Be my
Last
beautiful
world
Que le monde est beau
Sans aucun doute
Je te
regarde
Que tu es un beau garçon
Tu ne connais pas
encore ta propre beauté
Bebe Stevens est sans aucun doute l'une des filles les plus géniales que je connaisse. Contrairement à plusieurs autres filles, elle est loin d'être timide et ne se gêne pas pour dire ce qu'elle pense. De plus, elle est constamment de bonne humeur, ce qui fait qu'elle est une personne vraiment agréable à côtoyer. Malgré que je ne suis pas du genre à me tenir avec la gent féminine, j'adore passer mes cours à rire et à dire des conneries avec elle. Lorsque les gens me demandent si je sors avec, je reste surpris à chaque fois. Non, je ne sors pas avec elle. En fait, je la considère plutôt comme ma sœur : en plus de penser comme moi, elle me ressemble un peu physiquement, sauf que ses cheveux sont d'un blond plus pâle que les miens. Je crois que je serais incapable de sortir avec quelqu'un qui pense et qui partage toutes les mêmes opinions que moi. Ce serait beaucoup trop ennuyant. Quoique pour l'instant, ce n'est pas ce qui me préoccupe le plus : je ne suis pas prêt à m'engager dans une relation, d'autant plus que mon travail ne me le permet pas vraiment. En plus que je doute que quelqu'un soit prêt à partager son copain avec le premier venu…
Pour ma douzième année et dernière année avant le collège, j'ai décidé d'orienter mes cours dans la branche des sciences de la nature. Je n'ai pas un choix de carrière fixe, mais en réussissant mes cours de sciences, je me vois le libre accès à tout programme d'études supérieures. Et pour être sincère, j'aime bien la chimie et la physique. Je ne compte pas devenir scientifique, mais une profession dans le domaine de la santé me paraît grandement intéressante. La dentisterie est une branche qui m'intéresse particulièrement… Probablement parce que mes dents sont croches et que, lorsque je souris, j'ai l'air terriblement niais et que cela me dérange un peu. Le problème avec les études en dentisterie, et toutes les études en médecine par le fait même, c'est qu'elles sont extrêmement dispendieuses. J'ai une bonne réserve dans mon compte, mais pas pour toute la durée de mes études. Un de mes potes m'a suggéré de faire une demande pour une bourse… C'est une bonne idée, puisque mes parents ont un revenu très faible, mais les notes sont également importantes et il doit y avoir des tas de gens qui ont des résultats plus élevés que les miens qui font des demandes…
La plupart de mes amis souhaitent également aller au collège après la graduation. D'ailleurs, puisqu'il n'y a pas d'institutions d'enseignement supérieur à South Park, nous serons tous obligés d'aller nous établir à Denver. C'est pour cette raison que nous avons eu l'idée de nous louer un petit appartement au centre-ville, pour l'accessibilité et parce que nous n'avons guère le choix non plus. J'adore l'idée de pouvoir enfin vivre par moi-même, avec mes amis, et de devoir gérer moi-même mes affaires. Le hic, toutefois, c'est que je suis réticent face au fait de quitter ma sœur. Je vais évidemment continuer de travailler les soirs et la fin de semaine, mais en n'étant pas avec mes parents, je ne pourrai pas savoir ce qu'ils feront de l'argent que je vais leur donner. J'ai peur qu'ils décident de la garder pour eux-mêmes et de ne pas en donner à ma sœur pour ses dîners à l'école et ses vêtements. Malheureusement, c'est ce qui risquerait le plus d'arriver. Je pourrais évidemment la donner directement à elle, mais mes parents s'en rendraient sûrement compte et l'obligeraient à leur donner leur part. Et connaissant ma sœur, elle le ferait, puisqu'elle a bon cœur et qu'elle adore mes parents. Je ne la blâme pas, puisque je suis loin d'être mieux qu'elle. Le pire qui pourrait arriver, cependant, c'est qu'ils donnent de mon argent à mon frère. Je ne veux surtout pas payer pour sa drogue et toutes les autres choses qu'il consomme. Que mes parents paient pour lui, ça m'est complètement égal, mais pas en prenant l'argent que je leur donne.
