre prit une expression de surprise quand il comprit qu'elle l'attendait. Un sourire malsain effaça toute trace de surprise, lui rappelant le sourire de Naraku lors de leur dernier face à face. Non, c'était donner trop de crédit à cet homme. Rien ne pouvait égaler Naraku en terme d'obsession malsaine.

« Je peux vous aider ? » demanda froidement Rin en croisant ses bras contre sa poitrine.

Le sourire de l'homme grandit.

« Bien sûr, miko-sama, bien sûr. »

La façon dont il faisait traîner ses mots sur sa langue fit suspecter Rin qu'il n'avait pas encore cuvé son sake. Rin se retint de tirer l'homme par une oreille jusqu'à la rivière la plus proche pour noyer son ivresse. Elle prit sur elle pour se montrer patiente et attendit ce qu'il avait à dire.

« Beaucoup de rumeurs courent sur vous, miko-sama. Aussi bien dans tout le pays que dans votre village.

- Mon village ? demanda Rin intéressée malgré elle.

- Oh, ce n'est pas ce qu'il y a de plus flatteur. Ils disent que vous avez tué l'ancienne miko pour prendre sa place… »

Rin se força de réprimer son choc. Bien sûr que le village parlait sur elle, elle ne devait pas s'en étonner. Toutes les communautés avaient leurs lots de commérages. Ces rumeurs réussirent à la blesser pourtant, car une partie n'était pas si loin de la vérité. Elle avait tuée Kaede, du moins sans le savoir elle avait aidé Naraku.

« Mais ce ne sont que des envieux, reprit l'homme en la faisant sortir de ses pensée. On dit partout ailleurs que vous êtes une femme puissante, bien plus puissante que vous n'êtes belle. On dit que… l'homme qui vous aura… »

Il fit un pas vers elle et Rin serra ses poings.

« … sera maître de cette puissance incommensurable… »

L'homme dégaina son katana et Rin fit sortir ses lames. Le cadeau de Bokuseno et de Totosai ne l'avait jamais quittée pendant les festivités. Cet homme allait apprendre qu'elle n'était pas un simple lot à obtenir.


Inuyasha avait aperçu l'homme suivre Rin, et il n'aimait pas du tout cela. Miroku l'avait vu aussi, et d'un commun accord, ils marchèrent aussi vers eux. Cette histoire-là pouvait bien se transformer en un autre désastre comme celui à causé par ce crétin de Tomoeda. Aucun d'eux n'était prêt à affronter le massacre qui avait suivi ou bien ramasser une Rin brisée par les actes inconsidérés des autres.

Inuyasha ne se souvenait pas précisément quant il était devenu aussi protecteur de la petite miko. Une petite sœur, voilà ce qu'elle était devenue, sans doute de part sa relation avec cet imbécile de Sesshomaru. Une petite sœur qui lui donnait du travail puisqu'il fallait la protéger de Naraku et des autres hommes qui la convoitaient, elle et son pouvoir. Même si, comme il l'avait dit à Sesshomaru, la sécurité de Rin semblait échapper à tout le monde.

« J'espère qu'elle va bien, dit Miroku en interrompant le cours de ses pensées.

- Keh, tu la connais, elle peut se débrouiller contre n'importe qui. »

Ils le savaient tous les deux, mais ne pouvaient pas s'empêcher de douter. Miroku avait décidément beaucoup de courage de considérer Rin comme sa propre fille. Inuyasha serait sans doute devenu fou d'inquiétude depuis le temps. Rin avait tendance à attirer les ennuis beaucoup trop facilement.

« Nous ne sommes pas les seuls à s'inquiéter de son sort, dit subitement Miroku. Sesshomaru s'approche. »

Le vent n'était pas de son côté, mais Inuyasha arrivait à le discerner. Ce n'était pas difficile de le distinguer. Sesshomaru était un Taiyokai. Ils pressèrent leur allure. Si Sesshomaru s'en mêlait, la situation risquerait de prendre un plus mauvais tour que prévu. Sesshomaru n'hésiterait pas à tuer l'homme sur le champ. Miroku et Inuyasha feraient au moins l'effort d'entendre ce qu'il aurait à dire avant.

Ils arrivèrent juste au moment où l'homme s'apprêtait à attaquer Rin. Elle paraissait sereine, mais c'était sans compter sur la tension de ses épaules qui la trahissait. Miroku fut le plus rapide et frappa l'homme d'un coup de poing en prenant soin de le tenir à distance respectueuse avec son bâton. Inuyasha pouvait sentir qu'il puait l'alcool.

« Rin, ça va ? demanda Miroku.

- Bien sûr, mais je pouvais gérer ce problème toute seule, Miroku.

- Rin, dit Miroku, sache que je souhaite t'épargner ce genre d'histoire. Tu as bien d'autres choses à te préoccuper. »

Dont le Shikon no Tama. Rin le savait et soupira vaincue.

« Est-ce vrai ce qu'il a dit ? demanda Rin soudainement. Les villageois parlent de moi quand je ne peux pas les entendre et disent que j'ai tué Kaede pour prendre sa place ? »

Miroku se tendit et Inuyasha le fixa intensément. Il n'était pas assez souvent au village ces derniers temps pour écouter tous les ragots qui circulaient, mais si c'était vrai… Autant dire qu'il y aurait du carnage dans l'air.

« Oui, c'est vrai pour certains, finit par répondre Miroku. Sango, les garçons et moi faisons tout pour étouffer ce genre de rumeurs quand elles nous parviennent, ne t'en fais pas. »

Rin croisa les bras et son regard se perdit quelque part dans ses pensées.

« Ils n'ont pas complètement tort de toute façon.

- Rin ! dit Miroku avec force. Nous en avons déjà parlé, tu n'es pas responsable. Tu m'entends ? »

Rin acquiesça, mais ce n'était pas avec autant de conviction que Miroku. Cela suffit pourtant à Miroku.

« Bien, et toi l'ivrogne, tu retournes au village avec moi. Tu viens, Inuyasha ? »

Inuyasha considéra Miroku et l'homme avant de prendre une décision. Oui, Miroku le maîtrisait sans aucun problème. Inuyasha pouvait donc régler un autre problème qui s'approchait encore. Les intentions de Sesshomaru si près du village l'inquiétaient. Même si c'était pour Rin.

« Non, vas-y devant, je te rejoins. J'ai un truc à faire. »

Il évita les regards perplexes de Rin et de Miroku et se tourna vers la forêt.

« Inuyasha! »

Il s'était à peine enfoncé dans la lisière de la forêt que Rin l'arrêtait déjà. Il lui fit face, remarquant au passage que Miroku amenait l'homme avec un sourire secret. L'autre allait regretter d'avoir approcher de trop près Rin.

Il ne s'attarda pas sur la manière qu'emploierait Miroku pour le faire payer, car Rin accaparait déjà son attention. Elle était jolie, il devait le concevoir, même s'il ne l'admettrait jamais à haute voix. Sa réputation de hanyo associable était en jeu.

Quand elle se posta devant lui, Inuyasha put lire dans ses grands yeux bruns de l'inquiétude. Etrange qu'après tant d'années à vivre auprès de Sesshomaru puis Kikyo, elle n'eut pas prit leur habitude de cacher ses sentiments. Elle avait une certaine réserve que les événements de la vie lui avaient forcé de prendre. Toutefois, elle restait un grand livre ouvert que quiconque d'un peu curieux pouvait lire sans difficultés. Et quand elle était joyeuse, elle était un éblouissant rayon de soleil, suffisamment chaleureux pour faire sourire tout le monde. Un peu comme Kagome, pensa-t-il.

« Qu'y a-t-il, Rin ? Tu devrais rester t'amuser au village avec les autres, tu ne crois pas ? »

Elle posa sa main doucement sur son avant-bras, un geste simple qu'elle était une des rares à pouvoir faire.

« Tu vas voir Sesshomaru, n'est-ce pas ? »

Il écarquilla les yeux. Comment avait-elle deviné ?

« Je sens sa présence plus proche que d'habitude, expliqua-t-elle, et puisque tu sembles te diriger vers son côté, j'ai eu peur que… Je t'en prie Inuyasha, ne va pas te battre contre lui… il ne fait rien de mal, n'est-ce pas ? »

Elle était donc inquiète pour lui et Sesshomaru. C'était à se demander ce qu'elle trouvait chez son imbécile de frère. Inuyasha lui avait posé la question une fois, mais il n'avait pas forcément compris ce qu'elle lui avait raconté. Sesshomaru ne la méritait vraiment pas.

Kohaku aurait été un garçon bien pour elle, et cela faisait vraiment mal au cœur de la voir préférer Sesshomaru depuis toutes ses années. Elle aimait Sesshomaru, c'était indéniable, et quelque part, Inuyasha doutait qu'elle pût être heureuse avec quelqu'un d'autre. Pour ce qu'il percevait de leur relation, la maudite fierté de Sesshomaru était le principal problème. Rin comptait pour Sesshomaru, Inuyasha en était certain, mais le bâtard ne l'admettrait jamais.

Inuyasha soupira.

« Rin, je vais voir ce qu'il veut, la sécurité du village est sous ma responsabilité.

- Et sous la mienne aussi, mais je doute qu'il n'ait un quelconque intérêt au village. Promets-moi que tu ne vas pas te battre contre lui. »

Elle avait son visage crispé par l'anxiété, et il tenta de lui sourire.

« Feh, promis. Maintenant va au village faire tourner la tête de tous les jeunes hommes du festival. »

Elle éclata d'un rire riche et chaleureux qu'il était devenu trop rare d'entendre. Sa joie était facilement communicative, et Inuyasha se sentit un peu fier de l'avoir fait rire. Sesshomaru, espèce de salaud, combien de fois a-t-elle pleuré la nuit quand elle est seule à cause de toi ?

« Merci Inuyasha, merci pour tout. Oh et tu sais, c'est juste le kimono qui fait cet effet. »

Inuyasha ne connaissait pas grand-chose en matière de vêtement ou de kimono en général. Vivre avec Kagome n'avait rien arrangé. Il se sentait un peu décalé surtout que les vêtements Kagome paraissaient indécents pour leur époque. Mais il pouvait reconnaître une chose. Rin était magnifiquement vêtu pour le festival, aussi richement qu'une princesse. Non, une princesse ne paraissait pas aussi élégante sous leurs masses de tissus que Rin à ce moment même, avec sa simplicité naturelle.

Comment avait-elle fait pour obtenir un tel vêtement ? Il était sûr que ce genre de kimono ne courait pas les rues et que Rin n'avait pas assez d'argent pour se le procurer.

« Qui te l'a offert, Rin ?

- Je l'ai trouvé près de la source chaude où je vais généralement me baigner. C'était un cadeau pour moi.

- Mais qui ? »

Rin avait un sourire… rêveur ? Inuyasha ne put s'empêcher de jurer quand une pensée lui traversa soudainement l'esprit. Ne me dites pas…

« Sesshomaru, murmura-t-il faisant sursauter Rin de sa rêverie.

- Son aura était certainement proche, » fit-elle avec un sourire.

Inuyasha secoua la tête. Décidément son imbécile de frère était incompréhensible. Il dit quelque chose et fait tout le contraire. Un soupçon apparut dans son esprit. Il avait eut des doutes avant, mais à présent…

« Tu le revois encore, n'est-ce pas ? »

Le visage de Rin refléta un embarras surpris, et elle se tourna vivement vers le village.

