TRAUMA

DISCLAIMER : toujours pareil, JK Rowling possède tout et je ne fais qu'emprunter ses personnages.

Note de l'auteur : Un an et demi sans mise à jour de cette fic, je ne peux que m'en excuser platement et rougir de honte. Je me suis arrangée pour avoir un chapitre d'avance pour que cela ne se reproduise pas.

A tous les gens auxquels je n'ai pas pu répondre directement, merci d'avoir lu cette histoire et d'avoir pris le temps de la commenter.

Un grand merci à Vif d'Or (pour ses corrections et tout le reste), Artoung (pour la relecture, pour garder MES chats, pour tout), Angel's Heaven (pour tout), Bins (pour la motivation et la relecture), Sourie (pour la motivation et la relecture), BadAngel (pour avoir voulu m'enchaîner à mon ordinateur), Chris (pour les deals « tu me fais lire et je te fais lire », pour la motivation, pour l'inspiration)…

A D. pour sa relecture impitoyable, ses « peu emballé par ce passage, je suis, » sa gorge nouée et son rire qui noue la mienne…Et à S. parce que si je ne lui fais pas une dédicace, il va encore faire la gueule

"- Tu as raison, tu es seul, mais ne t'isole pas, ne nous tourne pas le dos. Nous voulons juste être près de toi au cas où tu aurais besoin de quelqu'un pour te porter si tu es fatigué. D'accord ? »

Draco ferma à nouveau les yeux, puis il les rouvrit pour fixer intensément Harry. Il se baissa pour embrasser sa bouche, puis il souffla contre ses lèvres :

« D'accord. »

CHAPITRE ONZE : INSOMNIE

Harry s'écarta un peu afin de plonger ses prunelles dans les orbes grises où se mêlaient la force et le doute. Avec tendresse, il replaça doucement une mèche de cheveux blonds derrière l'oreille de Draco et un sourire encourageant se dessina sur ses lèvres.

« Sage décision, déclara-t-il d'une voix grave qui reflétait son émotion. Je sais que pour l'instant, ce n'est pas le genre de choses que tu veux entendre mais, crois moi, tu en auras bientôt terminé avec ces connards de Crabbe, Goyle et Zabini. »

Il attendit quelques secondes un « vocabulaire Potter » qui n'arriva pas. Au lieu de cela, Draco se contenta de hausser les épaules et Harry vit en ce geste toute la lassitude de l'homme qui ne veut plus se battre. Ce simple haussement d'épaules semblait marquer un abandon et Harry espéra vivement qu'il était en train de se tromper. Le blond tenta un sourire peu convainquant qui mourut rapidement sur ses lèvres, alors Harry prit ses mains et il les serra fort dans les siennes.

« Je veux te l'entendre dire, susurra-t-il.

- Dire quoi ? Demanda Draco sans comprendre.

- Tu sais parfaitement de quoi je veux parler, Draco. Le mot « connard » est sorti de ma bouche.

- Oh…Je vois. Bon, et bien…Vocabulaire Potter, lança Draco en esquissant un ersatz de sourire amusé. Qu'est ce qu'on fait maintenant ? »

Harry fit mine de réfléchir, puis il proposa :

« Un resto ?

- C'est moi ou tu ne penses qu'à manger ? Questionna Draco en saisissant son long manteau noir.

- C'est toi, répliqua Harry avec un regard oblique. Il y a un excellent chinois sur le Chemin de Traverse, ça te tente ?

- Je préfèrerais qu'on évite le côté magique de la Force, si ça ne te dérange pas. Je n'ai aucune envie de me faire dévisager ce soir.

- Plus tu éviteras les sorciers, plus ils voudront savoir ce que tu caches, remarqua Harry en suivant Draco dans le couloir de l'immeuble. Ils te considèrent comme un héros alors forcément, ils te regardent avec admiration. »

Draco poussa un soupir excédé mais il resta silencieux puisqu'il ne voulait pas risquer d'être entendu par ses voisins. Dès qu'ils furent dans la rue, Draco enfonça les mains dans les poches de son pantalon et lorsqu'il prit la parole, le ton qu'il employa était cinglant.

« Tous ces sorciers, Harry…Ils ne me regardent pas avec admiration. Je vois de la curiosité malsaine, et quelquefois de la gêne dans leurs yeux, mais certainement pas d'admiration. »

Harry tenta de protester mais Draco le coupa dans son élan.

« Mes lèvres étaient en train de bouger, ça voulait dire que j'étais en train de parler. Arrêtons de faire semblant si tu veux bien. Toi et moi, nous savons que je n'ai pas été héroïque durant le dernier affrontement. Je n'ai rien fait, je n'étais même pas sur le champ de bataille à proprement parler.

- Tu as tué Voldemort, contra Harry en accélérant le pas, comme si cela allait empêcher Draco d'aller plus loin dans son raisonnement.

- Je n'ai pas fait ça pour une cause, Harry. C'était de la vengeance pure et simple, il n'y avait rien de noble dans mon attitude à ce moment là. Et je ne l'ai pas tué, tu le sais aussi bien que moi mais tu m'idéalises tellement que tu refuses de le reconnaître. J'ai juste pris ta baguette et c'est ta magie résiduelle qui a fait tout le travail. Ce n'est pas dans mes habitudes de supplier mais je t'en prie, arrête de me faire passer pour le héros. C'est gentil de ta part, mais je sais ce que je vaux et je crois que tu le sais aussi.

- Tu te trompes. Voldemort aurait très bien pu te tuer ce jour là mais tu es quand même venu et tu m'as sauvé la vie.

- Des clous. J'ai très bien vu qu'il était lessivé, à moitié mort. J'aimerais vraiment que vous arrêtiez tous de me prendre pour le mec qui s'est sacrifié pour le monde sorcier, parce que ce n'est absolument pas ce que j'ai fait. Je n'ai pas eu le choix, c'est tout, et j'ai l'impression que c'est ce qui dérange les sorciers. Ils préfèrent me voir comme une sorte de héros qui a décidé de sacrifier sa chair dans ce combat. Peut être que le fait de me penser plus noble que je ne le suis réellement les aide à oublier que je suis un Malfoy. Je n'ai pas trop réfléchi à tout cela mais c'est la sensation que j'ai depuis mon retour. Ici, les gens font vite tomber les héros de leur piédestal et sincèrement, je n'ai aucune envie de faire ce genre de chute. C'est pour ça que je me sens si bien chez les Moldus. Eux ne connaissent de moi que ce que je veux bien leur montrer et ça me va totalement.

- Pourtant les Moldus que tu fréquentes s'interrogent aussi sur toi, constata Harry en faisant une halte afin de fouiller dans ses poches à la recherche de son paquet de cigarettes. Excuse moi mais j'ai trop envie d'une clope là.

- Tu fais ce que tu veux, ce sont tes poumons.

- C'est juste, reconnut Harry marchant en direction d'une pizzeria dont l'enseigne verte et rouge clignotait à une cinquantaine de mètres devant eux.

- Je te demanderai simplement de ne pas me souffler ta fumée à la figure, et de ne pas m'embrasser tant que tu sentiras la cheminée.

- Vendu. »

Draco ne put s'empêcher d'émettre un rire discret, juste un souffle dans l'air frais d'octobre. Malgré ses protestations et le fait qu'il en déteste l'odeur, il comprenait le besoin qu'avait Harry de fumer parfois. C'était pour lui un moyen de décompresser et Draco, comme lui, n'avait-il pas, en ce moment même, une furieuse envie de se déconnecter temporairement à l'aide de substances illicites ? Il ne comptait pas assouvir ce besoin ; pas après le fiasco de la soirée au cours de laquelle il était totalement parti en roue libre.

Il avait encore du mal à réaliser qu'il avait blessé autant de monde en si peu de temps et, plus impensable encore, qu'il avait perdu l'amitié de Karim.

Son cœur se serra à l'évocation du jeune homme et il dut se retenir pour ne pas soupirer lourdement. Harry n'appréciait que moyennement sa relation avec Karim, ce que Draco ne parvenait pas à saisir étant donné qu'il n'y avait rien entre eux. Et surtout, Draco ne supportait pas d'entendre les sarcasmes du Survivant lorsqu'il mentionnait Karim. Malgré des réactions en apparence sereines, Draco bouillonnait intérieurement lorsque cela arrivait et il sentait qu'il ne pourrait bientôt plus faire illusion. Il savait pertinemment ce qui allait se produire s'il perdait son sang froid face à Harry. Il débiterait des phrases faites pour blesser, des horreurs qu'il ne penserait pas forcément. C'était son don à lui, un don qui, lorsqu'il le laissait s'exprimer, pouvait faire des ravages.

