TRAUMA

DISCLAIMER : voir chapitres précédents

RATING : encore et toujours M

Note de l'auteur (on va appeler ça « la tournée des remerciements ») :

Un grand merci à Trancheuse du Gang des Dark Bisounours pour la relecture, le talent, la coolitude Merci à son CHADULTE, qui roxx et qui est tout mignon malgré les concertos nocturnes en miaulements majeurs et les griffures sadiques !

Un grand, que dis-je, un immense merci à SithGirl pour la beta lecture, le talent, le beau dessin qui m'a beaucoup émue, les conseils avisés, les adorables « sombre con » en cours de lecture. Merci aussi pour son expression « Ange à la nitroglycérine » que je lui ai honteusement subtilisée pour titrer ce chapitre. Je ne saurais que trop vous conseiller de lire ses histoires, c'est du pur caviar.

Un grand merci également à Chris pour la relecture (pinaise j'ai été gâtée en bêta lecture pour ce chapitre !) les impressions, les conseils, les beaux dessins, les rajouts de « s » où j'en avais oublié

Et merci pour vos messages, pour le temps que vous prenez à lire cette fic et pour votre patience entre deux chapitres.

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CHAPITRE 15 : ANGE A LA NITROGLYCERINE

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Debout devant la glace de sa salle de bain, Harry livrait un combat perdu d'avance pour tenter de discipliner ses cheveux. C'était le seul dérivatif qu'il avait trouvé pour ne pas penser jusqu'à en devenir fou que bientôt, il serait devant la porte de Draco et qu'il se pourrait très bien qu'elle reste irrémédiablement close. Ce dernier n'avait pas téléphoné pour lui dire qu'il refusait cette visite mais Harry ignorait s'il fallait voir un encouragement quelconque dans le silence du blond. Il en arrivait presque à regretter sa relation avec Ginny. Simple. Basée sur la communication même si au début, il avait eu du mal à s'ouvrir à elle. Il lui semblait que c'était dans une autre vie.

Il posa son peigne avec un soupir résigné puis il fit couler un mince filet d'eau fraîche qu'il récolta dans sa main en coupe afin de s'en asperger le visage. Il releva lentement la tête et fit une grimace en voyant son reflet dans la glace. Il avait déjà eu l'air plus en forme.

Ses traits étaient tirés et des cernes commençaient à apparaître sous ses yeux, signe évident qu'il n'avait pas dormi la veille en rentrant de chez Luna et Ron. Il avait passé ces deux derniers jours comme plongé dans un brouillard épais, ne parvenant pas à en émerger malgré ses efforts acharnés pour se concentrer sur son travail. Au final, il avait laissé Pansy et Ron s'occuper des recherches alors que lui stagnait sur le même dossier sans parvenir à assimiler son contenu. Ses amis avaient eu l'intelligence de ne pas le questionner, à moins qu'ils aient juste eu l'instinct d'autoconservation.

« Putain Malfoy, ne me jette pas, » souffla-t-il en se détournant du miroir.

Il migra vers le salon où l'attendait le café tiède qu'il avait complètement oublié. Il en but une gorgée et décida qu'il n'avait pas besoin d'être réchauffé. Il alluma une cigarette qu'il fuma en prenant tout son temps, appréciant chaque bouffée comme si la nicotine lui insufflait du courage. Lorsqu'il écrasa son mégot dans le cendrier déjà largement rempli, il prit une profonde inspiration, vida sa tasse et ébouriffa ses cheveux d'un geste machinal.

Les violentes rafales de vent sifflaient contre les carreaux de la grande baie vitrée : il opta pour le transplanage. Il apparut devant la porte de Draco et il sonna immédiatement avant de céder à la tentation de faire demi-tour.

Les secondes s'égrainaient aussi lentement que des heures. Pas un son ne lui parvenait de l'intérieur de l'appartement. Il jeta un coup d'œil circulaire, agressé par la blancheur immaculée du crépi sur le mur. Il cligna des yeux puis il reporta son attention sur la lourde porte en bois. Il se mit à la fixer avec attention, comme si, par la force de sa seule volonté, il allait pouvoir voir à l'intérieur. Son cœur cognait furieusement, désagréablement, dans sa cage thoracique. Il enfouit ses mains dans les poches de son pantalon, le ressortant aussitôt pour les passer dans ses cheveux en poussant un long soupir. Il planait dans le couloir une odeur de viande cuisinée en sauce qui lui retournait l'estomac autant qu'elle l'attristait parce qu'il savait pertinemment qu'elle provenait d'un autre appartement. Draco ne mangeait que par obligation, pas par plaisir alors il n'avait que faire de ce genre de mets trop longs à préparer.

Harry compta à rebours jusqu'à dix, son poing serré en appuis contre l'encadrement, à quelques centimètres de la sonnerie, prêt à l'actionner à nouveau. Draco lui ouvrit alors qu'il tendait le doigt vers l'interrupteur.

Si Harry avait l'air fatigué, Draco suintait l'épuisement.

Il sembla retenir son souffle en voyant le Survivant. Sa bouche s'entrouvrit mais aucun son n'en sortit et il se mordit la lèvre inférieure. Il s'effaça pour laisser entrer Harry qui ferma la porte derrière lui, le cœur battant, l'esprit embrouillé par l'appréhension. Il saisit le poignet du blond pour l'amener à lui faire face et ce dernier ferma les yeux quelques instants avant de les rouvrir pour plonger son regard gris trouble dans celui du brun.

« Harry, je te demande pardon, » articula-t-il à voix basse comme s'il avait toutes les peines du monde à laisser sortir les mots.

« C'est à moi de m'excuser, déclara Harry en prenant les mains de Draco. Je me suis conduit comme un gros lourd angoissé. Je n'avais pas à exiger que tu me racontes tout ce qui t'arrive. Après tout ça ne fait que quelques semaines que nous sortons ensemble…Et je ferais mieux d'apprendre à parler aussi plutôt que de laisser les choses s'engrainer jusqu'au point de rupture.»

Draco baissa la tête, jusqu'à ce que son front soit à quelques centimètres de celui du Survivant, alors que ses mains broyaient presque celles de Harry.

« J'ai conscience d'être trop taciturne, admit Draco d'une voix rendue rauque par l'émotion. Tu dois constamment deviner ce que j'ai en tête, il est normal que tu en arrives à saturer. Harry, tu ne comprends pas…Je… » Il s'interrompit quelques secondes, comme s'il cherchait la meilleure manière de formuler les choses. Il fixa les lèvres de son partenaire puis il remonta à ses yeux en serrant les dents. Il soupira, les paupières closes. « Harry j'ai…

- Tu as quoi, Draco ? » Demanda le brun en caressant sa joue.