« A plus tard, Inuyasha ! Souviens-toi de ta promesse, sinon j'interviendrai, tu peux compter sur moi ! »

Elle se sauva rapidement, et Inuyasha déglutit. Il se souvenait que trop de bien de la fois où elle était intervenue entre lui et son frère. Rin était effrayante quand elle était furieuse et bien plus lorsqu'elle était bouleversée. Inuyasha était prêt à jurer que même Sesshomaru avec ses airs impassibles avait regretté ce qui s'était produit.

Il détacha son regard de la direction dans laquelle Rin avait disparu et rejoignit la forêt. Il fallait qu'il sût ce que son très cher frère voulait.


La flèche et la charge de youki se percutèrent avec fracas, et Kikyo tira une autre flèche. Naraku la contra en érigeant une barrière que la flèche de Kikyo ne détruit pas puisqu'elle n'avait pas mis assez d'énergie dans son attaque.

« Naraku, espèce de lâche ! Arrête de te cacher et bats-toi contre moi !

- Avec plaisir, douce Kikyo, dit-il en souriant. Dès que tu auras brisé ma barrière. »

Kikyo retint sa respiration. Le piège de Naraku était flagrant. Kikyo était capable de détruire une barrière de Naraku, mais contrairement à Rin, elle devait puiser dans tous ses pouvoirs pour y parvenir. L'effort l'exténuerait et Naraku pourrait ainsi la terrasser aussi facilement que si elle avait été une enfant. Pour la première fois depuis longtemps, elle regretta l'absence de Rin.

« Alors Kikyo, on ne réagit plus. »

La fuite. C'était la meilleure option. Elle ne pouvait pas continuer face à Naraku sans signer son arrêt de mort, voire pire.

Il frappa une nouvelle charge que Kikyo esquiva de justesse. Etrangement, Kikyo était certaine qu'il avait deviné. Il savait qu'elle voulait à présent s'échapper.

« Nous ne pouvons pas permettre cela, Kikyo. Tu rejoindrais notre chère Rin. Non, nous devons régler nos malentendus, n'est-ce pas ? »

Il attaqua ne laissant plus le choix à Kikyo. Elle devait répondre en attendant de trouver une solution qui l'empêcherait d'entrer dans cet enfer où elle avait déjà mis un pied. Attaque, esquive, défense, Kikyo se servit de toutes les techniques qu'elle connaissait, cherchant, espérant qu'elle trouverait une faille. Néanmoins, elle commençait à s'épuiser, à chaque coup qu'elle parait, à chaque flèche qu'elle tirait. Naraku gagnait petit à petit, comme la mer peut éroder les falaises sur lesquelles elle s'échoue au fil du temps. Elle perdait.

Elle n'eut plus la force d'arrêter l'attaque suivante et fut projetée au sol. Elle tenta de se relever, mais Naraku la garda prisonnière par la masse informe de ses tentacules. Il la tenait fermement à sa merci, ses bras et ses jambes étaient immobilisées. Elle ne pouvait plus bouger, elle avait puisé toute son énergie vitale. Elle avait perdue.

Naraku s'approcha d'elle, abaissant la barrière qui dès le départ lui avait donné toutes ses chances. Il souriait, victorieux et la regarda longuement de ses yeux rougeoyant d'un sentiment qu'elle n'aurait jamais cru voir chez Naraku. De la joie. Elle n'en était pas surprise pourtant. Si la situation était inversée, Kikyo aurait été heureuse aussi, d'un bonheur pernicieux et impur.

Il posa sa tête au creux de son cou. Kikyo aurait voulu s'écarter, l'idée du moindre contact avec Naraku la dégoûtait. Et pourtant, il dégageait une chaleur que Kikyo ne se souvenait pas de ressentir. Elle devait se l'imaginer, elle avait vécu trop longtemps depuis sa résurrection pour se rappeler la chaleur d'un être vivant. Mais elle voulait se souvenir, désespérément, malgré son corps d'argile et de cendre qui ressemblait tellement à celui d'un être humain.

« Même si Onigumo est mort, même si son cœur ne vit pas à l'intérieur de mon corps, chuchota Naraku contre elle, je me prend à vouloir cette coquille d'argile qui enferme ton âme, Kikyo. Une chrysalide parfaite, si réelle, qui emprisonne un papillon que je briserai avec peine et délice. Le tout avant que je capture Rin à son tour, elle qui est au moins de chaire et de sang. »

Rin. Même dans l'horreur où se trouvait plongée Kikyo, ses pensées se tournèrent vers la jeune femme. Naraku la voulait aussi, il voulait la posséder comme un simple objet. Comme ce qu'elle devenait entre les mains de Naraku. Une simple poupée qu'une sorcière s'était amusée à donner vie, une figurine d'argile et de cendres qui se mouvait seule, mais devenue à présent inutile. Impuissante.

Les mains de Naraku commencèrent à encercler son visage, puis sa nuque, lentement, avec une délicatesse qu'elle n'aurait jamais soupçonnée chez le hanyo.

« Argile et cendres, sens-tu même la douleur ? »

Argile et cendres, contre la chaire et le sang. Comment ai-je pu espérer égaler un jour Kagome ?

Le bras de Kikyo craqua sous la pression du tentacule de Naraku. Elle ne put retenir un cri, car oui, maintenant, elle ressentait la douleur, malgré l'argile, malgré la cendre. Elle ressentait la souffrance. Elle la comprenait mieux que quiconque.

« Donc tu ressens la peine, dit-il en mordillant sa gorge. Tant mieux, je pourrais m'amuser. Tu es à moi maintenant. »

Naraku s'écarta pour lui faire face. Un déchirement de tissu parvint aux oreilles de Kikyo, mais elle resta figée par le regard rouge de Naraku où elle pouvait se voir terrifiée. Elle savait ce qui allait suivre. Il sourit, et elle frissonna.

« Tu entends, Rin ? Kikyo est à moi, » dit-il sans la quitter des yeux.

A la grande horreur de Kikyo, elle se rendit compte qu'il communiquait avec Rin. Elle allait savoir, elle allait… le vivre aussi.

Et Naraku l'embrassa alors avec violence.


Rin se dépêcha de rejoindre le village ou les festivités avaient déjà débuté. Elle pouvait entendre la musique qui parvenait jusqu'aux abords de la foret.

Elle était heureuse d'avoir parler à Inuyasha, au moins elle n'aurait pas à s'inquiéter de ce qu'il allait se passer entre les deux frères. Même si cette discussion avec Inuyasha avait failli lui dévoiler qu'elle voyait Sesshomaru. Rin n'avait pas d'intérêt particulier à cacher à ses amis ses rencontres avec Sesshomaru. Shippo était déjà au courant et peut-être d'autres aussi. Cependant Inuyasha était une autre affaire. Il ne s'entendait pas avec Sesshomaru et Rin doutait que sa réaction en l'apprenant serait plaisante.

Rin secoua la tête, ce n'était pas exactement le moment de s'occuper de cela. Les chants et musiques du festival arrivaient à elle, l'invitant à se joindre aux réjouissances. Elle se pressa de retrouver Shippo, Kohaku et Shiori en ignorant les regards qui la poursuivaient. Elle s'était déjà trouvée dans des situations embarrassantes quand elle était seule, comme toute à l'heure. Cela n'arrivait plus avec les jeunes hommes du village heureusement depuis bien longtemps, mais les étrangers étaient par ignorance plus téméraires. Même si elle n'avait aucune difficulté pour se défendre et que rien ne pouvait lui arriver, elle était terriblement mal à l'aise après ce genre de rencontre.

A son âge, la plupart des jeunes filles étaient mariées depuis quelque temps, et Rin n'ignorait pas que Miroku et Inuyasha avaient déjà reçu des propositions de mariage à son égard, même si elle n'était pas souvent dans le village ou qu'elle était à présent une miko. Le festival n'arrangeait rien pour diminuer ce genre de demande, au contraire. Miroku et Inuyasha rejetaient les diverses propositions, chacun avec plus ou moins de diplomatie étant donné qu'elle n'était pas exactement sous leur responsabilité.

A vrai dire, elle avait entendu dire qu'Inuyasha avait jeté hors du village un homme vêtu comme un prince, alors qu'elle se promenait entre les allées de la fête. D'après Shippo, c'était quelque chose qu'elle n'aurait jamais dû manquer de voir. Tu aurais dû voir sa tête, avait dit le kitsune en s'esclaffant. Elle savait que Miroku et Inuyasha feraient tout leur possible pour la protéger, comme elle le ferait pour eux, et Sango, les enfants, Shiori, Kagome, Kohaku et Shippo.

Il n'y avait qu'avec Shippo qu'elle n'avait pas de problème. Ils s'adoraient, mais cela n'allait pas plus loin que ça. Il était un frère pour elle, et elle une sœur pour lui, et rien ne détruirait leur lien, qu'il fût amoureux de Shiori et elle de Sesshomaru.

Kohaku… était une autre affaire. Elle l'adorait tout autant, et quelque part leur lien était plus fort que celui qu'elle partageait avec Shippo. Ils se connaissaient depuis plus longtemps, et leurs rencontres, avant qu'elle ne fût prise par Kikyo, avaient toujours été si difficilement marquées au fer rouge par Naraku… Mais là où elle espérait stupidement un amour impossible avec Sesshomaru, lui rêvait d'elle. Cette relation à double tranchant avait failli gâcher leur amitié. Elle ne se croyait pas capable de lui donner ce qu'il méritait, le bonheur d'être avec une femme aimante, une famille. Cette situation la pesait parfois, mais elle n'oubliait pas la promesse, lointaine, qu'elle avait faite à une Kanna mourante. Si Sesshomaru et toi ne devez jamais être, tu pourras considérer une vie avec Kohaku ?

Rin secoua la tête. Non, ce n'était pas le moment de penser à cela aussi. Profite du festival avec tes amis tant que Naraku te laisse en paix !

Elle força un sourire, et reprit sa marche rapide en évitant les regards plus ou moins approbateurs qui la suivaient. Elle se demandait si elle n'allait pas finir par maudire ce kimono. Sesshomaru avait du goût. Quand elle avait vu comment lui allait le kimono près de l'étang elle avait eu du mal à se reconnaître. C'était plus la réflexion d'une jeune princesse qui était apparue à la surface de l'eau, qu'une fille de paysans devenue miko.

« Rin ! Où étais-tu ? »

Rin leva la tête. Shippo courrait à sa rencontre... Il avait dû réussir à la trouver grâce à son flaire. Rin se frappa mentalement l'esprit. Si elle avait un temps soit peu tenter de se concentrer sur l'aura de ses amis, elle les auraient retrouvés depuis longtemps. Mais peut-être qu'elle avait inconsciemment besoin d'être seule dans une foule anonyme…

« Je parlais avec Inuyasha, Shippo-kun, dit-elle en lui prenant le bras

- Oh, et bien maintenant nous allons danser, comme vous l'aviez promis, belle demoiselle. Ensuite je me résoudrais à vous abandonner à ce rustre de Kohaku.

- Idiot ! dit-elle en frappant affectueusement la tête rousse du kitsune. Pas la peine de faire tout ce numéro pour une danse. Et je suis sûre que Shiori attend son tour ave impatience. »

Shippo rougit un peu à son commentaire alors qu'il l'attirait doucement vers l'espace où de jeunes couples dansaient.

« Rin-chan, Shippo ! »

Kohaku courait déjà vers eux, en tenant la main de Shiori. Rin n'en fut pas sûre, mais elle crut pendant l'espace d'un instant que Shippo s'était tendu à leur arrivée. En tout cas, Shiori parut embarrassée.

« Enfin, Rin, te voilà ! J'ai presque cru que tu te défilais pour la danse, sourit Kohaku en libérant Shiori.

