TRAUMA
DISCLAIMER : JKR est la reine, elle possède tout. Je ne fais que lui emprunter ses personnages dans un but non lucratif.
RATING : toujours M (le M est justifié, vraiment. Si jamais cette histoire venait à être supprimée à cause de ça, vous pourrez toujours la retrouver sur Manyfics…c'était la pub numéro un du jour.)
Un grand, un immense merci à Artoung, Vif d'Or, Chris et BadAngel pour la relecture.
A Damien qui avait pris le temps aussi alors qu'il n'avait franchement pas que ça à faire (RIP, love.)
Petite pub, parce qu'elle le vaut bien : courez lire les histoires de SithGirl si ce n'est pas déjà fait. Ce sont de pures merveilles (mode fangirl : ON)
Bonne lecture à vous, merci de continuer à lire cette fic.
CHAPITRE 14 : ERREURS
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Cette nuit là, Draco ne rappela pas Sirius. Lui téléphoner pour lui dire quoi de toute façon ? Que tout allait trop vite pour lui et qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait ressentir face à la nouvelle ?
Lorsqu'il avait entendu les dates du procès, il avait paniqué et cette sensation d'être un animal pris dans un piège avait duré moins d'une heure. Ensuite, plus rien. Il avait vogué dans une sorte de brouillard sans bien savoir ce qu'il faisait. Il était conscient d'avoir nettoyé à la main une pléiade de tâches fictives sur le sol de sa salle de bains mais il ne savait pas comment il en était arrivé à se retrouver à quatre pattes, frottant frénétiquement le carrelage avec une éponge imbibée de javel.
Il avait eu envie d'aller courir, puis il s'était ravisé. Il s'était rendu dans la chambre pour regarder Harry dormir, étrangement apaisé à l'idée qu'au moins un d'entre eux passait une bonne nuit. Il avait caressé son dos nu, embrassé son épaule puis il était ressorti pour s'asseoir devant la télévision, fixant l'écran sans même regarder les programmes diffusés. Depuis qu'il avait parlé de ce pouvoir transmis par sa mère, il se demandait comment il avait fait pour ne pas s'en servir jusqu'à présent. Quelque part, le côté secret de cet héritage l'avait poussé à vivre comme s'il ne possédait pas ce don…Pourtant tout serait tellement plus simple s'il n'avait pas cette barrière interne qui l'empêchait de détruire la vie, quelle qu'elle soit.
Lorsque Harry se réveilla sur les coups de six heures du matin, il ne fut même pas surpris d'être seul dans lit de Draco. Il enfila un tee-shirt, un pantalon et il rejoignit le blond qui buvait un thé à la menthe, assis sur le plan de travail de la cuisine, son regard cerné totalement vide d'expression. Harry vint se poster entre ses jambes. Il entoura sa taille de ses bras et il embrassa ses lèvres délicieusement sucrées par la boisson chaude pour le saluer. Draco lui rendit paresseusement son baiser avant de tendre le bras en arrière pour attraper une tasse qu'il tendit à Harry. Le brun s'en saisit et il y versa le contenu de la théière.
Il régnait dans la pièce un mélange d'odeurs qui interpellèrent l'Auror. La première était agréable, c'était celle de l'eau de toilette de Draco mêlée au thé à la menthe. La seconde était tenace, presque agressive. De la javel. Harry jeta un rapide coup d'œil autour de lui et il constata qu'effectivement, la cuisine pourtant immaculée la veille avait été relavée dans la nuit. Le point d'impact du verre lancé par Draco avait disparu et Harry était sûr que s'il allait dans le salon, tout serait d'une propreté aseptisée à faire pâlir d'envie les plus grands hôpitaux.
Une profonde tristesse le gagna, alliée à un violent sentiment d'impuissance…Toujours le même.
« Tu es réveillé depuis longtemps ? Demanda-t-il en caressant la cuisse nue de Draco.
- Une heure, tout au plus, » répondit Draco en soutenant son regard.
Toute la douleur éprouvée par Harry face aux difficultés de Draco fondit comme neige au soleil pour laisser place à de l'agacement…Peut être même à de la colère.
« Tu n'en as pas marre de te foutre de moi ? Pour quel genre de crétin me prends tu ? Questionna-t-il en reculant un peu, sans quitter le blond des yeux.
- De quoi parles-tu, Harry ? Renvoya Draco d'un air sincèrement désorienté alors qu'il posait lentement sa tasse sur le plan de travail.
- Je ne comprends pas ton besoin de me mentir. Il est évident que tu as nettoyé ton appartement à fond et, vu l'état de tes mains, tu n'as pas fait appel à la magie pour ça. Alors ne me dis pas que tu sors à peine du lit.
- Très bien, je n'ai pas dormi de la nuit, tu es content ? Siffla Draco.
- Je vois mal en quoi le fait que tu souffres d'insomnies puisse me satisfaire mais passons…
- J'ai menti parce que je ne voulais pas que tu t'inquiètes, c'est tout, coupa Draco en se frottant le front du plat de la main avec lassitude. Ma journée d'hier a été difficile, je ne te l'ai pas caché, et ça a joué sur mon sommeil. Il n'y a pas de quoi se sauter à la gorge pour si peu.
- Si peu, Draco ? Interrogea Harry en passant nerveusement ses doigts dans ses cheveux en bataille. Tu penses réellement qu'un entretien avec Zabini, c'est un détail sans importance ? »
En à peine une seconde, Draco devint livide. Il semblait avoir cessé de respirer. Il entrouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit alors il serra les dents. Il secoua lentement la tête, comme s'il n'arrivait pas à le croire, puis il émit finalement un rire désabusé. Lorsqu'il posa son regard gris délavé sur Harry, il était glacial.
« Tu n'étais pas censé être au courant, lança-t-il sèchement.
- Et bien je le suis pourtant, » rétorqua Harry sans se laisser impressionner par la dureté de son ton. Après tout, Draco n'était pas le seul à être énervé dans cette pièce aseptisée aux relents de javel. « Quand je suis allé chercher mes notes concernant ce mage noir psychopathe, j'ai vu un mémo de Kingsley au sujet de Zabini sur le bureau de Ron. Je t'ai donné tout le reste de la soirée d'hier pour m'en parler…Tu comptais passer une chose aussi importante sous silence ?
- En gros, oui.
- J'hallucine ! Tu aurais dû m'informer !