Le médicomage sembla réfléchir, mesurer le pour et le contre, puis il secoua la tête.

« Je te demande pardon. Dit-il finalement comme si le contre l'avait emporté. J'ai été en dessous de tout mais je vais me rattraper si tu veux bien me donner une autre chance.

- Tu n'as rien fait de mal, » souffla Harry en prenant son visage en coupe avant d'embrasser ses lèvres.

Il entrouvrit la bouche pour laisser la langue de Draco caresser la sienne avec une étonnante hésitation. Il pouvait sentir la respiration erratique du blond contre son visage, ses bras autour de ses épaules étreignant son corps avec retenue, comme s'il n'osait pas vraiment le serrer contre lui et cela provoqua chez lui une vive émotion. Jamais encore il n'avait vu Draco aussi peu sûr de lui et jamais il n'avait eu l'impression de compter autant pour lui. Il enlaça sa taille et imprima à leur baiser un rythme plus fougueux. Draco s'accrochait à ses épaules avec la force du désespoir, sans même s'en rendre compte. Son comportement était tellement éloigné de ce à quoi il avait habitué Harry que le brun ne savait pas quelle attitude adopter. Il était clair pour lui que l'épuisement rendait Draco dépressif et que ses sentiments étaient largement exacerbés aussi hésitait-il à parler. Peut être que sa simple présence pourrait rassurer son partenaire ou peut être qu'il valait mieux lui dire à quel point il l'aimait, jusqu'à survaloriser le moindre de ses sourires, jusqu'à trouver les jours sans lui beaucoup trop longs.

Il cessa de l'embrasser pour le prendre dans ses bras et murmurer contre son oreille : « tu m'as manqué, Draco. »

Le médicomage s'écarta un peu, l'air grave, puis il colla son front contre celui de l'auror.

« Tu n'as pas idée à quel point j'aurais préféré que tu soies là…

- Je suis là à présent, si tu veux toujours de moi.» Coupa Harry en couvrant son visage de baisers alors que ses mains passaient sous son pull noir pour remonter le long de son dos.

Draco ne répondit pas, étouffé par la honte de mentir par omission, gêné d'être touché par un homme dont il ne méritait pas l'affection. Alors que les lèvres d'Harry descendaient dans son cou, il maudissait Charlie mais surtout, il se maudissait lui-même d'avoir été aussi stupide. Avec des gestes mécaniques, il déboutonna la chemise de Harry et ses doigts effleurèrent son torse lisse. Il n'avait pas envie de faire l'amour à Harry. Pas parce qu'il n'était pas désirable, loin de là, seulement il ne pouvait pas s'imaginer entrant dans son corps sans lui avoir d'abord tout avoué. C'était encore plus malhonnête que de le tromper…

« Draco, tu es avec moi ? Demanda Harry contre sa joue.

- Oui, je…Excuse moi, je suis trop fatigué pour aller plus loin, » mentit-il en rebouclant sa ceinture sans savoir comment Harry avait fait pour la lui enlever sans qu'il s'en aperçoive. « Tu veux boire quelque chose ? »

Harry acquiesça, impressionné par le sang froid dont son compagnon faisait preuve si peu de temps après s'être presque montré vulnérable. Il le suivit dans le salon en reboutonnant sa chemise et, lorsque Draco lui servit un verre de gin agrémenté d'une tranche de citron, il hocha juste la tête en signe de remerciement.

« Tu fabriquais un Portoloin ? Questionna-t-il alors en pointant le menton en direction de la baguette magique posée sur la table, à côté d'un porte-clé à l'effigie d'Eric Cartman dans South Park.

- Très perspicace, Harry. En effet, j'ai rendez-vous en Suisse demain.

- Avec ton dealer ? »

Draco lui lança un regard noir. Il but une longue gorgée de gin puis il haussa les épaules.

« Je ne connais pas uniquement des dealers en Suisse, lança-t-il d'un ton sec avant de finir son verre d'une traite. Tu veux fumer ? Enfin…Je ne voudrais pas que tu te méprennes et que tu penses que je t'ai proposé du crack, en bon vieux junkie que je suis. Je parlais de cigarette, pour accompagner le gin.

- Excuse moi, je ne sais pas pourquoi j'associe tout le temps ce pays avec ton dealer, admit Harry avec une mine contrite.

- Il n'y a pas de mal. Mais tu sais, Mick est aussi quelqu'un que je vais voir quand je n'ai pas besoin de sa marchandise. »

Harry émit un sourire sans joie en sortant son paquet de cigarettes. Draco ouvrit la porte du balcon et tous deux sortirent. Le blond s'adossa contre la rambarde et Harry lui fit face. Il planta un baiser rapide sur ses lèvres avant d'allumer sa cigarette, s'y reprenant à trois fois à cause du vent violent. Il observa ensuite longuement le visage de son partenaire, jusqu'à ce que ce dernier détourne le regard.

« Il faut que tu fasses quelque chose pour tes troubles du sommeil, remarqua-t-il enfin. Tu sembles complètement épuisé.

- Je le suis, admit Draco en tentant vainement de mettre de l'ordre dans ses cheveux décoiffés par les bourrasques de vent. Je suis stressé en ce moment mais ça ira vite mieux.

- Ecoute, je ne veux pas que tu imagines que je surveille tes moindres faits et gestes mais je passe du temps avec toi. Je vois bien que tu fais semblant de dormir pour que j'évite de te poser des questions et jusqu'à présent, je jouais le jeu. Mais je m'inquiète pour toi. Je crains que tu finisses par faire une dépression nerveuse.

- Je suis juste irritable et parfois à fleur de peau à cause de la fatigue. Mais je gère, je t'assure, promit Draco sans baisser les yeux alors qu'Harry le fixait intensément.

- Tu crois gérer, oui…Je ne te demande pas de me rendre des comptes, mais j'aimerais comprendre ce qui t'arrive la nuit et pourquoi tu ne me réveilles pas quand ça ne va pas.

- Parce que ça ne va jamais, soupira Draco. Quand je ferme les yeux, j'ai l'impression d'asphyxier et cette sensation me terrifie. Alors je me force à rester éveillé.

- C'est le procès qui t'angoisse ?