- Certainement pas ! Tu es peut-être bien mon professeur en combat, Kohaku-kun, mais pour ce genre de danse, je suis imbattable!

- Mais j'ai le regret de t'annoncer Kohaku, que je suis le premier à danser avec Rin-chan puisque tu m'as volé Shiori. En plus je l'ai trouvée avant.

- Shippo-kun, réprimanda doucement Shiori.

- Hé, c'est vrai. Et il t'a pris à la déloyale en prenant une expression de chien perdu parce que Rin était absente.

- N'écoute pas ce crétin de kitsune, dit Kohaku en effectuant une révérence devant Shiori. C'est un honneur pour moi d'être ton cavalier. »

Shippo donna un coup de poing sur la tête de Kohaku. Les deux garçons se lancèrent des regards menaçants qui ne masquaient pas leur amusement. Shiori fut la première à éclater de rire, vite suivie par Rin.

'Kikyo est à moi.'

Le rire de Rin s'éteint immédiatement.

'Non, non…'

« Rin-chan, demanda Shiori, quelque chose ne va pas ? »

Rin ignora le monde qui l'entourait, pour atteindre le fond de son cœur, là où était enfermé le Shikon no Tama, et au-delà, le seul homme qu'elle craignait.

'Naraku ? Qu'est-ce que…

'Rin, très chère, Rin, ma compagne d'âme, je voulais t'apprendre la nouvelle. Kikyo est avec moi, et …mienne pour toujours.'

Rin inspira profondément. Il ne fallait pas être la personne la plus intelligente du monde pour comprendre où il voulait en venir.

' Relâche-la, Naraku, laisse-la, elle n'a rien à voir avec notre querelle.

' Tu sais bien que si, elle en est le centre, tout comme toi et moi. Et elle est maintenant à moi.

'Naraku, non !'

Rin se sentit pâlir. Kikyo était en danger, et malgré leur mésentente, jamais Rin n'aurait voulu qu'il arrivât quoique ce soit la miko. Surtout pas cela. Pitié, non.

« Rin ? »

Ses amis la regardaient étrangement, mais cela n'avait pas d'importance qu'ils la prirent pour une folle. Elle devait tout faire pour aider Kikyo, avant tout.

Rin siffla, ses deux doigts dans la bouche, pour appeler AhUn. Elle se mit à courir dans la direction où elle pouvait percevoir l'aura de Kikyo. Elle est si loin, AhUn prendront trop de temps pour la rejoindre. Rin courait pourtant, vaguement reconnaissante de la fluidité de son kimono qui ne la gênait pas dans ses mouvements. Elle se faufila dans la foule et construisit une barrière rapide quand elle sentit Kohaku et Shippo arriver à sa hauteur. Le bruit de fracas qu'elle entendit ensuite, lui confirma qu'ils étaient tombés après avoir heurté la barrière.

« Rin ! »

Désolée, mais je ne peux pas…

« Rin-sama ?

- Miko-sama ? »

Elle ignora les gens qui la croisaient surpris et inquiets. Elle attrapa un carquois et des flèches près du champ d'archerie. Un hennissement lui fit lever la tête. AhUn se mirent à voler à ses côtés le temps qu'elle enfourcha le dragon sans même s'arrêter.

« Vite, AhUn ! dit-elle quand elle fut montée. Kikyo est en danger, en grave danger… »

Rin espérait que personne ne la suivrait pour affronter Naraku. Même Rin n'était pas sûre de survivre une rencontre avec le hanyo.

Kikyo… Faites que je n'arrive pas trop tard.


Le vent apporta l'odeur d'Inuyasha, légèrement mêlée à celle de Rin. Sesshomaru observait du haut d'un arbre le festival, là où Rin brillait plus que le soleil lui-même. Une pensée qu'il n'aurait jamais dit à voix haute, surtout parce qu'elle était entièrement vraie. Il fallait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte.

Une fois Jaken abandonné quelque part dans la forêt, Sesshomaru avait pris le temps de choisir son lieu d'observation. Il avait hésité à venir plus près du village, car de là où il était, il ne distinguait que des formes minuscules qui vaquaient à leurs occupations festives. Cependant, il avait pu trouver Rin sans la moindre difficulté, marchant parmi la foule, ces faibles humains dont elle condescendait à faire partie. « Condescendait » n'était pas le terme approprié, Rin aimait les personnes dont elle avait la charge.

Pourtant leur puanteur ignoble l'entourait, elle, la fleur unique, désirée par tous. Sesshomaru devait se retenir de suivre son instinct et de réduire en morceaux avec ses griffes ces hommes qui désiraient voler ce qu'ils n'avaient aucun droit de convoiter. Surtout l'ami de Rin, Kohaku… Mais il était vrai que jamais il ne tentait quoique ce soit envers Rin. Il restait dans une adoration silencieuse, voulant sans doute garder à tout prix la relation qu'il avait avec Rin. Mais tous les hommes n'étaient pas aussi nobles, pensa Sesshomaru.

Rin gardait précieusement l'humain Kohaku en tant qu'ami proche, même après les évènements qui avaient failli briser leur amitié, l'année précédente. Sesshomaru était obligé de le tolérer auprès de Rin. Elle était attachée au jeune homme et il ne pouvait rien contre cela.

Elle marcha en dehors du village, vers la lisière de la forêt. Il pensa un instant se retirer mais s'arrêta. Cela faisait trois jours qu'ils ne s'étaient pas parlés et elle lui manquait. Rin était devenue son… amie, un terme étrange venant de lui, mais le seul capable de définir même de façon incomplète ce qu'elle représentait pour lui. Rin lui était bien plus proche que n'importe quelle autre personne qu'il avait un jour croisé.

Il se souvint de l'instant où il l'avait prise contre lui quand elle pleurait la mort de la vieille miko Kaede, et peut-être même sa famille. Elle avait eu besoin de lui, et il n'avait pu que répondre à son besoin de réconfort. Par la suite, ils n'avaient plus jamais évoqués ce qu'il s'était passé entre eux ce jour là. Ils n'avaient jamais parlé du jour où ils avaient flanché.

Un lien était là entre eux, inaltérable et nourri par leur respect mutuel. Sesshomaru aurait presque souri désabusé. Non, pas simplement du respect. De… l'amour. C'était ironique de la part de lui, Sesshomaru, le grand Seigneur de l'Ouest. Mais depuis le temps, il commençait à s'en moquer. De plus peu de personnes étaient au courant de ses sentiments pour elle. Jaken peut-être, le moine certainement et Inuyasha sans doute. D'autres encore, parmi les proches de Rin. Oui c'était bien possible. Et Rin, peut-être bien, même si elle agissait comme si de rien n'était.

Elle était devenue la miko du village aussi. Une des positions les plus hautes que pouvait atteindre une femme parmi les humains. Il avait ressenti une certaine fierté réservée pour Rin. Il savait qu'il y aurait un revers de la médaille. Il la vit moins souvent pendant les semaines qui suivirent. Ses nouvelles responsabilités lui prenaient beaucoup de temps. Il le regretta réellement.

Il sortit de ses pensées quand il repéra l'odeur, porté par la brise d'automne, d'un humain, un mâle, qui la suivait. L'émanation de son désir teinté par de l'alcool, empestait jusqu'à lui et il se pressa d'approcher la lisière en sautant d'arbre en arbre. Il s'arrêta quand il fut assez près.

Rin faisait face à l'homme et Sesshomaru vit une certaine tension au niveau de ses épaules mais qui ne révélait pas de la peur. Un certain embarras peut-être, mais jamais de la peur. Sesshomaru allait dégainer Tokijin et continuer sa progression, s'il n'avait pas senti l'arrivée de son demi-frère et du moine.

Apparemment, le moine s'occupa personnellement de l'ivrogne. Il ne resta plus à Sesshomaru que d'observer de loin la conversation entre Rin et Inuyasha, après le départ de l'homme. Même en ayant le vent de son côté, Sesshomaru ne pouvait pas comprendre ce qu'ils se disaient avec les quelques bribes de conversation qui lui arrivaient.

Il pouvait cependant presque voir le visage de Rin et sans qu'il ne le voulût, il se sentit apaisé d'une tension qu'il ignorait avoir eu. Elle rit, et amena une chaleur dans son cœur. La partie froide de son esprit lui disait de partir, d'échapper à ce sourire, qui l'affaiblissait. Mais il savait que Rin était bien la seule cause qui valait à juste titre de devenir faible.

Rin quitta Inuyasha précipitamment, et son demi-frère vint alors en sa direction. Sesshomaru décida de l'attendre, curieux de savoir ce que le hanyo lui voulait. Oui, cela pourrait s'avérer intéressant.

« Sesshomaru ! Descend de cet arbre ! »

Très cher frère, on ne connaît toujours pas sa place, je vois. Sesshomaru attendit donc, ignorant l'injonction de son frère. S'il avait quelque chose à dire, il n'avait qu'à monter le voir. Sesshomaru put presque sourire quand il entendit son frère grimper au sommet de l'arbre le plus proche en jurant.

« Inuyasha, que me vaut le déplaisir de cette malheureuse rencontre ?

- Arrête avec tes conneries, Sesshomaru ! Je veux savoir ce que tu fous ici !

- Hanyo ! Je fais ce qu'il me plait, quand il me plait.

- Ne m'appelle pas… »

Inuyasha était sur le point de dégainer Tessaiga, mais il se reprit à la déception de Sesshomaru.

« Qu'y a-t-il hanyo ? Peur de se faire battre par son grand frère ?

- Keh, j'ai juste promis à une personne que nous connaissons très bien, que je ne me battrai pas contre toi. »

Rin. Sesshomaru ne laissa rien paraître, pourtant le sourire de son frère le déstabilisa. Qu'avait-il derrière la tête ?

« Si tu voulais voir Rin, il fallait juste demander la permission… Elle est véritablement le joyau du festival, tu devrais voir le nombre d'hommes qui se pavanent devant elle.

- Hanyo, gronda Sesshomaru.

- Et puis figure-toi qu'on lui a encore demandé sa main. Les étrangers affluent de toutes part pour la voir. Miroku et moi sommes réellement débordés. On va étudier les propositions de près, cette situation ne peut plus durer… »

Sesshomaru posa sa main sur la garde de Tokijin, mais la voix enjouée d'Inuyasha le fit s'arrêter.

« T'ai-je dit qu'elle interviendrait personnellement si elle nous sentait en train de nous battre ? »

Ceci arrêta Sesshomaru. Il se souvenait, avec ce qui aurait pu être de la culpabilité, la dernière bataille qu'il avait eu avec Inuyasha… et comment Rin s'était stupidement interposée dans le combat. La colère et la déception dans les yeux de Rin n'étaient pas quelque chose qu'il voulait voir de si tôt.

« Je suis ici pour veiller sur Rin, et j'ai pu voir que tu ne faisais pas un très bon travail Inuyasha. Cet homme aurait pu…

- Non, Rin peut se défendre, et tu le sais parfaitement, Sesshomaru. Elle n'est plus une petite fille, mais une femme ayant reçu l'entraînement d'une miko, et d'un chasseur de démon entre autre. Elle est plus apte à se défendre que la plupart des personnes que je connaisse, hommes ou démons. »

Sesshomaru ne dit rien. Il avait vu de lui-même la jeune femme se battre contre des masses de démons. Le Shikon no Tama, que tant d'êtres convoitaient, était un problème qui l'avait obligée d'apprendre à se défendre. Néanmoins, elle paraissait parfois si fragile. Sesshomaru ne pouvait que vouloir la protéger.

