Be my Last
wonder about
De
temps à autre je me demande
Qui
mange, qui dort avec toi présentement
Combien
de fois t'ai-je embrassé dans le noir ?
Tout en
comptant les secrets de mon cœur
La première personne que je vis en entrant dans l'école fut Stan, qui était assis devant son casier, la tête baissée et les écouteurs de son iPod dans les oreilles. Il était vraisemblablement en train de remuer des pensées noires, comme il en avait si souvent l'habitude. Je m'approchai tout de même de lui, sachant très bien qu'il allait me parler. Doucement, j'effleurai son genou avec le bout de mes orteils, de sorte à ce qu'il relève les yeux, ce qu'il fit dès qu'il sentit quelque chose le toucher. Je ne pus m'empêcher de sourire de mon sourire habituel en le voyant me regarder avec des grands yeux :
- Hey, ça va ?
Contre toute attente, il soupira longuement tout en posant son sac devant lui, l'ouvrant et se mettant à chercher quelque chose à l'intérieur. Il finit par en sortir son cahier d'éducation économique, qu'il brandit devant moi avant de me répondre :
- J'ai pas étudié pour l'examen.
Malgré son expression complètement découragée, je ne pus m'empêcher de continuer de sourire. Il n'étudiait jamais, mais s'en sortait toujours bien. Par exemple, il ne faisait jamais ses exercices de mathématiques, mais avait tout de même la meilleure moyenne de la classe, la sienne étant plus haute que celle de Kyle et Gregory, les studieux du groupe. C'était à peu près la même chose en chimie et en physique, deux matières dans lesquelles il excellait. À vrai dire, Stan était de ce genre de personne à être talentueux dans tout ce qu'il entreprenait. Il avait toujours été excellent en sports, en sciences, et même en lettres. Les nombreux méritas qu'il avait chez lui et qu'il obtenait après chaque fin d'année scolaire ne faisaient que le prouver.
- J'ai pas étudié non plus, en fait. Mais bon, t'as pas à t'en faire, tu vas sûrement avoir une bonne note, comme d'habitude.
Ce commentaire le fit rouler les yeux : il détestait lorsque l'on insinuait qu'il était doué, parce qu'il se trouvait médiocre. Il avait développé ce complexe d'infériorité au fil de ses années secondaires, ce que nous avons tous vite fait de remarquer. S'il fallait que Stanley Marsh soit dépourvu de talents, je n'ose même pas imaginer ce que le reste du monde possédait.
- Enfin bon, peut-être que Kyle va me laisser copier sur lui pour cette fois…
Je ne pus m'empêcher d'hausser les épaules, me disant qu'il n'avait pas besoin de l'aide de son meilleur ami s'il souhaitait avoir un bon résultat. D'ailleurs, malgré le fait qu'il était excellent dans à peu près tout ce qu'il faisait, le pauvre avait un sérieux manque de subtilité. Ce n'est pas pour rien que Craig et sa bande avaient vite fait de remarquer qu'ils se faisaient épier lorsque nous étions tous nus dans les douches : Stan devait les regarder intensément avec un mince filet de bave lui coulant sur le côté de la lèvre. Ainsi, s'il copiait sur le rouquin comme il semblait décidé à faire, il risquerait de se retrouver avec un énorme zéro écrit en rouge sur sa feuille d'examen parce qu'il est incapable d'être subtile.
- Si ça te dérange pas, je vais essayer de faire une révision de dernière minute, même si je crois pas vraiment que ça puisse m'aider…
- Ouais, pas de problème, voyons.
Sur ce, j'allai à ma case prendre mes livres pour les cours d'éducation économique et de mathématiques. Une fois que ce fut fait, je montai à l'étage où se trouvait mon local, même s'il était encore relativement tôt et que personne ne devait être arrivée. À ma grande surprise, alors que je m'approchais de plus en plus de la classe, je perçus les voix de Kyle et Cartman. Il n'était pas rare pour Kyle d'arriver de bonne heure à ses cours, mais ce l'était pour Cartman. Comme je m'y attendais en sachant qu'ils étaient tous les deux arrivés, ils étaient en train de se chamailler, comme à leur habitude. Je me serais même inquiété s'ils avaient été en train de se parler calmement et gentiment.
- Laisse-moi donc réviser en paix, gros tas !
