TRAUMA

DISCLAIMER : Rien ne m'appartient à part cette histoire. Les personnages et le monde magique qui les accompagne sont la propriété de Mme JK Rowling and co.

RATING : M

NOTE DE L'AUTEUR : Je crois que j'ai battu des records de lenteur dans l'écriture d'un chapitre et je m'en excuse. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais j'ai de bonnes raisons d'avoir été temporairement indisponible pour mes fics. J'espère que vous m'excuserez ce retard, j'essayerai de ne pas mettre 6 mois entre chaque chapitre à l'avenir.

Je tiens à remercier tous les gens qui m'ont envoyé des reviews non signées. Comme je n'ai pas vos adresses e mail et que ffnet interdit les rars autrement que par mail, je ne peux pas vous répondre individuellement, mais sachez que je pense à vous. Je vous suis très reconnaissante pour le temps que vous passez à lire et à commenter cette fic. Pour ceux dont j'ai les adresses, j'espère sincèrement n'avoir oublié personne dans mes réponses. Sinon je vous autorise à me tirer les cheveux !

Tous mes remerciements à Damien pour ses corrections, son soutien, sa franchise, et la constante source d'inspiration qu'il est pour moi. Merci également à Anagrammes d'être aussi Caneton dans l'âme.

C'est avec une émotion à peine contenue que je vous annonce que cette fic va être traduite en anglais par l'adorable Angel's Heaven. C'est un honneur d'avoir pu t'intéresser à ce point, et je suis pleinement consciente de cet honneur que tu me fais. Bon courage à toi pour la traduction et merci pour tout.

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CHAPITRE DIX : VERITES.

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Harry pressait son corps chaud contre celui, trempé, de Draco, et ses mains serraient son crâne avec force, mais le baiser était doux, presque timide. Il ne voulait rien précipiter. Il voulait juste apprécier ce qu'il partageait avec Draco à cet instant précis. Il sentait ses lèvres lisses contre les siennes, et cela suffisait à le rendre pleinement satisfait. Il poussa un léger soupir contre la peau du blond qui enlaça sa taille pour le serrer plus fort contre lui, comme s'il cherchait à s'imprégner de sa chaleur. Avec lenteur, Draco embrassa les commissures des lèvres de Harry, puis il prit son visage entre ses mains glacées. Il observa la bouche de Harry pendant quelques secondes, comme s'il hésitait, comme si ce baiser allait sceller un accord qu'il n'était pas certain de pouvoir honorer.

Harry retint son souffle sans quitter Draco des yeux, jusqu'à ce que ce dernier approche enfin son visage pour prendre sensuellement la lèvre inférieure de Harry entre les siennes. Sa bouche vint ensuite se poser délicatement contre celle de Harry et il glissa sa langue entre les dents du brun qui le laissa faire avec délectation. Leur étreinte se fit alors plus passionnée et leurs lèvres s'écrasèrent l'une contre l'autre alors que leurs langues se titillaient langoureusement. Les mains de Draco descendirent emprisonner la taille de Harry alors que ce dernier enlaçait les épaules de son compagnon.

Enfin Harry était embrassé comme il le désirait, avec force et douceur, avec tout le magnétisme de Draco Malfoy, qui savait jouer avec ses lèvres et avec sa langue à la manière d'un virtuose. Jamais il n'avait été transporté aussi loin par un simple baiser. Bien entendu, il avait déjà embrassé Draco, mais aucune de ces étreintes n'avait signifié jusqu'alors « j'ai peur mais j'accepte quand même de te faire entrer dans ma vie. » Or, tout ce que voulait Harry, c'était avoir une place auprès de Draco et essayer de le rendre le plus heureux possible.

Il sentait le souffle brûlant de Draco contre sa peau, le satin de ses lèvres contre les siennes, et il recula un peu pour ne pas céder à la passion qui consumait son corps tendrement pressé contre celui du blond. Il ne voulait pas transformer cet instant fragile en simple manifestation de son envie de faire l'amour avec Draco ; il ne voulait pas non plus l'effrayer en laissant son cœur cogner aussi fort contre le sien. Il mordilla doucement la lèvre inférieure de Draco tout en empoignant une mèche de cheveux. Il tira sans forcer, juste pour lui faire relever la tête et ainsi, offrir son cou à la bouche de Harry. Il goûta avec délectation la peau qui avait gardé les agréables effluves de vétiver provenant du gel douche que Draco lui avait emprunté une heure plus tôt. Harry aimait la manière dont la peau de Draco restituait cette odeur, très différemment de celle de Harry.

Avec une passion difficilement contenue, Harry traça une ligne de baisers, du lobe de l'oreille à la naissance de la gorge de Draco dont la respiration se faisait tremblante. Le Survivant se rendit alors compte que l'héritier des Malfoy essayait de claquer des dents le plus discrètement possible. Harry recula à contrecoeur, puis il chassa gentiment une mèche de cheveux qui retombait devant les yeux de son compagnon. Il lut l'incompréhension dans son regard.

« Draco, dit-il la voix rendue rauque par l'émotion. Tu es trempé, tu vas prendre froid. »

Il prit la main du blond qui le suivit dans le salon sans mot dire. Harry le conduisit devant la cheminée qu'il alluma sans attendre, puis il déboutonna lentement la chemise de Draco. Le vêtement tomba bientôt sur le sol, aux pieds de Draco qui fit un mince sourire à Harry, un sourire qui signifiait « parce que c'est en me déshabillant que tu comptes me réchauffer ? »

Harry embrassa tendrement ses lèvres avant de s'écarter un peu, juste assez pour ôter son propre pull ; non pas parce qu'il pensait que Draco allait être impressionné par son torse musclé, mais simplement parce qu'il savait que Draco, malgré son comportement peu farouche, était maladivement pudique et qu'il ne supporterait pas d'être le seul à moitié nu. Il prit ensuite sa main et il l'attira à nouveau contre lui, réchauffant son corps froid contre le sien alors que ses lèvres cherchaient celles du blond. Il ferma les yeux et, tout en appréciant pleinement ce baiser brûlant, il parvint à se concentrer suffisamment pour allier magie sans baguette et magie sans parler. Il sentit alors Draco sourire contre sa bouche, et il sourit en retour.

« Ton flux magique n'est pas très discret, j'ai eu l'impression de me faire rouler dessus par un camion, lança Draco en se retournant pour voir ce que Harry venait de faire.

- Il faut dire que j'étais à peine concentré, » plaida Harry en se passant une main dans les cheveux sans savoir que ce geste anodin plaisait beaucoup à Draco.

Ce dernier esquissa un rictus amusé en observant attentivement le canapé où attendaient les couvertures que Harry avait faites venir de la chambre. Il avait aussi fait apparaître une multitude de coussins et du chocolat chaud.

« Alors ce n'était pas une tentative un brin lourde pour faire l'amour, constata Draco en montrant les tasses fumantes d'un mouvement du menton.

- Si, bien sûr, plaisanta Harry en haussant les épaules. D'abord on boit et après on baise. C'est la règle des deux « B » : boire et baiser. D'habitude je fais ça avec un bon verre de gin, mais je n'ai trouvé que du chocolat dans mon stock magique.

- Si tu veux me mettre dans ton lit, il va falloir surveiller ton vocabulaire, Potter, » prévint Draco avec humour en suivant Harry sur le canapé.

L'Auror passa une couverture autour des épaules de Draco, puis il s'entoura aussi d'un épais tissu polaire avant de s'asseoir contre le dossier. Il tira Draco par la main et ce dernier atterrit de côté, sur les genoux de son compagnon. Avec un sourire amusé, Harry embrassa son cou et il écarta les jambes de manière à ce que Draco soit assis entre elles. Il prit ensuite les tasses et il en donna une à Draco qui but une gorgée de chocolat, reconnaissant car le récipient réchauffait aussi ses mains gelées. Il tourna la tête vers Harry et il éclata de rire en manquant de s'étouffer au passage.

« Quoi donc ? Demanda Harry, vexé.

- Si tu te voyais, on dirait que tu es en train de calculer combien il y a de calories dans ma tasse et combien tu vas devoir m'en faire boire pour que je retrouve mon poids de départ.

- Je ne pensais pas à ça, mentit Harry, honteux, en enfouissant son visage dans le cou de Draco.

- Avoue, Potter.

- Oui, bon…J'ai peut être pensé, une demi seconde, que ce ne serait pas mal si tu buvais deux ou trois chaudrons de chocolat, » admit Harry en posant les tasses sur la table basse et en serrant Draco contre lui, jusqu'à ce que le blond pose sa tête sur son épaule. Harry ôta ses lunettes et ils restèrent ainsi quelques minutes, silencieux, appréciant simplement la chaleur et la douceur de leur étreinte.

Harry avait du mal à réaliser que c'était bien Draco Malfoy qui se tenait contre lui. C'était pourtant son souffle qu'il sentait dans son cou et c'étaient ses mains qui entouraient ses épaules. Pendant un instant, il lui sembla que le blond allait s'endormir. Il caressa alors sa joue d'un geste tendre et il fut agréablement surpris de constater qu'il était bien réveillé et que sa bouche frôlait sensuellement sa main, du bout des doigts jusqu'au poignet. Harry poussa un soupir de bien être et il se pencha pour embrasser langoureusement les lèvres entrouvertes de Draco. Immédiatement, Draco fit entrer sa langue dans la bouche de Harry et il donna à leur baiser une teinte plus passionnée. Harry s'abandonna totalement dans cette nouvelle étreinte, laissant Draco en dicter les règles. Ses lèvres accentuèrent leur pression contre celles de Harry tandis que sa langue jouait si subtilement que l'Auror en avait le vertige.

Enhardi par l'excitation de Harry qu'il sentait contre son flanc, Draco lui fit face en se hissant sur les genoux. Il plaça ensuite ses mollets de part et d'autre des cuisses écartées de Harry et il les resserra afin de pouvoir s'asseoir sur les genoux du brun.

Leurs deux torses se frôlèrent un peu, mais Draco prit soin de ne pas les coller l'un à l'autre. Sa bouche descendit tracer un chemin enflammé le long de la jugulaire de son compagnon qui ne pu qu'apprécier le frisson qui courrait de sa nuque à ses reins. Deux mains fraîches se posèrent sur sa taille et voyagèrent jusqu'à ses épaules dans un effleurement des plus doux alors qu'une langue soyeuse redessinait le lobe de son oreille. La couverture glissa le long des bras de Draco qui ne chercha même pas à la retenir. Harry serra la taille de Draco entre ses mains brûlantes et ce dernier se rapprocha de lui. Il embrassa à nouveau les lèvres de Harry qui ne pu s'empêcher de gémir dans la bouche du blond. Lorsqu'il sentit le sourire de Draco contre sa peau, il comprit alors qu'il n'avait à aucun moment été question de passion. Chaque geste de Draco était précis, tout était question de contrôle pour lui. Il avait cherché à rendre Harry fou de désir et il y était parvenu. Mission accomplie.

Sans agressivité, Harry le repoussa et il plongea son regard vert troublé dans l'immensité océane des prunelles de Draco.

« Je voudrais que nous prenions notre temps, » répondit Harry à la question muette du blond.