Je devrais apporter quelques clarifications sur mon frère et la « relation » que j'entretiens avec lui, même si mon opinion est biaisée parce que je suis incapable de le sentir. Il a commencé à consommer de la drogue en septième année, lorsqu'il a commencé à se tenir avec des gens comme lui : pauvres, sans aspiration et frustrés. Je comprends que tous les gamins de douze ans soient frustrés, c'est normal, mais il était pire que la moyenne. Il faisait tout le temps des mauvais coups, il a commencé à fumer à l'âge de dix ans, bref, il était désintéressé de tout. Mes parents l'ont en quelques sortes toujours mis sur un piédestal, alors il cherchait un respect absolu de la part de tout le monde. Il apprit rapidement et à ses dépends qu'il n'était pas le centre du monde, et ça ne lui a pas plu. À mon avis, il a connu de nombreuses déceptions et il n'a pas vraiment réussi à passer par-dessus. Puisque mes parents l'avaient toujours couvé, il ne s'attendait pas à foncer dans un mûr un jour ou l'autre. Mais c'est arrivé et il n'a jamais réussi à s'y faire. Je ne lui ai jamais souhaité de la malchance sans pour autant le prendre en pitié. Pour dire vrai, l'idée de s'améliorer et de reprendre sa vie en main ne lui a sûrement jamais traversé l'esprit. Il vit présentement dans le sous-sol humide d'un édifice à logements délabré, près de la maison familiale, avec des amis et sa copine. Il vient voir mes parents seulement lorsqu'il n'a plus d'argent, pour leur en demander parce qu'il sait qu'ils ne refusent jamais. Évidemment, ses amis et sa copine sont comme lui, ils adorent boire, fêter, et surtout, se droguer. Je n'ai rien contre le fait de boire et de fumer un joint de temps en temps, mais pour ces gens, faire cela constitue une majeure partie de leur quotidien. Ils sont toujours trop saouls ou gelés pour travailler, ce qui fait que la majeure partie d'entre eux vit grâce aux prestations de l'aide sociale. La copine de mon frère, une dénommée Shannon, pourrait avoir de la classe si elle n'était pas si vulgaire et traînée. Elle parle encore plus mal que les rednecks du fond de l'Oregon, jure tout le temps et ne cesse de parler de sexe. Cela me fait bizarre de dire une telle chose, puisque j'adore moi-même parler de ce sujet, mais elle semble faire exprès pour aller trop loin, avec une vulgarité qui dépasse les bornes. Physiquement, elle est très jolie. Elle a tout de ce que j'aime chez les filles, même si je les préfère un peu plus intelligentes qu'elle. Ses cheveux sont brun clair, lui arrêtant un peu au-dessus des épaules. Ses yeux sont vert pâle, la couleur parfaite pour qu'un regard soit perçant et sexy. Elle est relativement mince et pas très grande, d'autant plus qu'elle se tient le dos légèrement courbé, ce qui en fait en sorte qu'elle paraît encore plus petite qu'elle ne l'est réellement. Pour tout dire, elle ressemble à la majorité des filles de son âge, avec un piercing au nombril, un tatouage dans le bas du dos et le moins de vêtements possible, pour attirer le plus de regards possibles. (je tombe régulièrement dans de tels pièges) Toutefois, ce qui attire plus mon regard, et j'ai un peu honte de le dire puisqu'il s'agit de la copine de mon frère, ce sont les décolletés provocants qu'elle semble privilégier. Les femmes savent ce qui fait plaisir aux hommes, et elles en profitent toutes au maximum. Lorsqu'elles savent qu'elles se font regarder à un endroit particulier, elles vont d'arranger pour le mettre en valeur. Malheureusement pour moi, je manque grandement de subtilité, alors je suppose qu'elle s'est rendue compte à quel point je la dévorais des yeux lorsqu'elle venait chez moi, et s'habille maintenant en conséquence, pour me narguer. Ce n'est pourtant pas ma faute si elle a une poitrine digne des stars de films pornos… ! D'autant plus que la sienne me semble naturelle, puisqu'elle n'aurait jamais l'argent pour avoir des implants. Comme si cet attribut ne lui était pas assez, elle possède également un fessier à faire rêver les filles hétéros et les mecs gays. Je dois dire qu'en terme de copine, mon