- La ferme, Juif ! T'as pas besoin de réviser, t'as dû passer toute ta soirée à étudier de toute façon !
- Même si c'était le cas, qu'est-ce que ça peut faire à ta vie ?! Contrairement à toi, j'ai à cœur ma réussite scolaire !
Mon entrée dans le local ne se fit pas remarquer, comme je m'y attendais. Il y aurait eu une bombe qui aurait explosé à leur côté et ils ne s'en seraient probablement pas rendus compte, étant trop occupés à se traiter de noms. Je me rendis donc à ma place assignée, à la droite de celle de Cartman et derrière celle de Stan, qui était à la droite de celle de Kyle. Dieu seul sait pourquoi la professeure ne nous a pas encore déplacés parce que nous étions trop bruyants pendant les cours. Puisqu'il était derrière Kyle, Cartman passait le plus clair de son temps à donner des coups dans sa chaise ou à lui coller des mémos dans le dos, le faisant fâcher et jurer. Pour défendre son meilleur ami, Stan arrachait des petits morceaux de sa gomme à effacer et les lançait au gros lard, qui se fâchait à son tour, faisant de même avec sa propre gomme. Il m'a même déjà demandé de vider le contenu de mon aiguisoir dans le capuchon de sa veste, pour se venger du fait que Stan avait tiré sa chaise alors qu'il s'apprêtait à s'asseoir avant que le cours débute, le faisant donc tomber sur le derrière, causant une secousse d'enfer dans toute l'école. Nous n'étions pas les seuls à déconner dans la classe; la seule personne qui semblait être intéressée par la matière était Wendy, qui nous disait tout le temps de nous taire et d'écouter la professeure.
- Kenny ! Dis à Cartman de me ficher la paix avant que je perde patience !
Je m'apprêtais à répondre mais Cartman fut plus rapide que moi, imitant la voix aigue de Kyle en disant ce qu'il venait de dire, ce qui le fit fâcher. Il tenta de le frapper sur l'épaule, mais son coup fut rapidement intercepté par l'énorme main de son opposant. Réalisant qu'il ne pouvait rien faire contre lui, le rouquin poussa un soupire découragé, mit ses lunettes sur le bout de son nez et décida de l'ignorer en faisant mine d'étudier. Le plus grand des deux n'était cependant pas prêt à arrêter de le malmener, continuant de l'insulter, sachant très bien qu'il l'entendait même s'il prétendait le contraire.
- T'es vraiment un Juif, Kyle, tu chiales mais t'es pas capable de te défendre !
Je ne pus m'empêcher de rouler les yeux malgré moi, espérant qu'un autre élève arrive bientôt pour qu'ils se taisent. Il ne restait que quinze minutes avant le début du cours, les autres allaient probablement arrivés d'une minute à l'autre. Pour passer le temps, je sortis mon cahier de mon sac à dos et me mis à relire les grandes lignes que nous devions apprendre pour l'examen. Heureusement, l'éducation économique n'était pas une matière très difficile, mêlant de très simples mathématiques à un brin de mémorisation. Du coin de l'œil, je vis Butters entrer dans la classe, l'air de bonne humeur, comme à son habitude. Il alla aussitôt voir Cartman, qui ne put s'empêcher de rouler les yeux en l'apercevant. Bien qu'il faisait ce qu'il voulait de lui, le jeune blond lui tombait royalement sur les nerfs, étant certain qu'ils étaient les meilleurs amis du monde. Il ne se doutait pas le moins du monde que son supposé meilleur ami se servait de lui à volonté. Je suppose que ce que nous ignorons ne peut nous faire du mal.
- Hey, Eric ! Je suis content de voir que tu es déjà arrivé !
Je remarquai aussitôt que la personne en question roula les yeux, probablement en train de chercher un excuse pour ne pas lui parler ou pour le faire disparaître de sorte à ce qu'il arrive en retard au cours. Lorsqu'il sembla avoir trouvé une idée, il sourit à Butters avant de le prendre par les épaules, un air presque gentil au visage :
- Butters, tu tombes bien ! Je voulais descendre à la cafétéria me chercher quelque chose à manger, parce que je n'ai pas déjeuné ce matin, mais je dois réviser pour l'examen… ! Si je le coule, je risque de couler le trimestre… ! Mais toi, contrairement à moi, tu es vraiment bon dans cette matière-là… ! T'es mon meilleur ami, pas vrai… ? Tu pourrais aller chercher un petit quelque chose pour ton meilleur ami… ?
