A/N: Après une absence de près d'un an, me voici de retour avec la suite de cette histoire, un peu honteuse. J'ai commencé à écrire le présent chapitre le printemps dernier, quelques jours après avoir publié le chapitre précédent. Parallèlement, mon emploi fut quelque chose que je pris plus au sérieux que quoi que ce soit, et ainsi, je n'avais plus vraiment le goût d'écrire. À l'été, je me mis à rédiger le chapitre huit, probablement le plus important de l'histoire. Je le fis aisément, et il fut terminé en août, alors que ce chapitre-ci n'était toujours pas terminé et ne comptait que deux pages. Le chapitre neuf s'écrivit aussi rapidement que son précédent, mais je ne pouvais toujours pas les mettre à jour puisque le chapitre sept n'était toujours pas terminé. Le voici. (enfin)
Pour ceux et celles qui attendaient cette suite, je suis sincèrement désolée. J'espère qu'elle sera à la hauteur de vos attentes, même si le présent chapitre m'a donné quelque peu de fil à retordre.
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Be my Last
celebrate
Célébrer, sur la colline où l'on peut voir la lune
Ce soir deux personnes s'échangent leurs vœux, un mariage secret
Célébrer, viens par ici
Parce que je comprends ce que c'est de toujours pleurer seul
Vendredi soir, vingt-et-une heure.
La journée que j'ai attendue avec impatience toute la semaine est finalement arrivée, et j'étais tellement excité que je suis rentré de l'école avec Bebe pour l'aider à finir de tout préparer. D'après ce qu'elle m'avaitt dit, nous serons une vingtaine environ, peut-être même plus puisque ce n'est pas tout le monde qui a confirmé leur présence. Je sais que Cartman et Stan seront présents, mais rien n'est certain en ce qui s'agit de Kyle. Les partys ne l'ont jamais enchanté, et sa mère ne le laisserait probablement pas y prendre part de peur qu'il apprenne ce qu'est la boisson. Je ne serais d'ailleurs pas surpris d'apprendre que Cartman ait glissé une quelconque substance illégale dans sa boisson pour le droguer et le tabasser dans le fond de la cours….
L'épicerie se fit rapidement : plusieurs sacs de chips, des nachos, beaucoup de boissons gazeuses et, évidemment, plusieurs caisses de bière et d'alcool que les parents de Bebe nous ont si gentiment achetées. Ses parents étaient permissifs à ce point, ce qui est tout de même rare pour des gens vivant dans un bled comme South Park. Une fois tous nos achats sortis des sacs de plastique et étalés sur la table, il fallut tout trier : mettre les croustilles dans des plats de plastique, les nachos avec de la sauce salsa et du fromage, les boissons gazeuses ainsi que la boisson dans le réfrigérateur… Cela nous prit une bonne demi-heure, en excluant le temps requis pour tout ramasser par la suite. La prochaine étape fut de trouver de la musique qui plairait à tout le monde, de préférence de la musique donnant le goût de danser. Après de longues suggestions et quelques petites disputes, parce que nos goûts musicaux étaient totalement différents, nous nous entendîmes pour un disque de musique techno que j'avais apporté, au cas où. Une banale compilation de morceaux technos que j'avais un jour trouvé dans ma chambre, et qui devait probablement appartenir à mon frère. Dieu seul sait comment le pauvre disque a pu atterrir dans mon étagère…
Avec son système de son, Bebe sortit également de sa chambre une console Play Station, que j'ignorais qu'elle possédait. Lorsque je la questionnai à son sujet, elle me répondit tout simplement qu'on lui avait offerte pour sa fête et qu'elle aimait bien y jouer de temps en temps. Il s'agissait tout de même d'une bonne idée puisque, pour la plupart d'entre nous, une petite partie de jeu vidéo n'est jamais de refus. Elle ne fut pas surprise de l'apprendre :
- Je sais, à croire que vous, les mecs, vous changez jamais, hein… !
