Chapitre 21

Parce que je serai toujours avec toi

La bataille avait été éprouvante, même pour un Taiyokai comme Sesshomaru. Il avait affronté une épreuve aussi bien physique que morale. Surtout morale en fait. Il avait failli la perdre, cette humaine qu'il avait appris à aimer. Mais l'important maintenant était de l'avoir contre lui, vivante et endormie. Le pire était passé, du moins, il voulait l'espérer.

De l'aide plutôt inattendue était venue après la bataille en la personne de l'ookami Koga et de sa tribu. Sa femme Ayame était enceinte, et sans doute à cause de son état, avait été la plus bouleversée par le danger qu'ils avaient encouru. Elle leur proposa de venir séjourner dans leurs cavernes, mais Sesshomaru avait refusé. Il pensait que Rin préférerait rentrer chez ceux qu'elle considérait comme sa famille, le moine et sa femme. Elle trouverait la paix qu'il lui fallait là-bas.

La miko Kagome était enclin à suivre son avis sans laisser à Inuyasha la possibilité de donner le sien. De toute façon, même si étrangement Inuyasha paraissait soulagé de revoir l'ookami, il préférait sans doute laisser de la distance entre lui et son humaine, après avoir vu la miko Kikyo. L'arrivée impromptue de Jaken sur AhUn, le moine et le garçon Kohaku sur la neko yokai catalysa cette décision.

Ils partirent au plus vite, accompagnés au sol par la tribu des loups. Inuyasha, le moine et la miko montaient la neko yokai, tandis que Jaken et Kohaku se partageaient une place sur le dos d'AhUn. Le dragon avait un peu protesté de la présence du jeune homme mais l'avait accepté plus facilement que Sesshomaru l'aurait pensé. Sesshomaru garda Rin au creux de son bras. Il aimait le réconfort de l'avoir contre lui et il se chargeait de la protéger de la pluie qui commençait à cesser.

Inuyasha et sa miko entreprirent de raconter tout ce qui s'était passé, de leur voyage dans ce futur étrange jusqu'à la bataille finale. Les bribes de récit sur le futur intriguèrent Sesshomaru. Il semblait que Kagome retenait certains détails. Ils n'évoquèrent pas non plus les sentiments de Sesshomaru ou les circonstances de la mort de Rin. Cela satisfaisait Sesshomaru, l'entendre une fois avait été plus que suffisant.

« Je suis encore étonnée que Rin nous ait invoquées, dit la miko, Kikyo, Midoriko et moi. Elle disait vouloir faire tout toute seule.

- Elle a dit quelque chose de bizarre, ajouta Inuyasha, un truc comme quoi elle avait besoin de toutes celles qu'elle n'était pas.

- Elle a compris avant qu'il ne soit trop tard qu'elle n'y arriverait pas seule, dit le moine. Pour utiliser le Shikon no Tama à sa pleine puissance, il faut que les quatre âmes à leur état pur soient réunies. Même si Rin avait en elle-même une bonne dose des trois autres âmes, face à Naraku, c'était insuffisant.

- Quand je me battais, dit doucement la miko, je ressentais une émotion si forte. Tous mes sentiments pour Inuyasha étaient dans la flèche que j'ai tirée avec les autres…

- C'est parce que tu es le Sakimitama, l'amour, Kagome, répondit le moine. La force la plus puissante qu'il soit. »

La miko eut un sourire d'autodérision.

« Je ne crois pas, de nous quatre, la plus puissante face à Naraku était Rin. Je crois que j'étais bonne dernière après le courage de Midoriko ou la sagesse de Kikyo. »

Le silence tomba. La miko parut dépitée pour une raison qui n'intéressa pas vraiment Sesshomaru. Il remarqua pourtant qu'Inuyasha sentit le malaise de la miko puisqu'il posa son menton sur l'épaule de la jeune femme devant lui, ses bras encerclant sa taille un peu plus. Sesshomaru aurait dû être dégoûté par les signes d'affection entre son frère et la miko, mais il ne pouvait s'empêcher de leur jeter des regards. Est-ce qu'il pouvait être ainsi avec Rin ? Avoir une telle confiance en elle pour pouvoir la garder contre lui sans malaise ou sentiment de maladresse… Etait-ce… ce qu'il voulait ? La réponse vint vite. Certainement, c'était ce qu'il désirait plus que tout.

« Cela m'étonne, interrompit le moine. Le Sakimitama aurait dû être au moins aussi puissant que le Nagimitama.

- Oh, ce n'est pas difficile à comprendre, rétorqua la miko. C'est juste que mes pouvoirs de miko ne sont pas comparables à…

- Non, Kagome, coupa le moine. Ce n'est pas ainsi que vos pouvoirs ont fonctionné je pense. Toute est une question de balance et de contrebalance. Le Nigimitama de Rin est logiquement l'un des plus forts éléments contre Naraku qui n'a jamais eu ni ami, ni famille à ma connaissance. Il a peut-être fait preuve de sagesse par le passé, ou même de courage, mais il n'a jamais aimé. Cette force aurait dû le vaincre à elle seule.

- Non, dit la miko. Il a aimé. Onigumo a aimé Kikyo, et il y avait quelque chose de lointain, un souvenir pour Midoriko. Mais Naraku, c'est comme si… il avait aimé Rin.

- Quoi ? s'écria l'humain Kohaku qui sortait du silence dans lequel il avait été plongé dès leur départ.

- A la fin, on arrivait à sentir les sentiments de chacune de nous, et à travers Rin… ceux de Naraku. Il… il aimait Rin, je crois, même s'il ne s'en est peut-être jamais rendu compte et qu'aucun mot n'a été échangé entre elle et lui sur le sujet. Mais c'était indéniable… Il y avait ce… sentiment… »

Leur lien a été brisé. Il était fort. Sesshomaru venait à peine de comprendre l'étendue de la relation entre Rin et Naraku. Et peut-être qu'elle lui échappait encore.

« Et Rin ? Que ressentait-elle pour lui ? »

Sesshomaru fixa consciencieusement Rin contre lui quand il posa la question. Il ne savait pas vraiment s'il voulait entendre la réponse. Rin avait dit que parfois, Naraku était un ami, un compagnon. Se pouvait-il qu'il fût plus pour elle ?

« Il… comptait pour elle, répondit la miko avec hésitation. Plus que je ne l'aurais cru possible. Elle était habituée à lui et pour cette raison, elle était la plus capable de nous toutes à lui tenir tête. Mais… elle aime quelqu'un d'autre depuis si longtemps. Naraku et Rin l'ont toujours su.

- Je… vois. »

Le cœur de Sesshomaru prit un rythme légèrement plus rapide aux dires de la miko. C'était du soulagement, Rin ne partageait pas les sentiments que le hanyo avait eus pour elle. C'était une joie contenue aussi, car il était celui que Rin aimait. Je t'aime plus que tout, et rien ne pourra changer ce que je ressens. C'était la déclaration que Rin lui avait faite avant de partir affronter Naraku. Il se mit à y croire et à s'y raccrocher.

« Rin, est-ce qu'elle ira bien ? »

Sesshomaru jeta un coup d'œil sur le jeune homme Kohaku. Il ne pouvait pas voir ses yeux et donc cerner ce qu'il devait ressentir. Il réfléchit à sa question. Il lui faudra du temps pour se remettre, avait dit Midoriko. Des paroles dans lesquelles résidait la réponse à ses interrogations.

« Rin est forte. Elle ira bien. »

Inuyasha le regarda étrangement mais Sesshomaru l'ignora. Il ne souhaitait pas faire d'efforts supplémentaires pour réconforter les amis de Rin. Ils se turent finalement jusqu'à la fin du voyage. La miko réussit même à s'endormir dans les bras d'Inuyasha.

La nuit était déjà bien avancée quand ils arrivèrent au village. La taijiya, le kitsune et la hanyo les attendaient et la taijiya insista pour faire rentrer Rin dans leur maison, et non la hutte de la miko. Sesshomaru s'en moquait tant qu'ils étaient dans un environnement familier pour Rin, là où elle réussirait à prendre plus facilement des forces.

Il suivit la taijiya tandis qu'Inuyasha et sa miko prirent la route menant au puit. Ils désiraient vérifier si tout était rentré dans l'ordre dans le futur. Avant de les quitter, la miko avait confié la marguerite qui avait servi à le maintenir scellé à la taijiya. Elle déclara que peut-être Rin aimerait la garder. Sesshomaru n'était pas vraiment d'accord avec cette affirmation mais les laissa faire.

Sesshomaru regretta presque d'avoir accepté de suivre la taijiya, qui, lorsqu'il déposa Rin sur son futon, le jeta hors de la chambre pour pouvoir s'occuper de Rin. Sesshomaru savait que Rin n'aurait sans doute pas voulu sa présence alors qu'on la changeait, mais il ressentit la séparation, aussi courte fut-elle.

« Sesshomaru, avait déclaré la taijiya avant de fermer la porte, pendant ce temps là, faites-moi le plaisir d'enlever cette armure dans ma maison. Personne n'a l'intention de s'en prendre à vous. »

Sesshomaru avait grondé à la remarque impudente de la taijiya, mais en tant qu'invité, il se plia aux règles de la maison. Qu'elle fût maintenue par une humaine hystérique ne changeait rien. De toute façon, si le moine paraissait si rapide pour obliger les souhaits de sa femme, il devait bien y avoir une raison. Elle n'était pas une taijiya pour rien.

Lorsqu'il entra dans la chambre, Rin était allongée sur le futon, une couverture la recouvrait jusqu'à la poitrine. Elle portait un yukata blanc qui contrastait avec ses cheveux sombres étalés autour d'elle. Sesshomaru aperçut l'armure de Rin assemblée nettement dans un coin de la chambre.

« Il y a quelque chose qui n'est pas normal, déclara la taijiya alors que le moine et lui entraient. Elle a une cicatrice à l'épaule droite qu'elle n'avait pas avant. »

Sesshomaru s'agenouilla rapidement près de Rin. Avec une certaine hésitation, il écarta un peu le yukata de Rin de son épaule pour révéler la cicatrice. Il passa doucement ses doigts dessus. Elle n'était pas inquiétante, une trace blanche qui courait sur la peau plus mate de Rin sans atteindre sa poitrine. Cependant, Sesshomaru sentit sa colère bouillonner. C'était une semi-victoire de Naraku qui en laissant une marque sur Rin, lui riait encore au nez.

« Sesshomaru ? demanda le moine en le sortant de sa torpeur.

- Je croyais que Tenseiga aurait guéri toutes ses blessures, répondit-il à mi-voix. Mais Naraku, même mort marque toujours Rin.

- Cela ne reste qu'une cicatrice, dit fermement la taijiya. Nous en avons tous eu de Naraku. Rin s'en remettra. »

Après un moment de silence, le moine prit sa femme par la main droite et s'excusa. Sesshomaru considéra un instant le couple alors qu'ils sortaient. Il se rappelait vaguement que le moine était à présent libéré de sa malédiction avec la mort de Naraku. Ces enfants devaient alors être sauvés eux aussi. Ils étaient des êtres importants pour Rin, sa famille.

Sesshomaru fut reconnaissant d'être seul à veiller Rin. Il n'était pas particulièrement à l'aise parmi eux surtout que pendant longtemps, il les avaient considérés comme des nuisances. Ils étaient devenus la famille de Rin et Sesshomaru s'était forcé de les respecter. Même s'il ne l'avouerait jamais.

