Je prends mon petit rythme de croisière avec un nouveau chapitre tous les 2 jours environ. Merci a tous pour vos commentaires sur le premier chapitre qui, initialement, sert surtout de prologue à ce qui va suivre...

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La vieille dame au cœur de pierre

2

Americana Profundis

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« Aïe ! Putain ! Tu me fais mal ! »

Sam lève les yeux au ciel et soupire pour la millionième fois.

« C'est pas possible Dean, je ne te touche même pas. Arrête de faire ta chochotte. »

« Pas possible mon cul ! T'es qu'une brute. »

Sam renonce. Il lève les deux mains en l'air, lâchant peigne et ciseaux.

« Ok, tu sais ce qu'on va faire, je vais arrêter là et t'auras qu'a te démerder avec l'autre moitié de ta tête. »

« Nan nan nan, si tu veux pas que je te fasse la même coupe que Tina Turner, tu finis ici correctement. Et en douceur, s'il te plait. » Menace Dean en pointant un doigt vers la poitrine de son cadet.

Les coupes de cheveux ont toujours été un moment particulier chez les Winchester. Ils n'ont jamais vraiment eu le temps ni l'argent d'aller dans un vrai salon pour se faire pomponner et l'art délicat des ciseaux a toujours incombé à l'un d'entre eux.

Quand ils étaient plus jeunes évidemment, c'était à John de s'y coller. Et son sens artistique en la matière aurait pu maintes fois être remis en question. Comme la fois par exemple où il avait envisagé de retourner un bol sur la tête de Sam et de couper autour. Histoire qu'on appelle bien ça la coupe au bol pour une raison. Sam avait eu de la chance d'avoir déjà une grosse tête dans son jeune âge et John n'avait jamais pu se résoudre a utiliser un saladier.

Des années plus tard, le rituel est le même. Dean a l'air de se foutre complètement de sa coupe, du moment qu'il n'a pas des dreadlocks qui s'emmêlent dans son Beretta. Et c'est tant mieux parce que Sam n'a pas vraiment le compas dans l'œil en ce qui concerne l'égalité des millimètres à gauche et à droite.

Le plus jeune soupire, se réarme de son matériel de coiffeur du dimanche et pose une main au sommet du crâne de son frère.

« Mec, c'est tellement ridicule que tu cites Tina Turner. »

Il incline la tête de Dean sur le côté qu'il n'a pas encore fait.

« Ta gueule et coupe. »

***

Rasés de près, cheveux coupés, costume trois pièces aux cravates parfaitement nouées, les garçons sont prêt à affronter la sorcière d'Austrich.

Ce coin du Kansas n'a pas grand chose à voir avec Lawrence. Pas de rangées de maisons bien alignées avec des pelouses soignées. Pas d'enfants apprenant a faire du vélo sur des trottoirs larges bordant des rues calmes. Pas non plus de petites mamies en train de balader leur roquet.

Ici, c'est le Kansas profond. Ici, c'est la campagne, les chapeaux de cowboy et les santiags boueuses.

3000 âmes réparties sur plus de 3000 kilomètres de champs, de bois et de terre en friches. Des centaines de fermes disséminées un peu partout, des tracteurs abandonnés au détour d'une route, des chiens errants aux flancs émaciés, des vautours qui planent au dessus de la carcasse d'une vache… Austrich, Kansas, c'est l'Amérique de Norman Rockwell, coincée dans une petite bulle temporelle.

Ils sont là depuis presque une semaine maintenant.

Au départ Sam avait eu très peur d'être obligé de dormir dans la voiture avec son frère pendant tout ce temps. C'est vrai, qui irait construire un motel dans le trou du cul du monde ?

Heureusement Dean avait fait remarquer que la mythique route 66 passait à quelques kilomètres seulement de la ville. L'attrait touristique de la route avait poussé Georges H. Horkman a bâtir le 'Mythic'66 motel' en 1952 et aujourd'hui Georges G. Horkman Junior a repris l'affaire.

