Après le départ de Wilson, House resta un long moment étalé par terre, à essayer de retrouver son souffle. Quand sa respiration redevint à peu près normale, il se leva tant bien que mal avec l'aide de sa canne. A peine debout, sa tête commença à tourner et l'acidité monta dans sa gorge. Il vacilla dangereusement, tenant difficilement sur ses jambes faibles.
Alarmé, il tenta d'avancer vers le canapé où avait atterri son cellulaire.
Il ne fit qu'un pas avant que de larges tâches noires ne s'imposent à sa vision et qu'il s'écroule sur le sol. Tombant à genoux, il agrippa le divan, la respiration coupée. Les tâches se multipliaient, multicolores, lui brouillant totalement la vue.
J'aurais du mal à appeler qui que ça soit si je ne vois pas ce maudit téléphone…La panique montait en lui alors qu'il constatait que ce qu'il craignait s'était produit : la fissure de son crâne s'aggravait. Il était conscient que s'il ne parvenait pas à trouver de l'aide, il était fort probable qu'il meurt ici, seul. Réunissant toutes ses forces pour ouvrir les paupières, il parvient à discerner le portable à travers les tâches. Un sentiment de soulagement l'envahit aussitôt à cette vision.
Une seconde plus tard, il ne ressentait plus ni peur, ni soulagement alors que son corps inconscient s'écrasait lourdement au sol.
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
House arrivait toujours en retard au travail…Mais jamais aussi tard.
Cuddy vérifia de nouveau sa montre, inquiète, quand elle passa devant son bureau vide pour la troisième fois aujourd'hui. Elle jeta un coup d'œil vers la salle de conférence où était installée la nouvelle équipe de House. Celle qu'il appelait numéro treize répondit à son regard interrogateur par un haussement d'épaules et une grimace d'excuse, secouant la tête.
Les sourcils de Cuddy se froncèrent intensément alors qu'elle faisait demi-tour en direction de son bureau, décidant de rappeler son appartement.
Il est presque midi…Il devrait être là…Son estomac était douloureux d'appréhension alors qu'elle s'asseyait à son bureau et saisissait le téléphone.
A moins…A moins que ce patient l'ait frappé plus fort que ce que je croyais…et si c'était sa tête ? Il est toujours en rémission…
Elle écouta le téléphone sonner. Une fois, deux fois, quatre fois. Sa main tremblait autour du combiné alors que les pires scénarios s'imposaient à elle : House, allongé sur le sol de son appartement, à quelques mètres de son téléphone, inconscient.
Allez…Décroche…
Au bout de sept sonneries, House n'avait toujours pas répondu et Cuddy se leva.
C'est décidé…J'y vais.
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Quand Cuddy atteint l'immeuble de House, elle pria pour que la porte ne soit pas fermée à clé, ou qu'il ait laissé une clé de secours quelque part…bien que, connaissant House, cela lui paraissait peut probable. Ce qu'elle n'avait pas envisagé, c'était que la porte soit entrouverte et cette vision lui glaça le sang.
La gorge asséchée par la peur, son cœur battait la chamade alors qu'elle poussait la porte et pénétrait à l'intérieur. Elle se figea, partagée entre l'inquiétude et le soulagement devant ce qui s'imposait à elle. House était inconscient sur le sol du salon, certainement à cause des coups qu'il avait reçu la veille qui avait du endommager son cerveau déjà blessé.
Mais…il n'était pas seul.
Wilson était à genoux à côté de lui, vérifiant son pouls. Il leva les yeux une seconde vers Cuddy avant de les reposer sur House, une expression sombre et troublée sur le visage.
« Oh mon dieu. J'appelle une ambulance », souffla-t-elle, déjà à la recherche de son téléphone.
« Déjà fait, ils arrivent », précisa Wilson sans la regarder.
Cuddy se tourna vers lui, ne pouvant retenir son soupir de soulagement en voyant que Wilson semblait maîtriser la situation. Elle devait admettre que, malgré les circonstances, elle était rassurée de le voir s'inquiéter pour House. Elle alla s'agenouiller de l'autre côté de House et interrogea l'oncologue.
« Qu'est ce qu'il s'est passé ? Vous étiez là ? »
Wilson secoua la tête, les traits tendus et le regard affolé.
« Je l'ai trouvé comme ça. Il était…Il était tard et j'ai pensé…que peut-être quelque chose lui était arrivé. Comme vous m'aviez parlé de ce type à la clinique… »
Cuddy fut soulagée de remarquer que malgré sa colère et ses mots, Wilson se souciait bel et bien de son ami. Il était même venu pour s'assurer qu'il n'avait aucun problème.
Du moins, elle le croyait.