Sesshomaru n'était pas sûr s'il aimait voir Rin dormir. Elle était belle, radieuse même, et paraissait apaisée. Mais aussi tellement lointaine, dans un lieu qu'il ne pouvait pas atteindre. Sa main vint à son visage endormi pour caresser les contours de ses traits ou la soie de ses cheveux.

Le bruit de la porte qui s'ouvrait le fit s'arrêter. Sans se retourner, Sesshomaru reconnut l'odeur du garçon Kohaku. Le jeune homme ferma la porte et vint s'asseoir en face de lui. Sesshomaru réprima l'envie de gronder. Il ne connaissait que trop bien les sentiments du jeune homme pour Rin. Il ne les acceptait pas, même si Rin ne ressentait rien de réciproque pour lui. Kohaku restait quelqu'un qui désirait ce qui appartenait à lui, Sesshomaru.

« Elle parait si paisible quand elle dort, dit le jeune homme en observant le visage de Rin éclairé à la lueur de quelques bougies. Quand elle dort, il est inimaginable de penser qu'elle a traversé tout ce chaos. Il est impossible de penser que quelque part, elle est irrémédiablement brisée. »

Sesshomaru se raidit tout en essayant de maîtriser sa colère. Comment osait-il dire des choses pareilles ?

« Je l'attendrai toujours, » continua-t-il en glissant ses doigts dans la chevelure de Rin.

Sesshomaru gronda audiblement, mais le garçon ne retira pas sa main. Encore un peu et Sesshomaru l'étranglerait comme il aurait dû le faire dix ans plus tôt. Mais pas en présence de Rin, endormie ou pas. Elle ne lui pardonnerait jamais. Il se rendit compte combien il agissait en fonction des attentes de Rin. Il ne savait pas vraiment si c'était une mauvaise chose.

« Je serai toujours là pour elle si elle en a besoin, reprit Kohaku. Mais jusqu'à présent, toutes les fois où elle avait besoin de quelqu'un, jamais elle n'est venue me voir pour chercher du réconfort. Elle est ma meilleure amie, mais quand il lui fallait de l'aide, elle fuyait. En fait, elle avait besoin de vous.

- Pourquoi… me dis-tu cela ? »

Sesshomaru ne voyait pas vraiment où le jeune hommr voulait en venir.

« Je n'ai jamais compris pourquoi Rin vous aimait. Vous êtes aussi froid que la lune, elle, elle est le soleil. Tout vous oppose… et pourtant c'est vous qu'elle a choisi. Pourquoi !? »

L'éclat dans la voix du garçon surprit Sesshomaru. Kohaku comprimait ses poings sur ses cuisses, puis inspira profondément. Cette fois-ci, il le regardait lui, plus Rin. Sesshomaru en fut étonné, surtout quand il remarqua une détermination dans ses yeux, même si elle était teintée de tristesse.

« Ce qui compte pour moi, c'est qu'elle soit heureuse. Même si cela doit être avec vous. »

Sesshomaru ne manqua pas la menace dans le ton du jeune homme et ne leva qu'un sourcil en réponse. Kohaku n'hésiterait pas à le défier s'il arrivait quelque chose à Rin. Comme s'il avait la moindre chance de le battre. Sesshomaru admit toutefois que le jeune homme avait une certaine bravoure. Il ne salissait pas l'amitié que Rin lui portait.

Kohaku quitta la chambre sans rien dire d'autres. Sesshomaru savait que c'était la première et dernière fois qu'ils auraient cette conversation. Ils n'avaient pas vraiment instauré de trêve, mais plutôt une reconnaissance qu'aucun d'eux n'admettrait jamais.

Sesshomaru veilla seul Rin pour le restant de la nuit. Le lendemain, la taijiya le renvoya à nouveau hors de la chambre, déclarant mettre Rin au propre.

« Vous n'êtes pas mariés que je sache, s'exclama la taijiya. Je ne vais pas vous laisser voir Rin complètement nue pour vos beaux yeux de pervers ! »

Sesshomaru s'était demandé quelle était la force phénoménale qui l'avait retenue de terrasser la taijiya d'un coup de griffes. Elle le ridiculisait devant toute sa famille, Jaken et surtout Inuyasha qui s'était esclaffé sans aucune dignité.

« Vas-y Sango ! Montre lui qui est le chef, ici !

- Osuwari. »

Apparemment la miko voulait lui épargner plus de honte ou éviter une bataille entre Inuyasha et lui.

Kagome et Inuyasha étaient revenus avec de bonnes nouvelles du futur. D'après eux, tout était revenu comme il devait être. Sesshomaru s'était sentit mal à l'aise dans ces réjouissances, surtout avec l'animation entre Koga et Inuyasha. Bien que tous les deux casés, ils étaient déterminés à rester rivaux. S'il n'avait rien de mieux à faire, Sesshomaru aurait sans doute frappé les deux idiots pour les faire taire.

Les deux enfants de la taijiya et du moine passaient leur temps à s'amuser avec Jaken. C'était plus de la torture qu'un jeu pour Jaken, mais Sesshomaru ignora sciemment les regards implorants de son serviteur. Il avait toujours eu des problèmes avec les enfants de toute façon depuis Rin.

Kagome se leva pour rejoindre la taijiya et voir l'état de Rin. Ayame continua sa conversation avec la hanyo Shiori, tout en maîtrisant Koga quand il s'emportait trop. Le moine, le kitsune et l'humain Kohaku parlaient de choses et d'autres en rapport avec la vie du village.

Sesshomaru observait en silence attendant patiemment le retour des deux femmes. Il pouvait très bien imaginer Rin interagir dans ce milieu. Elle y avait sa place. Contrairement à lui. Kohaku avait raison. Rin et lui étaient bien différents.

Il se leva quand la miko et la taijiya sortirent de la chambre. La miko le rassura sur l'état de Rin qui dormirait sans doute quelques jours encore. La quantité de pouvoir qu'elle avait utilisée était sans précédent. D'autres qu'elle seraient morts d'épuisement. Sesshomaru s'était retenu de remarquer que cela s'était produit. Rin était morte de ses blessures et de sa fatigue sans doute. De plus, il se demandait si les difficultés qu'il avait rencontrées pour la ramener du monde n'ajoutaient pas à son état de fatigue.

Les deux jours qui suivirent se ressemblèrent. Rin était toujours endormie et Sesshomaru n'avait de cesse de la veiller. Il voulait être là quand elle se réveillerait. La taijiya, malgré les manières brusques qu'elle lui réservait, était maternelle et douce avec Rin, ce qui forçait Sesshomaru à la tolérer. Rin aurait sans doute besoin de cette seconde mère qu'elle s'était attribuée. Sesshomaru n'avait aucune envie de le lui retirer.

Au deuxième soir, une visite impromptue dérangea sa veille. Le kitsune et les deux enfants Ren et Kiyoshi entrèrent dans la chambre après le dîner. Sesshomaru les observa froidement, obligeant les deux enfants à se cacher derrière les jambes du kitsune qui lui lança un regard mauvais.

« Pas la peine de leur faire peur, dit-il. Ce ne sont que des enfants.

- Ce n'était pas mon intention. Moi, Sesshomaru, n'ai aucun intérêt d'effrayer des enfants humains.

- Keh, c'est ça ouais. »

Le kitsune avait suivi pendant trop longtemps Inuyasha. Son influence avait été dévastatrice que le jeune yokai. C'était regrettable.

Shippo vint s'asseoir en face de lui de l'autre côté de Rin, flanqué des deux enfants. Le kitsune s'étala contre le mur derrière lui, ses mains derrière sa tête et ses yeux levés au plafond. Les deux enfants semblaient craintifs et fixaient leurs mains sur leurs genoux. Pendant longtemps, un lourd silence pesa sur eux. Shippo fut le premier à perdre patience et se releva.

« Bon, si vous ne dîtes rien, moi je m'en vais.

- Shippo-onichan ! appela le petit garçon en tenant l'hakama du kitsune. S'il te plait, on veut rester encore.

- S'il te plait, Shippo-onichan, répéta la petite fille. Ren-chan fera un effort. »

En entendant la petite humaine, Sesshomaru eut la vague impression de revoir Rin lorsqu'elle était petite. Elle avait eu cette habitude de parler à la troisième personne aussi.

Sesshomaru vit la résolution du kitsune s'effondrer devant le regard suppliant de Ren. Typique.

« Bon, très bien ! »

Le kitsune se rassit, les jambes et les bras croisés, d'un air bourru. Sesshomaru ne manqua pas de voir le soulagement des deux enfants. Il se demandait si dès lors le même silence allait retomber. La réponse arriva rapidement quand la petite fille se mit à crapahuter plus près de Rin.

« Dis, Rin-neechan, tu vas te réveiller vite ? Ma main, elle va mieux comme Kiyochi-chan, et Okasan dit qu'il faut te dire merci quand tu seras réveillée. Alors dépêche-toi, hein, neechan ? C'est plus drôle quand tu joues avec nous. »

La petite fille reprit sa place près du kitsune qui lui sourit.

« C'est bien, Rin se réveillera plus vite maintenant que tu lui as parlé. »

Ren sourit d'une façon plus éclatante encore, comme l'aurait sans doute fait Rin.

« Et toi, Kiyoshi-chan, reprit le kitsune en se tournant vers le garçon à sa gauche, tu voulais dire quelque chose, n'est-ce pas ? »

Le garçon serra ses poings sur ces genoux. Sesshomaru se demanda vaguement s'il l'effrayait au point de l'empêcher d'énoncer son message pour Rin. La petite fille avait été plus courageuse. Sesshomaru commençait à s'ennuyer un peu.

« Rin-neechan… c'est ma grande sœur, commença-t-il doucement. Et… je l'aime beaucoup et je veux qu'elle soit heureuse. »

Sesshomaru scruta attentivement le garçon qui releva la tête. Ce n'était finalement pas un message pour Rin, mais bien pour lui, Sesshomaru.

« J'aime pas la voir triste, et je veux, jamais, jamais, la voir pleurer. »

La voix de Kiyoshi était plus forte, plus assurée.

« Alors… alors si vous la rendez triste, et bien je vous le ferai payer ! »

De la défiance. Un enfant de six ans le défiait. S'il avait été quelqu'un d'autre, Sesshomaru aurait sans doute ri. Il se contenta de ne rien montrer de l'irritation qu'il ressentait. Après le discours de l'humain Kohaku, il avait droit à celui d'un garçon qui ne savait même pas lire ni écrire. Il s'attendait maintenant à celui du kitsune.

« C'est bien Kiyoshi, dit Shippo en ébouriffant la tête du garçon. Te voilà un homme. Ils ne sont pas nombreux ceux qui auraient pu parler au taiyoaki Sesshomaru comme tu l'as fait. Je suis fier de toi. »

Puis le kitsune prit un air sérieux et se tourna vers lui.

« Je suis d'accord avec Kiyoshi. Je considère Rin comme une sœur aussi. Si vous lui faites le moindre mal, je vous jure que je vous pourchasserai jusqu'à ce que vous payiez dix fois ce que vous lui auriez fait. Et on sera plusieurs à vous retrouver, vous inquiétez pas. »

Sesshomaru se retint de lever les yeux au ciel. Il aurait dû le parier. Ils étaient tous si prévisibles.

« Bon, reprit le kitsune d'un ton plus jovial, je crois qu'il est temps d'aller dormir. Vous avez dit tout ce que vous aviez à dire…

- Shippo-onichan, coupa la petite fille, j'aimerais dormi avec Neechan.