Draco l'observa longuement avant de tourner la tête pour regarder la pluie en soupirant.

« Ne me dis pas que tu n'as pas envie de moi, Potter. C'est flagrant. Quant à prendre notre temps, je te rappelle que nous avons déjà couché ensemble, au cas où tu l'aurais oublié.

- Ce n'est pas le romantisme qui t'étouffe. Je ne vais pas te mentir, j'ai envie de toi, rétorqua Harry en passant ses bras autour de la taille de Draco afin de le serrer contre lui. Et je n'ai pas oublié la nuit que nous avons partagée. Comment le pourrai-je ? Mais ce que je veux vraiment, Draco, c'est toi et pas ce que tu peux m'offrir sexuellement. Je veux que tu éprouves du désir pour moi, pas que tu répondes à mon désir. Tu comprends ? »

Une incompréhension totale se lisait dans le regard gris de Draco, mais il hocha quand même la tête en reportant son attention sur la fenêtre. Un long silence s'installa, brisé uniquement par le crépitement des bûches dans la cheminée.

« Pourquoi ? » Demanda soudain Harry sans lâcher Draco.

Le jeune homme tourna lentement la tête vers lui et il le fixa intensément, le visage froid, les yeux animés d'un millier de questions.

« Peux tu préciser le sens de cette interrogation ? Questionna Draco en retour.

- Pourquoi cette envie inattendue de devenir monogame ? Hier encore, tu disais à Tevin que tu étais comme Luke et que les hommes comme vous ne faisaient que prendre sans jamais donner. Tu disais que vous ne changeriez jamais, et tu as refusé plusieurs fois ma proposition d'être avec moi, seulement avec moi. Qu'est ce qui t'a fait changer d'avis ? »

Draco soupira en se concentrant à nouveau sur la fenêtre.

« Je ne sais pas.

- Et moi je crois que tu sais exactement ce qui s'est passé, » murmura Harry en prenant son menton entre ses doigts pour l'attirer vers lui et déposer un léger baiser sur ses lèvres. « Explique moi, Draco.

- Je…Je me suis rendu compte en parlant de Luke que je n'avais pas plus de respect pour lui que je n'en avais pour moi-même, déclara Draco en évitant le regard de Harry. Je ne veux pas être comme lui…Je ne peux pas continuer à fermer les yeux et à me persuader que je ne fais rien de mal, que ce n'est pas de ma faute si les hommes que je choisis tombent amoureux de moi et finissent par souffrir. La vérité, c'est que je fais tout pour qu'ils m'aiment. Je ne veux pas être comme Luke, aveugle et bête. Ce soir, je suis fatigué de courir. »

Il contempla la pluie, perdu dans ses pensées, et Harry se demanda s'il devait l'interrompre ou non. Au bout de quelques minutes, il décida de briser le silence.

« Tu n'es pas comme Luke. Toi tu agis de la sorte parce que tu veux te protéger. Lui, c'est juste parce qu'il est égoïste et con. Tu m'as pourtant dit que tu ne changerais jamais d'avis et que tu ne voulais pas être avec moi. Alors pourquoi moi maintenant ?

- Et pourquoi pas toi ? Demanda Draco en retour avec un petit sourire en coin.

- Je suis sérieux ! Je ne veux pas être un parmi tant d'autres, celui que tu as choisi parce que tu n'avais pas mieux sous la main.

- Si c'est une déclaration d'amour enflammée que tu cherches, tu es mal tombé avec moi, Potter, tonna Draco en tentant de se relever alors que Harry le retenait contre lui.

- Ce n'est pas ce que je cherche, et tu le sais ! Je veux juste que tu me dises pourquoi soudain, je suis celui avec lequel tu veux tester la monogamie.

- Tout simplement parce que tout à l'heure, j'étais chez Olivier et que, quand il s'est jeté sur moi, j'ai paniqué.

- Par Merlin ! S'écria Harry en tenant le visage de Draco entre ses mains pour y chercher d'éventuelles traces d'agression. Je vais le tuer ! Qu'est ce qu'il t'as fait ?

- Rien du tout. Je sais qu'il est parfois nerveux, voire trop exalté, mais il est incapable de faire du mal à qui que ce soit gratuitement. Ce qui m'a fait paniquer, c'était de me voir contre lui et de comprendre que ce serait tout ce à quoi j'aurais droit si je continuais comme ça. Je ne veux pas être ce crétin qui met tout le monde sur les nerfs avec son comportement…heu…

- Merdique ? Hasarda Harry avec un petit sourire.

- Vocabulaire, Potter ! Mais c'est tout de même gentil de m'avoir aidé à trouver le mot juste. Alors voilà, quand je suis parti de chez Olivier, j'ai laissé…heu…mon instinct me guider et je me suis retrouvé devant ta porte.

- Alors c'est un pur hasard si tu es ici ?

- Non. Je ne sais pas pourquoi ; pas vraiment. Tout ce que je sais, c'est que je ne me sens pas à ma place dans les bras d'Olivier. Toi, tu es franc avec moi, et tu m'accordes assez d'importance pour avoir cherché à me connaître entièrement, même si tu as, pour cela, employé le moyen le plus minable et le plus impardonnable qui soit.

- Le cahier bleu, lança Harry en baissant la tête. Si tu savais comme je m'en veux. »

Draco prit son visage en coupe et il le leva vers lui.

« Je sais, Harry, » murmura-t-il contre les lèvres du Survivant avant de l'embrasser à nouveau.

Harry se laissa entraîner dans ce baiser vertigineux alors qu'une de ses mains se perdait dans la douce chevelure blonde et que de son autre main, il caressait le dos nu de Draco. Si les doigts du médicomage ne parvenaient pas à se réchauffer, tout le reste de son corps était brûlant et sa chaleur se diffusait en Harry, l'enivrant encore un peu plus. Il était conscient que Draco dirigeait leur étreinte, mais il ne se formalisait pas. Il savait qu'ils n'iraient pas plus loin ce soir, et que Draco semblait n'avoir aucun problème avec cela, alors il se sentait plus détendu, appréciant les efforts fournis par le blond afin de lui faire tourner la tête.

Il était attentif à chaque soupir de Harry, à chaque frisson, à chaque accélération de sa respiration, à chaque pression de ses doigts dans ses cheveux et sur son dos. Selon les réactions de son partenaire, Draco donnait un autre rythme, plus de douceur ou, au contraire, plus de force au baiser et cela fonctionnait à la perfection sur Harry. Il le conduisait aux portes du désir, sans jamais le laisser entrer, en mêlant sensualité et pudeur, douceur et fermeté.

Harry se doutait qu'il était plutôt doué pour embrasser. Il avait souvent pu obtenir ce qu'il voulait de Ginny en l'embrassant, et jamais il n'avait lui-même été dans la position où un simple baiser aurait pu lui faire faire n'importe quoi. C'était chose faite à présent, et il était reconnaissant à Draco de ne pas en profiter. Il soupira contre la peau de Draco et il le serra un peu plus fort contre lui en essayant d'ignorer l'angoisse qui montait en lui. Il se sentait à sa place dans les bras du médicomage. Pendant toutes ces années, il avait rêvé de ce moment, et aujourd'hui, alors que Draco lui apportait ce qu'il voulait sur un plateau, le doute s'emparait de lui.

Et si Draco le faisait souffrir au-delà des limites tolérables pour Harry ? Et si Draco n'était venu chez lui que sur un coup de tête plutôt que sur un coup de cœur ?

Avec douceur, il repoussa le blond et il scruta longuement son visage.

« Que se passe-t-il ? » Demanda Draco en se dégageant de l'étreinte du brun afin de s'asseoir sur la table basse. Il prit la tasse de chocolat de Harry et, à l'aide d'une incantation, il le réchauffa. Il tendit ensuite la tasse à l'Auror qui la prit en souriant avec gratitude, puis il réchauffa son propre chocolat.

Harry observa Draco alors qu'il buvait avec élégance et il comprit pourquoi les amants du blond avaient tant de mal à ne pas s'attacher à lui. Il avait cette faculté, cette facilité à donner l'impression que vous partagiez avec lui une intimité qu'il n'avait avec personne d'autre. Ce simple geste de tendre la boisson à Harry, de s'asseoir face à lui et de l'écouter attentivement…Tout cela était déstabilisant car cela n'avait rien à voir avec le discours préemballé que Draco servait à tout le monde : « pas d'attaches, on joue selon mes règles. » Il n'était pas censé être prévenant, et encore moins partager une douce complicité avec ses amants. Il était pourtant comme ça : dès qu'il vous embrassait, il agissait comme si vous étiez la personne la plus importante du monde. Harry avait déjà ressenti cela le matin qui avait suivi leur nuit torride. Draco avait été si proche de lui que ça lui avait donné l'illusion que tout était possible entre eux. Et Draco était ainsi avec tous ses amants. Pas étonnant qu'ils aient tous voulu garder cette intimité pour eux et qu'ils aient eu du mal à jouer selon les règles de Draco. Harry avait beau être d'accord avec Hermione et son laïus sur la violence conjugale, il ne pouvait que comprendre la déception d'Olivier et sa réaction lorsqu'il avait surpris Draco dans la cuisine avec cet inconnu.

« Mille Gallions pour tes pensées, lança Draco d'une voix douce et grave en posant sa tasse sur la table, donnant soudain à Harry l'image du parfait médicomage face à un enfant un peu borné.

- Je ne veux pas souffrir, Draco, répondit alors abruptement Harry.

- Personne ne veut souffrir, à moins d'être complètement masochiste. Sois plus précis.

- Je ne veux pas que tu me piétines. Si jamais tu veux coucher ou simplement sortir avec quelqu'un, il faut que tu me le dises avant. Préviens moi et laisse moi le choix de partir avant que tu n'ailles voir ailleurs, parce que je ne veux pas être trompé.

- C'est dommage que Ginny ne t'ait pas sorti cette petite tirade aussi lorsque vous vous êtes mis ensemble, ça lui aurait évité de mauvaises surprises, » rétorqua sèchement Draco en toisant Harry avec mépris. Il se leva et chercha sa chemise du regard. Il se pencha pour la ramasser mais Harry fut plus rapide. Il la cacha dans son dos d'une main alors que son autre main serrait le poignet de Draco.

« Tu peux m'expliquer ce qui t'arrive là ? Interrogea Harry qui commençait à perdre patience.

- Si tu crois que c'est en cachant ma chemise que tu vas m'empêcher de partir, tu hallucines ! »

Draco se dégagea de l'emprise de Harry et il se précipita vers la porte d'entrée. Il sortit sous la pluie, torse nu, ignorant le regard stupéfait de « la vieille Moron », la voisine de Harry qui transplanait des ses courses hebdomadaires à cet instant même.

« Ce mec est dingue, » marmonna Harry en le suivant.

Il rattrapa Draco par le bras et il le força à se retourner, conscient d'être fixé par Mme Moron qui devait certainement se dire que son héros national de voisin avait certainement perdu la raison à courir à moitié nu derrière l'autre héros national pas plus habillé.

« Draco, s'écria-t-il en le tirant vers la maison. Tu vas m'expliquer ce que ça signifie ? C'est toi qui lances les coups bas en me parlant de Ginny et c'est toi qui t'énerves ! On nage en plein délire là !

