Merci de nouveau a tous, lecteurs et reviewers. En effet, beaucoup ont reconnu l'emprunt du titre à Muse... Je trouvais que ça collait bien avec le thème. Certains ont aussi noté une référence muicale dans le nom des Hetfield... on s'amuse comme on peut ^^ ! Voici le neuvième chapitre.

Moht, tu verras la fameuse scène dont je parlais la dernière fois, tu repereras vite laquelle.

Bonne lecture a tous et merci encore de me laisser vos avis.

***

La vieille dame au cœur de pierre

9

Supermassive Blackhole

***

La lampe jaune, celle avec l'abat-jour rond qui sent le vomi, encaisse le choc sans se briser. La télé n'a pas eu cette chance. Elle gît, en miettes, sur le sol et Sam remercie [insérer ici l'être supérieur de votre choix] que Georges H. Horkman Junior, le gérant aphasique et a moitié aveugle, soit également sourd comme un pot. Pauvre homme. Mais de toute façon, c'est mieux pour lui qu'il n'entre pas dans la pièce a ce moment. Personne n'a envie de savoir ce qu'il adviendrait de celui qui aurait la mauvaise idée de demander des comptes à Dean Winchester au sujet de toutes les choses qui jonchent le sol.

Nope. Personne. Et surtout pas Sam qui assiste au spectacle, assit en tailleur sur son lit en attendant que ça passe. Avec lassitude, ses grandes mains se perdent dans ses cheveux et il soupire. Son visage se crispe un peu plus a chaque nouvel aller-retour de son frère qui arpente la pièce comme un lion en cage en cassant occasionnellement des choses. Ca doit bien faire deux minutes que plus aucun n'objet n'a défié la pesanteur, alors Sam tente une approche.

« Dean ? »

L'autre ne répond pas. Les mains sur les hanches, la tête baissée comme un buffle qui va charger, il se dirige vers la table de la cuisine puis revient vers son lit et repart aussitôt dans l'autre direction. Il fait ça depuis une bonne demie heure maintenant et tout ce qui avait le malheur de se trouver sur le chemin est désormais sur le sol en un ou plusieurs morceaux.

« T'as finit ton cirque ? »

Dean s'arrête net, se retourne vers son frère qui n'est pas du tout impressionné.

« C'est bon ? T'as cassé tout ce que t'avais a casser ? On peut se remettre a bosser maintenant ? »

L'aîné se plante là un moment, les yeux vissés dans ceux de son cadet, la mâchoire serrée. Il finit par secouer la tête et attraper la veste de cuir qu'il avait jeté un peu plus tôt en travers de la table.

« Je sors. » lâche-t-il sèchement.

Sam est plus rapide. Il se lève d'un bon et fait barrière avec son corps pour l'empêcher d'atteindre la porte.

« Dégage ! » rétorque aussitôt Dean.

« Sinon quoi ? Tu m'éclates aussi ? Arrête tes conneries, tu me gonfles. »

C'est surprenant de voir Sam lui tenir tête comme ça. C'est comme une vieille routine oubliée qui revient. Comme si quelque chose se remettait enfin en place. Le petit frère ne s'est jamais laissé impressionner par personne. Personne, a commencer par son aîné et son père. Aujourd'hui encore, il est debout devant Dean, solide comme un roc, a essayer de le sortir de son trip misérabiliste sans utiliser de gants. C'est comme arracher une dent sans anesthésie. Et Sam est particulièrement doué pour ça.

Tout ce que Dean a envie de faire maintenant, c'est de s'enfermer dans sa colère, de construire un mur en béton autour et de fusiller tout ce qui s'approche. Pour ça, il lui faut juste ses clefs de bagnole, un bar, de l'alcool et plein de connards a qui chercher la merde. Mais bien sûr, Sam n'a pas l'intention de le lui accorder.