- Si tu dors ici, déclara le garçon avec fougue, alors moi aussi.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, répondit le kitsune en jetant un coup d'œil rapide sur Sesshomaru.

- Mais onichan, persista la petite fille, Rin-neechan me manque. Onegai, je serai sage et si… Sesshomaru-sama le veut bien. »

Elle se tourna timidement vers lui tandis que le garçon lui lançait un regard déterminé. Shippo attendait sa réponse avec curiosité.

« Faites comme vous le voulez, » répondit-il.

Les deux enfants soupirèrent de soulagement et Shippo n'eut plus qu'à céder. Ren, après avoir embrassé Rin sur la joue, se blottit contre elle tandis que son frère s'allongea à côté d'elle. Shippo amena une couverture supplémentaire qu'il déposa sur les deux enfants. Avec un regard prudent pour Sesshomaru, il éteignit la bougie, et sortit de la chambre, laissant les enfants s'assoupir.

Dans l'obscurité, Sesshomaru discernait bien les trois formes endormies. Rin ferait une bonne mère, Sesshomaru s'en rendait compte. D'ailleurs, ne devait-elle pas engendrer une lignée ? Sesshomaru lui, n'était pas prêt pour cela. Il lui fallait un héritier bien entendu, mais un enfant de Rin et lui serait un hanyo, des êtres qu'ils avaient toujours méprisés. Mais il serait l'enfant de Rin. Et peut-être, pour cette unique raison, Sesshomaru pourrait l'accepter.

C'était absurde de penser à ce sujet. Rin ne savait même pas qu'il envisageait une vie avec elle. Et rien ne permettait de dire si elle accepterait ou pas. Elle l'avait déjà repoussé par le passé, elle pourrait très bien le refaire ensuite, malgré ce qu'ils ressentaient. Il faudrait une conversation entre Rin et lui dès qu'elle irait mieux. Rester dans l'incertitude le pesait plus qu'il ne l'aurait imaginé.

Le lendemain, Rin commença à sortir du sommeil qui l'avait coupé du monde pendant ces trois derniers jours. Sesshomaru reconnut au rythme de la respiration de Rin, moins profonde, qu'elle s'approchait de la conscience.

Pour une raison qu'il lui était inconnu, il n'était pas prêt à affronter Rin seule. Pas encore. Il se leva donc, et ouvrit la porte qui menait à la salle commune de la petite maison. La famille était là au complet, avec en plus Jaken, les deux ookami et leurs comparses Ginta et Hakkaku, la hanyo Shiori, Inuyasha et sa femme. Sesshomaru remarqua qu'ils étaient assemblés pour le dîner. Le silence tomba quand ils l'aperçurent.

« Taijiya, dit-il d'une voix neutre, suis-moi. »

La taijiya était à deux doigts d'éclater de colère pour son ton. Il aurait probablement reçu des commentaires cinglants si le moine n'avait pas posé sa main sur l'épaule de sa femme.

« Il y a un problème, Sesshomaru ? »

Sesshomaru considéra le groupe avant de se retourner pour retrouver la chambre de Rin.

« Rin va se réveiller, » fut tout ce qu'il dit.

La nouvelle eut un effet immédiat qui consista essentiellement à des exclamations de joies et de surprises. Sesshomaru ne s'attarda pas à savoir qui faisait quoi et entra dans la chambre. Il était déjà assis à sa place habituelle, dos à la porte, quand la taijiya entra et vint s'asseoir en face de lui. Son visage ne masquait pas son appréhension. Tout le monde s'installa autour du futon de Rin ou derrière Sesshomaru et attendait en retenant leur souffle le réveil de Rin.

Rin remua doucement dans ses couvertures, et passa une main sur son visage comme si elle cherchait à se protéger de la lumière. Ses paupières se plissèrent puis elle ouvrit ses yeux lentement, son regard reconnaissant petit à petit son environnement.

« Rin-chan, dit la taijiya avec une trace d'émotion dans la voix, est-ce que ça va ? »

Rin ne fit rien qui pouvait assurer qu'elle avait entendu la question. Puis, assez brusquement, elle se mit en position assise.

« Rin ! dit la taijiya en retenant son bras. Tu ne devrais pas te fatiguer. »

Rin ne semblait pas écouter la taijiya. Elle fixait intensément ses mains posées sur la couverture. Elle se tourna vers Sesshomaru qui sursauta presque quand il croisa son regard. Elle souffrait. Pour une raison qu'il ignorait, elle souffrait bien plus qu'il n'était humain de souffrir.

« Naraku. »

Sesshomaru fut blessé que le premier mort qu'elle prononça à son réveil était le nom du hanyo. Il se contint pourtant, elle n'avait pas besoin de le voir défaillir. En plus, c'était lui, Sesshomaru, qu'elle avait appelé lorsqu'il l'avait ressuscitée.

Mais appelait-elle Naraku, ou demandait de ses nouvelles ? Sesshomaru préféra répondre comme si cet appel n'était qu'une question, quand bien même il savait qu'il se mentait.

« Mort. »

Il fut marqué par l'absence totale de réaction de la part de Rin. Pas un mouvement, pas une parole, pas même un éclair quelconque d'émotion qui traverserait son visage. Il n'y avait rien. Sesshomaru ne savait pas à quoi il aurait dû s'attendre, mais certainement pas à cela. Il savait que ce n'était pas normal, et il en était terrifié.

« Rin, appela le moine avec douceur, tu as réussi à vaincre Naraku. Regarde ma main. Il n'y a plus de kazaana. La malédiction est levée, aussi bien pour moi que pour les enfants. »

Là non plus, il n'y eut aucune émotion.

« Je vois. »

Rin, qu'est-ce qu'il y a ? Sesshomaru se souvint de cette Rin de l'au-delà, celle qui s'était recroquevillée quand il avait définitivement éliminé Naraku avec le Tenseiga. Celle qui avait crié de douleur lorsqu'il asséna son ultime coup. Etait-elle… si affectée par la mort de Naraku ? Leur lien était fort. Mais quelle en était vraiment l'étendue pour Rin ? Il est impossible de penser que quelque part, elle est irrémédiablement brisée.

Non ! L'humain se trompait, Rin ne pouvait pas être brisée.

« Rin ? » appela la taijiya visiblement aussi inquiète que lui par son manque de réponse. Rin s'allongea entre ses couvertures en se recroquevillant sur elle-même. Elle tournait le dos à la porte et à Sesshomaru qui le ressentit amèrement.

« Je suis fatiguée.

- Bien sûr, déclara la taijiya en se levant, nous allons te laisser.

- Rin-neechan ! appela la petite fille. Je pourrais dormir avec toi ?

- Ren-chan, réprimanda la taijiya, Rin a besoin…

- Oui, interrompit Rin sans se retourner. Si tu veux. »

Sesshomaru en fut soulagé. Le simple fait qu'elle répondit à l'enfant était un pas vers la normalité. Il lui faudra du temps pour se remettre.

Sesshomaru en avait parfaitement conscience alors qu'il restait à nouveau seul avec Rin et l'enfant. Il savait qu'elle ne dormait pas même s'il ne voyait que son dos. Il respecta son silence, du moins pour l'instant. Bientôt, il lui parlerait, bientôt. Mais d'abord, il fallait qu'elle évacuât sa douleur.


Dire que la vie était parfaite depuis la mort de Naraku était aussi vrai qu'un Sesshomaru bienfaisant. Une certaine normalité avait commencé dans la vie d'Inuyasha et c'était une expérience tellement nouvelle qu'il se sentait parfois un peu perdu.

Miroku n'avait plus la malédiction du kazaana qui pesait sur lui et sur sa famille. Il passait son temps à montrer sa main droite à tous les badauds du village. Il n'y avait plus de menace intempestive de yokai envoyés par Naraku, même si certains se hasardaient toujours aux alentours du village attirés par le Shikon no Tama. Rien que Kohaku, Shippo et lui ne pouvaient vaincre.

Non, tout était normal, mis à part Rin. Elle parlait peu et paraissait toujours lasse, même après être revenue à la vie grâce au Tenseiga. C'était assez surprenant d'ailleurs, Inuyasha avait toujours cru que l'épée de son frère pouvait guérir n'importe quoi, des simples égratignures à l'épuisement. Mais apparemment il y avait des limites, comme cette blessure à l'épaule qu'avait assénée Naraku à Rin. Inuyasha ne l'avait pas vu à proprement parler, c'était juste Kagome qui l'avait mentionnée. Elle avait été aussi surprise que lui, et Inuyasha aurait parié Tessaiga que Sesshomaru l'avait été aussi.

Ce n'était pas tant la santé de Rin qui inquiétait tout le monde mais bien son moral. Inuyasha avait vu la jeune femme traverser des hauts et des bas, mais rien de ce qu'elle avait vécu auparavant ne l'avait amenée dans un tel état. Elle sortait peu de sa chambre. Quand elle prenait un peu l'air d'automne, parce que Sango ou Sesshomaru l'y avait poussée, c'était seulement pour rester devant la maison, assise à l'entrée.

Dans tous les cas, Sesshomaru continuait sa garde silencieuse. Il devenait l'ombre de Rin et surveillait du coin de l'œil le moindre de ses gestes ou de ses paroles. C'était comme s'il s'attendait à un moment ou à un autre que Rin ne défaillît ou se brisât en morceaux. Mais Inuyasha le voyait bien, cela s'était déjà produit. Elle avait été brisée.

Il y avait une raison à cela, une parmi tant d'autres peut-être, mais une valable. Kagome et lui la connaissait même s'ils préféraient éviter d'en parler entre eux. C'était un tort sans doute. Ils auraient peut-être trouvé la solution au problème de Rin ensemble. Mais c'était surtout entrer dans la relation entre Rin et Naraku.

Rin et moi étions liés plus profondément que des amants. Elle était une partie de moi, aussi essentielle qu'un de mes membres. Elle était irremplaçable. Sans elle, je suis devenu incomplet, vide. Il en sera de même pour Rin si je venais à mourir. Rien ne pourra changer cela, même tout l'amour que tu pourrais éventuellement lui donner, Sesshomaru. Elle deviendra l'ombre d'elle-même, comme moi je le suis devenu.

C'était les paroles mêmes de Naraku de ce faux futur qui semblaient se réaliser. Sesshomaru aidait Rin autant qu'il le pouvait et c'était clairement inefficace. Oh, il était là pour elle, c'était évident, mais leur relation n'avait pas du tout évolué. C'était sans doute difficile avec le manque de réactivité et de réponse de la part de Rin.

Inuyasha s'était décidé à lui parler. Peut-être, peut-être qu'il parviendrait à l'atteindre.

C'est ça, hypocrite !

Il se dégoûtait. Le moral de Rin n'était pas la principale raison pour laquelle il voulait lui parler. Non, il avait besoin de ses pouvoirs. Depuis longtemps, Inuyasha y réfléchissait. Non, en fait depuis son voyage dans le faux futur.

Il voulait devenir humain. Pour Kagome.

Après la bataille contre Naraku, l'idée s'était tournée en obsession. Kagome semblait être heureuse d'être avec lui, même s'il était un hanyo, toutefois cela se compliquait quand ils étaient dans le futur. Il devait constamment porter une casquette lorsqu'ils se promenaient, mais cela ne changeait rien aux regards curieux qu'il recevait à cause de ses yeux ou de ses cheveux.

Inuyasha se moquait bien de ce que pouvaient penser les autres de son apparence. Toutefois, il savait que viendrait un temps où Kagome serait affectée par ce qu'ils disaient.

