Chapitre 2 : La solitude d'un être affligé.

Pour ce chapitre, je vous conseille la musique de Yann Tiersen, Sur le fil pour accompagner votre lecture dont voici le lien : .com/watch?v=41lIG8L7MHc. Honnêtement j'ai eu du mal à écrire ce chapitre, qui ne me satisfaisait pas et ne me satisfait toujours pas, mais il me semble nécessaire de le laisser ce chapitre tel quel car il présente le point de vue d'Edward et sa façon de voir les choses ainsi que son histoire. Bonne lecture à vous!

Point de vue d'Edward.

Comme une âme errante, ne trouvant plus le chemin qui la caractérisait, ce qui faisait d'elle cette exception que tous s'arrachaient, il me semblait bien que je m'étais perdu, en omettant le fait que je n'avais plus d'âme évidemment. Il me semblait bien que je m'étais perdu dans les méandres d'une existence sans but et sans sens, à toujours avancer sans plus vraiment savoir pourquoi. J'avais cette déprimante pensée qui était que j'étais devenu la nuit et que ce monde n'avais plus de soleil à m'apporter. Je n'avais plus de raison de briller alors je me serais bien éteint mais hélas ce genre de choses était impossible à mon statut de vampire.

Les néons de la ville juraient sur les visages des passants qui s'affairaient autour de moi, tous plus stressés les uns que les autres. Leurs pensées étaient diverses mais elles se rejoignaient toutes en un même point, ils étaient tous très occupés. Je les enviais en quelque sorte moi qui, perdu dans cette ville autant que dans mon existence, n'y trouvant plus rien à faire. Il n'y avait aucune destination face à moi, juste un chemin sans fin qui ne proposait cependant aucune sans possibilité de retour en arrière.

J'entrais dans un de ces bars peuplés d'alcooliques et de gros fêtards qui prévoyaient ensuite de continuer leur soirée en discothèque puis en after si, par miracle, ils arrivaient à tenir le rythme de leur soirée de débauche.. Ce qui me fit légèrement ricaner. Cela faisait déjà un mois que je tenais dans ma débauche sans m'accorder ne serait-ce qu'une seule minute de repos... et après tout je n'en avais pas du tout besoin... Ce qui me fit soupirer. J'aurais aimé être capable d'être comme tous ces humains qui bêtement se créaient des rêves superficiels comme trouver leur âme soeur ou bien décrocher la carrière professionnelle qui les laisserait tranquilles pour tout le reste de leur vie alors que moi je savais le fond des choses, j'étais bien plus conscient qu'eux. Je savais qu'au fond le véritable rêve c'était tout juste d'être encore capable de rêver...

J'étais une fois de plus assis au bar, mon verre de whisky pur malt en face de moi pour seule compagnie. Je sortis la lettre que je venais de recevoir de Carlisle dans la matinée, et commençais à la déplier, assez ennuyé. Je savais qu'ils s'inquiétaient tous pour moi, ne comprenant pas vraiment pourquoi j'avais manifesté le besoin de partir... Je soufflais d'ennui puis commença à lire la lettre.

Edward,

Je sais bien que tu ne voulais pas que l'on te dérange mais vois tu, un événement est survenu. Ne panique pas il ne s'est rien passé de bien grave pour nous, mais nous allons avoir besoin de ta présence ici et tu manques terriblement à Esmée... Il ne te servirait à rien de refuser, Alice a venu que tu allais revenir donc de toutes manières tu n'as plus vraiment le choix. Mais je devais te tenir au courant. Prends soin de toi fils.

Carlisle.

Je soufflais. C'était bien du Carlisle tout craché cela, de me demander de faire quelque chose en sous-entendant tout d'abord que j'avais la possibilité de choisir mais de sous-entendre juste après qu'en fait non je n'avais pas vraiment le choix... Je me demandais bien ce qu'il avait bien pu se passer pour qu'il me demande de rentrer. Non que je sous-estimais l'affection que Carlisle pouvait avoir pour moi, je savais pertinemment qu'il me voyait comme le fils qu'il n'avais jamais eu et qu'il n'aurait jamais, mais cela ne lui ressemblait pas de m'écrire quand je m'en allais pour mes périodes de débauche, surtout quand je précisais que je voulais absolument que l'on me laisse tranquille.