Je ne pus que me mettre à sourire devant ce commentaire. Elle avait raison, après tout. Peut-être que nous n'avions pas si grandi que ça, malgré ce que l'on pouvait penser. Une fois la console et le système de son installés dans le salon, nous décidâmes de nous reposer quelques minutes sur le divan, histoire de penser à ce que nous allions faire par la suite. Tout ce que nous avions à faire était presque terminé, si ce n'était que d'attendre que les parents de Bebe partent. Les premiers invités arriveraient probablement après le souper, vers dix-huit heures, ainsi avions-nous encore beaucoup de temps devant nous pour finaliser les préparations. D'ailleurs, lorsque je lui posai la question à propos de ceux qui ne retournerait pas chez eux avant le lendemain, elle se contenta de me répondre qu'ils devront se contenter des sofas ou du plancher du salon. Un petit sourire se dessina à nouveau sur mes lèvres, sa réponse n'ayant rien de vraiment surprenant.
o o o
Comme je m'y attendais, on sonna à la porte vers dix-huit heures trente. Bebe se précipita pour aller ouvrir et accueillir les premiers invités qui, fus-je surpris, étaient Craig et Tweek. De sa politesse habituelle, Craig se contenta d'hausser les épaules en nous saluant presque bêtement. Son compagnon fut un peu plus poli et nous sourit timidement, se cachant légèrement derrière son ami en tremblant. Tweek avait toujours eu cette habitude, comme s'il croyait que nous allions nous attaquer à lui. En plus d'être accroc à tout ce qui pouvait le garder réveillé, il semblait devenir peu à peu paranoïaque… Une fois leur manteau retiré, ils ne furent pas surpris d'être les premiers à être arrivés. En jetant un coup d'œil au salon, le plus grand des deux nous informa que Clyde arrivera probablement avec Stan, ce qui me laissa perplexe. Sortiraient-ils ensemble, finalement ?
- Avec… Stan ?
- M'ouais. Il faut croire que la tarlouze lui a tombé dans l'œil, hein…
Je me retins pour ne pas lui faire savoir impoliment mon point de vue, parce que nous n'étions pas ici pour nous chicaner mais pour passer du bon temps. Ainsi, je laissai passer l'insulte en faisant croire que je ne l'avais pas entendu. Bebe fit la même chose, s'approchant d'eux pour leur offrir quoique ce soit. Ils acceptèrent tous les deux une boisson gazeuse en attendant que les autres arrivent. Pas question de se mettre tout de suite à l'alcool et ne pas voir la soirée défiler. Craig le savait que trop bien, puisqu'il était un expert de ce genre de fêtes. Il passait ses fins de semaine chez Token sur la débauche avec sa bande…
Les minutes passèrent sans que je ne m'en rende compte, jusqu'à ce que l'on sonne à la porte une deuxième fois. Je vis Bebe traverser le salon en flèche, se jetant presque sur la poignée de la porte pour l'ouvrir. Enfin, un visage familier qu'était celui de Cartman. Je ne l'attendais pas tard, sachant très bien qu'il voudrait être le premier à sauter dans les plats de collation et à essayer de trafiquer les boissons au cas où Kyle déciderait de se présenter. À son habitude, il insulta Bebe, puis vint me voir :
- Kyle est pas là ?
- Non. Je sais même pas s'il compte venir.
Il fronça un sourcil, insatisfait de ma réponse, puis se dirigea vers la grande table, ce que j'avais prévu. Rapidement et presque sournoisement, il se mit à prendre tout ce qui lui semblait riche en gras et se dépêcha à le mettre dans sa bouche. Par la suite, il prit place sur le divan pour regarder Craig et Tweek jouer à un jeu de courses de voitures, jetant des coups d'œil furtifs à la porte à toutes les minutes. Inutile de préciser qu'il attendait son Juif préféré. J'étais presque prêt à parier qu'il devait avoir caché un poignard à l'intérieur de sa veste au cas où l'occasion se présentait.
