A/N: Désolée pour la mise à jour si tardive... j'ai eu un peu de mal à écrire ce chapitre; je ne suis plus vraiment habituée d'écrire des scènes matures/graphiques. Ainsi, comme vous l'aurez deviné, ce chapitre ne convient pas à tout le monde, surtout si vous n'aimez guère l'érotisme.

Une dernière chose. La prochaine mise à jour risque de prendre un peu de temps aussi, puisque je souhaite écrire le huitième chapitre avant le septième. Bien que les deux soient très importants pour le déroulement futur de l'histoire, je dirais que le huitième le sera encore plus que le septième.

D'ailleurs, ce chapitre a une assez grande importance aussi.

Bonne lecture !


Be my Last
tippy toe

À chaque fois que je pense à toi,
Les cieux méritent une prière
Parce que tu es marié et que tu as même une famille
Prions pour qu'ils ne t'entendent pas

« Mister Nobody » est l'un de mes clients réguliers, si je peux le qualifier ainsi. Habituellement, nous nous rencontrons une fois par deux semaines, toujours au même endroit, à Denver. Contrairement à certains, il ne semble pas se préoccuper du fait qu'il rencontre hebdomadairement un jeune adulte dans un hôtel assez chic de la ville, toujours en complet, ce qui laisse croire aux gens qu'il est un véritable homme d'affaires. Il en est effectivement un en quelques sortes, puisqu'il exerce le métier de comptable agréé et qu'il possède sa petite entreprise à quelque part dans les Antilles, un endroit de prédilection pour les personnes ne souhaitant pas gaspiller leur argent à payer des impôts.

C'est un homme d'une quarantaine d'années, peut-être un peu plus jeune. Je ne suis pas très doué pour assigner un âge à une personne, d'autant plus que j'ai un mal fou à retenir ce genre de détail lorsque l'on m'en fait part. Il paraît très bien pour son âge, il porte ses cheveux brun pâle coupés relativement courts, et son visage est presque dépourvu de rides. Ses yeux sont d'un brun mielleux, que je pourrais presque comparer à ceux de Cartman si ceux de mon ami étaient un peu moins fades. Pour être franc, il ressemble un peu à mon père physiquement, mis à part le fait qu'il est beaucoup moins négligé que lui. Son aura a quelque chose d'attachant, de charismatique, même. Ses expressions faciales ne sont guère variées, mais ce qu'il dégage nous permet de savoir comment il se sent, ce qui est assez rare chez quelqu'un. Comme je l'ai mentionné, il est toujours bien vêtu; il ne porte que des complets ou des chemises, et seulement des souliers de ville. Je ne l'ai jamais vu porter des espadrilles ni des t-shirts.

Malgré son physique attirant et ses charmes intrigants, il est facile de dire qu'il n'est pas une personne très honnête. Pour être un peu plus poli, je dirais qu'il mène une double vie, comme plusieurs de mes clients. Le jour, il est un époux et un père de famille attentionné, mais lorsque vient le soir, il se transforme en une sorte de pervers qui se paie les faveurs d'un jeune homme qui est son cadet de plus de vingt ans. D'ailleurs, lorsqu'il me parle de sa vie en tant que mari et père modèle, je ne peux m'empêcher de penser à la famille américaine typique aux valeurs républicaines : le père qui a un bon emploi et qui apporte tout le fric à la maison, la mère au foyer qui veille à la bonne éducation des gamins et qui prépare le souper pour toute la famille en chantonnant, la petite fille qui est une bonne élève devant ses parents mais qui se rebelle en cachette, et le petit garçon, plus jeune que sa sœur, qui aime les voitures et les jeux vidéos. Et, évidemment, tout ce joli petit monde s'entend parfaitement bien ensemble, faisant des sorties et des activités ensemble. Le contraire de ma propre famille, dans le fond.

Mais comme dans toute famille qui semble parfaite, il y a ombre sur le tableau. Dans ce cas-ci, il est facile pour moi de la voir, puisque j'en fais partie en quelques sortes. Est-ce que je me sens coupable de détruire une famille qui, à première vue, semble parfaite sous toutes ses coutures ? Il s'agit d'une question assez difficile. Si je disais que cela m'était égal, que le fait que Mister Nobody soit infidèle à sa femme, je passerais immédiatement pour un sans-cœur et un irresponsable. Cependant, si je disais que cela m'attristait et que je m'en voulais de rendre une femme cocue, ce serait mentir. D'ailleurs, je n'ai jamais obligé cet homme à venir vers moi; il s'agit plutôt du contraire puisqu'il est celui qui est venu à moi en premier.