« J'ai entendu dire que tu vivais avec Rin ? »

Sesshomaru ne savait d'où lui venait subitement ce commentaire. La discussion qu'il avait eue avec Rin sur le sujet l'avait passablement énervé à l'époque. En fait, il avait été furieux et la remarque de Rin « Serais-tu jaloux ?! » avait été la seule chose pour le faire taire.

« Ouais, parfois, répondit lentement Inuyasha. Et ?

- C'est… indécent.

- Oh, je t'en prie ! Rin est une petite sœur pour moi. J'ai ma vie avec Kagome qui ne pose pas autant de questions que toi. J'ai pas eu de problèmes avec Rin et Shiori depuis le départ, t'as pas à être jaloux ! »

Sesshomaru allait rétorquer mais un sifflement qui retentit dans la vallée l'arrêta. Il échangea un regard avec Inuyasha.

« La dernière fois que j'ai entendu ce sifflement…

- Etait quand Rin se battit pour la première fois contre les hordes de Naraku, finit Sesshomaru. Elle appelle AhUn. »

Et en effet, dans le ciel se détachaient AhUn qui volaient à grande vitesse de l'autre côté de la vallée, la silhouette de Rin presque invisible sur leur dos. Elle est en danger.

Ils se quittèrent sans un mot, Sesshomaru se transformant en une boule de lumière. Même dans cette forme, il savait qu'il ne pouvait rattraper AhUn, mais au moins il pouvait tenir l'allure du dragon. Inuyasha suivait derrière en courant mais il perdrait vite de la distance.

Le vent tourna et apporta la faible odeur terrifiée de Rin et de ses larmes.

Rin, que se passe-t-il ?


Rin essayait de déconcentrer Naraku en l'interpellant, en l'injuriant même, mais le retour de ses pensées déstabilisa Rin qui devint vite nauséeuse. Elle n'arrivait plus à répondre, elle perdait la force morale pour y parvenir.

' Kikyo, ma Kikyo…' répétait-il frénétiquement.

Si seulement elle pouvait fermer son esprit à Naraku, si seulement elle pouvait ne pas vivre ce qu'elle vivait, le viol de Kikyo, le viol de son âme. Arrêtez cela, faites-le arrêter !

AhUn volaient toujours à vive allure, comme jamais ils n'avaient volé, semblait-il, mais c'était toujours insuffisant. Derrière, elle se savait suivie par Sesshomaru, et Inuyasha, et plus loin encore, venaient Kohaku et Kagome sur Kirara. Leur présence aurait dû la rassurer, lui dire que tout irait bien. Presque comme la fois où elle avait vaincue les hordes de yokai envoyés par Naraku… sauf que cette fois-ci, Kikyo y perdait la vie.

Rin pleurait mais ne fit rien pour arrêter ses larmes de tomber. Bientôt elle arriverait auprès de Naraku et Kikyo, bientôt elle provoquerait la fin du monstre qui brisait Kikyo. Bientôt il allait payer.

Sa colère et son désespoir irradiaient à tel point qu'elle sentit AhUn se contracter. Elle caressa doucement la croupe de AhUn, essayant de l'apaiser.

« Shhh, ce n'est rien AhUn, il faut continuer, ne ralentissez pas. »

Sa voix était calme, un calme qu'elle ne ressentait pas. Un chaos d'émotions tourbillonnait en elle, à chacune des pensées de Naraku qui la frappait avec violence.

Elle devait résister. Elle ne devait pas se briser. Pour Kikyo.

Ils arrivèrent au dessus d'une plaine verdoyante était gigantesque. Elle guida AhUn de ses talons, elle savait exactement où elle devait aller. L'aura de Kikyo pulsait faiblement, comme engloutie dans celle de Naraku. Une barrière puissante les encerclant tous les deux.

' Naraku, si tu crois qu'une simple barrière va m'arrêter.

' Si jeune, si naïve, Rin. Tu ne changeras… peut-être jamais. Tu crois que je m'exposerai si… facilement ? Bientôt Kikyo et moi serons un, au-delà de ce que nous avons été pour l'instant. Belle, si belle Kikyo.

'Tu veux l'absorber ?' se rendit compte Rin avec horreur.

Il ne répondit pas, assurant ainsi l'hypothèse de Rin. Elle devait se dépêcher.

Rin pris son arc et encocha la flèche. Elle visualisa les corps nus de Kikyo et Naraku sordidement entremêlés, et tira.

La barrière se brisa, et la flèche perça l'épaule droite de Naraku le faisant tomber à la renverse. Il relâcha dans la violence du mouvement le corps de Kikyo. Rin fit tout pour ignorer le cri de douleur de Naraku qui résonna en elle, et prit une autre flèche. Elle sauta du dos de AhUn entre Kikyo, inconsciente, et Naraku, prête à tirer.

Naraku écarquilla les yeux. Rin pouvait sentir un début de panique, il était à sa complète merci. Quand les émotions de Naraku prirent une autre direction.

« Si belle… »

Le commentaire surprit Rin. Naraku profita de son hésitation, et envoya un tentacule droit au cœur de Rin qui la dévia instinctivement avec la main. Elle cria au contact de leurs deux chaires, sentant une brûlure intense sur le dos de sa main, mais elle ne s'en préoccupa pas. Naraku aussi avait crié. Comment… ?

Une lumière apparut devant les yeux de Rin, et se prit la forme de Sesshomaru armé de Tokijin. Il masquait Naraku de sa vue, ou peut-être la cachait-il du regard de Naraku. Il est venu… me protéger ? Rin n'aurait pas dû être étonnée, ce n'était pas la première fois qu'il agissait ainsi. Mais elle l'était, et surtout elle était touchée…

'Ne crie pas victoire trop tôt, ma douce Rin…'

Naraku se leva.

« Sesshomaru, toujours protecteur envers notre merveilleuse Rin ? Et comment tu ne pourrais pas l'être, elle plus belle que la lumière… »

'Belle, fière, indomptable…'

« Elle sera mienne aussi… »

Rin pouvait sentir la colère éclater du corps de Sesshomaru. Elle devait intervenir avant que Sesshomaru ne perdit tout contrôle sur ses émotions. Car c'était exactement ce que voulait Naraku.

Avec un cri, elle dépassa Sesshomaru en dégainant ses lames, et courut vers Naraku pour le frapper. Elle trancha un tentacule, s'appuyant sur la force du Shikon pour purifier la chair. Une épée trancha un autre tentacule auprès d'elle. Sesshomaru était entré dans la bataille. Elle n'arrivait pas vraiment à suivre ce que faisait Sesshomaru, trop concentrée sur sa propre bataille. Elle se risqua à un coup d'œil à côté d'elle et Naraku en profita pour maintenir ses bras dans deux tentacules. C'était une chance qu'il la maintenait par les avant-bras. Les protège-bras sous les manches amples de son kimono évitaient le contact entre leurs peaux.

Naraku l'amena face à lui, leurs visages si proches que leurs nez auraient pu se frôler. Rin essaya de se débattre, mais il la tenait fermement, alors que ses pieds se balançaient au-dessus du sol. Elle s'arrêta de se débattre, perdue dans la nécessité de comprendre les sentiments qui traversaient les yeux du hanyo. La folie, c'est ce qu'elle pouvait voir dans ses yeux, mais aussi du désir plus que tout autre chose…

« Tu es à moi, Rin, compagne de mon âme. »

La lame de Toukijin passa entre leurs deux visages, faisant tomber Rin rudement au sol. Sesshomaru s'apprêtait à attaquer, mais Naraku disparut dans un miasme de youki empoisonné. Rin pressa son nez contre l'une de ses manches, ne sachant pas si elle était immune à ce poison-là. Sesshomaru apparut à ses côtés et la plaqua contre lui et en la protégeant plus efficacement contre le poison. Rin dissipa le miasme en réveillant les forces du vent et se releva pour suivre Naraku avec Sesshomaru, mais un cri l'arrêta.

« KIKYOOO ! »

Rin fit alors volte-face vers le corps inanimé de Kikyo et aperçut au loin Inuyasha courant dans leur direction. Rin vint s'agenouiller près de Kikyo, et plaqua sa main à sa bouche comme pour se retenir de crier. Des marques immondes, sales et impurs, étaient gravées sur sa peau pâle. Son bras était tourné dans un angle impossible. Kikyo…

Rin défit rapidement son kimono, restant elle-même dans son yukata, alors qu'Inuyasha arrivait en face d'elle. Il enleva lui aussi son haori rouge et la posa sur le corps de Kikyo, tandis que Rin les recouvrit de son kimono par-dessus. Tout pour cacher l'horreur qui s'était produite. Elle partagea un regard douloureux avec Inuyasha, les yeux en larmes. Elle posa sa main droite sur le front de Kikyo, prenant sa main gauche dans la sienne.

Le flot d'énergie pour la guérison était délicat à rassembler, la rencontre avec Naraku avait été plus fatigante qu'elle ne l'aurait cru. De plus, Kikyo avait toujours été plus difficile à soigner pour Rin, parce qu'elle était… différente. Mais bientôt Rin accumula assez d'énergie pour y parvenir.

« Rin, arrête…

- Kikyo !

- Kikyo, dit Inuyasha qui tenait la main droite de Kikyo. Ne t'en fais pas tout va bien maintenant, Rin va te guérir et…

- Je ne veux pas…

- Kikyo ne dites pas ça, laissez-moi vous guérir, laissez-moi…

- Est-ce que tu peux guérir ce qu'il m'a fait, Rin ? demanda la miko ave un sanglot. Le peux-tu ?

- Kikyo… je… s'il vous plait, n'abandonnez pas ! Nous lui ferons payer.

- Rin, je t'en empêcherai… il me reste suffisamment de force. Même si cela veut dire que je t'emmènerais dans la tombe avec moi. »

Rin sentit Sesshomaru se raidir derrière elle, et elle-même hésita. Rin voulait voir la miko se battre pour vivre, elle devaient toutes les deux affronter Naraku. Et surtout, elle ne voulait pas la perdre… pas comme cela.

L'expression de Kikyo s'adoucit, ses yeux sombres s'emplirent de mélancolie.

« Toi mieux que quiconque sait pourquoi je ne veux plus continuer. Tu es si jeune Rin, et si belle. Belle, fière, indomptable. »

Un sourire frôla ses lèvres, léger comme une plume.

« Sois prudente, Rin, il ne reste que toi à présent… Il a choisi une nouvelle cible. Tu avais peut-être raison. Dans une autre vie, je serai heureuse, n'est-ce pas ? Il n'y a pas de quoi s'en faire pour moi. Mais toi, tu mérites d'être heureuse dès cette vie-là… Ne fais pas les mêmes erreurs que moi, Rin-chan.

- Kikyo…

- Kikyo, je t'en prie… » supplia Inuyasha.

Elle tourna lentement son visage vers Inuyasha.

« Inuyasha, je… »

Kikyo s'éteignit alors comme une flamme dans la brise d'hiver. Ses âmes échappèrent de leur chrysalide, et volèrent à travers le ciel, pour rejoindre l'au-delà et le reste de cette âme déchirée. Mais Rin s'en moqua. Kikyo n'était plus.

« Kikyo!!

- KIKYO !!!

Et le monde retint son souffle, étouffé par la peine.