- Nage dans ce que tu veux, et laisse moi tranquille !

- Mais putain, tu vas me dire ce qui t'arrive, bordel !

- Je ne m'appelle ni Putain, ni Bordel ! Cria Draco en se débattant. Et pour ta gouverne, quand je dis que je n'ai pas envie d'aller voir ailleurs, je ne mens pas ! Je n'ai jamais pris personne en traître alors garde tes doléances pour ceux que ça intéresse et arrête de me traiter comme une vulgaire p…Fille de joie ! »

C'en était trop. Le fait que tous deux, soient à moitié nus, Harry en pantoufles, sous la pluie, sous les yeux ébahis de la voisine qui jusqu'à présent, prenait le Survivant pour un hétérosexuel confirmé ; le fait que Draco ait failli dire un gros mot sous le coup de la colère…Tout cela était presque comique et Harry ne pu s'empêcher de rire. Cela eut pour effet de calmer immédiatement Draco qui se contenta de croiser les bras en toisant furieusement Harry.

« On peut savoir ce qu'il y a de drôle ? Demanda-t-il d'une voix étonnamment calme…Trop calme.

- Rien n'est drôle Draco, répondit Harry en prenant ses mains pour en embrasser les paumes. Je n'ai à aucun moment sous entendu que tu étais une pute. Pour moi, tu es presque un ange et les anges n'ont rien de vulgaires filles de joie comme tu le dis.

- Vous allez me lâcher tous, avec vos histoires d'anges ! Les anges ne se font pas faire des gâteries dans les cuisines de leurs meilleurs amis, Harry.

- Tu marques un point. Rentre avec moi, Draco, et je te montrerai que je ne te vois pas comme quelqu'un prêt à planter des couteaux dans le dos des gens. Je voulais juste que tu comprennes que moi aussi, j'ai peur de ce qu'il peut arriver entre nous.

- La peur n'évite pas le danger d'après ce qu'on dit. Reste à savoir si tu es prêt à prendre des risques. »

Harry plongea son regard vert lumineux dans les prunelles grises orageuses de Draco. Il prit son visage entre ses mains, puis il embrassa tendrement son front, ses paupières, ses joues et enfin, ses lèvres.

« Plus que jamais, » dit-il enfin en prenant Draco par la main pour le faire entrer dans la maison.

Il le conduisit devant la cheminée mais, au lieu de s'asseoir, il entoura ses épaules et celles de Draco d'une couverture.

« Excuse moi de t'avoir servi ce discours idiot sur ce que j'attendais de toi, » murmura Harry en serrant Draco étroitement contre lui pendant quelques secondes avant de relâcher un peu son étreinte en soupirant.

- Je comprends que tu l'aies fait, j'ai peut être réagi un peu trop…Non, j'ai bien réagi. »

Harry pouffa de rire devant la mauvaise foi évidente de Draco. Lentement, il posa sa tête sur l'épaule de son partenaire et il se mit à tourner, son corps ondulant langoureusement contre celui de Draco.

« Je veux bien danser, susurra Draco contre la joue de Harry, mais il n'y a pas de musique. »

Harry expira bruyamment, désespéré par le manque d'imagination de Draco, puis, sans prononcer la moindre formule, il agita la main. Aussitôt, un cd vint se placer dans la platine et les premières notes de One de U2 résonnèrent dans la pièce. Ils dansèrent en silence, tendrement enlacés, conscients de la dangereuse proximité de leurs corps.

« Tu ne trouves pas cela étrange ? Demanda soudain Draco alors que la chanson passait pour la troisième fois.

- Quoi donc ? Interrogea Harry en retour alors que ses lèvres frôlaient le cou de Draco.

- Le contact avec un autre homme…Je veux dire, tu as été avec des femmes jusqu'à présent. Tu ne trouves pas cela étrange de toucher un autre homme ?

- Tu as de très curieuses questions, constata Harry en souriant. Comme tu l'as dit de manière si poétique tout à l'heure, nous avons déjà couché ensemble, alors je sais ce que ça fait de toucher un autre homme. Pourquoi me demande-tu cela ?

- Ne ris pas, d'accord ? (Harry hocha la tête.) Lorsque j'ai compris que j'étais homosexuel et que je suis sorti avec un homme, je n'arrêtais pas de me dire « bon sang Draco, tu es en train d'embrasser un autre mec, de toucher un autre mec. » Même la première fois que j'ai fait l'amour, j'avais cela en tête, cette idée que j'étais en train d'entrer dans le corps d'un autre homme. Toi, tu ne penses pas à cela ?

- Non, » répondit Harry en serrant les dents. Il ne pouvait pas ignorer que Draco était en train de parler de Karim, de sa première expérience homosexuelle avec l'angélique, le merveilleux, le si parfait Karim. Il se força cependant à rester calme, à ne rien reprocher à Draco, même si les images qu'il avait en tête, représentant Draco et Karim enlacés dans un grand lit, lui donnaient envie de hurler. « Tu sais, j'ai su assez tôt que j'étais attiré par les hommes…Par un homme surtout. J'ai mis énormément de temps à l'accepter, mais cela est à présent complètement naturel pour moi. La vérité, c'est que la première fois que j'ai fait l'amour avec une femme, ça m'a semblé totalement irréel, comme toi avec Karim. Car nous parlons bien du formidable petit Karim, n'est ce pas ? »

Ça avait été plus fort que lui, il avait fallu qu'il en dise trop ! Draco s'arrêta net, recula un peu, puis il fit un sourire radieux.

« Il faut le dire vite et sans respirer. Karim est loin d'être parfait. Déjà, il cuisine aussi bien qu'un Cracmol lance des sortilèges…C'est pour dire. Il a failli me tuer avec son omelette au piment rouge.

- Tu l'aimes toujours ? Interrogea soudain Harry.

- Il me semble que tu m'as déjà posé la question…Ou alors tu as dû la penser si fort que je l'ai entendue. Si j'étais amoureux de Karim, je serais avec lui depuis longtemps, Harry. J'avoue avoir du mal à comprendre la fixation que tu fais sur lui. Si j'étais toi, je m'inquièterais à cause de Charlie, car c'est vers lui que je suis toujours revenu.

- Oh merde, je l'avais oublié lui !

- Tu as surtout oublié de surveiller ton vocabulaire, Potter. »

Il fit un sourire doux, presque indulgent, et Harry sentit son cœur s'arrêter, ses craintes s'envoler. Après tout, sa jalousie mal placée risquait de faire fuir Draco, et il n'avait pas pour habitude de se montrer jaloux de toutes façons. Au lieu de craindre une hypothétique catastrophe, il devait se concentrer sur le présent, sur le réel, et sur l'homme qu'il tenait dans ses bras sans oser le serrer trop fort de peur de lui faire mal. Les choses étaient assez difficiles, avec le procès à venir, pour que Harry se focalise sur des pensées stériles. Il préféra embrasser passionnément Draco qui lui rendit son baiser avec la même fougue…Jusqu'à ce que l'estomac de Harry se mette à crier famine. Le Survivant rougit de manière significative, provocant ainsi l'hilarité de son compagnon.

« Désolé, s'excusa Harry en souriant avant de jeter la couverture sur le canapé, la journée est passée si vite que je n'ai pas eu le temps de manger…Si tu t'installais tranquillement ici pendant que je nous prépare un dîner digne des plus grands chefs ?

- Que comptes tu faire ? Interrogea Draco.

- Décongeler une pizza !

- C'est une blague, Potter ? Demanda Draco en suivant Harry dans la cuisine. C'est l'idée que tu te fais d'une soirée romantique ? Je n'aurais pas cru que tu soies mauvais au point de ne pas savoir faire cuire un oeuf. »

Harry lui lança un regard noir avant de le laisser entrer dans la grande cuisine équipée que Ginny avait choisie. Il ne pu cependant pas retenir un sourire éclatant lorsque Draco lui montra la table en haussant un sourcil.

« Je t'en prie, » acquiesça Harry en l'invitant à s'y asseoir d'un geste de la main. Il se surprit à rêver d'une relation dans laquelle il aurait le plaisir de voir Draco assis sur cette même table tous les matins…Et tous les soirs aussi.

Il secoua la tête pour chasser cette idée de son esprit tout en s'intimant l'ordre de ne pas trop attendre de Draco. Il sentait l'appréhension monter en lui. Il voulait essayer de faire manger Draco avant de lui annoncer la nouvelle du procès qui allait sûrement lui couper l'appétit pendant plusieurs jours.

« Et pour ton information, Malfoy, je cuisine très bien, précisa Harry en lui volant un baiser au passage. Je suis aux fourneaux depuis que j'ai l'âge de tenir debout, mais je déteste ça.

- Que veux tu dire ?

- Tu te souviens lorsque nous étions en fin de sixième année et que nous avons discuté un peu au bord du lac ? »

Draco sembla chercher cet instant dans sa mémoire et, au bout de quelques secondes, il hocha lentement la tête.

« Tu avais l'air écoeuré de rentrer chez tes Moldus et je t'ai demandé pourquoi. Tu m'as alors brièvement raconté qu'ils étaient ignobles, qu'ils n'avaient jamais voulu de toi dans leur maison et que leur fils aimait particulièrement s'en prendre à toi.

- Tu as bonne mémoire. Pour eux, j'étais une sorte de monstre tout juste bon à leur servir d'elfe de maison. Je faisais le ménage, la lessive, les devoirs de mon cousin, la cuisine et je pouvais à peine goûter aux plats que je préparais. Il paraît qu'ils étaient délicieux pourtant, ironisa Harry en fouillant dans les placards pour éviter de regarder Draco.

- C'est donc pour ça que tu détestes cuisiner, et que tu étais aussi maigre à l'école, » constata Draco en saisissant doucement le poignet de Harry pour le tirer vers lui. L'ancien Gryffondor se positionna entre les jambes de Draco et il déposa un furtif baiser sur ses lèvres avant de l'observer intensément. Il soupira et il prit la parole lorsqu'il s'aperçut que son regard insistant gênait Draco.

« C'est en effet pour ça que j'avais l'air d'un avorton à l'époque, répondit enfin Harry en s'autorisant un triste sourire. Et c'est pour ça que j'ai tant de mal à te voir dans un tel état de dénutrition. Je connais la sensation qu'on éprouve lorsqu'on a faim et je n'arrive pas à intégrer le fait que tu puisses aimer cette sensation. Elle est tellement douloureuse, tellement omniprésente. Je sais que c'est important pour toi ; que ton retour à Londres a rouvert des plaies qui n'étaient pas refermées et que tu as besoin de contrôler ton corps parce que tu as l'impression que tout le reste t'échappe. Je peux comprendre ce besoin, je t'assure, mais comment peux tu tolérer une telle souffrance ? »

Dès que Harry avait commencé à parler de lui, Draco l'avait lâché et il avait fait mine de se concentrer sur la pluie qui battait toujours contre la fenêtre. Mais Harry savait qu'il était attentif ; ses deux mains agrippant les bords de la table jusqu'à rendre blanches les jointures de ses doigts en étaient les preuves flagrantes. Lentement, il tourna la tête et ses troublants orbes gris rencontrèrent les prunelles vertes de Harry.