« Il ne répond pas », grommela-t-il, la voix tremblante. « Je…Je crois qu'il est retombé dans le coma… »
Au bout de plusieurs minutes interminables, les secours arrivèrent et hissèrent House sur un brancard, le conduisant jusqu'à l'ambulance. Sans hésiter, Wilson grimpa dans le camion avec lui et, si elle aurait voulu être aux côtés de House pour le trajet, Cuddy s'en ravit alors qu'elle se précipitait vers sa voiture. Finalement, l'amitié de ces deux là n'étaient peut-être pas encore morte. Elle avait enfin espoir qu'ils se réconcilient.
Même si House doit encore frôler la mort pour que ça arrive…pitié, faites qu'il ne meurt pas…pitié, faites qu'il s'en sorte…
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
House subsista dans le coma durant deux jours après ça.
Et Wilson resta à ses côtés.
Cuddy venait le voir dès qu'elle le pouvait, apportant quelque chose à boire ou à manger pour Wilson qui refusait de quitter la chambre, ne serait-ce que pour aller se reposer. Il resta assis à côté de House, l'observant dormir, inquiet.
La seconde après-midi, elle s'installa avec Wilson pour lui tenir compagnie.
Il leva la tête, acquiesça en la voyant entrer, mais reporta immédiatement son attention sur House. Ils restèrent silencieux, tout deux perdus dans leurs propres pensées.
Finalement, Cuddy brisa le silence, sa voix douce et légèrement tremblante.
« Il y a juste une chose…que je ne comprends pas. »
Wilson la scruta, attendant qu'elle continue.
« Ils disent…Que le coma est dû à une…lésion. A l'arrière de sa tête. Que ça a rouvert la fracture, provoquant une hémorragie cérébrale. »
Wilson hocha la tête, ils étaient ensemble quand le médecin leur avait expliqué ça la veille.
« Ce que je ne comprends pas…c'est qu'il a été frappé au visage. Alors pourquoi la lésion est-elle à l'arrière de son crâne ? », nota-t-elle en secouant la tête, confuse.
Wilson resta silencieux un long moment, les traits tendus alors qu'il contemplait son ami endormi. Finalement, il parla d'une voix anormalement basse et neutre.
« Peut-être…Peut-être que c'était pire que ce que vous avez cru. Peut-être…que le type ne l'a pas frappé qu'au visage. »
Cuddy fronça les sourcils en imaginant House, seul dans une salle d'examen à subir les coups d'un malade mental.
« Qui peut faire une chose pareille ? », se demanda-t-elle à haute voix. » Je veux dire…Le frapper sous la colère, je peux le comprendre, mais… »
Wilson haussa les épaules avant de continuer sur le même ton.
« Il a une tendance à pousser les gens à bout. »
Cuddy plissa les yeux dans la direction de l'oncologue, se demandant si elle avait juste imaginer ce ton amer dans la voix de Wilson. Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir.
Car à ce moment précis, House se réveilla.
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Il pouvait entendre leurs voix alors qu'il émergeait, mais elles étaient étouffées, comme s'il était immergé dans l'eau. Peu à peu, elles devinrent plus claires et il reconnut Cuddy et Wilson, même si leurs mots lui restaient inconnus.
Il lutta pour ouvrir les yeux, la lumière agressant ses pupilles rétractées. Et tout à coup, les voix se firent plus fortes, plus enjouées, semblant venir de partout et il eut envie de se rendormir, de fuir ce surplus de sons et de lumières.
Quand sa vision s'ajusta à la lumière fluorescente de l'hôpital, il fut étonné de la vue qui s'imposait à lui.
Wilson était penché au dessus de lui, ses yeux sombres hantés par l'inquiétude.
« House ? Tu m'entends ? »
House acquiesça, incapable de parler pour le moment. Il était soudain rassuré et gonflé d'une joie qu'il ne connaissait plus depuis longtemps. Wilson était là. Il s'inquiétait pour lui, se souciait de son sort. Même si sa gorge était sèche et douloureuse, il ouvrit la bouche pour essayer de parler.
« Non, non. Shhh », l'interrompit Wilson avant qu'il ne puisse dire quoique ça soit.
House sentit la chaleur d'une main se posant sur la sienne.
« N'essaie pas de parler, House. Pas encore. Repose toi, ok ? Tout va bien se passer… »
House avait abandonné tout espoir de retrouver un jour son amitié avec Wilson quand il l'avait laissé agonisant sur le sol. Pourtant, maintenant, il était apaisé par la voix chaleureuse et rassurante de son ami, par cette main qui serrait la sienne et réchauffait son cœur. Peut-être n'était-ce pas trop tard…Peut-être que ses actions avaient conduit Wilson à réaliser qu'il avait failli le perdre…
« Il faut que tu saches quelque chose », dit Wilson, la voix tremblante d'émotions, sa main autour de la sienne, ses yeux plongeant dans les siens. « Tout ce qui s'est passé…Toutes ces choses entre nous…Ca n'a plus d'importance. C'est du passé. Je…Je sais que tu ne voulais pas faire de mal à Ambre, et…et je te pardonne, ok ?….Je te pardonne. »
House remarqua que Cuddy s'était levée et se dirigeait vers la porte pour les laisser en privé, mais n'y prêta que peu d'importance. Emporté par l'émotion et le soulagement, son corps tremblait alors qu'il écoutait Wilson prononcer les mots qu'il avait tant rêvé d'entendre…auxquels il ne croyait plus. Il sentit des larmes couler sur son visage et, pour une fois, il n'essaya pas de les cacher.