Je restai bouche-bée lorsque Pip entra, retirant poliment son petit chapeau de sur sa tête pour saluer Bebe. Je ne m'attendais pas du tout à le voir ici, encore moins que je m'attendais à voir Kyle. Il était cependant venu, avec son éternel air timide et sa façon un peu trop soumise de regarder les gens. Bien qu'il n'était guère apprécié à l'école, je n'avais personnellement rien contre lui. Je me foutais bien qu'il soit Britannique, Canadien ou Australien. Certes, son accent était légèrement différent du nôtre, mais ce n'était quand même pas une raison pour détester les gens. D'ailleurs, avec le temps, son accent était beaucoup moins prononcé. Dorénavant, à la place de lui faire la vie dure, les gens semblaient préférer l'ignorer et faire comme s'il n'existait pas. J'avais presque envie de me lever et le féliciter d'être venu. Je le ferai plus tard. Je préférais attendre pour voir la réaction des autres quand ils le verront. Ils risquaient d'être beaucoup plus surpris que moi. Évidemment, une fois entré, Cartman s'approcha de lui, se mettant à l'insulter et à le traiter de Français. Pip ne sembla cependant pas impressionné le moindrement, lui disant gentiment d'aller voir ailleurs s'il y était. Cela le laissa complètement de marbre. Le voyant ainsi vexé, je ne pus m'empêcher de m'arrêter à ses côtés tout en allant me chercher une canette de bière :
- On dirait bien que Kyle est pas encore arrivé…
Il me regarda du coin de l'œil, se prit une cannette de bière à son tour, l'ouvrit et en avala la moitié d'un coup. Je n'en fus pas le moindrement surpris. Son expression passa de vexé à légèrement contrarié :
- Non. Sa chienne de mère doit l'avoir barricadé dans sa chambre… !
L'expression était très bien choisie, d'autant plus qu'elle n'était pas si saugrenue quand on connaissait bien la mère de Kyle. Je ricanai légèrement, ne voulant pas vraiment dire le contraire de lui de peur de le voir se fâcher encore plus pour rien. Certes, ce ne serait pas surprenant que sa mère tente de le confiner à sa chambre, mais mon petit doigt me disait que le rouquin allait se présenter, que sa mère le veuille ou non.
- Ça serait bien qu'il vienne en tout cas. Ça lui ferait du bien.
- Il est mieux de venir… ! Sinon, je le ligote sur le banc arrière de mon auto !
- Hmm, t'as de drôles d'idées quand tu veux… Il va falloir qu'il vienne premièrement si tu veux faire ça.
Je lui donnai un gentil coup de coude qu'il me redonna en grognant. Il me fit une moue, sachant très bien que je m'apprêtais à le réprimander à nouveau en voyant le sourire que j'affichais :
- Tu devrais moins boire, sinon tu vas tomber avant même qu'il arrive !
- Bah, il doit avoir trop peur que je le tripote pour venir !
- C'est quand même ça qui risque de se produire si jamais il vient… !
- Je serais stupide de pas en profiter… ! Et puis, arrête donc d'essayer de me faire passer pour un pervers ! Les Juifs, je les pelote pas, je les assassine ! Tu confonds mes intentions !