Il avait pris son ton mielleux, celui qu'il utilise lorsqu'il souhaite obtenir quelque chose de quelqu'un. Je ne fus d'ailleurs pas surpris de voir Butters tout gober, lui rendant son sourire et lui disant qu'il allait lui rapporter tout ce qu'il voulait. Il sortit de la classe aussi rapidement qu'un courant d'air, prêt à tout pour faire plaisir à son cher Eric. Je ne comprendrai jamais comment un adolescent de dix-sept ans puisse être si naïf. Ses parents semblent le garder dans une ignorance constante en le punissant plutôt que de lui dire ce qu'il a fait de mal et lui expliquer pourquoi cela l'est. Heureusement, Cartman semble être le seul à abuser de sa gentillesse et de son innocence. Ce qui est dommage, par contre, c'est que Butters est persuadé que l'admiration et les sentiments qu'il a pour lui sont réciproques. Il semble même le considérer comme son modèle de droiture et de sagesse.
- C'est vraiment méchant de ta part de faire ça, Cartman !
Kyle avait relevé les yeux de son cahier et regardait le gros lard en question d'un air grave. On pouvait dire qu'il était très sérieux en voyant l'expression qu'il avait au visage. Le rouquin avait toujours méprisé les gens qui utilisaient les innocents pour arriver à leur fin, d'autant plus qu'il considérait un peu Butters comme son ami. Cependant, même s'il essayait de raisonner Cartman en lui donnant les meilleurs arguments jamais trouvés, l'autre se contenterait d'éclater de rire et de le traiter de tarlouze pour être si sensible.
- Oh, la ferme, Juif ! Tu dis ça seulement parce que tu es jaloux que Butters te soit pas si dévoué !
- Jamais de la vie ! Je considérerai jamais quelqu'un comme un esclave !
Une nouvelle dispute venait d'éclater, ce qui ne me surprit pas vraiment. Heureusement, avec le temps, on finit par être capable de les ignorer, comme si elles faisaient partie de l'environnement dans lequel on se trouve. J'avais tout de même hâte que Stan arrive pour pouvoir parler avec quelqu'un. Il était d'ailleurs le seul que Kyle écoutait lorsqu'on lui disait d'arrêter de s'engueuler avec Cartman. De plus, dès qu'il était là, plus rien n'existait pour le jeune Juif, à part son meilleur ami. Il l'écoutait parler, complètement hypnotisé, les yeux pétillants presque d'admiration et accrochés à ses lèvres, comme s'il buvait chacune de ses paroles. Il approuvait toujours ce que Stan disait, comme si ce dernier était un véritable dieu à ses yeux.
- Hey, gros tas, fous donc la paix à Kyle !
Mon « sauveur » était enfin arrivé, et je fus incapable de retenir l'énorme sourire qui se dessina sur mes lèvres lorsque j'entendis sa voix. Tout tomba silencieux dans la pièce, mon regard, ainsi que celui de Kyle et Cartman, étant braqués sur Stan qui rougit légèrement en se rendant compte que toute notre attention était posée sur lui. Un peu mal à l'aise, il grogna, puis haussa les épaules avant d'aller porter son sac à dos sur son pupitre. Cela ne prit qu'une fraction de seconde pour que Kyle se retrouve à ses côtés, un léger sourire aux lèvres :
- Stan. Comment tu vas aujourd'hui ?
Sachant très bien qu'il était maintenant ignoré, Cartman grogna à son tour et alla prendre place à sa place, le regard fixé sur Stan et Kyle. Il était évident qu'il n'aimait pas la façon dont le rouquin se tenait près du jeune homme aux cheveux noirs. Je crois que s'il détestait Stan un peu plus, il serait prêt à lui faire la peau pour que sa relation avec Kyle ne devienne pas intime. Heureusement pour lui, mais malheureusement pour le Juif, Stan n'était pas vraiment intéressé à approfondir sa relation avec son meilleur ami. Je trouve tout de même qu'ils iraient bien ensemble, surtout parce que le plus jeune des deux est évidemment dépendant de l'autre. Ce doit quand même être très difficile de sortir avec son meilleur ami, qui est presque comme un frère… Je suppose que c'est un peu pour cette raison que Stan ne lui fait pas d'avances; son amitié est plus importante que tout ce que Kyle peut désirer. En même temps, je trouve cela un peu dommage pour le rouquin, lui qui est tant dévoué à son ami. Il ne peut cependant pas le forcer à l'aimer en retour.