frère a vraiment été choyé. À se demander ce qu'elle lui trouve, puisque, selon moi, il est un mec des plus ordinaires. Ses cheveux n'ont jamais l'air propres et sont mal coupés, ses yeux sont d'un brun terne, comme le teint de sa peau, et il est beaucoup trop grand pour sa grosseur, d'autant plus qu'il n'a pas la moindre masse musculaire de développée. La seule chose que je lui envie, ce sont ses dents, parce que les nombreuses années qu'il a passées à porter un appareil dentaire lui ont porté fruit. La raison pour laquelle lui a pu en avoir un et pas moi est que, lorsque les dentistes lui ont posé, l'appareil était payé par l'aide sociale, comme si c'était une assurance dentaire, si on veut. Cinq ans plus tard, alors que c'était moi qui en avais besoin, les prestations ne couvraient plus le prix et les parents devaient eux-mêmes sortir l'argent de leurs poches s'ils voulaient corriger le sourire de leur enfant. Je fus donc condamné à garder le mien qui est assez particulier. D'ailleurs, je doute de l'efficacité que pourrait avoir un appareil dentaire sur moi maintenant que je suis presque un adulte : selon moi, la correction dentaire est quelque chose qui doit être effectuée lorsque l'enfant est encore jeune, préférablement lorsque ses dents d'adulte viennent de pousser. Je suis content pour ma sœur qu'elle ne souffre pas du même problème que nous : elle a les mêmes dents que ma mère, alors que moi et mon frère avons les mêmes dents que notre père.
Je crois que je devrais parler un peu de lui avant d'en revenir à Bebe, même si j'en ai déjà un peu parlé. Ses grands-parents, donc mes arrières grands-parents, étaient originaires de Dublin, en Irlande, d'où vient d'ailleurs mon nom de famille commun aux Irlandais. Ils se sont établis en Louisiane, et lorsque mes grands-parents se sont mariés, ils ont décidé de déménager à Denver, au Colorado. Quand mon père a eu dix ans, ils se dirent que la campagne serait un meilleur endroit pour élever leurs enfants, loin de la pollution et des dangers des grandes villes. Ils se sont donc achetés une petite maison à South Park. À ce moment, le frère aîné de mon père était âgé de quinze ans et cessa d'aller à l'école, déprimé d'avoir quitté ses amis et de devoir vivre dans un endroit aussi reculé, entouré de personnes âgées pour la plupart. La chance lui sourit lorsqu'un entrepreneur en construction de maisons de Denver posta une petite annonce dans le journal local, se cherchant une solide main d'œuvre qui n'avait pas besoin d'être qualifiée, puisque l'homme en question était prêt à leur enseigner. Il sauta sur l'occasion sans attendre, et retourna vivre dans sa vie natale. Je crois que mon père lui en a toujours voulu pour avoir quitté la maison familiale si jeune : son frère était en quelques sortes son modèle. Mes grands-parents ne l'ont pas pris avec joie non plus, d'ailleurs. Depuis le jour où leur fils aîné fut parti, ils n'ont pas cessé de le rabaisser et de monter la tête de tout le monde contre lui. Cependant, de ce que je me souviens de lui, parce que je ne l'ai vu que quelques fois, il était un homme très gentil, et beaucoup plus responsable que son frère cadet. Il a un bon emploi, une femme vraiment sympathique, une belle maison en banlieue de Denver et deux jumelles de l'âge de mon frère. Même s'il ne l'avouera probablement jamais, mon père est probablement extrêmement jaloux de sa réussite, et surtout du fait que la chance ne lui a jamais sourit de la même façon. Il a une femme et des enfants aussi, mais pas d'emploi stable ni de jolie maison confortable et propre où l'on est heureux de retourner le soir. Je suis peut-être un peu trop optimiste lorsque je dis cela, mais je crois que s'il avait voulu réussir, il aurait pu. Selon mes grands-parents, il réussissait relativement bien à l'école, sans pour autant être le meilleur élève de sa classe. Eux-mêmes ne semblent pas savoir pourquoi leur fils cadet est mal viré au point d'être un alcoolique sans-emploi, en plus d'être un batteur de femmes…
- Hey, Kenny, est-ce qu'on met l'adjectif avant le nom en français ?
