Merci a tous pour les reviews. Je reprends mais bonnes vieilles habitudes de chapitres interminables...
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La vieille dame au cœur de pierre
3
Parabellum
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Dean se tourne et se retourne dans son lit. Il ne peut pas dormir.
Quelque chose cloche. Quelque chose cloche carrément.
Il n'a qu'une envie, c'est de prendre un flingue et d'aller atomiser la vieille Parker, mais il ne sait pas pourquoi. Elle est mauvaise, dangereuse. Il y a un reflexe instinctif, primal, au creux de son ventre qui lui hurle de haïr et de détruire cette personne. Si on peut parler de personne. Pour autant qu'il sache, ça pourrait aussi bien être une sorcière, un shifter ou même un Lepreuchaun géant.
C'est une chasse, il le sait. Une chasse dont John s'est occupé il y a de longues années. Il devait avoir huit ans, pas plus. De vagues impressions de déjà vu, des flashs, c'est tout ce dont il a besoin, il fait suffisamment confiance à son instinct pour savoir qu'il ne se trompe pas.
Dean se lève. Il est quatre heures du matin et Sam ronfle paisiblement dans le lit d'a côté. Le grand frère se dirige vers son sac, en sort le journal aux pages jaunies et s'enferme dans la salle de bain.
***
Le lendemain matin Sam se réveille dans une chambre vide. Parti cherché le café sans doute. Il ignore tant bien que mal l'angoisse qui frappe dans son estomac quand il repense aux quatre mois où il s'est réveillé seul.
Il se dirige vers la salle de bain, ouvre la porte et pousse un cri aigu qu'il niera avoir jamais été capable de produire même si sa vie en dépendait.
Dean devait être assis sur le sol, appuyé contre la porte. Quand Sam l'a ouverte avec sa délicatesse habituelle, il est tombé à la renverse dans les grands pieds de son petit frère.
Réveil violent.
Sam doit penser qu'il a fait un malaise ou peut être même qu'il est mort contre la porte des chiottes par l'opération du Saint Esprit. Ce qui, soit dit en passant, ne l'étonnerait même pas. En tout cas le petit frère est a genoux maintenant, l'air encore plus inquiet que d'habitude, en train de cracher sa douce haleine du réveil sur un Dean qui se demande ce qu'il fait par terre.
« Dean ! Nom de dieu ! Ca va ?? »
L'intéressé grogne, s'agite pour essayer de coordonner ses muscles endormis et surpris par la soudaine chute.
« Ouais… ouais… Aide moi a me relever. »
Sam lui attrape une main et tire vers le haut. Si Dean n'avait pas fait l'effort de suivre volontairement le mouvement, son cadet lui aurait probablement démis le bras. Le gosse ne maîtrise pas sa force. Et c'est certainement pas son grand frère qui va lui faire la remarque, inutile de faire gonfler les chevilles de monsieur.
« Mais qu'est ce que tu foutais ? » Demande maintenant Sammy, qui, une fois qu'il a compris que personne n'était en danger de mort, imite à la perfection la voix de leur père.
« J'arrivais pas à dormir. Je me suis installé là pour lire. »
Sam écarquille les yeux, et cherche le playboy ou le busty-asian-beauties qui devrait traîner là. Quand Dean lui dit "lire", il ne s'attend pas vraiment à trouver la Pleïade. Il connaît bien l'animal. Les articles à côté des Playmates constituent la seule nourriture spirituelle de son aîné.
Quand il ne trouve pas de magasine de fesses par terre, il secoue la tête.
« Lire quoi exactement ? Les lignes de ta main ? »
Le journal de John est resté dans la main droite de Dean, ouvert sur la dernière page lue avant de s'endormir. Quand il le montre à son cadet, Sam fronce les sourcils, grimace, pose deux cent questions rien qu'avec ses yeux.
Dean hausse les épaules. « C'est cette histoire avec la vieille, ça me gonfle. J'arrive pas à savoir ce que c'est. »
« T'as trouvé quelque chose ? Papa en parle là dedans ? »
Dean secoue la tête. Non. Il n'a rien trouvé du tout.