« Etrange comme tu ramènes tout à moi pour ne pas trop te dévoiler, lança-t-il d'une voix blanche. Toujours est-il que non, Harry, je n'aime pas la sensation de faim. Ce que j'aime, c'est la sensation d'être en vie et de ne plus rien ressentir d'autre que ces crampes d'estomac. C'est…Reposant. Je n'attends pas que tu comprennes cela mais je te demande de l'accepter.

- Je ne peux pas accepter ça, et tu le sais. S'il te plait, essaye de manger avec moi ce soir.

- D'accord, si tu essayes de cuisiner avec moi. »

Harry lui fit un sourire encourageant avant de tendre une main que Draco attrapa pour descendre de la table. Harry embrassa le bout de son nez avant de le lâcher. Il alluma la radio et tous deux se mirent d'accord pour cuisiner des pavés de cabillaud en papillotes accompagnés de riz sauvage au citron.

« C'est amusant, déclara Harry en voyant Draco préparer la sauce à la moutarde qu'il badigeonnerait ensuite sur le poisson, je n'aurais jamais imaginé que toi, tu saurais…

- Oui, je sais, coupa Draco en ajoutant du citron à sa préparation, je n'ai pas une tête de Grand Chef. Pourtant j'aime beaucoup cuisiner pour les autres, et je suis assez doué.

- Je vois ça, » plaisanta Harry en se postant derrière lui pour entourer sa taille d'un bras et son cou de l'autre, sans trop serrer de peur de lui faire mal.

Draco éclata de rire et il lâcha son citron pour prendre les mains de Harry alors que ce dernier enfouissait son visage dans les cheveux blonds afin d'en humer l'odeur. Il embrassa ensuite sa nuque et Draco baissa la tête pour mieux s'offrir aux baisers de Harry.

« J'adore cuisiner de cette manière…Exquise, » souffla Harry contre la peau de Draco.

Enfin il sentait que son rapport avec Draco prenait une autre dimension, une dimension plus élevée. Tous deux étaient torse nu et il sentait le dos brûlant de Draco contre son ventre, leurs corps pressés l'un contre l'autre, mais il ne désirait pas faire l'amour. Enfin son corps avait cessé de réagir à la moindre stimulation visuelle ou tactile en présence de Draco. Enfin son corps appréciait le contact sans lui faire ressentir la frustration de l'abstinence. Enfin il pouvait tenir Draco contre lui sans avoir l'impression de l'agresser avec ses érections incontrôlables…C'était comme si le Harry adolescent, amoureux transi, avait finalement accepté de s'effacer au profit du Harry adulte et plus mesuré qu'il était devenu depuis quelques années.

Il mordilla tendrement l'épaule de Draco avant de le lâcher. Ce dernier lui fit un sourire radieux avant de se remettre à cuisiner. Tout semblait facile avec lui, et Harry prenait même du plaisir à couper des carottes en fines lamelles, ce qui, normalement, l'énervait considérablement. A cet instant, avec la vision de Draco concentré sur le citron qu'il ajoutait à sa sauce, les Dursley semblaient très loin, incapables d'atteindre Harry et d'influencer sa vie d'adulte. Ils s'attelèrent à la préparation du repas sans plus rien dire, chacun à sa tâche, écoutant distraitement la radio qui leur renvoyait des musiques qu'ils n'aimaient pas particulièrement. Jamais Harry ne s'était senti aussi bien.

Alors que Draco venait de mettre les papillotes de cabillaud au four, les premières notes d'une chanson connue résonnèrent et il se figea. Il ferma les yeux et remua la tête au son de la musique. Harry le regarda comme s'il était devenu fou. Draco ouvrit les yeux et il éclata de rire, un rire particulièrement agréable.

« J'adore cette chanson de Barry White, expliqua-t-il alors. Je crois que nous avons tous emballé comme des malades sur cet air. »

Harry secoua la tête et Draco saisit une cuillère en bois. Comme s'il s'agissait d'un micro, il fredonna « My darling I can't get enough of your love babe » alors que son corps bougeait à la perfection. Il dansait bien, et il semblait en être pleinement conscient mais, étrangement, cela n'enlevait rien à son charme aux yeux de Harry qui, d'habitude, était profondément irrité par les gens trop sûrs d'eux. Ce fut à son tour de rire aux éclats alors que Draco massacrait la chanson du regretté Barry White. Il chantait vraiment mal mais Harry adorait cela. En cet instant, plus rien ne comptait que cette musique et leurs deux corps qui remuaient en rythme.

Alors c'était lui, le Draco que Karim et les autres connaissaient ? C'était lui l'ami toujours prêt à faire la fête lorsqu'ils vivaient en Suisse ? Harry était séduit, plus sûr que jamais en ce qui concernait l'attirance qu'il éprouvait pour Draco. Et le blond avait l'air d'être complètement à son aise avec lui, c'était presque encourageant…

Dès que la chanson fut terminée, remplacée par une chanteuse qui hurlait tout ce qu'elle savait dans le poste de radio, les deux hommes s'arrêtèrent de danser. Draco grimaça en marmonnant :

« Je ne peux pas l'encadrer celle là. »

Harry approuva vivement d'un signe de tête alors que Draco s'installait sur la table. Ils attendirent que tout cuise en s'embrassant et en plaisantant ensemble. Harry ne pu s'empêcher de repenser à cette impression de forte intimité qui se dégageait de leur relation…Etait-ce vraiment une illusion ?

Après avoir remis leurs chemises, ils prirent enfin place à table et dès qu'ils commencèrent à manger, Harry dû admettre que Draco était effectivement doué. Lui-même avait parfaitement réussi le riz sauvage au citron. Il n'en était pas peu fier. La conversation était plaisante, les sujets venaient naturellement, sans qu'aucun d'eux n'ait à se forcer pour combler les éventuels silences. Bien entendu, Harry ne fit aucun commentaire sur le fait que Draco avait laissé plus de la moitié de son assiette pleine. Il avait fait l'effort de manger un peu, c'était déjà très satisfaisant, même si la vision de chaque minuscule bouchée qu'il avalait avec peine était un supplice pour Harry.

Ils allèrent ensuite sur le canapé, face au feu, pour manger une glace à la vanille directement dans le pot. Harry n'avait pris qu'une cuillère qu'il portait de temps en temps à la bouche de Draco qui n'avait pas l'air de se formaliser le moins du monde. Au contraire, il donnait l'impression d'apprécier cette façon de faire. Il venait d'arracher la cuillère des mains de Harry pour la lui enfourner dans la bouche lorsque Sirius entra par la cheminée. Tous deux sursautèrent alors que le Ministre de la Magie pestait contre les cheminées allumées.

« Non mais heureusement que j'ai eu chaud aux fesses et que j'ai tout de suite éteint ton feu, Harry, autrement je me serais brûlé les cheveux ! S'écria Sirius en époussetant sa longue robe noire. Tu ne peux pas bloquer l'accès à la cheminée quand tu l'allumes, c'est…Oh…Désolé. »

Il avait enfin vu Draco qui lui adressait un sourire gêné. Le jeune homme se leva lentement, il essuya ses mains sur son pantalon noir puis il renifla, mal à l'aise, cherchant ses mots.

« Je pensais que tu serais seul Harry, sinon tu penses bien que jamais je n'aurais eu le culot de débarquer comme un cheveu sur la soupe, poursuivit Sirius en évitant le regard de Draco.

- Sirius, intervint Draco d'une voix étouffée par l'émotion. Je te présente mes excuses pour tout ce que je t'ai dit samedi soir. Ma conduite a été inqualifiable…

- Elle est tout à fait qualifiable, coupa Sirius en plongeant ses yeux gris foncés dans ceux de Draco. Je la qualifierai d'ignoble. Tu as agi comme un petit con et tu as de la chance que nous t'aimions énormément, sinon tu finirais tout seul.

- Je sais, murmura Draco en baissant la tête.

- Allez viens là petit con, » lança Sirius en tendant les bras.

Draco scruta le visage de Sirius. Il semblait hésiter de peur d'être rejeté. Lorsque Sirius lui fit un petit signe encourageant, il se précipita dans ses bras pour enfouir sa tête dans son cou. Ses mains serraient convulsivement la robe de Sirius et l'Animagus caressa ses cheveux afin de d'apaiser son trop plein de culpabilité. Harry était totalement déconcerté. Jamais il n'avait vu Draco exprimer aussi librement sa peine que contre l'épaule de Sirius. Il devait certainement s'en être rendu compte, car il se dégagea de l'étreinte du Ministre.

« Je te demande pardon, Sirius, reprit Draco en baissant les yeux comme un enfant pris en faute. Je ne pensais pas un mot de ce que je t'ai dit. Tu sais que je te respecte plus que quiconque…

- N'en parlons plus…Et puis, tu n'avais pas complètement tort, c'était juste la manière de le dire qui n'allait pas. Nous devons rester unis et éviter de nous bagarrer pour des broutilles avec tout ce qui se passe. Je suis content que vous ayez pu prendre un peu de vacances avant que certains se déchaînent du fin fond de leur prison.

- Que veux tu dire ? Demanda Draco après avoir vu Harry pâlir et faire « non » de la tête. Qui se déchaîne ?

- Oh non, lança Sirius en se massant les tempes. Tu ne lui as rien dit, Harry ?

- J'allais le faire mais tu es venu précipiter un peu les choses, répondit Harry en se passant une main dans les cheveux. Ne m'en veux pas Draco, je t'assure que je ne cherchais pas à te cacher quoi que ce soit. J'attendais juste le bon moment pour te prévenir. »

Draco laissa son regard errer de Harry à Sirius. Son visage devenait lentement livide, comme s'il avait deviné que quelle que soit la nouvelle, elle était des plus mauvaises pour lui. Ses yeux se fixèrent sur Sirius, et ils ne le quittèrent plus.

« De quoi parle-t-il ?

- Harry, va nous chercher une bouteille de Whisky Pur Feu, ordonna Sirius. Nous allons tous nous asseoir et discuter tranquillement de tout ça. »

Harry apporta la bouteille et il remplit trois verres. Tous les trois prirent place : Harry et Sirius sur le canapé, Draco sur la table basse.

« Je vous écoute, » déclara Draco en buvant une gorgée d'alcool.

Sirius inspira comme s'il allait parler, puis il se ravisa et il se tourna vers Harry pour le laisser faire. Harry lui en fut reconnaissant car, depuis que Sirius était arrivé, Draco s'en remettait complètement à lui, et Harry se sentait de trop. Par son geste, Sirius donnait à Harry une place auprès de Draco. Par son attitude de retrait, Sirius laissait Harry libre d'annoncer la mauvaise nouvelle ou pas. C'était à son filleul de choisir s'il voulait le faire ou non. Harry prit une profonde inspiration, ce qui eut pour effet de faire encore pâlir Draco qui s'accrochait à son verre comme à une bouée.

« Voilà…Je ne connais pas de manière douce pour t'annoncer cela, Draco. Si Crabbe Senior s'est laissé attraper, ce n'était pas pour rien. Il avait un plan en tête.

- Il voulait revoir l'ignoble gros lard qui lui sert de fils, siffla Draco en regardant à nouveau Sirius.