- Hey, Kyle. Ouais, ça va pas trop mal. Et toi ?
La lueur dans les yeux vert foncé du rouquin sembla changer légèrement; il avait évidemment remarqué que Stan n'était pas au meilleur de sa forme, ce qui l'inquiétait. Nous lui avons toujours reproché de toujours trop s'en faire avec n'importe quoi. J'ai parfois l'impression que Kyle est une femme emprisonnée dans le corps d'un homme, à voir la façon dont il agit et réagit. Il a la même délicatesse qui est propre aux filles, leurs grands yeux chargés d'émotions, leurs petites mains aux doigts fins, la douceur de leur visage, et je pourrais continuer ainsi avec toutes les parties de son anatomie. Il est d'une rare beauté, au point où l'on peut dire qu'il a un plus beau physique que la plupart des filles de la classe. Il donne l'impression de n'avoir jamais grandi, d'être resté avec les caractéristiques propres aux gamins de dix ans. Il a un physique très féminin, sans pour autant être efféminé. Trouver les mots exacts pour le décrire m'est presque impossible. Quant à moi, il est un chef d'œuvre de perfection dans son genre, sculpté par Dieu lui-même pour montrer au monde entier qu'il n'y a pas que les femmes qui peuvent être délicates et gracieuses. Je me sens tout de même un peu bizarre de dire cela d'un ami, même s'il s'agit de la vérité.
- Oui, ça va très bien depuis que tu es arrivé… ! Cartman va enfin me laisser tranquille !
Stan ricana légèrement devant ce commentaire, faisant sourire son meilleur ami. La lueur dans ses yeux sembla se raviver en le voyant rire, et je crus voir ses joues prendre une teinte rosée. Rapidement, Cartman repoussa le jeune homme aux cheveux noirs pour se retrouver aux côtés de Kyle en soupirant :
- Dégage, tarlouze ! Tu risques de contaminer Kyle avec ta maladie ! Il faudrait surtout pas qu'il devienne un Juif tarlouze, ça serait bien le comble !
- Cartman, merde, je t'interdis de pousser Stan ! Il t'a rien fait !
Curieusement, le fautif se contenta d'hausser un sourcil en regardant le rouquin, puis de s'asseoir à sa place sans ne rien dire. Je n'allais toutefois pas m'en plaindre, il est encore pire lorsque Stan décide de se joindre à leurs disputes. Je perçus du coin de l'œil que Cartman me regardait, mais je décidai de l'ignorer et de faire comme si je ne le voyais pas. Je ne serai pas surpris qu'il s'adresse à moi pour avoir du renfort et continuer à se moquer de ses deux autres « amis ». Le voir calme n'est jamais bon signe : cela veut souvent dire qu'il est en train de manigancer quelque chose, ce qui est loin d'être réjouissant. Comment allait-il se venger de Stan cette fois ? Ce devait être à cela qu'il réfléchissait. J'avais envie de lui demander s'il avait étudié pour son examen, histoire d'engager la conversation, mais je me doutais déjà de la réponse. Le silence s'installa pour de bon dans le local lorsque la professeure fit son entrée, l'air complètement radieuse. J'avais toujours trouvé son sourire extrêmement niais, d'autant plus qu'elle avait cette façon de s'adresser à ses élèves comme s'ils étaient des enfants du primaire qui me tombait royalement sur les nerfs. En plus de ne pas vraiment savoir comment interagir avec les étudiants, elle manquait de professionnalisme : il lui arrivait très souvent de nous parler de sa famille plutôt que de la matière qu'elle devait nous enseigner. Cela pouvait durer une trentaine de minutes, parfois plus. Évidemment, personne ne l'interrompait pour la faire revenir sur Terre. Il était beaucoup plus agréable pour nous de l'entendre divaguer que de prendre des notes et d'être concentrés sur ses exposés ennuyants. Seule Wendy la ramenait à l'ordre.