Je relevai la tête de mon cahier de français pour jeter un coup d'œil à Bebe qui semblait me fixer d'un air sceptique depuis quelques minutes déjà. Je devais m'être encore perdu dans mes pensées… Rapidement, je me passai une main dans les cheveux avant de me racler la gorge pour lui répondre :
- Hmm…
je suis pas certain, en fait. Je pense que ça dépend
de ta phrase. Tu devrais demander à Christophe, il doit le
savoir.
- Ah,
merde, Kenny, j'ai pas envie de parler au Français…!
À quelques tables en avant de la nôtre, je vis le Français en question se retourner pour nous lancer un regard meurtrier. La raison derrière ce geste était tout simplement due au fait qu'il n'était pas un Français mais un Canadien français. Comme la plupart des Québécois, il n'apprécie guère les Français, et est incapable de supporter qu'on puisse le considérer comme un. Nous savions tous qu'il venait du Canada, mais nous ne pouvions nous empêcher de le traiter de Français pour qu'il se fâche. Il habite au Colorado depuis quelques années déjà, et a commencé à fréquenter la même école que nous lorsque nous étions en huitième année. Malgré ces années passées en territoire anglophone, il a encore un fort accent et il lui arrive constamment de se tromper avec les mots qu'il emploie. Et lorsque nous le faisons trop fâcher, il se met à jurer dans sa langue, ce qui nous fait atrocement rire. D'ailleurs, personne n'est capable de prononcer correctement son nom, alors nous l'appelons tous « Christopher », ce qui le fait rager. Si j'avais été à sa place, il y aurait longtemps que j'aurais arrêté de me fâcher pour une telle chose. Cela nous fait encore plus rire lorsqu'il se tue à nous expliquer que son nom ne contient aucun « r » à la fin. Aucun de nous n'a tenté de prononcer son nom de famille; ce serait un véritable carnage sinon.
- Il serait le seul qui pourrait vraiment t'aider, à moins que tu préfères demander à la professeure et qu'elle sache que tu as pas fait ton devoir…
Devant ces sages paroles, Bebe ne put s'empêcher de soupirer longuement, de prendre son courage à deux mains ainsi que son devoir et se leva pour s'approcher de la table de Christophe qui fronça un sourcil en la voyant. À ses côtés se trouvait le premier de classe, Gregory, qui eut la même réaction que lui. Je ne saurai jamais pour quelles raisons ce dernier décida de descendre de son piédestal pour s'abaisser à se tenir avec quelqu'un, surtout un voyou comme le Francophone. Il est le style de personnes à être parfaites dans tout ce qu'elles entreprennent. Sa moyenne générale doit être aux alentours de quatre-vingt dix-huit pourcents, la raison pour laquelle elle est si basse étant parce qu'il n'a eu qu'un maigre quatre-vingt dix au dernier examen de maths. Je ne m'attarderai pas sur son sujet, parce que ce n'est pas important et parce que je me fous carrément de lui, même si lui semble me mépriser parce que je suis catégorisé comme étant « pauvre ».
- Woah, Bebe, t'es vraiment descendue bas pour parler au maudit Français ! En plus que t'as l'air d'être en train de lui demander son AIDE… !