Ce que j'apprécie de cet homme, c'est qu'il reste lui-même lorsqu'il est en ma compagnie et qu'il me considère comme une personne « normale ». Certains clients ont tendance à nous mettre sur un piédestal, ce qui peut être très ennuyant à la longue. Personne n'est parfait, surtout pas nous, et nous le savons. Cela ne sert à rien de nous mentir, nous ne sommes pas des gens dupes même si nous pratiquons le plus vieux métier du monde.

- Kenny.

Il est le seul de mes clients à savoir mon « vrai » nom. Sans trop savoir pourquoi, j'ai une confiance aveugle en lui, peut-être parce qu'il est très humain dans ses propos et dans ses gestes. Dans un sens, je le considère un peu comme mon deuxième père, au point où j'agis un peu comme son fils lorsque nous sommes ensemble. Son toucher n'a rien de pervers, ses mots sont toujours respectueux et bien choisis, ses conseils sont judicieux et pertinents face à mes craintes… Il est évident que je cherche mon père en lui. Il doit s'en douter, mais il ne m'en a jamais parlé. Je préfère cela ainsi, je ne voudrais pas que notre relation change à cause de mes sentiments enfantins. D'ailleurs, lorsque je suis avec lui, j'ai l'impression d'être respecté, d'être apprécié comme je suis, malgré mes défauts et les gaffes que j'ai pu faire. Bien que je lui confie beaucoup de choses, il ignore que je suis issu d'une famille pauvre et dysfonctionnelle. Les gens n'ont pas besoin de tout savoir, certaines choses sont mieux si elles demeurent ignorées. Je n'ai surtout pas envie qu'il me prenne en pitié et qu'il me voit d'une façon différente.

- J'aimerais te parler d'un truc, Kenny.

Je ne pus m'empêcher de faire un sourire en coin; le moment n'était guère propice à la discussion. Comment peut-on discuter cohéremment lorsque nos corps sont nus l'un contre l'autre et qu'ils crient pour en avoir plus ? C'est impossible.

- Hmm, on parlera plus tard, okay ?

Doucement, il m'embrassa sur les lèvres avant d'hocher la tête et de plonger son regard dans le mien :

- C'est comme tu veux.

Cela peut paraître bizarre, mais lorsque je me retrouve dans une situation osée avec un client, la première chose à laquelle je pense, c'est à l'argent qu'il m'a donné quelques minutes plus tôt. Ensuite, je fais le vide dans ma tête, essayant de penser à d'autres choses pour ignorer le plus possible que je fais des choses que je ne serais probablement pas supposé faire avec n'importe qui, surtout pas pour quelques billets de banque. Toutefois, tout cela est différent lorsque je me retrouve avec mon client le plus habitué. Je n'ai pas besoin de laisser vagabonder mon esprit ça et là, je me permets de profiter au maximum du moment qui s'offre à moi en sa compagnie.

Puis, gentiment, je le repoussai pour pouvoir m'asseoir dans le lit et attraper mon sac à dos qui se trouvait sur le plancher, à côté du meuble. Il ne riposta pas, se contentant de me regarder faire. Son expression était neutre, ce qui me fit aussitôt sourire :

- Je ne crois pas que Miss Nobody serait enchantée d'aller faire une visite d'urgence chez son gynécologue, et toi non plus je crois pas que tu en ais envie, d'ailleurs.

Comme je m'y attendais, son visage s'adoucit et un petit sourire y fut facilement visible. Sans attendre, je pris ce que j'avais besoin dans mon sac et me rassis dans une position plus confortable sur le matelas, m'approchant de lui de sorte à ce que je puisse appuyer mon front contre le sien. Ses yeux se posèrent sur le petit emballage que je tenais dans mes mains et que j'ouvris sans problème, d'un geste presque semblable à celui d'un expert. Ce n'était qu'une question d'habitude.

- Non, tu as raison. Je suis flatté que tu t'en fasses pour nous.