- Bonjour tout le monde ! Aujourd'hui, le cours en entier est réservé à l'examen, vous avez donc toute la période pour le faire et réviser après l'avoir terminé. Cependant, je vais vous donner un petit devoir pour le prochain cours que vous devrez me remettre.
Sans grande surprise, toute la classe poussa un soupire de découragement. La professeure l'ignora, distribuant les copies de l'examen en continuant de sourire. Nous fûmes obligés de retirer tout ce qui se trouvait sur notre pupitre, à l'exception d'un crayon, d'une gomme à effacer et d'une calculatrice pour les calculs. Une fois que tout le monde eut reçu ses feuilles, elle s'apprêta à retourner à s'asseoir à sa place lorsqu'un coup à la porte se fit entendre. Son sourcil se fronça lorsqu'elle vit Butters tenir ce qui semblait être une brioche dans ses mains :
- Monsieur Stotch, vous êtes en retard.
Le jeune homme en question ne put s'empêcher de baisser les yeux en signe de complète soumission. Il bredouilla quelque chose d'incompréhensible avant d'hausser les épaules et se reprendre :
- Je suis vraiment désolé, madame… Il y avait une grande file à la cafétéria…
La professeure ne sembla pas surprise le moins du monde par son excuse qui était assez lamentable. Évidemment, Cartman n'allait rien dire pour l'aider à se sortir du pétrin. Il se mit même à rire subtilement en regardant l'expression piteuse du jeune blond. Il savait très bien que Butters ne le dénoncerait jamais, de peur qu'il se fâche contre lui, ce qui serait très probable. L'autorité de la classe n'eut que deux secondes de réflexion avant de jeter son verdict :
- Allez donc faire un tour au bureau du directeur. Vous savez très bien que je ne tolère pas les retards.
Elle referma aussitôt la porte sur un Butters qui semblait carrément déboussolé. Puisqu'il ne pouvait pas entrer dans le local, il ne pourrait pas non plus faire son examen, et l'échouera donc à cause de cela. Cela ne semblait pas attrister son « meilleur ami », qui riait toujours dans sa barbe. Une fois que le calme fut revenu, je concentrai toute mon attention sur la copie qui se trouvait devant moi. La première partie était à choix de réponses, la deuxième à réponses brèves et la troisième était réservée aux équations. Je fis donc la troisième en premier, les calculs étant vraisemblablement la partie la plus facile selon moi. Il y en avait pour deux pages, six problèmes pour chacune d'elle. Ce n'était rien de bien alarmant, et cela ne me prit qu'une dizaine de minutes pour les résoudre. J'allais donc avoir beaucoup de temps pour tout réviser avant la fin. Avant d'entreprendre les choix de réponses, je relevai légèrement la tête, histoire de faire une pause d'une dizaine de secondes. Je vis aussitôt que Stan jetait de temps à autre de bref coups d'œil à la copie de Kyle, ce que la professeure semblait avoir également remarqué. Il venait de se faire griller. Si j'étais lui, je ne m'entêterais pas à plagier sur mon voisin parce que je serais conscient du fait que je n'ai aucun sens de la subtilité. Le rouquin devait déjà s'en être rendu compte et priait pour qu'il retire ses yeux de son examen, ne voulant pas qu'il échoue. Malheureusement pour lui, le mal avait déjà été fait, puisque l'institutrice jeta un regard dans notre direction et nota quelque chose sur un bout de papier. Cartman avait également les yeux croches, mais était beaucoup plus subtile que Stan. Il avait même déjà voulu inventer un code avec moi pour lui permettre d'avoir mes réponses pendant les examens de sciences physiques. Il me dit que, avec nos calculatrices, nous pourrions mettre au point un système de messages codés pour échanger les résultats de nos calculs. Ce fut d'un air très sceptique que je le regardai lorsqu'il me fit part de son plan, lui confirmant qu'il ne m'intéressait pas et que je n'étais pas prêt à le laisser tricher. Il en parla donc à Kyle, qui refusa également, puis à Stan, de qui il reçut aussi une réponse négative. Je me demande