Chapitre 2: quand la peur dirige...
le lendemain, Sora se leva si tôt que le soleil ne s'était pas encore levé. Elle se lava le visage, vérifia si ses blessures guérissaient ne serait-ce qu'un petit peu, s'habilla et partit en courant vers le marché où Kob l'attendait certainement déjà. Une fois arrivée, elle se mit au travail, et déchargea les cageots de fruits et de légumes de la charrette du marchand. Kob l'aida un peu au début:
_Attends un peu Sora, si tu veux faire moins de voyages, prends plusieurs caisses de celles qui ne sont pas très lourdes, tu t'épuiseras un peu moins, et si tu as besoin, pour les gros plateaux du fond, tu n'auras qu'à demander à ce jeune homme.
Il désigna un garçon aux cheveux châtain clair et au teint plutôt mat, d'environ vingt ans qui disposait l'étal, chose encore plus fatigante que de décharger des caisses.
_il s'appelle...
_Ekichi!!!! cria Sora en courant vers le jeune homme et en lui sautant au cou. Ça fait si longtemps que je ne t'avais pas vu!!!
le jeune homme parut surpris et ne semblait pas reconnaître le personne qui lui avait sauté si violemment dessus.
_Euh... qui es tu? Je ne pense pas te connaître. Et comment tu connais mon prénom?
Sora recula de quelques pas, le regard triste, et prête à fondre en larmes...
_Mon grand frère ne me reconnaît même pas, j'aurais tellement changé en seulement cinq ans?
Cette fois, une larmes coula sur la joue de la jeune fille.
_ah ah ah ah...je plaisantais Sora, bien sûr que je t'ai reconnue, mais il est vrai que tu as radicalement changé depuis la dernière fois, j'ai laissé avec maman une enfant de dix ans, et maintenant, je vois une jeune femme, enfin presque, qui travaille. Comment va notre mère?
Le regard de Sora resta triste et elle répondit:
_il y a deux ans, la même maladie que celle de papa l'a touchée, elle ne peut presque plus sortir du lit sans se sentir mal ou tomber dans les pommes. Et ...
_En parlant de pommes, tu pourrais décharger les caisses, et Ekichi, tu n'as qu'à l'aider, je vais finir de monter l'étal. Vous irez plus vite à deux et vous pourrez parler de vos petits problèmes en même temps.
Sora regarda Kob d'un air plutôt surpris, et fut sortie de ses pensées par son grand frère.
_T'inquiète pas il faut s'y faire c'est tout, il est un peu bourru et rentre dedans, mais comme tu le vois il a un très bon fond.
Sora acquiesça et sourit:
_ça me change de mon ancien travail, si on parlait, ne serait-ce qu'un tout petit peu, on se faisait taper sur les doigts et on risquait de ne pas avoir de salaire pour la semaine. Cette femme est une tortionnaire en plus de ça et une menteuse invétérée!!!
Sora prit deux cageots de pommes d'un coup et les emmena sur l'étal, à l'endroit où Kob lui demanda de les poser.
Elle fit ainsi un dizaine d'aller retours entre la charrette et le stand afin que Kob puisse commencer ses ventes à 7h30 précises.
_Tu travailles très bien pour l'instant Sora, mais j'ai encore quelques trucs à te faire faire. Il y a quelques livraisons, pas trop loin d'ici, tu vas t'en occuper, et quand tu seras revenue, tu t'occuperas de la vente avec moi. Avoir une jeune et jolie vendeuse est plus accrocheur qu'un vieux bedonnant comme moi tu ne crois pas?
Sora éclata de rire en voyant la tête que faisait Kob en disant tout cela, sans compter le fait que son frère grimaçait derrière le patron.
_Ekichi, si tu n'arrête pas tes bêtises, je vais me fâcher et te faire avaler ce délicieux navet!!
dit Kob sans même avoir regardé le garçon, qui s'arrêta net. Allez Sora, en route, tu dois aller livrer ce panier chez madame Riromu et ce cageot chez les Yamaguchi.
_euh... c'est qui madame Riromu? Demanda Sora qui n'avait jamais entendu ce nom, alors que le deuxième...
