House trébucha plusieurs fois alors qu'il se dirigeait vers le salon, qui lui parut soudain être à des kilomètres alors que la voix de Wilson continuait de le menacer.

« Si tu franchis cette porte », aboya le jeune homme d'une voix plus forte, signalant qu'il s'était levé. « Je te tuerais, House ! Je t'interdis de partir ! »

Ses mots rappelèrent à House le son d'une autre voix aux menaces semblables.

« Comment ose-tu me fuir ! Si tu franchis cette porte, tu as intérêt à courir, mon garçon. Parce que si je t'attrape… »

Cette fois-là, House avait fui.

Cette fois-ci, House ne le fit pas.

Il s'arrêta à côté de la table basse, devant le sofa, s'appuyant lourdement sur sa canne, à bout de souffle. Il luttait pour garder l'équilibre, calant son mollet contre la table pour ne pas vaciller alors qu'il attrapait le téléphone de ses doigts tremblants et composait un numéro.

Durant la bataille avec Wilson, il avait fait de son mieux pour ignorer la douleur de sa main gauche. Lutter pour votre vie avait tendance à vous faire oublier la douleur. Mais à présent, sa main le mettait à l'agonie, sans qu'il ne parvienne à l'ignorer.

Cependant, c'était bien le dernier de ses soucis.

Il jeta un regard anxieux vers la porte de la chambre et dans son mouvement, il remarqua un objet sur la table basse.

Le portable de Cuddy était juste là.

Il se souvint des mots de Wilson.

« Il y a quelque chose que je voudrais te montrer dans le salon… »

Une nausée lui monta à la gorge. Wilson avait du être furieux en voyant le téléphone de Cuddy ici. Il savait que House mentait, essayait d'éluder. Il devait vouloir en parler quand ils seraient dans le salon, et House doutait qu'une telle conversation aurait pu bien se terminer.

L'apparition de Wilson sur le seuil de la chambre sortit brutalement House de ses pensées. Il se tenait au chambranle, la respiration forte et difficile. Il tenait à peine debout et souffrait visiblement, mais son regard était toujours aussi meurtrier.

« Pose ça », ordonna-t-il avec une froideur qui contrastait avec la faiblesse de sa voix. « Tout de suite ».

La main de House se resserra autour du combiné, son cœur battant à tout rompre, porté par l'adrénaline. Une part de lui lui conseillait d'écouter, mais il la repoussa. Il soutint le regard de Wilson, ne bougeant pas.

« Ouais », fit-il remarquer en se forçant un sourire ironique. « T'as l'air vraiment effrayant là. »

« J'irais mieux dans…deux minutes », rappela Wilson, le souffle court alors qu'il avançait dans le salon en boitant.

Il s'arrêta et vacilla un moment, mais se reprit vite, un sourire cruel peint sur les lèvres alors qu'il haussait les épaules.

« Toi, tu seras toujours un infirme. »

« Je n'ai pas besoin de deux minute »s, prévint House, ignorant le ton, le regard et les mots cruels de Wilson sur son handicap. « J'ai déjà composé deux chiffres, il ne m'en manque plus qu'un ».

Wilson écarquilla les yeux, se tenant à la bibliothèque pour ne pas perdre l'équilibre alors qu'il jaugeait House du regard, essayant de déterminer s'il était sérieux.

« La première chose que je dirais sera ton nom…mais je n'ai même pas besoin de dire quoique ça soit », ajouta House d'une voix plus ferme qu'il s'en serait cru capable. « La police met quatre secondes à tracer un appel. »

« Ils mettent un peu plus longtemps à venir », menaça Wilson.

House remarqua une légère trace de panique dans sa voix.

« Tu seras mort avant que les flics ne soient là. »

« Mais ils seront là ».

Malgré la peur qu'engendra les mots de Wilson, House ne flancha pas.

« Ils viendront, découvriront l'état dans lequel tu m'auras laissé…et auront ton nom comme point de départ. Je te laisse deviner leurs conclusions ».

House fit une pause, reprenant courage sous la peur qui brillait dans les yeux de Wilson.

« Réfléchis bien », conseilla-t-il d'une voix calme. « Tu as couvert tes traces ? Ou est-ce que tu comptais uniquement sur mon silence ? Parce que…si tu es si sûr de toi, tout ce que j'ai à faire, c'est presser une…touche ».

Wilson se tenait très droit à présent, ayant retrouvé sa force, mais semblait figé sur place. Ses yeux affolés allaient de House au téléphone dans sa main, à ce doigt qui frôlait le dernier « un ».