Parce que ce n'est pas du tout ce dont il a besoin en ce moment, il n'y absolument aucune compassion dans le ton de Sam. Le petit frère ne le ménage pas un instant. Il traite sa crise de rage avec le dédain qu'elle mérite et il le traite lui comme le type stupide qu'il est. C'est de bonne guerre. Alors Dean ne bouge pas et tente de se concentrer sur sa respiration.

Sam doit sentir qu'il est en train de gagner cette manche car il se détend un peu et poursuit calmement.

« Je ne sais pas toi, mais moi je crève la dalle. »

Dean hausse vaguement les sourcils, ce qui, en langage de Winchester, signifie qu'il partage cet avis mais est encore trop énervé pour utiliser des mots. Il jette a nouveau sa veste sur un meuble et va s'allonger- bien que le terme adéquat soit plutôt 'se vautrer'- sur son lit en soupirant.

Sam est plutôt content de lui mais évite de le montrer car son ordinateur est toujours a porté de bras de son aîné. Au lieu de se gargariser de lui même, il choisit de jouer tactique et attrape son téléphone et l'un des dépliants que le motel met a disposition des (rares) convives.

La double pepperoni et la 4 fromages "sans Bleu mais avec double ration de Gorgonzola. Oui. Je sais que ça ne fait que 3 fromages." arrivent dans la demie heure silencieuse qui suit. Si Ricky, le jeune livreur au badge a l'envers, a pensé que la chambre ressemblait à une version miniature d'Hiroshima, il n'en a rien laissé paraître. Quand on est livreur de nuit pour la seule pizzeria d'une ville d'Amérique profonde, on doit avoir l'habitude de voir des choses bien plus étranges que deux types qui ravagent une pièce.

L'inconvénient quand on est énervé au point de casser des choses et qu'on le fait, c'est qu'on n'envisage jamais les conséquences a long terme. Comme par exemple la demie heure les yeux dans les yeux avec Sam, sans TV et sans radio, en attendant que les pizzas n'arrivent.

Si la frustration d'une chasse ratée conduit Dean a s'éparpiller et a saccager son environnement, Sam Winchester a une toute autre façon de gérer les problèmes. A l'inverse de son aîné, il se recentre pour agir avec méthode et précision. En attendant la nourriture, il a établit une pile chronologique des dossiers qu'ils ont sur les meurtres depuis quarante ans.

« Si c'est pas Dean Parker et si c'est pas son père, on est forcément passé a côté de quelque chose. » marmonne-t-il dans sa barbe. « Reste plus qu'a trouver quoi. »

« Hum. Et tu comptes faire ça comment ? » demande distraitement l'aîné en avalant une part de pizza plus grande que sa bouche.

Avec un sourire mesquin, Sam tend a son frère la moitié supérieure de la pile de dossiers qu'il a consciencieusement rassemblée. « On reprend tout depuis le début. Etape par étape. »

« Je sens que ça va encore être une bonne soirée… »

« Oh, excuse moi, je voudrais pas te déranger avec des meurtres d'enfants. Tu préfères regarder la télé peut-être ? Ah non, c'est vrai , j'oubliais, tu l'as détruite. »

« T'es vraiment une pétasse, pétasse. » crache Dean sans conviction et sans même lever le nez de la lecture qui semble soudainement le fasciner.

***

Une heure plus tard, Dean a la tête qui pend dans le vide au bord du lit. Il feuillète distraitement le énième dossier qu'il tient a l'envers au bout de ses bras tendus. Vu la position, des pages sont tombées, ainsi que des photos, mais qui peut bien en avoir quelque chose à foutre? Sam s'est endormi dans sa pizza et ronfle paisiblement sur le lit d'a côté. C'est surement pas comme ça qu'ils vont capturer leur tueur mystérieux.

Dean n'arrive toujours pas a croire qu'il l'ai fait. Qu'il l'ai vraiment fait. Même si cela explique quelques détails...

