Chapitre 4

-Lex ? Je te dérange ?

-Non, non, entre.

Le bureau de Lex était recouvert d'invitations diverses et variées.

-Qu'est ce que tu fais ?

-Je procède à cette tache ardue et ô combien passionnante, qui consiste à choisir mes futures apparitions publiques parmi tous les évènements auxquels je suis convié.

-Je vois. Le choix a l'air difficile.

-Épouvantable. Tu venais me voir pourquoi ?

-Le Daily Planet souhaiterait une interview au sujet de la campagne et je pense que c'est une bonne idée. Tu n'es pas assez présent, volontairement j'entends, dans les médias, le public a besoin de se construire un lien, plus concret, plus direct, avec toi. Et puis le Daily Planet est un journal influent, une bonne interview ne peut être que bénéfique.

-C'est d'accord. Mais si c'est possible, évite-moi Clark, s'il te plait.

-Oui ça voudrait mieux. Je vais voir ce que je peux faire. Tu veux un peu d'aide pour tes invitations ?

-Si ça t'amuse.

-J'ai un peu de temps à tuer.

Elle s'assit en face de lui et prit quelques-uns uns des cartons qui se trouvaient sur le bureau.

-Voyons voir. Un vernissage pour exposition de photos, pas franchement nécessaire pour ton image, mais si tu as envie d'y aller, ça ne peut pas te faire de mal.

-Pas le temps.

-On oublie.

Chloé jeta alors le carton par-dessus son épaule.

-Le gala de charité de la fondation Wayne, obligatoire.

Lex émit un grognement. On ne pouvait pas dire que lui et Bruce s'entendaient bien, leurs visions de la vie étaient totalement incompatibles.

-Tu es sûre ?

Absolument. Wayne a une image très positive au près du grand public et y être associé ne peut te faire que du bien.

-Très bien.

-Le championnat de polo ? C'est bien ce sport ridicule, où des imbéciles à cheval tapent dans une baballe à l'aide d'une crosse.

-C'est ça.

-Et tu aimes ça ?

-J'en ai horreur. Mon père m'a obligé à pratiquer ce sport une partie de ma jeunesse, j'en ai gardé de très mauvais souvenirs.

-Alors on oublie.

Elle jeta à nouveau le carton par-dessus son épaule.

-Il y aura beaucoup de gens influents à ce championnat

-Ouais, les mêmes que tu croises partout, à chacun de ses événements.

Elle désigna le tas d'invitations.

-Sauf que moi, c'est l'opinion du grand public, qui m'intéresse, parce qu'au final, c'est lui qui vote.

-Pas de polo, alors.

-Et là, on a quoi ? Une première à l'opéra. Ça doit être sympa, j'ai toujours voulu voir un opéra en vrai.

Lex la regarda un peu surpris.

-Tu n'es jamais aller à l'opéra ?

-Ben non. J'avais pas les moyens.

-Tu veux y aller ?

-Pardon ?

-Est-ce que tu veux venir ? C'est une invitation pour deux et je serai ravi que tu m'accompagnes.

Une sorte d'alarme s'activa en Chloé : "Attention franchissement de la limite patron/employé". Ce qui ne l'empêcha aucunement de répondre :

-Euh oui avec plaisir.

-Très bien, je passe te prendre jeudi, à huit heures ça te va ?

-Parfait.

Mais qu'est-ce qu'il lui avait prit d'accepter ? Pour ce mettre dans des situations impossibles, décidément, c'était une championne. Et d'abord d'où est-ce que Lex sortait cette envie de l'emmener à l'opéra ?

Ils passèrent encore une petite demi-heure à trier les différents cartons d'invitations et à remplir l'agenda déjà bien plein de Lex.

-Franchement Lex, il t'arrive de faire une pause ou de prendre des vacances ?

-Des quoi ?

-Haha, très drôle, sérieusement ?

-Non. La dernière fois que j'ai pris des vacances, je faisais encore mes études. D'ailleurs je ne me rappelle pas de grands choses, j'étais ivre la moitié du temps.

Chloé haussa un sourcil.

-Je n'étais pas très fréquentable à l'époque.

-Parce que tu l'es maintenant ?

-Alors là, tu me vexes !

-Ho ! Tu m'en vois navrée !