Certains étaient naturellement doués pour le dessin, d'autres pour la chanson ou l'écriture…Draco savait faire mal, le problème étant qu'il se faisait souffrir dans la foulée. Il suffisait de voir où il en était arrivé avec Karim et à quel point cette situation entamait son moral. Lui qui s'était si longtemps targué de n'avoir aucune attache, il se trouvait bien esseulé sans son ami le plus proche. Et il craignait de perdre, par extension, Jared et Lana. Comment allaient-ils se voir si Karim refusait catégoriquement d'être dans la même pièce que Draco ?

Tout cela le déprimait trop et il tenta d'évincer ces idées moroses en reportant son attention sur l'enseigne de la pizzeria.

Pas du tout criarde, songea-t-il en ayant l'impression d'entendre le mépris dans sa voix intérieure. Tout à fait le genre d'enseigne qui annonce la couleur : ici, vous allez manger en quantités industrielles.

Ecoeuré à l'avance, il choisit de se concentrer sur Harry, qui inspirait amoureusement la fumée de sa cigarette. Draco aurait préféré se faire arracher la langue sans anesthésie plutôt que de l'avouer à haute voix mais il pensait que cette petite tige blanche donnait une pointe d'élégance en plus à Harry. Cette façon qu'il avait de la tenir entre les doigts fins de sa main droite était étonnamment sensuelle, presque hypnotique, tout comme la manière dont il expirait lentement, laissant cette mince ligne de fumée caresser ses lèvres entrouvertes pour ensuite s'élever en volute blanchâtre.

Plus il y pensait, plus il se demandait ce qui pouvait pousser Harry à vouloir être avec lui alors qu'il ne faisait rien pour paraître agréable. Il avait même été sur le point de fuir sans même prévenir Harry, et ce dernier ne semblait pas lui en tenir rigueur. C'était déstabilisant de constater que le brun n'exigeait rien, à part la fidélité. Il n'avait même pas exprimé le moindre besoin d'être aimé. Apparemment tout ce qui lui importait, c'était que Draco évite de le tromper.

Arrivé devant la pizzeria, Harry jeta sa cigarette et il s'effaça pour laisser Draco entrer le premier. La première idée qui vint à l'esprit du blond fut que l'enseigne jurait horriblement avec le décor sobre et intimiste de la salle. Une serveuse au sourire engageant les conduisit jusqu'à un box où ils s'installèrent en silence. Après avoir commandé un apéritif, ils se plongèrent dans l'étude du menu. Harry opta pour une pizza« toutes options » alors que Draco préféra les raviolis aux fruits de mer. Pas un mot ne fut prononcé jusqu'au moment où la serveuse vint leur apporter leurs boissons.

« Tu veux que je te dise ? Questionna soudain Harry après qu'elle eut tourné le dos.

- Tu le diras quand même, n'est ce pas ?

- Il y a des chances, oui. Quoi que tu en penses tu es un héros, tout comme Pansy, parce que vous avez fait le choix de vous joindre à l'Ordre du Phénix. Vous avez pris des risques bien avant l'affrontement final et c'est en cela que votre comportement a été héroïque. Alors admettons que la mort de Voldemort ait été due à une quelconque magie résiduelle provenant de ma baguette, tu n'en es pas moins vaillant, Malfoy. »

Le regard de Draco s'assombrit et il toisa longuement Harry avant de boire une gorgée de rhum citron. Au point où il en était, à quelques semaines d'aller déballer les détails les plus sordides de sa vie devant un tribunal, il pouvait révéler certains secrets à Harry. Peut être qu'ainsi, le Survivant se rendrait compte qu'il avait vu dans le comportement de Draco une noblesse qu'il n'avait finalement jamais eue. Ses yeux gris se posèrent à nouveau sur Harry et il soupira. Il était tellement fatigué. Il n'avait qu'une envie : rentrer chez lui et dormir une année, oublier ce procès infâme, oublier ce cœur qui menaçait d'imploser à chaque battement, oublier jusqu'à sa propre existence.

« Héroïque, mon cul, » grommela-t-il alors que Harry sursautait en l'entendant prononcer un mot interdit comme si cela était dans ses habitudes. « Puisque tu m'as installé sur un piédestal d'où je n'ai pas envie que tu me fasses tomber abruptement, je vais en descendre gentiment comme un grand. Vois tu je n'ai pas, à proprement parler, choisi d'intégrer l'Ordre du Phénix.

- Qui t'as demandé de le faire ? Interrogea Harry avant d'avaler une grande rasade de tequila margarita.

- Je suppose que tu t'en doutes.

- Et comment ! C'était une brillante idée de ton père ?

- Oui, admit Draco, intrigué par la réaction du brun. J'ai surpris une conversation dans laquelle il parlait de Sirius et du fait qu'il n'était pas mort. En bon fils avide de reconnaissance paternelle, je lui ai, plus tard, suggéré de laisser Sirius mourir dans son trou et c'est là qu'il a eu l'idée de se servir de lui pour introduire une taupe dans votre organisation secrète. Tout est parti... » Il s'interrompit abruptement pour scruter le visage de Harry avec attention. Cette révélation aurait dû provoquer en lui la stupeur, la colère même, mais il ne laissait rien passer, comme si le sujet était totalement anodin. « Excuse moi, je suis étonné par ta placidité. Je t'annonce que mon but était de vous trahir et ça ne te fait rien ?

- Puisque nous nageons en pleine minute de vérité, je dois dire que nous nous doutions de tes intentions et que nous ne t'avons pas fait confiance d'emblée. Mais tu avais tout de même sorti Sirius de ce cauchemar alors il ne voulait pas que tu aies des ennuis en échouant dans ta mission. Comment en es-tu arrivé à désobéir à ton père finalement ? C'est la question à laquelle je n'ai aucune réponse.

- C'est très simple. J'ai été touché par votre accueil. J'avais toujours tout fait pour vous rendre la vie impossible et vous n'aviez pas l'air de m'en tenir rigueur. Même Weasley ne me reprochait rien. Au final, j'ai dû faire un choix entre Sirius qui se rapprochait le plus de ce qui ressemblait à un père pour moi, et un géniteur pour lequel je ne signifiais rien. S'il y a une héroïne dans toute cette histoire, c'est Pansy parce qu'elle a décidé de se joindre à vous sans aucun arrière pensée.

- N'empêche que tu t'es battu pour nous par la suite, et c'est tout ce qui compte. Tu es, par conséquent, aussi courageux qu'a pu l'être Pansy. »

Draco soupira lourdement mais l'arrivée de la serveuse l'empêcha de donner libre court à son mécontentement, ce qui provoqua un rire amusé de la part de Harry. Draco secoua la tête mais il garda le silence, le regard rivé sur ses raviolis. Elles étaient appétissantes mais il n'avait pas faim. Comme à son habitude, il commença à pousser la nourriture dans son assiette à l'aide de sa fourchette, pour s'occuper les mains et donner l'illusion qu'il allait manger sous peu. Harry l'observa longuement, hésitant entre la tristesse de le voir agir ainsi et l'agacement. Il était tenté de prendre les raviolis à pleines mains pour les fourrer d'office dans la bouche de Draco.

« Tu crois vraiment que je t'idéalise ? Demanda-t-il alors en coupant un morceau de pizza.

- Affirmatif. Je pense que tu as une vision de moi totalement biaisée.

- Et le fait que j'ai envie de t'en coller une parce que tu ne manges pas, là, tout de suite, maintenant, c'est de l'idéalisation ? »

Draco releva subitement la tête de son assiette et un franc sourire se peignit sur ses lèvres.

« Non, répondit-il. Ça c'est de l'impatience, Harry. Et je t'assure que si tu ne faisais pas une fixation sur ce que je mange ou pas, tu éviterais l'ulcère.

- Et je t'assure que si tu mangeais, tu éviterais de m'avoir sur le dos. Ecoute, je ne t'idéalise pas. Je l'ai peut-être fait un peu quand je t'ai revu mais comprends que ce n'est pas tous les jours qu'on voit quelqu'un revenir d'entre les morts.

- Je te l'accorde, c'est assez inhabituel.

- Sérieusement, Draco, je n'ai pas remis ta mort en question une seule seconde à partir du moment où ce médicomage me l'a annoncée. Je n'ai retenu que le positif en toi à partir de cet instant - appelle ça un processus de deuil si tu veux - et ça a peut être joué sur mon comportement face à toi. Mais c'est terminé. Promis. Tu es un vrai chieur, j'en ai bien conscience.

- Je suis heureux que tu l'aies remarqué, » rétorqua Draco avant d'avaler machinalement la moitié d'un ravioli.