Il a cherché, scruté chaque page, chaque mot. Mais le journal n'est rien d'autre qu'un bestiaire, une liste de faits et de monstres. Laconique, précis, John Winchester en somme. Voici la bestiole et voici comment on s'en débarrasse.
Le père de Sam et Dean n'a jamais été du genre à consigner ses faits et gestes pour laisser sa trace dans l'histoire, il voulait juste que les garçons aient en main le meilleur arsenal. Qu'ils puissent tuer tout ce qui se présentera sur leur chemin. Et c'est le cas. Mais Dean n'a pas trouvé quelle bestiole sévissait ici.
Sam acquiesce lentement. « Hum… » il se frotte le menton « On peut appeler Bobby, il est peut-être au courant de quelque chose. »
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Deux heures et deux petits déjeuners plus tard, Bobby n'est au courant de rien. Austrich Kansas pourrait aussi bien être Trou-du-cul-du-monde-sur-plage, il n'en a jamais entendu parlé. Il a chassé deux ou trois fois dans cet état avec le père Winchester, mais rien qui s'apparente au modus operandi qu'ils ont. Et puis de toute façon, aucune créature ne s'est jamais relevée d'une rencontre avec la paire d'ex-marines.
Sam soupire pour la millième fois. « Tu confonds peut être, on a passé notre enfance dans des coins merdiques comme ça. »
Dean n'a pas besoin d'articuler la colère dans ses yeux. Il sait de quoi il parle. Il fait confiance à son instinct plus qu'a n'importe quoi d'autre. Alors le plus jeune soupire a nouveau et y ajoute même sa touche personnelle : les yeux levés au ciel.
« Ecoute, je ne dis pas que t'as tort, mais tant qu'on a rien, on va traiter cette chasse comme n'importe quelle autre. Papa était peut être là pour carrément autre chose, un esprit ou un truc dans ce genre, quelque chose qui ne mérite même pas d'être dans le journal. Ca n'a surement aucun rapport avec notre affaire. »
« Il faut qu'on retourne la voir. » Tranche Dean.
Sam s'apprête a dire quelque chose, souligner son désaccord, répéter ce qu'il vient de dire, n'importe quoi, mais son grand frère le coupe d'un geste.
« Juste pour lui parler, ok ? Elle nous a donné aucune info et il faut qu'on en sache plus. Si on arrive a rentrer dans sa baraque j'aurais peut-être d'autres souvenirs. »
Le plus jeune soupire et se frotte le menton. Il déteste voir son frère comme ça, a cran. Il ne sait pas encore exactement où se trouve le détonateur, en revanche il sait que si Eleanor Parker le trouve avant lui, elle finira avec une aération donnant droit sur son cerveau.
Cependant Dean a raison. Jusqu'à présent ils n'ont qu'une autoroute d'indices menant droit sur la vieille. Il a lui même préconisé d'agir comme pour n'importe qu'elle autre chasse et dans n'importe quelle autre chasse, les agents Nash & Simpson retourneraient l'interroger. Alors il acquiesce, même si c'est les mains sur les hanches et la posture défensive, même s'il sait déjà que ça va mal finir.
***
Austrich, Kansas - 1987
Papa est en colère. Ou triste. Les deux se ressemblent souvent.
Dean ne sait pas ce qu'ils font ici, mais il s'en moque. Il se fout de où est "ici" tant que c'est avec son père et son frère. Chez lui.
Depuis quatre ans, chez lui c'est nulle part. Ou peut-être que c'est partout. C'est un peu comme de voir le verre à moitié vide ou a moitié plein. Sur la route, dans l'un de ces motels sordides... Au final peu importe. La maison c'est juste là où papa a décidé de poser les valises.
Aujourd'hui, c'est dans la voiture. Elle est garée près d'une ferme ancienne, au milieu de nulle part. Ils sont ici depuis un bon moment. Deux heures peut-être.
Sammy s'est endormi malgré la chaleur. Papa a dit une fois que Sammy pourrait s'endormir dans une machine à laver en marche. Ce qui est impossible. Même pour Sammy. Cependant c'est vrai qu'il peut s'endormir n'importe où, y compris sur la cuvette des WC. En tout cas en ce moment il dort malgré les 50° d'un été du Kansas écrasé sur la tôle noire.
