Chapitre 2

Jusqu'au jour où tout changea. C'était un jour comme les autres à l'exception que Lex était un peu stressé. La course aux élections venait de débuter et lui ainsi que Chloé étaient passablement tendus, même si leurs rapports restaient assez aisés. Ce jour là Chloé avait choisit de s'isoler un peu pour pouvoir travailler plus tranquillement. Lex souhaitait absolument la voir au sujet d'un article à caractère diffamatoire paru dans la presse à scandales. Quand il entra dans le bureau, elle lui tournait le dos et elle ne le vit donc pas entrer. Il l'interpella alors à deux reprises, mais ayant des écouteurs pour sa musique, elle ne l'entendit pas. Rien que ce petit fait, pourtant anodin, avait énervé Lex, il fut alors un peu brusque lors qu'il saisit son bras pour la faire se retourner. À ce moment là Chloé eut une réaction à laquelle il ne s'attendait pas du tout, elle le gifla, comme prise de panique. Et avant que Lex n'ait eu le temps de comprendre quoi que se soit, elle recommença. Il tenta de la maîtriser, mais lorsqu'il réussit à l'attraper, elle devint hystérique. Griffures, morsures, coups, tout était bon pour le faire lâcher prise, et par réflexe, il finit par la frapper. Il n'eut même pas le temps de s'excuser ou de faire quoi que se soit d'autre, car enfin libérée de son emprise, elle s'était enfuie en courant.

Et personne ne la vit durant trois jours. C'est au matin du quatrième jour qu'elle réapparut et à peine arrivée, elle se rendit directement dans le bureau de Lex.

-Bonjour.

Il ne répondit pas et se contenta de lui lancer un regard glacé. Il était encore fâché après elle, d'abord pour l'avoir frappé, mais aussi pour avoir cru bon de ne pas donner signe de vie pendant près de trois jours, même son père ignorait où elle était passée. Et bien que jamais au grand jamais il ne s'abaisserait à l'avouer, il s'était inquiété pour elle et ça, ça l'avait énervé plus que tout.

-Je suis venue pour m'excuser.

Toujours pas de réaction, il n'avait pas l'intention de lui faciliter la tâche, pourtant il voyait son malaise et il savait pertinemment que son comportement de l'autre jour n'avait rien de normal ou de logique, il savait aussi qu'il avait eu tord de la frapper, malgré tout. Mais il avait appris à ne pas faire de sentiment et ce n'était pas avec elle qu'il allait commencer.

-Mon comportement de l'autre jour, bien qu'inhabituel, a une explication et tu n'en es pas le seul responsable, loin de là même. Tu m'as fait peur, réellement très peur, mais ce n'était pas vraiment ta faute, disons que tu as réveillé une sorte de phobie.

Elle semblait vraiment nerveuse, c'était la première fois qu'il la voyait aussi nerveuse et il y avait comme de la honte dans son regard. Visiblement elle était sur le point de lui avouer quelque chose de très important et intrigué malgré lui, il l'incita silencieusement à poursuivre.

-Je…

Il fallait qu'elle se jette à l'eau, plus vite ce serait dit, plus vite ce serait fini et oublié.

-J'ai été violée, Lex, un viol collectif, c'était à l'université, lors d'une fête de fraternité à laquelle j'ai eu la mauvaise idée d'assister. Ils étaient quatre et ce jour là je n'ai rien pu faire, rien d'autre que de subir cette torture pendant plus d'une demi-heure, sans même pouvoir me défendre. Bien sûr j'ai porté plainte et bien sûr ils ont été arrêtés, condamné et ils purgent désormais une longue peine de prison. Mais le traumatisme est toujours là, encré comme une cicatrice indélébile. Résultat depuis ce jour là, je ne supporte pas que l'on me touche, même mon père, même les femmes, c'est plus fort que moi. Au début je pensais que ça s'estomperait avec le temps, mais rien n'y fait. À cause de ça je perds mes emplois les une après les autres et je suis incapable d'avoir une relation à peu près normal avec les gens. Sans le vouloir tu as réveillé cette terreur, l'autre jour et c'est pour cela que j'ai réagit si violemment. Je suis désolée.

Des larmes coulaient à présent sur ses joues.

-Tu n'as pas à l'être. Par contre moi je te dois des excuses. Je suis désolé de t'avoir frappée, je n'ai pas compris ce qui ce passait.

Lex ne savait pas trop quoi dire ou quoi faire, il avait été choqué, très choqué même, par cette confession, même si elle expliquait parfaitement l'attitude globale de Chloé et sa violente réaction.