Harry fut stupéfait de voir du soulagement dans les yeux de Draco, comme si ce dernier avait véritablement craint de tomber d'un quelconque piédestal. Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Qu'allait-il dire de toute façon ? Qu'il l'aimait et que cet amour englobait toute la personne qu'était Draco, défauts inclus ? Oui, s'il souhaitait voir le blond partir en courant, c'était tout à fait le genre de chose à exprimer à voix haute. Il se contenta donc de prendre la main de Draco au dessus de la table et de doucement la serrer avant de la lâcher.

« Tu comptes aller travailler demain ? Questionna-t-il pour changer de sujet.

- Puisque je suis dans le coin, oui. J'avais donné rendez vous à une journaliste pour une interview concernant Sirius. Je ne comptais pas m'y rendre au départ mais je ne peux pas lui faire faux bond à présent. » Il s'interrompit, songeur face au visage fermé de Harry. « Quoi ? Tu as avalé de travers ?

- Désolé, c'est juste que je ne peux pas encadrer ces fouilles-merde.

- Vocabulaire, Potter. Alors tu gardes toujours cette rancœur envers les journalistes ? Ça aurait dû te passer depuis le temps. J'ai l'impression que dans ton esprit, ils sont tous comme Rita Skeeter.

- Ils sont prêts à tout sous prétexte de vouloir informer la population. Skeeter n'est pas la seule. Mais si j'ai bonne mémoire, tu l'aimais bien ?

- Je la trouvais drôle, oui, admit Draco avec un sourire en coin. Tu sais pertinemment que ce que je préférais chez elle, c'était cette extraordinaire aptitude à travestir la réalité. J'ai beaucoup ri en lisant ses articles sur toi.

- Petit con, lança Harry en faisant mine de jeter sa pizza au visage de Draco.

- Voc…

- …Abulaire, je connais la chanson, coupa Harry en riant franchement.

- En attendant, tu te trompes lourdement, affirma Draco très sérieusement. Ne confonds pas journalistes et paparazzi…Ils ne jouent pas dans la même catégorie. Tu as souvent eu affaire aux paparazzi et ton attitude distante ne te met pas dans les bonnes grâces des journalistes. Mais il y a, chez ces derniers, des gens qui luttent pour faire bouger les choses. S'ils n'étaient pas là pour faire entendre au public un autre son de cloche que celui joué par ceux qui ont le pouvoir – et par pouvoir j'entends les gens influents comme a pu l'être mon père à une certaine époque, pas forcément les Ministres – on baignerait en pleine confusion.

- Tu dis ça parce qu'ils t'aiment bien et qu'ils n'écrivent jamais d'insanités à ton sujet.

- Non, Harry. Je dis ça parce qu'en ce moment même, il y a des journalistes qui oeuvrent pour que l'avis du public soit mis en évidence dans l'affaire de Sirius. Nous savons parfaitement que Sirius a une cote d'amour énorme auprès de la population sorcière, et certains chroniqueurs l'ont bien compris. En faisant du cas de Sirius les manchettes des quotidiens, ils agissent pour que le Magenmagot ne puisse pas démettre Sirius de ses fonctions sans raison légitime. Je reconnais que les journalistes sorciers ne font preuve d'aucune objectivité et qu'ils peuvent t'encenser un jour et te démonter le lendemain, mais ce n'est pas en les détestant cordialement, ouvertement, que tu vas changer cet état de faits.

- J'ignorais qu'ils se positionnaient pour Sirius.

- C'est parce que tu ne lis que la Gazette du Sorcier et que son éditeur est clairement contre Sirius. C'est un conservateur pur et dur qui ne veut pas d'un Ministre jeune, à l'écoute de la population. Ce qu'il désire ardemment, c'est le retour aux traditions ancestrales, à l'immobilisme et surtout, aux Détraqueurs à Azkaban. Mon père l'aurait positivement adoré, ironisa Draco. Tu étais là quand mes parents ont reçu le baiser du Détraqueur ? »

Harry hocha lentement la tête en évitant le regard de Draco. Il n'avait aucune envie d'avoir cette conversation, aucune envie de raconter à Draco comment Narcissa avait, à l'instar de son fils quelques jours plus tôt, tendu les lèvres vers son bourreau, comme si ce baiser allait enfin la libérer. Il ne voulait pas lui parler de ce choc affreux qui lui avait glacé le sang lorsqu'il avait vu Draco reproduire le geste de sa mère.

Pouvait-il vraiment avouer au médicomage à quel point le fait d'avoir vu les Malfoy recevoir le châtiment suprême l'avait marqué ? C'était leur sang qui coulait dans les veines d'un homme qu'il aimait et qu'il croyait mort. En eux après qu'ils eurent perdu leurs âmes, c'était Draco qu'il voyait couché dans un lit d'hôpital, catatonique, enfermé dans la coquille vide qu'était devenu son corps.

« Comment a réagi mon père ? Demanda Draco d'un air détaché. Il a paniqué ?

- Pas vraiment. Il avait peur, bien entendu, mais il ne s'est pas débattu, expliqua Harry en passant nerveusement la main dans ses cheveux.

- C'est contrariant, j'aurais préféré qu'il perde publiquement la face avant d'en finir. Cela dit, le sujet n'a aucun intérêt alors passons à autre chose.

- Il semble avoir de l'intérêt pour toi, puisque tu l'as mis sur le tapis, contra Harry. Tu penses souvent à ton père, n'est ce pas ?

- Le fait d'y penser parfois ne signifie pas pour autant l'aimer. Nous n'avons jamais vraiment parlé de tes parents. Que sais tu d'eux ? »

Harry exposa ce que Remus, Sirius, Albus Dumbledore et Minerva Mc Gonagall lui avaient raconté à propos de Lily et James Potter. Pendant qu'il parlait, une tendresse immense habitait son regard. Il était fier d'être leur fils, et ils lui manquaient un peu plus chaque jour, ce qui toucha particulièrement Draco. Il écoutait attentivement Harry sans jamais lui couper la parole. Il posait les questions justes sans pour autant être indiscret. Harry ne s'était jamais senti plus proche de lui qu'en cet instant et il lui confia des impressions qu'il n'avait jusqu'alors confiées qu'à Ginny.

La discussion dériva ensuite vers des sujets plus généraux, plus légers aussi. Draco riait aux remarques amusantes de Harry, il lui répondait avec son cynisme habituel…L'illusion était parfaite. Son sourire masquait cependant un sentiment de panique qui ne l'avait pas quitté depuis qu'il avait accepté de rester. Son cœur martelait sa poitrine au point de lui faire mal, ses mains étaient glacées, ses joues brûlantes, et il avait envie de hurler. Il entendait les paroles de Harry, il répliquait sans hésitation, mais son esprit restait hanté par ce procès qui le consumait de l'intérieur. Il visualisait les expressions satisfaites sur les visages de Crabbe, Goyle et Zabini. Un mélange de haine, de honte et de terreur parcourait son corps comme un frisson abject qui prenait naissance dans le creux de ses reins pour exploser, en bout de course, dans son cerveau. Il ignorait combien de temps il allait donner le change avant que sa façade ne commence à se craqueler, aussi prétexta-t-il une extrême fatigue – prétexte qui n'en était pas tout à fait un puisqu'il était moralement épuisé - pour quitter le restaurant avant le dessert.

Harry n'émit aucune objection et tous deux marchèrent en silence jusqu'à l'appartement de Draco. Devant la porte, Harry prit la main du blond pour l'attirer contre lui.

« Je sens encore la cheminée ? » Demanda-t-il avec un sourire tellement doux que Draco eut soudain envie de pleurer.

Pour toute réponse, et pour masquer son trouble, Draco ôta les lunettes de Harry puis il se pencha lentement afin d'embrasser ses lèvres chaudes. Harry répondit au baiser avec ardeur, caressant la langue de Draco avec le sienne alors que ses bras enlaçaient sa taille. Il prenait cependant garde de ne pas le serrer trop fort de peur de lui briser un os. Draco n'avait encore pratiquement pas touché à son assiette ce soir et, si Harry s'en était inquiété, il s'était abstenu de tout commentaire. Il avait fait une remarque à Draco à ce sujet, c'était suffisant.

« Tu veux entrer ? Interrogea Draco en reculant afin d'ouvrir la porte.

- Question idiote, » rétorqua Harry en précédant le blond dans l'appartement.

Draco émit un léger rire amusé en suivant Harry, lequel s'installa d'office sur le canapé du salon. Draco se dirigea vers le bar et il revint en tendant un verre de scotch à Harry. Il s'assit ensuite sur la table basse, son propre verre à la main, jouant à faire tinter les glaçons les uns contre les autres.

« Tu penses que Sirius va être démis de sa fonction ministérielle ? Questionna-t-il soudain.

- Non. A mon avis, le Magenmagot n'a rien de solide contre lui. Aucune de ses décisions n'a été prise au détriment de la population sorcière, affirma Harry avant de boire son scotch d'une traite. Tu n'es pas d'accord ?