Je souris à nouveau d'un air amusé, parce que je savais qu'il savait que, dans un sens, cela m'était égal que sa femme soit malade, que cela n'était pas mon problème du tout mais plutôt le sien. L'heure n'était cependant pas à la discussion, et nous le savions tous les deux, même s'il était plus approprié de dire qu'il s'agissait plutôt de nos corps qui le savaient. Je ne pus m'empêcher de rougir lorsque je sentis son érection grandissante appuyer contre la mienne, me faisant frissonner de plaisir et d'embarras. La chaleur de la pièce sembla monter en flèche à ce moment, me faisant suer à grosses goûtes alors que je sortais le condom de son enveloppe. Mes mains se mirent à trembler légèrement, même si ce geste était effectué aussi souvent que, dans mon cas, donner une poignée de main à mon ami. Je n'étais pas timide, mais l'intensité du moment me prenait toujours par surprise, comme si je ne m'y étais jamais habitué. Je sentis alors qu'on repoussa tendrement les mèches de cheveux blond douteux qui s'étaient collés sur mon front, pour ainsi mieux voir mon expression faciale. Je devais avoir l'air un peu lamentable lorsque je relevai mes yeux sombres vers le propriétaire de cette main en feu, les joues rosées et le souffle court. Alors que mes mains s'affairaient à mettre le morceau de latex bien à sa place, mon regard était toujours plongé dans le sien, comme si j'attendais une réponse à une question que je n'avais pas posée.

- Kenny, arrête de me regarder comme ça, tu vas me tuer tellement tu as l'air innocent.

Ne m'attendant pas à une telle remarque, je ne pus m'empêcher de ricaner, d'un ricanement qui me sembla un peu nerveux. Il voulait probablement détendre l'atmosphère en passant un tel commentaire, ce qu'il réussit à moitié. Toutefois, lorsque le bout de mes doigts effleura légèrement son membre, je le sentis se raidir et serrer les dents, pour ne pas se mettre à gémir. Une fois que le préservatif fut bien en place, il posa une main sur ma nuque, sur laquelle il appliqua une légère pression pour rapprocher mon visage du sien, même si nos fronts se touchaient déjà. Sa respiration était déjà sifflante et son souffle chaud contre ma joue. Je n'en fus cependant pas surpris; pour plusieurs, une simple caresse est bien assez pour les exciter. Surtout lorsque la personne qui la procure est une personne qui sait exactement où et comment toucher pour procurer le plus de plaisir possible.

- Et merde, désolé… ! C'est juste que… je me suis ennuyé de toi et que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus…

Il n'avait pas besoin de s'expliquer, la réaction provoquée par son corps était des plus normales. D'ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi les gens s'excusaient pour des choses auxquelles ils étaient impuissants. Je voulais leur dire à chaque fois que ce n'était pas grave, qu'ils ne devraient pas s'en faire pour si peu, mais ce serait parler pour rien.

- Ça va, ça va, je comprends. Tu t'excuses pour rien.

Sans plus attendre, je m'allongeai dans les draps blancs et rugueux, ces draps communs à tous les hôtels que je connaisse. Je pouvais entendre le sang battre dans mes oreilles et ma vision s'embrumer peu à peu alors que je fermais à moitié les yeux. Couché et respirant bruyamment ainsi, j'aurais presque pu avoir l'air vulnérable aux yeux de mon client. Ce n'était toutefois qu'une illusion. J'étais loin d'être le gamin innocent qui ne sait pas dans quoi il s'aventure en suivant le premier homme lui offrant quelques billets de banque. Ce n'était qu'une parure, une parure que les hommes qui paient pour mon corps semblent apprécier au plus haut point. L'être humain a en lui cet instinct animal qui lui fait perdre la tête lorsqu'il est en position de domination. Il doit absolument dominer, il doit absolument n'en faire qu'à sa tête.

Sans aucune hâte perceptible, Mister Nobody se pencha sur moi, cherchant mon regard du sien. Puis, sans cérémonie, il m'embrassa gentiment sur les lèvres, ses deux mains occupées à caresser mon torse en sueur. Je lui rendis son baiser avec autant de passion, enroulant mes bras autour de son cou pour le rapprocher de mon corps qui semblait être prêt à surchauffer. Il y a de ces gens qui naissent avec un désir sexuel insatiable, une flamme à l'intérieur d'eux qui en demande toujours plus, qui peut même leur faire perdre le respect de soi qu'ils ont. Je fais partie de ces personnes. Peu de gens seraient capables d'être excités à l'idée de partager leur intimité avec de parfaits étrangers. Il y a des exceptions, et je suis l'une d'elles. Mes amis m'ont toujours dit que je n'avais aucune gêne, et ils ont parfaitement raison. Le sexe demeure du sexe, peu importe la personne avec laquelle nous nous louons à l'acte.