La sueur dégouline le long de son dos et il meurt de soif mais Dean ne se plaint pas. Il ne dit rien. Silencieux comme une tombe, il tente de comprendre ce qu'ils sont en train de faire. Papa ne fait jamais les choses par hasard. Il y a des enseignements à tirer de toutes ses décisions, de tous ses ordres. En tout cas c'est ce que le pasteur Jim a dit à Sammy une fois. Un exercice de patience et de résistance physique certainement. Ce n'est pas comme si Dean allait demander de toute façon.
Papa est assit derrière le volant. Il a aussi chaud qu'eux. Des gouttes de sueur perlent contre ses tempes. Ses mains sont posées sur ses genoux avec les doigts crispés, comme s'il tentait de percer son jean. Il regarde la ferme au travers du pare brise, sans rien dire, depuis qu'ils sont arrivés ici.
Quand Dean a finit par lui demander s'il allait bien, son père a juste hoché la tête avec un léger grognement.
C'était il y a vingt minutes.
Maintenant, Dean a vraiment très chaud et très soif, alors il tente quelque chose à nouveau.
« Papa ? » C'est une petite voix, curieuse mais pas inquisitive. Ca veut dire 'tu peux me répondre si tu veux, mais tu n'es pas obligé'. Dean pense que c'est un bon compromis.
Pendant une ou deux minutes, papa ne répond rien, ne bouge pas et le petit garçon commence à se dire que le plan est peut-être simplement de mourir ici tout desséchés. Finalement, son père le regarde dans le rétroviseur et sourit, même si Dean sait que c'est a contre cœur.
« Tout va bien bonhomme. Reste dans la voiture. Surveille Sammy. Je ne serais pas long. »
Et, juste comme ça, après des heures de silence immobile en pleine fournaise, papa quitte la voiture et se dirige vers la ferme.
***
La fumée s'envole lentement, danse dans l'air opaque d'un été du Kansas avant de disparaître. La cigarette s'époumone, rouge vif au bord du filtre, mais Eleanor ne semble pas décidée à la jeter. Elle la porte encore à sa bouche, doigts jaunis contre lèvres abîmées.
Il se sont présentés une nouvelle fois à sa porte, bien coiffés, cravates ajustées, sourires en contreplaqué, arsenal qui leur permet de s'infiltrer à peu près partout d'habitude. D'habitude. Mais pas aujourd'hui. Pas avec la sorcière d'Austrich.
Elle reste dans l'embrasure de sa porte, solide et droite, bloque le passage, leur dit d'aller se faire foutre rien qu'avec la façon dont elle les regarde. Ou en tout cas, dont elle regarde Sam. Parce qu'elle regarde Dean avec une intensité qui met son cadet mal à l'aise.
Ce n'est pas juste comme dévisager quelqu'un. C'est plutôt comme essayer de voir à travers lui, de rentrer sous sa peau, dans sa chair. Quand elle regarde Dean, on dirait qu'elle cherche quelque chose, et ça n'a franchement rien d'agréable.
Elle n'a rien dit encore. Elle a juste ouvert la porte et planté ses yeux délavés et froids sur l'aîné des Winchester. Quand Sam toussote doucement pour attirer l'attention sur lui, la vieille tourne la tête mais Dean ne se détend pas. La tension et la colère émanent de lui comme la chaleur d'un radiateur. C'est là que Sam réalise a quel point c'était vraiment une très mauvaise idée de ramener Dean ici.
De manière générale, le jeune Winchester à un instinct assez fiable. Certainement moins aiguisé que ceux de son père ou de son frère, mais bien entrainé malgré tout. Mais s'il y a une chose sur laquelle Sam est infaillible, c'est sur son instinct de petit frère. Il connaît le paquet de nerf à sa droite sur le bout des doigts. Il sait lire chacun des mots qu'il ne dit pas dans ses attitudes et ses silences. Sam connaît son grand frère mieux que n'importe qui et les signaux qu'il envoie en ce moment ne présagent rien de bon. Dean est en mode chasse. Destruction. Meurtre.