_Ah, c'est vrai... c'est la petite grand-mère qui est toujours en train de nourrir les oiseaux par sa fenêtre à côté du temple. Et pour les Yamaguchi, ils doivent payez leur facture aujourd'hui, donc tu sonnes à la grande porte, comme une invitée.
_Compris, à tout à l'heure chef!!
Puis elle parti en courant vers la première adresse avec un panier remplit de choux de Bruxelles et de tomates dans un main, et un cageot combinant tous les articles de l'étal sous l'autre bras. En moins de cinq minutes, elle était arrivée devant le temple dédié à Shägr, la divinité des magiciens. Mais maintenant qu'elle était arrivée là, elle cherchait... elle avait déjà vu la grand-mère aux oiseaux, mais cela faisait si longtemps qu'elle ne se rappelait plus de l'endroit exact.
_Tu cherches quelque chose mon enfant? Demanda une vielle femme qui voyait que Sora était complètement perdue.
_Euh... oui, je cherche la maison de grand-mère oiseaux... Euh enfin de madame Riromu, est-ce que vous pourriez me dire où elle se trouve, si vous le savez bien sûr...
la grand-mère lui sourit et se remit à marcher. Sora se dit qu'elle ne devait pas savoir et entreprit de demander à quelqu'un d'autre mais...
_Alors qu'attends tu jeune fille, suis-moi, je vais t'emmener chez cette "grand-mère oiseaux".dit la vielle femme.
_ Je vous remercie madame!!
Sora suivit donc le grand-mère, traversant la place devant le temple, passant devant la statue de cette divinité, une silhouette dont on ne saurait dire si c'était un homme ou une femme, tant les traits du visage étaient doux mais son corps paraissait tout de même puissant. Sur le moment, Sora se dit qu'elle avait déjà vu cette statue, ou une qui lui ressemblait autre part que sur cette place, mais elle oublia vite cette pensée, remarquant que la vielle femme était en train de rentrer chez elle puisqu'elle ouvrait la porte d'une maison dont elle avait la clef.
_Mais, vous m'avez dit que vous me conduisiez chez...
_je viens de le faire jeune fille, madame Riromu, c'est moi, et à ce que je vois, tu as es provisions que j'ai commandé à Kob. Je ne savais pas qu'il avait d'aussi jeunes et jolies livreuses. Mais dis-moi, si tu m'as appelé "grand-mère oiseau", c'est que tu venais ici quand tu étais petite , je me trompe?
_Non madame, je suis venue quelques fois, mais cela fait si longtemps, la dernière fois, je devais avoir sept ou huit ans, c'était avant que mon père ne meurt. Je ne suis plus jamais revenue après...
la voix de Sora s'estompait au fur et à mesure, comme si sa phrase lui faisait honte.
_Ah je vois... c'est toi la petite Sora? J'aurais dû te reconnaître tout de suite, tu as toujours ces deux petites tresses, comme à l'époque...
Sora releva la tête, visiblement surprise.
_Vous vous souvenez de moi? Mais comment, ça fait si longtemps!!!
_Tu sais ma petite, je n'ai pas eu d'enfants, donc pas de petits enfants, et pour moi, tous les gamins qui viennent pour écouter mes histoires ou donner du pain aux oiseaux, font un peu partie de ma famille...et je me souviens de chacun d'entre eux, même ceux qui maintenant ne sont plus des enfants, comme ton frère, Ekichi, ou même ta mère, Kyoko...
_dire que moi je ne me souvenais même plus de votre maison... à vrai dire, je n'ai pas eu de chance avec ma mémoire...
un son de gong sortit Sora de ses pensées, lui rappelant par la même occasion qu'elle devait se rendre chez les Yamaguchi.
_Je m'excuse, mais je dois vous laisser, j'ai encore une livraison à faire. Je reviendrais vous voir, je vous le promets!!
Elle se mit à courir pour retourner sur ses pas car la maison des Yamaguchi se trouvait plus près du marché que celle de "grand-mère oiseau". En la voyant, la vielle sourit.