- Et pourquoi je te prie ? Demanda Draco en balançant ses jambes de manière à faire cogner ses talons contre les portes du placard. Non, vraiment, explique moi parce que je suis perdu là…Depuis quand dois-je te faire des rapports détaillés sur tout ce qui m'arrive ? J'estime que ça ne te regarde pas, c'est mon droit le plus strict.
- Mais putain, ça me regarde ! Nous sommes ensemble, Draco et tu dois quand même pouvoir te confier à moi ! Comment veux tu que je t'aide si tu…
- M'aider ?! L'interrompit Draco en haussant considérablement le ton alors qu'il bondissait sur ses jambes. Tu veux m'aider à tout prix, Harry, n'est ce pas, même quand je ne te demande rien ? Il ne t'est pas venu à l'esprit que je ne voulais pas que tu m'investisses comme une de tes œuvres sociales ?
- Tu racontes n'importe quoi, soupira Harry en baissant la voix pour inciter Draco à faire de même.
- Je m'en fiche. Tu n'as aucun droit de me faire une scène parce qu'ai passé sous silence une chose à laquelle je n'ai même pas envie de penser…Pas plus que tu n'as le droit de te servir de moi comme d'un moyen de panser tes propres blessures.
- Je ne cherche pas à t'aider pour m'aider moi-même. C'est du délire Draco…Je veux juste que tu me parles.
- Alors prends un numéro parce tu n'es pas seul sur le coup, ironisa le blond en pensant soudain à Karim. Je n'ai pas besoin de te confier les moindres détails de ma vie pour me sentir proche de toi, Harry, mais je crois que ça, tu ne l'as pas compris. Je suis trop fatigué pour gérer ce genre de crise ce matin. Je crois que tu devrais partir.
- Je crois aussi, répondit Harry. Je n'ai pas envie d'être avec quelqu'un qui n'a rien à partager avec moi.
- Va te faire pendre, Potter, cracha Draco en ouvrant grand la porte d'entrée. J'avais beaucoup à partager…Mais pas ça. Excuse moi d'avoir préféré partager avec toi le positif plutôt qu'un instant de dégoût total. Qui sait, après tu serais peut être allé tuer Zabini et j'aurais encore eu Sirius sur le dos, à limite m'accuser de commanditer des meurtres !
- Je t'emmerde Draco. Tu ne feras pas de moi un bourreau, » déclara Harry en claquant la porte derrière lui.
Malgré la colère, il garda la tête assez froide pour s'assurer que personne ne venait dans le couloir avant de transplaner. Il fut presque surpris de réaliser qu'il avait choisi la maison de Sirius comme destination. Il resta longtemps devant la porte, hébété, insensible au froid malgré le fin tee-shirt qu'il portait. Comment les choses avaient-elles pu lui échapper de la sorte ? Il s'était rendu compte qu'il agissait de manière irrationnelle mais c'était plus fort que lui, comme si un autre en lui avait pris les commandes pour provoquer une scène chez Draco, parce que ce dernier s'obstinait à attirer Harry pour mieux le repousser par la suite.
Ses mains tremblaient, sa respiration était laborieuse, il s'en voulait d'avoir sciemment mis leur relation en péril. Il en voulait à Draco pour son silence, ses mensonges et son agressivité. Il avait l'impression d'avancer dans un épais brouillard, en état de choc, cherchant à comprendre ce qui lui paraissait incompréhensible. Sirius lui ouvrit la porte alors qu'il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait sonné. Dès qu'il le vit grelottant dans le vent glacé de novembre, Sirius le prit par le bras pour le faire entrer.
« Harry, qu'est ce qui t'arrive ? Demanda-t-il sans parvenir à masquer son inquiétude. Je croyais que tu étais au Nicaragua.
- Je suis revenu pour me faire offrir un café, » répondit Harry en essayant de retrouver ses esprits.
Sirius marmonna quelque chose qui ressemblait à « mais oui c'est ça » alors que son filleul entrait dans la cuisine pour stopper net en voyant une femme assise à table. Il tenta de sourire tout en envisageant de rentrer chez lui pour se cacher sous les couvertures jusqu'à la fin de cette journée déjà très mal entamée. Un silence gêné s'installa et il fit l'effort de le briser en s'adressant à l'hôte de son parrain, laquelle avait selon toute vraisemblance, dormi sur place.
« On ne s'est pas déjà rencontrés ? Questionna-t-il sans parvenir à resituer où il avait vu la jolie blonde.
- Si, à Saint Mungo. Je suis Sonia, une collègue de Ginny.
- Oui, je me souviens. Comment allez-vous ?
- Bien, répondit-elle en lançant une œillade complice à Sirius. Je dois aller travailler. Ça m'a fait plaisir de vous revoir. »
Harry lui serra la main en se disant qu'il n'aimait pas la façon qu'elle avait de le regarder, comme s'il était à deux doigts de devenir son filleul par alliance. Il appréciait cependant sa capacité de réaction. Il ne lui avait pas fallu plus d'une minute pour comprendre qu'il avait envie d'être seul avec son parrain. Un bon point pour elle si elle comptait faire partie de la famille.
« Elle a l'air gentille, et elle est mignonne, constata Harry en allumant une cigarette après que Sirius ait raccompagné Sonia à la porte.
- Oui, pour les deux remarques. C'est Draco qui nous a présentés. Il était bien luné ce jour là. Mais je suppose que ce n'est pas pour me parler d'elle que tu es venu. Quel est le problème ?
- C'est sûr, demandé comme ça, ça donne tout de suite envie de se confier à toi, ironisa le jeune homme en tirant longuement sur sa cigarette. Je voulais juste te voir…Ne pas rester seul. J'ai merdé avec Draco.
- Merdé dans le genre « cas de divorce » ?
- Je crois, oui. » Il poussa un long soupir, puis il se servit un café. Il passa un long moment à observer sa tasse avant de boire une gorgée. « Tu étais au courant pour l'entrevue avec Zabini ? »
Ce fut au tour de Sirius de soupirer. Il rejeta sa longue chevelure brune en arrière, posa les coudes sur la table et joignit les mains, les deux index relevés appuyés contre ses lèvres comme s'il réfléchissait intensément.
« Oui, avoua-t-il enfin. Le Ministre de la Justice Magique, Montell…
- Mc Cormack, je connais, coupa Harry en se passant la main dans les cheveux.