Mes pensées furent dissipées lorsque mon cerveau reçut l'ordre de chasser un corps intrus, deux doigts dans ce cas-ci, qui pénétrait sans aucun mal l'anneau serré de muscles, qui avait pourtant l'habitude d'une telle visite. La bataille ne dura que quelques instants, mon corps s'habituant rapidement à cette intrusion, y prenant même plaisir. Gémissant, je relevai les hanches pour suivre le rythme que les doigts enchaînaient en entrant et en sortant de moi. Le plaisir que ce geste procurait était sans égal, même si, dans mon cas, il était un peu superflu :

- T'es pas obligé de faire ça, voyons… tu sais aussi bien que moi que j'ai pas besoin de ça…

Sur ce, je lui fis un petit sourire en coin, qui se voulait d'être séduisant mais qui devait plutôt ressembler à une grimace. Il comprit cependant le message et retira doucement ses doigts, me faisant gémir légèrement par le fait même. Contrairement à plusieurs, ses gestes n'avaient rien de brusque, et me paraissaient même être empreints d'une certaine compassion. Compassion pour un adolescent de dix-sept ans qui n'a pas choisi la bonne voie mais qui apprécie tout de même de livrer son corps à de parfaits étrangers.

- Je veux pas te faire mal non plus…

Je ne pus m'empêcher de ricaner subtilement. Il en fallait beaucoup plus pour me faire mal, et il le savait très bien. Je fus toutefois touché par le fait qu'il s'en faisait pour mon bien-être :

- Arrête de t'expliquer et continue, sinon tu vas finir par bander mou…!

- Impossible, à voir la position dans laquelle tu es et comment tu me regardes.

Je sentis le rouge me monter aux joues, me rendant compte effectivement que je me trouvais dans une position assez compromettante. Profitant de mon embarras, il me saisit au niveau des hanches, se positionnant entre mes jambes tout en me regardant dans les yeux. Je lui fis un petit sourire, comme pour lui donner la permission fondamentale de pénétrer en moi, alors que mon corps n'attendait que cela. Il n'hésita pas et s'exécuta, m'arrachant un léger gémissement de plaisir lorsque je le sentis glisser en moi. Mes muscles se refermèrent aussitôt sur ce corps intrus, faisant grogner à son tour mon partenaire. Une fois qu'il fut entièrement en moi, il se pencha jusqu'à ce que nos fronts se touchent, son souffle chaud contre ma joue. Mollement, je passai mes bras autour de son cou pour l'étreindre fortement et gémir son nom à son oreille. Le bas de mon corps était en feu et criait haut et fort pour en avoir plus, me tuant à petit feu. Mister Nobody sembla le remarquer puisqu'il saisit ma dure érection de sa main droite, sa main gauche toujours sur ma hanche pour stabiliser le rythme de ses va-et-vient. Je sentis l'air se couper de mes poumons au moment où il me toucha et je fermai fortement les yeux, l'attirant encore plus contre moi. Je ne voulais pas que ce moment se termine. Je voulais que ce plaisir et ces sensations demeurent éternellement, que je puisse les ressentir jusqu'à la fin de ma vie.

Sans vraiment m'en rendre compte sur le coup, la cadence de son geste avait augmenté, faisant ainsi de mon corps qu'un jouet dont il était le maître, qu'il manipulait et torturait à sa guise au point de le rendre complètement fou. Le souffle court, j'essayais tant bien que mal de lui dire de continuer, mais ce qui sortait de ma bouche n'était que des gémissements rauques. Il n'avait d'ailleurs pas cessé de grogner de plaisir, ses lèvres se plaçant de temps à autre sur les miennes pour se retirer au bout de quelques instants, cherchant un peu d'oxygène alors qu'il se faisait de plus en plus rare. Mes supplications se firent tout de même entendre puisque ses caresses sur mon érection se firent plus rapides et plus insistantes. Je ne pus retenir au bout de plusieurs minutes un orgasme qui s'empara de mon corps en entier, me coupant le souffle pendant plusieurs longues secondes. Puis, au bout d'un instant, ce fit au tour de mon partenaire d'atteindre le paroxysme du plaisir, éjaculant en moi en poussant un long gémissement. À ce moment, un frisson me parcourut, la sensation m'étant tout simplement délicieuse.