_je suis ravie de voir que tu t'en sors très bien sans tes souvenirs, petite étoile. Prends soin de toi... je sais que tu reviendras quand tu auras besoin de savoir... chuchota-t-elle pour elle même.
Sora courait, pour aller faire payer les Yamaguchi, sans craindre de se faire frapper ou renvoyer cette fois, elle était aux anges. Elle arriva devant la demeure des Yamaguchi et dût presque faire demi tour, car elle avait faillit passer par la porte de service, comme la veille, lorsqu'elle y travaillait encore. La jeune fille monta les marches du grand escalier de marbre qui donnait une allure presque royale à la bâtisse et frappa à la porte de toutes ses forces.
Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit, et avec un énorme sourire Sora dit au major d'homme:
_j'apporte la commande de la semaine ainsi que la facture.
_Entrez je vous en prie. Dit le domestique, sans réellement prêter attention à la personne à qui il parlait. Apparemment, il devait dire la même chose à toutes les personnes qui frappaient à cette porte.
Sora entra donc, passa par un vestibule avant d'arriver dans ce salon si luxueux qui lui rappela le mauvais souvenir de la veille.
Le major d'homme lui dit qu'elle pouvait poser le cageot sur la petite table en verre du salon et que Dame Yamaguchi allait arriver d'un instant à l'autre, ce qui fut vrai car à peine une minute plus tard, la propriétaire des lieux arriva,suivie, comme toujours, de sa fille. Quelle ne fut pas leur surprise en voyant Sora dans son salon.
_Que fais-tu ici toi?! Je t'ai renvoyée, tu n'as plus à venir dans cette maison!! sors d'ici... mais, Manato, tu m'avais dit que le livreur de légumes était là mais je ne le vois pas...
_C'est moi le, enfin LA livreuse madame, et je suis venue afin que payiez ce que vous devez à mon patron, Monsieur Kobotô.
Dame Yamaguchi faillit tomber à la renverse à l'écoute de ce que venait de dire Sora.
_Comment as-tu pu retrouver un travail aussi rapidement? C'est normalement impossible...
_Avec un peu de persévérance et beaucoup de chance, j'ai demandé à Kob, et il se trouve qu'il avait besoin de quelqu'un pour l'aider. D'ailleurs, voici votre facture.
Sora lui tendit un petit bout de papier manuscrit sur lequel était indiqué toutes les commandes du mois ainsi que leur coût, et, en bas de la feuille, se trouvait le montant total que devait Dame Yamaguchi à Kobotô. La "Dame" prit le papier, le lut, vérifiant qu'il n'y ait pas de faute en le comparant à ses propres comptes, puis, une fois que cela fut fait, elle tourna le dos à Sora.
_Bien, suis moi, je vais te payer ce que je dois.
Sora la suivit dans un long couloir au bout duquel se trouvait une pièce qui ressemblait à une bibliothèque. La petite brune resta ébahie devant tant d'ouvrages. Il y avait des livres pour ainsi dire partout: des étagères faisaient le tour des fenêtres et atteignaient presque le plafond. Elle lut le titre de l'un des livres: "Chimères: leurs malédictions et les contre-sorts".
_n'essaie pas de savoir ce qu'il y a dans ces livres, tu n'y comprendrais certainement rien. En fait, tu ne pourrais même pas t'en servir: sans pouvoirs magiques, cette bibliothèque est remplie de livres vides. Ouvre donc celui-ci et tu verras, dit-elle en voyant le regard interrogateur de Sora.
Elle lui tendit un livre et Sora l'ouvrit.
_Moi je le trouve très lisible ce livre, dit Sora en feuilletant l'ouvrage que lui avait passé son interlocutrice.
Dame Yamaguchi se retourna vivement, les yeux grands ouverts, comme si un mort venait de lui parler.
_Quoi?! Comment ça? Ce n'est pas... Ah non, c'est normal, c'est un livre d'alchimie, pas de magie, je me suis trompée de livre. Enfin passons, voilà l'argent que je dois à ton employeur, maintenant, sors de cette maison, le prince Mitsuo doit venir aujourd'hui, je ne veux pas qu'il te voit ici, tu n'est pas censée y avoir la moindre place.