-Je vais veiller à faire en sorte qu'une telle situation ne se représente pas, en espérant bien sûr que tu veuilles continuer à travailler pour moi.

Elle n'avait pas imaginé qu'il puisse encore vouloir qu'elle travaille pour lui, tous les autres l'avaient viré sur le champ, sans chercher à comprendre, même les rares fois où elle avait essayé de s'expliquer. D'ailleurs si elle l'avait aujourd'hui c'est uniquement parce qu'elle connaissait Lex depuis longtemps et qu'elle estimait lui devoir la vérité.

-Je… euh… oui.

-Bien, alors le problème est réglé. Prend ta fin de semaine et je te revois Lundi, d'accord ?

-À Lundi.

-À Lundi.

Chloé reprit son travail et la vie reprit son cours. Elle ne constata aucun changement flagrant dans le comportement de Lex, il n'y avait ni mépris ni dégoût dans son regard, ni même cette épouvantable compassion. Non. Leurs rapports retrouvèrent vite leur courtoisie habituelle. Une seule chose c'était modifié dans le comportement de Lex, désormais, il prenait bien garde à ne jamais la toucher, ni même l'effleurer, mais sans jamais le faire sentir à Chloé. Mais ce dont elle ne s'était pas rendue compte, ce qu'en fait Lex prenait garde à ce que personne ne la touche ou ne la mette dans une situation où elle pourrait être mal à l'aise, un peu comme s'il veillait sur elle. Jusqu'au jour où ils se retrouvèrent coincés dans un ascenseur.

Comme à chaque fois qu'elle montait dans l'un de c'est fichu appareil et qu'il y avait quelqu'un, elle ne s'était pas sentie bien. Puis au fur et à mesure que l'ascenseur c'était rempli, jusqu'à devenir bondé, son malaise avait lui aussi augmenter. Et lorsqu'il arrêta entre deux étages, elle faillit devenir hystérique.

Elle essayait tant bien que mal de se calmer, les yeux fermés, le dos collé à l'une des parois, comme si elle cherchait à passer au travers. Ce n'est qu'après quelques instants, qu'elle prit conscience que personne ne la touchait. Elle ouvrit alors les yeux et tout ce qu'elle vit fut un regard azur, qui la fixait calmement. Lex. Il lui faisait face, mais sans la toucher et il avait placé ses mains contre la paroi de part et d'autre de la tête de Chloé. Son visage semblait exprimer un effort physique intense et c'est là qu'elle comprit qu'il faisait écran, qu'il se servait de son propre corps comme bouclier, afin de lui éviter tout contact avec les autres. Cette constatation fit jaillir en Chloé tout un flot de sentiments confus.

-Ça va ?

-Oui.

-Ça devrait être assez rapide, les pannes d'ascenseurs sont rarement très longues dans cet immeuble.

Elle lui adressa un maigre sourire. Au fil des minutes, Chloé observait Lex et sentait que la "protéger" lui demandait de plus en plus d'efforts. Là il était tête baissée, paupières clauses et il commençait sérieusement à transpirer, d'autant que ces voisin semblaient apprécier moyennement les efforts de Lex.

-Lex ?

Il redressa la tête et la regarda.

-Tu peux arrêter, si tu veux. Ça ne sert à rien de t'épuiser.

Pour toute réponse, il se contenta de lui sourire. Mais il ne quitta pas sa position.

Quinze minutes plus tard, ils sortaient de cet enfer. Chloé mit quelques minutes à retrouver ses esprits. Après ça, elle chercha Lex du regard et quand elle ne le vit pas elle se remit à paniquer, surtout que les secouristes ne semblaient pas vouloir la laisser repartir sans l'ausculter. C'est lorsque l'un d'entre eux voulu la saisir par le bras que Lex réapparu, avortant le mouvement.

-Elle va bien.

-Nous devons nous en assurer.

-Ce ne sera pas nécessaire.

Sa voix ne souffrait aucune contradiction.

-Viens.

Chloé suivit Lex au travers des couloirs, jusqu'à une pièce un peu plus loin à cet étage. Il en ouvrit la porte.

-Greg je peux t'emprunter ton bureau pour quelques minutes.

-Bien sûr.

Un homme blond d'une trentaine d'années sortit de la pièce et Lex y fit entrer Chloé.

-Tu vas bien ?

-Oui, ça va.

-Tu veux un café ?

Un peu surprise par la question, Chloé ne répondit pas tout de suite.