- Oui, mais s'il voulait revoir Vincent, c'était surtout pour te nuire. Il t'en veut à mort d'avoir été celui à cause de qui Vincent a été arrêté…

- Mais bon sang, je n'ai rien fait, susurra Draco d'une voix beaucoup trop éteinte. J'ai juste voulu me faire oublier sans même demander que justice soit faite.

- Je sais, affirma Harry en avançant la main pour caresser la joue de Draco, lequel se dégagea d'un brusque mouvement de tête. Toujours est-il que Crabbe Senior veut te faire payer ta trahison envers les Sang Purs et l'arrestation de son fils. Il s'est donc laissé prendre afin de conseiller Vincent, Gregory et Blaise. Ils…Ils ont demandé la révision de leur procès puisque tu n'est pas mort.

- Oh non, » souffla Draco en secouant lentement la tête.

Il expira en tremblant et une expression de panique passa sur son visage avant qu'il ne se ferme complètement. Son regard devint dur, méprisant, ses traits semblèrent se glacer alors qu'il passait la main dans ses cheveux dans l'intention évidente de les remettre en place, comme si cela était la chose la plus importante au monde. Harry et Sirius étaient conscients qu'il essayait de gagner du temps afin de se donner une contenance, et ils attendirent patiemment qu'il en termine avec son tic capillaire. Il but ensuite son verre de Whisky Pur Feu d'un trait et il se resservit. Sirius et Harry firent comme s'ils n'avaient pas vu ses mains trembler alors que son visage se fermait de plus en plus, jusqu'à ne plus laisser passer aucune émotion.

« Cela signifie qu'un nouveau procès va avoir lieu et que je vais devoir témoigner devant eux ? Demanda Draco en connaissant parfaitement la réponse.

- Exactement, déclara enfin Sirius en massant l'arrête de son nez entre son pouce et son index. Je sais que c'est un de tes pires cauchemars et que tu ne veux pas te retrouver face à tes…

- Non, coupa Draco. C'était prévisible. J'aurais dû prendre en compte cette éventualité avant de revenir à Londres. Je n'ai plus qu'à assumer à présent.

- Si je n'avais pas perdu toute crédibilité aux yeux du Mangemagot, je me serais opposé à ce procès, assura Sirius. Je ne veux pas que tu entres dans l'arène sans être préparé, et je pense que tu bénéficieras de la meilleure défense si tu laisses Remus Lupin s'occuper de cette affaire.

- Ou Sirius, intervint Harry en résistant à son envie d'allumer une cigarette. Je sais que tu as confiance en lui, et il pourra être un soutien non négligeable dans la salle d'audience.

- Je vois que vous avez pensé à tout, mais je choisirai moi-même la personne qui me représentera lors du procès. Sirius, pourquoi as-tu perdu toute crédibilité ? Est-ce à cause de ton rôle dans ma fuite ?

- Disons que le Mangemagot et certains journalistes crient sur tous les toits que je suis le genre de personne qui fait passer l'intérêt de ses amis avant celui du peuple sorcier, répondit Sirius en faisant un rictus méprisant. J'ai reçu énormément de lettres de soutien de la part du public, mais ce n'est pas lui qui choisit qui part et qui reste au Ministère. Je dois faire une conférence de presse demain matin afin d'expliquer ma position dans cette affaire. Un comité disciplinaire se réunira la semaine prochaine afin de déterminer si oui ou non, je suis apte à gouverner le monde magique. Peut être que les membres du Mangemagot liront mes déclarations et qu'ils changeront d'avis. Sinon, qu'ils m'éjectent, c'est le cadet de mes soucis.

- Je ne te crois pas, dit Draco en se levant pour regarder la pluie tomber par la fenêtre. Tu étais tellement fier d'avoir été choisi comme Ministre. Ce poste, Sirius, le monde magique te le dois pour tout ce qu'il t'a pris. Où, et à quelle heure aura lieu la conférence de presse ?

- Dans le grand Hall du Ministère de la Magie à dix heures. Mais ce n'est pas important. Ce qui est primordial, c'est ce procès.

- La machine est lancée, rétorqua Draco, rien ne pourra l'arrêter alors autant se faire une raison. Par contre, ton poste au Ministère de la Magie peut être sauvé. Je ferai cette conférence de presse avec toi et je donnerai mon opinion sur tes actes. Après tout, je suis leur Sauveur, ils m'écouteront…Peut être.

- Tu n'es pas obligé de faire ça, intervint Harry.

- Effectivement, mais je le fais quand même, soupira Draco en collant son front brûlant contre la vitre fraîche. Quand aura lieu le procès ?

- Le Ministre de la Justice, Montell Mc Cormack, présidera à ma place puisqu'il y a conflit d'intérêt, expliqua Sirius. Il m'a dit que les accusés avaient exigé une date avant Noël mais Montell a parlé du mois de février. On ne sait pas vraiment.

- Très bien, soupira Draco. A présent, si vous voulez bien m'excuser, je vais rentrer chez moi. Il est tard et je suis fatigué. »

Sirius se leva à son tour et il se posta face à Draco en mettant ses deux mains sur ses épaules et en le regardant au fond des yeux.

« Tu es sûr que ça va aller ?

- Très bien, oui, répondit Draco sans baisser le regard.

- Si ça ne va pas, passe chez moi. Je ne dormirai pas de toutes façons.

- Merci Sirius, mais ça va aller, je t'assure. »

Le Ministre n'insista pas, connaissant trop bien Draco pour s'y risquer. Il dit au revoir à Harry puis il transplana chez lui, où personne ne l'attendait. Il avait conscience d'avoir été distant, peut être même un peu froid au cours de cette conversation, mais il avait été tellement submergé par l'émotion, par la douleur de savoir Draco dans une telle situation, qu'il n'avait pas pu s'autoriser à se montrer plus chaleureux. Il n'avait jamais su faire, à part en quelques rares occasions, seul à seul avec Draco. Emotionnellement, Sirius était aussi bloqué que Draco, peut être plus. Il avait voulu montrer son soutien à Draco, mais il avait refusé de trop s'attendrir, tout simplement parce que Draco ne l'aurait pas supporté.

Chez Harry, Draco resta un instant interdit, désirant plus que tout partir mais refusant de donner l'impression de fuir. Il ressentait à nouveau cette profonde humiliation, cette honte venimeuse qui s'infiltrait dans chacune de ses veines, contaminant au passage son cœur et son esprit. Il se savait capable de la cacher encore mais il ignorait combien de temps son masque allait tenir avant de s'effondrer lamentablement. Il releva la tête, se tint le plus droit possible et, d'une voix claire et sûre, il remercia Harry pour la soirée qu'il avait passée en sa compagnie. Harry prit alors sa main et il embrassa tendrement l'intérieur de son poignet.

« Reste encore, demanda-t-il.

- Je n'ai pas besoin d'être réconforté Harry. Tu peux me laisser rentrer chez moi, je ne me suiciderai pas ce soir…Pas pour si peu, lança sèchement Draco.

- Je veux juste que nous passions la nuit ensemble, assura Harry en réalisant soudain que ses paroles pouvaient être mal interprétées. Enfin…Ce n'est pas… »

Draco fit un triste sourire et il opina. Il demanda ensuite à prendre une douche et Harry en profita pour sortir fumer une cigarette dans le jardin. Il ne s'était pas aperçu que ses mains tremblaient, et il comprenait pourquoi. Annoncer à Draco qu'il allait devoir vivre un cauchemar éveillé n'avait pas été facile, surtout quand le blond s'était totalement fermé. Il avait contenu la moindre de ses émotions, obligeant ainsi Harry et Sirius à faire de même avec les leurs. A présent, ces émotions cherchaient à ressortir et Harry ne pouvait que trembler et fumer pour les exprimer. Il soupira.

Il avait froid, et le préau sous lequel il s'abritait laissait passer la pluie. Il alluma quand même une seconde cigarette, pour compenser toutes celle qu'il n'avait pas pu avoir au cours de la soirée, même s'il l'avait grandement voulu. Il rentra enfin pour trouver Draco dans la salle de bains, le corps encore mouillé, une serviette blanche ceinturant sa taille. Il se tenait debout, tête baissée devant la glace qu'il ne voulait surtout pas regarder. Il avait pris appui sur l'évier avec ses deux mains, en serrant si fort que les jointures de ses doigts étaient blanches, et ses bras tendus faisaint ressortir d'une manière inquiétante ses omoplates.

« Ça ne s'arrêtera jamais, murmurait-il d'une voix basse et enrouée. Jamais… »

Harry frappa doucement à la porte pour signaler sa présence. Draco ne bougea pas et le Survivant sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine face à l'épuisement moral qu'il constatait chez Draco. Il s'approcha et il entoura sa taille de ses deux bras, sans serrer, avant d'enfouir son visage dans les cheveux blonds.

« Tout sera bientôt fini, promit-il en embrassant la nuque de Draco. Bientôt, Crabbe et ses copains entendront la confirmation du premier jugement et ils n'auront plus aucun recours pour te nuire. Ils ne pourront plus te harceler.

- Oui, mais à quel prix ? » Lança Draco en soupirant. Il se dégagea de l'étreinte de Harry et il caressa sa joue du bout des doigts, distraitement, en plongeant son regard flou dans celui, bien présent, de Harry. « Tu es gentil, Harry, mais je n'ai pas besoin que tu me remontes le moral à grand renfort de promesses que toi et moi, savons vaines. Je vais boire un verre pendant que tu prends ta douche…Tu empestes la cigarette.

- Alors je vais effacer mes odeurs de clopes pour mieux être indisposé par tes relents d'alcool ? » Demanda Harry en sachant pertinemment que s'il voulait garder Draco, il se devait d'être franc.

Draco marqua un temps de pause, clairement surpris par la réplique de Harry, puis il pouffa de rire en sortant de la salle de bains. Il ne prit pas la direction du salon. Au lieu d'aller boire les verres de Whisky Pur Feu auxquels il aspirait, il se dirigea dans la chambre de Harry où il passa son boxer avant de se coucher dans le lit du brun. Les draps sentaient l'orange, c'était très agréable, presque relaxant. Il ferma les yeux et il tenta de ne surtout pas penser à ce procès, à cette humiliation de devoir raconter en détail ce qui lui était arrivé, devant tout le monde, sous les regards perfides de Crabbe, Goyle et Zabini.

Draco laissa s'échapper de ses lèvres une respiration lente et tremblante. Se retrouver face à ceux qu'il avait considéré comme des amis loyaux…Raconter à des inconnus comment ses propres amis l'avaient torturé…Il ne s'en sentait pas capable. Surtout pas devant Blaise, en qui il avait autrefois une confiance aveugle. Le fait de l'avoir revu à St Mungo la semaine précédente l'avait déjà passablement ébranlé et il ne s'imaginait pas face à lui…Lui encore plus que Crabbe et Goyle. Draco avait vu ces deux derniers comme ses sbires, et c'était pour cela qu'il les avait qualifié d'amis. A l'époque, tous ceux qui lui mangeaient dans la main et flattaient son ego étaient ses amis. Seul Blaise était différent ; lui seul avait eu une vraie place de choix dans l'estime de Draco.