- Il m'a mis au courant dans l'après midi, alors que Draco était déjà à Azkaban. Tu sais qu'officiellement, je ne peux pas instruire cette affaire puisqu'il y a conflit d'intérêt. Mais Montell me tient informé de ses décisions idiotes et injustes envers Draco.
- Pourquoi a-t-il forcé Draco via cette injonction, à aller rendre visite à Zabini ? C'est du pur délire ! Si Mc Cormack cautionne ce genre de harcèlement envers les victimes, plus personne ne voudra porter plainte !
- Heureusement, ou malheureusement, ça dépend de quel point de vue on se place, ce traitement n'est réservé qu'à Draco. Montell ne veut pas qu'on mette en doute son impartialité, alors il accède à un bon nombre de requêtes de ces misérables pervers. Quelque chose me dit que ce procès va être très éprouvant nerveusement…Et le pire dans tout ça, c'est qu'il rêve de coller dix ans de plus à Crabbe et Goyle, sans procès, juste parce qu'ils ont eu le culot de demander une révision de leur jugement.
- Que voulait Zabini ? Questionna soudain Harry en tirant furieusement sur sa cigarette.
- C'est à Draco de te l'expliquer, Harry.
- Merde Sirius ! Ron et toi vous auriez dû m'en parler !
- Pourquoi ? Tu n'es pas le tuteur de Draco que je sache. Nous ne sommes pas tenus de t'informer, surtout pas moi. Tu sais que j'ai une dette envers ce gamin. Dis moi plutôt ce qui s'est passé.
- Je ne vais pas entrer dans les détails. J'en ai juste marre qu'il me mente en me regardant bien en face et qu'il me tienne à l'écart de tout. Du coup je me suis emporté, j'ai cherché la dispute. J'aurais dû m'exprimer calmement et au lieu de ça, je n'ai pas pu me contenir, j'ai explosé.
- Harry, nous sommes en train de parler de Draco là, lança Sirius en faisant les gros yeux car le jeune homme allumait une autre cigarette. C'est quelqu'un qui a besoin de temps pour digérer les informations avant de les restituer. C'est aussi quelqu'un qui, s'il a envie d'entrer dans le jeu du conflit, parviendra à le faire, que tu t'exprimes calmement ou non. Il n'écoute pas le ton que tu emploies mais les mots, et tu le sais alors ne t'en veux pas d'avoir été abrupte avec lui et demande toi plutôt pourquoi tu en es arrivé à lui reprocher d'agir comme à son habitude.
- Putain Sirius, tu ne te rends pas compte ! Il devait être vraiment mal après avoir vu Zabini et je ne trouve rien de mieux à faire que de m'en prendre à lui à cause de ça justement. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je me suis senti rejeté.
- Oui, certes, concéda le Ministre avec un sourire forcé. Ce n'est pas comme s'il ne t'avait pas invité à une soirée entre amis. Mais je comprends ta réaction. Tu t'inquiètes pour lui et tu crains d'être attaché à lui plus qu'il n'est attaché à toi alors tu prends tout trop à cœur. James était comme ça aussi…
- Sirius, coupa sèchement Harry en tapant nerveusement sur sa cigarette pour faire tomber la cendre dans sa tasse. Je sais pertinemment que je suis bien plus attaché à Draco que l'inverse. Et je ne suis pas mon père. Mes réactions ne sont pas forcément les mêmes que les siennes.
- Je ne te contredirai pas pour ce qui est des réactions. Tu es aussi impétueux que ta mère, remarqua Sirius avec un sourire empli de tendresse. Tu pars au quart de tour, comme elle. En attendant, je ne saurai que te conseiller de ne pas présumer du degré d'attachement de Mister Malfoy envers toi. Tu n'en sais rien. Je comprends que le silence de Draco et l'incertitude quant à ses sentiments te rendent paranoïaque Harry, je le serais aussi à ta place. Et puis, pour mémoire j'adore ce gamin, mais reconnais qu'il est tout sauf facile à vivre et qu'il ne t'aide pas à garder ton calme quand il prend tout de travers. Essaie de lui en parler plutôt que de te payer des réactions totalement disproportionnées. Après tout, ce n'est pas parce que lui se tait que tu dois en faire autant…
- Et c'est toi qui dis ça alors que tu parles encore moins que Draco…Je suis complètement perdu, admit Harry en baissant la tête.
- Je ne crois pas, contra Sirius en lui ébouriffant affectueusement les cheveux. Tu sais exactement ce que tu veux.
- Si seulement tu pouvais avoir raison.
- J'ai toujours raison, espèce d'avorton, plaisanta Sirius avant de retrouver son sérieux. Bon, tu es parti en cacahuète ce matin mais les choses vont s'arranger, ne te provoque pas un ulcère pour ça. Si Draco a ce défaut de ne pas beaucoup parler de lui, il sait écouter et il t'écoutera si tu vas le voir. Mais garde à l'esprit que tu ne peux pas le forcer à tout te raconter. Respecte ça, Harry, donne lui le temps de trouver les mots pour se confier à toi et, s'il ne le fait pas, c'est juste parce qu'il n'en n'éprouve pas le besoin.
- J'ai merdé, hein ? Soupira Harry en portant la cigarette à ses lèvres.
- Il aurait pu t'empêcher d'aller trop loin dans les reproches, je suppose. Je ne sais pas comment il a réagi mais connaissant l'animal, il a sûrement mis un point d'honneur à alimenter le conflit. Cependant, t'énerver parce qu'il ne t'a pas dit dans la seconde qu'il avait été contraint et forcé de rencontrer un de ses pires cauchemars, c'est loin de coller à ton image de gentil garçon. A part ça, on t'a communiqué les dates du procès ? »
Harry secoua la tête en signe de négation tout en écrasant sa cigarette dans sa tasse. Sirius tenta de déchiffrer une émotion sur le visage fermé de son filleul mais ce dernier ne révélait rien. Il songea furtivement que Draco et Harry avaient en commun cette habileté à masquer ce qu'ils ressentaient lorsqu'ils le décidaient, puis il parla rapidement du procès.
« Janvier, c'est bientôt là, remarqua Harry.
