Merci à tous pour vos commentaires!
Je pense avoir répondu a tout le monde, sauf bien sur a ceux qui ne sont pas enregistrés sur ce site, je le fais ici donc: Merci a vous. Et comme je l'ai dit à plusieurs d'entre vous dans mes réponses, je pense qu'il est assez clair depuis le temps que John est un personnage pour qui j'ai particulièrement d'affection. J'avais envie de remplir certains vides le concernant, de répondre a certaines questions, comme "pourquoi un mécano au fond du Texas va prendre ses gamins sous le bras pour parcourir le pays en trucidant des monstres", alors oui, vous allez me dire : "a cause de Mary". Et j'ai envie de vous répondre : "Ah mais oui mais non". Parce que si vous reflechissez, depuis la S1, combien de gens Sam et Dean ont aidé? Combien de gens ont vécu un drame surnaturel mais ne sont PAS devenus chasseurs? Et oui. Des tas de personnes sont victimes de ça mais toutes ne choisissent pas de remplir le coffre de munitions et de parcourir les routes avec un bébé sur la banquette arrière et un Smith&Wesson a la ceinture. Et puis John aurait aussi bien pu trouver une maison pour lui et ses gamins et se concentrer sur la traque du YED, et juste le YED, au lieu de ça, il choisit la route. Ca n'est pas imposé a lui, c'est un choix.
Je n'aime pas les histoires faciles de "John c'était trop un héro dans sa tête, le Jack Bauer du Kansas qui a décidé que sa mission c'était de sauver le monde". Ca fait longtemps que je ne crois plus au pere noel. Il me fallait plus consitant que ça. Il me fallait un décor, des personnages secondaires, des circonstances. Un homme ne devient pas une machine a tuer parce qu'on appui sur un bouton, pour moi il y a forcément un passé derrière, des raisons.
Donc pour ceux qui m'ont fait la remarque, je ne considère pas mon John comme OOC ou hors des canons de la série, c'est l'épisode 403 qui est hors du personnage. Alors oui, je sais, ça sonne certainement très prétentieux, mais je n'y peux rien, j'ai vu John dans ma tête d'une certaine façon pendant 3 ans, je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils ont tenté d'en faire en S4. Je ne comprends pas l'idée qu'il revienne de la guerre tout bien peigné avec des bisounours plein la tête et que quand sa femme se fait tuer il décide de détruire la vie de ses fils pour une vengeance personnelle. Ca me dépasse, dissonance cognitive, donc je cherche un autre pourquoi.
Sur cet interminable monologue, je vous laisse lire (ou pas) la suite des aventures des Winchester walking down memory lane, j'ai envie de dire...
See ya!
***
La vieille dame au cœur de pierre
7
Dors, bébé, dors
***
Il ne semble pas y avoir moyen de négocier avec Dean. L'intransigeance est marquée dans sa posture et dans ses traits, dans ses bras croisés et dans son visage fermé. Non, il n'ira pas. Il ne retournera pas voir la vieille.
« On a du boulot plus important que cette conne. » répète-t-il comme si Sam n'avait pas entendu les quinze premières fois.
Le petit frère se sert un nouveau café. Le liquide noir grimpe lentement sur le sucre qu'il trempe distraitement dans sa tasse. Les informations de la veille commencent doucement a s'installer dans sa tête, a devenir réelles, et la caféine aide le corps et l'esprit a accepter.
Pour être honnête, il ne sait pas exactement ce qu'il veut dire à Eleanor. La vieille ne savait certainement pas qu'il existait avant qu'ils n'arrivent ici. « Bonjour, je suis votre petit fils, vous savez, celui dont votre fils (qui vous a jeté hors de sa vie) ne vous a jamais parlé ? Sinon, ça va ? » Hum.
Et puis bien sur il y a Dean. Dean et toute sa rage.
Sam ne connaît aucun être humain pour qui son frère ait si peu de considération. Même Bela était un échelon plus haut dans son estime.