Bruler le cadavre de leur père selon les rites classiques n'avaient pas franchement été une sinécure. Et pourtant ils savaient, Sam et lui, que c'était la volonté de leur père, que c'était ce qu'il attendait d'eux. En aucun cas John Winchester ne deviendrait l'une des choses qu'il a dévoué sa vie a chasser. Alors oui, quelque part, il avait eu le sentiment d'accomplir sa dernière volonté, de faire quelque chose de bien. Mais ça n'aide pas vraiment a se sentir mieux quand on installe l'homme qui représente l'univers a vos yeux sur un bûcher. Ca n'aide pas non plus quand il faut l'asperger d'essence. Et encore moins quand on approche la torche pour allumer le brasier. Et surtout, rien n'aide a effacer l'odeur.

Quand il s'était retrouvé avec le cadavre de Sam dans les bras, la perspective de le bruler était pire que tout. Et Sam ne s'y était pas résolu non plus quand c'était lui qui jouait le rôle de la viande froide. Il y a une grande différence entre déterrer un paquet de vieux os quelconque et mettre le feu a un membre de sa famille. Son père a dû exhumer son propre frère qui pourrissait là depuis vingt ans. Il l'a aspergé d'essence et de sel et il l'a incendié. Il l'a incendié.

Pour rien en plus.

John a surement hésité. Il a dû réciter une prière pour aider son âme a trouver le bon chemin. Le fils a déjà observé son père faire ça pour des personnes qui le touchaient plus que d'autres. C'est une vieille ritournelle en latin. Dean n'a jamais saisit les mots, elle est toujours marmonnée, soupirée, a peine audible. C'est juste entre eux et moi, Dean. Avait répondu John la seule et unique fois où son fils lui avait posé la question.

Comme il n'avait jamais su ce que c'était, il n'avait pas pu la réciter pour son père quand son tour était venu. Mais de toute façon, il savait bien que ça n'aiderait pas son âme là où elle était.

Dean repense a ce soir là. Ce soir d'août 87. Il se l'est interdit depuis que c'est arrivé, mais il ne peut plus le nier. Il ne réussit plus a repousser ce souvenir suffisamment loin. Il brûle derrière ses yeux, bourdonne dans ses oreilles, l'appelle depuis le fond de sa gorge. Alors il ferme les yeux et le laisse le reprendre.

***

Austich, Kansas, 1987

L'air dehors est encore plus étouffant que dans la chambre mais Dean tremble. Il tremble parce qu'il a peur de ce qu'il va découvrir dans la grosse voiture noire garée juste devant le motel.

« Tu ne sors pas. » résonne la voix de son père dans sa tête.

Et bien disons qu'il fait une libre interprétation de cette règle. Après tout, la règle numéro un de papa, la number one, top of the top, tellement au top que tu as le droit d'oublier les autres en cas d'urgence mais surtout pas celle là, c'est survivre non ? John l'a répété tellement et tellement de fois que Dean en a la tête qui tourne « Tu m'écoutes bonhomme ? C'est important ! La règle numéro un, la première de toute, celle qui dépasse toutes les autres, c'est survivre. Tu survis, et tu poses les questions après. C'est compris ? »

Oui, papa. C'est compris. C'est tellement bien compris qu'il a fermement l'intention de l'utiliser pour justifier son épopée nocturne de dix mètres hors de la maison. Maison… L'impala sera toujours plus une maison que n'importe laquelle de ces chambres de motel qui sentent les vieilles chaussettes et le poulet frit.

Il fait trop sombre pour y voir a l'intérieur. Le petit garçon attrape la grosse poignée de métal et tire. La porte s'ouvre dans son grincement habituel. Bien que tout le monde râle a ce sujet, a commencer par John, personne, a commencer par John aussi, n'a prit le temps d'aller graisser les vieilles articulations de la voiture.

Le plafonnier s'allume et dévoile le triste spectacle d'un homme arrivé au bout de lui même. L'arme est prête a servir, retournée contre son coeur. Ses mains sont stables. Elles tremblent moins que celles de Dean en tout cas, mais elles sont abîmées, comme s'il avait frappé quelque chose jusqu'à saigner. Il y a de la terre ou du sang séché sous ses ongles.