House pouvait presque lire le cheminement de ses pensées sur son visage alors que les yeux de l'oncologue glissaient de la porte à House de l'autre côté du salon. Il savait que Wilson tentait de déterminer ses chances d'atteindre House avant qu'il ne finisse de composer le numéro, et ce qu'il ferait s'il parvenait à composer le 911, s'il arriverait à raccrocher avant que la police ne trace l'appel.

« Quatre secondes », murmura House. « Tu crois que tu peux y arriver ? Tu es sûr que tu peux y arriver ? »

La respiration de Wilson était enragée alors qu'il faisait un pas vers House.

Inutilement. Ils savaient tous les deux que House avait l'avantage.

Pour l'instant.

« Ne bouge plus », ordonna House d'une voix basse mais ferme alors qu'il serrait le téléphone contre sa poitrine. « Ne t'approche plus ou je vais le faire ».

« Alors pourquoi est ce que tu ne l'as pas encore fait ? »

Une trace de triomphe dans la voix, Wilson fit un nouveau pas, son sourire s'élargissant en voyant que House ne faisait pas un geste pour finir de composer le numéro. L'espace entre eux, (ainsi qu'entre Wilson et ces quatre précieuses secondes) diminuait peu à peu.

« Si tu veux appeler la police, alors qu'est ce que tu attends ? Fais le. »

« Tu vas me dénoncer à la police, Greg ? Tu vas leur dire ce que je t'ai fait ? Pense aussi à leur dire ce que tu as fait pour le mériter ! Vas-y ! Le téléphone est juste là. Ne te gêne pas, appelle les ! »

House ferma les yeux une seconde, essayant vainement de chasser cette peur de l'instant présent et du passé. Quand il les rouvrit, Wilson était un peu plus près.

« Tu es prêt à risquer ta carrière, tout ce pour quoi tu as travaillé ? Tu es si sûr que je ne le ferais pas ? », dit House en se forçant une voix ferme. « Tu es prêt à prendre ce risque, juste pour m'apprendre une leçon ? »

« Tu ne le feras pas », le défia Wilson, la voix légèrement tremblante alors qu'il avançait doucement.

« Si. Je le ferais. Si tu fais ne serait-ce qu'un pas de plus vers moi ».

Wilson se figea.

« J'en ai marre. Je suis peut-être accro aux médicaments, mais toi aussi tu es accro. Et je ne sais pas toi, mais moi…moi, je ne vais pas te laisser faire. »

Il sourit de l'ironie, de ces mots qu'il avait repris de Wilson.

« Je suppose que ça doit vouloir dire que je suis un meilleur ami que tu ne l'as été. »

« Tu n'as jamais été mon ami ! », aboya Wilson, furieux.

House flancha légèrement, mais ne laissa rien paraître.

« Peut-être bien », admit-il. « Mais tu as été le mien. Pendant longtemps, et un très bon ami. Et…C'est pour ça que je ne peux pas te laisser te faire ça ».

Il fit une pause, laissant à ces mots le temps de prendre tout leur impact, avant de continuer.

« Alors, on va faire comme ça. Tu vas quitter ma maison, maintenant. Tu ne vas pas revenir avant d'être capable de me traiter comme un être humain au lieu de ton punching-ball personnel. Si tu ne pars pas…je vais presser cette touche tout de suite et dire ton nom à la police. Puis, quand tu auras réalisé que tu es foutu et décideras de t'enfuir, j'appellerais Cuddy et je lui dirais tout. Tu perdras ton travail, ta réputation, et probablement même ta liberté. Tout. »

House inspira profondément, jaugeant l'air terrifié de Wilson. Quand il lui répondit, sa voix tremblait.

« Tu ne vas pas le faire, House. Tu n'as encore rien vu de ce que je peux te faire…de ce que je te ferais si tu continues de me manquer de respect… »

« Cesse de parler comme mon putain de père ! », le coupa brusquement House, tremblant de colère.

Il lança la première chose qu'il trouva sous la colère, sa canne qui alla s'écraser quelques mètres plus loin.

« Il ne m'a jamais brisé et tu n'y arriveras pas non plus ! »

Wilson se crispa, un silence tendu s'installant entre eux. Finalement, il détourna le regard. Il parut presque honteux l'espace d'une seconde. Honteux d'avoir ainsi utiliser les traumatismes de son enfance contre House.

« Fais ton choix », demanda House.

Il soutint le regard de Wilson avec tout la détermination dont il était capable.

« Qu'est ce que tu vas faire ? »

Wilson ne trouva pas ses mots, tremblant d'une rage difficilement retenue. Il plissa les yeux, ouvrit la bouche dans ce qui semblait être le début d'une menace, mais la referma, frustré. Il leva le pied comme pour faire un pas en avant, mais se retint, la respiration lourde, les poings se serrant et se desserrant le long de son corps.