Il y a donc un motel à Austrich. Un motel des fifties qui voit passer 15 touristes par an en période d'affluence, mais un motel quand même. Sam peut supporter l'odeur de renfermé et la déco vieille d'un demi-siècle si ça veut dire qu'il ne dort pas recroquevillé sur le même siège où il passe absolument toute la journée, toujours à moins d'un mètre de distance de son frère.

Vive la route 66.

***

Douze cadavres et une vieille folle que tout le monde accuse d'être une sorcière. L'affaire semble presque trop simple. L'expérience de ce genre de cas leur dit de ne pas accorder trop de crédit à ces accusations mais de rester méfiants malgré tout. Dans les campagnes profondes, les gens sont toujours prompts à dénoncer leurs voisins pour sorcellerie, cannibalisme, zoophilie ou n'importe quoi d'autre. Sam aurait pu écrire un bouquin sur toutes les conneries qu'il avait entendu. Aujourd'hui pourtant, tout le monde semble unanime, la vieille de la ferme Parker ? Une magicienne démoniaque.

Ils sont dans la voiture maintenant et Sam conduit. Ce n'est pas un gracieux privilège que Dean accorde à son cadet, c'est surtout qu'il n'a pas encore eu le temps de se plonger dans le dossier d'Eleanor Parker.

D'ailleurs, il n'y a pas vraiment de dossier sur la « sorcière » d'Austrich, ce n'est pas comme si les flics s'étaient amusés a consigner des chevauchées de balais. La seule mention de la vieille Parker dans les fichiers de la ville date de 1967. C'est précisément cette affaire que Dean est en train de lire. Dean Parker, 17 ans, fils d'Eleanor Parker, retrouvé mort dans la cuisine, horriblement mutilé.

C'est leur victime 0, l'épicentre de l'affaire. Vu l'ancienneté du dossier il manque beaucoup de pièces. Il n'y a plus de photos mais la description donnée par le médecin qui a constaté le décès rapproche ce cas de tous les autres. A l'époque, personne n'avait été arrêté et, 5 ans après, un autre meurtre du même type avait lieu aux alentours d'Austrich. Le début d'une longue série.

Quarante deux ans plus tard, ils sont douze. Douze enfants mutilés et tués dans leurs chambre.

« Tu crois qu'elle a tué son propre fils en 67 ? » Demande Dean tout a coup.

Sam hausse les épaules. « Faut rien exclure. Mais je pensais plutôt à une vengeance. On a jamais retrouvé l'assassin de Dean. » il jette un coup d'œil à son grand frère sur le siège passager « Peut-être qu'elle sait de qui il s'agit et qu'elle se venge à sa façon. »

Dean hoche la tête « Hum. Sur onze familles ? C'est pas un peu trop Freddy pour nous ? »

« Hein ? »

« Freddy Krügger, les griffes de la nuit. » Explique-t-il en mimant les horribles doigts du monstre « Des gens le font cramer dans un four et, des années plus tard, il revient pour se venger sur leurs enfants et petits enfants, les uns après les autres. »

« Hum » Répond Sam sceptique « Quelque chose dans ce genre là. »

« On a rien sur ce 'Dean' ? » L'aîné marque une pause « Pourquoi est ce qu'il fallait qu'il s'appelle comme ça celui là ? » Il secoue la tête « Peut être que c'est lui qui revient pour trucider les gens qui font chier sa mère. Il tue les gosses de la même façon que lui est mort ? »

« Ouais, possible. Lis la dernière page, dernière ligne. » Rétorque Sam.

Dean tourne les pages du maigre dossier pour s'arrêter sur la dernière. Son doigt parcours rapidement les lignes avant qu'il ne trouve ce qu'il cherche.

« Hum… La famille refuse l'autopsie… bla bla bla » il glisse son doigt le long de la ligne « …inhumation au cimetière municipal d'Austrich. »

Sam acquiesce. « On a matière à bruler. »

Dean lui lance un regard mauvais, les sourcils froncés, la mâchoire serrée.