Le jeune Winchester se sent terriblement mal à l'idée d'avoir été écarté de ce secret pendant tant d'années. Protéger. Ouais, Dean et John n'ont jamais eu que ce mot à la bouche. Apparemment ça suffit à tout justifier. On ne t'a rien dit pour te protéger. Comme si Sam avait besoin de ça. Si son père et son frère pouvaient encaisser, pourquoi pas lui ? Pourquoi toujours le considérer comme le maillon faible ? A une époque c'était peut être vrai, mais maintenant Sam mesure une tête de plus que son frère et il a détruit suffisamment de créatures en duo et en solo pour gagner des galons dans la hiérarchie.
Il s'est toujours considéré comme différent des deux autres membres de sa famille, parce qu'il avait envie d'autre chose, parce qu'il voyait plus loin que les motels crasseux et les routes sans fins, mais il ne s'est jamais senti supérieur ou inférieur a eux. Il n'est peut être pas aussi adroit que son frère avec un flingue, peut être pas aussi obsessionnel que son père sur les recherches, mais il est bon dans ce qu'il fait. Il est un excellent chasseur et personne ne peut le contredire à ce sujet. Leurs conneries sur le fait de le protéger à tout prix le rendent malade. Il n'est pas un maillon faible.
La surprise et la compassion passées, il ne reste que la frustration d'avoir encore une fois été écarté sans autre motif que "on voulait te protéger Sammy". Combien de squelettes le père et le fils ont ils encore enfouis dans leurs placards au nom de cette foutue sacro-sainte protection?
C'est dans ce genre de moments que Sam ressent le plus le fossé qui l'a toujours séparé de John. Petit, il jalousait la relation spéciale entre son frère et son père. Il enviait leur complicité, la compréhension qu'ils avaient l'un de l'autre, leur façon de se parler sans utiliser les mots, les secrets qu'ils s'échangeait. Plus grand, il a vu cette relation pour ce quelle était vraiment, l'obéissance du soldat envers son général et il s'est mis à la détester.
Maintenant il se rend compte que son père et son frère ont navigué dans des eaux complètement différentes des siennes. C'est vrai, il a dit plusieurs choses horribles a son père. Il en a entendu aussi. Quoi qu'il en soit, il a toujours regretté. Depuis la mort de John, il porte sa culpabilité comme une croix, comme un châtiment mérité pour tout ce qu'il a dit sans le penser, pour tout le venin qu'il a craché. Depuis des années, il est rongé par ces remords, et maintenant il apprend qu'il ne connaissait que le sommet de l'iceberg.
Dean et John ne s'engueulait jamais. Rarement en tout cas. Evidemment, quand on sait où sont placées les mines sur le terrain, on évite de marcher dessus. Sam a toujours avancé a l'aveugle et on a pourtant attendu de lui le même parcours sans faute que son aîné. De quel droit ? L'injustice et la frustration ont définitivement pris le dessus sur la compassion.
« Je te demande pas ton avis Dean. Toi et papa, vous avez décidé pour moi pendant des années. Maintenant je suis grand, j'ai pas besoin de toi pour me dire ce que je dois faire. Je veux rencontrer cette femme et tu m'en empêcheras pas. »
« Elle est mauvaise Sam. C'est ça que tu ne comprends pas. Elle sème la mort autour d'elle. Il n'y a rien de bon a en tirer. Tu vas juste être déçu. »
« Alors je serais déçu, je ne vois pas bien en quoi ça te concerne. »
Dean lève les mains en reddition « Fais comme tu le sens, j'suis pas ta mère. Mais ne viens pas chialer sur mon épaule après, j'ai déjà donné. »
Sam voudrait demander ce qu'il entend par là, mais ce n'est pas la peine, il le sait déjà.
Son frère feint l'indifférence mieux que personne. A le voir se passer de l'eau sur le visage et se diriger vers la cuisine pour plonger dans le frigo, on aurait presque l'impression que tout va bien.
«Tout ce que j'ai a te dire » poursuit l'aîné en s'ouvrant une bière, « c'est que ce soir, on creuse et on brûle. Je veux qu'on soit partis demain dans l'après midi. Après, t'arrange ton agenda comme tu veux. »
Sam soupire et contemple ses chaussures. Il laisse le silence s'installer, tourne sept fois sa langue dans sa bouche et décide de changer de sujet :
« Et ton interrogatoire au fait ? La famille Hetfield ? »
Le grand frère hoche la tête, satisfait que la conversation reparte enfin sur quelque chose qu'il maîtrise, une chose sur laquelle il a le contrôle. La chasse.