« Mme Parker, nous avons quelques questions à vous poser dans le cadre de notre enquête. »
« Je ne sais rien sur la mort de ce gosse.» Crache-t-elle en réponse.
« Ce ne sont que des questions de routine madame, mais elles sont nécessaires. Cela peut se faire chez vous calmement ou bien on peut considérer ça comme une obstruction à la justice et vous emmener au poste avec les menottes et la sirène. A vous de voir. »
C'est rarement le rôle de Sam de jouer au méchant flic mais la vieille Parker ne lui inspire pas beaucoup de compassion. Et puis la rage de Dean a ses côtés irradie si fort qu'il n'a aucun mal a prendre ce ton sec et rude.
Contre toute attente, la vieille sourit. Ce n'est pas spécialement amical, c'est plutôt un 'va te faire foutre' en image. Pendant un moment elle ne dit rien et Sam croise les doigts pour que son coup de bluff fonctionne. Ils n'ont pas vraiment de voiture avec sirène et encore moins de poste de police où emmener la vieille. Et évidemment, elle serait en droit de demander un mandat, même si ça fait longtemps que Sam ne pense plus à tous les droits civiques qu'ils bafouent en menant leurs enquêtes. Il espère juste qu'Eleanor en fasse autant.
La vieille incline la tête vers Jack Nash. « Votre copain est muet ? »
Sam réalise que son aîné n'a pas dit le moindre mot, ni bonjour, ni merci, ni merde, depuis qu'ils sont ici. Et la dernière fois non plus. Il s'apprête a répondre à la place de son frère, recentrer la discussion sur l'objectif, à savoir pénétrer chez elle, mais Dean le devance.
« Non. » Répond il simplement. Sec, froid, les yeux dans les yeux, le visage fermé.
Eleanor fronce les sourcils. Quelque chose change dans son visage. Sam ne saurait pas dire quoi exactement mais quelque chose est différent. C'est fugace, ça ne dure qu'une seconde. Ensuite elle hoche lentement la tête, jette sa cigarette sur le sol et s'écarte de l'embrasure de la porte.
« Entrez. »
***
Le salon est à l'image de celle qui l'habite, austère, froid, ancien. Les gros meubles de ferme côtoient des objets plus modernes, anachronismes seventies qu'on ne retrouve plus que dans ces coins reculés. Bien que propre et rangé comme seul un maniaque peut le faire, l'intérieur semble être bloqué dans le temps, quelque part vers la fin des années 60, comme une vieille photographie.
Sam remarque tout de suite ce genre de détails. Dean Parker est mort en 67. La vie dans cette maison semble s'être arrêté à ce moment. Le chasseur en lui note la possibilité d'un deuil jamais vraiment passé. Il n'y a aucune photo nulle part, juste quelques tableaux, des paysages de montagnes jaunis.
« Installez vous » Dit la vieille en désignant un canapé.
Les garçons s'exécutent et attendent qu'elle soit elle même assise sur un fauteuil en face d'eux pour commencer leur enquête. Un bref regard vers Dean apprend à son cadet qu'il n'a pas plus de souvenirs maintenant qu'auparavant. Peu importe. Il vont bien réussir à démêler cette histoire d'une façon ou d'une autre.
« Mme Parker, nous avons effectivement repris le dossier du sheriff sur le décès tragique de votre fils, mais nous n'avons pas trouvé tous les éléments nécessaires. »
« Comme ? »
« Hum » Sam se racle la gorge un peu déstabilisé par le masque d'indifférence de la vieille quand on aborde le sujet de la mort de son fils. « et bien… l'enquête a rapidement été déclarée sans suite et… »
Sam s'arrête net. Il s'arrête net parce qu'Eleanor rit.
« Sans suite hein ? J'imagine que ça veut dire qu'ils n'avaient pas de preuves, n'est ce pas ? »
Elle sourit encore, et Sam ne comprend pas ce que ça veut dire, alors il ne sait pas comment continuer l'interrogatoire.
« Vous vous souvenez de quoi exactement ? » Demande Dean brutalement.
Elle ne lève pas les yeux vers lui, regarde attentivement son vieux tapis décrépit et tâtonne dans sa poche à la recherche de son paquet de blondes.