Et bien sûr, il y avait une raison bien plus importante. Il ne voulait pas la voir vieillir en restant toujours le même, il ne voulait pas la voir mourir pour continuer à vivre sans elle pour des siècles et des siècles.

Rin était la seule personne capable de l'aider. Elle avait réussi à transformer le grand-père de Sesshomaru, un taiyokai, en humain. Elle n'aurait aucun problème avec un hanyo. Il devait lui en parler.

C'était une semaine après qu'elle reprit connaissance qu'il se dirigea résolument vers sa chambre en fuyant le temps couvert d'automne dehors. Il frappa à la porte puis entra en ignorant volontairement son frère. Même après la bataille, Sesshomaru et lui n'étaient pas vraiment dans les meilleurs termes. C'était un armistice, mais il n'était pas comparable à l'alliance qu'il avait eue avec le Sesshomaru du futur. Il n'était pas le même homme non plus.

Rin était assise dans son futon tenant dans ses mains une fleur. Inuyasha reconnut la marguerite qui avait servi à maintenir le sceau sur Sesshomaru. Il se demanda ce que son frère devait penser de voir Rin garder la fleur. Peut-être qu'il maudissait Kagome de ne pas l'avoir jetée. Peut-être qu'il s'en moquait finalement. Et dire que c'était cette même fleur que le Sesshomaru du futur avait conservé pendant cinq siècles. La vie, le temps, étaient bien trop complexes pour Inuyasha.

Il s'assit à côté de Rin qui le regarda calmement. Trop calmement même, pensa-t-il avec un frisson dans le dos.

« J'aimerai te parler, Rin. Seul. »

Le dernier commentaire était pour Sesshomaru qui releva immédiatement.

« Et pourquoi voudrais-tu t'entretenir seul à seule avec Rin ?

- Ben justement, si je veux lui parler seul à seule, c'est pour pas que tu le saches.

- Sesshomaru, ne t'inquiète pas, dit Rin avant que leur conversation ne dégénérât. Tu devrais te promener dehors un peu. Je n'ai pas été d'une grande compagnie ces derniers jours, tu dois en avoir assez. Pardon.

- Ne dis pas… »

Sesshomaru se retint de continuer sans doute parce qu'Inuyasha était présent.

« Je vais vous laisser. Au moindre problème, je serai à côté. »

Inuyasha fut presque surpris de voir Sesshomaru sortir de la chambre sans plus de discussion. Il attendit pour se rendre compte que son frère s'était posté à la porte de la chambre. Là où il pourrait tout entendre.

« Keh, j'y crois pas, il… »

Rin attrapa sa manche de haori, ses yeux pour une fois exprimant un peu d'émotion.

« Il ne nous interrompra pas, Inuyasha, alors… »

Elle hésita et Inuyasha se trouva piégé. Il acquiesça en soupirant. De toute façon, Sesshomaru le saurait bien assez tôt.

« Alors, il y avait une raison à cette visite ? demanda Rin doucement.

- Une raison ? Parce que je dois avoir une raison pour voir une amie ? »

Le regard pénétrant de Rin le fit culpabiliser. Comment arrivait-elle à faire cela ? A voir son âme à travers sa façade ?

« Bon d'accord… En fait, il y a une raison. Je euh… comment dire… J'aimerai être un humain. »

Rin le fixait toujours de cette manière très inconfortable pour lui, mais ne répondit pas. C'était un mauvais signe, il devait défendre sa cause.

« Je veux dire, devenir un vrai humain, pas seulement une nuit par mois mais tout le temps.

- Est-ce à cause de cette conversation que nous avons eue l'année dernière en haut de l'arbre ? Je ne te visais pas Inuyasha.

- Je sais. Il y a un peu de ça, et d'autres choses encore. J'ai eu le temps de réfléchir et je sais que c'est pour le mieux. Tu sais, je commence déjà à paraître plus jeune que Kagome.

- Elle n'a que vingt-quatre ans, Inuyasha.

- Et justement, dans dix ans, quinze ans, des gens diront qu'elle est ma mère en nous voyant ?

- Inuyasha…

- Non, écoute. Je ne te demande pas de devenir plus puissant grâce à la perle. Tu connais mes raisons, tu sais qu'elles sont légitimes. Je n'ai pas envie de vivre des siècles à pleurer la mort de Kagome, comme Sesshomaru le faisait dans ce futur sans toi. Je veux rester à ses côtés, vieillir et mourir avec elle quand on aura nos petits-enfants. »

Rin le considéra avec précaution.

« Kagome est-elle au courant ? »

Inuyasha ouvrit puis ferma la bouche. Elle l'avait eu.

« Non, je ne lui en ai pas parlé.

- Tu aurais dû.

- Peut-être, mais comment tu veux que je lui dise ? C'est déjà pas vraiment facile d'en parler avec toi, alors imagine avec Kagome !

- Elle est la première personne concernée après toi.

- Je sais, mais… C'est pour le mieux, répéta-t-il. Tu le sais, Rin. Est-ce que… est-ce que tu veux que je te supplie ? Parce que je le ferai s'il le faut… je… »

Rin posa sa main sur son épaule avec ce qui aurait pu être l'ombre d'un sourire.

« Je comprends, je le ferai. »

Inuyasha prit Rin dans ses bras, tant son soulagement était grand.

« Merci, Rin, merci.

- Il faut que tu saches que je ne te rendrais jamais ta forme de hanyo, après. Quelque part, tu renies l'héritage de ton père. »

Inuyasha fut choqué des paroles de Rin. Il n'avait jamais vu cela ainsi. Père… Qu'aurait-il fait à sa place ? Ce père qu'il n'avait pas connu, mais dont on disait qu'il était le plus grand des taiyokai ayant existé. Et qui tomba amoureux d'une mortelle.

Inuyasha sourit.

« Non, je ne le renie pas. Il aurait fait la même chose, s'il en avait eu l'occasion. »

Cette fois Rin lui sourit réellement. Oh, ce n'était pas l'un de ses sourires éclatants d'avant mais c'était déjà cela.

« C'est dommage, j'aimais bien tes oreilles.

- Feh, voilà un truc qui me manquera pas. C'est agaçant quand on essaye de tripoter mes oreilles. »

Rin prit un air sérieux. Elle positionna ses deux mains de chaque côté de son visage. Inuyasha remarqua la douceur de ses doigts contre ses joues. Pour une toute autre miko, il aurait sans doute reculé, mais Rin était son amie. Il lui faisait confiance, même si elle allait le purifier.

« Il se peut que cela soit douloureux.

- Tant pis. »

Il encouragea silencieusement Rin du regard et elle s'exécuta. Elle appela à elle les pouvoirs du Shikon no Tama et il fut parcouru par un frisson glacé d'énergie purificatrice. Il savait que Rin n'utilisait qu'une infime partie de ses pouvoirs, et en était reconnaissant. L'expérience déjà désagréable du processus de purification aurait été insupportable.

Doucement, il se sentit changer, un peu de la même façon dont il changeait à l'approche d'une nuit de nouvelle lune. Toutefois, la transformation était maintenant plus rapide et lui donna plus conscience de sa métamorphose en humain. L'acuité de ses sens diminuait et surtout, il ressentait plus ses émotions, ce mélange confus de peurs et de joies, d'amour et d'amitié, qui fusaient dans tous les recoins de son âme.

En tant qu'humain, il se sentait vivre, un sentiment qui manquait cruellement aux yokai, eux qui oubliaient cette sensation primale après des siècles de vie. Les humains, grâce à cette soif de vie, pouvaient construire leur futur et savourer chaque instant présent. C'était ce qu'il voulait, avec Kagome à ses côtés.

L'énergie purificatrice le quitta aussi doucement qu'elle était venue, plus tiède et chaleureuse alors qu'elle avait été glacée avant. Rin enleva ses mains de son visage, laissant Inuyasha considérer son nouvel état.

Il glissa sa langue sous ses dents, remarquant qu'il n'avait plus de crocs mais bien des dents humaines. Il observa ses mains sans griffes puis passa ses doigts là où avaient été ses oreilles de chiens. Il n'y avait plus rien, seules des oreilles humaines avaient repris leur fonction. Il amena une de ses mèches de cheveux devant ses yeux et constata qu'elle était noir jais.

« Ca a marché. »

C'était la constatation du siècle. Rin allait répondre mais du bruit se fit entendre de l'extérieur de la chambre.

« Poussez-vous, Sesshomaru ! criait Kagome. Je veux voir ce qu'ils font !

- Sesshomaru la retiendra le temps qu'il faut, dit tranquillement Rin. J'espère seulement qu'ils n'iront pas jusqu'à se battre yokai contre miko. »

Inuyasha voulait sortir pour parler à Kagome et lui expliquer ce qui s'était passé mais il se retint. Il devait parler à Rin, l'atteindre d'une façon ou d'une autre. Il lui devait bien cela.

Mais comment ? Il était aussi avancé qu'au début, il ne savait pas comment aborder le sujet avec Rin, de sa relation avec Naraku. Mais il devait trouver un moyen.

« Il semblerait que Sesshomaru a réussi à la calmer, » commenta Rin.

Inuyasha détestait l'entendre parler avec un ton aussi froid, presque indifférent. Ce n'était pas la Rin qu'il connaissait.

Il remarqua soudain qu'elle avait raison. Il n'entendait plus Kagome crier de l'autre côté de la porte. Il percevait plusieurs sons de voix qui semblaient être entré dans une conversation, mais il ne distinguait rien d'autre. Il vint presque à regretter ses capacités de hanyo. Presque. Etre humain était ce qu'il voulait.

« Pourquoi… pourquoi êtes vous venus, toi et Kagome ? demanda soudain Rin. Et ce que tu as dit sur Sesshomaru… Dans le futur, il pleurait pour moi ? »

Les yeux de Rin ne montraient rien de ses émotions ou de ses pensées, mais ils étaient implacables, demandant la vérité. Toute la vérité, entière et nue, sans embellissement ou omission. Et même si Inuyasha ne désirait pas en parler, il lui dirait tout. C'était l'occasion ou jamais de lui parler de Naraku.

Alors il commença à raconter ce qui s'était passé depuis le moment où ils tombèrent dans le puit pour être capturé jusqu'à la bataille finale entre Naraku et Sesshomaru. Plusieurs fois, il hésita dans son récit, en particulier quand il arrivait au sort de Rin dans ce monde ou aux sentiments de Sesshomaru et de Naraku pour elle. Mais les yeux de Rin ne le quittaient pas, le forçant à dire ce qu'il aurait préféré taire, même si cela la concernait directement.

Quand il finit de parler, Rin retourna à la contemplation de la fleur entre ses mains, sans rien dire. Inuyasha ignorait quelle réaction il aurait dû avoir, mais il espérait au moins une réaction. Pas ce silence qui servait de refuge à Rin. Tout mais pas cela.

« Rin ?

- Je… vois. Je dois vous remercier alors. Je croyais pouvoir vaincre Naraku seule puisque j'étais le Nagimitama, la seule âme qui lui manquait réellement. Mais entre temps, il avait récupéré le cœur d'Onigumo, alors je suppose qu'il a rééquilibré sa faiblesse. Ce n'était pas parfait, c'est vrai, mais suffisant. Même face à nous six, Naraku aurait pu gagner s'il avait sauvé il y a longtemps, Kanna, la seule personne qui avait compté pour lui. A quoi sert un cœur, s'il ne bat pour personne ? Ce fut… la plus grosse erreur de sa part, alors que la mienne était de vous avoir mis à l'écart, toi, Kagome et Sesshomaru.