Je vis facilement l'air irrité sur le visage de Bebe alors qu'elle se tournait pour faire face au fameux Eric Cartman. Il affichait un petit sourire en coin, le sourire qui lui était si particulier et qui faisait que tout le monde le détestait, parmi de nombreuses autres choses. Je ne saurais pas quoi répondre si l'on me demandait pourquoi j'étais ami avec une personne comme lui. Je n'aurais jamais assez de cent pages pour énumérer tous ses défauts et toutes ses déviances. Il est l'exemple parfait d'un anti-héros que tout le monde se plaît à détester. La seule personne qui pourrait lui arriver à la cheville en ce qui s'agit de préjugés et de haines non fondées, ce serait son idole de toujours, son cher Adolf Hitler. Et même à cela, je crois que le Führer aurait beaucoup de difficultés à l'égaler. Je crois tout de même que cela donne une bonne idée à quoi Eric Cartman peut ressembler. Il déteste entre autres les Juifs, les hippies, les minorités, les pauvres, les gens aux cheveux roux, les faibles et, surtout, se faire dire quoi faire. Il est un fasciste pur et dur. Son sens de l'humour est d'ailleurs très sarcastique, et pour qu'une blague soit drôle, elle se doit de rabaisser quelqu'un ou un peuple, de préférence les Juifs.
- La
ferme, gros tas, je suppose que tu l'as même pas fait, toi,
ton devoir !
- Hey !
J'suis pas gros !
Malgré ce qu'il peut dire pour sa défense, la première chose que l'on remarque chez lui, c'est qu'il est aussi haut que large. J'exagère peut-être un peu lorsque je dis qu'il est plus à contourner qu'à enjamber, mais je crois que cela explique parfaitement son « léger » problème de poids. Il est plus grand que moi d'une dizaine de centimètres, mais côté poids, il doit peser le double et peut-être même le triple que moi. Contrairement à plusieurs personnes ayant un surplus de poids comme lui, il cache une effroyable masse musculaire derrière tout son amatis de graisse. Lorsqu'il frappe quelqu'un, je peux assurer que cela fait très mal, même s'il ne frappe pas nécessairement fort. Il peut facilement venir à bout de n'importe qui, à part quelqu'un qui miserait sur la stratégie plutôt que sur la force. À cause de cela, peu de gens sont prêts à le faire fâcher, de peur de se faire briser le nez ou une côte.
- Et merde, Cartman, laisse-la donc faire ce qu'elle veut !
La voix de Kyle est facilement reconnaissable : sans vraiment ressembler à celle d'une fille, elle est quand même relativement claire pour un adolescent de dix-sept ans. D'ailleurs, Kyle est tout le contraire de Cartman, autant physiquement que mentalement. Il est assez petit et mince, ses cheveux sont légèrement bouclés et d'un roux foncé, ses yeux sont verts comme des émeraudes et un peu plus gros que la moyenne, ce qui lui donne un léger air féminin. Ses valeurs sont celles que sa mère lui a durement inculquées à travers les années : la tolérance, le respect, la bonté et la persévérance. La chose la plus importante pour lui est de réussir ses études, pour ainsi aller à l'université et avoir un bon emploi. Ce qui est particulier avec lui, c'est qu'il n'a jamais démontré la moindre attirance envers une personne du sexe opposé. Je suppose qu'il est tout simplement asexué et que les relations interpersonnelles de ce genre ne l'intéressent pas. Mais c'est une chose quand même difficile à croire, parce qu'il est un adolescent comme nous tous et que ses hormones doivent être autant en marche que les nôtres. Sa mère doit lui avoir interdit de fréquenter qui que ce soit pendant la durée de ses études, et, docile comme il l'est, il l'écoute et fait comme elle lui exige. La règle est d'ailleurs assez stricte chez les Juifs : un garçon ne doit pas voir, autant que possible, une fille peu vêtue avant d'être marié. La famille de Kyle n'est pas vraiment de la classe des orthodoxes, mais je ne serais pas surpris d'apprendre que sa mère se base sur cela pour lui empêcher de voir quelqu'un du sexe opposé. La relation qu'il entretient avec elle est vraiment l'opposé de celle que j'entretiens avec la mienne. Ma mère n'a aucune autorité de toute façon, et comme je l'ai déjà dit, elle préfère bien plus crier après mon père que nous enseigner de bonnes valeurs. Je ne m'en plaindrai pas : je déteste qu'on me dise quoi faire. Je déteste encore plus être soumis, surtout à une femme.