« De tout. » répond elle dans un soupir.
Elle porte une cigarette à sa bouche et l'allume.
« De tout ? » Demande Sam.
Elle le regarde et elle ressemble enfin à la vieille femme qu'elle est. Agée, nostalgique, pleine de souvenirs d'une vie bien remplie, comme chaque aïeul devrait être. Perdu le masque de froideur et d'indifférence, disparue la verve acide et l'amertume, juste une vieille qui se souvient.
« J'ai trouvé mon fils sur le sol de la cuisine ce matin là. Il était déjà mort. Il n'y avait rien a faire. » Elle sourit a nouveau et il y a des tonnes de regrets dans ses yeux. « Rien a faire » répète-t-elle doucement en laissant la fumée s'envoler.
« Oui… effectivement, cette partie est dans le dossier. » tente prudemment Sam « Mais nous aimerions savoir si d'autres détails vous sont revenus, des choses qui ne seraient pas dans votre déposition. En fait il me semble que le travail du sheriff a été un peu rapide et son interrogatoire des témoins, en l'occurrence, vous, n'est pas complet. »
« Tout est là pourtant. » Répond la vieille. Et elle le répond si rapidement, avec tellement d'assurance, que les frères Winchester n'y croient pas une seconde.
« Vraiment ? » essaie Sam, l'air surpris. « Vous ne vous rappelez de rien d'autre ? Vous étiez pourtant à la maison cette nuit là, non ? Vous n'avez rien entendu ? »
« Rien. »
« Alors vous dormiez tranquillement pendant que votre fils se faisait dépecer dans la cuisine, c'est ça ? » Crache Dean.
Le sang quitte aussitôt le visage d'Eleanor, elle devient blême, fébrile. La cigarette regagne sa bouche comme si elle tentait de se donner un peu de consistance. Sam ne sait pas vraiment quoi faire. Maintenant que la bombe est lâchée, il ne peut que ramasser les morceaux.
On ne doit jamais être aussi inquisiteur dans l'interrogatoire d'un témoin clef, surtout si ce témoin à de bonnes chances de s'avérer être aussi le coupable. Jamais. A moins d'avoir un plan. Dean est censé savoir ça et Sam espère de tout son cœur que son aîné a vraiment un putain de bon plan quand il décide de provoquer une sorcière potentielle sur un sujet très sensible.
« Vous ne savez pas de quoi vous parlez. » Dit elle au bout d'un moment.
Dean se penche en avant, les coudes sur les genoux. « Eclairez moi. »
Eleanor le regarde, le dévisage, l'évalue. Elle voit quelque chose en lui que Sam n'arrive pas a saisir. Mais Dean s'est endurcit depuis la dernière fois. Il n'est plus à nu, plus désarçonné par ce regard, au contraire, il le soutient et le renvoi.
« Dean était… » Commence-t-elle.
Eleanor s'arrête sitôt que Dean lève les sourcils. Sam ne sait pas trop si c'est juste une invitation à continuer ou si son frère est simplement aussi surpris que lui par l'utilisation de ce prénom. C'est assez pénible de sentir un rapport quelconque avec une victime. C'est plus simple de juste les considérer comme des noms sur des dossiers.
Quand il vous ressemblent, quand ils sont proches de vous d'une manière ou d'une autre, tout se complique. Partager le même prénom établit déjà une connexion entre Dean Winchester et Dean Parker, une connexion dont ils se seraient bien passée car elle ne fait qu'affuter la rancœur de son aîné envers cette femme.
Eleanor s'interrompt, scrute le visage du grand frère puis se lève brutalement.
« Je suis fatiguée. Mes vieux os ont besoin de repos. Vous savez où est la porte. »
Les frères Winchester se lèvent à leur tour et Sam tente de dire quelque chose mais son frère le coupe.