- Oh. »

Inuyasha déglutit. Il devait le faire.

« Est-ce que… est-ce que ce que disait Naraku est vrai ? Que… que tu serais affectée par sa mort ? Comme un vide qui se formerait… »

Il ne finit pas sa phrase. Les mains de Rin s'étaient crispées sur la fleur.

« Je… Le lien entre Naraku est moi a toujours était plus fort de son côté… Il en avait conscience depuis plus longtemps que moi…Il en était plus dépendant… Je… »

La fleur se cassa dans les mains de Rin, ses pétales plissés par ses doigts qui les comprimaient comme si sa vie en dépendait. Elle éclata enfin, se courbant au dessus de la fleur mourante.

« Il disait… il disait qu'il était normal de haïr. Alors… alors pourquoi je n'y parviens pas ? J'aimerai tellement le haïr au lieu… Kami, il me manque tellement ! Lui qui n'a fait qu'empoisonner ma vie ou tenter de me tuer, il était devenu une partie de moi… Mon pire ennemi… Et je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus qui je suis maintenant que je suis toute seule… J'aimerais… j'aimerais… ne plus me sentir seule… »

Des larmes tombèrent librement sur les joues pâles de Rin, ses épaules secouées par des sanglots qui faisaient trembler son corps entier, si fragile, si frêle. Il était là avec elle, il voulait lui crier qu'elle n'était pas seule, et consoler cette humaine qui avait tant fait en sacrifiant son innocence d'enfant. Mais ce n'était pas de lui qu'elle avait besoin, alors il se força à ne pas la prendre dans ses bras. Elle se serait sans doute tendue ou l'aurait même rejeté, et Inuyasha ne lui en aurait jamais voulu.

Veille à ce qu'elle ne soit pas seule, avait dit Bokuseno il y avait si longtemps de cela. Maintenant, il comprenait pourquoi en la voyant se briser sous ses yeux. Elle, le Nagimitama, ne pouvait être seule. Et au cours de ses années, ils l'avaient tous laissée avec pour compagnon le pire être qui existait, Naraku. Mais c'était quelqu'un, une présence qui avait occupé la vie de Rin. Maintenant, il n'était plus, mais lui, Inuyasha, que pouvait-il faire pour l'atteindre ?

Où est Sesshomaru quand on a besoin de lui ?

Et comme s'il avait entendu ses pensées, la porte s'ouvrit en grand pour se refermer violemment, laissant entrer Sesshomaru. Sans le moindre regard pour lui, il s'agenouilla près de Rin qui se jeta contre son torse. Sesshomaru la pressa contre lui et ses sanglots silencieux redoublèrent en geignements d'enfant. Sesshomaru la berça doucement, laissant le flot intarissable de larmes jaillir contre lui. Aucune parole n'était échangée entre eux, comme si la simple présence de Sesshomaru était suffisante à Rin pour exprimer sa détresse et éventuellement la dépasser.

Inuyasha n'avait plus rien à faire là, il était un témoin de trop. Il sortit de la chambre pour voir Kagome, Miroku, Sango et Kohaku assemblés derrière la porte qu'il referma derrière lui. Ils restèrent la bouche ouverte quand ils le virent en humain.

« I… Inuyasha ? » demanda Sango.

Il évita de croiser le regard de Kagome.

« J'ai… demandé que Rin me transforme en humain.

- Tu quoi ? demanda Kagome. Mais pourquoi ? »

Il se décida à faire face à Kagome. Il fut rassuré, elle n'était pas en colère. Confuse et surprise, oui, mais pas en colère.

« Je veux faire ma vie avec toi, Kagome, et ça veut dire que je dois m'intégrer à ton monde. Il faut être humain pour ça et surtout… Je veux vieillir avec toi et pas passer cinq siècles après ta mort, tout seul. C'est pour ça que…

- Inuyasha… »

Il y avait une telle tendresse et un tel amour dans les yeux de Kagome qu'il se prit à l'embrasser. Elle comprenait et elle l'acceptait. Il en était heureux.

Il serait sans doute resté dans les bras de Kagome si les pleurs de Rin ne s'intensifiaient pas de l'autre côté de la porte.

« Rin, déclara Kohaku, il faut l'aider. »

Miroku retint le jeune homme par le bras.

« Laisse, Sesshomaru est avec elle.

- Mais…

- Il a raison, ajouta Inuyasha. Rin a besoin d'évacuer tout ce qu'elle a accumulé. Il n'y a que Sesshomaru qui puisse l'aider. »

Kohaku céda.

Inuyasha prit la main de Kagome pour s'éloigner des sanglots de Rin. Il espérait que Rin irait maintenant mieux. Pour le moment, il voulait profiter de sa nouvelle vie avec Kagome, et il commencerait immédiatement.


Rin pleura longtemps, mais jamais Sesshomaru ne fit un geste indiquant qu'il voulait partir ou qu'il aurait préféré être ailleurs. Elle lui en était reconnaissante. Elle avait besoin de lui à ce moment précis de sa vie, pour sentir sa chaleur, sa présence. Pour croire qu'elle n'était pas seule et qu'il pouvait juste un instant remplir ce vide que l'absence de Naraku avait provoqué.

Rin pleura ce vide, pleura la mort de Naraku alors qu'elle n'avait aucun droit de le faire. Ou peut-être qu'elle en avait tous les droits. Sesshomaru ne s'opposa pas à ses larmes, il ne les condamna pas, et là encore, elle lui en était reconnaissante. Elle n'aurait jamais pu penser qu'elle serait si affectée par la mort de Naraku. Elle n'aurait jamais pu penser qu'elle en serait finalement brisée. Par sa mort, Naraku avait réussi ce que de son vivant, il n'avait pu faire.

Qui te cueillera ? Qui te brisera ? Qui… t'aimera ?

Il n'avait pas atteint son but ultime. Elle devait cela à Kagome, Inuyasha et Sesshomaru. Seule, elle serait morte, ou pire encore. Elle pleura donc pour son erreur, pour avoir perdu espoir en la vie, elle qui l'aimait tant. Elle pleura aussi pour cette Rin qui avait cessé d'exister dans cet autre monde. Là où Sesshomaru et Naraku se battirent pendant cinq siècles pour son souvenir. Là où elle avait échoué.

Elle pleura les morts qu'elle avait rencontrés dans sa vie, ses parents et son frère, Kanna, Kagura, Kaede, et Kikyo, ces anonymes qu'elle avait croisés sans pouvoir les sauver. Elle pleura ses propres morts, la deuxième ayant été plus difficile que la première. Elle pleura sans aucune raison apparente sinon d'évacuer la douleur et le vide qui lui comprimait la poitrine et le cœur.

Elle pleura Naraku.

Et à force de pleurer, cette source de peine qu'elle avait crue infinie, se tarit doucement. Cependant, même lorsqu'elle eut fini de pleurer, Sesshomaru ne la relâcha pas, et Rin en fut heureuse. Il était là pour elle, elle était en sécurité. Contre lui, elle trouva la force de s'endormir, sachant très bien que Naraku, son pire ennemi, son meilleur ami, ne serait pas là dans le monde des rêves pour lui parler.

Le lendemain et les jours suivants, Rin se retrouva à réapprendre à vivre. Elle ne restait plus enfermée dans sa chambre et dans ses silences où elle revivait les scènes de sa dernière bataille. Non, elle se reprit à marcher les matinées d'automnes, parfois avec les enfants et Kohaku dont les pitreries lui arrachaient plus facilement un sourire, parfois avec Sesshomaru dans un confortable silence qu'elle coupait avec des remarques sur le chant d'un oiseau ou la rousseur d'un arbre.

Elle parlait de choses et d'autres avec les villageois, s'enthousiasmait de la grossesse d'Ayame avec le couple d'ookami. Elle arrivait même à taquiner Jaken parfois ou à sourire en voyant Shippo et Shiori ensemble. Elle guérissait, à l'ombre du grand taiyokai Sesshomaru.

Pourtant, elle commençait à croire qu'il lui cachait quelque chose. Ils étaient souvent ensemble, mais Rin ne sut jamais ce qu'il voulait apparemment lui dire. Petit à petit, elle remarqua qu'il s'éloignait d'elle. Il ne restait même plus dans sa chambre lorsqu'elle s'endormait le soir.

Quand elle lui demanda la raison, il la surprit en répondant qu'il était mal vu qu'un homme restât dans la chambre d'une femme non mariée. Rin aurait voulu lui crier qu'elle s'en moquait, que lui aussi jusqu'à présent s'en était moqué, mais elle se tut. Ils étaient de moins en moins souvent ensemble et même si sa famille veillait à ce qu'elle ne fût jamais seule, les moments qu'elle avait partagés avec Sesshomaru lui manquaient.

Parfois, après l'une de leurs balades qui se faisaient plus rares, Sesshomaru la raccompagnait jusqu'à chez elle. Souvent, elle se retint d'attraper sa manche pour l'empêcher de partir. Il la quittait toujours, et Rin rentrait avec un sourire forcé pour Sango ou quiconque se trouvant à la maison à ce moment là.

A présent, Rin se mettait à réfléchir à son avenir, à ce qu'elle voulait être et faire. Avant, avec Naraku, elle n'avait pas cherché à s'attarder sur le sujet. Maintenant…

Shiori lui avait proposé de revenir en tant que miko du village, mais Rin avait décliné. Shiori était bien meilleure à cette place qu'elle ne l'avait été. Elle se sentait plus à voyager avec AhUn, à errer à travers le pays en aidant les personnes qu'elle rencontrerait en chemin. C'était plus sa vocation.

Néanmoins, elle savait à présent qu'il lui faudrait un jour s'arrêter et fonder sa famille. Elle devait engendrer une lignée qui donnerait finalement Kagome et ainsi boucler le cercle du temps. Rin était la dernière des héritières de Midoriko, la fille de la lignée de la terre, et en tant que telle, destinée à être 'le dernier lien entre humain et démon'.

Certains avaient décrypté cette ligne de la prophétie comme une union ou même un mariage avec un yokai et le dernier des héritiers. C'était une possibilité parmi tant d'autres.

Rin était certaine d'une chose, le seul yokai qui l'intéressait était Sesshomaru. Malgré cela, pour les mêmes raisons qui avaient poussé Inuyasha de devenir humain, Rin s'interdisait d'envisager une vie avec Sesshomaru. Alors, il lui restait donc une promesse à réaliser. Si Sesshomaru et toi ne devez jamais être… est-ce que tu pourrais envisager une vie avec Kohaku ? Elle avait promis à Kanna, une promesse qu'elle n'aurait jamais cru devoir tenir un jour. Elle n'avait plus le choix que de la considérer maintenant, même si avant elle voulait parler à Sesshomaru.

Ce matin-là était un beau matin d'automne comme il y en avait rarement. Rin fut réveillée par les rayons de soleil que laissait échapper la petite fenêtre de sa chambre. Ses yeux cherchèrent immédiatement Sesshomaru à la place où il l'avait veillée tant de nuits précédentes, mais bien sûr, elle savait qu'il était absent.

Ren-chan et Kiyoshi étaient blotties contre elle. Rin resta allongée pour ne pas réveiller les enfants. Cela ne dura pas longtemps, Sango entra en trombe dans la chambre.