-Je veux bien.

-Je reviens tout de suite, assieds-toi si tu veux.

Lex sortit de la pièce et revint quelques minutes plus tard avec deux café fumants.

-Tiens.

-Merci.

Il s'assit en face d'elle.

-Ça va aller ?

Chloé pouvait lire une réelle inquiétude sur le visage de Lex.

-Oui, ne t'inquiète pas. Au fait merci pour tout à l'heure, pour l'ascenseur mais aussi pour les infirmiers.

Il balaya ses remerciements d'un geste de la main, comme s'il était mal à l'aise.

-Tu vas réussir à reprendre l'ascenseur ?

-Oui, ne t'inquiète pas. J'ai l'habitude de ce genre de chose maintenant.

Le lendemain, lorsque Chloé arriva au travail, elle trouva Lex qui l'attendait dans son bureau.

-Lex ?

-Bonjour.

-Bonjour. Tu voulais me voir ?

-Oui, je voulais te donner ça.

Il lui tendit une clé.

-Qu'est-ce qu...

-C'est la clé de mon ascenseur privé.

-Hein ?

-Viens je vais te montrer où il se trouve.

-Tu as un ascenseur privé ? Mais tu utilises toujours ceux du hall ?

-Oui, celui-là ne sert qu'en cas d'urgence et ne dessert que quelques étages, dont celui-ci. Tu viens ?

Chloé se décida donc à le suivre, jusqu'à une petite pièce adjacente au bureau de Lex, une pièce complètement vide, à l'exception d'un boîtier noir fixé au mur.

-Tu vois ce boîtier, c'est là que tu glisses la clé.

Joignant le geste à la parole, il glissa la clé dans le boîtier et la tourna. Un panneau invisible coulissa dans le mur, faisant apparaître une porte d'ascenseur.

-Lorsque tu actionnes la clé, l'ascenseur et automatiquement appelé.

Lorsque la porte de l'ascenseur s'ouvrit, il la fit d'abord entrer puis pénétra à sa suite. Il appuya ensuite sur un bouton et l'ascenseur se mit en marche. Chloé regarda alors le panneau des boutons et constata qu'ils n'indiquaient pas les étages, mais les lieux desservis (rez-de-chaussée, parking, salle de conférence, bureau...). Elle reporta son attention sur Lex, qui la fixait calmement et se surprit à se sentir en sécurité, bien qu'elle soit enfermé avec lui dans une boîte de deux mètres sur deux. Et ça la troubla beaucoup. Depuis son agression, il n'y avait que deux personnes avec qui elle se sentait autant en confiance, son père et la psychiatre qui la suivait depuis plus de cinq ans. Lex remarqua son trouble.

-Je suis désolé de t'imposer ça, mais il fallait que je monte dans l'ascenseur pour te montrer où il débouche. Tu pourras remonter seule, si tu préfères.

-Non, ça va aller. Mais dit-moi Lex, l'accès à la cafétéria, c'est pour pouvoir aller manger en cachette ?

Elle essayait de faire un peu d'humour pour lui montrer qu'elle ne se sentait pas mal à l'aise avec lui. Il se contenta de lui répondre d'un sourire.

-Plus sérieusement Lex, pourquoi fais-tu ça pour moi ?

-Tu es une excellente attaché de presse, bien plus que je ne l'aurais cru, même si je savais que tu avais largement les compétences requises pour ce poste. De plus j'apprécie vraiment ta façon de travailler et je tiens à ce que ton travail se passe dans les meilleurs conditions possibles afin que tu donnes le meilleur.

Il marqua une courte pause avant de reprendre sur un ton plus grave.

-Et puis je dois avouer que l'ancienne Chloé me manque parfois et elle a tendance à réapparaître quand tu es détendue. Donc si tu es moins stressée, alors peut-être que tu laisseras s'exprimer ce qu'il y a au fond de toi plus facilement.

Chloé fut vraiment touchée par cette marque d'affection, malgré leur bonne entente, jamais elle n'aurait pu imaginer que Lex puisse se montrer aussi gentil.

-Merci Lex.

Désormais Chloé voyait Lex sous un tout autre jour et elle remarqua alors à quel point il veillait à ce qu'elle se sente à l'aise. Personne n'avait jamais fait ça pour elle avant, à part son père, Loïs et peut-être Pete, mais il vivait loin désormais. Même Clark avec ses gestes maladroits ne se montrait pas aussi prévenant. Mais hormis ça, leurs relations demeuraient purement professionnelles. Puis un soir qu'il travaillait tard, Lex fit un peu dévier le sujet.