Quand Dean ouvre la porte, John ne le regarde pas, ne bouge pas. Il ferme simplement des yeux très très fort et tout son visage se contracte. Il se mord tellement la lèvre qu'elle en devient blanche.

Pendant une seconde, Dean hésite a bouger. Il ne sait pas s'il peut, s'il a le droit. Et puis il décide qu'il n'en a rien a foutre d'avoir le droit ou pas. La règle numéro s'applique. Survivre. Et s'il ne fait rien, papa va échouer. Alors il grimpe sur la banquette et s'approche doucement.

Plus lentement encore, il pose une main sur l'un des bras de son père. A son contact John n'ouvre pas les yeux mais relâche l'oxygène qu'il gardait prisonnier avec un son qui vient du fin fond de sa détresse.

La petite main de Dean descend doucement le long du bras jusqu'à arriver à la main calleuse et ensanglantée qui tient l'arme, le canon contre le cœur de son père. John ne bouge pas, ne fait rien. Des larmes silencieuses commencent a couler de ses yeux fermement clos. Avec méthode et douceur, Dean défait un a un les doigts autour de la crosse de métal. Il prend encore plus de temps avec celui qui caresse la gâchette. Finalement le Glock atterrit dans ses petites mains et il le dépose prudemment sur le tableau de bord. Il sait qu'il n'a pas le droit d'y toucher normalement.

« Ca va aller. » murmure-t-il. « Ca va, papa. »

C'est là que John explose. Les larmes fusent littéralement et il attrape son fils comme s'il était une bouée en pleine tempête. Le jeune garçon se laisse entraîner dans l'étreinte brusque et désespérée. Il ne lui dit pas qu'il lui fait mal a le serrer trop fort, ni qu'il est en train de lui tordre un bras a l'envers. Au contraire, il enfonce les doigts de sa main libre dans la tignasse noire qui sent la fumée et l'essence, qui sent papa, et il s'y agrippe.

Et contre l'oreille de son père il murmure « Tout va bien, papa. Tout va bien maintenant.»

Ils savent tous les deux que c'est faux. Mais peut-être que s'ils le répètent assez souvent, assez longtemps, peut-être qu'un jour ça s'arrangera.

Dean se montre fort, il ne pleure pas, ne tremble pas. Même s'il explose comme une supernova à l'intérieur. Quelqu'un doit tenir bon, quelqu'un doit rester debout sinon ils vont se perdre tous les deux. Depuis ce qu'il s'est passé avec maman, papa est le centre du monde. Il est même plus que ça, il est le monde tout entier et l'univers autour. Rien ni personne n'est plus important que papa. Rien ne peut tuer papa. Rien ne peut briser papa.

Sauf elle. La vieille sorcière.

Aussi fort qu'il essaie, aussi fort qu'il y croit, Dean n'est pas encore un homme. Il n'est encore qu'un petit garçon terrifié. Il ne peut pas s'occuper de Sammy tout seul, il ne peut pas conduire la voiture ni ramener de l'argent.

Papa n'a pas le droit de mourir. Ni même de partir ou de tomber. Dean ne sait pas comment on fait pour vivre sans personne pour vous rassurer après un cauchemar, sans personne pour vous appeler 'bonhomme' ou 'Deano', sans personne pour vous faire virevolter dans les airs, vous faire croire que celui qui a tué votre mère ne vous atteindra jamais, sans personne pour vous aimer, même un tout petit peu.

Papa tremble comme un feuille et pleure, pleure et pleure encore. Il serre Dean contre lui tellement fort… Comme s'il voulait le faire rentrer dans sa poitrine. Le garçon de huit ans reste stoïque, même si c'est l'apocalypse a l'intérieur. Même si quand papa tombe, tout l'univers tombe avec lui. Quelque chose se brise dans le cœur de Dean à ce moment. Quelque chose qui n'est pas réparable. Une cicatrice à vif. Pour toujours. A cause de cette femme. Cette vieille sorcière au cœur de pierre.