La trahison n'en était que plus insoutenable.

Dans sa tête résonnaient les ignobles « je t'aime » que Blaise n'avait cessé de cracher dans son oreille comme une litanie obscène alors qu'il prenait son corps de force. Draco sentit son cœur s'accélérer au souvenir de la voix de Blaise, à la sensation désagréable de son souffle dans son oreille. Il gratta machinalement son oreille avec le plat de sa main, lentement d'abord, puis frénétiquement. Il avait la nausée. Et un désir pressant d'aller voir Mick pour lui acheter de quoi se déconnecter pendant quelques heures. Dire que la veille, il s'était senti si bien en compagnie d'Ophélia et qu'à présent, il voyait difficilement comment il pouvait être plus mal.

A cause de Crabbe Senior, Draco allait devoir raconter des choses qu'il avait lutté pour oublier. Il les avait enterrées au plus profond de sa mémoire, et il n'avait aucune envie d'aller les rechercher. Il avait besoin d'oublier, de maintenir cette relative insouciance en surface. Lorsque Harry rentra dans la chambre et qu'il s'allongea à côté de lui, Draco ne lui adressa pas un regard. Il sentait déjà la honte le submerger et l'envie de s'isoler se faire plus pressante. Mais connaissant la mule qu'était Potter, il savait qu'il ne l'entendrait pas ainsi. Cela le fit sourire affectueusement.

« Viens ici, déclara Harry en tendant les bras.

- Merci, Potter, mais je n'ai pas besoin d'affection ce soir.

- Mais moi si, alors tais toi et viens contre moi, » Ordonna Harry avec un sourire amusé.

Draco s'exécuta et, dès que les bras de Harry se refermèrent autour de lui, il prit conscience qu'il avait froid et que le brun le réchauffait délicieusement avec son corps.

« Merci, Harry, chuchota Draco contre son torse.

- Je t'en prie, tout le plaisir est pour moi.

- Je pourrais te donner encore plus de plaisir, » remarqua Draco en embrassant sa clavicule.

Il ne savait pas pourquoi il faisait cela. Il se servait toujours du sexe pour tenir les gens distance. Dès qu'il partageait une trop grande intimité ou qu'il commençait à se sentir bien avec quelqu'un, il fallait qu'il fasse entrer l'érotisme dans l'équation afin de concentrer l'attention de son partenaire sur le plaisir et pas sur le reste.

Sa main descendit lentement caresser les cuisses de Harry. Il le vit frissonner mais malgré son envie, Harry prit sa main pour la poser à plat sur son torse.

« Pas ce soir, Draco. Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas que tu répondes à ce qui tu imagines que j'attends de toi. Il faut que tu le veuilles vraiment. »

Draco haussa les épaules. Cela n'avait aucune espèce d'importance pour lui, même s'il acceptait difficilement d'être rejeté.

« Je peux me passer de sexe, tu sais, dit-il en posant sa tête sur le torse de Harry.

- Je n'en doute pas, répondit Harry avec un sourire charmeur. Moi aussi je peux m'en passer. C'est extraordinaire non ? »

Draco pouffa de rire, puis il étouffa un bâillement.

« Qui va tu engager pour te représenter lors du procès ? Demanda soudain Harry.

- J'ai mon idée, mais je dois d'abord lui poser la question.

- Je parie que c'est Hermione. Brillante comme elle est, elle serait parfaite pour cela, même si je pense que Sirius reste le meilleur choix.

- Hermione Jordan, c'est une idée, » affirma Draco en fermant les yeux.

Il n'arrivait pas à s'endormir, malgré la douce caresse de la main de Harry dans ses cheveux et sur son dos.

« Draco, demanda soudain Harry en scrutant la pénombre pour essayer de voir le visage du blond. Tu m'en veux de ne pas t'avoir informé immédiatement de ce procès ?

- Non, le plus tard est le mieux pour moi. Si tu avais pu me conduire devant le Mangemagot le premier jour du procès et m'en informer à ce moment là, j'aurais été comblé, ironisa Draco.

- Je voudrais tellement t'aider, trouver un moyen de te rendre les choses plus faciles. J'y pense tout le temps mais je n'arrive pas à tomber sur la bonne solution, celle qui empêcherait ce procès d'avoir lieu.

- Tu veux vraiment m'aider ? Questionna Draco d'une voix dure. Tu veux empêcher ce procès d'avoir lieu ?

- Oui.

- Alors tue les, Harry. Va les voir à Azkaban et arrange toi pour qu'ils meurent. Ils ne manqueront à personne.

- Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?

- Tu voulais un moyen d'annuler le procès ? Je t'en donne un. Je n'ai plus envie de parler de ça à présent. Bonne nuit, Harry. »

Draco ferma à nouveau les yeux et il attendit de pouvoir enfin s'endormir. Il était fatigué, stressé, horrifié, mais les battements réguliers du cœur de Harry le détournaient peu à peu de ses pensées négatives. Il était minuit passé lorsqu'il s'abandonna enfin au sommeil. Harry mit beaucoup plus de temps à s'endormir. Il ne cessait de ressasser les mêmes idées, d'entendre la voix cassante de Draco alors qu'il parlait de meurtre et le pire dans tout cela, c'était que Harry trouvait l'idée attrayante. Après tout, il avait déjà tué de sang froid pour Draco. Marcus Flint n'était plus parce que ce jour maudit, il avait osé poser la main sur lui.

Il venait à peine de trouver le sommeil lorsqu'un hibou tapa sans discontinuer à la fenêtre. Draco, qui s'était téléporté à l'autre bout du lit, poussa un grognement de mécontentement lorsque Harry alluma la lumière.

« Arrête de couiner, c'est pour toi. »

Il mit l'enveloppe sur laquelle on pouvait lire « Draco Malfoy, où qu'il soit » sous le nez du médicomage. Draco l'ouvrit en grommelant que les gens n'avaient aucun respect lorsque soudain, son visage changea d'expression. De l'ennui profond, il passa à l'infinie tendresse.

« Luna est en plein travail. Le bébé arrive et elle ne veut personne d'autre que moi pour l'accoucher, dit-il en s'habillant hâtivement. J'ai horreur de porter deux fois les mêmes vêtements !

- Tu crois vraiment que c'est le plus important ? Interrogea Harry en lui tendant sa chemise d'un air franchement amusé.

- La première personne à accueillir ce bébé, ce sera moi. Il faut qu'il me voie sous mon meilleur jour.

- Oui, c'est sûr, sinon il va vouloir repartir d'où il vient, ironisa Harry en accompagnant Draco vers la porte d'entrée. Tu transplanes ou tu prends ta voiture ?

- Voiture.

- Tu veux repasser après l'accouchement ? On prendra notre petit déjeuner ensemble.

- J'apprécie les efforts que tu fournis pour me faire manger, Harry, mais je n'aurai pas le temps. Je vais passer la journée entière à St Mungo, à part pour cette conférence de presse. J'ai un million de choses à faire là bas et je vais sûrement travailler très tard avec Londubat. Il faut que je reprenne ma place, parce que j'ai beaucoup trop délégué à Gran…Jordan ces derniers temps. On se verra demain, d'accord ?

- D'accord. »

Harry s'avança lentement, puis il s'arrêta à quelques centimètres de Draco, laissant ce dernier franchir la distance entre eux. Draco déposa un baiser sur les lèvres de Harry, puis il lui dit au revoir. Dehors, la pluie avait enfin cessé mais le vent ne se calmait pas. Draco courut jusqu'à sa voiture et il démarra rapidement, faisant passer le compteur de zéro à cent en quelques secondes. Il mit la musique aussi fort que possible pour saturer son esprit, pour ne surtout pas penser à ce procès qui le rendait malade. Au lieu d'aller à l'hôpital, il passa chez lui où il prit une douche rapide. Il enfila un costume noir puis il transplana directement à St Mungo.

Il enfila sa blouse blanche en courant dans les couloirs pour rejoindre l'unité obstétrique. L'attroupement de rouquins devant une porte lui indiqua dans quelle chambre se trouvait Luna. Il prit le temps de saluer Charlie et il ne pu retenir un rictus satisfait en constatant que Ginny avait sûrement été jetée hors de la chambre par Luna puisqu'elle se tenait contre le mur, dans sa tenue d'infirmière. Lorsqu'il entra, Luna était en train de repousser un médicomage qui essayait de l'examiner.

« Je vous dis qu'un ami va arriver, déclara Luna de son air rêveur. C'est un ange vous savez. Il va tout faire pour que l'accouchement se passe bien. »

Visiblement, on lui avait déjà donné la potion anti-douleur, le travail était donc bien entamé. Il congédia son collègue et il fit un sourire plein de tendresse à Luna qui le lui rendit au centuple.

« Vous voyez, dit-elle d'une voix douce aux deux infirmières, mon ange est arrivé. Il sent bon et il est bien habillé. » Elle agrippa le col de sa chemise et l'attira vers elle d'un mouvement brusque. Cette fois, sa voix était proche de celle d'un ours au réveil. « Tu as pris le temps de te pomponner ! Tu te fous de moi ! Malfoy, j'accouche ! Je vais sortir mon œuf ! J'ai besoin d'aide !

- J'avais remarqué Luna la Lunatique, répondit affectueusement Draco.

- Ah, alors si tu avais remarqué, » lâcha-t-elle en se radoucissant soudainement et en embrassant sa joue.

Draco recula malgré lui. Il n'aimait pas trop ces effusions, surtout pas en ce moment. Il n'avait pas envie d'être étreint, touché ou embrassé. Luna était pourtant la personne qu'il supportait le mieux et ce, depuis des années. Il ébouriffa ses longs cheveux blonds pour faire bonne mesure, et il se tourna vers Ron d'un air méprisant.

« Tiens Weasley, tu es là...

- Etant donné qu'il s'agit de ma femme et de mon enfant, je me suis dit que ce serait bien d'être là, oui, rétorqua Ron en le fusillant du regard.

- Ce que vous êtes adorables, intervint Luna en leur prenant les mains. Avouez que vous vous aimez bien.

- Oui, quand les poules auront des dents mon amour, répliqua Ron en l'embrassant.

- Justement, elles en ont. Tu n'as pas lu l'article que mon père a écrit à ce sujet, chéri ? »

Draco éclata de rire et il se mit au travail. Au final, il ne fallut pas plus de trois heures pour voir arriver la jolie Rainbow Weasley. Devant son petit visage qui ressemblait tellement à celui de Luna, Draco se sentit submergé par l'émotion. Plus rien ne comptait d'autre que sa filleule qu'il tenait contre lui et qui lui adressait les prémices d'un sourire. Ce bébé ne savait rien de lui, et son regard ne contenait pas encore cette compassion écoeurante qu'il voyait dans les yeux des adultes qu'il croisait. Ce bébé se moquait bien de Voldemort ou de qui avait tué qui. Pour Rainbow, tout ce qui comptait, c'était d'être bercée contre Draco. Il se mordit la lèvre inférieure, affreusement gêné de ne pas être parvenu à garder son air distant, et Ron décida qu'il était temps pour lui de laisser un peu Luna se reposer en compagnie de celui qu'elle considérait (malheureusement pour Ron) comme son meilleur ami.