« Hum. Je n'ai vu que le père. Il n'a rien a dire. Quand le gosse est mort ils n'étaient pas a la maison. Le petit était sous la garde d'une baby-sitter. Autant dire qu'elle s'est fait virer… » ironise Dean avec un sourire en coin.
« On a interrogé la baby-sitter ? »
« Les flics, ouais. Rien de neuf. Et si par 'on' tu fais référence à moi, non, 'on' n'a pas eu le temps d'interroger cette femme. Par contre 'on' sait ou la trouver. Elle est maitresse d'école maintenant. »
Sam regarde sa montre. « Il est bientôt 16h30 ».
Son aîné hoche la tête « Tea time, je sais, tu veux une Camomille peut-être ?»
« Ha-Ha, c'est tellement drôle que j'ai presque oublié de rire. 16h30 c'est l'heure de la fin de la classe, Dean. Si on veut interroger la maitresse, c'est maintenant. »
« L'interroger pour quoi exactement ? »
Sam secoue la tête « Qui êtes vous et qu'avez vous fait de mon frère ? La chasse ? Interrogatoire des témoins, tout ça, ça te dit quelque chose ? »
« Je réitère la question, 'l'interroger pour quoi exactement ?' On sait tout ce qu'on a à savoir. C'est un salt'n'burn pour débutant. »
Voilà comment Dean résume la situation. Un salt'n'burn pour débutant. Pour Sam c'est une supernova, la fin d'un monde, la naissance d'un nouveau.
« On a deux suspects Dean, le père et le frère. Sans tenir compte du fait que j'ai pas envie de creuser pour rien, j'ai encore moins envie de creuser ces tombes là pour rien. »
Faussement blasé, Dean hausse les épaules et attrape les clefs de l'impala. « Dans ce cas bouge princesse, sinon on va rater la maitresse. » Quand Sam a fini de lever les yeux au ciel et passe devant lui il ajoute « Tu devrais peut-être lui amener une pomme ? »
« Ta gueule » rétorque le plus jeune sans même le regarder.
Amène une pomme a la maîtresse, Sammy.
Combien de fois le petit garçon qu'était Sam a-t-il entendu ça ? Des milliers ? Des millions peut-être. Un jour il était rentré de l'école en larmes avec la pire de toutes les fatalités de l'univers d'un geek de six ans dans les mains : un mot de la maîtresse. Et le mot en question disait que Sammy n'arrêtait pas de discuter avec trois autres gosses et de rire comme une baleine au lieu d'écouter la chanson sur les lettres de l'alphabet.
Devant les chutes du Niagara ouvertes par son cadet, Dean avait décidé de prendre les choses en mains.
Il y a des règles simples en ce qui concerne les femmes, minus. La première, c'est qu'elles pardonnent toujours si tu sais demander. La seconde, c'est qu'elles adorent les cadeaux. Et la règle d'or, c'est que le chocolat est la clef qui mène tout droit sur leur cœur. Souviens toi de ça Sammy.
C'était le discours de son grand frère pour consoler son chagrin. Voilà mot pour mot ce qu'un Dean Winchester de 10 ans avait compris des femmes.
Ils n'avaient pas de chocolat, mais ils avaient des pommes. Alors Dean en avait glissée une dans la main de son cadet, Fais moi confiance Sammy. Comme a son habitude, le petit garçon tenait les mots de son frère pour parole d'évangile, alors, a la fin de la classe, il avait timidement tendu l'offrande à la maîtresse. Elle l'avait acceptée, avec un grand sourire qui l'avait fait rougir jusqu'aux oreilles.
Les pommes n'ont pas cessé de disparaître après ça.