J'ouvris la bouche pour répliquer lorsque j'aperçus la porte s'ouvrir et Bebe pousser un cri d'étonnement. Je jetai un coup d'œil au nouvel arrivant. Finalement, mon intuition avait été la bonne : Kyle était bel et bien venu. Une fois qu'il fut entré à l'intérieur, je me permis de mieux le regarder subtilement. C'était la première fois que je le voyais vêtu de la sorte. Pour la première fois depuis je le connaissais, il portait des jeans relativement ajustés au niveau de la taille et même un peu au niveau des jambes. Je ne saurais dire s'il avait froid aux pieds, puisque d'épais bas rayés qui semblaient en laine recouvraient à moitié ses tibias, par-dessus ses pantalons. Il était chaussé de bottes, ce qui était également une première. Elles étaient noires et à peine attachées, lui donnant un air décontracté, ou bien n'avait-il simplement pas eu le temps de les attacher. À la place de ses éternels t-shirts de couleur unie, il portait une veste orange qui allait très bien avec ses jeans blancs. Elle ressemblait un peu à celles que Stan portait, ajustée et en tissu léger. Je ne pus cependant pas voir ce qu'il portait en dessous puisqu'il avait zippé le vêtement presque au complet. Lorsqu'il fut dos à moi, je remarquai qu'il y avait des sortes d'écussons sur ses jeans, l'un d'entre eux représentant une tête de mort, ce qui me fit sourire. Peut-être que Stan avait déteint un peu sur lui… Avant même que je puisse me retourner pour jeter un coup d'œil à Cartman, il était déjà parti à la rencontre de son cher Juif, me laissant seul en ricanant subtilement. Je ne pus comprendre ce qu'ils se dirent, toutefois, Kyle se mit à rougir, ce qui me fit comprendre aussitôt que Cartman devait l'avoir insulté ou complimenté d'une façon peu flatteuse.
Puis, au bout de quelques insultes, ils s'approchèrent de la table où la boisson et la nourriture se trouvaient, Cartman offrant à Kyle de se prendre quelque chose à boire :
- Goûte à ça ! C'est Bebe qui l'a fait ! J'en ai déjà bu la moitié !
Le rouquin sembla hésiter, toutefois, naïf comme il l'était, il acquiesça et prit le verre que le gros tas lui tendait. Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres de ce dernier, me confirmant qu'il avait bel et bien ajouté quelque chose au fameux cocktail…
- Beurk… ! Il est bien trop concentré… !
- Remue-le un peu au pire… !
Il but son verre au complet malgré le goût amer. J'étais légèrement tenté de lui dire la vérité à propos du goût particulier, mais je n'avais pas envie d'avoir Cartman sur le dos pendant le reste de la soirée. Si jamais les choses s'envenimaient, j'interviendrais. Par la suite, ils sortirent par la porte arrière donnant sur le jardin, le plus grand des deux prétextant qu'il avait quelque chose à lui montrer. Prudemment, je m'installai près de la fenêtre pour regarder ce qu'il avait l'intention de faire. Avec lui, on ne sait jamais, il faut toujours se méfier : ce serait tout à fait son style de sortir une arme des poches de son pantalon pour tenter de l'éventrer… Je fus toutefois sorti de mes observations lorsque Bebe s'approcha de moi, tout sourire, et commença à me parler de tout et de rien. Rapidement, mon attention fut captée, me faisant complètement oublier les deux autres qui se trouvaient à l'extérieur. Pourquoi sentais-je le besoin de savoir ce qu'ils faisaient, d'ailleurs ? Cela ne me regardait aucunement, et je savais très bien que Kyle pouvait se défendre tout seul si jamais cela devait se produire. Je faisais bien des blagues sur mon ami anti-sémite, mais jamais il ne tenterait d'assassiner quelqu'un. Lui faire une peur bleue, oui, sans aucun doute, mais pas tenter de le tuer. Il aurait bien trop peur de terminer ses jours dans une prison à sécurité maximale sans son X-Box et sa mère pour répondre à tous ses caprices.
- Je suis surprise que Kyle soit venu… ! C'est vraiment cool !
- Je suis tout aussi surpris que toi… Il a dû faire croire à sa mère qu'il allait passer la fin de semaine chez Stan pour qu'elle accepte de le laisser sortir…
Ce fut justement en parlant du loup que je lui vis le bout de la patte, mon cher ami venant d'arriver en compagnie de Clyde, comme Craig l'avait si bien prédit. Il était d'ailleurs vrai que Stan avait dû lui tomber dans l'œil, puisqu'ils se tenaient par la main et relativement près l'un de l'autre. Ils finirent par se laisser lorsqu'ils retirèrent leurs manteaux avant d'aller rejoindre les amis du plus grand, qui jouaient toujours au Play Station assis sur le divan. Étonnement, Stan semblait relativement à l'aise avec eux, ce qui était tout de même surprenant puisque lui et Craig ne s'étaient jamais bien entendus ensemble. À mesure que je les regardais tous les deux, j'étais incapable de m'empêcher de trouver qu'ils se ressemblaient curieusement sur le plan physique. Certains de leurs traits et de leurs manies étaient semblables, comme si l'un avait prit les habitudes de l'autre. Cela était pourtant impossible, puisqu'ils se côtoyaient uniquement pour s'insulter et se bagarrer. Kyle avait également déjà fait ce rapprochement, ce qui prouvait, en quelques sortes, que je n'étais pas complètement fou pour penser ainsi.