Longtemps ils restèrent ainsi recueillis autour du corps sans vie de la miko Kikyo. Sesshomaru respecta cela, il respecta la peine de Rin qui recommençait un autre deuil. Il avait tenté de ranimer la miko avec le Tenseiga avant de se résigner. Il n'avait pas été surpris quand il avait échoué. Son corps n'était qu'une coquille d'argile, morte depuis bien des années. Il avait essayé pourtant, dans le fol espoir de faire cesser l'incessant flot de larmes de Rin. Inuyasha avait été dans un bien pire état, courbé sur le cadavre, secoué par des sanglots silencieux. Seule Rin émettait parfois un geignement étouffé qui venait troubler le lourd silence de leur chagrin.

La miko Kagome était ensuite arrivée avec l'humain Kohaku sur la neko yokai. Elle avait voulu se précipiter auprès d'Inuyasha, mais d'un simple mouvement de tête, Sesshomaru le lui avait interdit. Inuyasha, tout autant que Rin, nécessitait un instant pour pleurer la miko. L'humain Kohaku le comprit aussi et n'essaya pas de s'approcher.

Le crépuscule tombait. Sesshomaru défi sa ceinture jaune et bleu pour la déposer sur les épaules tremblantes de Rin. Elle paraissait si frêle, si fragile que la douce fraîcheur du soir ne pouvait que la toucher. Il déclara alors qu'il était temps de partir en prenant ses épées en main. Rin acquiesça et même Inuyasha se leva pour rassembler le corps de la miko dans ses bras. Il souhaitait sans doute la porter ainsi jusqu'au village et Sesshomaru retint à nouveau la miko Kagome d'aller le voir. Elle devait comprendre qu'Inuyasha avait besoin de faire son deuil, d'évacuer le sentiment de culpabilité qui devait le hanter.

Sesshomaru savait ce qu'il devait ressentir. Il se souvenait de la mort de son père. Longtemps, Sesshomaru lui en avait voulu pour avoir choisi l'humaine Izayoi devant sa mère et d'avoir enfanter un hanyo. Et pourtant, malgré cette rancune, cette haine presque qui aurait bien pu l'amener à tuer son propre père, Sesshomaru avait été dévasté quand Ruykotsussei avait entraîné la chute de Toga, l'Inu no Taisho. Son père. Il enferma ce sentiment, il l'avait enfermé comme il l'avait fait à la mort de sa mère Akue. Cette culpabilité. Ce regret.

Il n'avait pas pleuré à l'époque. Un Taiyokai ne pleure pas. Il avait préféré transformer sa tristesse en haine, envers cette femme Izayoi, et son enfant. Cet enfant qui avait pris sa place devant les yeux de son père, devenu son favori alors qu'il n'avait rien accompli.

C'était un passé qu'il croyait avoir oublié mais qui ressurgissait en voyant pour la première fois son demi-frère si vulnérable. Et pourtant, il se rendit compte que cette haine s'était tarie. Il ne l'aimait certainement pas, mais ne le détestait pas non plus. Il avait réussi à le tolérer, voire même… l'accepter. Tout cela à cause de la jeune humaine qui se tenait à ses côtés, et montait AhUn, son visage pâle, et marqué par la trace de ses larmes.

Une humaine, comme Izayoi. Il l'aimait, il aimait Rin. Un sentiment humain qui n'existait pratiquement pas chez les démons. Quelque chose qu'avait dû ressentir son père pour Izayoi et Inuyasha pour ses deux mikos. Ils n'étaient pas si différents. Le même sang coulait dans leur veine, la même faiblesse. Elles nous apprennent à ressentir et aussi à se sentir vivre.

Le voyage du retour dura plus longtemps que l'aller. Sesshomaru instaura une allure lente tout en volant aux cotés de Rin. Il souhaitait ménager les montures et ne pas laisser Inuyasha à la traîne qui marchait au sol.

Il eut le temps d'observer les deux autres compagnons de Rin et d'Inuyasha. La miko Kagome était sans doute la plus affectée après Inuyasha et Rin, mais elle se tenait droite. Elle ne montrait rien de ce qu'elle ressentait. L'humain Kohaku lançait des regards inquiets sur Rin assez souvent, mais ne disait rien. Rin d'ailleurs ne lui faisait aucun signe pour le rassurer. Malgré la situation, cela satisfaisait parfaitement Sesshomaru. Il n'avait jamais apprécié le garçon et son attirance pour Rin.

Sesshomaru commençait à s'inquiéter du silence pesant qui masquait un état de détresse chez Rin. Il craignait ce silence, ce mutisme qui pouvait devenir permanent. Il l'avait vu lorsqu'elle était enfant après la mort de sa famille. Il avait été curieux quand ils se rencontrèrent pour la première fois. Il avait été curieux de ce silence, de cette enfant qui ne semblait pas avoir peur de lui. Il avait été curieux d'entendre le son de sa voix. Cette raison seule pouvait expliquer pourquoi il ne l'avait pas renvoyé après l'avoir ressuscité. Il voulait l'entendre parler. Et aujourd'hui encore sa voix mélodieuse menaçait de s'éteindre.

Il ne le permettrait pas. Il restait près d'elle, prêt au moindre signe d'appel à l'aide qu'elle pourrait lancer. Si seulement il savait comment la rassurer, comment soulager la peine qu'elle ressentait. Mais il ne savait pas par où commencer. Il se sentait inutile.

La bataille contre Naraku avait été plus éprouvante qu'il n'aurait pu imaginer. Rin avait réussi à percer d'une flèche la barrière de Naraku, un fait que ni lui, ni son demi-frère n'avait été capable d'accomplir par le passé. Et elle avait blessé le hanyo. Elle allait même lui donner le coup de grâce quand le misérable hanyo avait proféré des mots que jamais il ne lui aurait cru l'audace de prononcer.

Si belle.

Sesshomaru s'était alors interposé entre Rin et Naraku. Il fut dégoûté de voir le désir du hanyo envers sa précieuse Rin. Le monde était devenu rouge sang aux paroles de Naraku, le besoin de le détruire, de l'anéantir, plus puissant qu'il ne l'avait jamais été.

Mais Rin était intervenue. Brave, stupide Rin s'était lancée sur le hanyo, ses lames frappant d'une façon précise comme il le lui avait appris lui et tant d'autres avant. Ils se battirent côte à côte jusqu'au moment où les tentacules de Naraku les séparèrent puis la capturèrent. Naraku la touchait à nouveau, leurs visages si près l'un de l'autre, ses paroles… Compagne de mon âme. Il l'avait déjà appelée ainsi par le passé. Sesshomaru haïssait la familiarité de Naraku envers elle. Il s'était défait de son propre combat pour la sauver.

Naraku avait encore fui et ils avaient découvert la miko Kikyo mourrante. Elle avait été humiliée, frappée, violée, à en mourir. Les efforts de Rin avaient été vains. Rin et Inuyasha ne pouvaient que la pleurer. Rin avait semblait-il pardonner la miko de leur rancune ancienne. Pourquoi la pardonnait-elle si elle devait en souffrir par la suite ? Pourquoi ? Les sentiments des humains étaient complexes, et ceux de Rin, bien plus encore.

Ils arrivèrent au village bien longtemps après la tombée de la nuit et la fin du festival. Il n'y avait plus personne dans les rues, sauf à la hutte où vivait Rin près du temple. Ils étaient attendus.

« Vous allez bien ? appela la taijiya en les apercevant. Rin-chan ? Kagome-chan ? Kohaku ? »

Elle s'arrêta quand elle distingua Inuyasha qui portait son fardeau. Le moine, le kitsune, et la hanyo arrivaient derrière elle.

« Inuyasha ? » demanda le moine mais il continuait à marcher la tête basse en direction du temple.

« La miko Kikyo est morte, » déclara froidement Sesshomaru.

Ni Inuyasha, ni les autres n'étaient prêts de parler de ce qui s'était passé. Et Sesshomaru voulait épargner à Rin de devoir expliquer ce qui s'était passé. La taijiya étouffa un cri d'horreur.

« Je vois, dit simplement le moine. Shiori, Shippo, pourriez-vous accompagner Inuyasha au temple ?

- Oui, Miroku-sama, répondit la hanyo alors que le kitsune acquiesçait.

- Nous rentrons dans la hutte, dit le moine en se tournant vers eux. Sesshomaru, si vous voulez bien entrer. Rin je crois ne tiendra pas jusque là. »

Rin s'assoupissait, épuisée par les évènements de la journée. Sesshomaru reprit sa ceinture qui couvrait les épaules de Rin, et la noua à sa taille pour y glisser ses deux épées. Il prit Rin contre lui et la porta dans la hutte. Lorsqu'il entra dans la petite maison éclairée par quelques bougies et un petit feu, il remarqua immédiatement la pauvreté de la pièce unique. En d'autres circonstances, il aurait critiqué sans restriction cet environnement médiocre qui hébergeait Rin. Elle méritait mieux qu'un taudis, même si elle ne s'en plaignait pas.

En d'autres circonstances il l'aurait fait, mais il se contenta seulement de déposer Rin dans un des deux futons. Il la recouvrit, et plaça sa tête sur ses genoux avant de s'atteler à guérir la brûlure de sa main, assez identique à celle qu'il avait soigné à Hakureizan. La différence, était que cette fois-ci il n'embarrassait pas Rin qui dormait profondément. Sesshomaru prit la blessure de Rin comme une injure personnelle. Sa colère ne fut pas calmée quand la main de Rin ne présenta plus aucune cicatrice. Il savait qu'elle avait été blessée par le hanyo, qu'il n'avait pas pu l'empêcher. Il tenta de se calmer en filant les cheveux de Rin entre ses doigts.

Le moine, sa femme, le garçon Kohaku et la miko Kagome les regardaient, perplexes et interrogateurs, conscients qu'un drame s'était déroulé. Etrangement, ce fut la miko Kagome qui parla en premier, et non le moine. Etait-elle moins intimidée que les autre par sa présence ou plus curieuse ?

« Sesshomaru… Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Les doigts de Sesshomaru arrêtèrent brièvement leurs mouvements lents dans la chevelure de Rin. Devait-il leur répondre ? Ce qui s'était déroulé ne concernait que Rin, Inuyasha et lui. Les témoins de la bataille et des conséquences des crimes de Naraku. Ses yeux se posèrent sur le visage calme de Rin. Plus belle que la lumière… Il releva les yeux sur le groupe d'humains assemblé dans la hutte. Ils étaient inquiets pour Inuyasha et pour Rin.

« Lorsque je suis arrivé, après Rin, elle avait réussi à briser la barrière de Naraku et à le blesser. »

Le moine hocha la tête, alors que ses compagnons retinrent leur souffle.

« Rin est une puissante miko, expliqua le moine, et avec le Shikon no Tama…

- Mais Rin sait viser mieux que quiconque avec Kagome, dit Kohaku, pourquoi ne l'a-t-elle pas tué ? »

Le garçon connaissait bien Rin, c'était évident, et Sesshomaru en était énervé. Les sentiments du jeune homme pour Rin étaient quelque chose qu'il n'acceptait pas. Sa question était pertinente mais la réponse que voulait le garçon n'était pas un sujet qu'il voulait explorer. Pour Rin. Toi mieux que quiconque sait pourquoi je ne veux plus continuer. Mais ils avaient besoin de savoir ce qui s'était produit.

« Naraku… prenait possession du corps de la miko. Rin n'aurait pas pu viser son cœur sans la toucher.

- Vous voulez dire que… » commença la taijiya, mais un regard vers la miko Kagome coupa ce qu'elle allait dire. Cette dernière regardait fixement ses mains posées sur ses genoux.

« Kagome-chan, s'enquit la taijiya, est-ce que ça va ? »

La miko ne répondit pas à son amie, et se retourna sur lui.

« Inuyasha, est-ce qu'il sait ?