La tension s'alourdit alors que Wilson luttait contre sa colère, entre son désir de blesser House et le fait qu'en quatre secondes, House pourrait détruire toute sa vie. Il y avait une chance qu'il puisse l'arrêter avant qu'il n'appelle, mais il y en avait bien plus qu'il échoue.

« Ok », souffla-t-il enfin, le regard mauvais. « Je vais partir. »

Il ne bougea pas pendant un long moment, ses yeux menaçant House. Il avait visiblement envie de lui sauter à la gorge, mais ne le pouvait pas. Finalement, il tourna le dos à son ancien ami et avança jusqu'à la porte. Quand il l'atteint, la voix de House le stoppa.

« Attends ».

Wilson tourna le visage vers House, la main sur la poignée de porte.

Une expression défaite sur le visage, House fit un geste de menton vers la poche de Wilson.

« Ta clé ».

Wilson ouvrit la bouche pour protester, mais fut interrompu.

« Ou je les appelle. Rends moi ta clé. Maintenant. »

Fulminant, Wilson sortit la clé de sa poche et, dans un geste frustré, la jeta vers House. La colère lui fit rater sa cible et l'objet cogna contre le mur derrière House avant de tomber au sol, le son métallique résonnant un moment.

House ne réagit pas à ce geste violent. Il se contenta d'acquiescer.

« Merci. »

Il resta silencieux une seconde avant d'ajouter.

« Maintenant fous le camp de chez moi ».

Quand Wilson claqua la porte derrière lui, House resta figé un long moment. Agrippant toujours le téléphone, effrayé à l'idée que Wilson pourrait revenir, essayer de le surprendre et lui faire du mal, il ne bougea pas. Tant que la porte ne serait pas fermée à clé, il ne serait pas en sécurité.

Après de longues minutes, House prit tout son courage et s'avança jusqu'à la porte, sans sa canne, le téléphone serré contre sa poitrine. De ses doigts tremblants, il ferma le loquet, vérifiant plusieurs fois que la porte était bien fermée à clé. Puis, il se laissa glisser jusqu'au sol, les mains sur le front, épuisé, la respiration haletante.

Il ferma les yeux et cogna sa tête contre la porte derrière lui, essayant de se calmer. C'était fini.

Ses doigts composèrent automatiquement un numéro familier et il écouta le téléphone sonner, une oreille toujours attentive à un éventuel signe de Wilson revenant sur ses pas. Un clic retentit, suivit d'une voix qu'il n'avait jamais autant eu besoin d'entendre, même s'il ne savait pas pourquoi il en avait tant besoin.

« Allo ? »

Cuddy.

Sa voix n'était qu'un chuchotement et tremblait beaucoup trop, instable. Un silence passa avant que Cuddy ne lui réponde, préoccupée.

« House ? Qu'est ce qui ne va pas ? »

« R…rien », répondit-il, sa prise si serrée autour du téléphone qu'elle en était douloureuse. « Je…Vous avez…oublié votre téléphone ici, alors…alors je me suis dis que je devrais vous appeler et…vous prévenir. Comme ça quand j'oublierais de vous le ramener demain…vous pourrez me crier dessus…et me donner une excuse pour…reluquer les jumelles. »

Cuddy resta silencieuse durant de longues secondes. Quand elle parla enfin, sa voix était posée, prudente.

« House…Vous allez bien ? »

Un nouveau silence s'étira alors que House essayait de trouver la force de lui dire ce qu'elle voulait entendre.

Oui…oui, je vais bien…il est parti, et il ne reviendra pas, et je vais bien…c'est facile pourtant, dis le ! Tu vas bien !

« …Non. »

« J'arrive. »

« Non, c'est…inutile. Je n'oublierais pas votre portable. C'était…C'était juste un moyen de vous embêter avec mon harcèlement sexuel habituel…Une simple conversation… »

« Je serais là dans dix minutes, House », lui annonça-t-elle, déterminée.

House sentit avec consternation des larmes de soulagement envahir ses yeux, et les referma, déglutissant difficilement, sentant sa gorge se dénouer peu à peu. Il acquiesça, même si elle ne pouvait pas le voir et chuchota.

« Ok. Cuddy… »

Quand il ne continua pas, sa voix l'interrogea doucement.

« Qu'est ce qu'il y a, House ? »

Il hésita un moment à prononcer ce mot qui la décontenança, puis raccrocha avant de pouvoir entendre sa réponse.

« M..merci ».

TBC…