- Ça laissera amplement le temps à Draco de paniquer. Vivement qu'on en finisse avec cette mascarade…Vivement qu'on en finisse avant que trop de plumes soient laissées en chemin. »
Harry approuva d'un hochement de tête sans réaliser que Sirius parlait aussi de lui, et il porta une nouvelle cigarette à ses lèvres. Maintenant que la tempête était passée, il se rendait compte à quel point sa réaction avait été irrationnelle et à quel point Draco - malgré sa promptitude à sauter sur l'occasion pour se disputer avec lui - s'était dévoilé.
« Je n'ai pas besoin de te confier les moindres détails de ma vie pour me sentir proche de toi » avait-il dit et Harry, trop en colère à ce moment là, n'avait pas relevé. A présent, il n'entendait plus que la voix traînante de Draco répéter cette phrase à l'infini et il comptait sur la soirée chez Ron pour prendre le blond à part afin de tenter une réconciliation, si c'était encore possible.
Il remercia Sirius puis il rentra chez lui pour se doucher avant de retourner au Ministère où il invita Ron et Pansy à l'aider dans son laborieux travail pour recouper des informations sur les crimes similaires à ceux sur lesquels il se penchait en ce moment.
Et alors qu'il épluchait des kilomètres de dossiers, entre deux soupirs ennuyés, il lui arrivait de sourire un peu parce que Draco se sentait proche de lui.
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Lorsqu'il reposa son stylo, Draco éprouvait encore ces sensations de colère et de malaise qui ne l'avaient pas quitté depuis cette dispute surréelle avec Harry. Il ne comprenait pas comment il n'avait pas été capable de dire la vérité. Il n'avait pas fait part de son entrevue avec Zabini parce qu'il ne voulait pas inquiéter Harry et parce que Blaise Zabini n'était pas un sujet qui méritait qu'on s'y attarde. Sans parler du fait que Draco n'avait aucune envie de penser à ce que Zabini lui avait fait…Surtout pas quand il était avec Harry. Il s'en voulait, cruellement conscient du fait qu'il n'était pas sécurisant et que les réactions de l'Auror découlaient directement de sa propre attitude.
« On vous attend pour le diagnostique. » Annonça Sonia en restant dans l'encadrement de la porte du bureau de Draco.
Le blond hocha la tête et il cacheta l'enveloppe sur laquelle figurait l'adresse de Luna avant de la tendre à l'infirmière.
« Veillez à faire partir ce courrier par hibou le plus vite possible » ordonna-t-il en luttant contre le sommeil qui voulait s'emparer de lui coûte que coûte en rendant ses paupières de plus en plus lourdes.
Même parler devenait difficile tellement il avait du mal à aligner deux mots en articulant correctement. Il était proche du point de rupture et le pire dans tout ça, c'était qu'il en en avait pleinement conscience et qu'il acceptait cela comme une fatalité. Il espérait juste qu'il n'allait pas craquer en public.
Pour éviter tout débordement, il avait déjà pris les devant et annulé la soirée chez Luna et Ron pour ne pas avoir à affronter Harry. Il n'avait pas la force d'agir de façon rationnelle et il risquait d'aller beaucoup trop loin cette fois, aussi préférait-il jouer la carte de la prudence en prétextant (ce qui était tout de même vrai) un surplus de travail à l'hôpital.
Il referma la porte de son bureau. Elle semblait terriblement lourde. L'idée soudaine lui vint que s'il devait transplaner, il en serait incapable. Peut être allait-il même être dans l'impossibilité d'invoquer le sortilège adéquat pour cette fillette dont le grand frère n'avait rien trouvé de plus drôle que de neutraliser le système immunitaire à l'aide d'un sort de magie noire qu'il avait lu dans un livre subtilisé à ses parents. Pour faire court, elle allait mourir d'une myriade d'infections si Draco ne se montrait pas à la hauteur.
Il pénétra dans la chambre où Hermione s'affairait déjà à la tâche avec le professionnalisme qui la caractérisait si bien, pendant que Ginny empêchait les parents de trop s'approcher.
« Qu'est ce qu'on a ? Demanda Draco en posant la main sur le front de la fillette.
- J'aimerais le savoir, répondit Hermione en jetant un regard torve au grand frère qui sanglotait dans un coin de la chambre. C'est toi l'expert en magie noire, tout ce que j'ai pu faire n'a servi à rien à part arrêter le saignement de sa bouche.
- D'accord. Faites sortir la famille, elle me dérange, » ordonna Draco.
Aussitôt, Ginny prit les choses en main et, sourde aux protestations des parents, elle mit tout le monde dehors.
« Bien, on va pouvoir travailler maintenant. » Déclara Draco en agitant sa baguette tout en récitant une formule dans un langage que même Hermione ne connaissait pas. Rapidement, la respiration de la petite fille se fit plus régulière et ses traits se détendirent pour enfin exprimer le repos plus que la douleur. Hermione se tourna vers Ginny qui haussa les épaules en signe d'incompréhension.
« C'est peut être du parler elfique, qui sait ? Soupira Hermione.
- J'ai une tête de Legolas ? Questionna Draco en la fusillant du regard avant de reprendre son charabia.
- Quelle culture moldue, tu m'impressionnes, plaisanta Hermione. Et puisque tu poses la question, je trouve qu'il y a un petit air de ressemblance…
- Ouais, surtout au niveau des oreilles, renchérit Ginny.
- Tant que vous ne me comparez pas à Gollum, ça devrait bien se passer, rétorqua Draco en s'autorisant un sourire las. J'ai effacé toute trace de magie noire, tu vas pouvoir gérer les blessures sans entrave, Jordan. »
Hermione cessa immédiatement de plaisanter pour se pencher sur la patiente pendant que Draco s'asseyait sur une chaise. Il ignorait comment il était parvenu à exercer une magie aussi puissante alors qu'il se sentait physiquement très affaibli par la fatigue. Ses paupières s'alourdirent à nouveau et il secoua la tête pour se réveiller. Les voix d'Hermione et de Ginny lui semblaient lointaines, aussi douces que des berceuses. Il ne devait pas s'endormir. Il ne pouvait pas dormir. Peut être qu'en clignant très fort des yeux, ses paupières cesseraient de vouloir se clore à tout prix.
« Draco ! »
Il sursauta alors qu'Hermione le secouait par l'épaule. Il ouvrit les yeux et la pendule murale lui indiqua qu'il s'était assoupi quelques minutes.
« Je…, commença-t-il pour se justifier.
- Rentre chez toi, ordonna Hermione. Il faut que tu te reposes, tu ne tiens même plus debout.