« Debout là-dedans ! Vous allez manquer le petit-déjeuner ! Ren-chan ! Kiyoshi-chan ! »

Les deux enfants gémirent un peu. Ils étaient deux gros dormeurs qui avaient des difficultés pour se lever le matin. Sango jurait qu'ils tenaient cela de Miroku. Rin les aida à se mettre en position assise.

« Ren-chan, Kiyoshi-chan, allez voir votre père pour votre toilette du matin, moi je reste avec Rin.

- Oui, okaasan, » murmurèrent les des enfants encore endormis.

Rin regarda Sango avec curiosité. Elle avait quelque chose derrière la tête. Quand les enfants quittèrent la chambre, Sango se tourna vers elle.

« Alors Rin, quel kimono vas-tu mettre aujourd'hui ?

- Heu, je ne sais pas. Pourquoi veux-tu m'aider Sango ? J'ai repris suffisamment de forces pour pouvoir m'habiller seule.

- Allons, Rin, sourit Sango, laisse le vieux plaisir d'une mère de s'occuper de sa fille aînée, tu veux bien ? »

Rin ne put s'empêcher de sourire à cette remarque et accepta d'un signe de tête.

« Parfait ! déclara Sango. Que dirais-tu si tu mettais ce kimono mauve qui t'allait si bien ?

- Sango, c'est un kimono de fête…

- Mais suffisamment simple pour être mis pendant les autres jours. Il sera parfait. »

Sango remua dans ses affaires et sortit le fameux kimono que lui avait offert Sesshomaru. Celui qu'elle avait porté le jour de la mort de Kikyo aussi. Il était élégant et simple, certainement, brodé de feuilles d'arbres. Rin l'enfila et laissa Sango nouer son obi derrière elle. Puis Sango insista pour lui brosser les cheveux.

Rin se souvenait qu'elle adorait quand sa mère lui coiffait les cheveux quand elle était petite. Les gestes de Sango, lents et apaisants, lui rappelèrent cette époque.

« Vas-tu parler à Sesshomaru ? »

Rin ouvrit brusquement les yeux. Elle ne s'attendait pas vraiment à une telle remarque.

« Pourquoi… pourquoi tu me dis ça ?

- Tu sais, il n'est pas difficile de voir ce qu'il y a entre lui et toi, après avoir côtoyé Inuyasha et Kagome depuis si longtemps. Il faut juste que l'un de vous fasse le premier pas.

- Sango, il… il est un yokai et moi, une humaine. Je n'ai pas la même longévité que lui. S'il venait à m'aimer… plus qu'il ne faudrait, il en serait malheureux. »

Sango continuait à passer la brosse dans ses cheveux.

« Je n'aime pas beaucoup Sesshomaru, même si je sais que je lui dois beaucoup. Miroku arrive à mieux l'accepter que moi. Mais je crois que tu devrais parler avec lui de tout cela et le laisser prendre sa décision. C'est un homme intelligent, il aura déjà réfléchi à la question.

- Mais Sango…

- Il n'y pas de mais. Je suis sûr que tu voulais lui parler alors vas-y, fonce. Il t'écoutera toujours. Mais quelque soit votre décision, sache que pour toi, je ferai l'effort de l'accepter. »

Sango cessa de lui brosser les cheveux et vint s'asseoir face à elle. Elle prit un ruban mauve de sa poche avec lequel elle attacha aux cheveux de Rin en une longue couette sur le côté de sa tête. Comme sa mère le faisait lorsqu'elle était toute petite.

Sango posa sa main sur l'épaule droite de Rin, celle qui portait la cicatrice de Naraku. Son dernier souvenir de lui.

« Il est des blessures qui prennent longtemps à guérir, dit doucement Sango. Tu te souviens ? Et celles du cœur prennent bien plus de temps encore. Il reste toujours des cicatrices. Mais tu sais, je crois que ton sourire peut soigner n'importe quelle de ces blessures. Il suffit que tu restes toi-même. »

Rin sourit, un peu gênée, puis enlaça Sango.

« Merci, okaasan.

- De rien, Rin-chan. »

Rin le pensait vraiment. Sango était une mère pour elle, et elle était heureuse d'être considérée comme sa fille. Elle était heureuse d'avoir pu être recueillie dans leur famille.

Sango et elle sortirent pour rejoindre les autres pour le petit-déjeuner. Rin fut accueillie avec des compliments et tout en mangeant, Rin crut apercevoir un regard complice entre Sango et Miroku. Ces deux-là avaient sans doute comploté ensemble pour qu'elle finît dans cette tenue. Rin ne leur en voulait pas. Elle devait de toute façon parler sérieusement avec Sesshomaru, alors pourquoi pas ce jour-là ?

Elle le sentit près de colline qui donnait sur la rivière, et décida d'aller le rejoindre après manger. Elle déclara qu'elle voulait aller se promener seule et eut du remord en laissant Jaken à la merci des enfants.

Elle marcha tranquillement retenant ses pas, elle qui voulait courir. Elle ignorait juste si c'était vers Sesshomaru ou dans la direction opposée. Elle le trouva là où elle l'avait senti, debout contre un arbre au feuillage roux, son visage levé vers le ciel. A son approche, Sesshomaru fit quelques pas vers elle, ses yeux dorés la fixant sans ciller.

Elle s'arrêta à quelques pas de lui, espérant sans trop y croire qu'il n'entendrait pas les battements accélérés de son cœur.

« Bonjour. »

Elle n'attendait pas de réponse et n'en reçut pas, mis à part une sorte de brève lueur qui traversa ses yeux. Elle l'observa un instant en silence, appréciant de le voir sans armure avec seulement le Tenseiga à sa hanche. Shippo lui avait raconté comment Sango avait ordonné Sesshomaru de retirer son armure lorsqu'il était chez eux. Rin aurait aimé voir cette scène, rien que l'imaginer réussissait presque à la faire rire.

« Y a-t-il une raison à ton sourire ? demanda Sesshomaru.

- Oh non, dit-elle avec toute la conviction qu'elle pouvait assembler. Je souriais juste comme ça. »

Sesshomaru ne répondit pas, mais Rin pensait qu'il ne la croyait pas. Elle était une mauvaise menteuse, ils le savaient tous les deux. Sesshomaru n'insista pas au grand soulagement de Rin. Elle ne se voyait pas lui dire qu'elle souriait parce que Sango lui avait crié dessus.

Sesshomaru s'avança et passa sa main dans les cheveux de Rin qui sursauta à son contact. Il glissa ses doigts le long de sa couette et Rin sentit un besoin de s'expliquer. Il suffit que tu restes toi-même.

« C'est une idée de Sango. Elle s'est amusée à m'habiller aujourd'hui. »

Sesshomaru ne répondit toujours pas, filant les cheveux de Rin entre ses doigts. Rin aurait aimé qu'il continuât encore, elle pouvait se laisser bercer par cette sensation, mais bien trop tôt, il retira sa main. Rin se força à le regarder dans les yeux, mais il se détourna.

« Sais-tu ce que tu vas faire maintenant que… Naraku est mort ? »

Rin eut un pincement au cœur à la mention de Naraku, mais rien de plus. A la maison, personne ne parlait de lui, et Rin en était reconnaissante. Mais à présent, elle se rendit compte que le pire était passé depuis le jour où elle avait éclaté en sanglot contre Sesshomaru.

Elle remarqua qu'il l'observait attentivement du coin de l'œil. Rin prit son temps pour répondre, en choisissant ses mots avec soin. Elle était là pour cette raison, n'est-ce pas ?

« Je crois… que je vais repartir en voyage pendant quelques temps. J'ai toujours aimé voyager sans but particulier… Après il faudra que je pense à fonder une famille. C'est ma destinée d'engendrer une lignée, ce n'est pas comme si j'avais le choix. »

Cette fois-ci, il lui fit face et l'observa de façon intense. Elle n'ignorait pas les sentiments de Sesshomaru pour elle, même si elle refusait de les nommer. Elle les avaient vus entre Seiji et Rowena et elle les sentait autour de lui, l'enveloppant, elle, d'une chaleur dans laquelle elle se sentait en sécurité. Mais elle devait passer outre.

Elle inspira profondément.

« Je crois que je pourrai trouver un bon mari qui serait aussi un bon père… Kohaku pourrait le devenir, s'il est d'accord. Nous nous connaissons bien, tous les deux, j'espère que je pourrai le rendre heureux. »

Elle l'avait dit. Néanmoins, contrairement à ce qu'elle avait cru, elle ne sentait pas soulagée. C'était même l'inverse. Et l'éclair qui passa dans les yeux de Sesshomaru n'arrangea pas ce sentiment.

« Et toi, seras-tu heureuse ?

- Je… je serai satisfaite, je pense.

- Mais pas heureuse. »

Non, pas heureuse. Rin baissa les yeux.

« Ce n'est pas le plus important, murmura-t-elle. J'avais fait la promesse à quelqu'un de mourant que si… la personne que j'aimais et moi ne pouvions pas être, je considèrerai de passer ma vie avec Kohaku. Ce n'est pas seulement pour moi.

- La prophétie disait que tu engendrerais la lignée avec un yokai.

- Elle pourrait dire tant d'autres choses, Sesshomaru. Je ne sais pas, peut-être qu'elle parle de mon amitié avec AhUn, ou que je deviendrais peut-être une hanyo en fusionnant pour une raison ou une autre avec des yokai.

- Tu n'es pas Naraku, cela n'arrivera pas.

- Peut-être bien, dit-elle en soupirant, mais… Mais si ce yokai m'aimait, qu'adviendra-t-il de lui quand je mourrai dans quoi ? Trente ans ? Quarante ans ? S'il m'aime autant que je l'aime, et si j'étais à sa place… Je ne sais pas si je pourrais supporter sa mort, pas une seconde, et encore moins des siècles entiers ! »

La tournure que prenait leur conversation était étrange. Elle parlait de Sesshomaru sans le citer et elle avait conscience qu'il le savait.

« Tu lui manqueras désespérément, Rin, dit-il doucement en s'approchant d'elle. Que vous restiez amis… »

Son visage se pencha sur le sien. Il s'arrêta à un souffle de ses lèvres, ses yeux dorés laissant transparaître ses émotions, ses doutes, ses peurs. Son…

« … ou deveniez amants. »

amour.

Il franchit l'espace d'air qui séparaient leurs lèvres, ses yeux dorés se fermant finalement. Rin ne bougea pas et laissa Sesshomaru caresser ses lèvres. Elle ne pouvait pas répondre, elle ne le devait pas.

« Est-ce vraiment ce que tu veux ? » parvint-elle à souffler.

Il devenait plus insistant dans son baiser encore innocent et sa main vint glisser dans les cheveux Rin. Elle ne bougea toujours pas et ne répondit pas à ses marques d'affections.

« Oui, murmura-t-il contre ses lèvres, je veux te rendre heureuse et être toujours à tes côtés… »

Le cœur de Rin battit plus fort encore, ses yeux s'écarquillèrent, mais ce ne fut pas cela qui la fit céder. Ce fut les trois petits mots qui suivirent.

« … plus que tout. »

Parce que je l'aime… plus que tout.

Rin ferma ses yeux, offrant ses lèvres à Sesshomaru et cherchant les siennes. Alors qu'elle l'embrassait enfin, elle sentit le sourire de Sesshomaru sur ses lèvres et son cœur battit de joie. Elle savait qu'elle serait toujours avec lui, même si elle serait la seule à voir ses sourires ou à ressentir sa tendresse. Même s'il ne lui dirait jamais 'je t'aime'. Mais elle le savait. Plus que tout.