- Ta
gueule, le Juif ! J'ai le droit de dire ce que je veux, j'vais
pas écouter une mauviette de ta trempe !
- La
ferme, gros tas de merde ! J'suis pas une mauviette !
- Merde,
Cartman, Kyle, arrêtez ça ! Vous vous fatiguez pas de
vous engueuler tout le temps pour rien ?
Kyle ne put s'empêcher de grogner de mécontentement en se faisant réprimander une fois de plus par son meilleur ami, Stan. Ce dernier est toujours l'arbitre lorsque les deux autres se chicanent, même s'il est habituellement du côté de Kyle. Je ne sais pas trop comment décrire Stan… il est un peu l'adolescent typique, qui rêve du grand amour et qui est sensible aux jugements des autres. Il est rationnel mais rêveur à ses heures, porte presque tout le temps des vêtements noirs, se maquille les yeux et les ongles de la même couleur que son linge et possède sans aucun doute les plus beaux yeux bleus que j'ai jamais vus. Sa grandeur est à peu près équivalente à la mienne, ainsi que son poids. Si mes cheveux étaient noirs comme les siens, je suis assuré que nous pourrions facilement passer pour des frères. Toutefois, contrairement à moi, Stan préfère vivre au jour le jour. Son but ultime dans la vie est d'avoir une solide relation amoureuse. Le reste pourrait venir par après. Sans exagérer, je peux affirmer qu'il est l'un des mecs les plus populaires de toute l'école : toutes les filles, de tout niveau confondu, craquent pour lui. Je les comprends un peu, puisque je n'ai aucune difficulté à avouer qu'il a vraiment un charme particulier, en plus d'être très beau. Il s'agit d'ailleurs d'une de ses nombreuses qualités qui déplaît fortement à Cartman, jaloux du fait que Stan soit si « parfait » physiquement. Il le déteste surtout pour cela, et aussi parce que Kyle est amoureux de lui depuis Dieu seul sait quand. Lui et Stan ont toujours tout fait ensemble, ils se sont toujours supportés et sont meilleurs amis depuis le jour de leur rencontre, il n'est donc pas surprenant que l'un des deux soit tombé amoureux de l'autre. Bien que Kyle ne l'ait pas avoué à qui que ce soit, la façon dont il regarde le jeune homme aux cheveux noirs en dit très long sur les sentiments qu'il éprouve pour lui. Et bien que Cartman n'ait jamais avoué qu'il aimait Kyle non plus, tout le monde sait tout de même qu'il en pince grave pour lui. Ce qu'il ressent pour lui est cependant un peu différent de ce que l'on pourrait qualifier d'amour ou d'admiration. En fait, il s'agit principalement d'un fort désir sexuel, suivi d'un besoin insatiable de le voir soumis à lui. Tout ce qu'il fait qui se rapporte à Kyle se veut de le dénigrer ou l'humilier, tout en en tirant un énorme plaisir sadique. Sa victime n'est pas dupe et s'en rend compte à chaque fois, sans pour autant réaliser que derrière tous ses gestes se cache une perversion hors du commun. Ce qui me permet de rendre une conclusion pour la moins étonnante : mes trois meilleurs amis sont tous homosexuels. Je n'ai rien contre cela, puisque je le suis moi-même à mes heures, lorsque le soleil se couche et que j'ai besoin d'argent. Sinon, j'aime et adore les femmes, sans pour autant chercher une relation amoureuse comme Stan le fait si désespérément.