encore aujourd'hui comment il a réussi à passer ce cours : il échouait chaque examen que l'on faisait, qu'ils soit théoriques ou pratiques. Lors des périodes en laboratoire, il préférait menacer Kyle avec les produits chimiques plutôt que de suivre le protocole indiqué par le professeur. Son coéquipier était donc obligé de tout faire le travail seul, même si cela est préférable à travailler en équipe avec lui. Ce qui était dommage, par contre, c'était que les équipes étaient déjà choisies à l'avance à la discrétion de l'enseignant. Je fus donc obligé de travailler avec Craig pendant un trimestre complet, au grand désarroi de Stan. Ensuite, je travaillai avec Token, un membre du groupe de Craig. Il fut d'ailleurs le meilleur coéquipier que j'ai eu, ayant plus le cœur à l'ouvrage que la majorité des élèves du groupe. Pour le dernier trimestre, j'eus comme partenaire Wendy, qui me dictait tout ce que je devais faire et qui m'observait minutieusement pour m'engueuler à chaque fois que je faisais une erreur. Stan n'a cependant pas eu la chance d'avoir de très bons coéquipiers. Il fut obligé de travailler avec Cartman, qui ne l'aidait jamais, puis avec Tweek, qui était trop stressé pour tenir une éprouvette sans trembler. Je me souviens très bien d'un expérience que l'on devait faire en deux périodes, nous devions donc conserver notre solution pour la deuxième partie du rapport. Stan avait demandé à Tweek d'aller porter leur erlenmeyer à l'avant de la classe pendant que lui nettoyait leur espace de travail, dans un grand contenant où ils seraient tous conservés pour la prochaine période. Ce fut une trop grosse mission pour le pauvre blond qui ne réussit pas à se rendre à bon port avec son récipient : il l'échappa en chemin, disant constamment que cela était trop de pression pour lui. Son compagnon de travail fut vraiment découragé, puisqu'ils devaient tout recommencer depuis le début.
Le premier à se lever pour aller porter sa copie de l'examen sur le bureau du professeur fut Kyle, empêchant ainsi Stan de continuer à copier sur lui. Ce dernier se leva d'ailleurs quelques minutes après lui, élevant encore plus les soupçons de l'institutrice. Il ne sembla cependant pas le remarquer, retournant s'asseoir à sa place comme si rien n'était, inscrivant les pages à compléter dans son agenda. Je finis de réviser ma propre copie une vingtaine de minutes avant la fin de la période, me donnant amplement le temps pour faire le devoir qui était à remettre pour le prochain cours. Je me souvins également que je devais parler à Bebe dans l'espoir qu'elle puisse organiser un party chez elle bientôt. Alors que j'étais à mon cours d'éducation économique, elle était dans son cours de littérature, si je me souviens bien. Je pourrais donc aller la rejoindre à son local, ou attendre à la deuxième période, réservée à la biologie, puisqu'elle était dans le même groupe que moi. La cloche sonna avant même que je ne m'en rende compte, perdu une fois de plus dans mes pensées. La classe se vida en un temps record, ce qui n'était rien de surprenant. D'ailleurs, comme je m'y attendais, mes trois amis m'attendaient à l'extérieur du local, Cartman et Stan se plaignant que l'examen avait été difficile. Kyle ne semblait toutefois pas prêt à dire à son meilleur ami qu'il s'était rendu compte qu'il l'avait vu plagier sur lui, et que la professeure l'avait également vu. Il y avait une sorte de malaise qui régnait entre eux, que le fautif remarqua au bout de quelques minutes :
- Je… vais y aller, il faut que je me change et les vestiaires risquent d'être pleins…
Kyle se contenta d'hocher légèrement la tête en signe d'appréhension alors que le plus gros de la bande semblait plus enclin à le narguer qu'à le laisser filer sans ne rien dire :
- Ouais, c'est ça, va donc te faire mettre par Craig et ses potes dans les douches ! T'aimerais ça de toute façon !
- Cartman, commence pas… !
- Stan est une tapette ! Stan est une tapette ! Il couche avec des mecs !