- Non, ça va.
- Je ne te demande pas si ça va, Draco. J'exige que tu ailles dormir au moins huit heures.
- Tu egx…Exgi… » Voyant qu'il n'arriverait pas à prononcer correctement le verbe « exiger » et que cela coupait considérablement l'effet qu'il souhaitait donner à ses protestations, il préféra battre en retraite.
Il quitta l'hôpital et l'air frais de la nuit ne fit que lui glacer le visage sans pour autant lui apporter le coup de fouet qu'il espérait. Il n'avait qu'une seule envie, dormir. Cependant, l'idée même de fermer les yeux le terrifiait. Il savait qu'il ne pouvait pas lutter plus longtemps contre le sommeil, mais les terreurs nocturnes étaient, pour lui, pires que la fatigue. Il démarra sa voiture, augmenta le volume de la musique pour rester éveillé et il démarra.
Il fut tenté de rejoindre Harry chez Luna et Ron mais pour faire quoi ? Peut être Harry était-il toujours en colère contre lui et, de toute façon, il n'était pas au courant de ces crises d'angoisses qui donnaient à Draco rien de moins qu'une affreuse impression d'agonie. Pouvait-il décemment demander à Harry de rester éveillé pendant que lui dormirait, pour le sortir de cet enfer à la seconde où il commencerait à s'agiter ? C'était trop demander à quelqu'un qui devait rester sans arrêt sur ses gardes dans son travail. Comment pouvait-il traquer les mages noirs en toute sécurité s'il manquait de sommeil ?
La solution s'imposa d'elle-même alors qu'il passait dans une rue qu'il connaissait bien. Il se gara, entra dans l'immeuble et monta les escaliers aussi rapidement que ses jambes lourdes le lui permettaient. Il ne se sentait pas le droit de faire ça mais le besoin de se reposer en sachant qu'il serait réveillé au moindre signe était plus fort que tout le reste. Il sonna et très vite, Charlie ouvrit la porte, simplement vêtu d'un bas de pyjama. Il parut un instant stupéfait, détaillant avec insistance le visage du blond, puis il se ressaisit et il s'effaça pour le laisser entrer.
« Je ne te réveille pas ? Demanda Draco d'une voix mal assurée.
- Non, je préparais mes prochains cours. J'aime être en avance…
- …D'une semaine, coupa Draco avec un sourire amusé. Je m'en souviens. »
Charlie lui rendit son sourire tout en l'invitant à passer au salon. Draco resta debout, observant tout autour de lui comme s'il découvrait cette pièce. Charlie ouvrit la bouche, se ravisa puis se décida à parler quand même.
« Draco, je sais que ça ne se dit pas mais…Tu as une tête de déterré. Que t'arrive-t-il ? »
Le médicomage lui lança un regard vide d'expression avant de porter la main devant ses yeux pour les frotter avec son pouce et son majeur.
« Je suis fatigué, Charlie. Répondit-il en arrêtant de frotter, sans pour autant ôter sa main. Je suis complètement lessivé. Je…Je ne peux pas dormir. Ça recommence.
- Qu'est ce qui recommence ? » Interrogea le rouquin en approchant lentement afin de caresser la joue de Draco.
Il était pleinement conscient que son ex compagnon avait des faiblesses mais c'était la première fois que ce dernier les montrait aussi ouvertement, sans se cacher derrière de l'agressivité ou des sarcasmes.
« Qu'est ce qui recommence, Draco ? Reprit Charlie en prenant la main qui masquait ses yeux gris.
- Les terreurs nocturnes. En force. Je m'empêche de dormir. Je suis tellement fatigué Charlie, je n'y arrive plus. Je sais que je ne devrais pas être là, j'ai été horrible avec toi…
- C'est parce que je l'ai bien voulu. Pourquoi tu n'es pas chez Harry ?
- Il n'a pas connaissance de ce qui m'arrive quand j'essaie de fermer l'œil.
- Je comprends, lança Charlie passant la main dans sa chevelure flamboyante. Du coup la nuit, tu es complètement seul face à ces crises. Tu ne peux pas continuer comme ça. Viens te coucher, je veillerai sur toi. »
Draco acquiesça et il laissa Charlie l'entraîner dans la chambre sans opposer de résistance lorsque l'expert en dragons l'aida à se déshabiller comme si Draco avait perdu jusqu'à la faculté d'enlever un pantalon. Charlie n'en revenait pas, c'était comme si l'épuisement avait annihilé les réactions habituelles de Draco qui ne cherchait même pas à se soustraire à la caresse réconfortante de la main de Charlie sur sa joue. En temps normal, ce seul geste aurait suffi à agacer le blond, parce qu'il l'aurait perçu comme de la compassion écoeurante. Charlie s'allongea et il tendit les bras.
« Tu peux dormir tranquille, au moindre signe, je te réveillerai, assura-t-il alors que Draco posait sa tête sur son torse.
- Merci, souffla Draco en entourant la taille du rouquin quand ce dernier remonta les couvertures sur ses épaules.
- Je croyais que ces terreurs nocturnes étaient terminées. Tu crois que c'est la perspective de ce procès qui les a ravivées ?
- Je ne crois pas, j'en suis sûr. Ils vont finir par avoir ma peau Charlie, je sature.
- Ne prends pas ça pour une confiance aveugle en toi, mon petit papillon, mais je suis certain qu'aucune de ces misérables chiasses ne pourra un jour se targuer d'avoir eu raison de toi. L'épuisement te donne l'impression d'être vulnérable mais tu es un roc, tu l'as déjà largement prouvé.
- S'il te plait, laisse de côté ce surnom, je le déteste. Quant au reste, nous serons rapidement fixés puisque le procès aura lieu en janvier.
- Dis toi qu'après ça, tout sera enfin terminé et tu pourras à nouveau te sentir toi-même, assura Charlie en embrassant son front. Depuis que tu es à Londres, tu n'es plus pareil, tu te débats tout seul pour garder la tête hors de l'eau mais, ce n'est que temporaire. Et puis je suis là Draco. Tu sais que tu peux compter sur moi, n'est ce pas ?
- Je suis tellement fatigué Charlie, articula péniblement Draco en fermant les yeux alors que les doigts du rouquin passaient dans ses cheveux. Tellement… »
Sans finir sa phrase, il s'abandonna totalement. Ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser échapper une respiration profonde et régulière. Tout son corps de détendit enfin après des semaines de tension nerveuse.