Wilson l'avait pardonné.
« Je veux juste que tu ailles mieux », continua doucement Wilson. « C'est tout ce que je veux…que tu ailles mieux. »
House hocha la tête, profitant des mots prononcés. La violence, la cruauté de Wilson…plus rien ne comptait maintenant qu'il l'avait pardonné. Si Wilson pouvait le pardonner d'avoir tué l'amour de sa vie, House pouvait certainement le pardonner de lui avoir envoyé des coups qu'il méritait.
Il était conscient que sa voix n'était qu'un chuchotement, faible, mais il avait besoin de le dire.
« M…merci »
La porte se referma derrière Cuddy. Ils étaient à présent seuls.
Immédiatement, la main de Wilson serra plus fort la sienne, douloureusement.
« La ferme », le coupa l'oncologue.
Confus, House ne put qu'observer son ami, secouant la tête, étonné du changement de ton qui contrastait tant avec l'expression bienveillante de son visage, qui n'avait pas changée.
« Cuddy sera là d'une minute à l'autre. Ils vont venir vérifier tes fonctions vitales et s'assurer que tout va bien. Alors, il va falloir que tu utilises tes talents de comédien, House. »
Son ton était froid, mais ses yeux étaient pleins de compassion, un léger sourire rassurant flottant même sur ses lèvres.
« Ne leur laisse rien voir House. Cuddy nous regarde à travers la vitre. »
C'était horriblement déconcertant, mais pas autant que les mots qui suivirent, prononcés d'un ton affectueux et en accord avec un sourire amical.
« Tu croyais vraiment que j'allais te pardonner aussi facilement ? »
House se crispa et la main se serra encore plus autour de la sienne en une menace. Immédiatement, House se peint une mimique calme, ses yeux ronds cherchant désespérément de la sincérité dans l'expression tendre de l'autre homme.
Il n'y en avait aucune.
« C'est drôle, House. C'est vraiment très drôle », ricana Wilson. « Je ne t'ai pas pardonné. Non, il va en falloir beaucoup plus que ça pour que je te pardonne…si j'en suis capable ».
Il haussa légèrement les épaules, ne quittant pas ce sourire chaleureux alors qu'il s'approchait dans une étreinte convaincante, un bras derrière les épaules de House, sa bouche contre son oreille.
« Il faut juste que Cuddy et les autres le croient. »
House ferma les yeux, déglutissant difficilement à l'écoute de ces mots, conscient que sa réaction ne paraitrait pas étrange vue de l'extérieure. Personne ne pourrait imaginer ce qu'il ressentait vraiment.
« Bien. Il est temps pour toi de redevenir le bon vieux House », chuchota Wilson. « Si je veux qu'ils me fichent la paix et cessent de me supplier de te pardonner…Tu vas devoir être très convainquant et leur faire croire que c'est déjà fait. Comporte toi comme si tout allait bien et ferme la au sujet des choses qui ne vont pas. Tu crois que tu peux faire ça ? »
Blessé, House ne voulait rien d'autre que de se retirer de l'étreinte hostile de Wilson, le repousser et lui dire où il pouvait se mettre sa cruelle comédie.
Pourtant, tout ce qu'il parvient à faire fut d'hocher la tête, acceptant silencieusement la requête de Wilson alors que ses larmes coulaient toujours sur son visage.
« Eh, réjouis toi », sourit sardoniquement Wilson, s'éloignant pour le regarder dans les yeux. « C'est ce que tu voulais, non ? On est de nouveaux amis. »
A ces mots, la porte vitrée s'ouvrit et Cuddy entra, suivie du médecin de House. Wilson se recula, donnant une tape amicale sur l'épaule de House.
« Je vais vous laisser faire votre boulot », annonça-t-il au médecin. « Je serais de retour plus tard pour voir comment tu vas, ok ? J'ai vraiment besoin de rentrer prendre une douche », dit-il à House, accompagnant sa voix d'un léger rire qui ressemblait tellement à l'ancien Wilson que House sentit son cœur se serrer.
House acquiesça à peine, essayant de ravaler ses émotions.
Après tout, ils avaient un public à présent.
TBC…