- Kenny… je peux te parler, maintenant ?

Légèrement confus, j'ouvris les yeux, ne m'attendant pas à ce qu'il prenne tout de suite la parole. À ma grande surprise, il affichait un air très sérieux en me regardant dans les yeux :

- Ouais… bien sûr.

Je m'assis lentement dans le lit, gémissant faiblement lorsque je sentis quelque chose couler le long de ma cuisse. J'étais tout de même tout ouïe à ce qu'il allait me dire.

o o o

Malgré l'offre de mon client, qui m'invitait à passer le reste de la nuit à l'hôtel avec lui, je préférai retourner chez moi et dormir dans mon propre lit. Bien que j'avais l'habitude de partager mes draps et mes oreillers avec une autre personne, il m'était toujours plus agréable de dormir seul. D'ailleurs, malgré le fait que ma maison était un vrai taudis, il s'agissait tout de même de mon chez-moi et de l'endroit où j'aimais le plus me retrouver après une soirée de travail. Comme la plupart du temps, j'entendais encore cette fois-ci mon lit chaud et douillet m'appeler, me poussant à faire un effort surhumain pour courir jusqu'à la porte d'entrée. La course n'avait pas été bien longue, mais j'étais quand même essoufflé, probablement parce que je fumais trop et que je ne faisais pas souvent d'exercice. Je n'avais pas le temps, en plus que j'étais relativement fainéant de nature. Tout en reprenant mon souffle, je poussai la porte qui n'était jamais verrouillée. Il y avait un peu de lumière à l'intérieur, ce qui me porta à croire qu'il y avait encore quelqu'un debout, probablement Kylie qui étudiait pour un examen. Je retirai mes souliers que je poussai du bout du pied sur le petit tapis, puis me dirigeai vers le salon pour dire à ma petite sœur qu'elle devrait aller dormir. À ma grande surprise, la personne se trouvant dans la pièce n'était pas ma sœur, mais mon père qui semblait s'endormir devant le téléviseur, une canette de bière à la main. Je fis un pas en direction du sofa, ce qui fit craquer le vieux plancher de bois pourrit, et il releva la tête. Son expression était confuse, comme s'il ne s'attendait pas à me voir :

- Kenny ? Qu'est-ce que tu fous ici ?

Je me contentai d'hausser les épaules avant de m'asseoir à ses côtés et de jeter un coup d'œil à ce qu'il écoutait. Un film quelconque, avec le volume baissé au complet. Quelque chose qui ne l'intéressait probablement pas :

- Ben… je suis chez moi, non ?

Ce fut à son tour d'hausser les épaules. Il prit une gorgée de bière avant de poser la canette sur la table se trouvant devant le divan, puis me regarda du coin de l'œil :

- T'étais encore avec un vieux salaud, si j'comprends ben.

Je ne pus m'empêcher de détourner mon regard du sien, légèrement honteux. Il était au courant de mon métier, pourquoi devait-il en parler comme s'il s'agissait de quelque chose dont il n'avait guère l'habitude ? D'un geste incertain, j'hochai doucement la tête, d'un air presque coupable. La lueur dans ses yeux me parut changer et s'assombrir, mais je n'ajoutai rien, ne sachant pas comment il prendrait ma remarque.

- C'est rien, je connais ce mec depuis longtemps. Il est sympa.

- J'espère. Aucun vieux pervers a l'droit d'faire mal à mon fils… !

À voir sa façon d'agir, je pus automatiquement déduire qu'il était à moitié ivre. S'il l'avait été complètement, il se serait contenté de me dire de rapporter le plus d'argent possible à la maison, parce que les comptes allaient bientôt entrer et qu'il n'avait plus d'argent pour les payer. D'ailleurs, s'il avait été complètement sobre, il aurait évité le sujet et m'aurait dit d'aller au lit, pour pouvoir prendre un coup tranquille. Comme plusieurs alcooliques, son tempérament changeait en rapport à la quantité de boisson qu'il consommait. La règle s'appliquait aussi dans le cas de ma mère.

- Personne me fait mal, papa. Tu t'inquiètes pour rien.

Il ne me croyait évidemment pas puisqu'il poussa un long soupire de découragement. Le voir s'en faire tant pour moi me mettait mal à l'aise, même si j'appréciais beaucoup le fait que mon bien-être le préoccupait… pendant un bref instant.