Stan était vêtu comme à son habitude : des pantalons et une veste ridiculement serrés, de couleur noir, une tuque qui s'agençait avec les deux principaux morceaux, des souliers de toile qui devaient être beaucoup trop froids pour cette période de l'année et, bien entendu, il s'était maquillé les yeux de la couleur qu'il portait tout le temps. J'étais loin d'être friand des mecs qui se maquillent, mais ce trait de crayon foncé faisait ressortir à merveille la couleur pâle de ses yeux. Sinon, je préférais m'abstenir de tout commentaire, tout simplement parce que je n'étais pas du genre à faire de la peine à mes amis. Puis, au bout d'un moment, il sembla me remarquer et se leva, tenant toujours son copain par la main, et vint me rejoindre à la grande table. Il avait un sourire contagieux aux lèvres, et je me pris à me surprendre de le voir si heureux. Habituellement, il ne s'exprimait pas si ouvertement de peur de se faire remarquer et insulter par les gens qui le traitaient de tarlouze. Cela me fit plaisir de le voir s'affirmer si ouvertement, si je peux dire les choses ainsi :
- Kenny ! Ça va ?
- Oui, ça va. J'ai pas besoin de te renvoyer la question, par contre. C'est évident.
Il ne put retenir un ricanement amusé, probablement parce qu'il s'était lui aussi rendu compte qu'il agissait différemment qu'à son habitude. Il était une personne qui avait tout pour lui, sans exagération, alors je trouvais cela dommage qu'il doute de lui uniquement parce qu'il avait une sexualité différente de la majorité des gens. J'espère qu'il finira par s'en rendre compte, histoire que cela ne le trouble plus autant que présentement.
- Ouais, ça va vraiment bien. Dis, est-ce que Kyle est venu, finalement ?
- Ouais, il est là. Cartman et lui sont sortis un peu avant que tu arrives.
Il fronça les sourcils et se retourna vers moi, abandonnant probablement sa quête de se trouver une collation qui l'intéressait. Pendant un bref instant, il me dévisagea presque, comme si ce que je venais de dire ne tenait pas la route. Prenant distraitement une chip dans un bol, il se rapprocha de moi et baissa le ton :
- J'espère… que le gros con essaie pas de lui faire une vacherie, au moins… ?
- J'en sais rien… je suppose que ça dépend ce que tu veux dire par ça…
- C'est difficile à dire… Cartman réussit toujours à me surprendre.
Le doute était clairement visible dans son visage. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre, mais c'était en vain puisque la nuit était tombée depuis longtemps et que les lumières éclairaient à peine la cours. Se mordant la lèvre, il s'appuya contre la table et réfléchit pendant un instant, fixant le bout de ses souliers :
- Je pense que je vais aller voir ce qu'ils font.
- Fais comme tu veux. Tu vas en avoir le cœur net, en tout cas.