Certes, elle avait été brisée par Naraku, mais Sesshomaru l'avait reforgée.


A partir de ce jour-là, Sesshomaru découvrit une autre vie. Il ne changea pas du tout pour tout et restait lointain à tout ce qui l'entourait et n'était pas Rin. Pourtant sa vision du monde s'agrandit avec la vision de Rin. Il n'en montrait rien, mais il observait la jeune femme, l'écoutait elle et ses descriptions fraîches et vraies d'un monde qu'il avait toujours vu sous un regard cynique.

Rin paraissait si heureuse. Depuis le jour où elle s'était effondrée en larmes et avait vidé toutes les peines contenues dans son âme, Sesshomaru avait vu Rin se reconstruire. Le récit d'Inuyasha sur le futur qu'ils avaient croisé avec sa miko avait été pénible pour Sesshomaru, il ne pouvait qu'imaginer les difficultés qu'il posa pour Rin. Il découvrit ce que Rin ressentait à propos de la disparition de Naraku. Une telle solitude qu'elle en paraissait inhumaine. Il avait hésité à entrer lorsqu'il avait senti l'odeur des larmes de Rin. Son instinct avait ensuite décidé pour lui, et il avait répondu à l'appel à l'aide de Rin.

Maintenant, ils étaient souvent ensemble. Parois seul, parfois accompagnés de Jaken ou des amis de Rin. Sesshomaru resta plus régulièrement à la table du moine et de sa femme à regarder Rin manger sans prendre part au repas ou aux conversations sauf quand Rin l'impliquait en souriant. C'était l'univers de Rin, et même s'il n'y appartenait pas vraiment, tant qu'elle lui réservait une place, il en était content.

Jamais la famille et Rin ne s'offusquèrent de son manque de participation. Il y avait une certaine acceptation de son caractère froid et détaché parmi ce groupe hétéroclite d'humains, démons et demi-démon. Sesshomaru savait qu'ils le faisaient pour Rin, comme lui tentait de s'adapter à la vie quotidienne de la jeune femme pour elle.

Bien sûr ils préféraient les moments où ils étaient seuls. Elle lui apportait une sorte de paix par sa simple présence pour la première fois de sa vie. Et elle… exprimait son affection. Elle était celle qui initiait la plupart de leur contact en lui prenant la main ou en l'embrassant doucement. Sesshomaru se pliait à ses gestes de tendresse, il s'y habituait au point de commencer à les chercher.

Ce n'était pas grand-chose au début. Parfois ils regardaient le paysage d'automne en silence, leurs doigts entremêlés, alors qu'elle était assise contre lui. Il posait alors son menton contre la tête de Rin, inhalant le parfum de ses cheveux jusqu'au moment où elle se tournerait en souriant pour l'embrasser. Parfois, elle s'allongeait la tête posée contre sa cuisse. Elle s'amusait alors avec ses longues mèches argentées pour finir par s'assoupir. C'était alors à lui de caresser ses cheveux bruns rebelles si différents des siens.

Parfois aux moments les plus inattendus elle lui disait 'je t'aime' comme elle aurait pu dire que le soleil brillait et que les oiseaux chantaient. C'était une vérité simple pour elle, mais qui avait une puissance incommensurable sur lui. La première fois, Sesshomaru avait été choqué par cette soudaine déclaration et ne sut que répondre. Il n'avait jamais été fait pour parler de ses sentiments aussi librement que Rin. Pourtant, elle continua à marcher sans attendre de réponses de sa part. Et à chaque fois, il en était de même.

Il ne disait rien, mais trouva que ces trois mots de la bouche de Rin, étaient une mélodie dont il ne pouvait se lasser d'entendre. Et comme tant de choses avec Rin, il se mit à désirer qu'elle le lui dît encore et encore. C'était inégal de sa part, il se rendait compte qu'il ne donnait pas autant qu'il recevait. Il le regrettait, mais jamais elle ne s'en plaignit. Elle continuait à vivre, à sourire et à rire à chaque occasion qui se présentait. Il aurait aimé lui dire qu'il aimait l'entendre rire ou chanter, qu'il aimait la voir sourire ou danser ses bras étalés autour d'elle, qu'il l'aimait. Mais peut-être qu'elle le savait, elle qui pouvait frôler de son cœur tout être.

Il se mit à la désirer aussi. Ses instincts cherchaient à explorer les parties de Rin qu'il ne connaissait pas. Ses baisers devinrent plus insistants, plus suppliants, découvrant à chaque fois un peu plus de ce territoire inexploré. Sa main parcourait les surfaces de la peau de Rin qu'il osait toucher, ces zones devenant plus grandes à chaque fois. Car jamais Rin ne l'arrêta.

Elle le découvrait aussi peu à peu, ses mains encore hésitantes le caressaient timidement mais avec une douceur qu'il croyait impossible d'exister avant de rencontrer Rin. Elle ne frémit pas quand elle vit pour la première fois son bras amputé. Au contraire, elle l'accepta.

Ils ne devinrent pas immédiatement amants, peut-être parce que Sesshomaru s'interdisait de la brusquer. Peut-être parce qu'il voulait prendre son temps pour se rendre compte, qu'en effet, il vivait sa vie avec elle.

La suite vient d'elle-même, une après-midi pluvieuse d'automne dans une caverne censée les protéger de la pluie, sans l'avoir vraiment prévu. Rin se donna entière et Sesshomaru prit tout ce qu'elle avait offrir sans aucune réserve, sans aucun regret. Dans le moindre de ses gestes, à défaut de mots, il essaya de lui communiquer tout ce qu'il ressentait pour elle, sa tendresse, son affection, son amour. Il fut heureux car il savait que Rin avait compris.

Il connut pour la première fois de sa vie un sentiment de pleine satisfaction dans les bras de Rin. Ce sentiment, il avait cru pouvoir le trouver dans sa quête de pouvoir, mais il découvrit qu'il avait toujours eu tort. Le bonheur, il le trouva en Rin et en la façon dont ses yeux bruns brillaient quand ils étaient ensemble.

La famille et les amis de Rin acceptèrent leur relation. Même l'humain Kohaku s'y était résigné. Rin lui avait parlé, et même si Sesshomaru ignorait ce qu'il s'était échangé entre eux, il pouvait voir que c'était pour le mieux dans l'amitié entre Rin et le jeune homme.

La taijiya posa un problème un soir, en laissant échapper une remarque sur le moment qu'ils choisiraient pour se marier. Sesshomaru s'était raidit sous l'effet d'une colère honteuse à la notion de mariage comme l'entendait les humains. Néanmoins, il savait que prendre Rin sans l'épouser était considéré comme un acte dégradant pour sa dignité. Un mariage était une solution pour remédier à la situation. Mais qui des humains ou des démons accepteraient leur union ?

« Ce n'est pas nécessaire, Sango, je suis heureuse ainsi, répondit Rin dans le silence qui était tombé. Je n'ai rien à prouver sur ma relation avec Sesshomaru, aussi bien aux humains, aux démons ou aux dieux. »

Tous s'étaient pliés à la résolution de Rin et plus jamais, ils ne reparlèrent de mariage.

Il y avait un autre sujet que Sesshomaru n'osait pas aborder, en l'occurrence l'état de mortelle de Rin. Sesshomaru s'était persuadé que la mortalité inaltérable de Rin n'était pas un problème, que l'instant présent était tout ce qui comptait. Mais parfois, quand il était seul dans la nuit, l'angoisse de la perdre ressurgissait au fond de lui. Il se devait alors d'aller la voir dormir pour s'assurer qu'elle allait bien. Rin était sa plus grande faiblesse car en sa présence, il était invulnérable. Sans elle…

Son frère avait pris le moyen le plus simple pour éliminer cette angoisse qu'il avait dû avoir en étant avec son humaine Kagome. Il était devenu lui-même humain. Et il était d'accord sur l'avis de son frère quand il s'était référé à leur père. Inuyasha ne reniait pas leur père. Il faisait ce qu'il aurait fait à sa place. Ce que Sesshomaru n'osait faire. Il ne pouvait se résoudre à devenir ce qu'il n'avait jamais été, à ce qu'il avait toujours méprisé. Et il se sentait sauf, avec culpabilité, car Rin ne lui demandait rien.

Bien sûr tous n'approuvaient pas la relation entre Rin et lui. Les villageois ne disaient rien à voix haute, mais beaucoup ne voyaient pas d'un bon œil l'ancienne miko du village attaché à un taiyokai. Sesshomaru pensait qu'ils étaient la raison pour laquelle la taijiya avait suggéré un mariage. Elle aurait voulu épargner à Rin les regards envieux ou dégoûtés qu'elle recevait lorsqu'elle avait le dos tourné. Sesshomaru ne s'intéressait pas à leur opinion, tout comme Rin qui avait conscience de leur situation. Pourtant, si ce n'était pour Rin, Sesshomaru aurait bien déchiré un à un ces humains hypocrites.

« Bientôt nous repartirons en voyage, Sesshomaru ? Avec Jaken et AhUn, n'est-ce pas ? Un peu comme avant… »

Il avait acquiescé à cette soudaine déclaration. Rin avait simplement ajouté qu'il fallait attendre le moment propice pour prévenir les autres.

Ils n'eurent pas longtemps à attendre. L'un des soirs où ils étaient tous réunis, les départs furent annoncés. Les ookami voulaient rentrer dans leurs montagnes avant l'hiver. Ayame souhaitait se reposer durant les derniers mois de sa grossesse. Rin annonça alors leur propre départ, promettant au passage à Ayame d'être présente pour la naissance de leur louveteau. La surprise vint d'Inuyasha et Kagome. Ils avaient décidé de retourner dans le futur et de s'y installer définitivement.

La miko disait qu'elle avait sa vie dans le futur et qu'elle ne sentait plus sa présence nécessaire dans le Sengoku Jidai. Inuyasha et elle voulaient fonder une famille dans son époque, sans avoir à influencer d'une façon ou d'une autre le cours du destin. Apparemment leur expérience dans le futur alternatif les avait marqués.

Ils choisirent tous le même jour pour leur départ, qui commença par une belle et fraîche matinée d'automne. Les ookami furent les premiers à partir. Sesshomaru laissa à Rin le temps qu'il lui fallait pour faire ses adieux et guida Jaken et AhUn à l'extérieur du village pour l'attendre. Jaken était pressé de le suivre jurant qu'il ne voulait plus revoir 'les gamins mal élevés' du moine et de la taijiya auxquels il s'était pourtant attaché. La réciproque était vraie, puisque les enfants firent promettre à Jaken de revenir leur rendre visite. Jaken n'avait pas pu refuser devant les larmes de Ren et le martèlement de Kiyoshi.

Le soleil avait atteint son zénith, et Sesshomaru s'impatientait un peu de l'absence de Rin, comme à chaque fois où il était trop longtemps sans elle. Il avait décidé d'aller la retrouver quand elle débarqua enfin.

« Sesshomaru ! »

Elle cria son nom, légèrement essoufflée d'avoir couru du village jusqu'à lui. Ses joues rosées par l'effort soulignaient la brillance de ses yeux. Elle était belle, même vêtu d'un simple hakama et haori, assez identique à celui d'une miko, le tout recouvert par son armure. Seuls ses mèches de cheveux nouées sur le côté de sa tête donnaient un air innocent à la guerrière qu'elle paraissait être.