- Je crois, oui, avoua difficilement Draco en s'absorbant dans la contemplation de ses mains. Et si je ne te dis rien, c'est parce que je n'ai pas l'habitude d'empêcher les gens de dormir sous prétexte que je n'y arrive pas.

- C'est triste que tu soies obligé de subir ça tout seul alors que tu es relativement bien entouré.

- Ce n'est pas triste. C'est pathétique…J'ignorais que je te réveillais lorsque je me levais la nuit.

- Ce sont les gémissements que tu pousses lorsque tu dors qui me réveillent, corrigea Harry en soufflant lentement la fumée de sa cigarette. Peut être que j'aurais dû te le dire avant. J'y ai beaucoup réfléchi dernièrement et je crois que tu parviendrais à mieux dormir si tu savais que tu as, à côté de toi, quelqu'un au sommeil très léger, qui pourrait mettre fin à cette sensation d'asphyxie...Et puis même si je ne me réveille pas à tous les coups, rien ne t'empêche de me secouer un peu pour qu'on en discute. Ça pourrait t'aider à te sentir moins isolé…Tu ne crois pas ? »

Draco, abasourdi, laissa ses bras retomber mollement le long de son corps. Il essaya de parler mais les mots moururent dans sa gorge. C'était comme s'il avait été percuté par un train et qu'il en avait malheureusement réchappé pour entendre que la collision aurait pu être facilement évitée.

« Draco, ça va ? Demanda Harry en lui prenant la main.

- Tu savais. Murmura Draco, les mâchoires crispées dans l'attente que le ciel lui tombe sur la tête. Tu savais...

- Ne sois pas si surpris, il m'arrive de savoir des trucs, ironisa Harry en écrasant sa cigarette contre le mur.

- Mais pourquoi m'annoncer ça maintenant seulement ?

- Parce que je t'ai senti à bout de forces au cours de notre sale dispute et que je ne pouvais pas continuer à garder ça pour moi…Et si nous allions nous reposer un peu ? Tu me prêtes ta douche histoire que je me débarrasse de l'odeur de clope ?

- C'est si gentiment proposé, » lança Draco avec un sourire empli de tendresse.

Harry embrassa chaleureusement ses lèvres, sans approfondir le baiser afin de ne pas incommoder Draco avec les relents de cigarette. Il ouvrait la porte de la baie vitrée lorsque le blond l'attrapa par les épaules afin de le faire pivoter et de pouvoir écraser sa bouche contre la sienne. Sa langue s'immisça entre les lèvres d'Harry qui lui répondit avec fougue, le souffle coupé par l'accélération de son pouls. Il mit fin à l'étreinte avant d'être entièrement consumé par le désir et il fit mine de sprinter dans la salle de bains, sous le regard amusé du médicomage.

Resté seul dans le salon, ce dernier prit son téléphone portable afin de consulter ses messages. Trois d'entre eux provenaient de Charlie. Il les écouta à contrecoeur et, mû par la hargne, il rappela le rouquin dans la foulée.

« Draco, je suis content de t'entendre, déclara Charlie à peine avait-il décroché.

- La réciproque ne se vérifie pas, siffla Draco dans le combiné. Je ne veux plus que tu m'appelles, Charlie.

- Nous devons parler de ce qui s'est passé, insista Charlie. Je suis désolé, je n'aurais pas dû…

- Je m'en moque. Moi non plus je n'aurais pas dû mais c'est arrivé et je vais avoir du mal à supporter ta présence pendant quelque temps. De toute façon je ne vois pas pourquoi j'aurais envie de côtoyer quelqu'un qui me connaît aussi peu.

- Ne m'évince pas comme ça. Nous étions deux hier soir.

- Charlie : lâche moi, » soupira Draco avant de raccrocher.

Il jeta le téléphone sur le canapé puis il gagna la chambre où il se déshabilla avant d'entrer dans le lit en fer forgé aux couvertures d'un blanc immaculé. Il fut rapidement rejoint par Harry qui se glissa dans les draps sans dire un mot.

« Je crois que je ne me suis pas couché à vingt et une heure depuis mes dix ans, plaisanta Draco avec un sourire crispé.

- Tu as peur de faire une de ces crises ? Demanda Harry en enlaçant sa taille.

- Je mentirais si je prétendais l'inverse.

- J'ai cru remarquer que ces épisodes survenaient rapidement après que tu te soies endormi.

- Parfois oui, reconnut Draco en fermant les yeux. Je suis tellement fatigué, je fais n'importe quoi.

- Laisse toi aller, souffla Harry contre ses lèvres. Je ne m'endormirai pas avant d'être sûr que tu dors depuis au moins une heure.

- Tu es trop gentil avec moi, Harry.

- Tu préfèrerais que je te traite comme de la merde ?

- Vocabulaire Potter. »

Harry éclata d'un rire agréable qui fit sourire Draco. Les bras du brun se resserrèrent autour de lui et sa bouche vint chercher la sienne. Draco répondit langoureusement à ce baiser puis il nicha son visage dans le creux de l'épaule de Harry, les bras repliés contre son torse comme une barrière entre le Survivant et lui. Il lutta contre le sommeil mais la main qui caressait ses cheveux eut raison de ses dernières réticences et il s'endormit. Harry embrassa son front et il veilla longuement, le regard rivé sur le visage serein de son compagnon.

« Qu'as-tu fait de tellement indicible, Draco ? Murmura Harry sans cesser d'effleurer ses cheveux. Quand vas-tu comprendre que je suis fou de toi et que je suis là pour toi ? »

Il se laissa envahir par une douce torpeur et par le plaisir de tenir étroitement ce corps contre le sien mais il refusa de s'assoupir avant d'être sûr que tout allait bien. Il avait le pressentiment que cette nuit encore, Draco n'échapperait pas à cette asphyxie qu'il avait pour le moins sommairement décrite. Avait-il l'impression de se noyer ou plutôt d'étouffer ? Combien de temps allait-il supporter cette angoisse avant que ses nerfs lâchent, si ce n'était pas déjà fait ?

Il déposa un baiser sur sa tempe, peut être pour amadouer le cerveau torturé qu'elle masquait, peut être pour se rassurer grâce à la peau chaude sous ses lèvres.

Draco chuchota une phrase incompréhensible dans son sommeil et il se replia un peu sur lui-même. Sa respiration se fit légèrement saccadée, ses paupières se mirent à papillonner et son front devint moite. Alerté, Harry secoua délicatement son épaule. Constatant que les gestes doux ne sortaient pas Draco du sommeil, il le secoua plus fortement en l'appelant par son prénom. Le médicomage ouvrit enfin les yeux et il passa la main sur son visage avec lassitude.