« Quoi ? »

« Matière à bruler ? »

Le plus jeune lève les yeux au ciel. Il déteste jouer au chat et à la souris quand son aîné est dans cet état de nerfs. « C'est juste une façon de parler. Je sais que ce n'est qu'un gosse, Dean. Mais on aura certainement pas d'autre alternative. »

L'aîné le dévisage encore un moment, silencieux. Finalement il soupire, referme le dossier sur ses genoux et se frotte les yeux. « Hum. Pas d'autopsie, ça n'aide pas. On a quoi d'autre ? »

« Pas grand chose. L'enquête n'est pas complète, il manque des pages. Et puis j'ai l'impression que ça a été un peu bâclé. Apparemment l'affaire Dean Parker a été classée sans suite en moins de deux semaines. »

L'aîné hausse les sourcils. « Ouais… effectivement ça peut avoir énervé la vieille Parker… »

« Suffisamment pour vendre son âme à un démon qui pourrait l'aider a punir le coupable. » Acquiesce Sam.

« On pourrait interroger les flics qui ont enquêté sur l'affaire à l'époque. »

« J'y ai pensé figure toi. En 1967, la seule personne sur le coup était le sheriff d'Austrich, Adam Narrow. Il est mort il y a huit ans. Cancer. »

Dean dévisage son petit frère au volant. « Tu déconnes ? Un sheriff bouseux sur l'affaire du meurtre d'un gosse ? Rien d'autre ? Pas de vrais flics ? Pas de fédéraux ? »

« Dans ce genre de cambrousse les gens lavent leur linge sale en famille, Dean. »

« Un gosse est mort, bordel ! Me parle pas de linge sale ! » Il frappe le dossier posé sur ses genoux. « Putain. »

« Dean ? Est-ce que ça va ? » Demande prudemment Sammy.

« Super. »

Evidemment personne n'est dupe sur l'ironie de cette réponse préprogrammée, lancée comme une hache contre le tronc d'un arbre, cinglante et acérée.

***

D'habitude les vieilles font du rentre dedans à Sammy. Il ne sait pas vraiment pourquoi, mais il attire le troisième âge et, dans le petit monde délicat des Winchester, c'est presque aussi utile que ridicule. Dean, aussi bien que John, se sont moqués de lui un nombre incalculable de fois, bien qu'ils aient toujours trouvé pratique d'envoyer Sammy en première ligne pour négocier avec les vieux.

Cela dit aujourd'hui, Eleanor Parker n'a d'yeux que pour Dean. Ou en tout cas, l'agent fédéral Jack Nash.

Autant Sam aurait voulu pouvoir se moquer, rendre à son frère la monnaie de sa pièce, autant le regard que la vieille femme pose sur son ainé n'a rien de séducteur. Elle observe chaque trait de son visage avec attention et dédain et Dean n'en mène pas large. Sam le sent mal à l'aise à ses côtés. Il voit sa gêne dans sa façon presque imperceptible de se dandiner d'un pied sur l'autre.

Avant qu'elle n'ouvre la porte, Sam pensait rencontrer une vieille toute voutée sur sa canne et emmitouflée dans un grand châle noir. Il avait imaginé un nez crochu et peut-être même une verrue posée dessus. Il ne s'était pas attendu a la Eleanor Parker qui a ouvert la porte.

La ferme en elle même ressemble à n'importe qu'elle autre vieille bicoque que l'on croise à tous les coins de route déserte du Kansas. Rien de particulier, rien d'alarmant, rien de 'tiens, une sorcière vit ici'.

Plus perspicace que lui, son aîné a fait remarquer que le jardin est complètement a l'abandon, ce à quoi Sam a répondu par un haussement d'épaules. Le jardinage en plein milieu d'une affaire (ou en dehors d'ailleurs) le laisse totalement indifférent… jusqu'à ce que Dean bien-sur, ne lui rappelle qu'une sorcière dans un coin aussi paumé aurait certainement besoin d'un potager.