Sans hésiter, je profitai de l'instant pour m'éloigner d'eux, montant un étage pour me rendre à la classe de biologie. Personne n'était encore arrivé, la plupart des élèves préférant de loin arriver à la dernière minute pour que le professeur ne commence pas son cours à l'avance. Je pris donc ma place habituelle, dans le fond de la classe, puis sortis mon agenda, histoire de me rincer un peu l'œil en regardant des découpures de magasines Playboy avant que la période ne commence. La matière en soi est très intéressante, mais le professeur est un peu trop endormant à mon goût. Il semble même s'endormir lui-même. Bien qu'il soit un passionné de biologie, il ne réussit que très difficilement à nous faire part de sa passion. Heureusement pour moi que Kyle était dans la même classe que moi, nous pouvions parler ensemble lorsque le cours était trop emmerdant. Même si Stan adorait les sciences de la nature, il avait préféré suivre le cours d'éducation physique, sans trop nous dire pourquoi. Je suppose qu'il voulait renouer avec ses anciens centres d'intérêts qu'étaient les sports. Quant à Cartman, il n'était pas question pour lui de se faire surchauffer le cerveau en apprenant des « choses inutiles », comme chaque partie de la cellule ou les composants de l'ADN. C'est pour cela qu'il opta pour le cours d'informatique, qui lui était totalement inutile puisqu'il savait déjà tout ce qui était dans le plan de cours. Heureusement pour lui, ou malheureusement, Butters était là pour le tenir occupé parce que le gros lard finissait toujours ses projets avant tout le monde. Il pouvait donc déconcentrer le blondinet à loisir, en allant altérer ses projets pour qu'il ait un mauvais résultat ou en lui disant de venir jouer avec lui sur un site de jeux en ligne.
- Hey, Kenny, t'es de bonne heure ce matin !
Je relevai aussitôt les yeux de mon agenda en entendant la voix de Bebe. Elle se tenait dans l'allée, me regardant avec son sourire particulier, que je pourrais presque qualifier de moqueur. Je ne pus cependant pas m'empêcher de le lui rendre, sa bonne humeur étant contagieuse. Comme je l'ai déjà mentionné, elle est vraiment une fille super, surtout parce qu'elle est un peu garçon manqué tout en demeurant très féminine.
- Ouais, je sais, il fallait que je te parle.
Son visage changea subitement d'expression, indiquant qu'elle semblait relativement surprise que j'aie besoin de lui parler. Lentement et d'un geste peu assuré, elle s'approcha de mon bureau, se penchant légèrement pour être à ma hauteur :
- Qu'est-ce qui se passe… ?
Je pouffai de rire malgré moi devant son visage si sérieux, presque troublé. Elle s'attendait vraisemblablement à ce que je lui annonce une mauvaise nouvelle, ce qui n'était pas du tout le cas :
- Oh, c'est rien de grave, voyons, fais pas cette tête-là… ! Je voulais seulement savoir si tu comptais faire un party bientôt, ça fait longtemps que tu en as pas fait et ça me manque.
Pour une deuxième fois en l'espace de cinq minutes, son visage changea radicalement, pour devenir soulagé cette fois-ci. Puis, elle se mit à rire, se rendant compte qu'elle avait mal interprété mes paroles. En la voyant faire, je ne pus m'empêcher de lui faire un petit sourire, moi-même amusé par sa réaction. Toujours en riant, elle plaça une mèche de cheveux blonds derrière son oreille, un geste qui semblait typiquement réservé à la population féminine. Finalement, elle haussa les épaules tout en s'assoyant sur le coin de mon pupitre :
- Ouais, j'y avais pensé, en fait. T'es pas le premier à me le dire non plus, y'a plein de gens qui m'en ont déjà parlé. J'avais l'intention d'organiser quelque chose vendredi prochain. Qu'est-ce que tu en dis ?
- Vendredi prochain ? Ouais, ça serait super comme ça. Si tu veux, je vais en parler à mes potes, et si jamais j'ai le temps, j'en parlerai à d'autres de douzième année.
- Ouais, ça serait une bonne idée.
Vers seize heures, alors que je m'apprêtais à sortir de l'école par la porte arrière, je sentis quelqu'un me saisir par-derrière, ce qui me fit légèrement sursauter. Je me tournai aussitôt pour faire un face-à-face avec Stan qui sembla aussitôt désolé pour m'avoir fait peur. Comme pour se faire excuser, il me fit un petit sourire timide, ceux auxquels personne ne peut résister, surtout pas moi. Je lui rendis donc, pour l'assurer que je ne lui en voulais pas et que tout était correct.
- Hey, Kenny. Désolé, je voulais pas te faire peur… !