« Merci, » soupira-t-il en se tournant sur le dos pour clore les paupières à nouveau.

Rapidement, sa respiration redevint laborieuse et Harry le réveilla en frictionnant énergiquement son torse.

« Qu'est ce que je dois faire ? Demanda-t-il alors que Draco se frottait les yeux.

- Rien, il faut que je me lève le temps que ça passe, articula difficilement le blond. J'en ai marre, je veux dormir. »

Il se leva en se massant le cou d'une main et Harry le suivit dans la cuisine. Draco prépara du thé et, alors qu'il cherchait le sucre dans un placard, le brun vint l'enlacer.

« Ce genre de crise arrive toutes les nuits ? Questionna-t-il en embrassant son épaule.

- Non, mais je m'avance peut être parce que ça fait longtemps que je n'ai pas dormi une nuit complète. Tu ne cauchemardes jamais ?

- Si, ça m'arrive parfois, comme tout le monde. A l'époque où Voldemort sévissait, il faisait entrer des tas d'images monstrueuses dans mon esprit.

- Je n'étais pas au courant de ça, avoua Draco en se retournant pour prendre le visage de son partenaire entre ses mains et déposer un baiser sur sa bouche. Ça devait être dur à vivre.

- Assez oui. Le pire a été le jour où il m'a montré une mise en scène dans laquelle il torturait Sirius. Je me mords encore les doigts d'y avoir cru mais ces images semblaient tellement réelles

- Honnêtement, je ne sais pas comment tu peux être aussi équilibré avec toutes les horreurs dont tu as été témoin à un si jeune âge, reconnut Draco en versant le thé dans des mugs.

- Je n'étais pas seul, c'est ce qui m'a aidé.

- Hermione et Weasley ? » Questionna Draco en s'asseyant sur la table.

Harry hocha la tête et débuta une longue discussion qui le libéra autant qu'elle le frustra. Il raconta certaines de ses aventures périlleuses en compagnie de ses amis, il exprima toute l'affection qu'il avait pour eux. Il répondit aux interrogations pudiques de Draco et, lorsqu'ils se recouchèrent, il se rendit compte qu'ils n'avaient parlé que de lui pendant plus d'une heure. S'il s'était écouté, il aurait réveillé Draco pour lui dire que c'était à son tour de se livrer mais il préféra opter pour la solution qui éviterait de le faire passer pour un fou furieux et il s'endormit dans les bras accueillants de son compagnon.

Le matin, il eut la bonne surprise de le trouver encore endormi à ses côtés. Il émit un sourire attendri et il embrassa son dos, à la frontière entre sa peau et la couverture. Il se leva sans bruit et il sortit sur le balcon afin de fumer la cigarette qui lui avait tant manqué la veille, alors qu'il parlait à Draco. Dehors, le vent ne s'était toujours pas calmé et les employés municipaux s'affairaient à la lourde tâche de débarrasser la rue des branches d'arbres tombées sous les bourrasques. Le soleil était haut dans le ciel et Harry lui offrit son visage reposé avant de réaliser…

« Mais putain il est quelle heure ? »

Il se retourna et vit sur la pendule du salon qu'il était onze heures du matin. Il poussa une flopée de jurons qui lui aurait valu une belle pléiade de « surveille ton vocabulaire » si Draco avait été dans le coin. Il se dépêcha de terminer – vu le violent accueil qu'il allait recevoir de la part de Ron et Pansy à cause de son retard, autant fumer sa dernière cigarette avant de mourir – puis il écrasa son mégot contre le mur. Il rentra dans la chambre où Draco n'avait pas bougé. Il n'avait pas le cœur de le réveiller mais il ignorait s'il devait ou non travailler aujourd'hui.

Il se coucha sur le côté, derrière lui, la forme de son corps épousant celle de Draco. Sa main offrit une caresse appuyée sur le torse et le ventre du blond, ses dents mordillèrent son oreille pour un réveil des plus agréables. Draco ondula du bassin, provoquant de délicieuses sensations contre le bas ventre d'Harry. Il ouvrit un œil et, voyant le soleil percer à travers les volets, il se redressa subitement.

« Quelle heure est-il ? Demanda-t-il en émergeant laborieusement.

- Onze heures passées.

- Nom d'un petit bonhomme ! Je vais être en retard à mon déjeuner avec Eric et Amandine !

- Nom d'un petit bonhomme ? Railla Harry alors que Draco lui lançait une œillade assassine.

- Tu as de la chance, si je n'étais pas si pressé, je t'étalerais comme une crêpe pour avoir osé te moquer de moi, remarqua Draco avec un sourire tout en se dirigeant vers la salle de bains.

- Nom d'un petit bonhomme, tu rêves Draco ! Plaisanta Harry en entrant à son tour dans la pièce alors que le blond entrait sous la douche.

- Ce n'est pas drôle, maugréa Draco en faisant couler l'eau chaude. Tu veux te joindre à moi ? Ça t'évitera de dire des bêtises.

- Nom d'un petit bonhomme, c'est si gentiment demandé !

- On t'as déjà dit que tu étais lourd, Potter ? »

Harry éclata de rire face à l'expression faussement indignée de Draco, puis il ôta son boxer afin de le rejoindre sous le jet d'eau. Ils se lavèrent rapidement et, alors qu'ils se rinçaient, les bras de Draco vinrent enserrer la taille de Harry.

« Merci, ça fait longtemps que je n'ai pas aussi bien dormi, souffla-t-il en se penchant pour l'embrasser.

- C'est parce que tu gardes tout pour toi et que tu veux tout gérer seul. Il n'y a aucune honte à laisser les autres t'aider, tu sais.

- Ce n'est pas évident.

- Je m'en doute, j'ai du mal à demander de l'aide moi aussi. Mais tu ne peux pas continuer à te battre contre le sommeil pour ne pas faire ces crises, ça va te foutre en l'air. »

Draco acquiesça d'un signe de tête et Harry le prit par la nuque pour l'amener à se pencher une nouvelle fois. Leurs lèvres se scellèrent voluptueusement et rapidement, leurs langues se cherchèrent.

« Dommage qu'il faille y aller, soupira Draco en sentant la virilité d'Harry s'ériger contre la sienne.

- Je valide, rétorqua Harry en reculant afin de retrouver ses esprits.