Je savais que je leur manquais, surtout à Esmée qui était très certainement la meilleure des mères adoptives que la Terre ait pu porté ces derniers siècles, mais Carlisle avait véritablement manifesté qu'ils avait besoin de moi... Il ne pouvait pas savoir que c'était ce que je cherchais, ce n'était pas lui qui était capable de lire dans les pensées mais bien moi et je ne pensais pas qu'il me connaissait assez pour pouvoir deviner ce que je voulais sans que je ne le précise. Je me rappelais notre rencontre. C'était plutôt étrange pour moi à l'époque, moi qui n'avais jamais été plus que cela par les autres, cet homme si différent avait exercé sur moi une sorte de fascination inexplicable. J'étais soulagé de remarquer qu'il en était de même pour toutes les personnes qu'il côtoyait. Lorsque je fus atteint de la grippe espagnole et qu'il me transforma, il prit instantanément la place de père pour moi. Il était ce père fantastique dont j'avais toujours rêvé enfant et que je n'avais jamais pu avoir.

Mon véritable père biologique, je n'avais jamais vraiment pu le connaître. La seule personne qui l'avait vraiment connu était en fait ma mère, alors qu'il trompait sa femme avec elle, simple paysanne mais tellement belle qu'elle attirait tous les regards et tellement amoureuse qu'elle acceptait de n'être que la maîtresse de cet homme pour qui elle aurait tout donné mais qui s'en était allé lorsqu'il avait finalement compris avec horreur que si son amante commençait à prendre des rondeurs ce n'était pas parce qu'elle se gavait trop de sucreries – elle n'en avait pas les moyens – mais bien qu'il l'avait engrossée. Pendant toute mon enfance, celle m'avait considéré comme si j'étais ce qu'elle avait de plus précieux, retrouvant en moi les traits de son premier et unique amour et rêvant de me voir devenir un homme de la société. Mais moi, je n'en avais vraiment pas grand chose à faire, tout ce qui m'intéressait à l'époque était de m'engager dans l'armée pour pouvoir porter les couleurs de mon pays... Ce qui l'effrayait énormément, alors je ne le faisais pas juste pour la préserver sachant que j'étais tout ce qu'il lui restait. Puis elle tomba malade, et moi aussi. Nos chemins furent à jamais séparés à partir de ce moment là.

J'avais dix-sept ans à l'époque, et je les ai toujours gardés, passant à côté d'une multitude de choses que je ne connaîtrai certainement jamais. Carlisle comprenait ma douleur vu qu'il vivait exactement la même et nous apprirent tous deux à nous divertir en cumulant le maximum de savoir que nos cerveaux étaient capables de contenir. Il avait tendance à se diriger vers les sciences et la médecine alors que moi je me laissais attirer par tout ce qui pouvait toucher à l'art. Nous menions notre vie paisiblement lorsqu'il rencontra Esmée. Esmée qu'il ne me fut pas évident d'accepter, étant habitué à ne partager mon père spirituel avec personne. Ce genre de réaction était plutôt puéril mais je n'avais pas encore à l'époque toute la maturité que je pouvais posséder aujourd'hui... Apprécier Esmée ne fut pourtant pas bien compliqué, elle si aimante et chaleureuse, elle prit rapidement la place de ma défunte mère dans mon coeur et je sentais que de son côté les mêmes changements opéraient. Nous étions en train de créer notre petite famille à nous, et cette idée ne me déplaisait vraiment pas.

Je passais mon temps à analyser les comportements d'Esmée et de Carlisle, je ne comprenais pas du tout leurs sentiments ni ce qui pouvait les unir à ce point. En acceptant de partager mon père avec elle, je les avais vu développer un bonheur qui me frappait violemment au visage, me faisant déjà ressentir ce début de solitude qui me rongeait. Et puis il y avait eu Rosalie, cette fille si belle que Carlisle avait imaginé devenir pour moi ce qu'Esmée était pour lui. J'espérais moi aussi pouvoir développer cet amour qu'il envisageait. Mais non, rien. Je la considérais comme une soeur et même si elle avait tendance à souvent m'énerver, je l'appréciais. Mais cet attachement envers elle ne dépassait jamais l'amour platonique... Et alors je commençais à légèrement désespérer lorsqu'elle aussi parvint à trouver son âme soeur, Emmet, alors qu'elle n'y croyait plus vraiment. Je me demandais s'il existait une personne sur cette planète qui aurait pu être fait pour moi. Je rejettais la faute sur les autres, c'était eux qui n'étaient pas capables de m'aimer... Jusqu'à ce que nous rencontrions les Denali, dont Tanya faisait partie. Celle ci ressentait pour moi une telle fascination que cela dépassait l'entendement. Je savais, pouvant lire ses pensées, qu'elle me voyait avant tout comme un homme et qu'en moi avant d'aimer véritablement dans la personne elle n'aimait que l'homme alors que dans l'homme elle ne voyait que les hommes. Elle ne voyait que ces noms de plus à ajouter à son tableau de chasse. Elle ne s'en rendait pas compte, mais c'était ce qu'elle désirait avant tout, un amour physique. Amour que je lui avais accordé, me disant que si je m'y essayais les sentiments viendraient.