***
Austrich, Kansas, 1982
L'odeur de cannelle et de chocolat embaume dans toute la maison. Le gâteau a été dévoré bien plus vite qu'il n'a cuit mais le délicieux arôme que le four a déversé dans toute la maison persiste et s'accroche. Comme a son habitude, Charles a râlé. Pendant la préparation, c'était parce qu'il n'aimait pas la règle « La farine c'est dans le saladier, pas dans les cheveux » et ensuite il a pesté a tous les « Ne lèches pas tes doigts », « Laisse le chocolat tranquille », « Lâche ce couteau » , « Ne touche pas le four. ».
Eunice Summer fait du monster-sitting pour cette teigne de Charles Hetfield depuis plus d'un an, elle connaît bien la bête et ses tendances sadiques quand il s'agit de pousser les gens a bout. C'est ce qui arrive quand on est le fils de parents qui ont perdu leur premier enfant et lutté pendant six ans pour vous concevoir. Fils unique de parents gâteux et riches égal sale petite peste égocentrique et insolente. Mais Eunice, qui envisage de devenir maîtresse d'école, n'est pas du genre a baisser les bras et elle a fait de Charles Hetfield un sacerdoce.
Il y a déjà eu quelques progrès en un an de bon et loyaux coup de pieds au cul. Le monstre dit « Bonjour », « Merci » et « Au revoir » désormais. Une victoire sur les anciens « je parle pas a la dame, elle pue. » Alors Eunice s'accroche tant bien que mal a tous ces petits succès en caressant l'infime espoir de réussir un jour a transformer cet enfant gâté et capricieux en jeune homme respectable et respectueux.
Aujourd'hui, c'était atelier pâtisserie chez les Hetfield. Les parents sont en réunion d'affaires a l'extérieur et Eunice est en charge des opérations pendant deux jours. Ce n'est pas la première fois que ça arrive et ça fait toujours plaisir au portefeuille. Même s'il faut se farcir « Mister Je râle et je hurle » pendant 48h.
Le gâteau dévoré, les dents lavées et l'histoire racontée, vient le moment que la baby-sitter préfère. Charles est au lit avec un dinosaure en peluche et une veilleuse en forme de canard, la maison est enfin silencieuse. Eunice est pendue au téléphone. Comme toujours. Les Hetfield lui ont dit qu'elle avait le droit, alors elle en use et en abuse. C'est le luxe des baby-sitter qui doivent s'occuper de cas sociaux tels que le petit Charles pour seulement huit dollars cinquante de l'heure.
Elle appelle Kelly Pettygrew, sa meilleure amie (depuis toujours et même avant), et elles parlent de la seule et unique chose qui mérite de rester au téléphone aussi longtemps en poussant des gloussements : le bal de fin d'année. Et plus particulièrement, le choix du cavalier. Parce qu'il paraît que Dorian Solers aurait largué cette pourriture d'Allison Mann comme une vieille chaussette ce qui laisse une magnifique opportunité de prendre la place vacante.
Eunice et Kelly discutent jusqu'à ce que l'horloge du salon indique presque deux heures et qu'un film de guerre en noir et blanc ne commencent a la TV. La baby-sitter raccroche, pleinement satisfaite de la façon dont elle et sa meilleure amie (depuis toujours et même avant) ont refait le monde à leur avantage et se dirige vers la chambre d'amis qu'elle occupe.
Plus par habitude que par réel intérêt, elle passe la tête dans la chambre de Charles, toujours légèrement entrebâillée. Et c'est là que tout fout le camps, que le sol se dérobe sous elle et qu'elle se fait engloutir par l'horreur. Il y a du sang jusqu'au plafond. Elle s'entend hurler mais elle n'a pas conscience de le faire. La suite est floue. A un moment ou a un autre elle s'est retrouvée en train d'appeler la police, mais elle ne sait pas exactement comment son cerveau a pu réussir a connecter suffisamment de neurones pour faire ça. Ensuite elle a juste des flashs, les flics qui frappent a la porte, une odeur de vomi, la couleur des gyrophares qui dansent dans le salon, le bruit des sirènes, quelqu'un qui l'enveloppe dans une couverture, lui parle.
Les premiers souvenirs précis qu'elle ait, où elle se souvient avoir retrouvé le contrôle de son corps, c'est au poste de police, la lumière dans les yeux et deux types aux bras croisés qui la regarde de haut.