- Il est arrivé après la fuite de Naraku, mais oui, il sait. »

Inuyasha ne pouvait ignorer ce qui s'était produit. L'odeur de Naraku sur le corps de la femme était quelque chose qu'il aurait pu le faire vomir.

Le visage horrifié de Rin n'avait pas été simple à supporter non plus. Sois prudente, Rin, il ne reste que plus que toi à présent… Il a choisi une nouvelle cible. Sesshomaru savait qu'avec la prophétie et le Shikon no Tama, Naraku voulait la vie de Rin. Se pouvait-il que Naraku réservât le même sort pour Rin ? Elle sera mienne aussi… Compagne de mon âme. Il n'y avait aucun doute sur les intentions du hanyo pour Rin.

Le chaos menaça de réapparaître dans son âme, mais tenir Rin contre lui, lui permit de contrôler sa rage et sa… peur. Il avait peur de la perdre, de la voir disparaître à tout jamais à cause de Naraku. Il ne devait pas montrer qu'il était affecté par les plans du hanyo. Jamais.

« Rin est plus en danger que par le passé, dit le moine. Elle est la dernière des trois lignées de la perle à pouvoir s'opposer à Naraku. En plus, nous savons que Naraku a une certaine… fascination pour Rin. »

Sesshomaru ne fut pas le seul à se raidir aux paroles ô combien vraies du moine. Le garçon devint furieux.

« Naraku s'en prendra jamais à Rin ! Je le tuerai avant.

- Kohaku, dit le moine, il rare de t'entendre parler avec une telle précipitation. Cependant tu as raison sur un point : nous ferons tout notre possible pour protéger Rin. Là où tu as tort, c'est que je crois que Rin est la seule personne capable de tuer Naraku.

- A cause de la prophétie ? demanda la taijiya.

- Oui, et parce qu'il y a cette interaction entre Rin et Naraku. Rin semble le connaître mieux que n'importe qui et l'inverse parait vrai.

- Ce qui est impossible, dit Sesshomaru en considérant le moine. Jamais Rin n'a rencontré Naraku en dehors de ma présence. »

La conversation devenait intéressante. Même la miko avait levé la tête.

« Et pourtant, dit le moine, Rin et Naraku se parlent comme des personnes qui se connaissent parfaitement bien. Il n'y a qu'un seul moyen pour parvenir à ce résultat. Discuter pendant des heures, régulièrement et sur plusieurs années.

- Mais… comment ? »

Sesshomaru n'avait pas voulu poser cette question à haute voix, mais les mots s'étaient échappés d'eux-mêmes. Car ils touchaient le cœur du problème. Il était indiscutable que Rin et Naraku avaient encore des contacts d'une façon ou d'une autre. Tant qu'ils ignoraient comment, protéger Rin s'avérerait difficile.

« Le Shikon no Tama. »

A la surprise de tous, c'était la miko qui avait parlé.

« Kagome ?

- La perle les lie tous les deux, dit-elle, outre le lien de sang. Rin et Naraku sont les deux êtres ayant pu utiliser le Shikon no Tama dans cette mesure, chacun dans leur domaine. Ils ont été les maîtres incontestés de la perle ce qui ni Kikyo, ni moi n'avons fait quand la perle était en notre possession. Naraku ne peut pas avoir perdu une complète emprise sur la perle.

- Cela n'expliquerait pas comment Rin peut communiquer avec Naraku, argumenta l'humain Kohaku. Elle est tout à fait indépendante de l'influence de Naraku. J'en suis certain.

- Je le crois aussi, répondit le moine, mais peut-être…

- Peut-être que Naraku peut atteindre Rin par l'intermédiaire du Shikon no Tama ? suggéra la miko. Peut-être… peut-être qu'ils communiquent l'un avec l'autre grâce à la perle ? »

Sesshomaru s'aperçut qu'il avait cessé de caresser les cheveux de Rin. Il ne savait pas vraiment que penser de l'hypothèse de la miko. Il ne voyait pas comment une telle chose était possible. Pourtant… pourtant, c'était aussi tellement probable.

« Elle est devenue… différente après sa bataille contre la horde de yokai de Naraku, ajouta le garçon subitement. Plus… détachée et réservée. Parfois, c'est comme si Rin était plongée dans ses pensées là où on ne pouvait pas l'atteindre. Comme si… elle écoutait quelqu'un à l'intérieur d'elle. »

Le moine acquiesça pensivement et Sesshomaru ne put qu'être d'accord avec le jeune homme. A l'occasion, il avait remarqué l'expression lointaine de Rin, comme l'avait décrit l'humain. Si Naraku avait passé tant d'années à parler avec Rin…

« Seule Rin pourrait nous répondre, conclut le moine après un moment de silence. Mais jusqu'à présent, elle n'a jamais voulu dire quoique ce soit sur ses relations avec Naraku. Peut-être qu'aux vues de ce qui s'est passé, elle se décidera à parler, mais… j'en doute. Elle a tendance à vouloir tout encaisser. »

Il soupira.

« Nous essayerons de parler avec elle après les funérailles de Kikyo-sama.

- Il est temps de rentrer, Miroku, déclara la taijiya. Les enfants peuvent se réveiller à tout moment, autant les rassurer sur le sort de Rin.

- Tu as raison, dit le moine. Kohaku, tu viens avec nous.

- Non, je veux rester avec Rin, » répondit froidement le garçon.

Sesshomaru l'observa avec la même froideur de son ton, mais à sa grande déception, l'humain ne flancha pas.

« Kohaku, elle a besoin de repos, dit Sango et en regardant prudemment Sesshomaru elle continua, et elle est en sécurité à présent. Kohaku, s'il te plait. »

Le jeune homme jeta un regard dégoûté sur Sesshomaru qui resta impassible. Il méprisait l'humain de s'accrocher à Rin d'une façon si vulgaire.

Il finit par céder et sortit brusquement de la hutte. Miroku se leva pour suivre le garçon et lui fit un signe de tête que Sesshomaru ne lui rendit pas.

« Kagome-chan…

- Je reste ici, Sango-chan, ne t'en fais pas pour moi.

- Bien, répondit la taijiya en se levant. Je vais prévenir Shiori et Shippo que vous veillerez Rin cette nuit. Shiori dormira à la maison. »

Si la miko entendit les paroles de son amie, elle ne donna aucune réponse pour autant, contemplant une nouvelle fois ses mains. La taijiya soupira puis quitta la hutte. Le silence s'installa et Sesshomaru ne fit rien pour changer cela. Il aurait préféré que la miko partît quelque part, chez elle ou dans les bras d'Inuyasha, la destination l'indifférait. Il pouvait parfaitement veiller sur Rin seul.

Pour une raison qu'il lui échappait, la miko avait imposé sa présence et il n'avait aucune excuse valable pour la renvoyer.

« Rin a de la chance de vous avoir. »

Après avoir eu plusieurs conversations du même genre avec le moine Miroku, Sesshomaru devina où elle voulait en venir. Le bonheur de Rin.

- Humaine, menaça-t-il.

- Elle vous aime ! cria-t-elle en levant fièrement sa tête. Osez dire qu'elle ne représente rien pour vous.

- Ce n'est qu'une humaine…

- Votre père a aimé une humaine…

- Et il en est mort.

- Mais vous ne l'autoriserez même pas à être heureuse, n'est-ce pas ? Si elle aimait un autre homme, vous le tuerez ou l'empêcherez de vivre avec elle. Elle mérite d'être heureuse, mais vous ne lui accorderez jamais cela. »

Tu mérites d'être heureuse. Les paroles de Kikyo faisaient écho à ceux de la femme devant lui. Jamais il n'avait remarqué à quel point ces deux femmes se ressemblaient. Un air de ressemblance, une odeur presque commune et unique à elles deux. Cela expliquait peut-être pourquoi son demi-frère s'était attaché à cette étrange Kagome. Mais leur ressemblance allait bien au-delà de leurs apparences. Elles étaient habitées par le même esprit. Ses yeux s'écarquillèrent quand il comprit pourquoi. Kagome, qui venait du futur, pouvait n'être que la réincarnation de la miko défunte, comme cette Rowena qui était celle de Rin.

Quelque chose dans ce qu'elle avait dit remua une partie de son esprit. Vous ne l'autoriserez même pas à être heureuse. Et c'était vrai, il était trop égoïste pour permettre Rin d'avoir une chance avec un homme. Il était trop protecteur, trop possessif. Aucun homme ne méritait Rin à ses yeux. Aucun démon même. Sauf…

« C'est un trait de famille, Inuyasha était pareil. »

Etre comparé à son demi-frère aurait pu valoir à la femme une mort immédiate, ailleurs, pendant un autre temps, et si Rin avait été absente.

« Qu'allez-vous faire, Sesshomaru ? Condamner Rin à ne pas être aimée comme elle est capable d'aimer ? »

Sesshomaru ne répondit pas. Il n'avait pas de réponse.

Ils n'avaient plus rien à se dire et s'installèrent dans un silence anxieux. Sesshomaru reprit son activité initiale qui consistait à glisser des doigts dans les cheveux soyeux de Rin. Il fit attention du coin de l'œil à la miko. Elle était pensive, ses yeux perdus dans le vague et recroquevillée sur elle-même, ses genoux tenus fermement contre elle. Elle ressemblait certes à la miko Kikyo, mais il devait reconnaître qu'il y avait quelque chose en elle qui lui rappelait Rin. Sesshomaru n'avait jamais pris la peine de s'intéresser à cette femme qu'Inuyasha aimait, mais pour une fois, il profita du silence qui les séparait pour l'observer.

Cette femme Kagome pouvait être aussi déterminée ou enjouée que l'était Rin. Elles étaient aussi passionnées l'une que l'autre. Certains auraient pu dire que ces caractéristiques communes leur venaient de Midoriko, mais c'était une simplification grossière. Ses quelques souvenirs de Midoriko décrivaient une enfant, une jeune fille, puis une femme insouciante ou grave, passant à une vitesse incroyable d'un extrême à l'autre.

Par trois fois, il l'avait rencontrée. La première fois, elle n'était qu'une enfant rougissante que son père, dans un excès de bonté avait sauvée d'un médiocre yokai. Elle n'avait pas été seule, à l'époque, accompagné de son ami Taho qui plus tard deviendrait le père de ses trois enfants, des trois lignées. Elle avait été facilement effrayée par le yokai et son père pour la consoler lui avait offert une bouture de Bokuseno. Sesshomaru avait trouvé la scène assez ridicule et s'était passablement ennuyé. Avec du recul, il pouvait voir que Rin et Midoriko, enfants, avaient été différentes. Rin prenait moins facilement peur avec le temps, et malgré son passé tragique, ou peut-être à cause de lui, elle vivait plus pleinement chaque instant de sa vie.

La deuxième fois qu'il vit Midoriko, plusieurs années après était quand elle avait à peu près l'âge de Rin actuellement et était une apprentie miko. C'était au mariage de son père avec Izayoi. Il s'était isolé du reste des convives pour montrer à tous qu'il désapprouvait cette union, même si son devoir de fils l'obligeait à y assister. Midoriko s'était approchée en rougissant, près d'un talus de lys tigrés dans jardin du palais. Il en avait cueillis par un lointain amusement de retirer la vie à des choses aussi insignifiantes que des fleurs. Pour un peu, il aurait pensé qu'elle était intéressée par lui. Il la trouva ridicule mais à son grand étonnement, pas écoeurante comme la plupart des autres membres de sa race. Inférieure, mais pas écoeurante.