« Je vais appeler Harry pour lui annoncer la nouvelle, déclara Ron en se penchant pour embrasser Luna. Je reviens d'ici une demie heure...Avec toute ma famille.

- Tu me rapporteras…

- De la glace au chocolat et à la pistache, coupa Ron en souriant. Je sais. Ça fait six mois que je vais t'en chercher. »

Dès qu'il eut fermé la porte, Draco rendit Rainbow à Luna et il s'adossa contre la porte, les bras croisés sur son torse.

« Ton mari n'a pas l'air d'être passionné par sa fille, constata-t-il d'un air écoeuré.

- Il a tout le temps de la voir, répondit Luna avec son éternel sourire absent. Il voulait qu'on reste un peu tous les deux. Je le lui avais demandé.

- Si j'étais marié avec toi et que j'avais eu un enfant avec toi, Luna, je ne vous aurais pas quittés d'une semelle.

- Si tu étais marié avec moi, tu serais le pire gay qui existe, Petit Ange. Pour parler de choses sérieuses, mon père m'a dit qu'une révision du procès des pourris était envisageable. Je suis choquée. C'est mal ce qu'ils te font subir. »

Draco ferma les yeux en espérant être caché chez lui, loin de tout et de tout le monde. Il inspira profondément et il expira lentement.

« Oui, Luna, c'est mal. Mais c'est leur droit de faire appel du premier jugement.

- Je sais. Ils parait qu'ils ont pris Milton Bradford pour les défendre…Autant dire qu'ils ont sorti l'artillerie lourde. Qui as-tu choisi pour te représenter ? »

Il baissa les yeux, puis il les plongea longuement dans ceux de son amie.

« Je…J'avais pensé que peut être, si tu n'es pas trop occupée avec Rainbow…

- Je te représenterai même si je dois pour cela allaiter ma fille en pleine salle d'audience, lança Luna d'une voix claire et déterminée. On va les écraser, crois moi. Quand j'en aurai fini avec eux, ils auront la trace de nos chaussures sur leurs tronches d'abrutis de la terre.

- Que Merlin t'entende.

- Il m'entend toujours. J'ai demandé une fille et je l'ai eue.

- J'ai parfois du mal à te suivre, Luna, admit Draco en secouant la tête.

- Ce n'est rien Angelito, si tu n'arrives pas à suivre, je te traînerai, mais je ne te lâcherai pas. »

Draco lui fit un sourire triste, puis il décida de prendre congé. Il en avait assez de parler de ce procès. Il ne voulait plus y penser…Ce procès rendait son viol trop réel, trop présent alors qu'il avait passé son temps à ne pas vouloir le nommer, à ne jamais prononcer le nom de ses agresseurs pour se donner l'illusion que peut être, ça n'avait été qu'un mauvais rêve et que jamais son corps n'avait été soumis à la torture. Dès qu'il sortit de la chambre, Charlie le serra contre lui. Intérieurement, Draco hurlait « lâche moi, je n'ai pas besoin de ta pitié » mais en surface, il restait stoïque. Il entoura la taille de Charlie et il embrassa même sa joue avant de se libérer de son étreinte. Il refusa poliment son invitation à aller boire un café et il rentra chez lui. Il était 6h30 du matin et il ne comptait reprendre le travail qu'à 8h.

Il enfila un pantacourt de sport, un tee-shirt et des baskets. Courir allait l'aider à mettre de l'ordre dans ses idées. Il sortit dans le froid glacial du petit matin, et il frissonna. Il se mit à courir vite, pour se réchauffer, et bientôt, plus rien n'eut d'importance à part le son de ses foulées sur le goudron mouillé. Enfin son esprit se libérait de toute la tension accumulée. Seul son corps comptait, seule existait la douleur dans ses muscles qui lui rappelait qu'il était en vie puisqu'il avait mal.

Pendant plus d'une heure, il força ses jambes à aller plus loin, plus vite. Il ne voyait pas la ville qui s'animait lentement. Il ne voyait pas le brouillard qui masquait les arbres aux couleurs de l'automne. Tout ce qu'il voyait, c'était le point qu'il fixait droit devant lui alors que chacun de ses muscles criait grâce et qu'il redoublait d'efforts.

C'était comme si, plus il s'éloignait, plus il allait vite, plus Crabbe, Goyle et Zabini restaient à la traîne derrière lui ; comme si jamais ils ne pourraient le rattraper. Et pourtant, en demandant la révision du procès, ils étaient passé devant lui, ils l'avaient exposé à la face du monde quand il se croyait à l'abris des regards. Cette pensée lui coupa le souffle et il s'arrêta net, le cœur cognant trop fort dans sa poitrine. Ils avaient déjà gagné.

Il sentait les crampes dans ses mollets et il dû rassembler toute sa dignité pour ne pas hurler en se jetant par terre au beau milieu de la rue.

Il était à bout de forces, et il n'avait aucune envie de rentrer chez lui à pieds. Il chercha une ruelle loin des regards indiscrets et il transplana chez lui. Il se jeta sous une douche brûlante puis il remit son costume noir avant de retourner à St Mungo. Il lui semblait qu'il avait du mal à marcher à cause de ses crampes et que cela se voyait mais, lorsqu'il croisa Hermione, elle ne parut pas remarquer de problème particulier, ce qui rassura Draco. Si cela s'était vu, il y avait fort à parier que les journalistes auraient été écrire qu'il n'arrivait à marcher car il portait la misère du monde sur ses épaules…n'est pas Sauveur qui veut…

Il travailla un peu avec Hermione, puis il prit rendez vous avec Neville en début d'après midi pour revoir la potion sur laquelle ils s'usaient les méninges. Quand vint l'heure de la conférence de presse, Draco se rendit compte qu'il n'était pas prêt à affronter les journalistes. Il transplana pourtant au Ministère de la Magie où il retrouva Sirius. Comme il s'y attendait, Harry était dans la salle bondée pour soutenir son parrain. Il lui fit un bref signe de la main avant de prendre place à côté du Ministre.

« Tu as une tête de déterré, remarqua Sirius.

- Merci, toi aussi, » répliqua Draco avec un sourire forcé.

Si Draco avait opté pour la sobriété et l'élégance avec un costume et une robe de sorcier noirs, Sirius avait décidé d'être époustouflant, imposant, avec sa robe de cérémonie bleue nuit ornée de broderies en or blanc. Il tenait clairement à rappeler aux journalistes qu'il était toujours leur Ministre et que, par conséquent, ils lui devaient le respect le plus total. Draco s'inclina intérieurement face à cette initiative de l'Animagus qui s'avéra payante dans la mesure où les questions posées à Sirius restaient courtoises et peu accusatrices. Il y répondit d'une voix forte et claire, sans toutefois entrer dans le détail. Il expliqua simplement que les choix antérieurs à sa fonction de Ministre de la Magie ne devaient pas entrer en ligne de compte. Il rappela qu'il se dédiait entièrement à sa fonction depuis sa nomination à ce poste et que jamais on n'avait eu à lui reprocher le moindre faux pas.

Il avait su endormir les journalistes en parlant beaucoup, avec aisance et humour, pour n'en dire que très peu en fin de compte. Draco l'admirait pour ce comportement exemplaire, car malgré son apparente décontraction, il se sentait terriblement mal. Sa tête tournait et ses mains tremblaient sans arrêt, si bien qu'il devait croiser les bras pour cacher ses tremblements. Il avait l'impression que dès qu'il allait parler, sa voix se casserait et tout le monde saurait à quel point il était troublé par toute cette histoire. Il chercha Harry du regard et son sourire serein lui réchauffa un peu le cœur.

Son tour arriva bien trop tôt, et très rapidement, les questions devinrent gênantes.

« Monsieur Malfoy, demanda un journaliste, est-il vrai que votre conjoint, la star de Quidditch Olivier Dubois vous a battu ?

- Non, répondit Draco d'une voix glaciale, Olivier Dubois n'est pas le genre d'homme à frapper sur quelqu'un pour le plaisir de faire mal.

- Monsieur Malfoy, on vous a beaucoup vu en compagnie de Harry Potter. Etes vous responsable de l'annulation de ses fiançailles avec Ginevra Weasley ?

- Non, et vous ?

- Monsieur Malfoy, cauchemardez vous encore aujourd'hui de votre viol ? »

La question flotta dans l'air pendant quelques secondes alors que Draco toisait le journaliste avec suffisance. Plus une voix ne s'éleva, à part celle de Draco, étonnamment calme et posée.

« Permettez moi de vous dire que c'est la question la plus idiote qu'il m'ait été donné d'entendre. Pour en cauchemarder ENCORE aujourd'hui, il faudrait déjà que j'en aie cauchemardé avant, ce qui n'est pas le cas. Oubliez un peu le cliché de la personne agressée qui revit tous les soirs en rêve ce qui lui est arrivé. Les rêves ne sont pas des films sur le réel, qui passeraient en boucle lorsque nous fermons les yeux. Ils sont codés, bourrés de symboles, alors non, je n'ai jamais rêvé de ça. A présent, je voudrais qu'on en arrive au sujet qui nous réuni.

- Que pensez vous des accusations portées contre monsieur Black ?

- Elles sont calomnieuses et infondées. On nous dit que Sirius Black a fait passer un ami avant la raison d'état alors que c'est faux. A l'époque, il n'était pas Ministre, il n'avait aucun compte à rendre à qui que ce soit. En acceptant de m'aider lorsque je le lui ai demandé, il a honoré une dette de sorcier. Il a privilégié le bien être d'une personne plutôt que celui du Ministère, c'est vrai. Le Ministère avait besoin de son Sauveur, de sa victime idéale. Sirius Black a essayé de me dissuader de me faire passer pour mort mais il a vu à quel point c'était important pour moi et il m'a aidé, comme il le ferait encore aujourd'hui pour n'importe quel sorcier de cette communauté. Vous pouvez critiquer son geste, et le Mangemagot peut lui faire perdre sa place de Ministre de la Magie. Toujours est-il que le peuple sorcier a confiance en lui autant que j'ai confiance en lui. Il est soutenu par les gens qui reconnaissent tous les sacrifices qu'il a fait pour eux. Vous prenez mon cas comme un cas isolé. Vous vous servez de cela pour attaquer notre Ministre de la Magie, mais n'oubliez pas que Sirius Black a sauvé chacun d'entre nous en mettant sa propre vie de côté et en luttant sans relâche contre le Lord Noir. Il a risqué sa vie pour moi, et pour vous. Je pense que le Mangemagot est bien prompt à mettre ce détail de côté, comme il a été bien prompt à l'envoyer moisir en prison et perdre sa jeunesse alors qu'il clamait son innocence. Va-t-il, cette fois encore, être jugé de manière aussi expéditive par des gens qui ont la mémoire bien courte ?

- Vous êtes donc pour le maintien de Monsieur Black à son poste de Ministre de la Magie ?