- Au fait, avec Lana et Jared, nous sortons danser le week-end prochain, annonça Draco en se séchant. Te joindras tu à nous ?

- Je danse comme un gland.

- Menteur…Bon, en même temps je n'ai jamais eu le privilège de voir un gland danser…»

Un sourire se dessina sur les lèvres d'Harry. Finalement, il ne se fit pas prier et il accepta l'invitation. C'est ainsi que le samedi soir, il se retrouva en boîte de nuit, un verre de whisky à la main, à observer d'un air perplexe Jared et Draco rire comme des bossus en ondulant sur la chanson « Copacabana » de Barry Manilow, peu concernés par les regards tournés vers eux. Ils avaient commencé la soirée dans un restaurant pakistanais où Draco, le visage toujours aussi fatigué que la semaine précédente, avait rivalisé de plaisanteries plus ou moins subtiles avec Jared et Lana. Harry avait beaucoup ri, en particulier lorsque Lana avait donné le numéro de téléphone de Draco à l'assemblée en prétendant qu'il s'agissait du numéro de Hugh Grant. Draco avait été contraint d'éteindre son portable qui n'avait cessé de sonner depuis. Harry trouva beaucoup moins drôle le moment où Jared cracha dans le plat de Draco en susurrant : « c'est comme si on s'embrassait ma belle. »

Ecoeuré, Draco avait repoussé l'assiette qu'il avait déjà peu touchée. Cela dit, il se vengea en boite de nuit, lorsqu'il persuada le barman d'ajouter du jus d'orange et de goyave ainsi que du poivre au whisky coca de Jared qui faillit tout recracher lorsqu'il en but une gorgée.

« Ces deux là sont complètement dingues, déclara Lana avec un sourire amusé.

- Je confirme, répondit Harry en lui renvoyant son sourire. Ça leur prend souvent ?

- Tout le temps. Et encore, Draco a été très soft ce soir, parce qu'il lui est arrivé de faire des blagues assez ignobles. Tu n'as pas l'intention d'aller danser ?

- Pas là-dessus, non.

- Allez viens bouger au lieu de lever le coude, insista Lana.

- Plus tard peut être, rétorqua Harry. Vas-y toi ! Tu en meurs d'envie ! »

La jeune femme ne se fit pas prier et partit immédiatement se déhancher auprès de ses amis.

Harry ne se trouvait pas doué pour ce genre de chose et préférait de loin regarder Draco danser avec Jared. C'était agréable de voir le blond aussi détendu, à mille lieues de ce à quoi il l'avait habitué lorsqu'il évoluait dans le monde sorcier.

Sa contemplation fut pourtant de courte durée. Quelqu'un venait de se mettre dans son champ de vision. Il leva les yeux vers l'opportun et constata qu'il s'agissait d'une opportune. Une jolie femme brune à l'air sûr d'elle se trouvait en effet juste devant lui.

« Salut, » dit-elle en souriant, ravie de capter son attention.

Harry hocha poliment la tête en guise de réponse.

« M'accorderais-tu cette danse, Ô super canon ? » demanda-t-elle avec un sourire dans les yeux.

Harry émit un petit sourire crispé. Il avait déjà entendu des entrées en matière d'une affligeante banalité mais cette fille avait de la chance, elle allait avoir l'immense honneur d'entrer directement dans le top ten. Il déclina l'offre en expliquant qu'il ne savait pas danser et que de toute façon, il détestait la musique qui passait pour l'instant. Il ne se pensait pas intolérant mais il était psychologiquement et physiquement incapable de s'amuser en écoutant Ozone…C'était au dessus de ses forces (comme ses CD d'Oasis ou de Led Zeppelin lui manquaient en ce moment !) Cela dit, il aimait voir Draco fredonner le mondialement célèbre «no ma no ma yé, no ma no ma no ma yé » alors que Jared se lançait dans une chorégraphie pour le moins approximative qui, de loin, pouvait ressembler à l'attitude typique d'un Bonobo. Sans se laisser abattre par le refus d'Harry, la jeune femme commanda un Appletini qu'elle sirota en discutant avec lui. Le Survivant découvrit qu'elle était incollable en punk rock et il prit plaisir à parler musique avec elle. Ce n'était pas tous les jours qu'il croisait quelqu'un qui connaissait le groupe This Is A Standoff !

« C'est un ami à toi le blond ? Demanda la jeune femme (dont le prénom était Jennifer) alors qu'Harry observait le trio d'amis danser sur un vieux tube de rap que le brun ne supportait pas et dont Draco connaissait les paroles par cœur.

- Jump Around ! Jump Up Jump Up and Get Down, singea Harry d'un air blasé avant de se tourner vers son interlocutrice. Le blond est comme qui dirait plus qu'un simple ami à moi.

- Ah merde, soupira-t-elle. Alors c'est vrai ce qu'on raconte ?

- Quoi donc ?

- Que les mecs les plus intéressants et les plus mignons sont soit mariés, soit gays. »

Harry éclata de rire, rapidement suivi par Jennifer.

Sur la piste de danse, Draco avait oublié jusqu'au procès. Plus de fatigue non plus, ni d'angoisses nocturnes. Il n'était plus qu'un corps qui se laissait aller au rythme de la musique et son rire n'avait plus rien de feint. Il était juste heureux d'être là avec ses amis et Harry, même s'il éprouvait une sensation de vide lorsque son regard balayait la salle. Il était en colère contre Karim mais cela ne l'empêchait pas de regretter son absence. Jared lui décrocha un sourire éclatant et Draco lui fut reconnaissant d'être toujours égal à lui-même. A aucun moment le texan n'avait blâmé le médicomage pour son comportement envers Karim…En réalité, Jared ne faisait jamais le moindre reproche à Draco et les fêtes avec lui étaient systématiquement réussies. Lana et lui faisaient la paire, même si Draco savait qu'elle s'entendait mieux avec Karim.

« Ce soir, je ne dors pas seul, décréta Jared en montrant du doigt un blond qui dansait près d'eux.

- Ça va être dur de l'emballer si tu restes collé à moi comme ça, Walker Texas Ranger, remarqua Draco avec un rictus amusé.