Ce fut donc en hochant la tête qu'il dit à Clyde de l'attendre et sortit à son tour par la porte donnant à l'arrière de la cours. Ses doutes me laissèrent également perplexes. Je savais qu'il était toujours très protecteur avec Kyle lorsqu'il s'agissait de Cartman, mais peut-être que finalement, il n'avait pas tort et que le gros crétin s'apprêtait à faire une connerie. J'avais envie d'en savoir un peu plus également, mais Bebe me prit le bras avant même que je puisse y penser deux fois, me disant de venir danser avec elle. Tant pis, j'étais ici pour m'amuser, pas pour tenter de régler des conflits entre mes amis. Quelqu'un éteignit la lumière, puis la musique se mit aussitôt à jouer. D'un synchronisme presque parfait, tout le monde présent dans le salon se mit à danser et à secouer la tête sur ce bidouillage électronique que j'abhorrais. Nous avions plutôt l'air d'être en pleine crise d'épilepsie, mais personne ne dit rien parce que ce n'était pas l'important. Ma « compagne de danse » se tenait très proche de moi, tentant probablement de m'amadouer en effleurant son corps parfait contre le mien. Ce genre de choses ne me gênait plus depuis très longtemps, alors je la laissai faire avant d'en mettre un peu du mien, ce qui la fit rire. J'aperçus du coin de l'œil, à quelques mètres de la porte, Pip qui se trémoussait timidement, espérant probablement que personne ne le remarque. Il n'avait pas fini de m'impressionner, on dirait bien. J'aurais été très sceptique si l'on m'avait dit qu'il viendrait chez Bebe ce soir, et je n'aurais jamais cru, qu'en plus de venir, il se joindrait à la foule et tenterait d'effectuer quelques pas de danse maladroits. Pourtant, il était présentement en train de le faire, comme s'il s'agissait d'une personne totalement différente de celle que j'avais toujours connue. Puis, après avoir jeté un regard circulaire à la foule qui m'entourait, je pus constater que presque tous nos amis de douzième année étaient présents, mis à part Gregory et Christophe, ce qui ne me surprit pas vraiment. Je n'aime pas juger les gens, mais je ne peux m'empêcher de les trouver légèrement bizarres. Ils étaient l'opposé parfait l'un de l'autre, mais cela ne les empêchait pas de traîner ensemble, peut-être parce que personne d'autre ne voulait d'eux comme ami, aussi cruel que ce soit. Je pense que même le jeune Anglais, qui n'était guère apprécié non plus, avait plus de connaissances que ces deux-là mis en ensemble. Je ne les détestais pas, mais le francophone ne voulait rien savoir des autres élèves et son seul ami se plaisait à lever le nez sur tout le monde, comportement que je trouve complètement exécrable.
Une silhouette mince à la tuque blanche et aux cheveux roux capta mon attention aussitôt que je la vis; il s'agissait évidemment de Kyle. Je ne le voyais pas très bien dans la pénombre, mais il semblait avoir de la difficulté à se tenir debout puisqu'il s'accotait contre Stan qui était à ses côtés. Cartman était derrière eux et ne semblait pas préoccupé par la démarche étrange du Juif. Intrigué malgré-moi, je m'approchai d'eux et saisis l'épaule de Stan pour qu'il remarque ma présence :
- Qu'est-ce qui se passe ?
Le volume de la musique était tellement élevé que nous avions peine à se comprendre. Mon ami me regarda pendant un instant, se demandant probablement ce que je venais de lui demander. Il était inutile que je me répète, alors je me contentai de désigner Kyle d'un bref mouvement de tête.
- Cartman.
À son tour, il me répondit par des gestes en désignant le gros tas derrière lui, puis il imita une personne fumant de la marijuana, et je compris tout. Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt ? J'étais tout de même surpris que le rouquin ait voulu d'en consommer… Il a dû reconnaître l'odeur, et à voir les yeux de Stan, il était évident que lui aussi en avait fumé. J'avais été exclu, on dirait bien. Pas que cela ne me dérange spécialement, mais un joint de temps en temps ne fait de mal à personne, d'autant plus que nous aurions été les quatre à le faire ensemble : cela aurait été une première. Au bout d'un moment, les trois décidèrent à nouveau de sortir à l'extérieur, probablement pour continuer ce qu'ils n'avaient vraisemblablement pas terminé. Je les regardai faire du coin de l'œil, sans trop savoir si je devrais m'incruster parmi eux ou non.
- Kenny, viens avec moi.