Mais non, rien. Toujours rien. Je ne ressentais rien de ces sentiments puissants que je décryptais en lisant dans les pensées de mes proches sans vraiment le vouloir, celles ci semblant forcer le passage dans ma tête plus qu'autre chose. Et je sentais que Tanya elle par contre commençait à développer un attachement particulier pour moi, alors je la laissais m'excusant de la froisser mais que je ne pouvais continuer ainsi alors que je savais pertinemment que mes sentiments pour elle n'évolueraient jamais vers cet amour que j'avais envisagé pouvoir ressentir un jour pour elle.

Ainsi, je comprenais que le problème ne devait pas venir des autres mais bien de moi-même. Étais-je finalement capable de ressentir ce genre de choses? Alice et Jasper nous rejoignirent dans notre famille peu de temps après et leur bonheur à eux deux aussi commença à me sauter au visage, me tapant plus profondément que jamais sur les nerfs. Mais en contrepartie j'avais fait de la nouvelle venue une véritable amie à qui je tenais véritablement comme une petite soeur.

Cependant, vivre avec tous ces couples réunis était finalement devenu intenable pour moi avec les années. Au bout d'une vingtaine d'années, j'avais commencé à ressentir mon besoin d'indépendance, de partir et de les laisser savourer leur bonheur. Après tout, ils méritaient tous d'être heureux. Ainsi, j'avais prit l'habitude de m'évader régulièrement pour partir, aller chercher ailleurs une raison à mon existence et aussi tenter de trouver moi aussi celle qui aurait été capable de me rendre heureux. Cependant j'étais devenu de plus en plus froid et résigné avec les années, me demandant à chaque journée où, plus seul que jamais, je voyais le soleil se lever:

« Mon coeur a t'il déjà aimé? »

C'était donc tous ces sentiments qui m'empêchaient de prendre la route immédiatement pour Forks. J'avais peur, j'étais véritablement mortifié de me retrouver encore une fois face à leur bonheur insolent et à leur amour impudique qu'ils ne pouvaient cacher. Je savais qu'ils m'aimaient tous autant les uns que les autres, ayant tous cette tendance à me mettre sur un piédestal et que de me voir me comporter ainsi leur faisait une grande peine mais je leur en voulais au fond, je leur en voulais d'être meilleurs que moi. Je leur en voulais d'avoir cette capacité à aimer qui était totalement étrangère à mon coeur. Cette colère était plus simple à gérer que le profond dégoût de moi-même que je pouvais ressentir et ils le savaient bien. Alors compréhensifs, ils me laissaient partir, mes départs étant de plus en plus proches dans le temps et durant de plus en plus longtemps.

Mais ce n'était pas pour autant que partir provoquait en moi un soulagement exceptionnel, non c'était plutôt devenu vital pour moi, comme si en leur présence je passais mon temps à retenir ma respiration et qu'une fois évadé je pouvais me remettre à respirer plutôt normalement. Cependant mes départs ne répondaient jamais à mes attentes. Moi qui me raccrochais à une envie de trouver un sens à mon existence, aussi éphémère qu'il puisse être, je ne le trouvais jamais. Il n'y avait rien au fond qui me raccrochait à cette ville aux néons fluorescents qui ne puisse me retenir de partir, si ce n'était ce verre de whisky pur malt qui était toujours là devant moi, semblant attendre que je daigne enfin l'avaler.

Ce que je fis, refoulant intérieurement la grimace qui me vint au goût du liquide mais savourant cependant la chaleur agréable qui commençait à se propager en mon être. Je ne supportais pas le goût de l'alcool mais mon corps en ressentait les effets. Je payais rapidement la note au barman, lui laissant un bon pourboire et le remerciant intérieurement de m'avoir laissé tranquille pendant tout le temps que j'avais passé accoudé au bar.

Je pris la route. Je savais que j'avais un long chemin à parcourir mais je préférais courir plutôt que de voler une voiture au pauvre homme qui aurait eu le malheur de laisser son véhicule garé ce vendredi soir dans la rue où je m'étais trouvé. Je préférais courir, l'alcool augmentant ma perception de certaines choses comme de la caresse du vent sur ma peau de granite. Finalement, il était temps que je rentre. Forks me manquait un peu et j'allais enfin pouvoir revoir les miens. Là bas, quelque chose m'attendait et je pourrais enfin me donner une raison d'avancer. Je pourrais enfin trouver une raison d'éclairer mes journées trop sombres et vides de sens. Et tant pis si je n'étais pas à l'aise avec eux, tant pis si en leur compagnie je me sentais plus seul que jamais, ils étaient ma famille. Je rentrais enfin chez moi.