- Si. La cote de popularité de Sirius est au plus haut et le Magenmagot n'a aucun intérêt à contrarier les gens. Quoi qu'il fasse, ça ne sera jamais assez grave pour faire oublier qu'il est un héros de guerre doublé d'un innocent qui a passé une dizaine d'années en prison. Cela dit, l'expérience m'a déjà démontré que malgré mes certitudes, les choses pouvaient mal tourner alors je préfère envisager toutes les éventualités.

- Il ne s'en remettra pas si on le chasse de son poste.

- Sa fierté en prendra un coup, c'est certain, admit Draco en faisant tourner plus rapidement, presque nerveusement, les glaçons dans son verre. Mais Sirius n'est pas avide de pouvoir comme…Comme je peux l'être. Il fera avec et, pour être honnête, je me demande si ça ne lui serait pas bénéfique de quitter son statut de Ministre dévoué au peuple sorcier pour enfin s'occuper de lui.

- Tu es en train de me dire, sans en avoir l'air, que tu veux que le Magenmagot se débarrasse de Sirius ! Après tout ce qu'il a fait pour toi ! C'est ignoble, lança Harry en se levant pour partir le plus loin possible de Draco avant de lui jeter son poing à la figure.

- Tu te trompes, soupira Draco en le retenant par le bras. Ce que j'aimerais, c'est que Sirius démissionne, nuance.

- Il ne le fera jamais. Il restera fidèle à ses engagements, comme il l'a toujours fait. Il a bien risqué de perdre mon estime parce qu'il t'avait promis de ne pas révéler que…

- Que je n'étais pas mort, oui, coupa Draco avec une pointe d'agacement dans la voix. Ça n'a rien d'exceptionnel. Charlie aussi m'a promis de ne pas parler, et il a gardé le silence. Sa famille a compris pourquoi il l'avait fait. Tu sembles être le seul, avec le Magenmagot et quelques sorciers réactionnaires, à voir cela comme une trahison. Il n'a pas commis de crime pour me cacher, il s'est juste tu.

- Je ne considère pas le silence de Sirius comme une trahison, soupira Harry. Je soulignais simplement le fait que Sirius n'allait pas démissionner pour te faire plaisir étant donné que c'est un homme de parole. Ne tire pas de conclusions hâtives sur ce que je peux ressentir, Draco, parce que tu n'en sais rien. »

Draco laissa passer quelques secondes, le regard rivé à celui de Harry, avant de secouer lentement la tête avec une mine contrite.

« Excuse-moi, la fatigue me rend nerveux.

- Ce n'est pas comme si tu n'étais jamais sur la défensive, et jamais nerveux, ironisa Harry avec un sourire empli de tendresse. Mieux vaut que je te laisse te reposer. »

Alors qu'il se dirigeait vers la porte pour prendre congé à contrecoeur, il fut stoppé par la main de Draco prenant presque timidement la sienne. Il se retourna pour faire face à Draco. Il fut immédiatement saisi par le contraste entre la gêne presque palpable que semblait ressentir le blond et la détermination, la fierté qui animaient ses prunelles.

« Reste, souffla Draco en se forçant à soutenir le regard de Harry.

- Tu sais que je ne veux pas qu'on fasse quoi que ce soit tant que tu ne…

- Par Merlin, Harry, railla Draco en retrouvant toute sa contenance. C'est moi qui suis censé avoir une vie dissolue et c'est toi qui ne penses qu'au sexe.

- Mais alors, que…

- J'espère que ta soudaine non faculté à terminer tes phrases n'est pas contagieuse, Potter. Tu n'as pas assez mangé ce soir pour en arriver à ravaler toutes tes fins de phrases ?

- Ce sont tes remarques à deux noises que je vais te faire ravaler si tu continues, menaça Harry tout en attirant Draco contre lui. Il faut que tu dormes.

- Passe la nuit avec moi. Parce que si je reste seul ce soir, je vais être tenté de partir le plus loin possible de cette ville. »

Harry hocha la tête. Il comprenait parfaitement le désir de fuir de Draco mais il n'avait aucune envie de le voir s'en aller une fois de plus.

Ils se couchèrent rapidement après s'être douchés et ils ne tardèrent pas à s'assoupir, Draco sur le dos, Harry sur le côté, un bras passé autour de la taille du blond.

A trois heures du matin, Draco fut tiré d'un sommeil sans rêves par une sensation oppressante qu'il ne connaissait que trop bien et qu'il aurait voulu ne jamais plus expérimenter. C'était comme si un poids énorme était posé sur sa poitrine et l'enfonçait irrémédiablement, empêchant son cœur de battre correctement. Comme si l'organe vital n'avait plus assez de place pour effectuer son battement salvateur et qu'il tournait au ralenti, prêt à s'arrêter d'un moment à l'autre.

Une main invisible semblait avoir traversé la barrière de sa cage thoracique et elle plongeait cruellement dans ce trou béant pour se saisir de ses poumons, les comprimant sans pitié pour en faire sortir tout l'oxygène. Draco n'arrivait plus à respirer, et, comme à chaque fois que ce genre de chose arrivait, il songeait que son cœur ne tiendrait pas le choc et qu'il allait mourir d'une vulgaire crise cardiaque, comme n'importe quel Moldu.

Ses yeux refusaient de s'ouvrir et il devait lutter pour sortir de ce cauchemar qu'il n'avait pourtant plus fait depuis des mois. Il se débattait seul dans un océan de glue qui le happait de toute sa puissance destructrice et, comme un naufragé, il jetait ses dernières forces dans un bataille perdue d'avance, tentant de garder la tête à la surface alors que l'air venait à lui manquer et que ses bras n'étaient plus que deux poids morts totalement inutiles.

Il fallait qu'il ouvre les yeux.

C'était sa seule chance de survie.

C'était peut être aussi sa seule chance de ne pas sombrer dans la folie.

Il se sentait complètement conscient, il suffoquait, il savait que la salvation n'était pas plus loin qu'un cri. Juste un cri pour sortir de ce cauchemar éveillé. Un cri pour appeler à l'aide. Un cri pour faire disparaître cette main monstrueuse qui s'acharnait sur ses poumons. Il ouvrit la bouche et poussa un hurlement muet.

Même si aucun son ne fut émis, ses paupières s'ouvrirent enfin. Du moins le croyait-il.

Il voyait Harry allongé à ses côtés, à mille lieues de se douter que tout près de lui, Draco gesticulait avec la force du désespoir dans le but d'atteindre l'interrupteur de sa lampe de chevet. Il avait besoin de lumière comme un enfant qui sort d'un cauchemar refuse de se rendormir sans veilleuse allumée. Les monstres sortent dans le noir, et à cet instant, Draco voulait tout éclairer pour que ses propres monstres soient enfin vaincus.

Il voyait sa main approcher de l'interrupteur mais, lorsqu'il tenta de s'en saisir, il n'y parvint pas. C'était comme s'il était dématérialisé, incapable de toucher quoi que ce soit sans passer à travers.

Il essaya de hurler à nouveau, ferma les yeux aussi fort que possible pour les rouvrir en se disant que cette fois ci, il était éveillé mais le même schème se reproduisit. Trois fois de suite.

Il changea de technique et voulu se frapper pour que le choc lui fasse ouvrir véritablement les yeux. Il visualisait l'impact mais son poing ne fit que passer à travers lui. Il se mit à remuer plus vivement, pris de panique, conscient cette fois ci que son corps réel ne bougeait pas d'un iota, et enfin, il parvint à émettre un son.

Il avait l'impression d'avoir poussé un appel au secours clair et puissant mais tout ce qu'il entendit fut un faible borborygme qui parvint cependant à le faire sortir de ce que Charlie qualifiait de terreur nocturne.

Il s'assit, tremblant, en état de choc, ingérant avidement de grandes goulées d'air pour emplir ses poumons atrophiés par la main invisible. Le souffle régulier de Harry parvint à ses oreilles et il caressa machinalement ses cheveux tout en le maudissant de dormir en paix alors que lui était intérieurement sans dessus dessous après ce moment cauchemardesque, tout comme il avait maudit Karim pour les mêmes raisons à une époque. Seul Charlie, qui avait le sommeil assez fragile pour être réveillé par un frôlement, avait connaissance de ces nuits où Draco avait l'impression d'agoniser physiquement et psychiquement.

Il ferma les yeux, le cœur affolé, et aussitôt, le sommeil voulu s'emparer de lui. Il ressentit à nouveau la sensation oppressante et il battit des paupières pour ne surtout pas se rendormir. Lassé, sachant pertinemment que ces crises – comme il les appelait – allaient se multiplier s'il n'attendait pas au moins une heure avant de tenter de se reposer, il se leva.