- M'appelle pas comme ça, geignit Jared en lâchant néanmoins la taille du sorcier. En tout cas il y en a une qui cherche à emballer bien comme il faut. »

Draco se tourna vers l'endroit que le texan pointait de son index et il se figea malgré lui en voyant Harry discuter avec une femme. Il n'était pas jaloux. Il ne s'en sentait pas le droit après ce qu'il avait fait avec Charlie. Il avait cependant l'impression d'être menacé par cette brunette avec laquelle Harry plaisantait. Elle était jolie, certes, mais elle semblait surtout le mettre parfaitement à l'aise, ce que Draco ne parvenait pas à faire. L'Auror avait sans cesse l'air de s'auto censurer en sa présence et ses sourires étaient teintés de tristesse alors qu'avec cette femme, il agissait avec naturel. Draco se mordit la lèvre inférieure en s'intimant l'ordre de ne pas aller vers eux pour les gratifier de ses sempiternels sarcasmes et se couvrir de ridicule dans la foulée.

« Ne fais pas ton Draco, conseilla Lana en lui décrochant un clin d'œil. Harry est raide dingue de toi alors ne va pas te prendre la honte en les insultant comme tu sais si bien le faire.

- C'est vrai que tu sais appuyer là où ça pique, reconnut Jared. Ils ne font rien de mal, pour l'instant.

- Il peut bien s'envoyer en l'air avec elle contre le bar, je m'en fiche, rétorqua Draco avec sa mauvaise foi légendaire. Je suis fatigué, je vais me coucher.

- Merde Draco, reste, murmura Jared à son oreille. J'ai de quoi nous requinquer si tu veux.

- Non merci, j'ai ce qu'il faut, » répondit Draco en se dirigeant vers le blond que son ami convoitait.

Il se pencha pour lui parler, un sourire charmeur bien en place sur ses lèvres. Le blond éclata de rire avant de pivoter pour faire face à Jared. Il lui fit un signe de la main alors que Draco quittait la piste de danse.

« Putain qu'il est fort, s'exclama Jared.

- Putain qu'il fait chier surtout, soupira Lana. Allez Walker, va draguer. »

Draco se retourna pour saluer une dernière fois ses amis puis il rejoignit le bar où il commanda une boisson alcoolisée. Il se posta près d'Harry en tendant la main à la jeune femme qui plaisantait de plus belle avec l'Auror. Draco détestait ces hommes qui manifestaient leur possessivité en étreignant leur compagnon, comme pour signifier aux autres qu'il s'agissait là d'une chasse gardée, aussi évita-t-il de toucher Harry.

« Jennifer, je te présente Draco, commença Harry alors que son interlocutrice ouvrait de grands yeux incrédules.

- C'est effectivement mon prénom, enchaîna Draco. Mes parents sont plutôt uniques en leur genre, ils se sont dit que ça serait très drôle de m'affubler d'un prénom aussi…Peu commun.

- Ça a le mérite d'être original, déclara Jennifer. En tout cas je confirme ce que j'avançais tout à l'heure, Harry. Vous faites une très belle paire de winners.»

Tous deux se mirent à rire alors que Draco restait de marbre, sans comprendre l'allusion.

« Qu'est ce qu'elle insinue ? Demanda-t-il.

- Que tu es mignon, répondit Harry en le prenant par la taille.

- Je l'aime bien ta copine, elle a bon goût » lança Draco avant d'avaler d'une traite le contenu de son verre. Il attendit un peu avant de reprendre. « Je pense que je vais aller me coucher.

- Je te raccompagne, » décréta Harry.

Jennifer nota son numéro de téléphone sur le paquet de cigarettes d'Harry puis les deux sorciers prirent congé. Dans la voiture, Draco était étrangement silencieux, le front collé contre la vitre fraîche, les paupières closes.

« Ça ne va pas ? Questionna Harry en posant la main sur son genou.

- Si, très bien.

- Vu d'ici, tu as l'air songeur.

- Peut être que c'est parce que j'ai envie de toi, répliqua Draco en se tournant vers lui.

- Je crois que ça peut s'arranger, » souffla Harry en faisant remonter sa main jusqu'à la cuisse de son compagnon.

Sans s'en rendre compte, il appuya sur l'accélérateur et quelques minutes plus tard, il se garait devant l'immeuble de Draco. Ils montèrent sans bruit afin de ne pas réveiller les voisins et, une fois arrivés à destination, le médicomage débarrassa Harry de son manteau avant de servir deux verres de gin.

« Tu veux fumer ? » demanda-t-il en pointant le balcon du menton.

Harry acquiesça, un peu étonné que Draco, au lieu de lui faire la morale, lui propose une fois de plus d'aller fumer dehors. Il sortit, alluma sa cigarette et s'accouda à la rambarde. Il fut rapidement rejoint par son compagnon, lequel se posta derrière lui pour enlacer sa taille.

« Je croyais que tu ne supportais pas l'odeur de la clope, remarqua Harry en rejetant la tête en arrière pour la poser sur l'épaule de Draco.

- J'essaie de m'y habituer, souffla Draco contre sa joue.

- Pourquoi ?

- Pardon ? questionna Draco en retour, totalement pris au dépourvu.

- Pourquoi as-tu l'air tellement… » Il marqua un temps de pause pour chercher le mot adéquat, ne le trouva pas et poussa un soupir. « Tu as l'air tellement gentil depuis notre dispute…Où sont tes sarcasmes ?

- Peut être me suis-je rendu compte que si je n'y mettais pas du mien, nous n'irions nulle part, » répondit Draco alors que ses lèvres commençaient à descendre dans le cou du brun.

Harry ferma les yeux, s'abandonnant avec délectation à la caresse de la bouche qui embrassait sa peau, des dents qui mordillaient tendrement sa jugulaire, de la langue qui faisait monter en lui un désir féroce.

« Tellement envie de toi, murmura-t-il en offrant sa nuque aux baisers brûlants qui le consumaient intégralement.

- Je veux te sentir en moi, Harry » articula Draco d'une voix rauque alors que sa main stimulait le membre durci de l'Auror à travers l'étoffe de son pantalon.

Harry déglutit avec difficulté alors qu'un courant de chaleur le traversait de part en part. Son cœur fit un bond dans sa cage thoracique et ses doigts se crispèrent autour du filtre de sa cigarette.

« Tu es sûr ? demanda-t-il en tournant la tête afin de sceller ses lèvres à celles de son partenaire.

- Rejoins moi dans la chambre, » susurra Draco après l'avoir longuement embrassé.

Harry hocha la tête, incapable d'en dire plus tandis que Draco rentrait dans l'appartement. Il inspira lentement la fumée de sa cigarette, cherchant à retrouver ses esprits, puis il la jeta dans son verre encore plein. Il quitta le balcon, posa son verre à côté de celui que Draco semblait avoir bu d'une traite et il se rendit dans la chambre où Draco l'attendait assis sur le lit, intégralement nu.