-Si je suis si pu fréquentable, pourquoi accepter de sortir avec moi ?

-J'ai toujours aimé le danger.

-Je me souviens, oui, ça et pénétrer un peu partout par effraction et plus particulièrement dans des bâtiments m'appartenant, à moi ou à LuthorCorp.

Le ton de la conversation était résolument amusé. Il était étonnant de constater à quel point ils étaient à l'aise l'un avec l'autre, alors qu'aucun des deux n'entretenaient de rapports normaux ou sains avec personne d'autre. Chloé à cause de sa peur irrationnelle du contact physique et Lex à cause de cette carapace, qu'il s'était construit pour se rendre inaccessible, invulnérable.

Deux jours plus tard, le jeudi, Chloé se trouvait face à son miroir. Dans moins d'une demi-heure, Lex viendrait la prendre pour l'emmener à l'opéra. Elle avait passé l'après-midi à chercher une tenue. Voilà des années qu'elle n'avait pas fait de shopping dans le but d'acheter des vêtements justes pour le plaisir. Désormais elle ne portait plus que des tailleurs pantalons très stricts et très couvrants. Ça avait été un véritable casse-tête pour trouver une tenue qui soit à la fois habillée mais pas trop voyante, féminine mais pas trop, élégante mais pas déshabillée. Après des heures de recherche, elle avait opté pour une robe de shangaï, en soie sauvage bordeaux et un pantalon noir. Il avait même fallu qu'elle se rachète du maquillage, elle, qui n'en portait plus depuis des années.

Chloé s'observait dans la glace, elle était coiffée, maquillée, habillée, mais quelque chose n'allait pas. Elle fit alors ce qu'elle n'avait pas fait depuis une éternité, elle lâcha ses cheveux. Ils retombèrent dans une cascade de larges boucles blondes. Ses cheveux avaient désormais tendance à onduler en raison des chignons répétés.

On sonna à la porte. Lex. Il était en avance. Lorsque la porte s'ouvrit et que Chloé apparue dans l'encadrement, Lex fut subjugué.

-Tu es magnifique.

Chloé ne put s'empêcher de rougir. Elle avait l'impression d'être une adolescente à son premier rendez-vous et ça l'énervait prodigieusement.

-Merci.

-Tu es prête ?

-Pas tout à fait. Entre.

Son appartement était sobre, très sobre, trop même quand on connaissait Chloé depuis longtemps, ce qui était le cas de Lex. Si on excluait une photo de Chloé avec son père, l'endroit était très impersonnel, n'importe qui aurait pu y vivre. Un peu comme chez lui en fait.

Lex s'installa dans le salon, tandis que Chloé retournait à la salle de bain pour finir de se préparer. Elle revint quelques minutes plus tard. Et finalement elle avait décidé de laisser ses cheveux détachés.

-J'ignorais que tu avais les cheveux ondulés.

-Ils ne le sont pas au naturel, c'est à cause des chignons répétés.

-Je vois. Je ne suis pas vraiment un spécialiste du cheveu.

-Ah bon ? Pourtant avec la chevelure que tu as, tu devrais.

-Serais-tu, par hasard, une fois de plus en train de te payer ma tête ?

-Jamais je n'oserai, tu es mon boss, ne l'oublie pas.

-Je trouve cette excuse un peu facile et tu l'utilises un peu trop souvent à mon goût.

L'espace d'un instant, Chloé eut peur que Lex soit sérieux, mais comprit qu'il plaisantait lorsqu'elle le vit sourire.

-On y va ?

-C'est partit.

Chloé adora l'opéra, toute cette puissance, ce tourbillon de passion. Richard Geer avait raison lorsqu'il disait la première fois que l'on voyait un opéra, il y avait deux réactions possibles, soit on adorait, soit on détestait. Et Chloé avait adoré. Elle en était ressortie muette et un peu désorientée, à tel point que Lex se demandait si elle avait apprécié la soirée. Ils regagnèrent la limousine.

-Chloé ?

Elle sortit de sa semi-rêverie.

-Mmmm ?

-Ça t'a plu ?

-J'ai adoré. C'était vraiment fantastique.

Lex fut rassuré.

-Tu m'autorises à t'inviter à dîner ?

-Avec grand plaisir.