Il se dirigea dans la salle de bains pour se poster devant l'évier, les deux bras tendus comme des arcs en appui contre la céramique blanche, la tête baissée. Il avança une main vers le robinet afin de faire couler l'eau froide. L'espace d'une seconde, il se demanda si ses doigts n'allaient pas passer à travers et il fut presque soulagé de sentir le métal contre sa paume.

Il regarda distraitement l'eau couler sur sa peau sans parvenir à se rappeler quel geste accomplir par la suite. Son esprit était focalisé sur une pensée unique qui revenait en lui comme une litanie depuis l'instant où il s'était extirpé du lit. Il aurait été si simple pour lui d'aller voir Mick et de se pulvériser le cerveau à grand renfort de substance blanche et poudreuse ou de pilules magiques. Il se raisonna cependant. Il venait d'apprendre qu'un procès allait se tenir. Il n'en était qu'au début d'une période difficile, il ne pouvait décemment pas attendre la date fatidique en tenant grâce à la drogue. Il avait des patients à soigner, une potion à préparer pour sortir Severus Rogue de son état comateux.

Il récolta un peu d'eau dans sa main en coupe et il s'en aspergea le front ainsi que les joues. Lorsqu'il releva la tête, il rencontra son reflet dans le miroir et il eut un haut le cœur.

« Comment suis-je devenu un tel débris aussi vite ? » Souffla-t-il en parcourant du regard l'ossature saillante de son visage et de ses épaules.

Peut être Sirius avait-il raison. Peut être Draco devait-il se ressaisir et admettre que certaines choses échappaient à son contrôle sans qu'il faille pour autant essayer de retrouver une once de maîtrise en s'affamant. Peut être la satisfaction qu'il avait à contrôler son corps était-elle trop éphémère – exactement comme la drogue - pour qu'il se sente vraiment bien un jour.

De là à penser qu'il avait besoin d'aide, non. Il y avait des limites. Il était entièrement capable de s'en sortir seul. Après tout, il allait bien, très bien même, lorsqu'il vivait en Suisse auprès de ses amis. C'était dans le regard de la communauté sorcière londonienne qu'il se détestait. Il ne supportait pas de se voir dans ses yeux attendris, apitoyés, crachant sa compassion comme un venin nauséabond. Il se haïssait quand elle posait sur lui ses regards inquisiteurs, comme si elle voulait tout savoir dans les plus sordides détails sans oser le dire à haute voix.

Grâce à ce procès, elle serait exaucée. La soif de connaissance de la communauté sorcière allait enfin être étanchée…

Il s'arracha à sa morne contemplation pour aller prendre un paquet de chips dans la cuisine. Il migra ensuite vers le salon où il s'installa sur le canapé, ses longues jambes tendues, les pieds posés sur la table basse. Un hibou tapota contre la vitre. Draco l'ignora superbement. Il ne voulait aucune nouvelle du monde sorcier pour le moment.

Il alluma la télévision et il sourit en voyant qu'on y diffusait un énième reportage sur la chirurgie esthétique. Il ne changea cependant pas de chaîne, intéressé par cette pratique moldue qui aurait certainement fait bondir les sorciers tant l'idée de changer de nez ou de se faire gonfler les seins était loin de leurs préoccupations usuelles. Draco ne voyait pas le mal, après tout, il avait en tête un nombre considérable de sorciers pour qui ce genre de chirurgie était nécessaire, à commencer par Ron Weasley.

Il plongea la main dans le paquet de chips, bien décidé à reprendre le contrôle qui lui avait échappé quand il en était arrivé à se mettre en danger en ne mangeant plus. Il mâcha lentement en grimaçant. Elles étaient trop salées. Ecoeuré, il jeta le paquet sur la table et il se concentra sur l'émission où un homme expliquait qu'il voulait paraître plus jeune. Très rapidement, son attention se relâcha et les idées noires tourbillonnèrent dans son esprit. Il pensait à ce procès auquel il ne souhaitait pas assister, à la voix de Zabini qui vomissait des je t'aime dans son oreille, à Karim qui ne voulait plus le voir à moins que Draco se mette à parler de ce dont il ne voulait pas, à cette envie d'ensevelir ce mélange d'abattement et de panique sous une montagne de poudre blanche.

Il lui fallait un dérivatif, un moyen de décharger son trop plein de stress et d'en tirer une satisfaction immédiate. Son cahier bleu avait été brûlé et Mick avec ses drogues capables de lui vider le cerveau n'était pas une solution envisageable pour l'instant.

Sur l'écran, le présentateur annonçait le sommaire de la prochaine émission mais le regard de Draco était tourné sur sa gauche…Sur la valise qui trônait encore dans le couloir et qui semblait l'inviter à la suivre dans un voyage sans billet de retour, en bonne amante protectrice qu'elle lui jurait de devenir. Juste Draco et elle, fuyant éternellement.

Il soupira, incapable de quitter des yeux la poignée de l'objet qui lui promettait des moments meilleurs en sa compagnie. Il aurait été si facile de s'en emparer pour fuir une fois de plus. Si seulement Harry n'était pas arrivé au moment où Draco partait…

Il secoua la tête pour se forcer à regarder ailleurs et, lorsqu'un livre de Stephen King entra dans son champ de vision, il eut l'épiphanie. Il n'avait nul besoin de ce cahier bleu en particulier. Nul besoin d'un objet aussi facilement identifiable qu'un carnet. Il était sorcier après tout. N'importe quel objet pouvait devenir son cahier bleu, quand il le voulait.

Il se leva, attrapa sa baguette magique, puis il étudia le contenu de sa bibliothèque. Sa main saisit « Misery » et rapidement, au lieu de l'épais ouvrage apparut un fin cahier bleu. Draco prit de quoi écrire avant de s'asseoir à table en cliquant nerveusement sur le bouton poussoir qui faisait entrer et sortir la mine du stylo. Il réfléchit quelques minutes, incapable de trouver quoi raconter pour se sentir enfin libéré.

Il observa la pièce en soupirant puis, d'un coup de baguette rageur, stupéfixa le hibou qui n'avait pas cessé de cogner contre la fenêtre. Il ferma les yeux, toussota un peu et lorsqu'il ouvrit les paupières, il se pencha immédiatement sur le cahier, laissant les mots couler, sortir de lui et imbiber l'éponge à émotions que devenait la feuille blanche.

Je croyais avoir besoin d'en écrire des pages et des pages mais je me rends compte que je n'ai pas tant de choses à dire finalement.

Harry dort et moi pas.

Il m'a demandé de rester et je ne sais pas pourquoi, j'ai accepté. C'est comme si je n'arrivais pas à lui refuser quoi que ce soit. Je suis même incapable de lui en vouloir malgré qu'il ait lu certains passages de mon journal. J'ignore comment il s'y prend pour parvenir à ses fins avec moi mais c'est ainsi. Je crois que ça me déplaît de le trouver touchant à ce point. Il n'est pourtant pas à proprement parler fragile – de toute façon, les pauvres petites choses m'agacent plus qu'elles ne m'émeuvent – ni pitoyable. Il y a juste en lui cette confiance, cette extraordinaire capacité à vous persuader sur le moment que votre décision est la bonne. C'est étonnant quand on pense au temps que j'ai passé à le détester cordialement, à être irrité par tout ce qu'il pouvait dire ou faire, par tout ce qu'il pouvait représenter.

En attendant, il dort paisiblement – il avait l'air paisible quand j'ai quitté la chambre – et je suis là, à ressasser, à ne pas savoir ce que je ressens vraiment. Tout est confus.

Que restera-t-il de moi après ce procès ? J'ai l'impression que si je parle, si je raconte mon histoire face à ces inconnus, je vais me disloquer pour finalement finir en miettes. C'est le fait de me taire, de garder pour moi ma vie et mes émotions, qui me fait tenir debout, entier.

J'aimerais tellement tout laisser derrière moi, toute cette histoire qui me revient en pleine figure alors que tout allait bien. Je veux qu'on me fiche la paix une bonne fois pour toutes et que les sociopathes restent dans leur trou. Depuis ce soir, en plus de la panique et du dégoût est apparu un nouveau sentiment en moi. Un désir qui signifie peut être que finalement, je n'ai été qu'égratigné par tout cela et pas forcément détruit. Un désir que je n'avais pas ressenti depuis des années et qui me ressemble plus que l'être léthargique - qui laisse arriver les choses sans pouvoir les contrôler – que j'ai pu être ces derniers temps. J'ai envie de vengeance.

Une vengeance comme seul le digne fils de Narcissa et Lucius Malfoy sait les envisager. Douloureuse, spectaculaire, meurtrière. Quelque chose de sanguinolent. Je veux entendre leurs cris, leurs supplications, leur souffrance comme ils ont entendu mes cris, mes supplications, ma souffrance.