Parfois le sens du détail de Dean l'énerve. C'est son boulot à lui d'être un maniaque du contrôle. Il déteste qu'on usurpe sa place de monster-geek, il a travaillé longtemps pour l'assumer. Cependant aujourd'hui, il doit bien admettre qu'il est passé complètement a côté. Et Dean a raison.

Les plantes anciennes, nécessaires à la plupart des rituels de sorcellerie, ne s'achètent pas n'importe où. Il y a toujours des magasins new-age bizarres dans les grandes villes où l'on peut acheter tout et n'importe quoi, mais dans le trou du cul du monde, une sorcière doit se ravitailler seule. Le potager semble la meilleure option.

Comme Sam n'a pas remarqué le jardin à l'abandon, comme il a échoué dans son rôle d'analyste obsessionnel, il se doit de proposer une solution. Et Sam étant Sam, la seule explication logique qui lui est venue est « Ebay ? ». Ce sur quoi Dean a levé les yeux au ciel et fait remarqué qu'elle pourrait très bien avoir un potager ailleurs et qu'il connaissait même un mec qui avait des plantations dans sa cave. Le petit sourire rêveur qu'il avait eut à ce moment était tout ce dont Sam avait besoin pour comprendre que les 'plantations' en question n'étaient pas de la verveine.

Ca ne change rien cela dit. Toutes les options sont plausibles et, sorcière ou pas, Eleanor Parker a des explications à leur fournir.

La vieille donc, a 80 ans, mais l'air d'en avoir encore sous le pied. Elle est mince, sèche, émaciée. Elle se tient droite comme un i, défensive, dans l'embrasure de la porte. Elle est grande. Pas aussi grande que Sam. Personne n'est aussi grand que Sam. Mais elle rivalise avec Dean. Son regard délavé en a vu d'autres, il est froid, fermé, mauvais. Elle est en jean. En jean et en chemise a carreaux. Comme un homme. 'Comme un putain de bucheron' pense Dean. C'est bien une femme pourtant, et elle devait être belle. Sa froideur et la vieillesse n'ont pas altéré un certain magnétisme, une aura, quelque chose qui fait battre le cœur un peu plus vite.

Elle ne leur a pas décoché un mot depuis qu'elle a ouvert la porte. Pas de bonjour, rien du tout. Elle les a juste regardé sortir leurs plaques et leur baratin avant de visser son regard sur Dean et de ne plus le lâcher.

L'agent Nash semble perdre tous ses moyens sous ce regard glacial et se contente de sourire bêtement. Alors c'est l'agent Simpson qui doit prendre les devants.

« Madame, le Bureau ré-ouvre actuellement d'anciennes affaires non classées et nous souhaiterions vous interroger dans le cadre de l'une d'elles. »

Eleanor finit par lâcher Dean pour poser un regard suspicieux sur Sammy. Les grands yeux clairs de la vieille transpercent littéralement le jeune Winchester. Il ne se démonte pas pour autant. Il connait son boulot. Il a déjà affronté beaucoup plus coriace qu'une mamie et il ne va certainement pas se laisser déstabiliser pour si peu. Ce n'est pas le cas de Dean, que Sam sent de plus en plus mal à l'aise à ses côtés. Ce n'est pas normal, mais il fait son possible pour l'ignorer tant que la mission n'est pas terminée.

« Quelle affaire ? » Crache Eleanor.

« Vous n'êtes pas sans savoir que le jeune Warren Jackson a trouvé la mort récemment dans des circonstances assez étranges. » Explique Sam.

La vieille s'appuie contre le montant de sa porte et farfouille un instant dans la poche de sa chemise. Elle en sort un paquet de cigarettes, en porte une à sa bouche et l'allume aussitôt.