Elle leur dit tout ce qu'elle sait. Non, elle n'a rien vu. Non, elle n'a rien entendu. Non, elle n'a fait entrer personne dans la maison. Non, elle ne ment pas. Non, elle n'a touché a rien. Oui, elle veut un verre d'eau.
Les policiers sont durs avec elle, lui posent des questions en tapant du poing sur la table. Elle tremble, sursaute, pleurniche. Pendant un moment elle se rassure en se disant qu'elle va bien finir par se réveiller, mais ça ne vient jamais. Ce qui vient par contre, ce sont ses parents. Sa mère surtout. Maître Lynda Morton-Summer, avocate qui entend bien faire savoir son opinion sur le non respect des droits constitutionnels d'une mineure qui n'est accusé d'aucune atteinte au code civil, pénal, ni même au putain de code de la route alors que ces 'gros flics plein de donughts' (citation) n'ont même pas l'ombre d'un mandat et que ça ne va pas se passer comme ça et blablabla et blablabla. Maître Lynda Morton-Summer a la voix qui porte et le doigt qui pointe, accusateur, sur des policiers qui se regardent mutuellement en essayant de trouver un truc a dire.
Heureusement que son père est là aussi pour la rassurer plutôt que de hurler dans tout le commissariat.
La suite va de mal en pis. Les journalistes se bousculent pour l'interroger, bien qu'il n'y ait qu'une seule feuille de chou a Austrich que personne ne lit de toute façon. Apparemment l'affaire fait du bruit dans tout le Kansas. Certainement parce que le petit Hetfield était le petit neuveu a la deuxième génération du maire de Kansas City. Ou peut être simplement parce que ses parents sont assis sur une montagne d'or noir. Les parents d'ailleurs, sont prévenus et reviennent a la hâte.
Toute la ville regarde Eunice Summer de travers, mais le pire reste le regard des parents Hetfield le jour de l'enterrement. Elle ne les avait pas revus avant ça et elle aurait préféré ne jamais les revoir tout court.
***
« Je suis partie pendant un moment » dit elle, pensive « J'ai fais mes études dans l'Illinois. Mais finalement je suis revenue. J'ai toujours rêvé de devenir maîtresse d'école ici, a Austrich. Ca a prit du temps pour que les gens arrêtent de parler dans mon dos, de murmurer quand je passe, je crois que certains le font toujours d'ailleurs. »
Dean, ou plutôt, l'agent Nash, hoche lentement la tête. « J'ai parlé a Mr. Hetfield hier, il ne m'a pas semblé en colère vis a vis de vous, il m'a juste dit où vous trouver et que vous pourriez nous aider. »
Eunice a un sourire triste. « Oui. Ca a prit du temps ça aussi. Il a finit par admettre que je n'étais pas responsable, mais Donna, sa femme, son ex femme en fait,… c'est une autre histoire. Ils ont divorcé il y a longtemps et elle vit a Kansas City aujourd'hui. » L'institutrice dévisage tour a tour les agents fédéraux qui se sont présentés a la fin de sa classe. « Je croyais vraiment en avoir terminé avec cette histoire. »
« Nous sommes désolés de ramener ça aujourd'hui madame. Je pense que nous avons tout ce qu'il nous faut, ne vous inquiétez pas, nous ne vous dérangerons plus. »
Elle acquiesce et leur serre la main. Quand ils tournent le dos et s'apprêtent a retraverser la cohue des enfants qui sortent de classe, elle les appelle.
« S'il vous plait. J'aimerai juste… Enfin… Si vous trouvez quelque chose, vous me le direz ? Je veux dire… Ca fait plus de vingt ans que je vis avec ça, en me disant tous les matins que j'aurais du lire un livre au lieu de téléphoner, que j'aurais pu l'entendre, faire quelque chose… Je veux juste savoir… vous voyez ? »
Le plus grand, l'agent Simpson, hoche la tête avec l'air compatissant. « Si l'enquête avance, nous vous tiendrons informée. Je vous le promets.»
***
Les frères Winchester se préparent a retraverser la marée humaine dans l'autre sens et Dean envoie un coup de coude dans les côtes de son cadet.