Je veux les entendre et me nourrir de leurs hurlements. Leur faire mal. Leur faire tellement mal. Je veux qu'ils meurent et plus je souhaite leur mort, plus je me sens en vie.

Ça faisait longtemps que je n'avais pas senti mes mains trembler du manque de leurs cœurs que je pourrais arracher et pulvériser. De toute façon, ce n'est pas un organe vital chez eux. Ils n'ont pas de cœur.

Je connais ce désir, il n'est pas nouveau, je l'ai déjà ressenti, envers Harry notamment, quand nous étions à Poudlard.

Je sais que je vais m'habituer à l'idée de ce procès et avec l'acceptation viendra la fin de cette envie de massacre – après tout je suis médicomage, je dois m'atteler à préserver la vie, pas à la détruire. Je me connais. Je sais que si je ne m'effondre pas, j'en sortirai plus fort, vainqueur, mais pour l'instant je n'en suis pas là.

Pour l'instant, je suis loin de me sentir fort.

J'ai peur, j'ai mal, je me dégoûte et j'en ai marre.

J'ai des envies de carnage, de destruction et de meurtre.

Karim me manque.

Cette nuit, Charlie m'a manqué car il a été le seul à me sortir de ces crises qui me terrifient.

Voilà où j'en suis.

Il reposa son stylo. La tête vide et le cœur toujours gros. Il ne prit pas la peine de se relire. Il écrivait pour coucher ses émotions sur le papier, rien de plus. Il rendit au livre de Stephen King sa forme initiale et il alla le reposer sur l'étagère avec des gestes lents. La pendule murale lui indiqua qu'il était quatre heures.

Il n'avait pas sommeil et la chaîne sur laquelle il était resté rediffusait un épisode des Feux de l'Amour ; épisode qu'il avait déjà vu au cours de la période où il découvrait la télévision, regardant absolument tous les programmes avec une béatitude qui faisait sourire Sirius. Il coupa le son mais n'éteignit pas, pas plus qu'il n'éteignit la lumière du salon lorsqu'il en sortit. Il monta dans la salle de sport, enfila un jogging, et il partit courir dans les rues de Londres, goûtant au plaisir de se sentir libre, bercé par le bruit des feuilles mortes que foulaient ses baskets.

Il rentra une heure plus tard, épuisé, le corps endolori par l'effort, mais rasséréné. Il prit une douche rapide puis il retourna prendre place sur le canapé, les jambes - croisées aux chevilles -reposant sur la table basse. Il remit le son de la télévision, changea de chaîne pour tomber avec plaisir sur un ancien concert d'un groupe de rap qu'il aimait particulièrement, les Public Enemy. Enfin un sourire se dessina sur son visage aux traits tirés lorsque Flavor Flav se mit à gesticuler dans une danse qui lui était propre en jouant avec la grosse horloge qu'il portait autour du cou.

Comme il n'avait pas voulu monter le son, il entendit qu'on actionnait la chasse d'eau, puis le robinet du lavabo.

« Tu ne dors pas ? Demanda Harry en faisant son entrée en caleçon blanc.

- Ta perspicacité me stupéfiera toujours, ironisa Draco avec un sourire en coin. C'est moi qui t'ais réveillé ? »

Harry secoua négativement la tête en ébouriffant sa tignasse brune et Draco le trouva d'une beauté inqualifiable à cet instant précis. Son corps était tellement « normal, » tellement…En bonne santé.

Il eut soudain l'image de ce que pouvait représenter le couple qu'il formait avec Harry. Ce dernier était la vie, Draco la mort avec son corps décharné, son teint blafard. Il fut pris d'une irrépressible envie d'étreindre Harry pour qu'il insuffle en lui un peu de vie.

Il tendit une main qu'Harry prit sans hésiter, laissant Draco l'attirer sur ses genoux avant d'embrasser ses lèvres avec une triste avidité. Le poing du Draco emprisonna une mèche brune, plaquant la bouche de Harry le plus fort possible contre la sienne. Leurs dents s'entrechoquèrent lorsqu'ils entrouvrirent les lèvres pour laisser leurs langues se caresser. Draco était étourdi et conscient à la fois, bien plus vivant qu'il ne l'avait été ces dernières vingt quatre heures.

Harry lui rendait son baiser avec une fougue empreinte de tendresse qui fit chavirer Draco. Il recula un peu pour frôler la joue de Harry avec un sourire assuré que lui seul savait aussi bien feindre. Harry ne lui rendit pas son sourire. Il se contenta de fixer ses yeux avec gravité, comme pour lui dire : « ça ne prend pas avec moi, Draco. »

Harry avança la main dans le but de balayer une mèche qui tombait devant les yeux de Draco mais son geste resta figé en vol.

« Draco ? Questionna-t-il avec suspicion.

- Oui ?

- Pourquoi y a-t-il un hibou immobile derrière ta fenêtre ?

- Je l'avais oublié lui, marmonna Draco sans se retourner. Il me dérangeait à frapper sans arrêt alors voilà.

- Au lieu de juste prendre le message qu'il te portait, tu as préféré lui balancer un sortilège maison. Tu es cruel.

- Et je n'en éprouve aucun remord.

- Libère le, crétin, ordonna Harry en entreprenant d'embrasser le cou de Draco.

- C'est demandé si gentiment. »

Draco tendit le bras derrière lui pour attraper sa baguette mais Harry fut plus rapide. D'un simple geste de la main, il brisa le sortilège de stupéfixion et l'oiseau s'en fut sans demander son reste, non sans avoir au préalable gratifié Draco d'une œillade assassine.

« Je crois que si ce piaf pouvait parler, tu te ferais copieusement remonter les bretelles alors que je compterais le nombre de 'vocabulaire Hibou' que tu sortirais pendant sa tirade, remarqua Harry avec un sourire amusé.

- Tu vois le mal partout. Cet oiseau m'adore.

- Tu ne veux pas savoir qui t'écrit ?

- Tu as toujours été d'une curiosité maladive, rétorqua Draco sans animosité. Je me moque de qui est incapable de se servir d'un téléphone. »

Harry devint soudain très sérieux alors qu'il scrutait le visage de Draco avec insistance, à tel point que le blond détourna le regard.

« As-tu au moins dormi cette nuit ? Interrogea Harry. Depuis quand es tu levé ?

- Je ne sais pas. Moins d'une heure c'est certain. La faim m'a réveillé, mentit-il sans ciller, en pointant du menton le paquet de chips ouvert sur la table.

- Tu as l'air vanné, tu ne veux pas essayer te recoucher ? »

Draco hocha la tête et il suivit Harry jusqu'à la chambre. Harry prit place dans le lit, couché sur le côté, et il tendit les bras à Draco qui vint se nicher contre le creux de son épaule pour trouver enfin un peu de repos, bercé par le souffle régulier du Survivant dans ses cheveux. Il ne sentit pas les lèvres chaudes frôler son front, ni la main de Harry qui dessinait des courbes invisibles sur son dos nu pendant qu'il dormait, vigie discrète et silencieuse du sommeil de Draco.

Harry n'était pas dupe.

Il avait respiré l'odeur du gel douche au lait de palme sur la peau de Draco. Il avait vu les vêtements de sport maculés de sueur dans la salle de bains. Il savait que Draco s'était levé bien plus tôt qu'il le prétendait. Il ne lui en voulait pas d'avoir menti, il était juste frustré, en proie à un sentiment d'impuissance qui allait crescendo. Un jour peut être, Draco lui ferait confiance au point de lui parler mais c'était encore beaucoup trop tôt, et la manière dont il dormait, les deux bras repliés contre son torse, renfermé sur lui-même dans une position qu'Harry interprétait comme défensive, ne présageait pas d'un changement imminent.

Lorsque Draco ouvrit les yeux deux heures plus tard, il était seul dans le lit mais l'odeur qui parvenait à ses narines lui disait qu'Harry ne se trouvait pas loin. L'idée de se rendormir était plaisante mais il avait du travail. Puisqu'il restait, autant s'y consacrer sérieusement et limiter le nombre de dérives au minimum. Il s'intima donc l'ordre de sortir du lit pour aller prendre une douche à la suite de laquelle il revêtit un pantalon et un pull noirs. Il rejoignit ensuite Harry qui s'affairait en chantonnant « Wonderwall » d'Oasis. Draco ne put s'empêcher de sourire lorsque le Survivant se servit d'une spatule comme d'une guitare.

« Je croyais que tu détestais cuisiner, dit-il en retournant une chaise afin de s'asseoir, accoudé au dossier.

- Politesse Malfoy, rétorqua Harry sans se retourner, concentré pour ne pas faire brûler le contenu de la poêle.

- Pardon ?