Chloé lui fit son plus beau sourire. Et c'est alors que Lex n'eut plus qu'une idée en tête, l'embrasser, voir même plus.

-Monsieur ? Monsieur ?

-Lex ? Ton chauffeur t'appelle !

Lex revint à la réalité.

-Mm ? Oui ?

-Je vous conduis où ?

-Au restaurant The Gothic Tower, s'il vous plaît.

-Le restaurant le plus chic de Metropolis ? Je suis déçue Lex, moi qui me voyais déjà dans un petit fast-food glauque d'un quartier mal famé de la ville. Quel désappointement !

-J'aime les choses raffinées, j'ai été élevé comme ça. Et ce restaurant sert un foie gras braisé absolument divin.

-Divin ? Rien que ça !

-Monsieur ? Nous sommes arrivés !

-Merci Charles. À tout à l'heure.

-À tout à l'heure, monsieur.

Une fois de plus, le dîner se déroula parfaitement bien. Même s'ils commençaient à en prendre l'habitude, Lex et Chloé étaient toujours surpris de cette complicité naturelle, qui existait entre eux. Le dîner fut très culturel, ils parlèrent musique bien sûr, mais aussi littérature, peinture ou cinéma. Chloé fut surprise de constater que Lex n'était pas comme beaucoup d'hommes de sa catégorie, quelqu'un qui se servait de la culture que comme d'un faire-valoir, mais qu'il était un réel passionné de musique classique et d'opéra en particulier. Il avait cette lueur particulière dans les yeux lorsqu'il en parlait et Chloé aurait pu l'écouter pendant des jours, tant son enthousiasme était communicatif. Chloé, quant à elle, lui fit partager son amour pour la poésie et plus particulièrement Emily Dickinson, Arthur Rimbaud et haïkus japonais. C'est lorsqu'elle lui récita un parlant de cerisiers en fleurs, qu'il l'invita à aller les voir à Kyoto au printemps suivant. Elle le prit à la plaisanterie, tout en ce demandant s'il n'était pas sérieux.

Lorsque Lex raccompagna Chloé, il était presque une heure du matin.

-J'ai l'impression que ça fait des siècles que je ne me suis pas couchée aussi tard. En tout cas merci pour cette soirée, c'était très agréable.

-Mais de rien, c'est toujours un plaisir de passer du temps en ta compagnie.

Il s'installe alors entre eux un silence un peu gêné. Lex fixait Chloé avec un regard étrange, ce regard qu'on les hommes juste avant de vous embrasser.

-Lex ? Ça va ?

-Ça va, ne t'inquiète pas. C'est juste que... j'aie très envie de t'embrasser.

Chloé recula instinctivement, c'était plus fort qu'elle.

-Rassure-toi, je n'en ferais rien. Je ne ferais rien qui puisse te faire sentir mal ou qui puisse compromettre les rapports que nous avons. Ne te fais pas de soucis. Je voulais juste être honnête.

Chloé fut très touchée, surtout qu'il n'était pas dans les habitudes de Lex Luthor d'être honnête. D'autant plus qu'elle comprenait cette envie, puisqu'elle la partageait, elle avait juste bien trop peur pour passer à l'acte. Elle était très surprise par l'aveu de Lex, elle ne comprenait pas ce qu'il pouvait bien lui trouver, lui qui pouvait avoir toutes les femmes qu'il désirait. Ce n'était pas comme si elle était belle ou séduisante, surtout qu'elle ne faisait rien pour, au contraire.

-Lex je suis désolé. Je... je ne peux pas.

-Chloé tu n'as pas à t'excuser. Ça n'est pas ta faute. Je ne cherche en rien à faire pression sur toi.

-Non tu ne comprends pas. J'en ai envie, mais en même temps, rien que l'idée d'un contact aussi intime me rend malade. Ça n'a rien de personnel.

Il avait eu ce petit sourire en coin, l'espace d'une seconde, quand elle avait dit qu'elle aussi avait envie de l'embrasser. Et elle avait eu envie de lui crier : "Retire-moi ce sourire Luthor, tu n'es pas irrésistible !"

-Je sais Chloé. Tu n'as pas besoin de te justifier. Je ne peux pas dire que je sais ce que tu vis, mais j'essaye de comprendre. Je ne ferais rien que tu ne veuilles aussi.