Mon sourire ne put que s'adoucir; se rendra-t-il un jour compte qu'il n'est pas aussi moche qu'il le prétend ? Je ne peux que l'espérer, sinon cela pourrait être considéré comme une énorme perte pour tout le monde, en particulier pour lui-même.
-C'est pas grave, Stan. Je crois pas pouvoir mourir d'une crise cardiaque à dix-sept ans de toute façon.
Ma remarque le fit ricaner légèrement, même s'il était habitué à mon sens de l'exagération assez prononcé :
- Non, je sais, mais quand même, tu as presque sauté au plafond…
Ce fut à mon tour de rire, mais j'arrêtai aussitôt lorsque je le vis rougir légèrement tout en détournant les yeux. Visiblement, il était embarrassé, et je le remarquai aussitôt. Ce n'était pas vraiment son style d'être gêné devant ses amis, ce qui me laissa perplexe. Il n'hésita cependant pas à cracher le morceau :
- Je… je crois que j'ai fait une connerie tout à l'heure… hmm… je suis pas allé au cours d'éducation physique tantôt… et… Clyde non plus, d'ailleurs. Comme d'habitude, il s'est mis à m'insulter à cause de… enfin, toujours pour les mêmes raisons… Je lui ai répondu, et on dirait que ça l'a surpris.
Il fit une bref pause avant de terminer, les joues rougies par l'embarras :
- Je lui ai dit que si je réussissais à démontrer qu'il était pas aussi hétéro qu'il le croyait, il devrait être mon premier… il a eu l'air surpris, mais il a quand même accepté… Il a cédé dès que je me suis un peu trop approché de lui, il était rouge comme une tomate et il avait de la misère à respirer. J'ai gagné mon pari en quelques sortes et… je sais plus vraiment quoi penser de tout ça… Je…
Un autre moment d'hésitation :
- Je… pense que je suis amoureux de lui… mais je pense pas qu'il veuille sortir avec moi…
Je restai sans voix tellement je fus surpris par sa petite tirade. Clyde ? Avait-il bien mentionné Clyde Donovan, le gamin immature et timide qui se cachait toujours derrière Craig lorsqu'il était dans le pétrin ? C'était impossible.
- Oh… ouais… désolé… c'est un peu bizarre comme histoire… mais qu'est-ce que je devrais faire, Kenny… ?! J'arrête pas de penser à ça depuis que c'est arrivé, et je suis pas capable de penser à autre chose…
Que voulait-il que je fasse pour l'aider ? Je n'en avais aucune idée, je n'étais d'ailleurs pas capable de le concevoir en couple avec Clyde. Évidemment, le mieux pour lui serait d'annoncer ses sentiments à la personne en question, et attendre la suite. Toutefois, si Clyde refusait, il risquerait de se moquer de lui et de tout aller répéter à Craig, ce qui empirerait les choses pour Stan.
- Je sais pas trop quoi te dire, Stan… je veux dire, j'ai jamais été exposé à un tel problème, parce que j'ai tout simplement jamais eu de relation comme ça. Mais bon, uh, tu pourrais toujours lui en toucher un mot… Je veux dire, s'il a accepté de faire ça avec toi, peut-être qu'il ressent quelque chose de plus pour toi que du… uh… désir…
D'un air incertain, il retira sa tuque pour se gratter le derrière de la tête, puis la remit en place en haussant les épaules :
- Ouais, tu dois avoir raison. Tu as toujours raison, de toute façon.
Sa remarque nous fit sourire tous les deux, même si je ne croyais pas qu'il avait raison.
- Oh, au fait, Cartman nous a tous envoyé un truc sur notre cellulaire… je t'avertis à l'avance pour pas que tu fasses de saut… disons que… enfin bon. Tu verras, je préfère pas y penser… !
Je ne pris pas la peine de lire le message que Cartman avait laissé sur mon cellulaire lorsque j'arrivai chez moi; je me dépêchai à prendre une douche, mangeai une pomme et me lavai les dents. J'avais autre chose sur ma conscience, la même chose qui m'avait gardé éveillé presque toute la nuit dernière.
Je crois que je suis en train de virer fou.
Je crois que nous ne pouvons rien faire face à nos propres sentiments.
Je crois que l'amour et la douleur sont deux choses qui me sont confuses.
Tard le soir, je pense parfois à toi, me demandant pourquoi je me demande si tu te portes bien.