« Je croyais que tu ne te dénudais jamais devant quelqu'un encore habillé, remarqua Harry avec un sourire qu'il espérait goguenard.

- C'est vrai, mais on va y remédier, » affirma lentement Draco en se relevant pour aider le brun à ôter son tee-shirt.

Harry plongea ses yeux verts dans ceux de son compagnon qui ne soutint pas son regard. Au lieu de cela, il approcha son visage pour l'embrasser avec fougue. Harry entrouvrit la bouche et Draco redessina le contour de sa lèvre supérieure avec sa langue avant de la faire pénétrer entre les dents de l'Auror. Les doigts d'Harry se perdirent dans la chevelure blonde, cherchant à rapprocher Draco…toujours plus près pour mieux savourer sa présence ; pour mieux se laisser envahir par sa chaleur ; pour mieux apprécier l'odeur enivrante de sa peau. Harry poussa un soupir de satisfaction contre la bouche de Draco. Il ne s'expliquait pas comment une simple éteinte pouvait attiser en lui un désir aussi ardent, presque incontrôlable.

Sans interrompre ce baiser imprégné du gin qu'il avait bu, Draco plaqua ses mains sur le torse de son partenaire pour les faire descendre jusqu'à sa ceinture qu'il déboucla rapidement puis, avec des gestes lents, il déboutonna son pantalon. Lorsqu'il fut enfin nu, Harry exerça une pression sur les épaules de l'ancien Serpentard dans le but de le faire asseoir. Leurs lèvres se descellèrent et Harry s'agenouilla entre les jambes de son compagnon pour goûter à la chair veloutée de sa virilité raidie.

Draco ferma les yeux, enfouit ses doigts crispés dans les cheveux noirs et retint son souffle alors que la bouche d'Harry glissait le long de son membre pour le plonger dans un océan de plaisir. Il n'avait plus de corps, plus d'esprit…Il n'était fait que de sensations douloureusement exquises. Ses paupières s'ouvrirent et il baissa la tête. Le regard d'Harry ne quittait pas le sien alors qu'il lui prodiguait sa divine caresse.

« Viens en moi, Harry, » souffla Draco d'une voix éraillée.

Alors qu'Harry se relevait, le blond s'allongea face contre l'oreiller, les jambes repliées sous son torse…Haletant…Offert...

« Draco, retourne toi, ordonna soudain Harry en le prenant par les épaules.

- Comme tu veux, » répondit le médicomage en se positionnant sur le dos.

Il attira Harry à lui. Leurs lèvres se joignirent à nouveau pour un baiser vertigineux. Les jambes de Draco entourèrent la taille du Survivant et ce dernier se hissa sur les coudes pour dévisager son amant. Draco tourna la tête sur le côté, les paupières closes. Harry attrapa son menton entre son pouce et son index, le forçant à lui faire face.

« Ouvre les yeux Draco, et regarde moi, » exigea-t-il d'une voix rauque.

Deux prunelles grises le fixèrent alors et il recula en serrant convulsivement les mâchoires. Il se releva prestement, suivi par Draco.

« On peut savoir ce qui t'arrive ? Demanda le blond.

- Il m'arrive que tu es en train de planer, siffla Harry.

- C'est faux.

- Te fous pas de ma gueule Draco ! Tes pupilles sont dilatées, tu as du mal à aligner trois mots à un rythme normal, tu n'arrives pas à garder les yeux ouverts ou alors c'est que tu n'arrives pas à me regarder dans les yeux…sans parler du fait que tu veux que je te baise. Alors sois franc, tu as pris des saloperies ou pas ?

- Oui, j'en ai pris mais qu'est ce que ça peut faire ? Questionna Draco en enlaçant la taille d'Harry. C'est juste pour me détendre.

- Juste pour te détendre, tu es sûr ? »

Draco acquiesça d'un hochement de tête et Harry le poussa sur le lit.

oOoOoOoOoOoOo

Cette nuit là, Draco dormit sans être interrompu par ce qu'il interprétait comme des manifestations de son angoisse mais lorsqu'il ouvrit les yeux tôt dans la matinée, il ne se sentait pas reposé pour autant. Une migraine carabinée lui taraudait les tempes et il avait la bouche pâteuse. Il tourna la tête pour se rendre compte qu'il était seul dans le lit. Il se leva en essayant de ne pas trop secouer son crâne douloureux et il entra sous la douche. L'odeur de cigarette qui parvenait du couloir lui disait qu'Harry était encore là. Tout allait bien.

Il n'avait aucun souvenir de la veille. Il se revoyait versant la drogue dans son propre verre de gin et le boire d'une traite avant de quitter la boite de nuit. Il avait commencé à séduire Harry, puis ça avait été le trou noir. Il avait déjà connu des matins où une partie de la nuit avait été effacée, souvent dans les mêmes circonstances, et à chaque fois, il avait agi avec un tel naturel que ses partenaires – principalement Karim et Charlie – n'y avaient vu que du feu.

Il ouvrit le robinet d'eau chaude et la laissa couler sur son corps, jusqu'à ce que la chaleur devienne intolérable sur sa peau rougie. Là seulement, il consentit à y ajouter de l'eau froide.

Ses motivations avaient été différentes pour chacun de ses partenaires. Avec Karim, c'était comme une prévention contre les éventuelles questions qui auraient pu résulter de son incapacité physique à le laisser s'approcher trop près de son intimité. Avec Charlie, c'était le besoin de montrer qu'il était totalement maître de ses émotions et qu'il n'était en aucun cas marqué par l'agression dont son partenaire d'alors avait entendu parler. Avec Harry enfin, c'était la culpabilité d'avoir été si prompt à le trahir…Le Survivant n'avait posé qu'une seule condition dans leur relation et Draco avait l'impression de l'avoir piétinée. Il avait volé quelque chose de précieux à Harry, sa confiance. Et il voulait lui donner quelque chose de lui en retour. Tout allait se jouer quand il sortirait de la douche…Il allait devoir faire appel à tout le contrôle dont il savait faire preuve pour être crédible dans le rôle de l'amant comblé.

Il poussa un long soupir de frustration. Il pouvait se donner à Harry toutes les nuits, ça ne changerait pas le fait qu'il l'avait trompé avec Charlie. Ça n'était pas excusable, et encore moins remboursable…Et même si ça l'était, son corps n'avait pas assez de valeur pour faire une bonne monnaie d'échange, non ?