Il l'avait ignorée dans l'espoir qu'elle se lassât de parler seule. Mais elle ne l'avait pas laissé continuant son incessant bavardage, un trait qui existait chez Rin, qui pourtant paraissait plus mûre que son ancêtre alors qu'elles avaient le même âge. Il s'était senti vaguement curieux à propos de cette humaine et de son étrange comportement. Il était plus habitué au silence. Il avait réussi à s'en débarrasser, car après tout, elle n'était qu'une simple humaine indigne du regard qu'un yokai comme lui pouvait lui porter.

Il la revit pour la dernière fois, plusieurs années après. De la jeune fille rougissante, Midoriko était devenue une froide miko, dont toute vie avait quitté ses yeux bruns. Sa réputation avait déjà été établie à travers tout le pays et ce fut lors d'un combat singulier qu'ils se firent face. Elle était puissante, il ne pouvait le nier. Il pensait que Rin l'était autant. Sesshomaru aurait pu être battu lors de cette bataille, absorbé et purifié si elle n'avait pas hésité à lui porter un coup fatal. Sesshomaru l'avait alors contrebalancée puis mise en échec. Il ne la tua pas, pourtant, refusant de faire ce que justement ses yeux morts souhaitaient.

De la peine, de la tristesse, la fin de l'innocence, c'était ce qui émanait de son regard. Elle était une femme brisée. Et par cruauté ou par pitié, Sesshomaru la laissa vivre. Pour apprendre que plusieurs jours après, elle était morte en pulvérisant des centaines de yokai lié à cet homme, Taho, et créant une babiole d'une puissance incommensurable. Là où elle continuait à se battre pour l'éternité contre ces yokai et cet homme. Qui aurait pu dire que plus tard, cette babiole, cette perle, se trouverait dans le cœur de l'une de ses descendantes. La femme qu'il aimait, maintenant.

Le destin se moquait depuis bien longtemps des humains et des yokai, jouant sans pitié avec leurs sentiments et entremêlant leurs vies pour façonner le monde.

Midoriko, Kikyo, Kagome et Rin. Quatre femmes liés par le même sang, différentes, malgré leurs ressemblances troublantes. Elles semblaient partager un destin commun. Kikyo et Midoriko n'avaient-elles pas eu des fins similaires ? Sesshomaru ferait tout pour protéger Rin de cette fatalité, elle qui était devenue sous ses yeux, si proche de Naraku. Oui, il devait la protéger, cette conviction paraissait être devenu le but de sa vie entière. Protéger cette frêle humaine allongée devant lui qui pourtant avait hérité du courage légendaire de son ancêtre. Elle lui était précieuse et il ne permettrait pas de la perdre un jour.

« Inuyasha n'est toujours pas revenu. »

La voix de la miko n'était qu'un murmure, plus une pensée qu'elle adressait à elle-même plutôt qu'un commentaire auquel il aurait dû répondre. Malgré lui, Sesshomaru ressentit le devoir de lui dire quelque chose.

« Il est dans la forêt. Son odeur n'a pas bougé depuis qu'il y est. »

Kagome parut surprise, mais finit par acquiescer.

L'aube allait bientôt se lever. Il était vrai que le hanyo prenait un temps terriblement long pour se remettre. Est-ce que je serai capable de me remettre si une telle chose arrivait à Rin ? Sesshomaru balaya cette idée de son esprit. C'était une perte de temps de s'y attarder. En plus il n'allait certainement pas se comparer à son demi-frère. Inuyasha était ridicule. Il avait choisi la femme Kagome à la défunte miko. Il devait s'atteler à ses choix.

Il caressa avec douceur le visage de Rin, puis posa délicatement sa tête sur un coussin sans la réveiller. Il se leva.

« Veille à ce que rien n'arrive à Rin pendant mon absence, je serai bientôt de retour. Personne ne doit la questionner sur les évènements de la veille. »

Sans un regard, il quitta la hutte.

A l'est, les premières lueurs du jour ceignaient l'horizon, mais personne n'était encore dehors. Les villageois devaient cuver l'alcool de la veille. Malgré les effluves désagréables qu'exhalait le village, il discerna grâce à Kagura l'odeur de son demi-frère, toujours au même endroit dans la forêt. Il se dirigea au pas de course vers sa direction.

Allait-il voir Inuyasha parce qu'il était inquiet ? Parce qu'il sentait le lien de sang qui les unissait malgré sa froide logique ? Vous êtes frères ! Vous n'imaginez pas à quel point vous êtes chanceux ! Quoiqu'il en soit il devait le retrouver et le ramener.

Sesshomaru sauta d'arbre en arbre et trouva finalement Inuyasha assis, à la cime de l'un d'eux. Inuyasha ne montra pas qu'il avait remarqué son arrivée, mais cela ne déstabilisa pas Sesshomaru qui sauta sur la même branche que celle de son demi-frère.

« Que veux-tu Sesshomaru ? »

Sa voix était rauque et Sesshomaru ne fit aucun commentaire sur ce détail.

« Ton humaine s'inquiète pour toi.

- Et tu es venu me chercher, comme c'est attentionné. »

Le ton d'Inuyasha irrita Sesshomaru. Il cherchait la bagarre.

« Ecoutes-moi bien Inuyasha, si tu veux te battre, tu t'es adressé à la mauvaise personne. C'est pour Naraku que tu devrais garder tes forces. De plus, sache que ta femme vit aussi mal cette situation que toi…

- Elle n'est pas…

- Tais-toi, je n'ai pas fini ! Pleure pour la femme qui est morte il y a soixante ans de cela, mais ne le fais pas payer à celle qui est devenue ton présent. Si elle est vraiment la réincarnation de Kikyo, comme je le crois, elle a vécu ce qui se passait plus rudement que toi. Alors arrête de te morfondre, c'est indigne de notre sang. »

Le choc sur le visage d'Inuyasha n'avait pas de prix, mais Sesshomaru n'était pas d'humeur à sentir la satisfaction de défaire son frère, comme à son habitude. Il était là en train de remonter le moral de son frère. La journée commençait définitivement mal. Tout cela pour cette femme, Kagome, qui lui rappelait quelque part Rin quand elle était inconsolable ou perdue dans une triste contemplation.

« Pourquoi… pourquoi tu fais ça ? »

Sesshomaru haussa les épaules et tourna son visage vers le paysage qui se réveillait avec l'aurore.

« Nous sommes frères, après tout. »

Inuyasha ne répondit pas de suite.

« Au moins laisse-moi encore un instant. »

Sesshomaru acquiesça silencieusement. Il s'appuya au tronc d'un arbre, et laissa le temps à son frère de retrouver un sens à la réalité.

Le soleil se levait et les couleurs rosées du ciel s'étaient dissipées dans un bleu presque insultant après tout ce qu'ils avaient vécu la veille. Aucun d'eux ne parlèrent pendant longtemps. Finalement, Inuyasha se leva et le regarda la tête haute.

« Rin est en danger.

- Je sais. »

Leurs voix étaient fermes, mais Sesshomaru sentait l'inquiétude de son frère. Quand Sesshomaru analysa un peu plus ses propres sentiments il se sentait terrifié pour Rin. Suffisamment pour en être paralysé.

« Naraku, je le tuerai, » déclara calmement Inuyasha.

Le ton calme et certain de son frère, permit à Sesshomaru de refaire surface à la stupeur qui l'avait retenu. Il redevenait lui-même, il retrouvait la force de se battre.

« Je le tuerai avant, » répondit Sesshomaru fermement.

Malgré sa conviction, quelque part, il doutait de pouvoir parvenir à ce but.


Rin se sentit doucement émerger dans le monde de la conscience. Ses paupières prenaient une teinte rosée, éclairées par la lumière du jour. Elle ouvrit lentement les yeux et remarqua qu'elle était dans la pièce unique de la hutte de Kaede, éblouie par les rayons du soleil. Etrange que le soleil veuille encore se lever après tout ce qui s'est passé. Etrange aussi que les évènements de la veille fussent encore fraîchement gravés dans sa mémoire alors qu'elle voulait croire plus tout que c'était un cauchemar que l'aurore allait effacer. C'était un caprice puéril qu'elle balaya vite. Depuis longtemps elle n'était plus enfant.

Elle passa sa main doucement sur son visage pour se protéger de l'éclat du soleil et aperçut Kagome qui semblait perdue dans ses pensées, ses yeux fixés sur un point imaginaire de la cloison de bois.

« Où est Sesshomaru ? »

Rin fut surprise par le son de sa propre voix, lointaine, presque celle de Kikyo. Elle fut surprise par le contenu de sa question, un appel désespéré pour l'homme qu'elle aimait, même s'il aurait mieux fallut qu'il restât un étranger pour elle.

Kagome sursauta, mais se reprit rapidement, en forçant un sourire voué à l'échec dès le départ.

« Bonjour Rin-chan. Et bien, il est parti un peu avant l'aube. Je crois qu'il est allé voir Inuyasha… Il…il n'est pas revenu depuis qu'il a déposé le corps de Kikyo au temple. »

Rin crut un instant que Kagome allait s'effondrer en pleurs, mais elle respira profondément. Son sourire forcé réapparut même s'il n'atteignait pas ses yeux. Rin admirait le courage de Kagome, sa force qu'elle avait su gagner sur ses propres faiblesses. Rin aurait aimé être aussi forte qu'elle.

« Sesshomaru nous a beaucoup aidé ces dernières heures et Miroku se charge du reste. Tiens, mange un peu, tu dois être affamée. »

Rin n'avait pas spécialement envie de manger, mais Kagome était intransigeante.

« Rin, mange, dit-elle en lui tenant le bol de soupe, ou j'appelle Sesshomaru et il réussira à te faire manger, de gré ou de force. »

En d'autres circonstances, Rin aurait souri et aurait même refusé le bol, rien que pour voir Sesshomaru tenter de la faire manger. En d'autres circonstances…

Rin mangea en silence repensant aux évènements de la veille. Tant de choses avaient changé dans la balance du destin. Elle avait affronté Naraku, et il l'égalait en tout point dans la maîtrise de son pouvoir, dans un domaine totalement opposé au sien. A eux deux, ils représentaient les deux facettes du Shikon, le yin et le yang comme lui avait parlé une fois Miroku. Et rien ne permettait de dire, lequel des deux était le plus fort.

Et il y avait la mort de Kikyo. Elle savait ce qu'avait enduré la prêtresse. Elle gardait les paroles, les émotions, les sensations de Naraku enfouis au plus profond d'elle. Son horreur n'avait pas disparu, mais au moins, en tenant à l'écart ces souvenirs, peut-être réussirait-elle à ignorer le sort que lui réservait le hanyo.

Rin préfèrerait mourir que de vivre ce qu'avait vécu Kikyo. Elle comprenait le choix de Kikyo à la fin de ne pas être guérie. Elle se savait être la nouvelle cible. Kikyo avait été suffisamment claire sur le sujet pour qu'Inuyasha et Sesshomaru comprissent de quoi il en était. Ils s'engageraient instinctivement pour la protéger, ce qu'elle n'avait pas envie de gérer.

Il y avait pour Rin une autre priorité. Protéger l'autre cible potentielle qui ressemblait tellement à Kikyo, qui en était sa réincarnation. Elle leva les yeux sur son amie.

Kagome était autant en danger qu'elle.

Naraku ne s'était jamais montré intéressé par leur descendante, mais maintenant avec la mort de Kikyo, Naraku pourrait faire un amalgame entre les deux femmes. Rin ne permettrait pas qu'il s'en prît à elle.

Kagome sembla prendre conscience que Rin la fixait depuis un certain temps. Elle lui retourna un regard interrogateur.