Il me regarda du coin de l'œil une seconde fois, comme s'il doutait de ma sincérité. Je ne pouvais pas le blâmer pour cela. Je n'avais pas été sincère à cent pourcent non plus. D'un geste lent, il s'étira vers l'avant pour saisir une canette de bière qui se trouvait dans une caisse placée entre le divan et la petite table, et me la tendit. Il voulait que je boive de l'alcool avant d'aller au lit… ? Tant pis, pourquoi pas ? Ce n'était pas la première fois que je le faisais, de toute façon. Hochant la tête, je pris le contenant qu'il me donna et l'ouvris d'un geste sec. Me voyant en prendre une gorgée, il reprit celle qu'il avait posée sur la petite table quand je suis arrivé, ne se faisant pas prier pour se livrer à l'une de ses activités favorites. Boire me fit le plus grand bien puisque j'étais assoiffé depuis le début de la soirée.

- L'gamin de ton frère est prévu pour dans six mois environ, qu'il m'a dit.

J'étais seul avec lui, et il trouvait le moyen d'inclure mon frère à la conversation. Pas que j'en étais jaloux, mais je pouvais très bien vivre sans en entendre parler. J'avais d'ailleurs oublié le fait que sa copine attendait un enfant. Ma mémoire a tendance à oublier les mauvaises nouvelles.

- Ah bon…

- Fais pas cette tête-là, voyons. J'sais ben que t'es pas capable d'avoir de mômes, mais tu peux toujours adopter, hein. Y'a pleins de solutions pour ça.

- Je disais pas ça pour ça.

Il me regarda bizarrement, comme si je venais de dire la plus stupide des conneries :

- Hey, j'disais ça aussi, à ton âge. J'ai quand même eu mon premier gamin à vingt ans, pis si tu veux mon avis, j'vais peut-être encore en avoir.

Cette remarque ne put que me surprendre : prévoyait-il vraiment avoir encore des enfants avec ma mère, même s'ils étaient incapables de se supporter plus de cinq minutes ? Leur relation semblait s'empirer de jour en jour, ils s'étaient peut-être même trouvés un amant chacun de leur côté. Cela m'était égal, ce serait probablement préférable pour nous tous s'ils se séparaient et qu'ils mettent fin à leurs incessantes chicanes. Je fus sorti de mes pensées lorsqu'une forte main se posa dans mes cheveux et les ébouriffa légèrement, les rendant pires qu'ils l'étaient déjà :

- Arrête donc de t'en faire, Kenny. J'te préfère à ton frère.

Je fus surpris de l'entendre me dire une telle chose. Croyait-il sérieusement que j'étais jaloux de mon frère… ? Il n'avait rien à envier, et le fait que ma mère le préfèrait à moi depuis toujours ne m'a jamais dérangé. J'avais l'impression qu'il tentait de gagner ma confiance en me rassurant et en me valorisant. Pas qu'il ne l'avait pas. J'étais tout simplement indifférent à cet homme, même s'il était mon père.

- Ça me dérange pas. J'suis pas jaloux de Kevin.

Un léger ricanement s'échappa de sa bouche, puis il se remit à me caresser les cheveux, son autre main étant toujours occupée à tenir sa canette de bière. Finalement, sa main qui se trouvait sur ma tête descendit jusqu'à ma nuque qu'il saisit assez fermement pour que nos regards puissent se croiser. Je voyais claire dans son jeu. Comme pour lui donner mon autorisation, je fis un petit sourire en coin, et il comprit rapidement le message. Il approcha son visage du mien, sa main toujours sur ma nuque, alors que je posai ma main droite sur l'intérieur de sa cuisse. Il sembla avoir le souffle coupé une fraction de seconde, ne s'attendant pas à ce que je le touche ainsi. Alors que je me rapprochais un peu plus de lui, il fit de même, réduisant la distance qui se trouvait entre nous. Elle fut complètement coupée lorsqu'il passa sa jambe par-dessus la mienne, sorte de message subtile pour que j'accentue (ou approfondisse) ma caresse. Je ne fus pas surpris en plaçant mes lèvres sur les siennes de constater qu'elles goûtaient l'alcool, mais cela ne m'importunait pas vraiment. Il fut le premier à utiliser sa langue pour donner une toute autre sensation notre baiser, la faisant glisser sur ma demi-mâchoire inférieure, puis supérieure, avant d'aller la frotter vigoureusement contre la mienne. Le geste lui fut rendu sans hésitation, nos deux langues s'entrelaçant et se caressant dans un élan de passion soudain, me faisant presque oublier que son propriétaire était mon géniteur paternel. Finalement, je fus le premier à me reculer, n'ayant guère envie de prolonger les tendresses encore longtemps. Je n'avais pas perdu la tête au point de ne pas me souvenir que j'avais de l'école demain, et j'avais également envie de profiter de quelques heures de repos. D'ailleurs, cela ne sembla pas déranger mon partenaire qui me regarda avec un sourire doux, passant une main dans mes cheveux. Je le lui rendis avant de me mettre à genou en face du divan, un air impassible au visage. Je ne montrais que rarement mes émotions lorsque je me livrais à de tels gestes, ne voulant pas influencer celles de l'autre. La plupart du temps, ils risqueraient d'être déçus.