« Le gamin battu à mort ? En quoi ça me concerne ? » Demande-t-elle en laissant s'envoler la fumée en direction des garçons.

« Peut être que nous pourrions entrer pour en discuter ? » Tente Simpson.

« Peut être que vous êtes mieux dehors. » Répond elle aussi sec. « Qu'est ce que vous voulez ? »

Sam se racle la gorge. Un peu d'aide de la part de son aîné ne serait pas de refus. Malheureusement Dean semble avoir perdu ses moyens. Il se dandine bêtement, la bouche ouverte et fixe carrément la vieille avec tout ce que ça peut avoir d'impoli. Celle ci évite de croiser son regard maintenant. Si elle n'avait pas 80 ans, Sam aurait pensé qu'il y avait eu quelque chose entre elle et son aîné… D'ailleurs il va garder l'idée dans un coin de sa tête, on est jamais à l'abri d'une surprise avec Dean.

« D'accord, madame. En fait, l'affaire Warren Jackson ressemble beaucoup à d'autres cas qui ont eu lieu aux alentours d'Austrich il y a plusieurs années de ça. Nous essayons de recouper nos sources pour avoir les meilleures informations possibles, vous comprenez ? »

« Je vais répéter une dernière fois : qu'est ce que vous voulez ? »

Sam déglutit difficilement. Ok. Il s'était imaginé que cuisiner une vieille serait une promenade de santé, mais là il a plutôt l'impression de traverser un champ de mine. Tout nu. En tout cas sans couverture, parce que la seule personne qui pourrait l'aider maintenant est en train de planer à 10 000 pieds. Il avait bêtement cru qu'ils pourraient juste s'asseoir sur un canapé moelleux et discuter de l'affaire autour d'une tasse de thé et de petits gâteaux, au lieu de ça il se retrouve face la fille spirituelle de Rambo et d'Attila. Seul.

« Et bien, pour être tout à fait honnête avec vous madame, cette affaire en a soulevé d'autres, dont celle de la mort de votre fils, Dean, et nous pensons qu'il pourrait y avoir un lien entre - »

« C'était il y a plus de 40 ans. » Coupe-t-elle.

« Nous le savons, mais nous avons des raisons de penser que les affaires pourraient être liées. »

« On ne vous apprend plus à lire au FBI ? » Crache-t-elle soudainement.

« Euh… Pardon ? »

« Tout est dans le dossier. Si vous l'aviez lu vous ne seriez pas en train de poser ces questions. Maintenant dégagez de ma propriété. » Et elle claque la porte, non sans avoir adressé d'abord un dernier regard à Dean.

« Ok… ça a le mérite d'être clair… » Dit Sam à l'adresse de la porte qui a claqué devant son nez.

Dean ne s'attarde pas sur le perron et regagne leur voiture de location à la hâte, plantant son frère devant la maison de la 'sorcière'.

Les frères Winchester ne s'étaient pas attendus à voir Eleanor Parker enfourcher un balais et s'envoler dans le crépuscule, mais ils n'étaient pas non plus préparés à Tatie Danielle version boucherie. Sans plus d'information, leur tactique est restée basique, traiter cette femme comme ils ont traité tous les autres témoins jusqu'à présent. Mais de toute évidence, sa réputation de vieille folle n'est pas usurpée et s'ils veulent en tirer quoi que ce soit il faudra déployer un véritable plan de bataille.

Quand Sam rejoint son aîné dans la voiture, il le trouve à la place du mort, plongé dans le journal de leur père. Dean tourne rapidement les pages, à la recherche de quelque chose que, de toute évidence, il ne trouve pas.

« Tu cherches quoi ? »

Dean ne répond pas. S'il a entendu la question, il n'en laisse rien paraitre et continue de parcourir frénétiquement les pages usées du vieux journal. Sam déteste qu'on l'ignore. Surtout quand il a du se taper seul le sale boulot parce que 'Mister Fuckin Mysterious' a décidé de rêvasser.