Il resta longtemps sous le jet d'eau, retardant au maximum le moment où il devrait regarder Harry dans les yeux et lui mentir. Quand enfin il se sentit prêt, il se sécha, passa dans sa chambre pour s'habiller puis il rejoignit Harry qui fumait une cigarette sur le balcon, assis sur une chaise, la cheville de sa jambe droite croisée sur son genou gauche. Le médicomage déposa un rapide baiser sur ses lèvres et il s'adossa au mur.

« Bien dormi ? » Demanda Harry d'une voix basse et calme qui, étrangement, résonnait comme une menace.

Draco nota la lueur dangereuse dans son regard, les cernes qui le soulignaient, la tasse de café vide ainsi que le verre dont il se servait comme cendrier, rempli de mégots.

« Mieux que toi apparemment, répondit Draco en fixant le petit monticule de cigarettes écrasées.

- Après les émotions de la nuit dernière, j'ai eu du mal à trouver le sommeil. Tu m'as épuisé. » Il marqua un temps de pause au cours duquel il sembla choisir soigneusement ses mots, les yeux toujours rivés à ceux de Draco. « J'espère que je n'ai rien fait qui ait pu te mettre mal à l'aise au cours de nos ébats.

- Tu as été parfait, Harry, » assura Draco avec un sourire engageant.

Harry tira sur sa cigarette sans briser le contact visuel avec le blond. Puis un rictus amer se dessina sur ses lèvres alors que son regard s'assombrissait.

« Espèce de pauvre con, » lança-t-il toujours sur le même ton.

S'il n'y avait pas eu le mur derrière Draco, ce dernier aurait fait un pas en arrière, stupéfait. Au lieu de cela, il se contenta de retenir son souffle quelques secondes avant de prendre la parole.

« Pardon ?

- Depuis quand t'es amnésique ? Interrogea Harry en contemplant la longue tige incandescente qu'il faisait rouler entre ses doigts comme si elle était bien plus intéressante que Draco.

- Je ne vois pas…

- Epargne moi la tirade de l'innocent qui n'a pas compris ce qu'on lui reproche, Draco ! s'exclama soudain Harry dont la voix tremblait de colère contenue. Je te rappelle que j'ai lu certains passages de ton cahier et que, c'est dommage pour toi, je sais quel genre de drogue tu t'envoies quand tu te donnes à un mec ! Je sais aussi que tu ne te souviens de rien. Tu pensais vraiment que j'allais sauter sur l'occasion quand je me suis rendu compte que tu planais bien haut avec les éléphants roses et les petits lapins bleus ? »

Le Survivant écrasa nerveusement sa cigarette dans le cendrier improvisé et il se leva pour s'adosser à la rambarde. Draco ouvrit la bouche, prit une profonde inspiration en s'intimant l'ordre de contredire Harry mais son esprit refusait de livrer la moindre répartie cinglante.

« Putain mais qu'est ce qui va pas chez toi ? Reprit Harry quand il vit que l'ancien Serpentard restait muet. Tu crois que j'en veux à ton cul au point de profiter de toi quand tu as à peine conscience de ce que tu fais ?

- Alors…Il ne s'est rien passé ?

- Bien sûr que non, il ne s'est rien passé ! T'es dingue ou quoi ?

- Si tu es tellement en colère, pourquoi es-tu resté ? Siffla Draco en croisant les bras derrière son dos, les mains à plat contre le mur pour soutenir son dos.

- A ton avis Einstein ? C'était pour m'assurer que tu n'allais pas sortir dans cet état là pour te faire enfiler par le premier mec qui passe…Et aussi pour te dire combien je t'en veux d'avoir tenté cette manœuvre avec moi.

- Tu es obligé d'être aussi vulgaire ?

- Ton sens des priorités m'épate, ironisa Harry en allumant une nouvelle cigarette. Excuse moi si je te choque avec ma vulgarité…Moi c'est ton comportement général qui me choque et tu n'as pas l'air de t'en rendre compte. J'ai dû te repousser trois ou quatre fois avant que tu daignes t'endormir. Et quand je pense que je me sentais coupable d'avoir insinué que tu allais en Suisse pour voir ton dealer. Tu es très fort pour jouer l'homme outragé alors que tu me prends pour un con.

- Je ne te prends pas pour un abruti, se défendit Draco en se pinçant l'arête du nez entre deux doigts.

- J'applaudis mentalement là, parce que c'est vachement bien imité. Depuis le temps qu'on se connaît tu devrais savoir que, même si tu mens très bien, ça se retourne systématiquement contre toi.» Il pivota pour observer les quelques passants matinaux qui marchaient dans la rue avant de reporter son attention sur Draco. Lorsqu'il prit la parole, sa voix s'était radoucie. « Pourquoi tu as fait ça ? Tu sais que je ne te demande pas de me laisser entrer en toi…Bordel, je n'essaie même pas alors pourquoi, Draco ? »

Le médicomage ferma les yeux, cherchant le courage d'avouer à Harry qu'il l'avait trompé, mais il ne parvint pas à s'y résigner. Il poussa un long soupir puis il riva son regard à celui du brun.

« Je voulais te donner autant que ce que tu me donnes, dit-il enfin.

- Je ne veux pas de ce que tu me donneras en te forçant…Mais vas-y, développe.

- Il n'y a rien à ajouter, c'est mon explication.

- Dans ce cas, laisse moi le temps de me calmer…et appelle moi quand tu seras disposé à t'expliquer un peu mieux que ça. Si je suis bien luné, j'accepterai de t'écouter. En attendant, va te faire foutre. »

Il écrasa sa cigarette et il se dirigea vers la porte du balcon. Avant de sortir, il se figea dans l'encadrement, dos à Draco, une main posée à plat sur la vitre, comme pour se retenir de partir.

« Si tu cherches ta came, tu la trouveras au fond des chiottes. » ajouta-t-il sur le ton de la conversation avant de quitter l'appartement, laissant Draco abasourdi.

A suivre…

Je sais, la fin est encore abrupte, c'est un de mes (nombreux, très nombreux) défauts. J'espère que le chapitre n'a pas été trop long/lourd/ennuyeux...au choix ou tout en même temps.

Merci à ceux qui auront lu ce chapitre jusqu'à la fin et désolée pour ceux qui auront arrêté en cours de route, ce n'est jamais drôle d'avoir l'impression de perdre son temps.

Prenez soin de vous surtout.

Bisous.