« J'aimerai bien savoir ce que tu vas trouver a lui dire sur l'enquête. »
« Tu voulais que je répondes quoi ? Va chier connasse, on te dira rien ? »
« Hum. Je ne sais pas. Il y a peut être un juste milieu entre une promesse que tu tiendras pas et un va chier connasse. M'enfin, je dis ça, je dis rien.»
« T'as décidé de me gonfler ou quoi ? » s'énerve le plus jeune.
« Oula, quelqu'un est sur les nerfs on dirait. C'était peut être pas une si mauvaise idée que ça la Camomille. Je disais juste ça pour parler. »
Sam ne prend même pas la peine de répondre et se contente d'activer ses longues jambes pour dépasser son aîné. Ce dernier soupire et lui emboîte le pas jusqu'à ce que, tout a coup, sans raison apparente, Sam s'arrête net. Dean le bouscule sans faire exprès et s'attend a une tartine de reproches en tout genre. Il n'obtient qu'un doigt levé accompagné d'un « Shhhhh ! »
Shhhh ?
Quoi Shhhhh ?! Ils sont en plein milieu d'un capharnaüm d'enfants qui piaillent comme une basse cour. Dean obtempère malgré tout, se tait, se concentre mais ne remarque rien. Rien en dehors des 300 décibels d'une école qui se vide.
"T'entends ça?"
"Ca quoi?"
"La musique?"
Dean tend l'oreille. Il n'entend que des gamins qui braillent, alors il secoue la tête.
"Il y a une musique, un enfant qui chante, écoute."
Hum... Peut être qu'effectivement il y a un gosse qui marmonne quelque chose qui s'apparente vaguement à une chanson, quelque part au milieu du brouhaha, mais franchement rien de particulier. Sam commence pourtant a dodeliner doucement de la tête. Il ne faut que quelques secondes pour qu'il ne se mette carrément à chantonner.
"Bam bam ohé ohé, Badabim Badaboum Badadim Badaboum..." fredonne-t-il.
Il ne s'arrête même pas quand Dean lui fait de gros yeux. Au contraire, il marque le rythme avec un doigt et regarde en l'air pour mieux se concentrer.
"Bam Bim je suis là, Bim Bam près de toi... Bim Bam... Bim... c'est quoi après?"
"J'ai l'air de savoir de quoi tu parles??" S'exclame Dean.
Mais son cadet ne s'adresse pas vraiment à lui, il réfléchit tout haut. Son doigt continue de fendre l'air au rythme des Bim Bam Boum de la chanson qu'un petit garçon chante quelque part. Il y a trop d'enfants qui crient partout, impossible d'identifier lequel fredonne avec Sam.
"Badabim, me voilà, Badaboum, dans tes bras... Ca te rappelle rien?"
Dean, dont on sollicite enfin l'avis éclairé après une séance de karaoké a l'aveugle, hausse les épaules. "Bien sur, maintenant que tu le dis je crois que c'est une hide track sur le dernier AC/DC 'Badaboum your ass'."
Le plus jeune ne prend même pas la peine de lever les yeux au ciel.
« Hum. Peu importe. On rentre ? On a du pain sur la planche ce soir. » marmonne-t-il.
« Attend… » intervient l'aîné en posant une main ouverte sur le torse de son cadet. La façon dont il trépigne et fait son possible pour regarder ailleurs indique clairement qu'il s'apprête a dire quelque chose de désagréable.
« Quoi ? » demande alors Sammy.
Dean soupire lourdement. « Ok. J'ai réfléchis et je pense… hum, je pense que tu as peut-être raison. »
« Evidemment. A propos de quoi? »
« Papa est venu ici il y a des années et c'était certainement pas pour renouer les liens familiaux. Il chassait. Il chassait, mais il est quand même allé parlé à la vieille. »
« Tu penses qu'il aurait pu lui dire quelque chose en rapport avec notre affaire ? »
« Je ne vois pas d'autre raison pour laquelle il y serait allé. Et puis... je ne sais pas où est enterré Dean Parker. »
Sam se mord la lèvre inférieure. « Tu sais ce que ça veut dire. »
« Ouais ouais. » répond distraitement Dean en repartant vers la voiture.
***
TBC
Chapitre 8 : Mange tes morts