« Allo ? Dean ? T'es toujours avec moi ? »

« Hein ? » Dean lève le nez pour envoyer un regard stupide à son frère.

OK. Alors ce n'est pas volontaire, il plane vraiment. C'est que Sam se méfie maintenant, il a l'habitude de voir Dean l'ignorer royalement sous prétexte qu'il n'a pas envie de l'écouter ou bien qu'il a trouvé plus intéressant à glander. Ou juste pour le faire enrager. Mais dans le cas présent, l'air niais et surpris qu'il affiche est un bon indicateur que non, il ne fait pas ça par pure intention de faire chier, il doit avoir une vraie raison. Sam réfrène donc une furieuse envie de lever les yeux au ciel et se contente de désigner la maison de la tête.

« J'aurais apprécié d'avoir un peu d'aide sur ce coup, tu sais. »

« Excuse moi. C'est juste que… »

« Que quoi ? »

Il y a un moment de silence et Dean se passe une main sur le visage avant de regarder la ferme Parker en soupirant. Sam tourne la tête vers la bicoque juste a temps pour voir un rideau bouger derrière une fenêtre. La vieille harpie les observe.

« Démarre, Sam. »

Le plus jeune s'exécute. Pas parce que c'est un ordre, mais parce que la mission l'exige. Les agents fédéraux venus interroger Mme Parker ne doivent pas stationner devant chez elle sans raison, ce serait suspect. La vieille les déteste déjà, autant éviter qu'elle les maudisse en plus. Alors il démarre la Taurus et manœuvre pour la remettre dans le sens de la route.

« T'allais dire quoi ? » Demande-t-il.

« A propos de ? » Dean joue les idiots, comme s'il avait oublié qu'il a laissé une phrase en suspend quelque secondes auparavant. Comme s'il pensait vraiment que Sam allait lâcher le morceau.

Le plus jeune d'ailleurs, est parfaitement rôdé à ces non-sens et ces silences plus sonores qu'un concert d'AC/DC. Ca ne l'empêche pas de soupirer de lassitude et de taper nerveusement sur le volant.

« A propos du fait que tu m'ais planté comme une merde et que tu cherches un truc précis dans le journal. » Explique Sam avec la patience d'un ange.

Après tout il peut bien se dire ça, de ce qu'il en a vu, les anges ont une patience explosive, du genre à raser tout une ville.

« Hum, je sais pas… une intuition. »

« Dean » Commence Sam sur un ton menaçant. Il ne demande pas la lune pourtant, si ? Juste de l'honnêteté.

« Sam » Coupe l'aîné. Il secoue la tête et finit par cracher sa putain de pastille « Je crois que suis déjà venu ici. Je crois que c'est une ancienne chasse de papa. » Devant le regard étonné de Sam, Dean soupire. Quand son petit frère ouvre la bouche pour dire quelque chose, il lève une main pour le couper « Je ne sais pas ce que c'est, je te jure. J'étais gosse, je ne me rappelle de rien, juste des impressions. Je sais juste que je connais cette vieille et qu'il faut s'en méfier. Je le sais au fond de mes trippes, il y a quelque chose de très mauvais lié a elle, c'est pas une gentille. »

Après la rencontre glaciale avec Eleanor, Sam n'a pas vraiment besoin qu'on insiste beaucoup pour le convaincre que c'est elle la méchante de l'histoire. Pas étonnant d'ailleurs que ce soit ce que la ville entière pense. Mais il y a quelque chose dans la façon de le dire de son aîné qui met Sam mal à l'aise.

Sorcière, ou peut-être pire, si les souvenirs de Dean sont exacts, si John a bien pris cette affaire des années auparavant, pourquoi est elle toujours debout ? Sam voudrait poser la question à son frère, mais ce n'est pas le moment. La mâchoire serrée et les poings fermés n'invitent pas au dialogue. Alors Sam laisse couler.

Pour l'instant.

***

TBC

Chapitre 3 : Parabellum