Elle s'arrêta devant lui pour reprendre son souffle, se courbant au sol, ses mains appuyées sur ses genoux. Elle leva soudainement la tête et lui sourit. Sans prévenir, elle lui prit la main, et le tira vers le village en recommençant à courir.

« Rin ?

- Il faut que tu viennes, Sesshomaru ! Jaken, AhUn, on revient tout de suite ! »

Sesshomaru se laissa guider ajustant son pas à la course de Rin. Il comprit ce qu'elle manigançait quand il vit où elle le menait. Près de Goshinboku et le Puit Dévoreur d'Os.

« Rin, prévient-il en s'arrêtant brusquement.

- Oh, Sesshomaru, dit-elle en se retournant pour lui faire face, s'il te plait. Inuyasha est ton frère. Il se peut que vous ne vous reverrez jamais… »

Nous sommes frères. Sesshomaru l'avait reconnu lui-même à haute voix. Et Rin avait raison. Ils ne se reverraient sans doute jamais plus. A une époque, Sesshomaru en aurait été plutôt satisfait, mais à présent il ressentait… du regret ? Inuyasha et lui n'étaient pas faits pour s'entendre, ni maintenant, ni dans un futur proche ou moins proche. Cependant, un lien inaltérable existait entre eux, et pour cela, Sesshomaru lui devait un dernier hommage.

De plus, il était incapable d'ignorer le regard suppliant de Rin. Pour elle, il pouvait céder sa fierté, pour la voir sourire, il pouvait bien revoir son frère une dernière fois.

Il acquiesça imperceptiblement. Cela suffit à Rin qui se remit à sourire, soulageant l'âme de Sesshomaru sans vraiment chercher à le faire. Ils reprirent leur course, contournant le village par la forêt d'Inuyasha. Ils arrivèrent enfin dans la clairière du Puit Dévoreur d'Os ou attendaient Inuyasha et sa miko. Inuyasha était habillé étrangement, comme il l'avait fait dans les jours précédents. Rin lui avait expliqué que c'était le genre de vêtement que les hommes portaient dans le futur.

Ils étaient surpris de le voir arriver avec Rin, mais ne dirent rien.

« Je suis si contente que vous nous avez attendus ! déclara jovialement Rin.

- On n'allait pas partir dans te dire au revoir, » dit la miko.

Kagome et Inuyasha s'avancèrent vers Rin, et Sesshomaru qui se tenait un peu à l'écart, s'aperçut que son frère ne portait plus son collier. La miko avait dû le lui retirer.

Sesshomaru prit conscience d'un autre détail, assez courant à proximité de Rin. Un yokai approchait attiré par le Shikon no Tama. Sesshomaru aurait presque souri. Encore un qui allait déguster de ses griffes empoisonnées. Sesshomaru pouvait l'entendre courir vers eux. En plus, il est pressé de mourir. Quel idiot. Le yokai surgit soudainement des arbres et Sesshomaru allait sauter sur lui pour le décapiter, mais une flèche purificatrice le précéda. Elle toucha sa cible en plein cœur et réduisit le démon à néant.

Sesshomaru jeta un coup d'œil derrière lui. Rin tenait son arc, un air sérieux sur son visage. Inuyasha et sa miko étaient bouche bées. Ils avaient en effet été rapides.

« J'aurais pu m'en débarrasser seul, » déclara froidement Sesshomaru.

Rin enfila son arc sur son épaule et se détendit. Elle finit par lui sourire.

« Je sais, mais je ne peux pas t'imposer tous les yokai qui risqueraient de m'attaquer, n'est-ce pas ? »

Sesshomaru ne rétorqua pas. Il était prêt à tout pour elle, et abattre tous les yokai qui s'en prenaient à elle en faisait partie. Elle finirait bien par s'en rendre compte.

Rin se tourna vers Inuyasha et Kagome comme si de rien n'était.

« Je suis heureuse pour vous deux, dit-elle en souriant. En plus tu as enfin enlevé le collier d'Inuyasha. »

La miko rougit. Inuyasha croisa ses bras et regarda de côté d'un air colérique.

« Keh, c'est pas trop tôt.

- Inuyasha, osuwari ! »

Inuyasha finit au sol, au grand étonnement de la miko Kagome. Inuyasha parut paniqué, et il y avait de quoi. Sesshomaru n'avait pas senti le pouvoir du collier se manifester. Rin éclata de rire.

« C'est ce que j'appelle un réflexe conditionné. Tu as utilisé l'osuwari pendant trop longtemps, Kagome. »

Kagome sourit avec une hésitation qui ne cachait pas assez son espièglerie. Inuyasha se leva d'un air mécontent. Sesshomaru le trouva vraiment pathétique de suivre l'ordre de la miko alors qu'il était à présent libre du collier de soumission.

« Crétin. »

Inuyasha l'entendit et son mécontentement se tourna en colère honteuse.

« Créééétin, toi-même, Sesshomaru. On se passe de tes commentaires.

- Inuyasha, » dit doucement Rin.

Etrangement le rappel à l'ordre de Rin sembla avoir un effet sur Inuyasha qui inspira profondément avant de le regarder.

« Elle a raison, tu sais. Ca ne sert à rien de nous disputer maintenant. »

Inuyasha détacha Tessaiga de sa ceinture et le lui tendit. Sesshomaru regarda avec suspicions son frère qui soupira d'impatience.

« Tiens, elle te reviens. J'allais la donner à Rin pour qu'elle te le passe, mais puisque tu es là.

- Tu sais que le Tessaiga ne m'a jamais accepté.

- Parce que t'as jamais cherché à protéger un humain avant. Maintenant tu as Rin, tu auras besoin du Tessaiga pour la protéger de tous ces crétins de yokai qui veulent lui piquer la perle. Pas qu'ils aient une chance, Rin sait se débrouiller. Mais… Moi j'en ai plus besoin dans le futur, et en tant qu'humain, c'est tout juste une vieille épée rouillée. Je suis sûr que c'est ce qu'aurait voulu notre père. »

Notre père. Oui, peut-être bien. Sesshomaru prit Tessaiga de la main de son frère et fut presque surprit de n'être pas rejeté par le croc de leur père. Au contraire, il sentit Tenseiga et Tessaiga entrer en résonance au même rythme que les battements de son cœur. Les deux épées semblaient chanter quand il les mit côte à côte, maintenus par son obi.

« Merci, Inuyasha. »

Sesshomaru se demanda comment il avait pu articuler un remerciement pour Inuyasha. Inuyasha aussi en fut choqué, puis il se reprit regardant de côté, là où n'était pas Sesshomaru.

« Keh. »

Rin lui sourit, et Sesshomaru sut qu'il avait trouvé les mots justes qui pourtant ne rabaissaient pas sa fierté.

« Dis, Rin, appela Kagome avec un sourire en coin, c'était donc bien avec Sesshomaru que tu devras engendrer notre lignée.

- Je crois bien, répondit Rin. Ne t'inquiète pas, je tomberai sans doute enceinte bientôt. En tout cas ce ne sera pas faute d'essayer…

- Argh, cria Inuyasha en tenant planquant ses mains sur ses oreilles. Merde, Rin, mes oreilles ! Mes pauvres oreilles innocentes ! Même en humain je t'entends très bien ! Je me remettrai jamais d'avoir entendu ça… Ah ! »

Sesshomaru avait donné une tape derrière le crâne d'Inuyasha. Sans doute aurait-il envoyé un flot d'insultes bien imaginées, si un éclat de rire aussi rayonnant que le soleil n'était pas jailli de Rin, vite reprise par Kagome. Sesshomaru esquissa un sourire irrépressible, le forçant à se détourner pour ne pas être vu par Inuyasha et sa miko.

« Je sais, Inuyasha, dit Rin entre deux souffles, je n'ai pas pu m'en empêcher. »

Inuyasha émit un 'keh' charismatique, mais lui aussi avait un sourire aux coins des lèvres.

Le silence retomba ensuite, rappelant à tous que c'était le moment des adieux.

Rin serra Kagome dans ses bras, puis Inuyasha.

« Adieu, Kagome, Inuyasha, dit-elle d'une voix émue. Soyez heureux.

- Rin, dit la miko, Adieu. Toi aussi sois heureuse avec Sesshomaru.

- Oui, ajouta Inuyasha, et s'il y a un problème avec Sesshomaru, viens me chercher dans le futur. J'irai lui régler ses comptes, humain ou pas.

- Je m'en souviendrai, » sourit Rin tandis que Sesshomaru lança un regard assassin sur son frère.

Il se reprit et fit un hochement de tête à Kagome et Inuyasha qui le lui rendirent. Rin se força à leur sourire mais Sesshomaru se rendit compte qu'elle était triste. Il lui prit la main et la serra doucement quand Inuyasha et Kagome sautèrent dans le puit. Rin laissa échapper un soupir et posa sa tête contre l'épaule de Sesshomaru.

« Jaken et AhUn nous attendent, » dit-il simplement.

Rin leva ses yeux sur lui et un magnifique sourire éclaira ses traits.

« Oui. »

Ils se mirent en marche. Rin posa à nouveau sa tête sur son épaule tandis que Sesshomaru glissa son bras autour de sa taille. Il se sentait heureux parce qu'il savait qu'il serait toujours avec elle.

FIN


Merci à tous d'avoir pu finir de lire ce monstre de longueur. Merci, lecteurs anonymes et reviewers enthousiastes. J'espère que cette fin vous a plu et que cette histoire a pu vous occuper si vous vous ennuyiez un peu.

Merci à Lyxa, the world of inuyasha, Tsukuyomi, Blue-Moon JT, kanon and milo, CassiopeeW, arwen, yuki-chan, petite-atlante, memelyne, mary et jenifer d'avoir laissé un petit message. Ca m'a fait plasir.

Blue-Moon JT: j'ignore si le dernier chapitre est le plus beau, mais au moins Rin et Sesshomaru finisse ensemble. Ca reste dans l'ensemble une happy end.

Tsukoyomi: C'était une histoire longue oui (492p word, police 12). Je suis d'accord le couple Sesshomaru et Rin est complètement sous-apprécié, c'est pour cela que j'ai tellement eu envie d'écrire sur eux. Maintenant... et bien, oui, il y a même une suite aux Trois lignées, mais moins épiques et plus triste et mélancolique. J'ai fini de l'écrire il y a un bon bout de temps, mais toujours pas de la taper. Une amie m'en veut pour cela, même si elle sait qu'elle ne va pas apprécié la fin. J'en écris une autre(prologue et chapitre 1 fini), avec Kohaku dans le rôle principal, et en guest star, Rin et Shippo. C'est une post-manga, là encore qui ne sera pas aussi épique, mais que j'apprécie bien (j'adore écrire sur l'amitié entre ses trois là). Par contre, je ne pense pas la finir avant un certain temps...

jenifer: But... every story must end! ;)

mary: j'espère que tu as passé une bonne St-Valentin également. Merci d'avoir tenu jusqu'au bout cette histoire!

kanon-and-milo: Voui, c'est la fin, un peu moins palpitant que le dernier chapitre, mais après la bataille, il faut enfn que les personnages souffles un peu. RIP, Naraku.

the world of inuyasha: Merci à toi d'avoir lu cette histoire. J'ai toujours pensé que les têtes de mules sont au fond fait pour s'entendre, et Rin en grandissant à dû devenir quelqu'un de déterminée. Même si elle fait des erreurs d'appréciation parfois. Mais j'insiste, Rin est quand même morte cette fois-ci... Mais Sesshomaru était là, c'était le plus important.