- Bonjour à toi aussi Draco. J'ai bien dormi, merci de le demander. Et toi ?

- Oui, bonjour, grommela Draco en ressentant le poids de la fatigue peser sur ses paupières ainsi que sur ses nerfs.

- Pour répondre à ta remarque, c'est vrai. Je ne suis pas particulièrement enthousiaste lorsqu'il faut cuisiner mais j'aime faire des exceptions.

- Et là c'est une exception parce que… ?

- Parce qu'une longue journée m'attend et que j'ai faim, railla Harry en s'approchant pour venir déposer un baiser furtif sur les lèvres de Draco. Vu qu'il n'y a pas grand-chose d'exploitable dans ton frigo, j'ai transplané chez moi pour tout apporter et pour me changer par la même occasion.

- Que prépares-tu ?

- Des pancakes, c'est Pansy qui m'a donné la recette. Tu en veux ?

- Volontiers, » répondit Draco en feignant l'enthousiasme.

Harry, surpris, marqua un temps de pause. Il ouvrit la bouche pour la refermer presque aussitôt. Il était inutile de faire le moindre commentaire. Draco se leva pour mettre en marche la cafetière et, lorsqu'il vit la montagne de pancakes sur l'assiette qu'Harry avait déposée au centre de la table, il fixa Harry d'un air sceptique.

« Tu as une dizaine d'enfants cachés et tu les as invité pour le petit déjeuner, c'est ça ? Demanda-t-il soudain avec un sourire goguenard. »

Harry éclata de rire et il jeta un torchon au visage de Draco en le traitant de crétin. Il s'installa ensuite à table, une tasse fumante de café noir copieusement sucré collée contre ses paumes, son regard vert rivé sur Draco qui tendait une main vers les pancakes avec prudence, comme si ces derniers risquaient de le mordre d'une minute à l'autre. Il songea que Draco ne devait même pas se rendre compte de ce qu'il était en train de faire, assis sur cette chaise à l'envers, à arroser ses crêpes américaines de sirop d'érable avec la même précaution que s'il était en train de les arroser de nitroglycérine. Il était clairement écoeuré mais il faisait un effort considérable pour masquer son dégoût face à Harry qui ne savait pas quoi faire d'autre que le regarder agir avec un pincement au cœur.

« Tu as reçu du courrier ce matin, dit-il pour occuper son esprit à autre chose qu'à l'observation de Draco faisant tous les efforts du monde pour verser du sirop d'érable sur deux pancakes.

- Toujours le même hibou ?

- Oui, il m'a gonflé à taper désespérément à la vitre alors j'ai récupéré la lettre. Tu devrais la lire, ça pourrait être important.

- Il y a le sceau du Ministère dessus ? Ou celui de Saint Mungo ? »

Harry secoua négativement la tête.

« Alors ce n'est pas important, » conclut Draco en léchant le sirop d'érable qui s'était déposé sur son pouce.

Harry haussa les épaules et il commença à manger. Draco avala une bouchée, puis une deuxième en décrétant qu'Harry était définitivement doué en cuisine. Il n'avait pas vraiment faim mais quelque chose s'était produit en lui, comme un déclic. La première fois, il avait suffit d'un tatouage pour lui donner à nouveau le goût de se nourrir. Cette fois ci, il ne savait pas vraiment quel était l'élément déclencheur.

Peut être était-ce le fait de voir Harry aussi bien portant, aussi séduisant dans son jean qui moulait agréablement ses cuisses musclées, et son tee shirt à manches longues qui mettait en valeur ses épaules larges. Peut être aussi qu'à la minute où il avait détourné le regard de sa valise, Draco avait eu la certitude qu'il se présenterait au procès et l'idée de se retrouver face à ses agresseurs en portant sur lui les marques de son traumatisme lui était insupportable. Il refusait catégoriquement de se montrer physiquement diminué face à eux. Il était nécessaire qu'il reprenne du poids avant le procès, même s'il devait se forcer à manger pour cela. Après tout, ne disait-on pas que l'appétit venait en mangeant ?

Il finissait à peine son café lorsque Harry poussa un juron en voyant l'heure.

« Je suis en retard, lança-t-il en se levant. Kingsley va me casser les dents à coups de pelle ! On a une descente à faire dans un repère de mages noirs à huit heures ! Tu me téléphones quand tu as une soirée de libre ? »

Draco hocha la tête et Harry lui donna un baiser rapide avant de partir. Dix secondes plus tard, il était de retour pour enlacer la taille de Draco alors que ses lèvres se posaient sur celles du blond avec une lenteur contrôlée, pour lui faire comprendre qu'il méritait plus qu'une bise entre deux portes. Draco prit le visage de Harry entre ses paumes et il fit glisser sa langue dans sa bouche. Harry l'embrassa alors avec la passion que Draco lui connaissait et le médicomage sourit contre ses lèvres.

« C'est ce que j'appelle un au revoir des plus agréables, souffla Draco.

- Attends la prochaine fois qu'on se voit, et je te montrerai comment je dis bonjour, » répliqua Harry avec un sourire entendu.

Il transplana à nouveau, rapidement suivi par Draco qui remisa son idée de prendre sa voiture. Lui aussi manquait de temps. Il avait des patients à voir, une journaliste à rencontrer, une potion à surveiller et il voulait s'assurer que l'état de Severus Rogue ne s'était pas aggravé. Il passa la journée entière à se consacrer aux autres plutôt qu'à lui-même et à aucun moment ses préoccupations ne furent court-circuitées par l'appréhension du procès. Il l'avait déposée à l'entrée de Saint Mungo et, même s'il savait qu'il devrait rentrer chez lui et la retrouver le soir, il bénéficiait d'une journée de répit. C'était plus qu'il n'aurait osé le demander.

Il avait été relativement distant avec ses collègues depuis son arrivée aussi fut-il stupéfait lorsque trois médicomages lui proposèrent de se joindre à eux pour manger à la cafétéria, entre deux visites aux patients. Draco accepta et, même s'il resta relativement évasif dans toutes ses réponses, il s'intéressa à eux et cela sembla jouer en sa faveur puisqu'à deux reprises dans la journée, ses trois nouveaux compagnons lui demandèrent de venir prendre un café avec eux ; offres qu'il refusa poliment. Il n'en allait pas de même pour tous les membres du corps médicomagique cependant. Ginny et lui s'ignoraient superbement dans les couloirs ou, lorsqu'ils étaient en forme, Ginny le gratifiait d'un regard assassin auquel il répondait par une moue méprisante. Ils se comportaient en professionnels aguerris face aux malades mais dès qu'ils sortaient des chambres, les remarques acerbes fusaient de part et d'autre.

Il travailla tard ce jour là et lorsqu'il rentra, il lança un sortilège pour que l'appartement soit nettoyé pendant qu'il se douchait. Il ne mangerait pas ce soir. Il avait déjà fait deux repas frugaux, c'était presque trop pour son estomac qui n'était plus habitué qu'à ne contenir le strict minimum les jours fastes.

A peine fut-il couché qu'il s'assoupit, mais très vite, les terreurs nocturnes firent leur apparition. Comme la veille, il dût faire tous les efforts possibles pour ouvrir vraiment les yeux. Lorsqu'il y parvint, son cœur battait si fort que c'en était douloureux. Sachant pertinemment qu'il n'allait pas pouvoir se rendormir, il s'habilla et il retourna à Saint Mungo pour travailler.

Le lendemain soir, il prit une potion pour dormir qui fit effet trois heures, avant que ces manifestations de cauchemars semi conscients l'extirpent définitivement d'un sommeil qui n'avait plus rien de réparateur. Une fois encore, il s'habilla et prit la direction de l'hôpital.

Il y passa finalement toute la semaine, travaillant d'arrache pied pour s'occuper l'esprit et dormant sur place, sur le canapé de son bureau, pas plus de deux ou trois heures par nuit, entrecoupée par les urgences. Et même là, il lui arrivait de se réveiller en cherchant son air, la bouche ouverte dans un hurlement silencieux. Il ne rentrait chez lui que pour se doucher, se changer, prendre ses messages téléphoniques, aller courir de temps en temps, même si la fatigue rendait ses jambes lourdes et percluses de crampes.

Ce rythme lui convenait parfaitement, même s'il était épuisé physiquement et de plus en plus irascible. Il perdait la notion du temps et cela ne le dérangeait pas. Il mangeait souvent seul dans son bureau ou à la cafétéria, observant les groupes de praticiens qui discutaient vivement ou qui riaient de bon cœur à des plaisanteries qu'il n'entendait pas. Ses trois collègues, qui faisaient partie de l'unité psychomagique, le rejoignaient parfois mais les autres médicomages prenaient un soin tout particulier à l'éviter. Il ne faisait rien pour paraître ouvert, il ne cherchait pas leur compagnie même s'il enviait leur joie de vivre et leur appétit féroce. Lui ne mangeait que la moitié de ses assiettes, mais c'était bien plus qu'il n'avait avalé ces derniers mois. Il avait même presque repris un kilo, ce dont il était ravi. Avec un peu de chance, il aurait l'air en parfaite santé pour le procès.