Sans perdre de temps, je sortis de mon sac à dos ce dont j'avais besoin et ouvris le petit emballage d'un geste assuré, contrairement à plus tôt dans la soirée. Un ricanement se fit entendre, que j'ignorai, alors que je m'affairais à baisser la braguette ainsi que le sous-vêtement de mon père. Le ricanement se changea en une sorte de plainte mélangée à un gémissement, ce qui me confirma que j'étais sur le point de lui donner ce qu'il souhaitait à tout prix recevoir. Comme je m'y attendais, aucune main ne fut placée derrière mon crâne ou ne tira sur mes cheveux : il savait très bien qu'il s'agissait d'un geste très offensant et que certains pouvaient même le considérer comme étant près de l'agression. Il savait aussi qu'il s'agissait d'une chose que je détestais au plus haut point. Alors, sans attendre, je fis saliver ma bouche, puis y pris son érection grandissante. Un deuxième gémissement se fit entendre, mais fut rapidement étouffer au risque que quelqu'un l'entende. Le goût est toujours le même d'une personne à l'autre, qu'il s'agisse de son propre père ou d'un parfait étranger. Dit ainsi, je suppose que plusieurs pourraient penser qu'il s'agit d'une chose beaucoup moins outrageante.

- Kenny… merde… !

Sans mettre fin à mon geste, je relevai légèrement les yeux pour voir son visage ruisselant de sueur, les yeux à moitié fermés et les joues teintées d'un rose très pâle. À entendre sa respiration sifflante, je pus aussitôt dire que l'air se faisait de plus en plus rare pour ses poumons. Il semblait également combattre l'envie de poser sa main sur ma nuque, ses ongles étant rentrés dans les coussins défoncés du divan. Puis, au bout de plusieurs minutes, je me reculai légèrement pour reprendre mon souffle, mon pouce caressant le bout de son érection pour ne pas mettre fin à son plaisir. Ensuite, j'effectuai quelques va-et-vient avec l'aide de ma main avant de le prendre en entier dans ma cavité humide. Ma gorge continua son mouvement d'aspiration pendant un long instant, jusqu'à ce qu'il vienne dans le condom en grognant silencieusement mon nom, m'indiquant que je pouvais me retirer. Tout cela s'était passé rapidement. M'essuyant le bord de la bouche en regardant un point invisible sur le sofa, je lui retirai le préservatif souillé pour le mettre dans la poubelle. Alors que je m'apprêtais à me relever, deux bras puissants me saisir à la taille et m'attirèrent contre une poitrine dans laquelle je pouvais sentir un cœur débattre. Une étreinte. Une forme de remerciement. Dans un tel moment, les mots étaient inutiles et superflus.

Cela ne dura que quelques minutes, le temps que je reprenne mes esprits et que je trouve l'énergie pour me reculer. Nos regards se croisèrent, mais aucune parole ne fut échangée. Ramassant mon sac à dos, je le vis du coin de l'œil s'étirer pour prendre sa canette de bière, comme si rien ne venait de se passer entre nous.

Sans faire de bruit, je montai les escaliers, passai devant la chambre de ma mère, puis celle de ma sœur avant d'arriver à la mienne. Une fois à l'intérieur et la porte fermée, je me laissai tomber sur mon lit en soupirant, me passant une main dans les cheveux. J'avais drôlement hâte de prendre une douche.

Dormir. Enfin.

Et lorsque je m'en fais trop, je balaie mes soucis en les remplaçant par des images impropres de toi.

Personne n'est obligé de savoir.