« Où est votre mari madame Parker ? »
Le plus jeune dévisage son grand frère, complètement interloqué. Dean sait quelque chose. Il sait quelque chose que Sam ignore. La façon dont il avance ses pions sur l'échiquier est tout ce dont le cadet à besoin pour savoir que son aîné a une idée derrière la tête. Il connaît aussi bien que lui toutes les techniques d'interrogatoire. Retenir l'attention d'un témoin fuyant avec une question déstabilisante, classique. Mais pourquoi le mari ? Il n'y a aucune mention de lui nulle part, on ne sait même pas s'il existe.
Eleanor réagit exactement comme dans le manuel de l'interrogatoire par John Winchester. Elle s'arrête en pleine retraite vers une autre pièce, figée sur place. Elle regarde Dean et son visage reflète du doute, de l'appréhension, de la peur même. La cigarette pend mollement au bout de son bras et finit par tomber sur le sol sans qu'Eleanor n'ait la moindre réaction. La bouche ouverte, elle dévisage Dean, et Sam peut presque la voir trembler.
L'aîné quand a lui, a un petit sourire. Le genre de sourire en coin qu'il fait pour se moquer de son cadet. Il insulte la vieille femme en silence, juste en levant vaguement la tête vers elle avec ce sourire là. Sam sait parfaitement lire son frère. Autant Dean est assez avare de mots quand il est en colère, autant il maitrise parfaitement toutes les subtilités du manque de respect dans une simple attitude. Ce qu'il renvoi à Eleanor, c'est un 'Je t'emmerde, connasse' manifeste et absolu.
« Agent Simpson, je crois qu'il est temps de partir. » Déclare soudain le grand frère en prenant la direction de la porte.
Sam reste interdit, planté au milieu de la pièce, a regarder Dean quitter la ferme sans se retourner. Littéralement statufiée, Eleanor fixe intensément le rectangle de jour que dessine la porte laissée ouverte.
« Euh… vous devriez éteindre ça. » Bafouille Sam en désignant le mégot qui se consume sur le sol. Quand Eleanor l'écrase distraitement du pied en le regardant, Sam se racle la gorge. « Merci de votre temps. Euh… nous repasserons si nous avons d'autres questions. »
Le jeune Winchester se dirige vers la porte.
« Agent Simpson ? »
Il voudrait partir en courant, rejoindre son frère et tenter de comprendre son plan débile. Pourtant il se retourne vers la femme, l'air innocent et ouvert, comme s'il n'était pas en train de se poser un millier de questions à la seconde.
« Il me déteste, n'est ce pas ? » Demande-t-elle.
« Pardon ? »
« Votre coéquipier. Il me déteste. »
Que préconise le manuel dans ces cas là ? Qu'est ce qu'il est censé dire ? Dans l'éventualité où Eleanor soit bel et bien ce que tout le monde pense qu'elle est, ils risquent de se retrouver avec une malédiction sur les bras a cracher des asticots ou des lames de rasoir…
« Et bien… nous ne faisons que notre travail vous savez. Il a eu ne mauvaise journée c'est tout. »
Eleanor sourit. « Peut-être que je me souviens d'autre chose. » Dit elle. « Revenez demain. »
Sam ne sait pas exactement sur quels boutons son frère a appuyé mais ça semble avoir fonctionné. La mémoire est tout a coup revenue à la vieille, comme par hasard. Elle est prête a parler. Dean a bien joué ses cartes même si Sam n'a absolument aucune idée de son jeu. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas du tout apprécié la partie. Il n'est pas prêt à subir encore cette tension là. Si quelqu'un doit revenir demain, ce sera lui, et lui seul.
« Bien madame, je repasserais. »
« Dites lui qu'il vienne aussi. Dites lui que j'ai des choses à vous apprendre. Dites lui ça. »
Sam fronce les sourcils. Elle ne veut pas leur parler. Elle veut que Dean revienne.
Elle veut son frère et Sam ne sait pas pourquoi. Ce qu'il sait en revanche, c'est que tant que ce ne sera pas clair, il est hors de question qu'elle obtienne ce qu'elle demande. En attendant, l'agent Simpson hoche la tête et sort de la ferme. Il sent le regard de la vieille planté dans son dos.
« Dites lui ça. Dites lui qu'il revienne. » répète-t-elle alors qu'il franchit la porte. « Dites lui. »
***
TBC
Chapitre 4 : Petits mensonges en famille