« Dors mon amour, murmura Charlie en embrassant ses cheveux soyeux. Je suis là. Je serai là à chaque fois que tu reviendras vers moi. »
Alors que sa main caressait le dos nu de Draco, il était cruellement conscient du corps brûlant contre le sien et du souffle qui effleurait la peau de son torse comme une brise délicieuse. Son pouce redessina lentement le contour de la bouche du blond et plus il le serrait contre lui, plus il réalisait qu'il lui manquait bien plus qu'il n'osait se l'avouer.
C'était de la folie, il le savait. Il ne pouvait pas accourir à chaque fois que Draco le sifflait et pourtant, c'était plus fort que lui. Là où son esprit lui hurlait de se détacher, son cœur et son corps hurlaient l'inverse, réclamant avec insistance la présence du jeune homme.
Il pouvait encore entendre la voix de Karim qui lui disait, deux jours plus tôt, de ne pas attendre un hypothétique retour de Draco et, quelque part au fond de lui, il savait que c'était la voix de la raison. Mais Draco était là, allongé contre lui, trop mince, le visage cerné, les traits tirés. Il était venu chercher un secours amical chez Charlie, probablement parce que Karim ne voulait plus rien savoir, et le rouquin ne pouvait pas rester insensible aux difficultés qu'il traversait.
« Si seulement tu arrivais à parler à ton copain aussi facilement qu'à tes amis, » soupira Charlie en se demandant s'il avait vraiment envie de passer du stade de petit ami à qui Draco refusait de se livrer par crainte d'une trop grande intimité, à celui de confident à qui il allait parler sans envisager de relation amoureuse. « Merde, trouve un juste milieu Malfoy. »
Il embrassa à nouveau son front, huma longuement ses cheveux tout en écoutant ses profondes inspirations et il finit par s'endormir à son tour. Il fut réveillé deux heures plus tard par un mouvement dans le lit. Immédiatement, il ouvrit les yeux et il secoua doucement Draco.
« Tu prends ta mission un peu trop au sérieux, » marmonna Draco, les paupières toujours closes, un léger sourire aux coins des lèvres alors qu'il se retournait sur le dos. « Je changeais juste de position, j'ai mal au cou.
- Excuse moi, murmura Charlie en se tournant vers lui.
- Je préfère que tu me réveilles dès que je bouge, tu as bien fait. » Assura Draco avant de s'assoupir.
A peine sombrait-il dans un sommeil profond que cette main terrifiante s'emparait de sa cage thoracique pour la compresser. Il ouvrit la bouche. Il n'arrivait pas à respirer, l'air refusait d'atteindre ses poumons. Il approcha la main de la table de nuit pour allumer la lumière mais comme dans toutes les nuits de crises, ce n'était que la projection mentale de sa main qui bougeait et elle ne pouvait se saisir de l'interrupteur.
Les doigts qui se refermèrent sur son épaule pour la secouer ainsi que la voix qui l'appelait étaient bien réels, déterminés à extirper Draco de ce cauchemar. Ses yeux s'ouvrirent enfin pour se poser sur Charlie, penché sur lui, son visage reflétant l'inquiétude dans la pâle lumière de la lampe de chevet.
« Draco, ça va ? Interrogea-t-il avec inquiétude.
- Oui, merci. Heureusement que tu étais là, » répondit Draco en fermant les yeux, replongeant presque instantanément dans le sommeil. Sa respiration s'accéléra à nouveau et Charlie empoigna fermement son poignet.
« Réveille toi, ordonna-t-il d'un ton sans appel en tirant le poignet du blond pour le forcer à s'asseoir. Tu sais que si tu te rendors tout de suite, ça n'arrêtera pas. Lève toi et va te rafraîchir pendant que je nous prépare une infusion à la fleur d'oranger.
- Depuis quand tu donnes des ordres ? Questionna Draco en se frottant les yeux tandis qu'un mince sourire apparaissait sur ses lèvres.
- Ah tout de suite quand tu as un peu dormi, tu es déjà moins docile, » plaisanta Charlie en sautant hors du lit pour se rendre dans la cuisine au pas de course alors que Draco se demandait comment il faisait pour être toujours en forme.
Il se leva à son tour et se traîna jusqu'à la salle de bains où il décida de prendre une douche rapide. Il rejoignit ensuite Charlie qui s'était installé sur le canapé du salon. Le roux lui tendit une tasse fumante et Draco en huma le contenu avec un pincement au cœur. La fleur d'oranger avait tendance à lui faire penser au Maroc et, surtout, à la mère de Karim qui en mettait souvent dans ses fabuleuses pâtisseries. Perdre l'amitié de Karim signifiait aussi perdre Aïcha et cette éventualité provoquait chez lui une véritable sensation de manque qui lui déchirait les entrailles. Elle était tout ce que sa mère à lui n'était pas. Elle était tout ce dont il avait toujours rêvé. Peut être qu'en ayant été élevé par quelqu'un comme Aïcha, il serait devenu autre chose que l'homme écoeurant qu'il voyait dans le miroir.
« Ça va aller ? » S'enquit Charlie.
Draco hocha la tête. Il goûta encore quelques instants au plaisir de sentir l'épaisse moquette sous ses pieds nus puis il s'assit en tailleur sur le canapé.
« Je te remercie, Charlie, dit-il après avoir bu une gorgée d'infusion. J'avais cruellement besoin de dormir et je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi sur ce coup là.
- Peut être que tu aurais parlé à Harry, hasarda Charlie avec un sourire triste. Tu t'inquiètes pour le procès ? »
Draco se perdit dans la contemplation de sa tasse et pendant un moment, Charlie crut qu'il n'allait pas répondre. Quand il le fit, sa voix était plus traînante que jamais et elle reflétait un calme absolu.
- Pour être tout à fait honnête, j'appréhende ce procès mais je ressens surtout du dégoût…Et de la haine. Je n'ai aucune envie de déballer ma vie ou de me justifier mais je ne suis pas inquiet. Je sais quelle en sera l'issue.
- Ils ne seront pas acquittés, peu importe ce qu'ils font pour te démolir ou à quel point Mc Cormack se montre conciliant.