-Je ne voudrais pas paraître indiscret, mais puisqu'on parle du Daily Planet, j'aimerai te parler de Clark.

-Je t'écoute.

-J'avoue avoir été très surpris de ne pas le voir débarquer dans mon bureau, sans prévenir, en criant au scandale, en hurlant à qui voulait l'entendre que j'abusais de ta faiblesse. Il sait que tu travailles pour moi ?

-Je suppose, oui.

-Mais tu n'en es pas sûre.

-Non. Pour ce qui est du Daily Planet, je n'ai jamais eu à faire qu'à Perry.

-Pardonne-moi d'insister, mais toi et Clark n'êtes plus amis ?

-Non, plus vraiment. Ça fais longtemps déjà qu'entre Clark et moi ce n'est plus pareil, depuis l'agression en fait. Il m'arrive encore parfois de le voir, à cause de Loïs, mais quelque chose a été brisé.

Elle se tut un instant, mais avant qu'elle ne reprenne Lex l'en empêcha.

-Rien ne t'oblige à m'en parler.

Elle lui sourit.

-Je sais. Disons qu'après mon agression j'en ai voulu à Clark de ne pas être intervenu, de ne pas avoir été là pour m'aider, pour me sauver de cet enfer, lui qui sauve toujours tout le monde. Mais ça n'était pas très rationnel, je le sais bien, alors j'ai essayé de lui pardonner. Mais tu connais Clark, plus maladroit on ne fait pas, je sais qu'il essayait de m'aider, le problème c'est que tout ce qu'il faisait, ne faisait qu'empirer les choses. Il m'étouffait avec sa compassion et son insupportable culpabilité. Il n'a jamais vraiment compris ce que je lui reprochais et on a finit par se disputer. Il s'est senti blessé et il m'en a voulu à son tour. On en est arrivé à un point où plus on essayait de se comprendre et moins on y arrivait, il valait mieux que l'on cesse de se voir. Voilà pourquoi même s'il y sait que je travaille pour toi, il s'est abstenu de toute intervention, il veut sans doute éviter un nouveau conflit. Ou alors il s'en fout.

-Non ça j'en doute. Il n'aime pas que des personnes soit disant vulnérables travaillent sous mes ordres, ou même gravitent dans mon entourage, comme si le simple fait de me parler pouvait les corrompre à tout jamais.

Chloé éclata de rire et Lex se surpris à aimer ce son.

-Donc tu ne me trouves pas vulnérable.

-Non.

Chloé avait cessé de rire, il était très sérieux.

-Enfin Lex, je deviens limite hystérique si quelqu'un s'approche trop près de moi, je ne supporte pas qu'on me touche et toi, tu ne me trouves pas vulnérable ?

-Non. Chloé la plupart des agoraphobes s'enferment chez eux et se débrouillent pour avoir le moins de contact possible avec l'extérieur, alors que toi tu te bats contre ça tous les jours, pour ne pas te laisser enfermer dans ta terreur, tu l'affrontes au quotidien. Je n'appelle pas ça être vulnérable. Au contraire, il faut être quelqu'un de fort et avoir beaucoup de courage, sincèrement je t'admire pour ça.

Elle avait l'air très étonné.

-Tu es bien la première personne qui me dit ça, d'ordinaire on me plaint, on compatit, on s'apitoie sur mon sort ou alors on me fait comprendre que ce n'est pas si grave et que je devrais arrêter d'en faire des tonnes. Mais jamais personne ne m'avait admiré pour ça.

-Ne te méprend pas, jamais je n'oserai dire que ce qui t'es arrivé est une bonne chose et je ne cherche surtout pas à minimiser le traumatisme. J'admire juste le courage avec lequel tu y fais face et c'est aussi pour ça que je veux t'aider.

D'ordinaire les gens avaient toujours du mal à aborder ce sujet et hormis avec son psy, il était tabou. Pourtant Chloé n'était pas contre l'idée d'en parler, son entourage le vivait toujours très mal, c'était presque plus douloureux pour eux que pour elle et pourtant elle sentait que ça pouvait l'aider à exorciser tout ça. Et plus elle y pensait t plus Lex lui paraissait être le candidat idéal, pas tout de suite bien sûr, ils n'étaient pas encore assez intime, mais un jour peut-être. Chloé avait l'impression que progressivement leur relation pourrait déborder du cadre professionnel et qu'ils redeviendraient peut-être un jour ami.