« Rin-chan ? »

Rin baissa les yeux, gênée d'être découverte. Elle se sentit tout de même obligée de dire quelque chose.

« Kagome-chan, pourquoi…pourquoi ne me poses-tu pas de question à propos d'hier ? »

Elle était en effet restée silencieuse sur le sujet. Cette attitude ne correspondait pas à la nature curieuse de Kagome. Etait-ce… était-ce parce que les âmes déchirées communes à Kikyo et à Kagome lui étaient revenues ? Est-ce qu'une partie d'elle se souviendrait de… ?

L'expression de Kagome s'adoucit.

« Sesshomaru nous a parlé, et nous a demandé… enfin commandé de te laisser tranquille. Mais si tu veux en parl…

- Non. »

Rin continua de déjeuner, et Kagome n'interrompit pas le silence qui s'installa alors. Elles étaient toutes les deux plongées dans leurs sombres pensées.

Rin ne savait pas que penser à propos de la décision de Sesshomaru de raconter ce qui s'était passé. Elle était touchée qu'il lui épargnât l'obligation d'en parler elle-même. Cependant elle ignorait ce qu'ils avaient bien pu se dire…. Avaient-ils fait la connexion entre Naraku et elle alors qu'elle avait fui toutes explications depuis tant d'années ? Sesshomaru avait peut-être même fait partager ses suspicions pour ce qu'elle en savait. Ils deviendraient tous trop protecteurs si c'était le cas, et sa liberté d'action se verrait alors diminuée. Elle devrait alors agir en conséquence.

« J'espère qu'Inuyasha va bien… »

Rin se mordit la lèvre. Kagome essayait de lui confier ses émotions, et Rin s'en voulut d'avoir jusque là ignorer la peine de son amie. Cette épreuve les avait tous marqués. Kagome était l'une des personnes qui en souffrait le plus, non seulement parce qu'elle était la réincarnation de Kikyo, mais aussi à cause de son amour pour Inuyasha.

Inuyasha… que devait-il ressentir à présent ? De la douleur ? De la… culpabilité ? Rin se concentra pour le localiser et le trouva en compagnie de Sesshomaru.

« Il est dans la forêt, à quelques heures d'ici à pied. Sesshomaru est avec lui. »

Le regard inquiet de Kagome ne s'apaisa pas et Rin comprit pourquoi...

« Ils ne sont pas en train de se battre. »

Kagome poussa un soupir de soulagement.

« Kagome-chan ?

- Oui, Rin-chan ?

- Quand vont-ils enterrer Kikyo ? »

Kagome la regarda d'un air triste.

« Miroku est passé quand tu dormais encore. Ce soir, son corps sera incinéré. C'est la meilleure solution selon lui. Shippo, Shiori et lui ont veillé Kikyo toute la nuit.

- Il faudra qu'on protège ses cendres, Kagome-chan. Son âme ne doit plus jamais errer sur terre, plus jamais. Sinon, elle ne pourra se réincarner. Et nous ne pouvons pas le permettre, n'est-ce pas ? »

Kagome hocha la tête d'un air affirmatif, mais elle était visiblement surprise.

« Et comment…

- Le Shikon no Tama, » répondit-elle simplement.

Rin n'utilisait le Shikon no Tama seulement quand elle pensait ses pouvoirs insuffisants. Cela arrivait de plus en plus souvent ces derniers temps. Les cendres de Kikyo nécessitaient cette puissance selon elle. L'âme de Kikyo qui imprégnait sa dépouille de cendres et d'argile demandait cette force.

Doucement, Rin se natta les cheveux puis se leva.

« Rin-chan, que fais-tu ? Tu devrais te reposer. »

Rin ignora son conseil.

« Kagome-chan, tu es allée dans ton époque suite… suite à la mort de Kikyo ?

- Non, pourquoi…

- Tu pourrais y faire un tour avant les funérailles, s'il te plait ? »

Pour voir si tout était prédestiné. Pour s'assurer qu'elle était la descendante de Naraku ou de Rin elle-même. Kagome comprit ce qu'elle ne dit pas car elle ne posa pas d'autres questions.

Rin s'habilla dans ses vêtements de miko. Elle remarqua que son kimono mauve qui avait servi à recouvrir Kikyo était soigneusement plié dans un coin de la pièce. Sango ou Miroku avait dû le rapporter.

« Je vais voir Kikyo, » déclara Rin en bouclant son armure.

Elle n'ajouta rien et sortit de la hutte. Le village était déjà en effervescence et les regards hâtifs de certains lui disaient qu'ils étaient déjà au courant pour la mort de Kikyo. Elle monta le grand escalier menant au temple, lentement, encore fatiguée par les évènements de la veille.

Elle entra dans le petit temple de bois qui durant les siècles suivants s'agrandiraient encore. A l'intérieur, elle trouva Shippo, la tête posée que les genoux de Shiori, elle-même assoupie. Ils en avaient trop fait en oubliant de se reposer. Shippo leva la tête et se frotta les yeux à son arrivée, réveillant par la même occasion la jeune hanyo.

« Allez dormir, tous les deux. Je prends la relève.

- Non, je tiens à rester, » dit fermement Shiori.

Rin se demandait où la hanyo trouvait la volonté de poursuivre la veillée. Rin n'avait jamais aimé cette partie de son devoir de miko. Peut-être le faisait-elle par loyauté envers Kaede.

« Au moins, dit Rin doucement, tu devrais aller manger. J'ai déjà pris quelque chose. »

Shiori se tourna vers Shippo.

« Shippo-kun, s'il te plait, tu pourrais me ramener quelque chose ? »

Il hésita, mais le regard implorant de Shiori avait un pouvoir irrésistible surtout pour le kitsune.

« Oui, j'y vais. »

Il se leva et sortit, tandis que Rin prit sa place.

Elle observa la forme allongée sous le voile blanc au centre du temple. Rin d'une main incertaine, découvrit le visage de Kikyo. Son cœur manqua un battement quand elle le vit, plus serein qu'il ne l'avait jamais été dans les souvenirs de Rin. Kikyo était belle, figée dans une beauté céleste que l'éternité lui avait donnée. Si Rin n'avait pas été là, si elle n'avait pas ressentie ce qui s'était passé, elle aurait pu croire que Kikyo était restée pure, intouchée.

Rin passa doucement ses doigts sur la joue de la miko, voulant croire qu'elle dormait d'un sommeil réparateur. Mais elle était froide, glacée, vide de toute chaleur que son âme avait une fois donné à ce corps d'argile et de cendres. Kikyo était morte. Les yeux de Rin se troublèrent, noyés par des larmes qui coulèrent librement. Kikyo était morte, et Rin s'en sentait responsable. Coupable d'être celle qui vivait pour une raison qui lui échappait. Naraku aurait bien pu la tuer, elle, leurs places auraient pu si facilement être échangées.

Est-ce que Kikyo aurait pleuré à sa place en ayant les mêmes pensées ? Est-ce qu'elle se serait souvenue que pendant un temps, elles avaient été amies, sœurs même ? C'était semblait-il une partie du destin des héritiers de Midoriko. Vivre dans le regret et la culpabilité. Elle l'avait toujours su au fond, et pour cette simple raison, elle ne voulait pas être celle qui survivrait les deux autres héritiers, le ciel et l'enfer. Du moins quand elle acceptait de croire qu'aucun avenir ne l'attendait avec Sesshomaru.

Mais maintenant, Kikyo était morte, et elle ne pouvait pas permettre à Naraku de vaincre, de sortir impuni de ce qu'il avait commis. Elle ne pouvait pas pardonner, elle pouvait encore moins oublier. Jamais. Elle se battrait jusqu'au bout pour ne pas se soumettre au même destin que Kikyo. Elle se battrait seule.

« Rin… »

Shiori passa un bras autour de son épaule en appuyant sa tête contre sa joue. Rin ne bougea pas laissant son amie la réconforter, mais n'essuya pas ses larmes. Kikyo méritaient que quelqu'un pleurât pour elle. Elle méritait aussi tellement de choses qu'elle n'aurait jamais. Non, se reprit Rin, dans le futur, elle sera heureuse. Elle sera Kagome.

Et cette pensée apaisa Rin, autant qu'elle l'avait été auprès de Seiji et de Rowena.

Ses larmes se tarirent et lorsqu'elle trouva enfin la force de parler, elle s'écarta légèrement de Shiori.

« Tu feras une bonne miko, Shiori-chan. »

Elle parut étonnée par sa soudaine déclaration et Rin continua.

« Les villageois t'ont acceptée rapidement et t'admirent, même si tu n'es qu'une apprentie. Ils ont raison, je n'ai plus grand-chose à t'apprendre. »

Shiori se reprit de son choc initial.

« C'est faux, j'ai tellement de chose à apprendre de toi… Tu peux guérir, et…

- Tu crois que c'est suffisant ? »

Rin sourit sans sentir aucune joie.

« Je ne sais pas m'occuper de ceux qui cherchent un réconfort spirituel. Certes j'ai un don unique, mais que je n'ai jamais voulu confiner dans un village seulement. Depuis le jour où j'ai commencé à vivre auprès de Sesshomaru, j'ai toujours voyagé. Cela me convenait. La vie au village ne me satisfait pas. C'est pour cette raison que j'aimerai que tu me succèdes.

- Mais je ne serais jamais prête, Rin-chan, je…

- Tu sais tout ce qu'il faut savoir, Shiori-chan. Tu connais les herbes médicinales et les traditions du village. Tes pouvoirs de hanyo sont amplement suffisants pour le protéger. A la moindre hésitation, Miroku t'aidera. Quand je partirais, tu seras la personne la plus appropriée pour être miko, bien plus que je ne l'ai été.

- Rin-chan, les villageois croient en toi, ils ont confiance en toi, alors que moi… Je suis une hanyo.

- Et ils t'ont acceptée telle quelle, répéta-t-elle, comme ils avaient accepté Inuyasha. Moi… disons que le doute plane sur ma place ici. Tu seras parfaite en tant que miko. S'il te plait, Shiori. »

La hanyo la regarda de ses grands yeux violets, inquiets et hésitants. Rin la savait volontaire et loyale, elle ne doutait pas un seul instant de sa décision.

« Je le ferai, Rin-chan. Si c'est vraiment ce que tu souhaites.

- Oui, dit Rin simplement. Pour autant cette conversation doit rester entre nous. J'annoncerai mon départ au meilleur moment.

- Je comprends. »

Rin tourna son attention sur Kikyo.

« Puis-je rester seule un instant, Shiori-chan ? Juste un moment.

- Oui, répondit Shiori en se levant. Je vais voir ce que fait Shippo. A toute de suite, Rin-chan. »

Elle sortit de la salle du temple, devenue chambre mortuaire pour la deuxième fois en trois mois. La sœur aînée avait rejoint sa cadette rapidement. Et la responsabilité pour chacune d'elle revenait à leurs lointains cousins, Naraku et elle.

« Ai-je bien fait, Kikyo ? murmura-t-elle à la morte. Ai-je pris la bonne décision ? »

Jamais Rin n'eut de réponse. Mais elle était décidée de suivre ce qu'elle avait prévu de faire. Après les funérailles, Rin renoncerait à son statut de miko pour faire face au destin qu'elle avait toujours fui. Après les funérailles, tout s'achèverait enfin.


Arwen: Merci pour ta review. Bon, j'ai pas vraiment tué Kaede, c'est plus Naraku, hein... (un peu Rin aussi, sans trop le savoir...). Et je t'assure je ne veux pas que tu meures! Juste... c'est bon, ce chapitre n'a pas été trop dur? Tu te remets, promis?