- Exactement. Ils peuvent sortir tous les lapins qu'ils veulent de leurs chapeaux, Zabini s'est retourné contre eux. »
Charlie observa longuement ce visage fin qui lui plaisait tant et, lorsque le blond manifesta son agacement en soupirant, il se décida à parler.
« Zabini s'était déjà retourné contre eux lors du premier procès. Pendant que les deux bouffons clamaient leur innocence, lui il braillait sa culpabilité.
- Il a eu raison, parce que coupable, il l'était, siffla Draco en reposant sa tasse sur le sol. Ecoute, ce n'est pas que je trouve fastidieux de discuter de Zabini et de ses complices mais presque.
- Je comprends.
- Je ne te demande pas de comprendre. Je t'informe que le débat est clos. »
Charlie ne put retenir un léger rire en avançant la main pour toucher la joue de son compagnon qui pencha la tête sur la droite pour échapper à cette caresse.
« Ce n'est pas drôle, Charlie, s'offusqua le médicomage.
- Si, un peu. C'est bon de te voir catégorique et agressif, comme toi seul sais l'être avec classe. »
Draco fixa Charlie avec stupeur tout en secouant la tête.
« Tu es vraiment la personne la plus étrange que j'ai pu rencontrer.
- Je ne sais pas si je dois bien le prendre étant donné que tu es proche de ma délicieuse mais néanmoins givrée belle sœur.
- Luna est un être à part, » reconnut Draco avec au fond de ses yeux gris, une infinie tendresse qui émut Charlie.
mu par une subite impulsion, il approcha son visage de celui du blond, lequel recula un peu, l'air troublé.
« Charlie, qu'est ce que tu fais ?
- Je t'embrasse, Draco. » Souffla le rouquin en glissant une main derrière la tête du médicomage, les doigts enfouis dans son étrange chevelure blonde, afin de l'attirer vers lui.
Comme au ralenti, il pencha la tête sur le côté et sa bouche entrouverte se posa délicatement sur celle de Draco qui sursauta, le souffle coupé. Il plaqua ses deux mains contre le torse de Charlie mais, au lieu de le repousser comme il en avait l'intention, il resta immobile, tétanisé. C'était comme s'il venait de faire tomber un rideau invisible qui séparait son corps et son esprit. Les pensées se bousculaient, bien trop nombreuses, dans sa tête et pendant quelques instants, il ne se rendit même pas compte que sa langue répondait paresseusement à la caresse de celle de Charlie. Lorsqu'il réalisa que la respiration saccadée qu'il entendait n'était autre que la sienne, il ouvrit les yeux – il ne se souvenait même pas les avoir fermés – et il s'écarta doucement de Charlie qui l'embrassait sans chercher à masquer son émotion.
« On ne peut pas faire ça, » déclara Draco en respirant aussi calmement que possible alors que les lèvres du roux dévoraient son cou et que sa main s'aventurait à l'intérieur de sa cuisse. « Je suis avec Harry.
- Et alors ? Demanda Charlie en se redressant pour fixer Draco d'un air intrigué. Je n'ai pas souvenir que ça te dérangeait de sortir avec plusieurs hommes à la fois.
- C'est différent. J'ai promis à Harry de ne pas le tromper.
- Pourtant tu en as envie, affirma Charlie en baissant les yeux sur l'érection notable de Draco.
- C'est une réaction mécanique, lança froidement le blond. Ne va pas chercher du désir où il n'y en a pas, Charlie. Tu serais déçu. »
Le jeune homme esquissa un sourire presque amusé, comme s'il se trouvait face à un enfant faisant preuve d'une mauvaise foi évidente. Il plaqua sa main derrière la nuque de Draco pour le faire avancer à nouveau vers lui et il embrassa sa joue.
« Ne me mens pas, » souffla-t-il en mordillant le lobe de son oreille alors que ses doigts caressaient chaque centimètre de peau qu'ils trouvaient à leur contact.
Une fois encore, Draco décrocha complètement, songeant avec un pincement au cœur qu'Harry lui avait dit la même chose la veille et que ça les avait séparés. Il réalisa que s'il affirmait être avec Harry, la vérité était plus trouble. Il ne savait même pas s'ils étaient toujours ensemble et s'il pourrait, un jour, arrêter de mentir au Survivant.
« Je t'aime toujours, susurra Charlie contre ses lèvres. Tu me manques tellement. »
Draco retint son souffle avec l'impression qu'il allait se noyer dans tout cet amour que Charlie faisait pleuvoir sur lui.
« Ne dis pas ça, ordonna-t-il en tournant la tête afin d'éviter la bouche qui cherchait la sienne.
- Je ne peux pas prétendre que je ne ressens rien pour toi, se défendit Charlie alors que ses bras entouraient les épaules du blond. Je t'aime tel que tu es et moi, je respecte ta nature profonde, contrairement à Harry. »
Draco recula vivement en dardant sur le rouquin un regard marqué par l'incompréhension.
« Qu'est ce que tu insinues ?
- Jamais je ne te forcerai à aller contre ce que tu es en exigeant une fidélité à toute épreuve. »
Le médicomage se leva d'un bond, les joues aussi brûlantes que s'il avait reçu une violente paire de gifles.
« Tu penses que ma nature profonde est d'être une vulgaire prostituée ? Demanda-t-il en se mordant la lèvre inférieure.
- Non, bien sûr que non mon amour, répondit Charlie en le rejoignant pour l'attirer contre lui. Je crois juste que, comme un papillon, tu as besoin de te poser sur différentes fleurs. Moi ça ne me dérange pas, je te respecte tel que tu es et je ne veux pas que tu changes pour me faire plaisir.
- Mais bon sang ! Qui te dit que je veux vraiment de passer de bras en bras comme ça ? Qui te dit que je veux être avec quelqu'un qui cautionnerait mon comportement abject ?
- Il n'y a rien d'abject dans ton comportement, ne te dévalorises pas comme ça, murmura Charlie contre son oreille. Personne ne peut t'en vouloir de suivre tes désirs. Moi en tout cas, je te soutiens quoi que tu fasses et rien n'entamera mon envie d'être avec toi. »
Draco passa la main dans les cheveux de Charlie et, d'un coup sec, il tira sa tête en arrière pour plonger ses prunelles grises dans celles d'un bleu pur du rouquin. Plus rien n'existait pour lui, à part cet homme et la douleur qu'il lui infligeait sans même s'en rendre compte. Draco voulait le blesser comme lui se sentait blessé ; le mettre plus bas que terre comme il prenait tant plaisir à le faire avec ses adversaires lorsqu'il était adolescent.