Je l'avais à peine entendue, et ce fut une bonne chose que la blondinette me saisisse par la manche sinon je ne l'aurais probablement jamais entendue. Certaines personnes avaient cessé de danser pour aller terminer la soirée en privé, je suppose, puisqu'il ne restait plus beaucoup de gens dans le salon. Craig était assis sur le divan avec Tweek qui semblait s'être endormi contre lui et Clyde qui devait se demander pourquoi Stan n'était pas avec lui. Je reposai mon attention sur Bebe qui me regardait dans les yeux avant de me prendre par le bras et de m'entraînai à l'étage. La lumière vive qui éclairait le couloir m'aveugla sur le coup, mes yeux s'étant habitués à la pénombre qui régnait en bas. Sans attendre, mon amie m'entraîna dans sa chambre, refermant la porte derrière elle en ricanant comme seules les filles savent le faire. Puis, elle s'approcha de moi, toujours en riant :
- Kenny, tu es trop génial.
Je ne pus m'empêcher de froncer un sourcil, incertain de comprendre :
- Excuse-moi ?
- Tu es génial… ! En plus d'être mignon, tu es drôle et vraiment gentil… ! T'as probablement toutes les qualités que la plupart des mecs ici n'ont pas… ! Je sais pas comment tu fais, mais tu as tout pour que les filles t'aiment !
Impossible de ne pas se mettre à rougir devant tant de compliments dits par une fille aussi jolie qu'elle. Sans attendre, elle passa ses bras autour de mon cou pour m'attirer vers elle, toujours en ricanant. Sa main droite se mit à caresser mes cheveux, alors que l'autre demeurait contre mon épaule, comme si elle ne voulait pas que je parte. Elle n'hésita d'ailleurs pas à presser son corps contre le mien, ce qui me fit serrer les dents. À mon tour, j'enroulai mes bras autour de sa taille et la serrai contre moi pour qu'il n'y ait plus aucun espace entre nous deux. Elle ne savait rien à propos de mon travail particulier, croyant probablement que je n'étais qu'un tombeur qui préfère la vie de célibataire à celle de couple. J'ignore quelle serait sa réaction si elle venait à apprendre ce secret, d'ailleurs. J'ignore si elle me verrait autrement et serait dégoûtée, ou bien si cela ne changerait rien entre nous deux.
- Embrasse-moi, Kenny…
Elle n'eut pas à me le demander deux fois puisque mes lèvres se posèrent aussitôt sur les siennes. J'allai chercher sa langue avec la mienne avant de la caresser gentiment, la sienne faisait de même. Doucement, l'une de mes mains quitta sa taille pour aller se loger dans ses cheveux et immobiliser sa tête par le fait-même alors que nous continuions de nous embrasser. La sensation était loin d'être la même avec un homme, cela était certain. Les femmes étaient, selon moi, des êtres délicats avec lesquels il fallait toujours faire attention et manipuler avec soin, si je peux dire les choses ainsi. La douceur de la peau d'une femme, comme celle de son cou, n'avait rien à voir avec celle recouverte de poils d'un homme qui était loin d'être aussi agréable au toucher. Un gémissement se fit entendre alors que ses mains se posèrent sur le bord de mes pantalons, me disant clairement ce qu'elle désirait. Ce fut à mon tour de ricaner alors que je plaçai mes mains sur les siennes, lui faisant comprendre qu'elle n'avait pas à me le demander deux fois.
Je baisais des hommes et faisais l'amour à des femmes.
o o o
Lorsque je sortis de la chambre de Bebe, la plupart des invités étaient déjà partis, ce qui me fit me demander quelle heure il était. En regardant l'horloge, je compris qu'il était relativement tard puisqu'il était deux heures et demie du matin. Est-ce que Stan, Kyle et Cartman étaient également partis ? Je décidai d'aller faire un tour à l'extérieur, histoire de confirmer mes soupçons. Il n'y avait personne dans la cours arrière, alors j'allai voir devant la maison, dans le stationnement. Je reconnus aussitôt la voiture du gros crétin, ce qui confirma mes doutes. Stan et Kyle ne devaient pas être partis non plus.