Elle posa une main sur la joue de Lex. Elle devait se faire violence, rien que pour faire ce petit geste anodin.

-Je sais, Lex, merci.

Il posa doucement sa main sur la sienne pour ne pas la brusquer. Il appréciait énormément, un peu trop peut-être, le contact de cette main sur sa joue. Il l'interrogea du regard. Quand elle compris où il voulait en venir, elle acquiesça. Il déposa alors un court baiser dans le creux de sa main.

-Bonne nuit Chloé.

-Bonne nuit Lex.

-Je te vois demain au bureau.

-Oui.

Puis elle le regarda s'éloigner. Il y avait quelque d'étrange dans sa démarche, quelque chose de léger. Il était détendu. Chloé entra dans son appartement. Elle hésita une seconde, mais après tout, n'avait-elle pas dit qu'elle pouvait l'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit si elle en avait besoin ? Aussi appela-t-elle le docteur Keim.

Après avoir mit quelques secondes à se remettre du fait qu'un emmerdeur l'appelle au beau milieu de la nuit, le docteur Keim fut absolument ravie d'apprendre les évolutions de la soirée et encouragea Chloé à poursuivre, aussi bien la conversation que les évolutions.

Et finalement, à quatre heures du matin, Chloé finit par aller se coucher.

Quand Chloé arriva le lendemain au travail, une rose l'attendait sur son bureau. Elle était accompagnée d'un petit carton blanc sur lequel était inscrit : "J'ai vrament passé une très bonne soirée, Lex." Chloé se sentait l'envie de fondre comme une Lana Lang devant un Clark Kent, pathétique. Lex avait vraiment une mauvaise influence sur elle.

C'est un peu la tête ailleurs qu'elle se mit au travail. Deux heures plus tard, elle était plongée jusqu'au cou dans ce qu'elle pouvait qualifier de "problèmes relationnels entre Lex Luthor et le Daily Planet." Le problème majeur étant Clark. Clark ayant de plus en plus d'influence au sein du Daily Planet et le Daily Planet ayant toujours autant d'influence sur Metropolis, il fallait impérativement améliorer l'image de Lex au près de Clark. C'était pas gagné.

-Un problème ?

Chloé redressa la tête, Lex se trouvait dans l'encadrement de la porte. Elle ne l'avait pas entendu entrer.

-Non, pas spécialement, je suis sur le dossier Daily Planet.

-Je vois.

-Tu passais me voir pourquoi ?

-Pour rien, j'avais juste envie.

En fait il avait du se retenir de ne pas se précipiter dans son bureau, dès qu'elle était arrivée.

-Ça va ?

-Depuis hier ? Oui. Au fait merci pour la fleur.

-Je t'en pris ce n'est rien.

-J'en ai pas reçu beaucoup dans ma vie, résultat ça me marque quand ça arrive. Surtout que presque la moitié du temps elle venait de toi.

Lex la regarda sans comprendre.

-Tu ne te rappelles m'avoir offert une énorme gerbe de fleurs blanches, digne d'un concours hippique, après que je sois passée au travers de ta fenêtre. Tu m'en as aussi envoyé le jour où j'ai été attaqué par un ver mutant. En fait quasiment à chaque fois que je me suis retrouvée à l'hôpital.

-Je dois avouer que j'avais oublié.

-C'est que tu as du en envoyer un paquet !

-Ça on peut le dire. Mais certaines ont plus d'importance que d'autres.

Chloé ne put s'empêcher de rougir. Fallait vraiment qu'elle arrête d'être timide, ça n'était pas dans ses habitudes avant. Il fallait dire aussi que Lex n'essayait pas de la séduire non plus, avant. Elle se demandait vraiment ce qu'il pouvait lui trouver, surtout que depuis l'agression, la séduction n'était pas vraiment son fort.

-Merci en tout cas.

-Ça me fait plaisir. Chloé ?

-Oui.

-J'aimerais beaucoup que tu m'accompagnes au gala de la fondation Wayne.

Chloé n'avait cessé de se demander si la soirée de la veille n'avait été qu'une soirée comme ça ou si Lex avait l'intention de poursuivre. Visiblement oui. Et officiellement même.