Quelque chose venait de se briser en lui. Il n'était plus capable de penser rationnellement. Seule comptait cette douleur qui lui comprimait le cœur et l'estomac.
« C'est ce que tu souhaites, Charlie ? Siffla-t-il contre sa bouche en sentant sa respiration haletante contre sa peau. Que je te prenne et que je te jette sans ménagement ?
- Je veux ce que toi tu voudras, » répondit Charlie en écrasant ses lèvres contre celles de Draco.
Comme s'il observait la scène de loin, avec dégoût, Draco se vit exercer une pression sur les épaules de Charlie afin que celui-ci s'agenouille devant lui. Comprenant immédiatement les attentes de son ancien amant, Charlie prit sa virilité dans sa bouche. Draco serrait les dents, se haïssant de plus en plus à chaque seconde, incapable pourtant de tout arrêter. Il ferma les yeux et, malgré la dureté de son membre contre le palais de Charlie, il ne ressentait aucune excitation, aucun plaisir. Juste un profond écoeurement et de la déception. Le souhait d'être partout sauf dans ce salon.
Il tomba à genoux face à Charlie et quand ce dernier voulut l'embrasser, il le repoussa en lui faisant signe de se retourner. Le rouquin s'exécuta et, après avoir fait apparaître le lubrifiant qu'il gardait dans sa chambre, il laissa Draco le préparer avec sa maîtrise habituelle. Malgré sa rage et son envie de faire mal, Draco était incapable de se montrer brutal quand il s'agissait de rapports intimes, aussi prit-il tout son temps pour s'assurer que Charlie était prêt à le recevoir.
Il entra en lui lentement, presque tendrement puis il se figea.
« Merlin, qu'est ce que je suis en train de faire ? » Chuchota-t-il pour lui-même en passant une main tremblante sur ses yeux. Il peinait à croire qu'il tombait aussi bas, prêt à faire une chose qu'il ne désirait pas pour quoi au juste ? Ce n'était pas Charlie qu'il punissait mais lui-même en agissant de la sorte.
« Bouge, Draco, » gémit Charlie en faisant aller et venir son bassin.
Le blond amena Charlie à se redresser et il colla son torse contre le dos de son partenaire alors que ses dents mordillaient son cou.
« C'est ce que tu veux, Charlie ? Demanda-t-il d'une voix rauque.
- Je veux tout ce que tu as à me donner, » haleta Charlie.
Draco donna un violent coup de rein puis il se figea à nouveau.
« Je suis désolé, dit-il en luttant pour ne pas se mettre à pleurer. Je ne peux pas faire ça. »
Il se retira avec précaution pour ne pas blesser Charlie et il se rhabilla aussi vite qu'il le pouvait.
« Draco, qu'est ce que…
- Fiche moi la paix, Charlie ! Aboya le médicomage en cherchant ses clés de voiture. Si tu as une once de fierté, tu me laisseras tranquille, parce que je n'ai plus envie de te voir. Pas après ça. »
Il sortit de l'appartement en claquant la porte et il rentra chez lui en essayant de ne surtout pas penser. Il alluma la radio et il chanta aussi fort qu'il le pouvait, jusqu'à ce que le chant ne soit plus qu'un cri désespéré.
Quand il entra chez lui, il fut accueilli par le silence et l'odeur de javel qui flottait désagréablement dans l'air. Il ôta son manteau et vit le clignotement de son répondeur. Il ne voulait pas écouter ses messages, redoutant d'entendre la voix de Harry ou, pire, de ne pas l'entendre. Le sang battant dans ses tempes douloureuses, il appuya sur le bouton, cessant de respirer lorsqu'il reconnut le timbre grave et un peu cassé de Harry.
« Draco, c'est Harry. Ecoute je… » Il soupira dans le combiné avant de reprendre et Draco pouvait le visualiser, passant la main dans ses cheveux noirs, les ébouriffant un peu plus au passage. « Je voudrais m'excuser pour hier. J'aurais aimé te voir chez Ron et Luna ce soir, pour te parler en face à face mais apparemment, tu étais occupé à Saint Mungo. Je ne sais pas ce qui m'a pris… » Il soupira à nouveau et Draco eut une furieuse envie de se jeter dans ses bras. « Je crois que j'étais inquiet et ça m'a fait mal de voir que tu ne te confiais pas à moi après avoir passé une journée des plus ignobles. J'en voulais à Mc Cormack de t'avoir infligé ça et…Je ne sais pas, Draco. Je sais juste que je suis désolé et que ça ne se reproduira pas parce que tu as raison, tu n'as pas de comptes à me rendre. » Sa voix se brisa un peu et Draco l'entendit marmonner un « putain » entre ses dents avant de poursuivre. « Dis moi que ce n'est pas fini entre nous, Malfoy. Dis moi que je n'ai pas tout bousillé…Je passerai chez toi demain soir. Laisse moi un message si tu ne veux pas me voir, ou ne m'ouvre pas la porte, je comprendrai et je t'assure que je ne t'importunerai pas. Je n'ai aucune envie de trouver une porte fermée mais si tu veux qu'on en reste là parce que je suis trop envahissant, je respecterai ton choix…Je t'embrasse…Ou pas…C'est comme tu veux. »
Draco émit un sourire plein de tendresse en se demandant comment Harry parvenait systématiquement à l'émouvoir.
Puis il réalisa.
Il s'adossa au mur comme s'il avait été projeté là par un coup de poing dans le ventre. Il se laissa lentement glisser et il appuya ses coudes contre ses genoux. Il prit sa tête entre ses mains, les paupières closes, en résistant difficilement à la pulsion de la claquer contre le béton.
« Merde, lança-t-il à voix haute. Harry, qu'est ce que j'ai fait ? »
Il ouvrit les yeux et il put presque voir le visage glacial de son père à l'époque où il avait encore toute sa prestance, son regard impitoyable transperçant jusqu'aux tréfonds de son âme alors qu'il interpellait sèchement son fils unique.
« Vocabulaire, jeune homme. »
A suivre…
Merci d'avoir lu ce chapitre…Bon, d'accord, si vous l'avez lu jusqu'à la fin, vous aurez peut être un peu envie de me frapper (ou pire)…désolée.
En attendant, prenez soin de vous et bisous (pas taper !)