Dean la hait.

Il ne l'a qu'entre-aperçu sur le seuil de sa maison, mais il sait que c'est elle qui a réduit son père en miette. C'est elle qui les a tué un peu plus tous les deux. Alors il la hait de toutes ses forces, de tout son être, de toute son âme. Et ça l'aide à rester entier alors que papa se brise dans ses bras.

***

« La vache, ça sent le rat crevé ici. »

Ca y est. Dean est définitivement tiré de sa rêverie. Et ce n'est pas plus mal parce qu'il commençait sérieusement a avoir envie de se pendre. Il est toujours couché sur son lit, le torse qui dépasse sur un bord si bien qu'il a la tête a l'envers dans le vide. Une pile de dossiers ouverts et griffonnés jonchent le sol.

« Hein ? » marmonne-t-il en se frottant les yeux.

Tiens, il fait jour. Il jette un œil au réveil. Wow. 10h. On appelle ça une faille spatio-temporelle. Sept heures de sa vie viennent de partir en fumée, il ne s'est même pas rendu compte qu'il s'endormait. Vu de sa position, la tête en bas, Sam a l'air encore plus grand que d'habitude alors Dean se relève vite et le regrette immédiatement, quand ses os craquent dans tous les sens. Le plus jeune se dirige vers la fenêtre au dessus de son lit et l'ouvre en grand.

« Faudrait voir a aérer des fois quand même. Les gens vont finir par croire qu'on cache un macchabé sous le matelas. Café ? »

Dean grommèle quelque chose qui ressemble a un oui et Sam glisse dans ses mains 50ml de liquide noir et brulant.

Il est guilleret. Mon dieu. Est ce vraiment possible que Dean soit génétiquement lié a cet être étrange ? Affaire de meurtre d'enfants, révélations familiales a faire trembler les murs, exhumation de tonton Dean, tentative de suicide de leur père… ah non pardon, celle là, c'est uniquement la croix du frère aîné. Bref, tout ça, et Sam est guilleret. D'un autre côté, c'est la seule affaire depuis des semaines qui ne concerne pas cette salope de Ruby ni les pouvoirs démoniaques de mister sunshine et encore moins le séjour de Dean au 666ème sous sol. Vu comme ça effectivement, il y a de quoi se réjouir.

Sam s'assoit sur son lit, un café fumant dans les mains. Sur ses draps tirés a quatre épingles, sa pile de dossiers est toujours aussi impeccablement rangée alors que celle de Dean s'étale lamentablement sur le sol.

« J'ai fais un tableau 'Compare/Contraste'. » dit le plus jeune en attrapant son bloc note. « J'ai rien noté de spécifique sur le type de blessures, par contre j'ai identifié des critères de sélection des victimes. A comparer avec les tiens. Alors… »

Et Sam commence a détailler tout ce qu'il a remarqué de significatif comme points communs et différences entre les victimes de sa pile. Dean intervient de temps a autre pour affirmer ou infirmer un point. Il n'a pas besoin d'un tableau compare/contraste pour se souvenir de ce qu'il a lu la veille.

Après quelques minutes, sur les neufs dossiers, ils ont quatre gamins avec une gourmette au poignet, trois dont les parents étaient absents, sept aux cheveux bruns, deux aux yeux bleus… bref, absolument rien.

« Si c'est pas une caractéristique physique c'est forcément lié a l'environnement, au mode de vie ou a quelque chose qu'ils ont fait ou dit. Ou a quelqu'un de leur entourage. »

Dean s'empare du calepin où Sam a rassemblé l'ensemble de leurs notes sur l'affaire. « J'ai pas souvenir d'avoir remarqué ce genre de points communs dans les interrogatoires. »

« A part qu'ils mentionnent quasiment tous Eleanor. » remarque Sam.

« Si tu veux la cramer, je suis partant. » marmonne l'aîné sans lever les yeux de ce qu'il lit.