Le fait de se réfugier dans le travail rendit également plus supportable l'absence de Karim et il s'en félicitait.

Une nuit, alors qu'il dormait sur le canapé de son bureau, il fut réveillé par l'entrée fracassante d'Hermione qui fouilla quelques secondes dans ses dossiers avant de noter sa présence. Il s'assit en frottant ses yeux entre son pouce et son index avant de parler.

« On peut savoir ce que tu fais à fouiller dans mes tiroirs en pleine nuit, Gran...Jordan ? Tu n'es pas censée être chez toi en ce moment, à bidouiller des chocogrenouilles explosives ou je ne sais quelle idiotie avec ton mari ? Demanda-t-il sèchement.

- Parce que je t'ai réveillé et que je m'en veux, je vais faire comme si je n'avais pas entendu tes remarques d'asocial de base, rétorqua Hermione sans ciller. La femme de Bennett est en plein accouchement alors je le remplace. Je suis en train d'ausculter un patient que vous avez en commun et c'est pour ça que je cherche son dossier. L'écriture de Bennett est illisible. Et toi, que fais tu là ?

- Je suis de garde cette semaine.

- Tu n'étais pas noté sur le planning pour la nuit. Je le sais, c'est moi qui m'en suis occupée quand tu étais en vacances, si on peut dire, avec Harry.

- Et bien j'ai changé les plannings, soupira Draco. Qui est le patient en question ? Je suis là, je peux m'en charger.

- Monsieur Blake, il a reçu un sortilège de saignement de nez et selon Bennett, il est souvent victime de sorts plus ou moins violents. Il m'a dit qu'il soupçonnait sa femme de le maltraiter. »

Un rictus sardonique se dessina sur les lèvres de Draco qui secoua lentement la tête.

« Il se trompe. Sa femme n'y est pour rien.

- Comment le sais tu ? Tu l'as vu deux fois alors que Bennett le traite depuis des mois. Ne surestime pas ton talent, Draco.

- Et toi, ne me sous estimes pas, Hermione.

- Qu'est ce qu'il a, à ton avis ?

- Il n'a rien à faire dans mon service, il devrait se trouver dans l'aile psychomagique.

- Tu penses qu'il est à l'origine de ses symptômes ? Questionna Hermione en ouvrant de grands yeux.

- Syndrome de Münchhausen. Je sais que c'est rarissime chez les sorciers, mais rare ne signifie pas inexistant. Bennett et moi sommes en total désaccord concernant son cas mais je ne plierai pas, je suis sûr de moi. De toute façon, je ne me trompe jamais.

- Laisse moi en juger seule. Un troisième avis pourra confirmer ou infirmer ton hypothèse.

- Ce n'est pas une hypothèse mais un diagnostic fiable, insista Draco en se passant la main dans les cheveux. Et je peux très bien m'en occuper, c'est mon…

- Oui, oui, coupa Hermione. Tu es le plus fort, le plus compétent mais pour le moment, tu es surtout à deux doigts d'obtenir le brevet de la meilleure imitation de la loque humaine. Dors, je repasse tout à l'heure pour te faire part de mes conclusions. »

Il ouvrit la bouche pour protester, en vain. Hermione sortit en trombes du bureau et il entendit le claquement de ses talons résonner dans le couloir.

Elle n'est pas belle, songea-t-il en se levant, mais elle a une classe inouïe, elle a changé.

Il vint s'asseoir sur le bureau et il prit le téléphone en se demandant quelle mouche le piquait. Il était une heure du matin, c'était indécent d'appeler les gens aussi tard. Il prit malgré tout son agenda et composa le numéro. Au bout de quelques sonneries, la voix ensommeillée et contrariée de Harry se fit entendre.

« Je te réveille ? Demanda Draco en regrettant déjà d'avoir appelé.

- Oui, et dès que j'aurai émergé, je serai content de t'entendre. Tu ne dors pas ?

- Je suis à Saint Mungo.

- D'accord. Mais tu vas bien ?

- Je vais bien, et toi ?

- Fatigué. J'ai beaucoup travaillé pour retrouver les mages noirs qui avaient été prévenus de notre descente dans leur repère. J'ai dû aller jusqu'en Indonésie pour en attraper un qui ne s'est pas laissé prendre aussi facilement que je l'espérais. Et hier soir, on a fêté la naissance de Rainbow dans un pub avec Ron, Sirius et quelques copains. Je t'aurais bien invité mais comme Ron et toi n'êtes pas vraiment proches, j'ai préféré éviter.

- De toute façon je n'aurais pas pu venir, j'avais beaucoup de travail. Vous avez bu plus que de raison ? »

Il entendit Harry soupirer à l'autre bout du fil avant d'allumer sa cigarette.

« Ça dépend de ce que tu entends par 'plus que de raison.' Si ça veut dire se faire sucer dans la cuisine d'un de mes copains, non, je n'ai pas bu plus que de raison. Mais on s'est quand même torché la gueule bien comme il faut, oui, admit-il en soufflant dans l'appareil.

- Vocabulaire, Potter.

- Une heure du matin, Draco. Il est une heure du mat' et à cette heure là, mon vocabulaire est dans le coma. On va faire un pari, la prochaine fois qu'on se voit, tu ne diras pas une seule fois, « vocabulaire. »

- Je peux très bien y arriver. Et je ne t'ai pas appelé pour entendre tes allusions sur ce qui est arrivé chez Karim. J'ai dérapé, je le reconnais mais on ne va pas remettre ça sur le tapis à chaque fois.

- Excuse moi, je crois que ça m'a choqué bien plus que je veux le reconnaître, expliqua Harry en soufflant sa fumée. J'ai eu du mal à te voir dans un tel état.

- Dis toi que je suis capable de bien pire…Ecoute, je crois que c'était une mauvaise idée de t'appeler aussi tard, on va encore entrer en conflit et ce n'est pas ce que je veux.

- Je n'en ai pas envie non plus, Draco, murmura Harry d'une voix grave. J'aimerais qu'on puisse se parler sans se sauter à la gorge, je t'assure.

- Alors ne jette pas le premier pavé dans la marre, conseilla sèchement Draco tout en se massant la nuque d'une main. As-tu des nouvelles de Sirius ?

- Tu n'as pas lu les journaux ? »

Draco se mordit la lèvre, en proie à une furieuse envie de répliquer que s'il lui posait la question, ça signifiait qu'il n'avait évidemment pas lu les journaux dernièrement.

« Non, je n'ai pas lu les journaux, Harry, se contenta-t-il de répondre sans animosité. La commission disciplinaire a statué ?

- Elle donnera son verdict dans dix jours mais il y a un tel élan de sympathie de la part du public qu'il est pratiquement assuré de rester en poste.

- C'est une excellente nouvelle pour lui.

- Neville m'a dit que votre potion prenait la couleur que vous attendiez, tu dois être soulagé.

- Non, parce que je n'étais pas inquiet.

- Oh, j'oubliais, tu es un génie des potions, ironisa Harry.

- Loin de là, mais Londubat est le meilleur herboriste qu'on puisse trouver alors…Si tu lui répètes ça, je ne réponds pas du sort que je pourrais te jeter.

- Draco ?

- Oui ?

- Je suis Auror. J'ai reçu un entraînement bétonné pour contrer le moindre des sortilèges que tu pourrais me jeter, avant même que tu n'aies pensé à le jeter, précisa Harry d'une voix qu'il voulait monocorde mais qui masquait mal son envie de rire.

- Ah merde…

- VOCABULAIRE MALFOY !!! Hurla Harry si fort que Draco dût éloigner le combiné de son oreille quelques secondes en le traitant de fou tordu. Jared avait raison, c'est orgasmique de te renvoyer ton 'vocabulaire' de temps en temps.

- Il vous en faut peu pour vous amuser, constata Draco en esquissant un sourire. Je vais devoir te laisser, on frappe à la porte de mon bureau. Fais de beaux rêves, Harry.

- Merci, je te rappelle dans la semaine ?

- J'espère bien. »

Draco raccrocha et, d'un ton jovial, il invita le visiteur à entrer. Il déchanta dès qu'il vit Ginny Weasley apparaître dans l'encadrement.

A suivre…

Merci d'avoir lu jusque là et encore toutes mes excuses d'avoir autant tardé à écrire ce chapitre. Comme vous avez pu le constater, il tourne essentiellement autour de Draco et de sa perception des choses, à l'instar des deux prochains chapitres.

Biz.