Alors qu'ils étaient encore en train de se chicaner pour des raisons que eux-mêmes doivent ignorer, parce qu'ils n'en ont tout simplement pas, je me contentai de les observer, ne disant pas un mot. Je n'aime pas me mêler des choses qui ne regardent pas, et les éternelles disputes entre Cartman et Kyle ne m'ont jamais vraiment tenu en haleine. Les seules fois où je me dois de participer, c'est lorsque Stan prend pour Kyle et que Cartman me supplie presque pour prendre pour lui. Dans ces moments, je ne fais qu'hausser les épaules et dire ce que ce dernier veut que je dise, sans pour autant supporter le fait qu'il ait raison.
- Au
fait, Kyle, on a toujours un contrat que tu as pas respecté…
!
- Oh,
recommence pas avec ça en plus…!
- T'as
donné ton accord alors tu dois faire ce que tu as accepté
de faire !
Et ils sont partis pour une autre chicane, qui n'implique pas Stan cette fois. Ce dernier se contente de les écouter un moment, puis jette un bref coup d'œil au fond de la classe, où Craig et ses potes, nos rivaux de toujours, se tiennent. Évidemment, avec le temps, nous ne nous considérons plus vraiment comme des rivaux, mais il reste tout de même que la plupart d'entre eux détestent Stan, pour le simple fait qu'il est gay. Malheureusement pour lui, les gens qui sont tolérants envers les homosexuels à South Park sont très rares, et les adolescents à l'esprit ouvert le sont peut-être encore plus. Si lui se fait embêter pour sa sexualité différente et pas Kyle et Cartman, c'est tout simplement parce que lui l'a avoué publiquement. Depuis ce temps, beaucoup de gens le voient différemment, certains refusant même de lui adresser la parole. D'ailleurs, même s'il ne l'avait pas avoué, plusieurs auraient continué de se douter que quelque chose clochait avec lui, surtout dans la façon dont il s'habille, puisqu'il privilégie les vêtements moulants et les accessoires bizarres. Certains l'ont même déjà pris en flagrant délit de mater les autres mecs dans les douches, après les cours d'éducation physique. Craig fut l'un de ceux à être observés, cela ne faisant que raviver la haine et le dégoût qu'il éprouvait déjà pour lui.
- Bonjour tout le monde ! Je vous prierais de regagner vos places, nous avons un cours chargé aujourd'hui ! Nous allons commencer par la correction de votre petit devoir, puis nous allons compléter le deuxième chapitre de votre cahier de vocabulaire, et je vous parlerai ensuite du projet que vous devrez faire en équipe et me remettre dans trois semaines. Commençons tout de suite avec votre devoir, je vais vérifier si vous l'avez tous fait.
Je pus entendre la moitié de la classe soupirer longuement, comme quoi ils l'avaient tous oublié ou avaient tous simplement préféré ne pas le faire, se disant que la professeur ne vérifierait probablement s'il était fait. Alors qu'elle passait dans la rangée dans laquelle je me trouvais, je sortis ma feuille pour qu'elle puisse voir que j'étais l'un des seuls à l'avoir fait. Elle en sembla ravie, me faisant un petit sourire en me disant que c'était très bien. Pour dire vrai, je l'avais fait rapidement, la plupart de mes réponses étant sûrement fausses. Le français n'était pas une matière que j'affectionnais particulièrement, même si je trouvais que la langue française en elle-même avait quelque chose d'intéressant. Je ne comprends pas comment une langue peut comporter tant de mots, au point où l'on peut décrire avec exactitude la chose la plus banale pendant des dizaines de pages. Même si je ne serai jamais bilingue dans la langue de Molière, je m'efforce de faire de mon mieux dans les cours et les examens. Pour Christophe, le Canadien français, ce cours a l'air d'être une véritable torture, puisque ce que nous apprenons est très rudimentaire. Il a toujours des résultats parfaits et fait exprès pour parler rapidement lors de ses exposés oraux pour que personne ne puisse le comprendre. Il n'est pas le préféré de la professeure pour rien : il leur arrive de converser pendant des dizaines de minutes dans leur langue maternelle, comme s'ils se fichaient qu'on ne les comprenait pas. La plupart des gens dans la classe sont extrêmement nuls dans cette matière : les Américains ne sont pas réputés pour leur unilinguisme pour rien. Il est cependant vrai qu'il y a une énorme différence de difficulté entre le français et l'anglais, le français était énormément plus complexe et précis. Certains font des efforts mais abandonnent rapidement lorsque Christophe leur lance une remarque désobligeante, sauf peut-être Gregory, qui est persuadé d'être le meilleur.