Elle poussa Sora jusque dans le vestibule et disparut à nouveau vers la bibliothèque. Sora se dirigea vers l'entrée et ouvrit la porte pour sortir, mais elle se retrouva bloquée par la personne qui, la vielle, s'était acharné à ruiner sa journée. Le prince Mitsuo, qui devait venir, selon les paroles de dame Yamaguchi, était arrivé, mais elle allait en avoir la surprise, car Manato n'était pas à son poste pour la prévenir. Intérieurement, cela la fit un peu rire, mais sans plus.
_Tiens donc, tu as changé de poste? Tu t'occupes de la porte maintenant?en tout cas tu es plus douée que le petit vieux, on n'a même plus besoin de frapper avec toi... dit le prince, d'un air légèrement moqueur.
_Je ne m'occupe pas de la porte, puisque je ne travaille même plus ici, et vous le savez. J'étais venue faire une livraison, et maintenant, si ça ne vous dérange pas, j'aimerais pouvoir sortir pour retourner à mon travail, j'ai beaucoup de choses à faire.
Elle avança d'un coup ce qui la fit bousculer le prince, qui n'apprécia pas du tout ce geste. Il lui empoigna fermement le bras pour qu'elle se retrouve face à lui.
_Combien de fois devrais-je te le dire, dans cette ville, JE décide de tout. Ne t'avise jamais plus de me manquer de respect comme tu viens de le faire, sinon, ce que tu avais dans le dos hier ne sera rien de plus que la marque d'une douce caresse par rapport à ce que je te ferais, compris.
En même temps qu'il avait prononcé ces paroles, les liens argentés avaient commencer à danser autour de Sora et à l'enserrer par endroits. La jeune fille venait d'avoir la plus belle frayeur de sa vie. Maintenant, plus que de haïr Mitsuo, elle le craignait par dessus tout, car il était capable de la tuer sans qu'elle ne puisse rien y faire, et à présent, elle en était consciente. Elle descendit les marches aussi rapidement qu'elle put et se mit à courir comme une dératée vers la place du marché, sous le regard à la fois énervé et amusé de Mitsuo.
Ce dernier rentra dans la demeure, ferma la porte lui même, puisque le domestique en charge de cette fonction n'était pas là. Il entra dans le salon et entendit un cri étouffé venant de Dame Yamaguchi, qui, ne sachant pas qu'il était arrivé avait eu peur en le voyant. Hana, qui descendait de sa chambre, à l'étage, courut vers lui dès qu'elle le vit et lui sauta dessus.
_Mitsuo!! Comme je suis contente que tu sois venu aujourd'hui aussi!!
visiblement, Mitsuo n'était pas aussi enchanté qu'elle de sa propre visite. Il repoussa doucement Hana et lui dit:
_Écoute, ce n'est pas parce que nos parents nous ont fiancés, que l'on est forcés d'agir en couple. Alors lâche moi un peu tu veux. J'ai promis de t'épouser si je ne suis pas tombé amoureux de quelqu'un avant mes dix-huit ans, et à mon avis, ce n'est pas de toi dont je serais amoureux.
Hana ne voulut rien savoir de ce que venait de lui dire son fiancé et se jeta une fois de plus sur lui, ce qui eut pour effet de l'énerver encore davantage.
_Ça suffit maintenant!! déjà l'autre humaine qui me manque de respect, maintenant toi qui n'écoute pas ce que je dit, à croire que toutes les filles sont pareilles!! puisque c'est ça je garde ce que j'avais à te dire et je m'en vais.
Il tourna les talons près à partir mais Hana le retint par la manche et lui demanda avec de la jalousie dans le regard:
_Quand as-tu vu cette moins que rien? Et où!
_Je l'ai vue il y a à peine dix minutes, sortant de cette maison. Et tu n'as certainement pas à t'inquiéter en ce qui la concerne. Elle est mignonne, et le serait encore plus avec de beaux vêtements, mais il lui manque quelques pouvoirs magiques pour qu'elle puisse m'intéresser un minimum.
Une fois sa phrase terminée, il quitta la pièce, ainsi que la maison, pour retourner au palais qui se trouvait à ce qui jadis était la sortie Est de la ville.