« Ils ne vivaient pas au même endroit, pas la même catégorie sociale, il n'y a pas de date rituelle dans les meurtres… » Sam soupire de lassitude « Franchement, je ne vois pas comment on va remonter jusqu'au machin. »

« Hum. Dis, je trouve pas les notes sur l'interrogatoire d'Eunice, la maîtresse ? »

Sam lève un sourcil dubitatif. « Ben si tu les as pas rentrées elles y sont pas. Je ne vois pas pourquoi ce serait toujours à moi de me faire chier a noter tout ce qu'on nous dit. »

« Parce que t'adore ça, geek boy. »

Bon c'est vrai, il adore ça. Mais merde.

« Ouais, ben j'ai pas eu le temps. Excuse moi, j'ai découvert que j'avais un grand-père psychopathe et une grand-mère que tout le monde prend pour une sorcière. J'ai eu l'esprit un peu occupé.»

« Ouais, ouais, bon quand t'auras fini de te plaindre on pourra peut-être avancer. Tu ne te rappelles pas qu'Eunice a dit un truc sur le fait que Charles Hetfield était un enfant pourri gâté ? »

Sam fronce les sourcils. « Si, mais ça colle pas. Dans ma pile, moi j'ai des gosses normaux avec des frères et sœurs, des riches comme des pauvres. » Il se penche pour attraper des dossiers et montrer ce qu'il entend par là mais Dean l'arrête en levant un doigt en l'air.

« Non, non. C'est pas ça. Tu te souviens du pourquoi ses parents le couvaient comme ça ? Elle a dit qu'ils avaient mis longtemps pour réussir à le concevoir mais, de mémoire, je crois qu'elle a dit aussi qu'ils avaient perdu leur premier enfant, non ? »

Ils pensent a la même chose? Sam commence a sentir l'excitation de la traque grandir dans son estomac.

« Maintenant que tu le dis, oui, elle a dit ça. »

« C'est le genre de truc qui n'est pas marqué dans une autopsie et que les familles ne mentionnent pas si on ne leur demande pas. Le genre de truc qui n'a rien a voir avec rien pour eux, t'es d'accord ? » Sam hoche la tête et Dean poursuit le fil de sa pensée. « La voisine des Jackson. Tu te souviens ? Elle nous a dit que le petit avait perdu sa mère d'un cancer quelques années avant. »

Sam lève tout a coup un doigt en l'air, comme s'il avait une illumination. « Je ne l'ai pas noté parce que je pensais que c'était pas important, mais dans une autre famille, les Brockward, le père venait de mourir a la guerre du Golfe quand le gosse est mort. »

« La Théorie Poltergeist. » confirme Dean tandis que son frère acquiesce. « Il y en a peut-être d'autres, suffit de poser les bonnes questions. Si c'est ça, on tient le mobile.»

« Avant de retourner cuisiner ces gens j'aimerais qu'on fasse des recherches de notre côté, voir quel genre de créature cible les gamins qui ont perdu un proche. » Explique Sam « Je pense qu'on tient quelque chose. La Théorie Poltergeist sans poltergeist, c'est possible, j'ai lu des bouquins la dessus. »

La Théorie Poltergeist est un cas d'école. Le B.a.-ba de la chasse aux monstres. Quand un malheur survient dans une famille, parfois cela attire un esprit ou une créature qui s'en nourri et le répète. La plupart du temps, ce sont des poltergeists, des esprit frappeurs qui retournent le mobilier, mais ça peut aussi être carrément autre chose.

« Ce qui est arrivé à Dean Parker a pu provoquer ça, attirer une bestiole qui reproduit le schéma à l'infini dans les familles qui ont vécu un drame. J'ai déjà vu ça dans plusieurs livres. » Explique Sam.

Il est particulièrement fier de pouvoir mettre a profit les heures de lecture dont tout le monde se moque habituellement. Il est persuadé de tenir quelque chose mais son frère a l'air sceptique. Dean se lève tout a coup et commence a arpenter la pièce de long en large en se grattant le menton.