Alors que la professeure se mit à écrire les réponses du devoir au tableau, je sortis mon agenda et y jeta un rapide coup d'œil. Il m'apprit que je travaillais ce soir de vingt-et-une heures jusqu'à minuit. Super. Je ne pus m'empêcher de soupirer, n'ayant pas trop envie de devoir sortir avec tous les travaux que je devais finir pour bientôt. Je devrai les faire sur l'heure du midi, ce que je déteste, puisqu'il s'agit du seul temps que j'ai pour me reposer un peu et manger. Je ne tiens toutefois pas à annuler un rendez-vous à la dernière minute, puisque cela rend les clients très mécontents. C'est un peu normal. Tout en sortant un stylo rouge de mon étui à crayons, j'essayai de me rappeler à ce que le client de ce soir ressemblait et où je devais le rencontrer. À ce moment, je me rendis compte que Stan me lançait des petits coups d'oeil furtifs. Ce que j'apprécie beaucoup de lui, en fin de compte, c'est qu'il ne me juge pas pour ce que je fais, contrairement à Cartman qui refuse que je m'approche de lui à cause de mes « germes », et Kyle qui me regarde d'un air incertain à chaque fois que je fais mention de mon boulot. Stan est beaucoup plus compréhensif qu'eux, ne refusant pas de me taper gentiment l'épaule pour me remonter le moral et me disant tout simplement de faire attention à moi lorsque je rencontre cette sorte de gens. Je ne peux cependant pas blâmer Kyle d'être mal à l'aise face à tout cela : il a toujours été extrêmement timide avec sa sexualité et celle des autres. Sa mère lui a probablement raconté des tas de sornettes comme quoi avoir une vie intime avec son propre corps est quelque chose de mal, et qu'il ne fallait absolument pas qu'il en ait une. Quant à Cartman, je ne trouve aucune excuse qui puisse justifier ses actes de dégoût exagéré. À l'entendre parler, il couche avec tout le monde et adore les gens qui sont faciles à amener au lit, comme un de nos compagnons de classe, Butters. (je reparlerai de lui plus tard) D'ailleurs, à voir la façon dont il agit en voulant toujours copuler, il n'est guère mieux qu'un travailleur du sexe. Argumenter avec lui est peine perdue, alors je me contente de garder ma salive et d'ignorer ses insultes à mon égard. Je mentirais si je disais que je m'attendais à mieux de sa part.
Je fis un petit sourire à Stan lorsqu'il se retourna pour me regarder pour la dixième fois, lui assurant ainsi que tout allait bien. Il me rendit mon geste, puis reporta son attention vers l'avant de la classe. Je fis de même, vérifiant mes réponses avec celles que la professeure venait de terminer d'écrire au tableau. Au final, même si je n'avais pas pris tout mon temps pour faire cet exercice, j'obtins quand même un résultat satisfaisant, ne faisant que cinq erreurs sur dix-sept questions. Légèrement fier, je remis ma feuille dans mon cartable, puis sortit mon cahier de vocabulaire ainsi que mon dictionnaire. Pour bien comprendre une langue, nous disait sans cesse la professeure, nous devions avoir une bonne connaissance du vocabulaire. Heureusement pour nous, ses élèves peu motivés, il y a plusieurs mots français qui ressemblent à ceux de l'anglais.
Mon esprit se mit à vagabonder de la langue française aux messages que j'avais écrit dans la couverture de mon cahier sans que je ne m'en rende compte. J'adorais y écrire des choses stupides dénuées de sens lorsque le cours était trop ennuyant. Curieusement, aujourd'hui fut l'une des rares fois que j'espérai que la période passe lentement.
Nous ne pouvons rien faire à propos de nos sentiments.