- Bien entendu. Il est de loin le meilleur Ministre que nous ayons eu et cela, parce qu'il fait passer sa communauté avant son profit. J'ai eu l'occasion de côtoyer quelques Ministres, puisque mes parents étaient de généreux contribuables, et je peux vous dire que jamais un homme corrompu comme mon père n'aurait pu avoir autant de pouvoir si Sirius avait été Ministre à cette époque…Et jamais il n'aurait mis la population en danger en leur cachant le retour du Seigneur des Ténèbres. Je pense que tout est dit, merci de m'avoir donné la parole. »

Les questions fusèrent encore mais Draco et Sirius s'étaient levé et ils étaient sortis par une porte dérobée. Ils se rendirent dans le bureau de Harry, sanctuaire interdit aux journalistes puisque le travail des Aurors devait rester discret. Sirius remercia le médicomage pour le soutien précieux qu'il lui avait apporté et il lui serra la main, comme s'il avait deviné que ce n'était pas le moment pour les grandes effusions d'amitié. De toutes façons, Sirius n'était pas non plus quelqu'un de très tactile.

Draco s'assit sur le bureau de Ron et il attendit patiemment le retour du brun, qui arriva au bout de quelques minutes.

« Ils sont lourds ces journalistes, lança Harry en entrant, plus ébouriffé que jamais. Ils n'ont pas voulu me lâcher avec leurs questions connes. Je trouve que tu as été brillant lors de cette conférence de presse. »

Il avança la main pour caresser le visage de Draco et, si ce dernier se laissa faire, Harry ne manqua pas de voir son manque d'entrain. Il laissa sa main retomber le long de son corps et il observa le blond pendant quelques secondes.

« Que t'arrive-t-il ? Tu ne veux plus que je te touche ?

- Ce n'est pas ça…ça n'a rien à voir avec toi, plaida Draco en se frottant des yeux d'une main hésitante. C'est juste que je n'ai pas envie d'être touché par compassion ou pitié aujourd'hui. Je suis désolé.

- Tu n'as pas à t'excuser pour cela. Je préfère que tu me le dises plutôt que tu subisses mes caresses. Mais je ne te touche pas par pitié…

- Je ne peux pas m'empêcher de ressentir cela avec tout le monde aujourd'hui, ça n'a rien à voir avec toi, vraiment. Je sais que Luna ou toi, vous n'éprouvez pas de pitié pour moi, mais c'est plus fort que moi et le fait d'être touché m'exaspère. J'ai cette sensation en moi et elle est tenace. Ça passera dans quelques heures, il faut juste que je digère cette histoire de procès.

- A ce propos, remarqua Harry en offrant une tasse de café à Draco, je suis passé voir la famille Weasley à l'hôpital tout à l'heure et Ron m'a appris que tu avais choisi Luna pour te représenter. Tu ne crois pas que c'est risqué ?

- Pourquoi, elle est bien juriste ?

- Elle défend le canard miteux de son père quand il est attaqué en diffamation, ça n'a rien à voir avec un procès aussi colossal et difficile que celui qui t'attend. En face d'elle, il y aura Milton Bradford, il va la bouffer toute crue.

- Tu connais mal Luna.

- Je la connais très bien. Elle est combative et obstinée, mais elle a constamment la tête dans les nuages !

- Et les pieds bien ancrés sur terre, précisa Draco en soupirant. Tu n'as pas ton mot à dire dans mes choix, Harry. C'est elle que je veux pour me représenter et cela ne se discute pas. Je sais que tu veux le mieux pour moi, mais c'est elle la meilleure dans cette affaire. Bradford ne se méfiera pas d'elle et elle aura toute la latitude nécessaire pour agir grâce à cela.

- Ce n'est pas bête, reconnut Harry.

- Je sais, admit Draco en faisant un sourire triomphant. Il faut que je retourne à St Mungo, Londubat doit m'attendre.

- La potion avance bien ?

- Nous devons mettre nos idées en commun et commencer à la préparer, autant dire que ça va prendre du temps.

- Tu passes chez moi après ? Tu m'as dit non ce matin, mais je ne dormirai que très tard alors pourquoi ne pas venir me dire bonne nuit ? »

Draco sembla réfléchir quelques secondes, puis il hocha la tête en souriant. Il porta son index et son majeur à sa bouche et il les embrassa. Il posa ensuite ses deux doigts sur les lèvres de Harry.

« On se voit ce soir. » Dit il simplement en sortant du bureau alors que Harry caressait ses lèvres d'un air songeur.

Harry passa la journée à faire la navette entre son travail et l'hôpital d'où Ron lui donnait ses instructions concernant les dossiers des Mangemorts qu'il recherchait. Harry était le deuxième parrain de Rainbow et cela était sujet à un nombre incalculable de blagues de la part des Weasley ainsi que de Lee Jordan. Seuls Charlie et Ginny ne riaient pas quand Fred exigeait que Harry et Draco se marient afin que la petite Rainbow ait « un parrain et une marraine. »

Il rentra chez lui et il se détendit sous une douche brûlante. Il s'installa devant la télévision et il tenta de se concentrer sur une émission bouleversante d'idiotie dans laquelle un célibataire choisissait des femmes qui lui plaisaient en leur donnant des roses. Celle qui n'avait pas de rose se retrouvait remerciée et retournait chez sa mère rêver du prince charmant…Ou alors elle obtenait un contrat juteux avec la chaîne de télévision qui diffusait l'émission et elle finissait par polluer l'écran à long terme avec son air de brave gourde et sa voix de crécelle.

Merde, songea Harry, les Moldus sont entré dans l'ère de l'inculture. Payer des femmes à coup de roses, il fallait le faire. Je ne peux pas regarder ça, je me sens déjà mortellement atteint par l'abrutissement. Elles doivent l'avoir mauvaise celles qui ont brûlé leurs soutifs sur la place publique pour la libération de la femme…Bonjour l'image de la femme objet dans cette émission.

Il se leva, avala une tranche de pain de mie et il se rendit chez Pansy Londubat. Elle aussi allait être seule ce soir puisque Neville travaillait. Ils allaient mutuellement se tenir compagnie. Il ne pu s'empêcher de reculer d'un pas lorsque Neville lui ouvrit la porte.

« Eh, salut Harry ! Entre vite, il fait froid dehors ! S'exclama Neville en le tirant par le bras.

- Tu ne devais pas être à St Mungo pour préparer la potion avec Draco ? Interrogea Harry avant d'embrasser Pansy.

- Tu rigoles ? Ce malade qui veut tout contrôler n'a pas besoin de moi pour concocter la potion. Prends un biscuit, c'est moi qui les ai faits. Comme je le disais, Malfoy est un vrai chieur. Nous avons mis nos idées en commun, je lui ai donné les bonnes plantes ainsi que les bons dosages, j'ai passé des heures à chercher les algues marines adéquates, mais il est hors de question que je touche à la potion. Il en ferait une jaunisse.

- Neville, tu sais que tu n'es pas doué en potions ! Gronda Pansy en lui jetant un biscuit sur la tempe. Draco a besoin de réussir le parfait mélange, et toi, tu risques de tout foutre en l'air avec tes deux mains gauches.

- Dis donc, tu n'étais pas contre mes deux mains gauches hier soir quand…Heu…Désolé, je me suis laissé emporter.

- Oui, j'ai vu, rétorqua Harry sans pouvoir retenir un sourire amusé. Alors Draco est encore sur sa potion et ça va durer une bonne partie de la nuit, non ?

- Pas du tout, affirma Neville. Il a fini il y a deux heures et il est rentré chez lui. La mixture doit infuser deux semaines avant qu'on puisse y ajouter le reste des ingrédients. Elle n'a pas besoin de lui pour cela.

- Je…Il faut que j'y aille, » balbutia Harry en sortant en trombes de la maison de ses amis.

Il avait un mauvais pressentiment, un de ceux qui s'étaient toujours vérifiés. Il transplana dans une ruelle proche de l'immeuble de Draco et il courut, montant les escaliers quatre à quatre. Il tenta d'ouvrir la porte mais elle était fermée. Il prononça doucement « Alohomora » puis il entra chez Draco. Il resta figé devant le spectacle du blond, tournant le dos à Harry, le téléphone dans la main, son autre main passant nerveusement dans ses cheveux. Deux grosses valises bloquaient le passage.

« Oui, disait-il, le prochain vol pour Montréal. C'est urgent…Non, je ne peux pas attendre demain. Je veux un avion privé dans ce cas.

- Tu vas quelque part ? » Demanda Harry d'une voix forte.

Draco fit un bond en se retournant et il fixa Harry avec incrédulité, comme s'il n'arrivait pas à croire qu'il l'avait surpris en plein départ. Avec des gestes exagérément lents, il ôta le téléphone de son oreille et il raccrocha. Harry pouvait voir sa cage thoracique se soulever d'une manière trop rapide.

« Alors tu t'en vas ? » Interrogea Harry en s'approchant.

Draco resta longtemps silencieux, cherchant ses mots, avant de prendre la parole.

« Je ne peux pas…

- Je comprends, répondit Harry en esquissant un rictus attristé. Je ne vais pas chercher à te retenir, même si je voudrais que tu restes. Je conçois parfaitement que tu n'aies pas envie de témoigner, et encore moins de te retrouver devant Crabbe, Goyle et Zabini. Si tu veux vraiment partir, il est inutile de te forcer à vivre ici. Je t'aiderai à te cacher, mais prépare toi à te cacher toute ta vie, parce que ces trois sous merdes vont sortir de prison à la seconde où le Ministre de la Justice verra qu'il n'y a personne dans le box de la partie plaignante. Et ils vont te chercher jusqu'à ce qu'ils te trouvent.

- Tu essayes de me faire peur ?

- Non, je veux juste montrer quelle pourrait être ta vie si tu ne vas pas les affronter au tribunal magique. Je pourrais t'aider à rester introuvable grâce au sortilège du Fidelio…Il y a certainement des solutions que nous n'avons pas envisagées pour les empêcher de mettre la main sur toi. »

Draco ferma les yeux et il ouvrit lentement la main, laissant ainsi le téléphone s'écraser sur le sol.

« Je ne supporterais pas l'idée qu'ils soient relâchés, murmura-t-il.

- Regarde moi, Draco, ordonna Harry d'une voix douce en prenant sa main alors que le blond plongeait ses orbes gris dans les yeux de Harry. Je peux te toucher ?

- Oui, c'est passé, reconnut Draco en se mordant la lèvre inférieure.

- Reste, s'il te plait, souffla Harry en prenant son visage en coupe et en frôlant ses lèvres. Tu as peur, mais tu n'es pas seul Draco. Nous te soutiendrons tous. »

Draco émit un léger rire désabusé, puis il caressa la joue de Harry.

« Je sais que tu penses ce que tu dis, Harry, mais tu te trompes. C'est à moi que c'est arrivé, et c'est moi qui devrai tout raconter en me justifiant, en expliquant pourquoi je les ai laissé faire. Je suis seul dans cette affaire, et peu importe que vous soyez tous là, Luna, Sirius, Pansy, Charlie et toi…Je reste seul face à tout cela.

- Tu as raison, tu es seul, mais ne t'isole pas, ne nous tourne pas le dos. Nous voulons juste être près de toi au cas où tu aurais besoin de quelqu'un pour te porter si tu es fatigué. D'accord ? »

Draco ferma à nouveau les yeux, puis il les rouvrit pour fixer intensément Harry. Il se baissa pour embrasser sa bouche, puis il souffla contre ses lèvres :

« D'accord. »

A suivre…

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