« Quoi ? Qu'est ce qu'il y a ? » demande son cadet.

« Non. Ca peut pas être ça. C'est forcément autre chose… »

« Pourquoi ? C'est la piste la plus solide qu'on ait. Je suis certain que… »

« C'est pas ça. Réfléchis Sam. On aurait une créature qui tue les enfants qui ont on perdu un membre de leur famille. »

Sam réfléchit. Il ne voit pas où est-ce que ça coince. Pour lui c'est parfait, les pièces du puzzle s'agencent enfin. Devant son incompréhension, Dean s'explique.

« Tu crois sérieusement que papa nous aurait amené sur le territoire de chasse d'un truc comme ça ?»

Merde. Il n'avait pas pensé a ça. Sam se mord la lèvre inférieure, en grande réflexion alors que Dean continue ses va-et-vient énervants.

« Il était complètement à côté de ses pompes, Dean. » tente doucement le plus jeune « Il a mené la même enquête que nous, il est arrivé aux mêmes conclusions et il a fait ce qu'il croyait être juste. Il s'est trompé. Comme nous. »

« Non. C'est comme si on avait un panneau devant la porte qui dit 'viens nous tuer'. Il n'aurait pas pris ce risque. » s'énerve Dean alors que Sam s'étonne encore de l'inébranlable foi que son aîné porte a leur père.

« Dean, on y a passé la nuit parce qu'on savait que ça n'était ni Eric Winchester, ni Dean Parker. Papa avait un autre angle de vue. Il ne s'est pas attardé sur les interrogatoires comme nous. Il n'avait pas les mêmes infos. Je ne dis pas qu'il nous a mis volontairement en danger, juste qu'il ne savait pas. »

Dean secoue la tête. « Combien tu crois qu'il y a de drames familiaux par an dans ce bled ? On en a onze en quarante ans si tu ne comptes pas Parker. Imagine Sam, t'es une créature qui se nourri de ça dans un coin perdu comme Austrich. On t'amène deux gosses qui ont perdu leur mère sur un plateau, tu fais quoi ? On est resté ici toute une semaine et papa n'était quasiment jamais là, le truc aurait eut tout le temps de nous buter. Pourquoi il l'a pas fait ? C'est forcément autre chose. »

Dean n'a pas tort. Si la théorie est exacte, les frères Winchester de 1987 étaient des morceaux de choix pour ce genre de bestiole. Ca ne peut pas être ça. Mais pourtant… Pourtant il y a une part d'instinct, mêlée a la connaissance encyclopédique que Sam a de ce genre de cas, qui lui murmure qu'ils tiennent vraiment quelque chose.

« Nom de dieu de putain de bordel de merde ! » s'écrit-il tout a coup, faisant sursauter son frère aîné.

« Ben dis donc… langage Sammy… » tente Dean, un peu hésitant devant les yeux écarquillés de son cadet « Qu'est ce qu'il t'arrive ? »

Sam se lève de toute sa hauteur. Et commence a sourire bêtement.

« On était un morceau de choix pour lui, Dean ! Il n'aurait pas laissé passer ça ! »

« Hum.. ouais. C'est un peu ce qu'on dit depuis dix minutes, mais merci… »

« Non, ducon, je veux dire il n'a pas laissé passer ça. Il nous a bien pris pour cible ! Ah putain… l'enfoiré! »

« Gné ? Je dois faire une refoulement psychologique parce que j'ai pas souvenir de m'être fait charcuter. » Il marque une pause. « Pas cette fois là en tout cas. » ajoute-t-il après réflexion.

Sam n'entends pas la seconde partie, ou feint de ne pas l'entendre, et sourit d'une oreille a l'autre.

«J'y crois pas… Tu sais, j'ai un compte a régler avec cette saloperie, il m'a brisé le cœur. »

La tête de Dean a ce moment correspond a ce qu'on appelle communément : un moment Kodak.

***

TBC

Chapitre 10 : Cryptozoologie