- On se revoit lundi prochain, alors. Tu viens, Clyde ?
Le meilleur ami du jeune Juif était toujours là, en tout cas, et son copain aussi. Je décidai donc de m'approcher d'eux, leur faisant un léger sourire qui me fut retourné de leur part. Cartman était assis au volant de sa voiture et, à ma grande surprise, son pire ennemi, comme il le disait, était assis sur le siège du passager.
- Kyle ? Cartman va te porter chez toi ?
Sans que je ne sache pourquoi, un malaise s'installa entre nous. Qu'avais-je bien pu dire qui n'était pas correct ? Les deux impliqués dans ma question ne dirent pas un mot, ce qui fit que le troisième dut répondre, tenant la main de son copain dans la sienne et fixant le sol d'un air incertain :
- Ils sortent ensemble.
Je retins ma réaction du mieux que je le pus, même si cela s'avéra extrêmement difficile. Je n'étais pas certain d'avoir bien compris, mais je ne voulais pas non plus lui demander de répéter. Ces deux-là, en couple… ? J'étais certain que les poules auraient des dents avant que cela se produise… ! D'autant plus que Kyle me semblait terriblement amoureux de Stan, quelque chose que ce dernier avait également remarqué. D'ailleurs, de tous les mecs de la ville, il avait choisi Cartman… ? Cela ne tenait pas la route du tout. J'espérais seulement que le rouquin n'ait pas agit de la sorte uniquement parce qu'il était sous l'effet de la drogue, sinon il le regretterait amèrement le lendemain. J'étais incapable de le croire, mais dans un sens, si cela est vraiment vrai, c'était tant mieux pour eux. L'important était qu'ils soient heureux ensemble, et personne n'avait rien à redire de tout cela. Je doute qu'ils l'affichent publiquement, par contre. Le plus jeune des deux serait surement trop timide, et aurait peur de se faire malmener par les autres comme ils le font avec Stan. En ce qui s'agissait de son copain, je n'en savais rien, et je suppose que d'une façon ou d'une autre, sa décision sera surprenante.
- Nous allons y aller, moi et Clyde. On se reparle bientôt.
Sur ce, le plus vieux d'entre nous nous fit un signe de la main avant de partir en compagnie de son copain. Je restai debout au milieu du stationnement pendant plusieurs secondes avant de m'en rendre compte et de me tourner vers les deux autres :
- Je vais vous quitter aussi. On se revoit à l'école lundi.
Je leur dis au revoir à mon tour avant de m'engager dans la rue, toujours aussi surpris que tout à l'heure. Si l'on m'avait dit que ces deux-là finiraient par sortir ensemble, je ne l'aurais jamais cru. J'avais encore beaucoup de difficulté à le croire, d'ailleurs. Peut-être… que les extrêmes s'attirent, comme certains le disent. Peut-être qu'ils ne se détestaient pas autant qu'ils le prétendaient. Il n'y a qu'une très mince ligne entre l'amour et la haine, après tout. Peut-être que la haine peut se changer en amour et que le contraire est possible aussi. Je me sentais tout de même étrange face à tout cela. En y repensant, j'étais désormais l'unique célibataire dans notre groupe d'amis. Je ne ferai pas une exception pour me trouver quelqu'un, loin de là, en fait. J'étais très bien comme cela, à m'occuper uniquement de moi-même.
Le froid était bien présent en cette nuit de novembre. Le givre sur les vitres des maisons était facilement visible, et les cheminées semblaient fonctionner à plein régime. Une fois de plus, j'avais hâte de rentrer à la maison et de pouvoir profiter de la chaleur de mes couvertures. Il n'y avait pas le moindre bruit dans les rues, tout était silencieux, comme si le temps s'était arrêté autour de moi. Les mains dans les poches de mon manteau, j'étais incapable de penser à autre chose qu'au couple étrange que formaient Cartman et Kyle.
Je finirai bien par m'y habituer.
Ne t'attarde pas sur les choses superficielles, profite seulement de l'art qu'est la vie.
